Ulrich Tiare ne répondit rien au directeur et baissa seulement la tête avec un air assez honteux et Harry grimaça.

Il n'avait pas imaginé le directeur si... jeune ? Peut-être que son jugement était faussé par les années qu'il avait passées à Poudlard sous la direction de Dumbledore mais il s'était attendu à voir un vieil homme. Or, Agilbert Fontaine n'avait rien d'un vieil homme.

Harry lui donnait à peine une quarantaine d'années. L'homme avait les cheveux courts blonds légèrement grisés et une barbe tout aussi courte. Ses vêtements étaient eux aussi assez surprenants. Cette tenue semblait tout droit sortie du Moyen-Âge, une robe en tissu, l'épée au côté, et une cape de fourrure, le tout orné d'un noeud gordien.

Agilbert Fontaine semblait avoir une quarantaine d'années mais sa tenue rappelait à Harry celle que portaient les sorciers il y a plusieurs siècles.

Il regarda quelques secondes l'échange silencieux se déroulant entre Fontaine et Tiare. Comme au ministère, Ulrich avait l'air mal à l'aise, presque apeuré.

Pourtant, Harry avait cru comprendre qu'il appréciait et respectait le directeur d'Ilvermorny...

Décidément, ce directeur ne lui inspirait pas confiance. Il y avait quelque chose de gênant chez lui... mais c'était peut-être seulement son attitude.

Après un moment passé dans le silence, Agilbert Fontaine sourit très légèrement à Ulrich et lui dit ;

— Le principal est que tu sois enfin là.

Tiare eut tout à coup l'air rassuré et le directeur se tourna vers eux. Il salua Severus Rogue d'un signe de tête.

— C'est un honneur pour Ilvermorny de recevoir un Maître des potions aussi qualifié que vous. J'espère que votre séjour ici vous plaira.

Puis, son regard passa de Rogue à Harry et, sans même offrir un regard au Serpentard à côté de lui, il se mit à dévisager intensément le Gryffondor.

Harry se sentit mal à l'aise face à cette observation aussi franche. Sa magie s'agita inconfortablement autour de lui, elle ne supportait pas cette subite immobilité et comme par réflexe, il la retint plus fortement encore qu'il ne le faisait auparavant.

Le directeur, après l'avoir observé de haut en bas comme s'il était le dernier représentant d'une espèce en voie de disparition, s'approcha de lui en souriant.

Harry vit du coin de l'oeil Tom saisir sa baguette, l'air méfiant, et le Gryffondor se retint de suivre son exemple. Il ne voulait pas passer pour quelqu'un de paranoïaque mais sa vie était une telle succession de catastrophes qu'il s'attendait presque à ce que les premiers mots d'Agilbert Fontaine envers lui soient une série de malédictions.

Mais Agilbert se contenta de s'arrêter devant lui et de déclarer tendant une main en avant ;

— Je suis heureux que vous ayez fait le déplacement monsieur Potter. J'ose espérer que vous ne m'en voulez pas trop de vous avoir convoqué de manière si peu cavalière mais, étant donné qu'il s'agit de la première participation d'Ilvermorny au Tournoi des Trois Sorciers, je me suis mis en tête de faire les choses aussi fidèlement que possible à nos anciennes traditions.

Par politesse, Harry voulut serrer la main de l'homme mais au moment où il s'apprêtait à le faire, il sentit la main de Tom saisir son poignet assez violemment pour qu'il ne puisse pas lever le bras.

Il lança un regard d'incompréhension à Jedusor et en retour, celui-ci se contenta de serrer plus fermement encore son poignet, le blessant presque. Fronçant les sourcils face à l'attitude du mage noir, Harry ouvrit la bouche pour blâmer celui-ci lorsque, tout aussi brusquement que les fois précédentes, le lien entre eux s'ouvrit.

Méfiance, peur, crainte, haine. Une vague de sentiments très négatifs l'envahit, comme la dernière fois rien n'était clair, tous les sentiments se mélangeaient et se confondaient, comme si Tom lui-même avait des difficultés à les maîtriser. Un peu étourdi, Harry se demanda ce qui avait bien pu provoquer une telle réaction chez Tom. Agilbert Fontaine n'avait rien fait de mal ; rien de ce qu'il avait dit ou fait ne méritait une telle réponse de haine.

Ne comprenant pas vraiment ce qu'il se passait dans l'esprit de Tom mais prenant très au sérieux ce que lui transmettait le lien, il lui demanda dans un fourchelang incertain.

§ Qu'est-ce qui te prend ? Cet homme ne nous a rien fait. §

Jedusor ne prit pas la peine de le regarder, ses yeux fixaient toujours le directeur, il desserra seulement légèrement la main qui retenait son bras et répliqua.

§ Je ne l'aime pas. §

Cela semblait presque être un euphémisme au vu de la vague de haine qu'Harry ressentit après que Tom ait prononcé ces mots.

Sentant ses nerfs légèrement à vif, il essayait de lutter entre son propre sentiment d'incompréhension et celui beaucoup plus prononcé de haine provenant de Tom. Il ferma les yeux un instant.

Si cela n'avait pas été le Seigneur des Ténèbres à côté, il se serait probablement énervé et aurait considéré cela comme complètement fou ; on ne pouvait pas haïr quelqu'un aussi fortement au premier regard. Mais ce n'était pas n'importe qui à côté de lui et Tom Jedusor pouvait très bien haïr quelqu'un au premier regard, sans aucune raison apparente.

Même s'il ne comprenait pas plus que cela la réaction de Tom, Harry comprit que la situation devenait de plus en plus délicate au fur et à mesure que les secondes passaient.

Il le sentait, il suffirait d'un rien... un petit détail, une parole de travers, un mot légèrement déplacé du directeur d'Ilvermorny pour que Tom considère cela comme une attaque et qu'il y réponde avec la même violence que si l'homme venait d'essayer de le tuer.

Inspirant profondément, le Gryffondor décida qu'il s'agissait de sa responsabilité. Peu importe ce que Tom pouvait faire ou non, ici, il était sous sa tutelle, sa responsabilité. Il ne pouvait pas le laisser céder à une pulsion, que sa haine soit ou non logique à ses yeux, il ne pouvait pas le laisser agir en conséquence.

Si jamais Tom faisait un geste malvenu et que son identité venait à être révélée, ce n'était pas seulement Azkaban qui l'attendait, les sorciers lui feraient subir bien plus que cela. La pensée que Tom, pas Voldemort, Tom, puisse souffrir dans les mains de personnes incapables de ne serait-ce que le comprendre, lui tordait l'estomac.

Pour la première fois depuis l'apparition de cette connexion entre les sentiments de Tom et les siens, Harry essaya de l'utiliser à son avantage. Maladroitement, il fit parvenir ses sentiments actuels à Jedusor en espérant que ceux-ci puissent donner du poids à ses mots.

§ D'accord. Tu ne l'aimes pas. Il va falloir faire avec. Tu ne peux pas vouloir le détruire seulement parce qu'il ne t'inspire pas de bons sentiments. C'est le directeur de cette école et même si tu ne l'apprécies pas, nous allons faire avec. Ce n'est pas grave si tu ne l'aimes pas, d'accord ? Il ne représente pas un danger. §

La magie de Tom qui, depuis un moment déjà, grondait autour de lui, fut prise d'un mouvement de recul, d'incertitude.

Quelques secondes supplémentaires passèrent avant que Tom ne lâche complètement son poignet et Harry sut que le mage noir l'avait compris lorsqu'il se retourna vers lui. Lui lançant un regard d'où la couleur rouge dominait complètement, il le dévisagea un instant avant de souffler et ainsi de renoncer à l'instinct qui le poussait à expédier cet homme ad patres.

§ Je ferais comme tu veux. Cependant, cet homme n'est pas ce qu'il prétend être. Je ne l'aime pas. §

Harry ne sut pas si Tom avait réellement prononcé sa dernière phrase ou s'il l'avait pensé tellement fort qu'il l'avait entendue, mais ses paroles le rassurèrent assez pour qu'il tourne de nouveau la tête vers le directeur d'Ilvermorny.

Cela avait duré moins d'une petite minute mais le lion savait que personne dans cette pièce n'avait pu manquer ce qu'il venait de se passer.

Ils venaient d'avoir une conversation en fourchelang devant le directeur d'Ilvermorny...

D'ailleurs, le directeur d'Ilvermorny semblait figé dans une sorte de silence contemplatif. Ses yeux firent un dernier aller-retour entre Tom et lui. Puis, comme si tout à coup il venait de comprendre quelque chose, il fit un pas en arrière et une sorte de signe de tête incertain qu'Harry ne put interpréter puis ajouta assez lentement.

— Cela faisait bien longtemps qu'Ilvermorny n'avait pas accueilli des fourchelangs, les derniers ayant mis les pieds ici ont bien failli détruire cette école. J'espère que l'histoire n'est pas vouée à se répéter et que les éventuelles querelles entre les fondateurs d'Ilvermorny et les Gaunt auront été atténué avec le temps.

Cela sonnait comme un avertissement. Le Gryffondor fronça les sourcils, qu'est-ce que les Gaunt avaient à voir avec Ilvermorny ?

Il n'eut pas vraiment le temps de se pencher sur la question puisque que Agilbert, n'ayant probablement pas conscience d'à quel point ses mots pouvaient rompre le peu d'équilibre qu'Harry avait réussi à instaurer, ajouta ;

— Je pensais que le ministère s'était trompé lorsqu'on m'a annoncé qu'en plus d'Harry Potter, Ilvermorny accueillerait aussi un certain dénommé Thomas Gaunt.

Son regard s'attarda sur Tom avant qu'il ne termine en souriant bizarrement.

— Je n'ai rien contre votre famille, jeune homme. C'est seulement qu'il est difficile d'imaginer un descendant direct de la famille Gaunt lorsque l'on sait que celle-ci s'est entre-tuée il y a une cinquantaine d'années.

L'incompréhension de Tom lorsque Agilbert évoqua le massacre de la famille Gaunt rappela à Harry que Jedusor ne savait pas. Il ne savait pas que le premier acte de cruauté commis par Voldemort avait été de décimer sa propre famille de sang. Les journaux et les livres d'histoire racontaient seulement que la décadence de la famille Gaunt était telle que ses membres, empreints de folie, se seraient entre-tués.

Décidant que, d'une manière ou d'une autre, il devait clôturer le sujet, Harry fit un pas en avant et déclara ;

— Thomas descend directement des Gaunt, je peux vous l'assurer. Comme toute famille de sang-pur, les Gaunt ont eu de nombreux enfants illégitimes et, si je peux me permettre, ce n'est ni le moment ni le lieu pour débattre sur ce sujet. Comme vous le voyez, j'ai répondu à votre invitation, je participerais au tournoi. En dehors de cela, ni moi, ni les personnes m'accompagnant n'ont de compte à rendre à Ilvermorny.

Le Gryffondor expira légèrement, il détestait devoir dire ce genre de choses mais il n'avait pas vraiment le choix.

— J'aimerais que nous évitions d'éventuels conflits.

Il espérait avoir dit cela assez fermement pour que le directeur comprenne que le sujet Gaunt était désormais proscrit.

Agilbert Fontaine changea immédiatement d'attitude. Plongeant ses yeux clairs vers lui, il lui sourit et lui dit ;

— Excusez-moi, vous avez parfaitement raison. Je ne voulais en aucun cas offenser votre ami avec mes propos, il s'agit seulement de curiosité un peu mal placée, je dois l'avouer, de ma part. Si vous le voulez bien, oublions tout cela et repartons sur des bases saines.

L'homme écarta un peu les bras dans un geste assez théâtral.

— Je vous souhaite la bienvenue à Ilvermorny.

À Suivre...

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