Le plus compliqué était passé. C'était la pensée la plus persistante dans l'esprit d'Harry après leur entrevue avec Agilbert Fontaine. Il réussit même à se persuader que cela ne s'était pas si mal passé que cela. Après tout, cela s'était bien terminé.
Fontaine leur avait juste expliqué que les délégations russes et françaises de Durmstrang et de Beauxbâtons étaient déjà arrivées et que tous les élèves étrangers avaient été répartis de manière traditionnelle dans la maison d'Ilvermorny leur correspondant le plus.
Il avait ajouté qu'il comptait organiser une cérémonie de bienvenue demain et que, pendant celle-ci, Tom et lui seraient eux-mêmes répartis. Puis il avait précisé qu'il apprécierait que ce soit Harry qui tire les noms de la Coupe de Feu pour désigner les trois champions auxquels il allait être confronté.
Le brun avait grimacé à cette perspective mais il avait finalement accepté. Il savait qu'en venant ici on lui demanderait de faire ce genre de choses.
Ainsi, c'est après les avoir avertis du programme du lendemain que le directeur les avait quittés. Ordonnant à Tiare de les emmener dans leurs quartiers provisoires, avant qu'ils ne soient répartis et peut-être même séparés siffla une partie vicieuse de l'esprit d'Harry. Être séparé du jeune Seigneur des Ténèbres lui semblait être une très mauvaise idée, laisser Tom seul n'était même pas envisageable pour lui. Ils devaient être répartis dans la même maison.
C'était peut-être cette seconde pensée qui persistait et hantait l'esprit d'Harry alors qu'il suivait Ulrich Tiare à travers les dédales de couloirs d'Ilvermorny.
Ils rejoignirent l'un des bâtiments adjacents au bâtiment principal en passant dehors. Ils étaient disposés en arc de cercle tout autour de la bâtisse de granit, un peu comme s'ils avaient été construits après celle-ci.
Inspirant profondément l'air frais de l'extérieur, Harry tourna de nouveau son regard sur le dos de Jedusor. Celui-ci se taisait depuis que Fontaine avait mentionné les Gaunt et Harry le soupçonnait de se torturer l'esprit à propos de cette histoire.
Le Gryffondor avait eu la preuve ce soir que Tom était instable et qu'à tout instant, son esprit logique, tout comme son âme fragilisée, pouvait se briser. Il avait pris conscience que Tom était proche - bien plus proche qu'il ne voulait bien se l'avouer - de redevenir Voldemort. Il ne suffirait pas de grand-chose pour que le mage noir cède à ses anciens instincts.
Pourtant, Harry n'arrivait pas à être réellement effrayé ou en colère face à ce constat. Il le savait. Que Tom ait seize ans de souvenirs ou plus de soixante-dix ne changeait rien à ce qu'il était au fond ; quelqu'un de trop brisé par la vie pour agir et comprendre les choses normalement. Quelqu'un ayant eu une enfance désastreuse. Quelqu'un ayant déjà trop vécu. Quelqu'un comme lui...
Puisqu'au fond c'était ce que représentait Voldemort, le point de rupture d'une vie déjà brisée.
Tant que Tom n'atteignait pas ce point de rupture, Harry pensait pouvoir l'aider de la même manière qu'il l'avait fait ce soir.
La promenade en extérieur fut trop courte au goût du lion, il aurait préféré continuer à profiter de l'air frais et du ciel étoilé mais Tiare les emmena à l'intérieur d'un corridor semi-ouvert où les alcôves faisaient office de cloisons. À la fin de celui-ci, il se stoppa et s'adressa à eux deux ;
— Derrière cette porte se trouvent vos quartiers pour cette nuit. Reposez-vous, demain vous avez une dure journée.
Harry hocha légèrement la tête, il avouait être épuisé. Il s'apprêtait à entrer dans la pièce derrière Tom lorsqu'il entendit ;
— Monsieur Potter, si vous le voulez bien, je pense que nous devons parler.
Harry n'eut aucun mal à reconnaître la voix traînante de Rogue... Il se retourna vers celui-ci, qui se tenait quelque part derrière lui. Tiare interrogea le Maître des potions du regard et celui-ci lui dit ;
— Pars devant, Ulrich, il y a quelques petites choses que j'aimerais éclaircir avec monsieur Potter avant que celui-ci n'aille se coucher.
Rogue lui envoya un regard noir après le départ de Tiare. Il ouvrit la bouche, puis la referma, peut-être même trop furieux contre lui pour réussir à s'exprimer correctement.
Le lion soupira profondément puis déclara ;
— Quoi que j'ai pu faire de mal, je suis désolé.
Rogue lui répondit dans un froncement de sourcils ;
— Vous n'avez, à proprement parler, encore rien fait de mal.
Harry souleva un sourcil, surpris.
— Généralement, lorsque vous déclarez vouloir me parler, c'est pour me dire à quel point je suis idiot et que, quoi que je puisse faire, je ne réparerai jamais la bêtise que je viens de commettre. Alors je m'attendais à un discours de ce genre.
Rogue ricana.
— À quoi bon puisque, de toute évidence, les fois précédentes, cela n'a pas fonctionné ?
Le Gryffondor se tut en attendant la suite, sachant pertinemment que cela devait avoir un rapport avec l'attitude de Tom devant le directeur.
— Vous avez vu comme moi que monsieur Jedusor a failli commettre un meurtre.
Harry s'apprêtait à contredire Rogue mais celui-ci continua ;
— Il a souhaité tuer le directeur. Sa magie était devenue meurtrière et ne me dites pas le contraire. Je connais le Seigneur des Ténèbres. Je n'ai aucune idée de ce qui a pu se passer dans son esprit perturbé pour qu'il veuille tuer Agilbert Fontaine mais c'est arrivé. Et je ne pense pas me tromper en affirmant que si vous ne l'avez pas persuadé du contraire, nous serions actuellement dans une situation très problématique, n'est-ce pas ?
Encore une fois, Harry ne répondit pas et grimaça seulement.
— Vous avez su gérer la situation et je ne vous blâme pas pour cela, bien au contraire. Ce qui me gêne, c'est que je commence à penser que si l'instabilité de l'esprit de monsieur Jedusor était telle qu'il en redeviendrait Voldemort, vous ne seriez plus capable de le combattre.
Potter recula d'un pas. Puis, il maugréa ;
— Qu'est-ce qui vous fait penser cela ?
Rogue lui répondit froidement ;
— Je ne suis ni aveugle ni idiot. Vous l'appréciez. Plus, bien plus, que vous êtes censé apprécier le meurtrier de vos parents.
Potter gronda en réponse ;
— Il n'est pas le meurtrier de mes parents.
Rogue éclata d'un rire glacial après cela.
— Bien sûr que si, il l'est. Ce n'est pas parce qu'il a oublié les avoir tués qu'il ne l'a pas fait. Cependant ce n'est pas ma question. Ma question est simple ; si demain le Seigneur des Ténèbres venait à se relever, pourrais-je compter sur vous pour le tuer ?
Harry Potter se figea quelques secondes puis déclara en se détournant du Maître des potions.
— Si Voldemort venait à renaître alors je n'aurai pas le choix mais pour le moment, la question ne se pose pas. Je ne sais pas ce qui vous fait penser le contraire mais je hais encore Voldemort ; assez pour pouvoir l'abattre si je devais le faire.
Harry entendit Rogue répondre ;
— Savez-vous ce qui est à l'origine de la Seconde Guerre mondiale, monsieur Potter ?
Le Gryffondor se retourna un peu, les sourcils froncés, et Rogue déclara sans pitié ;
— L'amour de Dumbledore pour Grindelwald.
Harry cria immédiatement ;
— Vous n'avez pas le droit de dire ça !
— Si, j'en ai le droit. Il s'agit de la vérité. Si Albus Dumbledore n'avait pas aimé Gellert Grindelwald au point de fermer les yeux sur ses actes, des milliers de vies auraient été sauvées ! Dumbledore était coupable, coupable de ne pas avoir pu arrêter l'homme qu'il aimait à temps.
Potter se retourna complètement vers Severus, bouillonnant de rage, sa magie lui échappant en vagues indistinctes.
— Qu'est-ce que vous sous-entendez ?
Rogue soupira légèrement.
— Je ne sous-entends rien. Je vous mets seulement en garde. Je m'inquiète pour vous, rien de plus. Ne répétez pas les erreurs de votre mentor.
Un grand silence suivit ces mots puis, Potter se retourna définitivement et, saisissant la poignée de porte, il ajouta ;
— Vous avez tort. L'histoire n'est pas en train de se répéter.
À Suivre...
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