Harry referma la porte derrière lui et resta quelques instants immobile, le front contre celle-ci, sans faire le moindre geste ; les mots du Maître des potions résonnaient encore dans son esprit.

"Ce n'est pas parce qu'il a oublié les avoir tués qu'il ne l'a pas fait."

"L'amour de Dumbledore pour Grindelwald."

Le Gryffondor grinça des dents, il n'avait pas envie de réfléchir à ça. Il ne voulait pas compliquer les choses plus qu'elles ne l'étaient déjà. Il se sentait si fatigué...

Dans un soupir, il fit un effort pour se retourner et affronter Jedusor qui, assis sur l'accoudoir d'un des fauteuils de la pièce, semblait attendre quelque chose. Harry ignorait quoi, il n'avait pas envie de savoir si Tom avait ou non écouté sa conversation avec Rogue. Il s'en fichait.

Leurs regards se croisèrent alors qu'il avançait et une voix traîtresse ressemblant fortement à celle de Rogue ricana dans son esprit.

— Dites-moi, pensez-vous pouvoir encore le tuer ? S'il se levait et vous attaquait maintenant, pourriez-vous le combattre ?

Le brun grimaça, se stoppa et détourna le regard. Il n'avait pas envie que Tom puisse percevoir ses pensées.

Jedusor ne bougea pas et ne lui fit aucune remarque particulière. Après un moment, il lui dit seulement avec un mouvement désignant le fauteuil sur lequel il était appuyé ;

— Diligitis dort encore, je pense que cela va lui prendre du temps pour récupérer de sa captivité.

Le lion releva la tête, s'avança un peu et lança un regard au fauteuil près de Tom. Diligitis y était roulé en boule dans la couverture transfigurée de l'animalerie.

La simple vue du petit serpent eut pour effet d'adoucir immédiatement ses pensées. Se rapprochant du fauteuil, il s'accroupit près du serpent et répondit à Jedusor ;

— La seule chose qui compte c'est qu'il aille bien. Il peut dormir autant de temps qu'il veut.

Jedusor se releva de l'accoudoir et lui fit remarquer.

— Nous devrions prendre exemple sur lui. Allons dormir.

Le Gryffondor se releva et regarda autour de lui. Ces appartements étaient plutôt grands mais de toute évidence, ils n'étaient réservés qu'à un seul invité puisque même si plusieurs fauteuils étaient présents dans le petit salon, la chambre qui y était adjacente ne possédait qu'un seul lit. Un seul lit double, une seule chambre, une seule salle de bain.

Le brun se sentit obligé de le faire remarquer au Serpentard.

— Il n'y a qu'un lit.

Jedusor lui adressa un sourire.

— C'est un problème ?

Harry fronça les sourcils. C'était ce genre de réaction qui lui faisait se demander ce que Jedusor attendait exactement de lui.

Il s'apprêtait à dire qu'effectivement, c'était un problème mais Jedusor le devança ;

— Personnellement, cela ne me dérange pas mais si tu le souhaites, je peux en transfigurer un autre ?

Soudain, comme une évidence, Harry ressentit que l'idée déplaisait fortement au Serpentard. Épuisé de ressentir encore les émotions de Tom, il soupira profondément et grogna.

— Ce n'est pas la peine... un lit suffira.

Tom eut l'air surpris et le lion se sentit obligé de préciser.

— On dort dans la même chambre depuis plusieurs nuits, je ne vois pas la différence.

Joignant les gestes à la parole, il contourna le lit, se laissa tomber sur le côté gauche de celui-ci et, épuisé, ferma les yeux.

Même les yeux fermés, il n'eut aucun mal à imaginer Tom sourire lorsque celui-ci lui dit ;

— Tu comptes dormir tout habillé ?

Harry sourit légèrement en réponse et sans ouvrir les yeux pour autant, il répliqua d'une voix fatiguée ;

— Habillé et armé alors pas de bêtises. Bonne nuit, Tom.

Après ces mots, il tourna le dos au Serpentard et, repliant ses genoux contre son ventre, il s'endormit, décidant qu'il n'avait que faire ; que faire de savoir que laisser le Seigneur des Ténèbres dormir avec lui n'était certainement pas une bonne idée.

La dernière chose qu'il se souvient d'avoir entendu ce soir-là, ce fut un éclat de rire suivit d'un ;

— Bonne nuit Harry.

Tom se coucha peu de temps après et, la lumière éteinte, il passa de nombreuses minutes à observer le dos de Potter. Sa magie s'échappait de son corps et, telle une aurore boréale, se répandait tout autour d'eux en de multiples flux colorés...

Il ne se lassera jamais de ce spectacle surnaturel, il considérait ce phénomène comme très positif ; lorsque Harry s'endormait, il laissait libre cours à sa magie, c'était en quelque sorte la preuve qu'à part sa volonté, rien ne l'empêchait de pouvoir l'utiliser pleinement.

Il finit aussi par s'endormir, mettant de côté ses pensées sur le massacre de la famille Gaunt, oubliant la méfiance de Severus Rogue à son égard et se confortant dans l'idée que Potter commençait à trouver sa présence près de lui naturelle.

Lorsqu'il se réveilla, il fut surpris de remarquer que contrairement à son habitude, il n'avait pas cauchemardé, ni sur l'orphelinat ni sur son futur. Il remarqua aussi que le soleil perçait déjà à travers les rideaux épais de la seule fenêtre de cette chambre.

Il se retourna vers Potter, le pensant toujours endormi et fut surpris de remarquer que celui-ci observait le plafond.

Les bras croisés derrière sa nuque, ses cheveux étaient humides et il portait déjà l'uniforme bleu et rouge d'Ilvermorny, un noeud gordien sous forme de broche épinglé à sa poitrine.

Fronçant les sourcils, Tom lui demanda ;

— Depuis combien de temps es-tu réveillé ?

Potter se releva sur un coude et lui sourit de manière insolente

— De toute évidence, depuis plus longtemps que toi.

Le Gryffondor n'avait pas la moindre idée d'à quel point Tom le trouvait attirant à l'instant présent.

Voyant les yeux encore assombris par le sommeil du Serpentard virer au rouge à cette réponse, Harry se redressa en position assise et lui dit ;

— Tu ferais mieux d'aller te préparer, j'ai mis ton uniforme dans la salle de bain.

Jedusor s'assit et s'étira légèrement puis, se levant d'un mouvement fluide, il déclara avec un dernier regard avant de disparaître vers la salle de bain ;

— C'est la première fois que je dors aussi bien, j'espère que ce ne sera pas la dernière fois.

Harry, perplexe sur le sens de cette phrase, décida de ne pas y prêter plus d'attention que cela.

Il se rendit au salon en se disant que Tom ferait mieux de se dépêcher un peu s'ils ne voulaient pas finir en retard à la cérémonie. D'ailleurs, cette histoire de cérémonie l'inquiétait ; il n'était pas contre le fait de devoir être réparti, mais l'idée que Jedusor et lui pouvaient très bien finir dans des maisons différentes le tracassait.

Il se demandait comment Tom se comporterait s'ils venaient à être séparés. Sous sa surveillance, le mage noir s'était toujours tenu convenablement mais en serait-il de même sans lui ?

De toute façon, ils finiraient par être séparés un jour ou l'autre, il n'allait pas passer toute sa vie à le surveiller. Étrangement, cette dernière pensée le blessa un peu.

Lorsqu'il fut prêt, Tom rejoignit Harry dans le petit salon de leurs quartiers provisoires et il eut la surprise de le découvrir assis par terre sur le tapis, Diligitis devant lui.

Le lion sifflait en montrant à tour de rôle sa poitrine puis celle du serpent.

§ Harry, Diligitis. À toi, répète après moi ; Harry, Diligitis. §

À la surprise du mage noir, le petit crotale dit Harry lorsque le Gryffondor se désigna et il réussit presque à prononcer le mot Diligitis lorsque Potter le montra du doigt.

S'approchant, il dit en fourchelang ;

§ Je ne suis pas sûr que lui apprendre à parler comme on le ferait avec un enfant humain soit une bonne idée. §

Potter lui envoya un sourire beaucoup trop large, visiblement très fier de lui-même et le désigna en sifflant clairement.

§ Tom. §

Immédiatement, Diligitis se tourna vers lui et apparemment beaucoup trop influencé par Harry, il répéta avec la même fierté qu'un sorcier venant de réussir son premier Wingardium Leviosa ;

§ Tom ! §

Potter éclata de rire et félicita chaudement le petit crotale.

Le même sentiment que la dernière fois submergea sa poitrine et le mage noir sut qu'il était heureux. Il se sentait inexplicablement heureux. Ce sentiment lui semblait si différent des autres. Infiniment plus précieux.

Le sourire contagieux d'Harry gagna ses lèvres lorsque le lion déclara, se relevant avec Diligitis dans ses bras ;

— Cela fonctionne bien. Il comprend très vite, je suis sûr qu'il apprendra à parler fourchelang aussi bien que s'il l'avait appris au contact de membres de son espèce.

Tom vit avec amusement que Diligitis relevait la tête d'incompréhension en entendant Harry parler l'anglais et pas le fourchelang. Il ajouta ;

— Peut-être que cela fonctionne mais je ne pense pas que tu puisses tout lui apprendre de cette manière. Autrement, il va vouloir marcher sur deux jambes et lancer des sortilèges.

Potter le regarda avec incompréhension et Tom se sentit obligé de s'expliquer.

— S'il nous prend pour des serpents, comme lui, il va vouloir faire comme nous et il sera très déçu en apprenant qu'il ne peut pas.

Potter grimaça légèrement puis haussa les épaules.

— Nous lui expliquerons la différence plus tard. Pour le moment, l'important est qu'il puisse se débrouiller tout seul.

Tom acquiesça.

— Je suis d'accord avec ça.

Quelques secondes à peine après que Tom eut déclaré cela, on frappa à la porte et les deux sorciers comprirent qu'il était temps pour eux de partir.

À Suivre...

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