Il avait envie de fuir ; le nier serait un mensonge. Son corps tout entier s'était figé de stupeur pendant plusieurs secondes et la pensée qu'il préfèrerait faire face à une armée de Mangemorts plutôt qu'à cela lui traversa brièvement l'esprit alors que toutes les fibres magiques de son corps s'échappaient déjà. La panique avait toujours eut tendance à lui faire perdre le contrôle de ses restrictions magiques.
Pourtant, il réussit à se ressaisir assez rapidement pour que cela ne soit pas perçu. L'instabilité de ses propres pouvoirs était une chose qu'il devait essayer de garder cachée le plus longtemps possible. Il n'imaginait même pas la réaction des autorités américaines si celles-ci apprenaient qu'en plus d'être magiquement très puissant, il ne maîtrisait en rien cette puissance. Peut-être serait-il exécuté parce qu'il représentait un danger pour le statut du secret ? Il serait traité comme un monstre. De toute façon, sa magie n'était rien d'autre que monstreuse et dans son esprit, Harry l'imaginait comme une sorte de créature sombre griffant sa poitrine de l'intérieur.
Il se haïssait pour cela ; même parmi les sorciers, il devait être le monstre. Celui dont la magie est instable, abominable. La magie devait être belle, celle des autres l'était. La magie des jeunes sorciers et sorcières qui le dévisageaient à l'instant était belle. Il pouvait la voir, la ressentir. C'était beau, magnifique. La sienne n'avait jamais été comme cela. Depuis tout petit déjà, elle lui échappait. Sans même qu'il ne sache ce qu'était la magie, la sienne était déjà différente.
Au départ, il avait juste fermé les yeux sur ce fait car cela ne paraissait pas être quelque chose d'important. Puis, le temps avait passé et il avait commencé à s'inquiéter ; parfois, il lui arrivait de faire de la magie accidentelle alors qu'il ne devait plus en faire depuis longtemps. Lorsqu'il perdait sa concentration en voulant réaliser un sortilège, celui-ci, au lieu d'échouer, prenait plus d'ampleur encore.
Ça ne semblait être rien mais cela l'avait déjà alarmé. Et enfin, la guerre était arrivée et avec elle, tout est devenu bien plus compliqué. Chacun de ses sortilèges devenait incontrôlable, chaque fois qu'il exerçait la magie, il sentait qu'il n'en avait pas le contrôle. Tout était trop puissant. Il n'arrivait pas à maîtriser le moindre sort et c'est à ce moment-là qu'il avait pris la décision de brider ses propres pouvoirs.
Harry avait conscience que cette solution n'en était pas une et que brider sa magie ne la rendrait pas belle, mais c'était le seul moyen qu'il avait trouvé. La camoufler n'aurait rien changé au fait qu'elle était incontrôlable. Il se devait de la restreindre, la diminuer jusqu'à ce qu'elle soit comme celles des autres, ainsi sa dissemblance était invisible et seul lui en avait conscience.
Au départ, cela avait fonctionné. Sa magie, lorsqu'elle était restreinte, lui était accessible et il pouvait la contrôler comme bon lui semblait puis, sans qu'il ne comprenne réellement pourquoi, il perdit de nouveau le contrôle et cette fois-ci, pas de sa magie mais de ses propres restrictions. Lorsqu'il était en proie à un sentiment particulièrement fort, les verrous qu'il avait placés sur sa magie sautaient et quand cela se produisait, il souffrait bien plus qu'avant. Avant, sa magie lui échappait et il craignait de blesser les autres ou de s'attirer des ennuis mais maintenant, lorsqu'elle lui échappait, elle le faisait atrocement souffrir.
Tom devait avoir raison sur ce point ; s'il continuait ainsi, il en mourrait probablement. Aucun sorcier ne pouvait renier sa propre magie sans en payer les conséquences.
Le brun en était conscient mais cela ne l'empêcha pas de s'avancer dans le Hall d'Ilvermorny de quelques pas, sa magie si lourdement cadenassée dans sa poitrine qu'il avait l'impression de se déplacer avec des chaînes.
Lorsqu'il fut réellement entré dans le Hall, il expira profondément pour carrer les épaules. Il n'avait aucune raison de réagir comme un enfant terrifié par la foule, il n'était plus un enfant.
Comme pour s'assurer que le danger n'était en rien réel, il lança un regard circulaire au balcon le surplombant, illuminé par la lumière naturelle du soleil frappant la coupole de verre.
Les élèves d'Ilvermorny y étaient présents, la plupart accoudés à la rambarde du balcon et regardant en bas, le regardant attentivement. Un sourire assez sombre lui échappa lorsqu'il pensa qu'actuellement, il était une bête de foire, exhibé et piégé comme un animal.
Il se répéta quelques fois avant de réussir à retrouver son calme ; ce n'était qu'une répartition. Peu importe de quelle manière il allait être réparti, cela n'était qu'une répartition.
Le Puckwoodgenie à côté de lui était resté silencieux un moment, comme s'il avait perçu son trouble et qu'il avait patiemment attendu que cela passe avant de lui adresser la parole.
— Le directeur vous attend au centre du Hall avec les professeurs, vous devez vous y rendre pour être réparti dans votre maison.
Adressant un sourire fragile au Puckwoodgenie, le lion lui dit ;
— Je vous remercie. J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir.
Le Puckwoodgenie se redressa et lui adressa lui aussi un semblant de sourire qui parut un peu triste au Gryffondor. Juste avant de disparaître, il lui répondit ;
— Ce sera avec plaisir, Harry.
Cette fois-ci ce fut un véritable sourire qui prit possession des lèvres du lion lorsqu'il entendit son prénom être prononcé par le Puckwoodgenie. Celui-ci avait finalement accepté d'utiliser son prénom. Harry supposa que cela signifiait qu'il avait gagné le respect de la petite créature.
Fixant le centre du Hall où il reconnut le directeur accompagné par Tiare et Rogue ainsi que d'autres professeurs d'Ilvermorny dont il ne connaissait pas le nom, il s'avança, ignorant du mieux que possible le public qui regardait le moindre de ses mouvements avec attention. Il savait que Tom se tenait à un pas derrière lui et pour une raison qu'il ignorait, cela avait le don de le rassurer.
Jamais il n'aurait cru que la présence du jeune Seigneur des Ténèbres à ses côtés puisse un jour le rassurer. Pourtant, c'était le cas. Tom se tenait derrière lui et il avait l'impression d'être soutenu. Ils rejoignirent ensemble le centre du Hall.
Tom grinça des dents lorsque le directeur salua Harry naturellement, comme s'il n'avait pas remarqué à quel point Potter était tendu. Ses mouvements paraissaient pratiquement mécaniques, ils n'avaient rien de naturel et c'était comme voir un militaire se déplacer sur ordre de son supérieur. Tous ses mouvements étaient calculés à l'avance, maîtrisés pour ne pas paraître effrayé.
Après avoir rendu la politesse au directeur, le lion salua d'un signe de tête Severus Rogue et Ulrich Tiare qui, un peu plus loin, regardaient la scène avec les autres professeurs.
Tom n'eut aucune difficulté à remarquer que Rogue regardait Potter les sourcils froncés et l'air particulièrement inquiet. Il n'était donc pas le seul à avoir remarqué qu'Harry venait de cadenasser sa magie avec tant de force que celle-ci semblait avoir disparu.
Jedusor n'eut d'autres choix que d'écouter Agilbert Fontaine lorsque celui-ci amplifia sa voix pour s'adresser bien plus au public qu'à eux ;
— Nous pouvons maintenant procéder à la répartition. Monsieur Potter si vous le voulez bien, j'aimerais que vous passiez le premier.
L'homme continua de parler, ne laissant de toute façon pas le choix au Gryffondor ;
— Pas d'inquiétude à avoir, la répartition à Ilvermorny est très simple. Vous voyez le noeud gordien au milieu des quatre statues ? Vous avez simplement à vous tenir debout dessus pendant environ une minute. La statue correspondant à votre maison s'animera à ce moment-là et ce sera fini, vous serez réparti. Bien sûr, la possibilité que plusieurs statues réagissent à votre magie n'est pas exclue, si cela arrive vous aurez vous-même même à choisir la maison de votre préférence parmis celles-ci.
Tom vit Potter se crisper davantage quand le directeur mentionna sa magie. À Poudlard, le Choixpeau définissait la maison du sorcier qui le portait par rapport à ses souvenirs, son caractère, sa manière de voir et de comprendre les choses. La magie n'était qu'un attribut secondaire dans le jugement du Choixpeau. Ici, cela semblait être différent, si le noeud gordien était en réalité un sceau runique permettant de lire la magie, alors celle-ci serait la seule chose entrant en ligne de compte pour la répartition.
Et si c'était le cas, Tom savait que la possibilité qu'ils finissent dans la même maison devenait bien plus faible. Sa magie était orientée vers les ténèbres alors que celle d'Harry était pure. Incontrôlable, sauvage, indisciplinée mais pure. Peut-être que le Gryffondor pensait sa magie sombre parce qu'on disait de la magie noire qu'elle était incontrôlable, mais Harry aurait tort de penser cela. Sa magie n'avait rien de sombre, elle était pure, brute, originelle et surtout sans altération de n'importe quelle nature que ce soit et peut-être était-ce cela qui la rendait incontrôlable.
La sienne avait été ainsi avant qu'il ne la divise dans un Horcruxe, lui donnant ainsi la couleur sombre de la magie noire. Cela lui avait permis de prendre le contrôle sur sa magie mais en contrepartie, il avait perdu en puissance et il se doutait que jamais sa magie ne redeviendrait comme celle d'Harry.
Tom fut obligé de suivre le directeur et rejoignit les professeurs sur le côté alors qu'Harry s'approchait du noeud gordien dessiné sur le sol. Il espérait que cela se passerait bien et si ce n'était pas le cas, Fontaine paierait pour ça. Si Harry devait souffrir d'une quelconque manière que ce soit, Jedusor se fit la promesse de rendre au centuple la douleur de son âme-sœur au directeur.
Harry posa les pieds sur les bords du nœud gordien, celui-ci se mit à briller légèrement. Il l'avait à peine foulé qu'il s'animait déjà. Décidant qu'il voulait que cette mise en scène se termine le plus rapidement possible, il s'avança sur le sceau.
Immédiatement, il sentit ses restrictions se déchirer dans sa poitrine et plaquant une main contre celle-ci, il haleta de douleur. Il vit avec effarement le sceau sous lui se mettre à briller plus fortement encore et dans un geste purement instinctif, il voulut s'échapper. Ce fut pire encore ; il sentit le sceau sous ses pieds réduire consciencieusement chacune de ses restrictions magiques, l'immobillisant complètement.
La douleur provoquée par la violence avec laquelle ses verrous magiques furent brisés le rendit aveugle pendant quelques secondes et lorsqu'il distingua à nouveau ce qui l'entourait, il la vit. Pour la première fois, il y était confronté. Sa magie libérée autour de lui grondait dans un tourbillon tumultueux et multicolore.
Sous la surprise, il essaya de nouveau de faire un mouvement de recul mais cela lui était impossible, ses pieds semblaient cloués au sol. La douleur était la seule chose lui permettant de ne pas perdre complètement le contrôle alors qu'il voyait sa propre magie s'échapper de son corps et s'étaler autour de lui en flux multicolores, frappant le sol comme si elle était tangible.
Lorsque son esprit réussit à mettre la douleur de côté, il les entendit. Les cris de stupeur des élèves au-dessus de lui. Cela ne le fit que paniquer davantage. Il réussit à se mouvoir légèrement, tournant sur lui-même et il aperçut les statues qui avaient toutes changé de position et le saluaient désormais dans une sorte de révérence dont il se serait bien passé.
Lorsque le sceau s'attaqua aux verrous les plus anciens qu'il avait placés sur sa magie, il courba l'échine et ses mains se crispèrent sur sa poitrine. Il ferma les yeux, assourdis et aveuglé par la douleur, pour essayer désespérément de remplacer chaque verrou magique détruit par le sceau. Il savait qu'autour de lui, sa magie devenait incontrôlable et qu'elle risquait de blesser les enfants l'observant du balcon ou pire, dans son état, elle risquait même de briser le dôme de verre surplombant le Hall d'Ilvermorny.
Il était incapable de bouger, il n'arrivait pas à sortir du périmètre magique exercé par le sceau sous ses pieds. Il n'avait presque plus conscience de ce qui l'entourait et seule la douleur ainsi que la volonté de remplacer chaque verrou détruit le gardait conscient.
Brusquement, à travers le brouillard de souffrances paralysant son esprit, il entendit une voix ;
— BRISE-LE ! BRISE LE SCEAU, C'EST LA SEULE FAÇON DE TE LIBÉRER !
Obéissant au cri dans son esprit, il regroupa du mieux que possible sa magie et la propulsa contre le sol. Il sentit celui-ci se fendre sous ses pieds et la douleur s'atténua enfin.
Ses jambes fléchirent sous son propre poids. Ses genoux rencontrant le sol avec violence ; il était libre.
À Suivre...
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