Harry était debout, devant la porte du bureau du directeur d'Ilvermorny. Il hésitait entre frapper ou entrer sans le faire. Après tout, l'homme l'avait convoqué et de toute façon, avec le peu de maîtrise qu'il avait actuellement sur sa magie, celui-ci devait l'avoir senti approcher de loin.
Le brun soupira, cette journée avait été épouvantable et il espérait sincèrement qu'elle prendrait fin bientôt puisqu'il ne se sentait plus capable de tenir debout encore longtemps.
Le Gryffondor inspira profondément pour essayer d'éloigner toutes les pensées concernant Tom Jedusor de son esprit.
Sans même frapper, il saisit la poignée ronde de la porte et la fit tourner pour rentrer dans le bureau directorial d'Ilvermorny.
Échappant à son contrôle, son esprit rejoua une nouvelle fois la déclaration de Tom ainsi que la scène l'ayant suivie.
⁂
Quelques heures plus tôt, dans une clairière proche d'Ilvermorny.⁂
Harry se figea alors qu'il ramassait la cape de Tom au sol. À côté de celle-ci se trouvait la baguette d'if, la sienne, celle qu'il avait échangée contre la baguette de houx.
Alors qu'il la saisissait, il sentit une différence. C'était infime. Il ne l'aurait peut-être même pas remarqué si sa magie n'avait pas été autant perturbée.
L'allégeance de la baguette d'if avait changé ; avant, lorsqu'il la tenait, Harry ressentait comme une petite résistance, tout à fait naturelle quand on savait qu'il n'était pas son propriétaire légitime mais maintenant, cela avait disparu.
La baguette d'if lui avait prêté allégeance et pourtant, il ressentait encore son appartenance à Tom lorsqu'il la tenait. Une double allégeance.
Cette baguette avait deux allégeances.
Comment était-ce possible ? Une baguette n'était censée convenir parfaitement qu'à un seul sorcier et même si sa baguette de houx et celle d'if étaient jumelles, elles n'étaient pas identiques... et aucune baguette ne pouvait prêter deux allégeances à la fois.
Tout à coup, Harry se souvint de la réaction particulièrement virulente du Maître des potions lorsqu'il avait appris que Tom et lui avaient échangé leurs baguettes. Il se souvenait que Tom avait promis de lui expliquer en quoi consistait réellement cet échange avant qu'il n'utilise la baguette d'if mais...
Harry se souvenait très clairement avoir eu recours à sa baguette pour désarmer le mage noir dans le Hall. Il l'avait utilisée, Jedusor était de dos à ce moment-là et le brun se demandait donc si celui-ci était au courant. Probablement pas.
Harry allait poser la question à Tom quand il entendit celui-ci lui dire ;
— Si tu te sens encore trop faible pour marcher, tu peux t'appuyer sur moi.
Et le Gryffondor se tut.
Harry décida de garder cet élément sous silence pour le moment, il ne se sentait pas la force d'avoir une telle conversation avec Tom.
Pour être sincère avec lui-même, il avait envie de s'éloigner du mage noir. Il craignait que s'il se tenait trop proche de celui-ci, le lien entre eux ne se rouvre et il ne voulait pas subir de nouveau les émotions de Tom. Il ne voulait plus jamais ressentir cela...
Il savait que si cela se reproduisait, il n'y arriverait pas une seconde fois ; repousser Tom, ne pas tenir compte de ses sentiments. Harry ne supporterait pas de ressentir une seconde fois la peine et la douleur envahir le coeur du mage noir.
Le Survivant avait toujours su que le jour où il commencerait à prendre les sentiments du jeune Seigneur des Ténèbres en compte, il sera perdu.
Il avait pu combattre Voldemort en se convainquant que celui-ci était incapable de ressentir des émotions telles que l'amour, la peur ou même la douleur mais jamais, il ne pourrait volontairement blesser quelqu'un possédant des sentiments aussi réels que ceux qu'il avait perçus à travers ce lien entre Tom et lui.
Les émotions que ressentait Jedusor étaient sans aucune mesure, à tel point qu'on pourrait en conclure que Tom était incapable de leur imposer des limites ; qu'il ressentait tout sans en avoir la maîtrise, que ses sentiments s'imposaient à lui purement et simplement, sans qu'il ne puisse dresser des barrières.
Tom ne concevait pas les demi-mesures, les compromis, le gris. Tom voyait le monde en noir et blanc et lorsqu'il haïssait quelque chose ou quelqu'un, c'était aussi de façon démesurée. Harry commençait à redouter que ce soit la même chose pour chaque sentiment du jeune Seigneur des Ténèbres, l'amour y compris.
Et si c'était le cas, comment pourrait-il...
⁂
Le directeur d'Ilvermorny le fit revenir brusquement à la situation présente lorsqu'il lui demanda ;
— Est-ce que vous vous sentez bien monsieur Potter ?
Harry releva les yeux pour apercevoir Agilbert Fontaine qui l'observait, debout devant son bureau ; l'homme se tenait dans une position assez nonchalante, à demi-appuyé contre ledit bureau.
La pièce était bien plus grande que ne l'avait imaginée Harry et d'ailleurs, ce bureau ressemblait bien plus à une salle de classe qu'à un véritable bureau directorial.
Un immense tableau noir s'étalait sur le mur du fond et la pièce était disposée de manière à laisser un grand espace entre la porte d'entrée et le bureau, assez massif, du directeur.
Mais, contrairement à une salle de classe, il n'y avait aucune table au centre de la pièce, seulement un noeud gordien gravé sur le sol. Harry ne put retenir une grimace à la vue de celui-ci. Il ne mettrait plus jamais les pieds sur ce symbole.
Détournant le regard du noeud gordien, l'ancien élève de Poudlard remarqua les bibliothèques remplies de différents ouvrages qui parcouraient le mur à sa droite. Le mur de gauche, lui, était traversé par trois immenses fenêtres, alignées, qui baignaient la pièce d'une lumière orangée, le soleil se couchant par-delà les vallées du mont Greylock.
Retournant définitivement son attention sur le directeur de cette école, Harry fronça les sourcils lorsqu'il vit celui-ci lui sourire.
Il pensait que le directeur l'avait convoqué pour le sermonner au sujet du sceau ancestral qu'il avait brisé. En venant ici sur les ordres d'Ulrich Tiare, il s'était imaginé qu'il devrait probablement s'excuser pour les dégâts qu'il avait causés et il s'était même dit qu'après un incident pareil, le MACUSA allait lui demander de quitter le sol américain le plus vite possible.
Les sorciers américains étaient bien du genre à détester l'inconnu, ce qui sort de l'ordinaire, ce qui ne rentre pas dans les cases parfaites qu'ils avaient créées pour diriger le monde magique d'une main de fer. Harry savait qu'il ne rentrait pas dans l'éthique élitiste du MACUSA mais les rumeurs disaient aussi qu'Ilvermorny défiait depuis toujours cette éthique étriquée en acceptant loups-garous et vampires et en traitant de la même manière les nés-moldus et les sangs-purs.
Ilvermorny était considérée comme un exemple de tolérance à travers le monde, là où le MACUSA était connu pour recourir très facilement à la peine de mort pour régler le moindre problème.
Potter était assez dubitatif sur ce à quoi il devait s'attendre ici. L'Amérique semblait assez divisée et en toute honnêteté, il préférerait ne jamais être confronté à un gouvernement comme celui du MACUSA.
Il se doutait que les dirigeants du Congrès magique des États-Unis d'Amérique ne verraient pas d'un très bon oeil la magie qui continuait à s'évaporer autour de lui sans qu'il ne puisse l'en empêcher. Cela lui prendra des journées entières pour reconstruire les restrictions que le nœud gordien avait détruites en quelques secondes.
Agilbert Fontaine lui fit signe d'approcher et, alors qu'Harry faisait quelques pas méfiants vers le bureau tout en contournant adroitement le symbole imprimé au sol, il ajouta ;
— Je suis vraiment désolé pour ce qu'il s'est passé ce matin. Si j'avais su que le sceau réagirait ainsi lorsque vous y mettriez les pieds, j'aurais trouvé un autre moyen de vous répartir. C'est un regrettable incident dont je prends, bien évidemment, toute la responsabilité.
Harry fronça les sourcils. Tom lui avait dit que le directeur le tenait pour responsable des événements de ce matin et que celui-ci savait très bien ce qu'il risquait de se passer lors de sa répartition. Le fait qu'Agilbert Fontaine lui tienne l'exact opposé de ce discours ne fit qu'augmenter la méfiance du lion envers l'homme.
L'expression du directeur changea alors, passant d'un sourire poli à un sourire forcé et visiblement figé. Celui-ci lui demanda d'une voix plus forte que précédemment ;
— Dites-moi, depuis quand faites-vous cela ? Depuis combien de temps enfermez-vous vos pouvoirs magiques de cette façon ?
Cette fois-ci, Harry vit très clairement le visage de l'homme se déformer dans une grimace de dégoût et il recula d'un pas pour déclarer, sur la défensive ;
— Je ne crois pas que cela vous concerne, monsieur le directeur.
L'expression du visage de Fontaine redevient neutre alors qu'il lui dit ;
— Non, bien sûr que non. Mais vous devez bien concevoir que cela me surprenne.
Cette fois-ci, les yeux de l'homme l'observèrent de haut en bas avec fascination et il ajouta ;
— Vous devriez être mort.
Harry n'eut aucun mouvement de recul. Son visage se fit beaucoup moins expressif mais la magie qui lui échappait toujours s'agita plus violemment lorsqu'il répliqua froidement ;
— N'est-ce pas le cas depuis la première année de ma vie ?
Le directeur eut l'air honnêtement surpris par cette réponse puis, il se remit à sourire beaucoup plus chaudement.
— Effectivement, vous avez raison.
L'homme quitta le bureau sur lequel il était appuyé pour aller vers l'une des bibliothèques contre le mur. Il en sortit un épais volume puis lança un regard à Harry en lui disant ;
— C'est le règlement de l'école établi par mes prédécesseurs. Selon eux, tout être magique, de n'importe quelle nature, doit être accepté à Ilvermorny.
L'homme ajouta avec un sourire toujours plus énervant aux yeux d'Harry ;
— Vous n'avez aucune raison d'être si méfiant. Bien que votre cas soit sans précédent, il n'y a aucune raison pour que vous ne puissiez pas rester ici, le MACUSA ne ferait rien contr-
— Arrêtez ça. Arrêtez de me parler comme si je n'étais pas comme vous. Vous êtes un sorcier à ce que je sache ; alors arrêtez de me parler comme si nous étions différents.
La magie d'Harry fit trembler les fenêtres de la salle et le directeur perdit son sourire. Il eut l'air assez perturbé en observant tantôt les fenêtres puis lui, avant que, tout à coup, son visage ne se déforme dans une expression de choc.
Cela dura plus d'une seconde si bien qu'Harry se sentit obligé de dire.
— Monsieur le directeur ?
Lorsque celui-ci revient à lui, quelque chose avait définitivement changé dans sa manière de le regarder. Il recula d'un bon mètre en arrière et il sembla vouloir mettre encore plus de distance entre eux, se plaçant derrière son bureau.
Harry n'eut aucun mal à voir ce qui avait changé. Le directeur le regardait exactement de la même manière que l'avaient fait les Dursley pendant des années.
Agilbert tremblait, Harry voyait la main du directeur trembler alors que celui-ci posait le livre qu'il tenait sur son bureau.
L'homme se tut pendant plusieurs secondes, l'observant toujours comme si allait brusquement se transformer en monstre pour se ruer sur lui, toutes griffes dehors.
Puis, il finit par le congédier d'une voix pratiquement mécanique ;
— Ce sera tout pour aujourd'hui. Vous pouvez disposer.
Alors qu'il allait sortir de la pièce, Harry entendit le directeur ajouter, toujours aussi mécaniquement, comme s'il lui parlait tout en réfléchissant à autre chose ;
— Revenez ici demain matin avec monsieur Gaunt ; puisque je ne peux plus vous répartir de manière traditionnelle, je le ferais moi-même. On parlera du déroulement du tournoi à ce moment-là. Quant à l'incident de ce matin, disons qu'il est clos.
Harry quitta le bureau du directeur et descendit les marches en colimaçon. Perturbé par sa discussion avec Fontaine, il fut sorti de ses pensées par une voix qu'il ne reconnaissait que trop bien ;
— Un mot de ta part et je monte lui apprendre la politesse.
Tom était là, face à lui, appuyé contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine. Le mage noir le dévisageait de la même façon qu'il l'avait toujours fait, sans gêne aucune, ses yeux rougeoyants dangereusement alors qu'il menaçait d'aller voir le directeur.
— Tu as écouté notre conversation ?
Jedusor eut la décence de paraître légèrement coupable lorsqu'il dit ;
— Je ne lui fais pas confiance. Je ne vois pas pourquoi il voulait absolument te voir maintenant alors que nous venons seulement de rentrer et que tu es épuisé.
Harry secoua la tête négativement.
— Il valait mieux que l'on mette la situation au clair maintenant plutôt que demain et puis, je ne suis pas si affaibli que ça, je suis encore capable de me défendre.
Ils commencèrent à marcher dans les couloirs d'Ilvermorny, avançant l'un à côté de l'autre d'un même pas et après un moment, le lion demanda ;
— Comment as-tu trouvé le bureau du directeur alors que tu étais censé rester avec Rogue pendant que Tiare m'y emmenait ?
Le jeune Seigneur des Ténèbres répondit simplement ;
— J'ai faussé compagnie à Rogue et j'ai demandé mon chemin à un élève.
Harry ferma les yeux un moment et finit par dire, sa fatigue transparaissant dans sa voix ;
— Je suppose que lorsque tu dis "j'ai demandé mon chemin à un élève", je suis censé comprendre que tu as utilisé la Legilimancie sur le premier gamin que tu as croisé.
— La Legilimancie n'est pas interdite en Amérique.
Potter répliqua avec ironie ;
— Ce n'est pas comme si cela changeait quelque chose pour toi.
Jedusor lui sourit en retour et Harry décida qu'il était bien trop fatigué pour s'appesantir sur le fait que Tom ne supportait apparemment pas l'idée qu'il s'éloigne de lui, même pour une courte durée.
À Suivre...
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