Harry s'écroula pratiquement contre le mur, se forçant à essayer de se maîtriser. Son instabilité magique, ajoutée aux sentiments si sombres qu'il ressentait encore provenir du coeur de Tom, l'empêchait de se préoccuper du regard que portaient les autres Oiseaux-tonnerre sur lui. Peu importe s'il les effrayait, pour le moment cela l'indifférait.
Rien n'était capable de lui sortir de la tête ce qui pesait en permanence sur son coeur. Il fallait qu'il fasse quelque chose. Il ne pouvait pas le laisser comme cela. Il ne pouvait pas seulement faire comme si de rien était. Jamais il ne réussirait à passer encore une heure avec ça pesant sur sa poitrine.
Tout avait commencé ce matin à cause d'Agilbert Fontaine qui n'avait rien trouvé de mieux que de les répartir dans des maisons différentes. Harry s'était retrouvé assigné aux Oiseaux-tonnerre de par son passé de Gryffondor.
Apparemment les Oiseaux-tonnerre et les Gryffondor partageaient de nombreux points communs alors le directeur avait tout naturellement voulu qu'il rejoigne cette maison. A contrario, il avait décrété qu'un digne descendant de la famille Gaunt devait aller chez les Serpents cornus.
Tom n'avait pas du tout apprécié le fait que le directeur se donne le droit de les séparer.
Fontaine s'était montré inflexible sur sa décision. Harry avait bien essayé de convaincre celui-ci que Thomas Gaunt devait rester avec lui puisqu'il était placé sous sa tutelle. Cependant, le directeur n'avait pas voulu prendre cela en compte, arguant qu'en Amérique un sorcier de dix-huit ans ne pouvait être responsable d'un autre sorcier d'à peine deux ans plus jeune que lui.
Tom avait seize ans. Sur ses papiers officiels, il était écrit qu'il n'avait que seize ans. Par conséquent, et contrairement à lui qui avait été placé dans le cours des dernières années, Tom avait été réparti avec les sixièmes années...
Donc non seulement le directeur les avait placés dans des maisons différentes mais en plus de cela, ils ne suivraient pas les mêmes cours.
Dès que Tom en avait pris conscience, une rage sans nom s'était élevée en lui et Harry avait craint qu'il ne s'en prenne au directeur. Il avait donc essayé d'écourter au maximum leur entretien.
Cela avait fonctionné puisque le directeur leur avait donné la journée d'aujourd'hui, un dimanche, pour découvrir l'établissement scolaire, son fonctionnement, les cours qu'ils devraient suivre ainsi que leurs maisons respectives. Tout en précisant que le lundi suivant serait le jour où les champions seraient nominés par la Coupe de Feu et donc officiellement la première journée du Tournoi des Trois Sorciers.
Lorsqu'ils étaient sortis du bureau du directeur et qu'un étudiant responsable du bureau des élèves les avait amenés à leurs maisons respectives, Harry avait senti la colère de Tom se muer peu à peu en quelque chose de beaucoup plus sombre.
C'est après leur avoir fait brièvement visiter l'école que le responsable leur avait dit qu'il serait mieux pour eux s'ils faisaient connaissance avec les élèves de leurs maisons et de leurs promotions. Il les amena alors dans la cour principale pour leur montrer où se trouvaient les deux bâtiments.
Les Oiseaux-tonnerre possédaient une immense tour sur l'extrême gauche de l'arc de cercle constituant les bâtiments secondaires autour du bâtiment principal et les Serpents cornus avaient l'intégralité d'un dédale de couloirs creusé à l'intérieur même de la roche et occupant tout le flanc droit de l'école. Les deux lieux étaient donc complètement à l'opposé l'un de l'autre ; plusieurs hectares de terrain les séparant.
Ils s'étaient alors séparés et la colère que ressentait encore Tom à ce moment-là s'était comme évaporée dans un océan brûlant de désespoir et de solitude.
Même maintenant, alors qu'ils étaient éloignés de plusieurs centaines de mètres l'un de l'autre, Harry le ressentait. Ce désespoir, cette solitude, cet appel à l'aide, ce sentiment d'abandon, cette rage de ne pas pouvoir être avec lui.
Harry savait que Tom n'avait jamais eu de personnes proches de lui avant... pas d'ami, pas de famille. Aucun repère. Et Merlin seul savait à quel point il comprenait la douleur que cela pouvait causer, mais jamais il ne se serait douté que le mage noir vivrait si mal leur séparation. Ils ne se côtoyaient que depuis un mois, Tom ne pouvait pas s'être attaché à lui aussi fortement que cela.
Comme un coup de poing dans le ventre, le souvenir du baiser du mage noir et du sentiment d'amour l'accompagnant percuta Harry et il ne put qu'accepter cette vérité. Tom tenait à lui bien plus qu'il n'aurait jamais dû le faire. Il l'aimait. Cette pensée avait encore du mal à s'inscrire dans l'esprit de l'ancien Gryffondor. Pourtant c'était la seule explication qu'il réussissait à donner à ce qu'il percevait actuellement.
Cela ne faisait que quelques heures qu'ils étaient physiquement éloignés et Harry était déjà à bout mentalement. Il n'arrivait pas à tenir une conversation, il était incapable de se concentrer sur quoi que ce soit, tous ses sens étaient comme viscéralement rattachés à ces émotions qu'il continuait de ressentir.
Comme une sorte de tourbillon incontrôlable, les émotions du jeune Seigneur des Ténèbres passaient de la colère à la tristesse et du désespoir à la solitude sans jamais s'arrêter, sans jamais s'apaiser.
Pas étonnant que Tom soit devenu si asocial et manipulateur s'il ressentait tout ainsi, Harry comprenait bien mieux qu'il puisse sombrer dans la folie. Lui-même avait l'impression que son esprit allait rompre à force de recevoir directement des émotions aussi brutales.
Le brun se souvenait que Dumbledore lui avait dit il y a longtemps que Tom Jedusor, Voldemort, était incapable de ressentir l'amour ou même l'affection, puisqu'il avait été conçu sous l'influence d'un philtre magique et qu'il avait grandi sans jamais recevoir d'attention particulière.
Si Albus Dumbledore était encore de ce monde Potter ne se serait pas gêné pour aller lui faire comprendre qu'il s'était trompé et qu'au contraire de ne rien ressentir, Tom semblait tout percevoir de façon bien plus intense.
Harry supposait que cela devait être le cas depuis toujours. Tom ressentait la haine, la colère, la jalousie, l'affection et tout autre sentiment sans en avoir la maîtrise, sans avoir le moindre recul sur ses émotions. Si c'était réellement le cas, cela justifierait beaucoup de choses.
Si Tom n'était pas capable de stopper ses sentiments internes, il était normal qu'il ait dû apprendre à en maîtriser l'aspect externe. D'où l'habitude qu'il avait prise de pénétrer les pensées des gens ou de manipuler son entourage. Il essayait de se protéger...
Harry serra les dents à cette pensée, incapable de ne pas faire de parallèle avec sa propre enfance.
Lui-même avait dû oublier l'envie de recevoir de l'amour de sa famille, se forcer à essayer de ne pas vouloir que sa tante le prenne dans ses bras comme elle le faisait avec son cousin. Oublier que ce n'était pas normal de recevoir des coups et des insultes à longueur de journée. Essayer de ne pas ressentir de la peur ou de la haine envers les personnes lui offrant malgré tout un toit et au moins un repas par jour.
Les Dursley n'étaient pas si mauvais ; il s'était répété cette phrase tellement de fois. Espérant peut-être qu'elle prendrait un jour du sens.
Si Tom, contrairement à lui, n'avait pas réussi à s'éloigner de ses émotions alors Harry comprenait réellement qu'il soit devenu ce qu'il est. Un être torturé en permanence, essayant désespérément de trouver un moyen de s'éloigner de toute cette souffrance.
Ce moyen Tom l'avait trouvé et Voldemort l'avait élevé à son paroxysme. La haine, la haine n'était pas douloureuse. La haine était bien plus agréable que la peur ou la douleur, elle n'attendait rien en retour, elle ne pouvait pas décevoir...
Penser à tout cela ne le menait à rien. Cela continuerait, s'il ne faisait rien, personne ne le ferait. Il continuerait à ressentir cela et Tom continuerait de souffrir.
Ce fut assez brutalement et sous les regards définitivement apeurés de la plupart des Oiseaux-tonnerre, qu'Harry partit en courant. Il n'eut même pas besoin de prononcer le moindre mot de passe pour franchir la porte de la tour, qui céda dès l'instant où elle rencontra sa magie débridée.
Il n'avait pas besoin de connaître les lieux ni de savoir où se rendre exactement pour suivre, sans le moindre doute, la direction qu'avait emprunté Tom. C'était purement instinctif, il savait qu'il suivait simplement ce lien qui continuait de lui retransmettre, sans interruption, ce que ressentait Jedusor.
Il se retrouva bien vite de l'autre côté de l'école, légèrement essoufflé mais assez déterminé pour ne pas faire demi-tour maintenant.
À la vue du serpent cornu gravé à même la pierre de l'entrée du bâtiment, il sut qu'il n'aurait pas besoin de mot de passe pour entrer.
S'adressant à la gravure, il siffla ;
§ Ouvre-toi ! §
La gravure bougea immédiatement et le serpent de pierre sembla le regarder un instant, comme s'il était animé d'une conscience. Il disparut après sa contemplation, activant le mécanisme permettant d'accéder à l'entrée du domaine des Serpents cornus.
Harry s'engouffra à l'intérieur sans hésitation et continua de suivre ce qu'il percevait de la présence de Tom dans ce dédale de couloirs en pierre brute. De nombreuses gravures et fresques décoraient les lieux mais il ne prit pas le temps de s'attarder sur cela.
Descendant un escalier plus large que les autres, il arriva au sous-sol devant une grande double porte qui devait marquer l'entrée de la salle commune des Serpents cornus. Cette fois-ci, en plus de ses émotions, Harry fut capable de sentir la présence magique de Tom.
Ne se préoccupant aucunement du fait qu'il n'avait probablement pas le droit d'être là, le brun ouvrit les deux portes en grand et entra dans la salle.
Ses yeux trouvèrent instantanément ceux de Tom.
Celui-ci se trouvait au fond de la salle, un élève semblait avoir essayé une tentative de conversation avec lui puisqu'il attendait visiblement une réponse. Réponse qui ne viendrait jamais puisque le regard de Jedusor et l'intégralité de son attention venaient de se focaliser sur Harry, comme toute la salle le fit, peu de temps après lui.
Potter était visiblement essoufflé et sa magie s'échappait toujours de lui par petites étincelles colorées. Son apparence actuelle ne rassurait en rien les Serpents cornus sur ses intentions. Harry Potter avait l'air dangereux, assez pour que tous les élèves ayant assisté à sa répartition reculent d'un pas, appréhendant la suite.
Harry ignora les regards et les chuchotements. Il ne les remarqua d'ailleurs même pas et alla vers Tom d'un pas décidé, il se contenta de faire quelque chose qu'il ne se souvenait pas avoir fait depuis une éternité : il le prit dans ses bras, volontairement.
Le brun ne se souvenait même plus de la dernière fois qu'il avait initié un contact aussi franc avec un autre être humain.
Tom et lui faisaient approximativement la même taille alors il n'eut aucun mal à le prendre dans ses bras.
Le lien lui retransmis alors avec une fidélité sans failles les émotions qui traversèrent Tom, avant que celui-ci ne lui rende son étreinte de façon terriblement possessive.
D'abord il y avait eu de la surprise mélangée à une certaine forme de perplexité. Puis Harry avait lui-même ressenti son propre coeur s'apaiser lorsque le sentiment de solitude et de désespoir que ressentait précédemment Tom avait disparu, s'effaçant progressivement. Pour laisser place à un brute sentiment possessif, de l'affection mêlée à une certaine forme de volonté : celle qu'il ne le relâche jamais.
Harry ne se sentit pas gêné par le fait que Tom avait passé ses bras autour de sa taille et que ses mains s'étaient resserrées sur son dos, froissant son uniforme. Il ne s'était même pas inquiété du fait que l'intégralité des personnes présentes dans la salle les fixaient.
Il se sentait seulement apaisé. Il ne savait pas si ce sentiment était le sien ou celui de Tom, mais il savait qu'il se sentait beaucoup mieux maintenant. Il poussa d'ailleurs un long soupir de soulagement lorsque le lien entre le jeune Seigneur des Ténèbres et lui diminua en intensité avant de s'éteindre, le laissant de nouveau libre. Son esprit pouvait enfin se concentrer sur autre chose.
Cela ne tarda pas ; sa conscience le rattrapa brusquement. Trop brusquement.
Il se rendit compte qu'il venait de traverser l'intégralité d'Ilvermorny en courant. Et ce, uniquement pour retrouver Tom Jedusor et le prendre dans ses bras.
Après un bref moment de panique, il réussit à se convaincre que cela n'avait pas d'importance. Tout ce qui comptait, c'est que son coeur ne semblait plus si lourd.
C'est en fourchelang qu'il s'adressa à Jedusor. Il fallait qu'il lui dise quelque chose.
Il aurait voulu expliquer à Tom pourquoi il était là. Il aurait voulu réussir à lui exprimer le fait qu'ils allaient devoir trouver rapidement une solution pour contrer ce lien qui lui retransmettait toutes les émotions du Serpentard dès que celles-ci étaient un peu trop fortes. Il aurait préféré avoir un discours plus logique et moins affecté mais ce ne fut pas le cas.
Il siffla à Tom ;
§ Je suis désolé. Je suis plutôt maladroit pour ce genre de choses. Mais je voulais te dire que... j'aurais préféré que l'on reste ensemble. Que tu sois réparti dans la même maison que moi et que l'on suive les mêmes cours. §
C'était terriblement simple mais c'était probablement les mots qu'il aurait aimé qu'on lui dise s'il s'était senti aussi seul que Tom l'avait été.
À Suivre...
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