Les gonds du coffre, où était élégamment inscrit H.P., faillirent sauter lorsque le propriétaire dudit coffre en relâcha le couvercle un peu trop brusquement.

Le bruit sourd que firent les deux morceaux de bois en s'entrechoquant d'un coup sec tira Harry Potter des méandres de son esprit où, depuis un moment déjà, une scène se rejouait sans cesse.

Quelques heures plus tôt, dans la salle commune des Serpents cornus.

§ Je suis désolé. Je suis plutôt maladroit pour ce genre de choses. Mais je voulais te dire que... j'aurais préféré que l'on reste ensemble. Que tu sois réparti dans la même maison que moi et que l'on suive les mêmes cours. §

À ces mots l'étreinte de Tom s'était encore un peu resserrée et le mage noir s'était penché avec lenteur pour chuchoter à son oreille, son souffle caressant sa nuque.

§ Cela signifie que tu ne me détestes pas. §

Jedusor ne l'avait pas prononcé comme une question, pourtant Harry n'avait eu aucun mal à distinguer le doute et l'espoir dans sa voix, comme si même sans leur lien, il était capable d'en interpréter la moindre inflexion.

À cela il s'était comme figé, incapable d'apporter une réponse au jeune Seigneur des Ténèbres. Il se souvenait lui avoir dit qu'il le détestait, qu'il en avait le droit.

Il lui avait dit cela à Poudlard, lorsqu'il essayait encore d'accepter le fait que Tom soit en vie et qu'il n'avait plus aucun des souvenirs faisant de lui Voldemort. Il se souvenait lui avoir dit que contrairement aux autres, il avait de bonnes raisons de le haïr mais qu'il essaierait d'être juste avec lui, malgré tout cela.

Tom pensait qu'il le détestait toujours, que depuis le premier jour il essayait seulement de faire preuve de tolérance envers lui...

Harry avait senti son propre coeur se serrer de manière incontrôlable dans sa poitrine à cette constatation, le faisant presque souffrir.

Comment Tom avait-il développé des sentiments pour lui en pensant sincèrement cela ? Est-ce que Jedusor l'aimait réellement tout en pensant que lui le haïssait ? Était-ce pour cela qu'il s'était excusé après l'avoir embrassé ?

Sa mâchoire s'était resserrée, elle aussi. Harry se retenait de dire à Tom qu'il ne le détestait pas, que cela faisait un moment maintenant qu'il n'était plus capable de penser à lui avec ressentiment.

S'il disait cela, il ne savait pas quel impact cela aurait sur la manière dont Jedusor agissait avec lui. Mais pouvait-il réellement le laisser croire qu'il le détestait si ce n'était pas le cas ?

Ce fut presque physiquement douloureux pour Harry. Une image paraissant très réelle de Voldemort apparut dans son esprit lorsqu'il ouvrit la bouche pour dire si faiblement qu'il doutait que Tom ne puisse l'entendre.

§ Je ne te déteste pas. §

La fulgurance avec laquelle le lien se rouvrit entre eux l'aurait probablement cloué à terre si les bras de Tom ne le tenaient pas encore étroitement serré contre lui.

Cette fois-ci ce ne fut pas un maelstrom de sentiments pratiquement indiscernables les uns des autres qui lui parvint, mais un seul. Un immense sentiment de joie. Du bonheur. Quelque chose de chaud et réconfortant.

Tellement à l'opposé de la douleur qu'il avait senti le traverser auparavant que cela réussit à l'atténuer.

Quelques secondes plus tard Tom s'était légèrement redressé, ses yeux déviant vers la bouche de Potter et sans même qu'il n'ait le temps d'en prendre conscience, il alla déposer un baiser éphémère au coin de ses lèvres...

— Si vous avez besoin d'aide pour installer vos affaires, je peux peut-être vous aider ?

Harry cligna des yeux, la sensation du corps de Tom contre le sien s'effaçant tout à coup de son esprit.

Il se retourna vers la personne venant de lui adresser la parole et il reconnut le garçon qui lui avait montré où se trouvait le dortoir des septièmes années.

Ce jeune homme aux cheveux blonds foncé portait exactement le même uniforme bleu et rouge que lui, le nœud gordien ainsi que le symbole des Oiseaux-tonnerre marquant sa poitrine, comme la sienne.

Il était la seule personne l'ayant approchée lorsqu'il était rentré dans la tour des Oiseaux-tonnerre. Les autres élèves s'étaient contentés de le dévisager sans rien dire, parfois avec crainte et d'autres fois seulement avec curiosité.

Après avoir jeté un coup d'œil à sa malle il fit un signe négatif de la tête et répondit ;

— Ce n'est pas la peine. J'oublie toujours qu'au lieu de tout ranger à la main, je peux faire ça.

Il fit un petit mouvement de baguette pour illustrer ses propos et toutes ses affaires allèrent se ranger toutes seules dans son armoire et sa table de nuit. Un petit sourire échappa au brun à cela.

C'était toujours les actes de magie les plus simples qui le faisaient sourire comme s'il voyait celle-ci pour la première fois.

— Cela m'arrive aussi. Je suppose que grandir dans le monde moldu fait cela.

Harry se retourna vers l'Oiseau-tonnerre et ne put s'empêcher de penser qu'il y a encore quelques mois, en Angleterre, ce genre de paroles n'aurait pas été prononcé à cause des Mangemorts qui faisaient toujours régner la terreur.

Son expression dut faire transparaître quelque chose de sombre puisque le blond s'excusa ;

— Je suis désolé, je ne voulais pas vous rappeler de mauvais souvenirs. Je m'appelle Therence Legrand, enchanté !

Harry fut un peu surpris que Legrand ait l'air d'un... Gryffondor ? Legrand ressemblait à un Gryffondor essayant d'être accueillant et poli avec un nouveau membre de sa maison.

Cette pensée le rassura un peu. Tous les Oiseaux-tonnerre qu'il avait précédemment croisés lui avaient offert un accueil assez froid. Probablement à cause de sa répartition ou de sa réputation... ou d'un mélange des deux.

Il répondit assez simplement, se souvenant que tenir une conversation avec un inconnu ne lui avait jamais réussi ;

— Enchanté.

Therence lui sourit et dû comprendre qu'il ne parlerait pas beaucoup plus, puisqu'il se contenta de dire en réponse.

— Si tu as un souci, tu peux t'adresser à moi je suis responsable de la maison des Oiseaux-tonnerre jusqu'au rétablissement de notre directrice. Pour les cours je t'expliquerai tout au fur et à mesure, et en ce qui concerne le tournoi, je sais seulement que les champions seront nominés demain. Ce sera une longue journée, tu devrais peut-être te reposer ?

Harry se rendit compte immédiatement du changement entre le vouvoiement et le tutoiement. Maintenant qu'ils s'étaient plus ou moins présentés, il supposa que c'était logique.

Il acquiesça, ne voulant pas contredire son camarade, notant aussi que la directrice de sa maison était visiblement absente.

Therence le laissa seul et Harry en profita pour aller prendre une douche. Les dortoirs des garçons étaient équipés de douches individuelles et séparées par année d'études.

Il avait obtenu le dernier lit au fond du dortoir mais il ne s'en plaignait pas, son lit était en face d'une fenêtre qui avait une vue vertigineuse sur le terrain de Quidditch qui se tenait au loin. Même s'il n'aurait sûrement ni le temps ni l'occasion de jouer au Quidditch, il pourrait au moins observer les entraînements de loin.

Le Quidditch faisait parti des choses qu'il appréciait le plus ; la sensation de voler était de loin la meilleure qu'il n'ait jamais ressentie.

Lorsque Harry sortit de la douche, il fut surpris par le brouhaha. Tous les élèves semblaient s'apprêter à aller dormir et un capharnaüm infernal régnait dans la tour.

Les cris, le bruit et les mouvements brusques n'auraient sûrement pas gêné Potter il y a plusieurs années mais là, cela le mettait sur les nerfs. La guerre en était peut-être la cause. Ou était-ce la peur de perdre le contrôle de sa magie qui l'empêchait de se détendre ne serait-ce qu'une seconde dans cette ambiance.

C'est plusieurs heures plus tard, allongé dans son lit, n'ayant même pas pris la peine de tirer la couverture sur lui, qu'Harry se rendit compte qu'il n'arriverait pas à dormir. Pourtant la tour était de nouveau silencieuse et les rideaux présents autour de son lit lui offraient une impression de sécurité.

Il regardait le plafond sans bouger, absolument pas à l'aise. Il se sentait de la même manière que les premières nuits qu'il avait passées dans un vrai lit chez les Dursley. Ce confort lui donnait l'impression qu'à la seconde où il fermerait les yeux, il se réveillerait dans un endroit horrible où tous ses pires cauchemars seraient réunis.

Inévitablement, ses pensées revinrent vers le mage noir qu'il était censé surveiller, où se trouvait Tom ? Est-ce qu'il avait réussi à trouver le sommeil ?

Au même moment, dans le dortoir des sixièmes années de la maison des Serpents cornus.

Le dortoir des sixièmes années était plongé dans la pénombre et chacun de ses résidents semblait dormir d'un sommeil profond. Exception faite d'un seul : derrière les rideaux d'un des lits du dortoir régnait une petite lumière, qui était celle d'un Lumos, et si l'on tendait l'oreille on pouvait y distinguer des sifflements.

§ Cela se prononce un journal, Diligitis. Mais on peut aussi appeler cela un carnet ou un cahier. Celui-ci est pour Harry. §

Le mage noir désigna l'un des deux livrets à la couverture bleu foncé où il était écrit en lettres d'argent et en fourchelang ; Harry James Potter.

§ Et celui-là est à nous. §

Tom fit alors un bref mouvement désignant un carnet similaire au premier, mais celui-ci avait l'inscription Tom Elvis Jedusor écrite en fourchelang sur la couverture.

Le petit crotale se dirigea vers l'un des cahiers et siffla en envoyant un regard interrogatif à Tom ;

§ Harry ? §

Tom siffla, l'air un peu plus sombre ;

§ Harry n'est pas là, tu pourras le voir demain. Ce carnet est pour lui. §

Le jeune Seigneur des Ténèbres faisait attention à prononcer ses phrases lentement et simplement, espérant que Diligitis en retiendrait mieux le vocabulaire ainsi. Mais visiblement Diligitis se demandait pourquoi Harry n'était pas là : le tout petit serpent regardait le carnet qu'avait désigné Tom comme si celui-ci allait brusquement faire apparaître Potter.

Les yeux de Jedusor prirent une teinte rouge vif à cette pensée, Harry ne pouvait pas apparaître d'un coup ici mais ces carnets pourraient au moins leur permettre de communiquer malgré la distance.

Il venait de les relier par un sortilège en fourchelang, un enchantement plutôt basique mais qui, avec quelques modifications, devenait intéressant.

Si Harry écrivait dans ce carnet en fourchelang et seulement en fourchelang, le texte apparaîtrait sur son propre carnet et il pourrait y répondre de la même manière.

Tom savait qu'avec leur lien d'âme ils leur étaient probablement possible de communiquer directement par télépathie, mais il se doutait que Potter n'était pas encore prêt pour accepter quelque chose comme cela. Alors, il avait préféré recourir à quelque chose de moins personnel.

Il ne voulait pas brusquer les choses avec Harry. Ce serait déjà parfait si Potter acceptait d'utiliser son cadeau.

À Suivre...

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