Prisonnier, tenu à l'écart, captif, retenu contre sa volonté. L'esprit de l'enfant avait prêté des dizaines et des dizaines d'expressions à sa situation actuelle, il se sentait piégé. Il était piégé.
Seul dans le sombre placard sous l'escalier, un petit garçon brun aux yeux vert émeraude, d'à peu près cinq ans, était couché sur le dos, le regard affolé alors que, au-dessus de lui, brillait une petite sphère de lumière.
Paralysé par la peur, sa panique ne fit qu'augmenter et comme pour le punir du manque de contrôle qu'il possédait sur ses émotions, la boule de lumière se fit plus lumineuse encore, se déplaçant autour de lui avec agitation et éclairant spasmodiquement les recoins les plus sombres du placard.
Il faisait nuit et la porte de son placard était verrouillée, il était piégé. Piégé avec ça, il ne savait pas exactement ce que c'était mais il savait que cela ne devrait pas être là.
Harry avait toujours eu peur du noir mais jusqu'à maintenant, cette peur ne l'avait pas réellement dérangé. Il se souvenait qu'à chaque fois qu'il avait eu un peu peur, il lui avait suffi de penser très fort à de la lumière pour que celle-ci apparaisse et reste avec lui, comme par magie.
C'était bien là le problème, la magie n'existait pas. Son oncle Vernon lui répétait souvent cette phrase, sans que le plus jeune ne sache réellement pourquoi. Il le savait. Il savait que la magie n'existait pas. Cette boule de lumière devant lui n'était pas censé être là, elle n'aurait pas dû exister. La magie ne devait pas être réelle.
Toujours immobile dans son placard sous escalier et alors qu'il ne réussissait pas à trouver le sommeil, Harry fut obligé de remettre en cause cette conviction. Il ignorait ce que c'était exactement mais il se savait capable de réaliser certaines choses. Des choses que les autres enfants à l'école ne semblaient pas pouvoir faire. Cela le terrorisait...
Légèrement tremblant, Harry leva la main et, avant même qu'il n'ait fini de formuler sa pensée, la petite sphère lumineuse se retrouva dans le creux de celle-ci. Effrayé, il hoqueta de surprise. Jusqu'à présent, il n'avait jamais essayé de diriger ces choses qu'il réussissait parfois à faire.
Il préférait les ignorer, faire comme si elles n'existaient pas et, même si parfois il y pensait, il essayait de ne pas le faire. Harry ne voulait pas s'attirer d'ennuis et, en dehors de lui, ce qu'haïssait le plus son oncle et sa tante étaient les choses anormales. Comme le fait de pouvoir faire apparaître de la lumière dans son placard plongé dans le noir.
Harry en était parfaitement conscient, certaines choses qui lui arrivaient ou qu'il faisait sans vraiment en avoir le contrôle étaient anormales. Cette magnifique petite boule de lumière blanche dans sa main en faisait partie.
Pourtant, après plusieurs minutes à se demander ce qu'il allait faire pour la faire disparaître, comme il le faisait tous les soirs depuis un moment maintenant, Harry finit par trouver la lumière apaisante et même très jolie. Après tout, tant qu'elle était là, l'obscurité ne pouvait pas l'atteindre.
Tant qu'il pourrait invoquer cette petite boule de lumière, même si c'était quelque chose de mal et d'anormal, il n'aurait pas à avoir peur des ténèbres.
Cette nuit-là, Harry ne trouva pas le sommeil, il réfléchit longtemps à ce qu'il réussissait parfois à faire et à ce que son oncle lui avait dit au sujet de la sorcellerie.
Après de nombreuses réflexions et comparaisons, le brun finit par conclure, assez tristement, que ses dons un peu particuliers ressemblaient fortement à ce que son oncle appelait de la magie. Sauf que, bien qu'il essayât vraiment, jamais l'enfant ne trouva ce que ses parents adoptifs pouvait bien trouver de si horrible dans la magie.
Ce fut la pensée qui accompagna Harry durant toute la journée qui suivit cette nuit blanche, il se demanda et il chercha même ce qui était mal dans la magie. Il reconnut que parfois, lorsqu'il avait peur ou qu'il était en colère, certaines choses un peu dangereuses autour de lui se produisaient mais cela n'avait jamais vraiment créé de gros problèmes.
Plus il y pensait et plus Harry trouvait que sa magie semblait agréable. Elle l'aidait toujours quand il avait un problème et ça, pour un petit garçon qui n'avait aucun ami et des parents ne se préoccupant absolument pas de lui, cela semblait incroyable. Même si, au fond de lui, Harry se doutait que cette magie faisait partie de lui et qu'en réalité, c'était un peu comme s'il s'aidait lui-même...
La journée se déroula à grande vitesse et c'est plus tard dans la soirée, alors qu'il avait déjà fini de débarrasser la table et de faire la vaisselle, qu'Harry lança un regard à sa famille.
Son oncle et sa tante étaient avec Dudley pour l'encourager et l'aider à faire quelques devoirs pour l'école. Bien sûr, ils ignoraient complètement la présence d'Harry qui, lui aussi, avait les mêmes exercices à faire. À un moment, Dudley réussit à résoudre une très simple addition et son père le félicita chaudement, apparemment très heureux des progrès de son jeune fils en mathématiques.
Harry se mordit intérieurement les joues, de jalousie ou de dépit, il l'ignorait. Lui réussissait déjà à faire des problèmes de mathématiques bien plus compliqués que celui-ci et jamais il n'avait reçu une parole d'encouragement ou même de félicitation pour cela.
Après un instant, il ressentit comme une douleur à la poitrine et il sentit ses yeux devenir humides, il fuit pour se réfugier dans son placard, humilié par sa propre réaction.
Il ne devrait pas être jaloux de Dudley, la jalousie c'était quelque chose de mal et même si Dudley avait plus de choses que lui et que leurs parents l'aimaient plus que lui, c'était normal. Dudley était leur vrai fils, lui n'était rien. Rien. Juste un neveu qu'ils préféreraient oublier.
Son coeur lui fit encore plus mal après cela et il remarqua de nouveau la lumière magique qui éclairait toujours son placard quand il y était seul, dans le noir.
Elle l'apaisa un peu et il sentit la douleur s'éloigner. Brusquement, une idée percuta son esprit. Une idée qui lui parut absolument fantastique.
Sa magie était jolie. Dudley ne pouvait pas faire de magie comme lui ; alors peut-être que son oncle et sa tante le verraient différemment s'il leur montrait qu'il était capable de faire quelque chose que Dudley ne pouvait pas faire.
Harry se souvenait que son oncle lui avait répété des centaines, peut-être même des milliers, de fois que la magie n'existait pas et à chaque fois, il avait paru très contrarié et même en colère en lui répétant ça.
Il savait que ni sa tante ni son oncle ne semblait aimer l'idée que la magie puisse exister puisqu'ils semblaient toujours horrifiés à cette idée mais, peut-être que s'il leur montrait que la magie existait et qu'elle pouvait être belle, son oncle et sa tante l'aimeraient, comme lui aimait cette petite lumière.
Harry eut alors de l'espoir, l'espoir que sa famille adoptive lui accorde enfin un peu d'attention et d'affection s'il leur montrait qu'il était capable de faire quelque chose que Dudley ne savait pas faire et que cette chose était vraiment très belle.
Un peu angoissé mais déterminé à essayer, Harry se releva et sortit de son placard. Le couloir et même le salon où était sa famille étaient plongés dans la pénombre et le petit brun espérait qu'il réussirait à refaire venir la lumière grâce à ça.
Il avait décidé que cette lumière était la plus belle chose qu'il réussissait à faire avec sa magie, il se doutait que ce n'était pas grand-chose et que l'ampoule d'une lampe était tout aussi lumineuse que sa sphère mais elle lui semblait beaucoup plus belle qu'une ampoule et elle n'avait même pas besoin d'électricité pour fonctionner.
Lorsqu'il réussit à la faire apparaître à côté de lui, il sourit, heureux qu'après seulement quelques secondes à y penser très fort la lumière réapparaisse. Il la fit venir dans ses mains et l'observa un instant supplémentaire. Il avait tout de même un doute sur le fait que cela suffise à faire changer d'avis son oncle et sa tante sur la magie mais il se disait que cela valait le coup d'essayer.
Peut-être qu'après cela, il pourrait essayer de faire plus de magie ? Il aimerait bien apprendre à faire plus de choses grâce à sa magie.
Décidé à en parler à sa famille, il fit quelques pas vers le salon, s'arrêta un peu derrière les Dursley et il réfléchit à ce qu'il pourrait leur dire pour leur expliquer comment il avait découvert qu'il pouvait faire de la magie mais il décida finalement que ce n'était pas une très bonne idée.
Les Dursley n'aimaient pas beaucoup lorsqu'il prenait la parole et Harry n'était pas certain de savoir exactement quels mots il utiliserait pour s'expliquer. Son oncle lui avait interdit de dire à voix haute le mot magique.
L'enfant décida qu'il ne parlerait pas sauf si son oncle ou sa tante lui posait une question. Il se disait que voir la lumière suffirait pour que les Dursley comprennent, lui avait bien compris que la magie n'était pas horrible en regardant la lumière. Au contraire même, il l'avait trouvé magnifique.
Prenant son courage à deux mains, il s'approcha des Dursley et il fit même exprès de faire un peu de bruit en marchant alors que d'habitude, il essayait d'être le plus silencieux possible.
Son cousin fut le premier à relever la tête de son cahier d'exercices vers lui. Immédiatement, le jeune garçon vit Harry Potter illuminé par une sphère lumineuse aussi grosse qu'une pomme entre ses mains. La boule de lumière flottait au-dessus des mains du garçon, comme une luciole et elle vacillait parfois un peu comme la flamme d'une bougie.
Dudley eut immédiatement une exclamation de surprise ce qui eut le don de faire lever les têtes des deux adultes vers leur neveu mal-aimé.
Harry retint son souffle alors que sa tante et son oncle lui adressaient un regard, le premier depuis longtemps maintenant. L'enfant aux cheveux brun et aux vêtements bien trop usés et grands pour lui comprit rapidement que quelque chose n'allait pas.
Le visage de sa tante s'était décomposée, passant peu à peu de la surprise à l'horreur la plus profonde. Elle le regardait avec horreur et dégoût et, face à son regard, Harry ne put que faire un pas en arrière. Effrayé, il perdit le contrôle de la petite lumière qui, sensible à ses émotions, devint plus lumineuse encore, voletant autour de lui comme un papillon.
Son oncle était resté muet et immobile de surprise bien plus longtemps que sa tante qui avait poussé un cri d'horreur excessivement aiguë lorsqu'elle avait vu la lumière bouger.
Le visage de l'oncle Vernon et même sa posture tout entière était passé de la surprise à la haine après ces quelques secondes.
/!\ ATTENTION, scène de violence physique. /!\
Harry n'eut pas le temps de s'éloigner, il eut juste le temps de comprendre qu'il allait vraiment regretter ce qu'il venait de faire avant de se recevoir un coup. Une énorme gifle qui le cloua au sol.
La douleur lui coupa le souffle un instant tout entier et il paniqua, la lumière qui était toujours près de lui se divisa en de nombreuses petites versions d'elle-même qui se mirent à tournoyer tout autour de lui et même ailleurs dans la pièce.
Son oncle lui hurla si fort dessus qu'Harry eut le réflexe de porter ses mains à ses oreilles.
— Arrête ! Arrête-les ! Si tu n'obéis pas, je te promets que tu vas le regretter, espèce... espèce de MONSTRE !
La peur et la panique ne faisaient qu'empirer le phénomène et la pièce fut bientôt emplie de dizaines et de dizaines de sphères lumineuses, rendant le salon des Dursley plus lumineux que tous ceux du quartier de Privet Drive.
Harry entendit sa tante crier après lui de manière hystérique et l'oncle Vernon le saisit bientôt par le col pour lui hurler qu'il devait arrêter.
Le petit garçon essaya mais il échoua, trop terrorisé pour se calmer et bientôt Dudley se mit à pleurer et à cela, l'oncle Vernon devint fou.
Harry reçut d'abord une seconde gifle qui le propulsa de nouveau au sol et comme la douleur ne faisait qu'empirer le phénomène, cela rendit son oncle encore plus en colère et celui-ci, sous les pleurs de Dudley, frappa son neveu.
Ce furent d'abord des coups de pied et de poing ponctués d'insultes comme le fait qu'il n'était qu'un monstre, une bête, une anomalie qu'il aurait dû corriger il y a bien longtemps déjà.
Alors qu'il était déjà étourdi par la douleur et paralysé par la peur, Harry avait fermé les yeux, recroquevillé sur le sol, incapable d'avoir des pensées claires. Il avait mal. Beaucoup trop mal pour essayer d'arrêter sa magie ou même de faire des excuses. Il ne savait même pas pourquoi il devrait s'excuser mais il se doutait qu'il aurait dû le faire.
Cependant, il ne le fit pas et la situation empira, son oncle était complètement fou de rage de voir les petites lumières devenir plus brillantes et encore plus affolées.
Il ordonna à Harry de les faire disparaître, il essaya d'en chasser quelques-unes lui-même puis il sembla perdre complètement l'esprit en voyant les lumières disparaître à son contact puis réapparaître au-dessus d'Harry, comme si de rien était. Comme si sa présence les indifférait complètement.
L'homme de forte corpulence attrapa la première chose qu'il aperçut et qui lui semblait pouvoir détruire les lumières. Le tisonnier brûlant de la cheminée fut bientôt entre ses mains, il chassa les lumières puis, alors que celles-ci revenaient vers le corps de l'enfant recroquevillé sur le sol, il frappa un grand coup celui-ci.
Un horrible cri strident de souffrance s'échappa immédiatement de la bouche du garçonnet, qui hurla à s'en arracher les cordes vocales pendant plusieurs minutes alors que les lumières s'éloignaient et s'éteignaient une à une, plongeant de nouveau la pièce dans l'obscurité et laissant les ténèbres prendre le dessus.
À travers toute sa souffrance et alors que son oncle avait reposé la barre de métal brûlant sur le sol, Harry l'entendit répéter comme un homme complètement fou que la magie n'existait pas, qu'elle n'était pas réelle et qu'il était un monstre.
Oncle Vernon le répéta encore et encore et, de la même manière que le coup de tisonnier avait laissé une marque indélébile sur le corps du garçon, ces paroles le firent aussi.
/!\ FIN de la scène de violence. /!\
Résumé de la scène balisée : l'oncle Vernon bat Harry, perdu dans la colère de voir de la magie exécutée chez lui alors qu'il ne veut pas croire en l'existence de celle-ci, il finit par lui donner un coup avec le tisonnier brûlant qui reposait près de la cheminée.Ce jour-là, le très jeune Harry Potter renia sa magie de la manière la plus violente possible en souhaitant ne plus jamais pouvoir l'utiliser ; il voulait l'oublier. Il voulait oublier la naïveté dont il avait fait preuve en voulant montrer à quel point il était un monstre à ses parents.
Il voulait oublier tout ce qui concernait la magie et il enferma celle-ci quelque part très profondément en lui. Sa souffrance physique le rendant malade, il n'eut même pas conscience de la douleur qu'il subit en verrouillant sa très jeune magie aussi fortement.
Ce jour-là, il fit ses adieux à cette lumière qui le protégeait lorsqu'il avait peur du noir, il fit ses adieux à la seule chose lui ayant apporté un peu de réconfort et il accepta les ténèbres.
Demain, il n'aurait plus peur de l'obscurité, elle l'habiterait.
Finalement, il perdit conscience et, lorsqu'il se réveilla à l'hôpital le lendemain, ses parents adoptifs expliquèrent aux médecins qu'il avait trébuché puis était tombé sur le tisonnier près de la cheminée et Harry ne démentit pas puisqu'il avait oublié, oublié tout ce qui concernait les choses qu'il réussissait parfois à faire, la magie. Il ne se souvenait pas du fait que cette blessure n'était pas due à une maladresse de sa part mais bien à un coup porté par son oncle.
Une seule idée semblait lui être restée en mémoire ; la magie, cela n'existe pas.
Certains enfants finissent handicapés ou même paralysés à vie suite à un incident comme celui-ci et Harry n'en eut pas conscience mais ce fut son cas, jamais plus sa magie ne fonctionnerait comme avant.
Brutalement, Tom Elvis Jedusor se réveilla, immensément ébranlé par le cauchemar qu'il venait de vivre. Il vérifia sa hanche, persuadé qu'il y verrait la marque brune significative de sa peau qui avait été complètement brûlée à cet endroit. Mais il ne vit rien. Sa peau était blanche et sans aucune marque de ce genre.
Il lui fallut un instant pour comprendre que ce n'était pas lui qui avait reçu ce coup, que ce n'était pas sa propre douleur qu'il avait ressentie et c'est en haletant d'horreur que son esprit parvint à la bonne conclusion.
C'était arrivé pour la seconde fois, il avait encore revécu l'un des moments de la vie d'Harry en rêve.
À Suivre...
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