Brutalement, Tom Elvis Jedusor se réveilla, immensément ébranlé par le cauchemar qu'il venait de vivre. Il vérifia sa hanche, persuadé qu'il y verrait la marque brune significative de sa peau qui avait été complètement brûlée à cet endroit. Mais il ne vit rien. Sa peau était blanche et sans aucune marque de ce genre.Il lui fallut un instant pour comprendre que ce n'était pas lui qui avait reçu ce coup, que ce n'était pas sa propre douleur qu'il avait ressentie et c'est en haletant d'horreur que son esprit parvint à la bonne conclusion.C'était arrivé pour la seconde fois, il avait encore revécu l'un des moments de la vie d'Harry en rêve.
Tom se souvenait de la première fois ; c'était à Poudlard et il s'était assoupi près d'Harry, le rêve lui était apparu très flou et il se souvenait seulement du placard sous l'escalier et de la douleur aux côtes qu'il ressentait après que son cousin l'ait frappé.
Tout avait été si flou que Tom s'était demandé si cela était réellement un souvenir ou un véritable cauchemar. Il avait eu sa réponse quelques minutes plus tard lorsque, en se réveillant, il avait décrit son rêve à Harry.
La réaction de celui-ci lui avait confirmé la triste vérité ; ce cauchemar n'en était pas un, c'était l'un des souvenirs de l'enfance de son âme-sœur. À ce moment-là, Tom se souvenait qu'il ignorait encore quel lien le liait à Harry et ce cauchemar l'avait immensément ébranlé.
Maintenant, il savait et c'était pire encore. Cette souffrance, toute cette douleur que Harry avait dû supporter, son âme-sœur avait été jusqu'à effacer de sa mémoire la magie pour pouvoir la détruire, la renier, l'enfermer comme étant la chose la plus monstrueuse qu'il ait connu.
Ces moldus... ces horribles moldus. Comment avaient-ils pu, comment avaient-ils osé s'en prendre à son âme-soeur.
Lui qui était si gentil et si adorable étant petit, lui qui ne souhaitait qu'obtenir un peu d'affection en montrant à sa famille quelque chose dont il était fier. Harry ne méritait pas ça et s'il avait été élevé dans une famille sorcière, jamais celle-ci ne l'aurait rejetée à cause d'un peu de magie involontaire.
Il était trop jeune pour contrôler sa magie, c'était déjà un exploit qu'il puisse l'invoquer en le souhaitant vraiment ; bien sûr qu'il allait en perdre le contrôle si on l'effrayait. Cela aurait été le cas de n'importe quel enfant sorcier.
Harry n'avait rien fait de mal.
Tom soupira profondément. Portant une main à son visage, il se rendit compte que ses joues étaient humides ; il avait probablement pleuré pendant son sommeil. Après tout, il l'avait mérité, s'il n'avait pas massacré les parents de Potter, jamais celui-ci n'aurait été confié aux Dursley.
C'était lui le responsable. Chaque blessure, chaque larme, tous les moments difficiles qu'Harry avait vécus avec ses parents adoptifs était de sa responsabilité. Il ne pouvait blâmer personne pour sa propre enfance massacrée mais Harry pouvait lui. Il pouvait le blâmer.
Tom s'allongea, conscient qu'il se trouvait encore à Ilvermorny même s'il ignorait où exactement. Les événements récents lui revinrent en mémoire alors qu'il posait le dos de sa main contre son front pour essayer de faire revenir son rythme cardiaque à la normale.
Harry Potter est un Obscurial, et d'après le souvenir qu'il venait de revivre, Tom pouvait affirmer sans se tromper que Harry était devenu un Obscurial à l'âge de cinq ans.
Peut-être que déjà avant cela sa magie avait connu des moments difficiles à chaque fois qu'il avait voulu la cacher au reste du monde mais l'événement déclencheur était sans conteste la décision d'Harry de montrer ce qu'il pouvait faire à sa famille ainsi que leur réaction.
Tom serra les dents, tout son corps crispé, il se souvenait de la douleur et de la peur, de la souffrance des coups et même de la manière dont Harry avait procédé pour annihiler sa magie. Il l'avait vécue de son point de vue.
Jedusor ferma les yeux un instant et revient à la situation présente ; il se rappela sans mal de la cérémonie de nomination des champions, son interaction avec Chul Fontaine lui revint tout aussi facilement en mémoire ainsi que sa découverte du fait que Harry soit un Obscurial...
Il n'avait eu aucun doute, contrairement au directeur d'Ilvermorny. C'était le déclic. Il savait depuis longtemps ce qu'étaient un Obscurial et un Obscurus mais jamais il n'avait pensé que Harry et lui pouvaient en être.
Cela lui semblait évident maintenant, il ne savait pas quand lui-même en était devenu un. Lorsqu'il était enfant, il y avait eu beaucoup de moments à l'orphelinat où il avait maudit sa propre magie d'exister et où il avait été sévèrement corrigé pour l'avoir utilisée. Il se doutait qu'il devait être devenu un Obscurial et que cela expliquait toutes les difficultés qu'il avait eues pour maîtriser sa magie plus tard, peut-être même aussi son grand attrait pour la magie noire, plus destructrice que les autres formes de magie.
Il avait été un Obscurial. Tom savait que ce n'était plus le cas. Le jour où il avait brisé son âme pour la première fois, sa magie et par conséquent, son Obscurus s'était brisé. Il avait réussi à détruire sa nature d'Obscurial en brisant son âme.
Cette pensée le laissa un peu perplexe, il se demandait si c'était réellement le cas. Peut-être qu'il n'avait fait que retarder l'échéance. Voldemort voulait l'immortalité et lui-même se souvenait avoir songé à faire sept Horcruxes pour se l'assurer mais après avoir vu et ressenti les dégâts qu'un seul Horcruxe avait fait à son âme, pourquoi Voldemort aurait-il continué de réaliser ce procédé ? Il lui aurait suffi de laisser le carnet, son journal, en sécurité dans la Chambre des Secrets et son immortalité aurait été assurée.
Tom se mit à réfléchir sur le sujet, il ignorait combien d'Horcruxes Voldemort avait fait ; il savait seulement qu'ils étaient nombreux...
Jedusor fut pris d'un sursaut un peu brusque, il s'assit au bord du lit et tout à coup, dit à voix haute, même si ce ne fut qu'un murmure ;
— J'ai dû le faire plusieurs fois. Voldemort a dû créer plusieurs Horcruxes. Pas seulement par volonté d'obtenir un nombre d'Horcruxes qui le satisfaisait mais parce qu'il y avait été obligé. Sa magie... l'Obscurus se reformait à chaque fois. Faire un Horcruxe... c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour ne pas se laisser dépasser par sa magie.
Tremblant légèrement à cette conclusion, Tom se sentit tout à coup très mal. Un Horcruxe n'était pas une solution. Si sa théorie était correcte et qu'il ait été obligé par le passé de sacrifier son âme et sa santé mentale pour contrôler ses pouvoirs ; et ce, sans même savoir qu'il était un Obscurial, alors faire un Horcruxe n'était pas et ne serait jamais une solution.
Combien de temps ? Combien de temps lui restait-il actuellement avant qu'il ne devienne aussi instable qu'Harry l'était. Pour le moment, il n'avait aucune difficulté particulière à se maîtriser mais combien de temps cela allait-il durer ?
Tom se rendit compte avec horreur que ce n'était probablement pas la première fois qu'il se posait cette question et que Voldemort avait dû se demander de nombreuses fois combien de temps il tiendrait avant de devoir s'arracher une partie de son âme à nouveau...
Le jeune mage noir prit conscience qu'il paniquait, une fois de plus. Lorsqu'il avait appris la vérité, il n'avait pas pu s'empêcher de réaliser à quel point il risquait de perdre Harry.
Sa mémoire lui rappela la manière dont il avait embrassé celui-ci... de force. Harry voulait l'aider et même après cela, il avait accepté de l'écouter. Il ne le méritait pas...
Même si le secours de son âme-sœur lui faisait immensément plaisir, il avait conscience qu'il était allé trop loin surtout lui qui s'était promis d'attendre, quitte à devoir faire semblant si cela pouvait aider Harry.
Il en était incapable. Tom se rendit compte qu'il ne pouvait pas taire ses sentiments pour Potter, pas plus qu'il ne pouvait taire le désir qu'il avait que celui-ci les lui rende.
Être patient n'avait jamais été une qualité qu'il se vantait de posséder. Il ne pouvait pas faire semblant de ne pas avoir de sentiments pour Harry et il ne pouvait pas non plus forcer celui-ci à les accepter.
Tom Jedusor se sentait perdu. Autant au sujet de l'Obscurus, du sien et de celui d'Harry, que du fait qu'il aimait celui-ci. Dans les deux cas, il ne savait pas quoi faire. C'était au-dessus de ses forces.
Si Voldemort était devenu fou en voulant contrôler sa magie et obtenir l'immortalité ; comment était-il censé faire mieux ?
Pire, Harry était encore plus en danger que lui. Sa magie... elle était si instable, si violente... elle finira par le tuer.
Ils étaient condamnés.
⁂
Severus Rogue savait, il savait qu'il était le seul à entendre cette alarme qu'il avait placée autour du mage noir pour être informé de son réveil. Pourtant, un centième de seconde avant que cette alarme ne résonne à ses oreilles. Il avait vu Potter changer d'attitude.
Le Survivant s'était complètement redressé, assis, son visage avait changé d'expression un très court instant et son regard s'était dirigé en direction de la porte de la chambre qui pourtant, était assez loin pour qu'il ne puisse pas directement la voir.
Puis, comme au ralenti et avec une certaine appréhension, le professeur vit son élève se pencher en avant et s'appuyer très légèrement sur les accoudoirs de son fauteuil, il s'apprêtait visiblement à se lever.
Il ne lui laissa pas le temps de le faire.
— Vous restez là.
Le sauveur du monde sorcier stoppa son mouvement puis lui lança un regard interloqué, les sourcils froncés.
Les deux hommes se dévisagèrent un moment avant que le Maître des Potions n'insiste, sentant que son élève n'avait aucunement l'intention de lui obéir ;
— Vous n'y allez pas. À partir d'aujourd'hui, je m'occuperai personnellement de la surveillance du Seigneur des Ténèbres. Je sais que vous avez un contrat dont j'ignore le contenu qui vous assure sa garde mais, au vu de la situation, je m'autorise à faire ce qui me semble le mieux ; c'est-à-dire vous tenir éloigné de l'homme ayant assassiné vos parents.
En voyant que son interlocuteur allait l'interrompre, Severus se leva et éleva clairement la voix, essayant de faire preuve d'autorité envers, il le savait, le seul élève de Poudlard ne l'ayant jamais véritablement craint.
— Je ne reviendrai pas sur cette décision, monsieur Potter. Je vous conseille de retourner dans votre salle commune pour vous reposer. Je demanderai à Gabrielle Delacour de passer vous voir pour que vous puissiez avoir un compte-rendu du programme du tournoi, programme que nous avons tous les deux manqué à cause de votre excursion.
Potter resta immobile, le défiant un moment puis il dut voir quelque chose dans son attitude puisqu'il passa une main lasse dans ses cheveux bruns avant de soupirer.
— C'est ridicule. Vous le savez aussi bien que moi, mais si cela peut vous rassurer l'espace d'un instant... alors c'est d'accord, je vais vous laisser vous débrouiller.
Il se détourna, se stoppa et ajouta ;
— Je sais ce que vous pensez au sujet de Tom et moi mais vous vous trompez. J'essaie seulement de l'aider, il a besoin de mon aide et... je crois que j'ai aussi besoin de son aide. Vous pouvez essayer de le tenir éloigné de moi, vous pouvez même essayer de l'enfermer ou même de le tuer, si ça vous amuse. On sait comment cela finira : il me retrouvera. J'ai passé la quasi-totalité de ma vie à le fuir pour survivre, je suis fatigué de courir. Il ne veut pas me tuer, je ne veux pas le tuer ; vous n'avez aucune raison de réagir comme si c'était le cas.
Severus sentit un poids beaucoup trop lourd échouer dans sa poitrine et il resta immobile un long moment, il observait l'endroit où Potter avait disparu.
Harry James Potter avait cette capacité à parler du Seigneur des Ténèbres avec une telle franchise que cela l'effrayait.
Potter savait qu'il était dans une impasse et au lieu de paniquer et d'être horrifié à l'idée que jamais, il ne serait débarrassé du mage noir, il l'avait accepté et il continuait d'avancer avec ça. Il renonçait au désir de venger définitivement sa famille et ses amis et souhaitait même aider son ennemi dans un souci de compassion et peut-être même... d'affection.
Severus prit alors brutalement conscience qu'il ne réussira pas à empêcher quoi que ce soit de se produire, Harry le laissait essayer seulement parce qu'il ne voulait pas qu'il ait cela sur la conscience si les choses se terminaient mal.
Potter essayait de le protéger. Depuis quand les choses s'étaient-elles inversées ?
À Suivre...
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