Gabrielle vit immédiatement Harry retomber dans ses souvenirs de guerre. Un peu désemparée, elle réussit finalement à ramener celui-ci à l'instant présent en lui posant une question qu'elle voulut innocente ;— Dis-moi Harry, qui est le garçon qui vous accompagne le professeur Rogue et toi ?
Cette question lui donna le vertige. Harry se sentit mal un instant, se demandant comment répondre à cette interrogation. Son cœur se mit à battre plus fort dans sa poitrine et il se demanda si cela était dû à sa soudaine panique ou à autre chose...
Qui était le garçon qui l'accompagnait lui et le professeur Rogue ?
La réponse à cette question était simple, elle aurait dû l'être, après tout, Gabrielle la lui posait par curiosité et elle se contenterait d'une réponse simple. Il n'avait qu'à lui donner l'identité fictive de Tom pour que le sujet soit clos.
Au moment où il s'apprêtait à répondre cela il se demanda qui était Tom pour lui, ce qu'il représentait réellement et cela le laissa crispé.
— C'est compliqué... je te le présenterai plus tard, si tu veux, s'entendit-il lui répondre un peu machinalement, la mâchoire raide.
Il ne savait pas réellement pourquoi il n'avait pas été capable de seulement décliner le nom d'emprunt de Tom mais il fut rassuré lorsqu'il vit Gabrielle lui adresser un sourire en acquiesçant.
— Si tu y tiens, ce sera avec plaisir. Vous vous êtes rencontrés à Poudlard ?
Légèrement inquiet par le fait que sa réponse n'ait fait qu'augmenter l'envie de Gabrielle d'en savoir plus, Harry se contenta d'un hochement de tête vague, ne signifiant rien en particulier.
Gabrielle lui envoya un regard un peu perplexe mais n'insista pas pour autant, ayant probablement compris que le brun ne souhaitait pas passer plus de temps sur le sujet.
Un moment plus tard, ils quittèrent le réfectoire où ils étaient attablés et Harry écouta distraitement Gabrielle et Therence parler d'une sortie qui aurait lieu durant les vacances de Noël.
Apparemment les élèves d'Ilvermorny les plus méritants avaient l'occasion de se rendre à la bibliothèque nationale magique des États-Unis pour toute une journée où il pouvait consulter les ouvrages de leurs choix, sans restrictions.
Le lion ne put s'empêcher de penser que ce genre de sortie plairait sûrement à Tom, lui qui appréciait tant la section interdite de Poudlard.
Le Survivant soupira légèrement, se rendant compte qu'il ne réussissait pas à empêcher ses pensées de dévier vers le jeune Seigneur des Ténèbres.
Des images et des sensations fantômes de ce qui s'était passé plutôt dans la salle de classe désaffectée vinrent harceler son corps et son esprit et il sentit de nouveau son rythme cardiaque s'emballer. Tom l'avait embrassé et ce n'était pas un baiser chaste, loin de là.
Se figeant une seconde, Harry finit par expirer lentement, passant une main mal assurée sur son visage, il avait tout à coup l'impression d'étouffer.
C'était peut-être une bonne chose qu'ils soient séparés, finalement. Loin de lui, Tom ne pourrait pas amplifier ses sentiments à son égard.
Le Survivant avait ressenti les émotions de Jedusor lorsque celui-ci l'avait embrassé, il savait que ces sentiments d'amour et de désir pour lui étaient réels mais en son for intérieur, il se disait que c'était normal et, qu'avant lui, Tom n'avait jamais vraiment reçu d'affection ou même d'attention alors peut-être que c'était seulement... passager.
L'amour que Tom lui portait n'était pas... il ne durerait pas, Jedusor était seul et il l'avait toujours été avant qu'ils ne se rencontrent, les sentiments qu'il avait pour lui n'étaient pas... ils ne devaient pas être...
Le brun grinça des dents, relevant les yeux qu'il avait abaissés vers ses chaussures alors qu'il marchait, se guidant à travers Ilvermorny en suivant d'une oreille distraite les conversations de ses camarades.
Il ne réussissait même pas à formuler de pensées concrètes concernant tout cela. Plus il y pensait, plus son esprit lui semblait se paralyser. Cette situation, c'était la première fois qu'il la vivait.
Il n'avait jamais eu le temps de se poser ce genre de questions à Poudlard, il se souvenait avoir eu un léger attrait pour Cho Chang mais cela avait été très... momentané, et en l'embrassant, il avait compris qu'il ne ressentait rien pour elle.
À cette époque Hermione et Ron se tournaient autour et d'une façon un peu naïve, il avait pensé que lui aussi devrait essayer de se trouver quelqu'un. Cela n'avait pas fonctionné.
Puis il y avait eu Ginny, mais c'était encore différent. Elle le voyait comme un héros de contes de fées, elle l'adulait depuis qu'elle était petite et elle ne le voyait pas pour ce qu'il était réellement. Il était sorti avec elle pour lui faire plaisir, il ne voulait pas la décevoir et Ron lui en aurait beaucoup voulu s'il avait brisé le coeur de sa petite sœur. Mais jamais il n'avait ressenti plus que de l'affection envers Ginny, une affection sincère. Aujourd'hui disparue.
Il ne pouvait pas vraiment dire qu'il avait un jour éprouvé les sentiments que Tom lui transmettait parfois par le biais de ce lien entre eux. Il n'avait jamais aimé, il n'était même pas certain de savoir comment on se sentait lorsqu'on éprouvait de l'amour pour quelqu'un d'autre.
Harry leva les yeux, suivants cette fois-ci, les courbes du plafond des couloirs d'Ilvermorny. Ceux-ci étaient voûtés, leurs plafonds décrivant des angles brutes, passant d'un arc à l'autre, un espace plus sombre et profond les séparant.
Essayant de fixer ses pensées sur quelque chose de concret, il continua de suivre la moindre des fissures et égratignures sur les pierres, se demandant parfois quelle était l'histoire que transportaient celles-ci à travers le temps. Il connaissait très peu de choses sur l'histoire de cette bâtisse de granit qu'était Ilvermorny.
Son observation prit fin lorsqu'il faillit tomber, son pied ayant buté sur une petite marche qui reliait deux hauteurs, celle du couloir qu'il traversait et celle de la sortie du bâtiment. Il devait se rendre à l'extérieur pour rejoindre la tour des Oiseaux-tonnerre.
Harry continua de suivre Gabrielle et Therence à travers la cour, essayant de faire un peu plus attention à l'endroit où il posait les pieds. Il ne les écoutait plus depuis longtemps, leur conversation s'était perdue à ses oreilles, se confondant avec les bruits plus apaisants de l'extérieur. Il avait la drôle d'impression de bien mieux respirer maintenant qu'ils avaient quitté les couloirs renfermés.
Indépendamment de sa volonté, ses pensées retournèrent vers le mage noir, comme attirées par un aimant.
Il ne savait pas comment cela évoluerait pour Tom ; Cho ne l'avait pas aimé et Ginny n'éprouvait que de l'admiration pour lui. Personne ne l'avait aimé de cette manière-là, il ignorait si cela allait durer, il ne savait pas ce qu'il devait faire ou ne pas faire. Il se sentait... égaré.
Leur relation lui semblait trop compliquée. Les sentiments de Jedusor lui pesaient.
Tom ressentait cela pour lui parce qu'il était sa première relation amicale. Ça passerait. L'amour que Jedusor ressentait pour lui n'était pas quelque chose de réel, c'était éphémère et cela finirait par disparaître lorsque le mage noir en prendrait conscience.
Cette dernière pensée lui fit mal. Son cœur se serra si fort dans sa poitrine qu'il fut obligé de respirer lentement pour que la sensation passe. Il se demanda quelques secondes si cela venait réellement de lui ou si Tom avait un problème avec leur professeur, il espéra sincèrement que non.
L'idée que personne ne pouvait l'aimer aussi fort que cela plus que quelques jours s'inscrivit naturellement dans son esprit. Tom finirait forcément par réaliser que ses sentiments envers lui étaient artificiels. Créés pour rattraper un manque affectif, destinées à s'envoler. Harry ne voulait pas le blesser mais il ne souhaitait pas non plus finir meurtri à cause de tout ça.
Lorsque l'année scolaire sera finie Jedusor sera libre de vivre en Angleterre comme s'il n'avait jamais été Voldemort, il pourra faire ce qu'il souhaite, à partir du moment où il ne décide pas de reprendre l'œuvre du Seigneur des Ténèbres.
Quant à lui... il espérait seulement que sa magie ne le tuerait pas avant la fin de cette année, elle lui semblait si instable et la retenir lui semblait être quelque chose de plus en plus difficile et douloureux. Il ignorait combien de temps il allait tenir avant de perdre définitivement le contrôle.
Pour le moment il allait juste s'assurer que Jedusor ne commette pas d'actes pouvant lui retirer sa future liberté, ce serait son objectif. Après il verrait bien, peut-être que lorsqu'il n'aura plus à se préoccuper de Tom, il pourra essayer de faire quelques recherches pour que sa magie redevienne stable.
Il espérait que le seul moyen de la stabiliser n'était pas de faire un Horcruxe. Il préférerait mourir plutôt que de devenir le successeur de Voldemort.
Ils arrivèrent finalement à la tour des Oiseaux-tonnerre et Gabrielle les quittèrent pour retourner auprès des Womatou, avant de partir elle lui donna quelques informations sur le tournoi ; la date de la première épreuve et quelques autres petites choses comme cela. Harry n'y prêta pas beaucoup d'attention, toujours pensif.
Gabrielle remarqua qu'il ne l'écoutait pas et, comme pour le faire revenir à la réalité, elle l'embrassa sur la joue et lui chuchota ;
— Tu devrais essayer de t'amuser un peu et de te faire des amis, tu n'auras peut-être plus jamais l'occasion de revenir en Amérique. Je suis sûr que Ron t'aurait dit quelque chose comme ça, s'il avait été avec nous aujourd'hui. Il n'aurait pas supporté que tu te renfermes sur toi et que tu paraisses si seul entouré d'autant de monde. Tente d'être heureux.
Harry ferma les yeux un petit instant, inspirant lentement puis, un peu avant que Gabrielle ne disparaisse, il murmura, dans le vide ;
— J'essaierai c'est promis, il ignorait s'il adressait ces mots à Gabrielle ou à Ron.
Alors qu'il se retournait pour suivre Therence qui lui ouvrait les portes de la tour, Harry ressentit une très violente douleur au cœur, et cette fois-ci il n'eut aucun doute, le lien entre Tom et lui s'ouvrit instantanément.
Aveuglé par la douleur, il gémit d'une voix rendue plus grave ;
— Qu'est-ce qui t'arrive ? Tom...
⁂
— L'un de vous va devoir mourir.Severus se rendit compte qu'il l'avait dit à voix haute, qu'il s'était involontairement adressé à Jedusor.
Ce fut comme si on lui avait tout à coup rendu la vie, le Seigneur des Ténèbres se souleva, sa magie grondant de fureur autour de lui et Severus fut confronté aux yeux assombris de l'Obscurial qui lui dit d'une rage brûlante de désespoir ;
— Jamais... Jamais je ne le laisserai mourir ! Je ne vivrais pas sans lui.
Il le fixa et son regard lui sembla bien trop similaire à celui d'une bête traquée lorsqu'il leva un bras comme pour protéger le spectre invisible de son âme-sœur derrière lui.
— Vous ne lui ferez aucun mal. Ni vous, ni personne d'autre. Je le protégerai et ne pensez même pas m'abattre. Je refuse qu'il vive sans moi.
Sa voix se teinta de folie, déséquilibrée. Proche de ce que Rogue connaissait du Seigneur des Ténèbres. Sa main revint agripper sa poitrine, comme si celle-ci le faisait souffrir.
C'est pratiquement en sifflant qu'il ajouta ;
— Il est à moi. Je ne mourrai pas et il ne me quittera jamais. Je ne pourrais l'accepter. Si je meurs... je l'emporterai avec moi.
À cela le professeur de potions ne put qu'expirer fébrilement, perdu et assez effrayé. Son cœur lui sembla s'être lancé dans une nouvelle course effrénée.
Il aurait aimé en vouloir au jeune Seigneur des Ténèbres pour ces paroles teintées de démence mais il ne pouvait s'empêcher d'essayer de se mettre à sa place.
Quelle devait être la douleur d'un être dévoré de l'intérieur qui lutte depuis plus d'un demi-siècle ?
Voldemort avait commis des actes d'une cruauté sans bornes mais qui ne serait pas devenu fou en subissant cela ?
Aujourd'hui, et pour la première fois de son existence, Rogue considérait la possibilité que Jedusor, ce gamin face à lui, était réellement attaché à Harry Potter. Pour une raison aussi malsaine que celle que Potter était comme lui et qu'ils souffraient de la même chose.
Il pouvait, presque, comprendre l'obsession et la volonté de Tom de se rapprocher de son âme-sœur.
Pour ne plus à avoir vivre tout cela seul.
Désemparé, Severus Rogue laissa ses genoux faiblir et il s'assit à son tour au sol. Il prit la peine de regarder le mage noir et il dit quelques mots, dont il était certain de regretter un jour l'existence.
De toute façon, songea-t-il avec ironie, il croulait déjà sous les regrets, celui-ci ne ferait que s'ajouter à sa pénitence.
— Tranquillisez-vous, je sais que je ne suis pas assez fort pour vous abattre et... je souhaite autant que vous la survie d'Harry.
À Suivre...
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