§ Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des ténèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois... et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore... et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit... Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois... §Harry sentit son corps s'immobiliser. Le sang dans ses veines se glaça et il lui sembla impossible de respirer correctement.
Au milieu de la course effrénée de ses pensées, il songea que c'était la première fois qu'il l'entendait en fourchelang. Elle lui paraissait d'autant plus menaçante dans cette langue si particulière.
La prophétie se répéta plusieurs fois dans son esprit, liée à des souvenirs sinistres. La mort de son parrain. Celle de ses parents. Le hurlement de sa mère alors qu'elle s'écroulait, terrassée par le sort mortel.
Lui si petit, si insignifiant face à la guerre, celle qui ravageait Poudlard.
Les combats s'enchaînaient devant ses yeux et il continuait d'avancer. Sans lui l'espoir mourrait et c'était tout ce qui leur restait ; de l'espoir.
La guerre, l'odeur du sang, les hurlements des loups-garous, le sifflement des malédictions à ses oreilles, la destruction des murs de son école. Ses amis tombant au sol, blessés ou... morts.
Et sa présence. Si sombre. Si imposante dans ce carnage, son sourire paradoxal à sa rage de le voir toujours en vie, de les voir de nouveau face-à-face, sa fierté de posséder entre ses mains la baguette de Sureau.
Et plus rien, il l'avait tué et il s'écroulait en lui adressant quelques mots avant de mourir. Le ciel s'était éclairci, il avait été ébloui un instant et tout à coup, le bruit, des hurlements de joie, des cris de délivrance. Des bras le serrant, l'étouffant, ignorant les cadavres autour d'eux, ils le félicitaient et à ses pieds. Le corps de Voldemort se désagrégeait, pâle, maigre, il était repoussant. Pourtant son visage montrait une certaine sérénité, comme si, au dernier moment, il s'était résigné, comme s'il savait.
Après tout n'était-ce pas seulement leurs destinées ?
Harry se souvient d'avoir eu un frisson et dans la cohue, il avait levé les yeux vers les cieux éblouissants et elle s'était rappelée à lui. La prophétie.
Il l'avait maudite. Pour s'être réalisée, pour l'avoir forcé à commettre cet acte qu'il regretterait chaque jour de son existence. Il l'avait fait. Lui, si petit, si insignifiant face à une armée tout entière, face à une guerre. Il avait gagné.
Est-ce réellement une victoire que de voir le désespoir envahir les yeux du monstre ayant abattu ses parents ?
Harry ne souhaitait pas se venger, juste vivre, et il était écoeuré par le fait qu'il ait dû tuer pour ça. Il n'avait pas ressenti de joie ni de fierté à le voir mourir, seulement du soulagement et de la pitié. En ce jour où tous criaient son nom en répandant la nouvelle de la mort du Seigneur des Ténèbres, Harry ne s'était jamais senti aussi proche de Lord Voldemort.
Tous les deux condamnés à suivre une destinée toute tracée où l'un devait abattre l'autre pour pouvoir continuer d'arpenter ce monde. Il avait haï ce sentiment. Celui d'avoir simplement été un jouet entre les mains de quelque chose de plus grand. Comme si sa naissance n'était qu'une aberration qu'il venait de rendre un peu plus légitime en retirant la vie à un autre. Un autre qui aurait pu être lui.
Voldemort lui ressemblait - ou peut-être était-ce lui qui ressemblait à Voldemort, il l'ignorait - mais il avait cette impression tenace à chacune de leurs rencontres que dans une autre vie, les rôles auraient pu être inversés.
Puis, il revint à la réalité. Clignant des yeux comme pour retrouver le monde qui l'entourait. Il sentit l'air saturé par sa magie et respira profondément, la restreignant de nouveau, lentement.
Il fit un ou deux pas en arrière. Tom connaissait la prophétie. Jedusor avait obtenu la prophétie de Rogue, comme il le craignait...
Harry se sentit tout à coup dépassé. Ses épaules s'affaissèrent. Il avait déjà tout donné au nom de cette prophétie. Elle lui avait déjà pris chaque chose qu'il avait aimé dans sa vie. Il ne la craignait plus. Elle faisait partie de son existence, comme une chaîne autour de sa gorge, l'empêchant de respirer trop profondément, de s'éloigner trop loin, étouffant ses espoirs et sa liberté.
Diligitis siffla un baragouinement qu'Harry ne comprit pas en descendant de son épaule, allant apparemment faire de même auprès de son maître.
Harry l'ignora et se retourna, tournant le dos au mage noir. Il se sentait fébrile et faible. Sa raison essayait de lui crier que sa réaction était disproportionnée et que Tom n'allait pas lui faire de mal seulement parce qu'il avait connaissance du contenu de la prophétie.
Mais son cœur lui faisait mal, peut-être parce qu'il se disait que tant que Tom n'en avait pas conscience, la prophétie avait moins de chances d'influencer leurs vies.
Si Jedusor ne la connaissait pas, peut-être qu'elle ne le forcerait pas à se battre contre lui. Peut-être qu'il n'aurait plus jamais à voir le désespoir envahir ses yeux alors que son corps s'écroulait. Peut-être n'aurait-il pas besoin de le tuer pour survivre.
Se dire que Tom ne connaissait pas l'existence de la prophétie l'avait aidé à la retirer de son esprit, à penser qu'il n'y avait rien de malsain à ce qu'ils se parlent, s'apprécient, parce que Tom n'était pas encore Voldemort et que, avec un peu de chance, il ne le deviendrait jamais.
Mais ce n'était plus le cas maintenant. Quoi qu'ils fassent, au-dessus de leur tête tourneraient ces mots funestes ;
" Et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit... "
Et Tom l'aimait... c'était horrible...
Harry savait au plus profond de lui que la prophétie était là à cause de quelque chose de plus fort, de plus grand, qui le liait à Tom et cette chose n'allait pas disparaître. L'un d'eux devra mourir de la main de l'autre, c'était ainsi. Ils ne pouvaient pas être deux. Peu importe ce qui les liait, cela prenait toujours l'apparence de la mort aux yeux du Survivant.
Alors qu'il avait le dos tourné, les épaules basses et qu'il essayait de se reprendre pour ne pas paraître faible plus longtemps, Harry sentit tout à coup un corps dans son dos et deux bras enlacer ses épaules.
Tom...
Son coeur accéléra brutalement à cela et il ne réussit pas à se ressaisir. Il sentit quelque chose d'humide tracer des sillons sur ses joues. Et il entendit quelque chose, une sorte de gémissement brisé, un cri mélange de douleurs et de peurs, étouffé par ses pleurs, issu de sa gorge ;
§ Je ne voulais pas que tu l'apprennes. §
La chaleur dans son dos et les bras autour de ses épaules ne lui permirent pas de se ressaisir, Tom lui offrait le droit d'être faible en lui apportant son soutien et Harry le détesta presque pour cela. Il n'avait pas besoin de ça. Il... il pouvait surmonter cela, ce n'était rien que de la fatigue et de la peur. Il irait bien... n'est-ce pas ?
Pourtant il attrapa les bras de Tom avec ses mains et il y enfouit son visage, pleurant plus qu'il ne se souvenait l'avoir fait devant qui que ce soit.
Derrière lui, dans son cou, il sentait Tom poser des baisers sur sa peau, sur sa nuque. Chuchotant qu'il était désolé, que tout irait bien. Que rien n'allait leur arriver, que la prophétie ne changerait rien. Qu'il pouvait pleurer, que cela non plus ne changeait rien, que pour lui, il était toujours aussi fort. Qu'il avait le droit d'avoir peur et de se sentir mal. Qu'il souhaitait seulement être là pour lui, qu'il les protégerait de tout et du monde entier peu importe le danger.
Et Harry sentait les larmes de Jedusor tomber et couler le long de son dos. Tom pleurait aussi.
Il ne savait pas combien de temps ils étaient restés dans cette position, ni combien de temps il avait pleuré dans ses bras. Mais à un moment, il s'était détendu, un peu. À cela, Tom, qui s'était tu, soupira dans son dos.
Un soupir de soulagement, comme si tout ce temps son corps avait été aussi tendu que le sien. Puis il lui dit avec lenteur, comme pour éviter de le brusquer ;
§ Nous devrions aller nous coucher. Tu es épuisé et je n'ai pas la force de te parler de la prophétie. J'aimerais juste me coucher avec l'assurance que tu vas bien et que tu n'auras pas disparu demain matin quand je me réveillerai. §
Et Harry avait compris, Tom ne comptait pas repartir d'ici cette nuit. N'ayant pas la force de se battre contre la volonté du jeune Seigneur des Ténèbres, il ne le contredit pas. Ayant l'impression désagréable que, lui-même, n'avait pas la volonté de se séparer de Tom ce soir.
Il se souvient qu'ils étaient montés dans son dortoir ensemble, sans prendre la peine de mettre des vêtements de nuit, retirant seulement leurs uniformes, se couchant en chemise et pantalon sous les draps du lit à baldaquin, un peu trop petit pour deux.
Harry avait fermé les yeux sans se soucier du fait que Tom était à côté de lui et qu'ils étaient censés être ennemis. La dernière chose dont il eut le souvenir était qu'au moment où ses pensées devenaient floues et qu'il sentait qu'il allait s'endormir, Tom saisit sa main pour la serrer dans la sienne et chuchota dans un fourchelang doux ;
§ Je t'aime. §
À Suivre...
Avant de partir, vous pouvez me laisser une review ! xxx
