Les flocons virevoltaient dans les airs, avant d'atterrir légèrement sur les tuiles rouges des toits.
Il neigeait à Port-Réal, cette fois-ci, pour de bon.
Un vent glacial soufflait sur toute la ville, l'air froid s'engouffrant absolument partout.
Le ciel était gris, sombre, identique à l'humeur de Cersei.
Depuis sa fausse couche, survenue quelques jours auparavant, elle avait refusé d'adresser la parole à qui que ce soit, même à ses femmes de chambre.
Elle ne mangeait plus, elle ne dormait plus.
Son visage pâle était désormais marqué par de profondes cernes violettes, son teint était blafard et ses yeux ternes comme des émeraudes privées de leur brillance.
Elle passait ses journées à regarder par la fenêtre le vaste monde qui s'étendait en dessous d'elle, sans pour autant parvenir à le voir, les yeux perdus dans le vide, ne pensant à rien, rien, ce qu'elle aurait aimé être à cet instant, rien.
Parfois, sa main venant se poser naturellement sur son ventre, comme si son petit lionceau y était encore, comme si son cerveau n'avait pas enregistré que ses entrailles s'étaient transformées en tombeau, c'est mort, là-dedans, c'est mort.
Et c'était peut-être là l'ironie la plus cruelle de toute cette malheureuse histoire.
Cersei n'avait presque pas minci, depuis la perte de son bébé.
Elle avait certes perdu un peu de poids, mais le renflement à peine visible quand Jaime l'avait quittée, et qui n'avait cessé de croître par la suite, lui, n'avait pas disparu, comme si les dieux avaient jugé bon que même son corps se démène à lui faire penser qu'elle était toujours enceinte, en guise de punition pour la longue liste de soi-disant péchés qu'elle traînait derrière elle, comme un prisonnier traînerait ses chaînes.
Ce jour-là n'était pas différent des autres.
Elle était, comme à son habitude, à la fenêtre de ses appartements, seule, avec son dæmon, couché devant la cheminée un peu plus loin, qui avait, lui aussi, en même temps que son humaine, perdu de sa superbe. Son poil n'avait plus son éclat doré d'antan, il paraissait moins fier, moins majestueux, moins imposant qu'il ne l'avait été auparavant.
Elle songea qu'elle devrait le dire à Jaime.
Elle se mordit la lèvre. Comment allait-elle bien pouvoir le lui annoncer ?
Il avait été tellement enthousiaste, à l'idée d'avoir un fils ou une fille qui pourrait enfin porter son nom, leur nom, qu'il pourrait tenir dans ses bras et voir grandir, et pas seulement observer de loin, comme il avait dû se contenter de le faire quand Robert était encore de ce monde.
Elle se demanda s'il lui en voudrait. Elle espérait que non, elle s'en voulait déjà bien assez pour deux.
Elle n'aurait pas pu empêcher cela d'arriver, bien sûr, et pourtant, elle s'en tenait pour responsable, sans pour autant vraiment savoir pourquoi.
Cersei ne s'attendait pas à entendre la porte de ses quartiers s'ouvrir à la volée, ayant précisé qu'elle ne voulait voir personne, à moins qu'il ne s'agisse d'une affaire de la plus haute importance, et sursauta quand ce fut le cas.
Quoiqu'il en soit, personne n'aurait eu soit la témérité, soit l'insolence, de débarquer dans les appartements de la reine, sans lui en avoir demandé l'autorisation et sans craindre de risquer sa colère.
Enfin, presque personne.
Avant même de le voir, elle savait de qui il s'agissait, et pourtant, quels ne furent pas sa surprise et son dégoût quand elle aperçut du coin de l'œil, ne s'étant même pas donné la peine de tourner la tête pour le regarder, Euron Greyjoy, qui entrait en se pavanant, comme s'il était déjà le maître des lieux, son large sourire arrogant étalé sur son visage parfaitement déplaisant, et son dæmon vautour tout aussi désagréable perchée sur son épaule.
Cersei déclara d'une voix froide, qui ne trahissait aucunement ses émotions :
''Je pensais pourtant avoir été claire, en disant que je ne souhaitais la présence de personne à mes côtés.''
Elle sentit le Fer-né s'approcher d'elle, mais elle se refusa tout de même à tourner la tête et à le regarder dans les yeux.
Elle pouvait travailler sa voix, la faire paraître autre que ce qu'elle était réellement, mais, hélas, pas son visage.
Si Euron Greyjoy la voyait dans cet état, il saurait alors immédiatement que quelque chose n'allait pas. Et elle ne pouvait pas se permettre de se montrer vulnérable devant lui.
''Pas même votre futur roi ?''
Surtout pas, se retint-elle de siffler, les dents serrées.
S'il y avait bien une personne dont elle ne désirait nullement la compagnie, c'était bel et bien Euron Greyjoy.
Même avant la perte de son petit, elle l'avait exécré au plus haut point, mais après ce qu'elle venait d'endurer, elle sentait qu'elle ne serait peut-être pas autant apte à se maîtriser qu'elle ne l'avait été auparavant.
Elle choisit de ne pas répondre à la question du pirate qui se prétendait roi, et, à la place, lui demanda à son tour :
''Que venez-vous faire ici ?''
''Voir comment vous vous portez, bien sûr. Voilà déjà plusieurs jours que je ne vous ai pas vue, et, d'après ce que je sais, il est du devoir d'un homme de se soucier de la santé de sa femme.''
Cersei se retint de ricaner à cette affirmation, bien que l'envie lui en manquait cruellement. Elle savait très bien ce qu'Euron était venu chercher, et elle était encore moins disposée à le lui donner qu'à l'accoutumée.
''Je sais ce que vous voulez.''
Son sourire s'élargit encore plus, dévoilant davantage de ses dents pourries, quand se rapprocha un peu plus d'elle, réduisant de manière indécente l'espace entre eux.
''Tant mieux. Cela n'en sera que plus rapide et plus agréable pour nous deux.''
Cersei prit une profonde inspiration, afin de dissimuler l'agacement dans sa voix :
''Vous m'avez déjà fait part de votre requête, et je vous ai déjà répondu que j'y accéderai. Mais, selon les termes de notre alliance, une fois que la guerre contre la fille Targaryen sera terminée, et gagnée.''
''Guerre qui, à cause de votre engagement dans celle contre les Marcheurs Blancs et l'armée des morts, est en pause indéfinie.''
Cersei n'eut pas la force de résister quand il la saisit par le bras et la contraignit à se retourner pour lui faire face.
Elle tenta de se dégager, mais en vain.
Le manque d'alimentation et de sommeil la faisaient se sentir faible, impuissante, trop pour réellement parvenir à lutter contre la force d'Euron, qui, de toute manière, était bien supérieure à la sienne.
Et il n'était pas question qu'elle se plaigne, qu'elle l'implore, qu'elle mendie de ne pas la dévêtir brutalement et de se forcer en elle, exactement comme Robert l'avait fait pendant des années, et tirant, tout comme lui, une sorte de satisfaction particulièrement perverse de ses supplications et des larmes dans ses yeux, même si elle se refusait à les laisser couler.
Elle était une reine. Une reine ordonnait, et était obéie, ou celui qui défiait son autorité se retrouvait sévèrement puni.
Elle siffla :
''Lâchez-moi.''
Il la regarda dans les yeux. Il ne souriait plus.
''Tu vas me donner ce que je veux. Tu es seule, ton manchot de frère n'est pas là pour te défendre, pas plus que le cadavre qui te sert de garde du corps. Tu ne peux rien faire contre moi.''
Elle le sentit l'attraper par le devant de sa robe, qu'il arracha, le cuir se décousant facilement dans sa forte poigne.
Elle réitéra sa commande, mais d'une voix beaucoup moins assurée maintenant que son visage n'était qu'à quelques centimètres du sien, et qu'il n'y avait plus que la mince couche de soie de ses sous-vêtements qui séparait sa main occupée à la déshabiller de ses seins, l'autre la tenant fermement.
''Lâchez-moi, ou je vous jure que…''
Il y avait plus que le désir et l'arrogance dans le regard d'Euron, quand les yeux noirs se plongèrent dans les yeux verts.
Une sorte de noirceur les obscurcissaient encore plus, la méchanceté, la monstruosité se démenant à l'intérieur comme cela avait été le cas dans les yeux de Robert, des années auparavant.
''Tu me jures que quoi ? Qu'est-ce que tu vas bien pouvoir me faire ?''
Mais il la lâcha, ôtant sa main de son bras, y laissant des marques rouges, qui deviendraient certainement bleues ou violettes le matin.
Cersei avait l'habitude, des hommes qui lui laissaient leurs traces sur le corps, comme si elle était une propriété à marquer, un dû.
Le seul qui ne l'avait jamais fait était Jaime.
Bien sûr, il y avait eu des marques, des morsures d'amour, des traces de griffures quand ses ongles raclaient sa peau sous les vagues du plaisir, mais jamais de blessures.
Euron s'éloigna, et Cersei ne lui prêta plus attention, remontant les lambeaux de ses vêtements sur sa chair exposée au froid mordant de l'hiver.
(Peut-être que si elle l'avait suivi du regard, elle aurait vu qu'il ne se dirigeait pas vers la sortie, mais vers la cheminée.)
Elle fut donc pliée en deux par la douleur soudaine et violente qui lui coupa le souffle quand Euron plongea sa main dans la fourrure dorée d'Aramis, toujours endormi, serrant de toutes ses forces la peau du fauve, pendant que son maudit vautour s'appliquait à faire de même, y enfonçant ses serres aussi profondément qu'il le pouvait.
Il était strictement interdit, de toucher l'âme de quelqu'un d'autre. Non, pas interdit. Tabou.
Bien sûr, Jaime et elle l'avaient déjà fait.
Il leur arrivait de caresser doucement le dæmon de l'autre, après tout, leur relation aussi, était taboue, et malgré tout, c'était bien, alors, toucher l'âme, la moitié d'âme de son jumeau de la même manière qu'ils se touchaient ne pouvait être que bien, aussi.
Mais jamais Jaime n'avait utilisé son dæmon pour lui faire du mal, et elle ne l'avait jamais fait non plus.
Alors qu'Euron, si.
Cersei avait l'impression que tout son corps était en feu, tant la douleur qui lui incendiait les entrailles était horrible, pas tant à cause de l'acte en lui-même, mais l'impression de se sentir souillée, salie, violée, exactement comme il avait failli le faire à peine quelques minutes auparavant.
Robert aussi, s'était cru permis de toucher à son dæmon, après tout, elle était sa femme, elle était sa propriété, elle était à lui, alors, son âme était à lui aussi, et il l'avait fait exactement de la même manière, et pourtant, elle ne se rappelait pas une souffrance aussi grande, peut-être parce que Jaime était là, et qu'elle allait se réfugier dans ses bras dès que tout cela était terminé, mais que ce n'était pas le cas, là.
Elle fut soulagée quand Aramis se réveilla, une poignée de secondes après, mais qui semblaient être des heures à Cersei, et planta ses longs crocs dans la peau du bras d'Euron, le faisant haleter de douleur, le sang coulant de la blessure comme si cela pouvait compenser celle de Cersei, et que sa torture, son supplice s'arrêta.
Euron était tombé au sol à cause de la force du lion, et y était toujours quand Cersei se redressa et lui dit, la haine brûlante dans ses yeux de feu grégeois, mais sa voix glaciale comme le vent qui soufflait dehors :
''La prochaine fois que vous réessaierez ce que vous avez fait ce soir seront les dernières minutes de votre vie que vous passerez avec votre tête sur vos épaules.''
Elle s'approcha un peu plus de lui, et poursuivit :
''Je vous ai promis quelque chose. Quand la guerre sera terminée, et gagnée, vous l'aurez. Un Lannister paie toujours ses dettes.''
Elle se pencha encore plus vers lui, et le regarda dans les yeux, tout en articulant bien pour être sûre qu'il comprenait.
''Mais pas avant.''
Euron se releva, le bras toujours dégoulinant de sang écarlate, et quitta les appartements de la reine sans demander son reste, escorté par son vautour.
Dès qu'il fut parti, Cersei se laissa tomber à genoux là où elle était, tout contre son dæmon, et se mit à pleurer en enfonçant ses mains dans sa douce fourrure, enfouissant son visage dans sa crinière, comme elle l'aurait fait dans le cou de Jaime s'il avait été là.
Si elle pensait qu'elle n'avait plus de larmes à verser, elle s'était trompée.
oOo
L'atmosphère devenait de plus en plus tendue à Winterfell au fur et à mesure que les heures passaient.
Les morts pouvaient être aux portes du château à n'importe quel instant, maintenant, et tout le monde devait se tenir prêt à les affronter le moment venu.
L'ambiance était lourde, pesante, chacun sachant bien contre qui ils allaient se battre, sachant bien qu'ils allaient combattre la mort, et ce qui allait se passer si jamais ils perdaient, la nuit interminable qui allait s'abattre sur eux, et ne plus jamais se retirer.
Le fait que les effectifs des armées avaient presque doublés avec l'arrivée des soldats Lannister avaient été un soulagement bien bref, avant de retomber dans l'horrible attente des Marcheurs Blancs.
Daenerys était dans les appartements qui lui avaient été attribués, le feu brûlant dans la cheminée insuffisant à réchauffer la pièce.
Elle repensait à la conversation qu'elle avait eu avec Tyrion quelques jours auparavant.
Il y avait beaucoup trop de monde au courant de l'identité de Jon.
Ce n'était plus un secret, désormais, et bientôt, les Sept Couronnes toutes entières seraient au courant de qui était leur souverain légitime.
Et, si la nouvelle n'avait pas déjà fait le tour du continent, tout le monde le saurait bientôt.
Cersei s'en assurerait, Daenerys le savait.
Elle ferait n'importe quoi pour préserver les siens, avait déjà fait tout et n'importe quoi pour protéger les siens, alors, ce ne serait pas l'idée de divulguer une information confidentielle qui l'arrêterait.
Et si tous les seigneurs de Westeros devenaient conscient de qui était le véritable héritier mâle de la lignée Targaryen, il n'y avait aucun doute sur le fait qu'ils le choisiraient plutôt que Daenerys.
Elle soupira, le regard perdu dans la contemplation des flammes, les flammes qui avaient jadis fait la puissance de sa maison, et qui avaient fait la sienne.
Feu et sang.
Elle n'avait pas le choix.
Comme elle l'avait dit à Sansa, toute sa vie durant, elle n'avait aspiré qu'à une seule chose : le Trône de Fer.
Elle était incapable de faire la liste de tout ce qu'elle avait dû subir, de tout ce qu'elle avait dû endurer, afin de parvenir jusqu'ici.
Et maintenant, voilà qu'un obstacle, un ultime obstacle se dressait sur sa route.
Elle aimait Jon. Cela aussi, elle l'avait dit à Sansa.
Elle aimait Jon. Mais elle ne renoncerait pas au Trône de Fer pour lui.
Pas quand elle avait déjà tant perdu pour y accéder.
oOo
Sansa était dans la Grande Salle avec Seldan, au beau milieu de toutes les femmes et les enfants affolés, donnant ses directives à ses domestiques, quand elle vit Daenerys entrer dans la pièce, cherchant visiblement quelqu'un.
Elle se retourna, pour ne pas lui faire face, espérant que peut-être, si elle ne la regardait pas dans les yeux, la Mère des Dragons ne la verrait pas, qu'elle repartirait en pensant qu'elle n'était pas ici, peut-être ailleurs.
Peine perdue.
Elle vit du coin de l'œil Daenerys se diriger à grands pas vers elle, tout le monde s'écartant de son passage, et se rapprocher de plus en plus vite.
Sansa sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine.
Si Daenerys tenait absolument à lui parler, cela n'était forcément pas de bon augure.
''Lady Sansa, puis-je vous parler ?''
Sansa regarda autour d'elle d'un air inquiet, avant d'acquiescer, et de se laisser entraîner par Daenerys dans une petite pièce adjacente, plongée dans la pénombre.
Une fois qu'elle fut sûre qu'elles étaient seules, et à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes, Daenerys déclara, sans prendre la peine de dissimuler le véritable but de cette conversation :
''Nous devons absolument nous entretenir sur ce qui va se passer quand la guerre contre les Marcheurs Blancs sera terminée.''
Sansa la regarda sans sourciller, sa voix froide :
''Il me semble que vous savez déjà ce qui va se passer. Vous allez assiéger Port-Réal avec ce qu'il restera de vos armées et des nôtres. C'est ce que Jon vous a promis en échange de votre aide.''
Daenerys l'observa longuement, semblant réfléchir à si Sansa la prenait pour une idiote.
''Oui, c'est vrai. Mais au cas où Jon ne survivrait pas à la bataille ?''
Sansa fronça les sourcils.
Elle y avait pensé, bien sûr, à l'éventualité de la mort de Jon, mais jusqu'à présent, elle s'était rassurée en se disant qu'il était un véritable héros de guerre, qu'il avait déjà combattu les Marcheurs Blancs et leur armée de morts, et il avait triomphé, une fois, deux fois, à Durlieu, en allant capturer le mort pour le ramener à Cersei.
Mais cette fois-ci, quelque chose perturbait Sansa, le fait que les morts soient proches d'elle, ou le regard de Daenerys, peut-être.
Elle jeta un coup d'œil à Seldan, ouvrit la bouche, mais aucun son, aucun mot n'en sortit.
Daenerys prit son silence pour une réponse, et, ses yeux améthyste durs comme la pierre, déclara :
''Je vous préviens. Quand la Longue Nuit sera passée, j'irai moi-même à Port-Réal pour écraser Cersei, et je reprendrai ce qui me reviens de droit : le Trône de Fer et les Sept Couronnes. Si Jon meurt, vous deviendrez la Gouverneure du Nord. Mais je n'ai pas de pitié pour mes ennemis et mes opposants.''
Baissant la voix, comme si elle avait peur que quelqu'un ne l'entende, malgré toutes les précautions qu'elles avaient prises pour que leur conversation reste entre elles, elle continua :
''Je sais que, d'une manière ou d'une autre, vous avez tramé quelque chose avec Cersei. Je n'en ai pas encore la preuve, mais si jamais je trouve quelque chose, la moindre petite chose…''
Elle plongea ses yeux dans les siens :
''Vous subirez le sort de tous les traîtres…''
Et, tournant les talons, sans regarder derrière elle, elle quitta la pièce.
oOo
Le temps était toujours maussade à Port-Réal, mais au moins, il avait arrêté de neiger.
Le froid, lui, par contre, était toujours bien présent.
Qyburn ne savait pas ce qui avait poussé Cersei à changer d'avis et à arrêter de se laisser aller, mais elle lui avait fait parvenir un message, lui disant qu'elle souhaitait s'entretenir avec lui.
Elle était assise derrière son bureau, occupée à lire des papiers, dont elle ne leva pas les yeux quand il frappa et qu'elle l'invita à entrer.
Elle s'interrompit néanmoins dans sa lecture pour se rendre compte de l'identité de son visiteur, et parut soulagée quand elle s'aperçut qu'il s'agissait de Qyburn.
Son dæmon singe sauta de son épaule, où elle était perchée, comme à son habitude, pendant qu'Aramis, lui, faisait les cent pas, parfaite représentation de l'esprit de son humaine.
Il s'assit sur l'une des chaises en face d'elle, et, la regardant dans les yeux, lui demanda doucement :
''Est-ce que vous allez bien ?''
Elle soupira :
'' ''Bien'' est un grand mot. Mais ça va mieux.''
Il hocha la tête. Il n'était pas amplement satisfait de cette réponse, parce qu'il voyait bien qu'elle était encore visiblement extrêmement fatiguée, mais il n'insista pas plus. Elle n'avait certainement pas besoin qu'il remue le couteau dans la plaie.
S'ensuivit un long silence, pendant lequel ils se contentèrent de se regarder l'un l'autre, mais que Qyburn brisa au bout d'un moment :
''Vous souhaitiez me parler ?''
Cersei cligna des yeux, comme si elle sortait d'une transe :
''Oui, oui… Les habitants de Port-Réal me pressent pour savoir comment je compte protéger la population de la ville quand la fille Targaryen arrivera pour essayer de la faire tomber.'' Elle désigna d'un geste de la main les papiers qui s'entassaient aux quatre coins du bureau. ''Je voulais avoir votre avis sur la question, avant de leur répondre.''
Qyburn acquiesça. Il avait déjà réfléchi à cela, sachant que ça pourrait rapidement devenir un problème, et qu'elle n'aurait sûrement pas la tête à penser à ce genre de chose.
''Quels projets aviez-vous pour eux ?''
''Daenerys Targaryen revendique le fait d'être une libératrice. Elle prétend vouloir venir sauver la population de Westeros.''
Elle soupira à nouveau.
''J'avais pensé compter sur le fait qu'elle n'attaquera pas les gens qu'elle vient sauver. Je voulais donc faire entrer la population dans le Donjon Rouge, afin de m'assurer qu'elle ne le prendrait pas d'assaut avec son dragon.''
Il l'invita à poursuivre d'un hochement de tête.
''Mais c'est également là mon plus grand problème. Je ne suis sûre de rien concernant cette fille. Elle n'est pas la fille du Roi Fou pour rien. Je ne suis donc pas sûre qu'elle ne choisira pas de mettre tout à feu et à sang. Et, si c'est le cas, le peuple m'en tiendra pour responsable. Et le Donjon Rouge n'est pas assez grand pour accueillir tout le monde.''
''J'ai peut-être une solution, si cela vous intéresse.''
Elle le regarda avec curiosité :
''Je vous écoute. De toute façon, au point où j'en suis…''
''Lancehélion et Hautjardin sont toujours vides, n'est-ce pas ?''
Elle fronça les sourcils :
''Les familles qui y vivaient sont mortes. Je n'ai pas nommé de Seigneur du Bief après la mort de Randyll Tarly, bien que j'ai promis ce titre à Ser Bronn de la Néra, en échange de la protection de Jaime, et je ne me suis même pas penchée sur la question de Dorne. Je suppose que les Dorniens choisiront eux-mêmes celui qu'ils jugent être l'héritier légitime de la principauté. Donc oui, pour ce que j'en sais, ils sont toujours vides, bien que je ne puisse pas garantir qu'il n'y ait pas des paysans qui s'y soient installés pour l'hiver. Mais pourquoi ?''
''D'après mes informateurs, les Marcheurs Blancs sont presque à Winterfell, mais la Longue Nuit n'est pas encore passée. Nous avons donc encore un peu de temps devant nous avant l'arrivée des armées Targaryen.''
Elle ne voyait toujours pas où il voulait en venir.
''Certes…''
Il poursuivit :
''Envoyez une partie de la population de Port-Réal à Hautjardin, et une partie à Lancehélion. Si nous perdons, ils auront le temps d'apprendre notre défaite. Et si Daenerys décide de brûler la ville, ils vous soutiendront, parce qu'ils se rappelleront que c'est grâce à vous qu'ils n'auront pas été tués, parce que vous les aurez envoyés ailleurs. Le reste de la population pourra amplement rentrer dans le Donjon Rouge.''
Cersei étudia la proposition. L'idée était intelligente, et pas irréalisable. Néanmoins, il y avait un problème qui se posait.
''Et comment les emmène-t-on à Lancehélion et à Hautjardin ? L'intégralité des armées Lannister sont parties avec Jaime, je n'ai plus de flotte personnelle, et je ne peux pas sacrifier de membres de la Compagnie Dorée.''
''Envoyez-les moins bons éléments de la Flotte de Fer. Vous pouvez largement vous permettre de vous défaire de quelques bateaux, les plus petits, pour la population de Port-Réal.''
Un nouveau silence se réinstalla entre eux. Cersei plissa les yeux, continuant de réfléchir.
Qyburn se leva :
''Ce sera tout, Votre Majesté ?''
Elle acquiesça, silencieuse, perdue dans ses pensées.
''N'hésitez pas à me faire mander, si vous avez besoin de quoi que ce soit.''
Il tourna les talons, son dæmon sautant à nouveau sur son épaule.
Mais, au moment où il atteignit la porte, Cersei le rappela.
''Qyburn ?''
Il se retourna pour la regarder.
''Oui ?''
''Merci.''
Il lui sourit, inclina respectueusement la tête, et sortit.
oOo
Jaime ne supportait plus l'attente qui précédait la Longue Nuit.
Il était attablé avec Tyrion devant la cheminée de ses appartements, où ils buvaient tous deux choppe de bière après choppe de bière, espérant noyer ainsi l'angoisse qui montait de plus en plus en eux.
Aucun des deux ne s'attendaient pourtant à voir la porte de la pièce s'ouvrir avec fracas, à moins que cela soit pour leur dire que ça y est, ils étaient là, les morts étaient là, aux portes de Winterfell, et leur mort aussi, peut-être.
Mais quelle ne fut pas leur surprise de reconnaître la silhouette de Bronn dans l'encadrement de la porte, avant qu'il ne s'avance vers eux.
Ni Tyrion, ni Jaime ne parla, quand le mercenaire leur expliqua que Cersei l'avait envoyé pour empêcher son frère jumeau de mourir pendant la Grande Bataille de Winterfell en échange de Hautjardin et de tous les titres qui s'y rattachaient, et Jaime cessa d'écouter quand il ne fut plus question de sa sœur, préférant se laisser dériver dans ses pensées sur elle plutôt que de continuer d'écouter son frère et Bronn.
La dernière chose qu'il saisit deur leur conversation fut une bribe de phrase de Tyrion :
'' Si ça se trouve, nous serons tous morts avant l'aube ... ''
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