11 février 2004
Drago avait tenté le magicophone, mais personne à Square Grimmaurd ne répondait, pas même le vieil elfe qu'il y avait croisé l'année d'avant. Il poussa un long soupir. Il avait bien tenté de magicophoner Hermione, mais la pauvre n'avait pu que lui confirmer ce qu'il craignait : Harry avait pris sa fuite comme une moquerie, comme un énième coup bas, et était parti bouder au Terrier, dont le blond ne connaissait pas le numéro.
Drago savait qu'il ne serait pas le bienvenu, là-bas. Molly Weasley avait peut-être l'air d'être une grand-mère affable, mais il avait vu avec quelle dextérité elle avait mis fin à la vie de Bellatrix. Tout ce que ça avait demandé, c'était une Ginevra menacée. Evidemment, lui-même n'avait pas attenté à la vie de Harry, mais la vieille femme n'en restait pas moins effrayante, quand elle était en colère.
Un vague sourire tordit ses lèvres au souvenir de la Beuglante de deuxième année, mais il fana bien vite. Ce n'était pas vraiment le moment de penser à ce genre de bêtise, après tout.
S'installant à son bureau, il tira une plume de son tiroir et la tailla d'un coup de baguette. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas écrit une lettre personnelle. À qui en écrire, de toute manière ? Le magicophone était arrivé très tôt après la guerre, et hiboux avaient quelque peu perdu de leur intérêt pour ceux et celles qui n'étaient ni élèves, ni parents d'élèves. Et puis, ce n'était pas comme s'il avait suffisamment d'amis pour tenir une correspondance...
Après quelques instants d'hésitation, il laissa glisser l'encre de sa plume contre le parchemin, appréciant le crissement familier.
Harry,
Pardonne-moi de te contacter ainsi quand tu ne souhaites visiblement plus entendre parler de moi, mais il faut que je m'explique. Je ne voulais pas partir, ce soir-là. Toute la journée d'hier, j'ai tenté de te parler, de te faire m'écouter, mais il semble que je t'aie trop blessé pour cela.
Tu m'en vois navré, bien sûr. Mais comprends-moi, aussi. Tu as peut-être l'habitude de cette attention incessante, de ces regards, de ces murmures. Depuis le temps, l'inverse serait étonnant, après tout. Mais moi ? Cela fait bien longtemps, que je ne la recherche plus, l'attention ces charognards avides du moindre scandale, du moindre faux-pas, de la moindre information croustillante, même si elle a des relents de spéculation et de diffamation.
J'ai trop souffert de ces articles pour ça. Alors quand j'ai vu que Skeeter en avait écrit un, à nouveau, après un an de silence et de calme reposant, j'ai pris peur. Bien sûr, l'article est positif et chante mes louanges, et sans doute qu'avec le temps l'opinion publique changera en ma faveur si je leur montre suffisamment que je le mérite. Mais pour l'heure ? Je me suis juste retrouvé à nouveau observé comme un animal en cage, dans un douloureux rappel des pires années de ma vie. Que ce soit les gens normaux, les journalistes, ou les Mangemorts qui m'observent, je m'en fiche. Je ne vois pas la différence. Ce ne sont que des regards, et je déteste ça.
J'ai paniqué, dans ce restaurant. La voilà, la vérité, Harry, et il ne s'écoule pas un instant sans que je ne le regrette. J'aurais mille fois préféré faire cent cauchemars de plus en te quittant sur le pas de ta porte, avec le sourire, et peut-être même un baiser, que de partir ainsi en lâche, comme je sais si bien le faire, et sans pour autant faire de jolis rêves.
C'est étrange, pour moi, de coucher sur le papier ces mots que je me sais incapable de dire à voix haute. Toi et moi savons bien que j'ai la réplique sèche, sarcastique, méchante – et ce, peu importent les circonstances. Je regrette, parfois, que l'on ne m'ait pas appris à m'ouvrir en face à face, que l'on ne m'ait pas laissé l'occasion de m'exprimer autrement que par écrit.
J'ose sincèrement espérer que tu le pourras, toi.
Avec espoir bientôt tien,
Drago Malefoy
L'aristocrate ne prit pas la peine de se relire, et cacheta l'enveloppe, puis il l'attacha à la patte de son hibou Grand-Duc.
— Va, Antarès. C'est pour Harry Potter, au Terrier.
Et le grand oiseau de s'envoler par la fenêtre dans un battement d'ailes gracieux. Drago aimerait toujours son vieil oiseau, peu importait combien de fois celui-ci lui pincerait les doigts. Antarès était son premier hibou, et il n'osait imaginer ce que cela lui ferait, de le perdre. Encore quelque chose que Harry avait vécu et dont la simple pensée le faisait frissonner.
Tout irait bien. Harry lirait la lettre, et tout irait bien. N'est-ce pas ?
Mais quand, ce soir-là, le hibou revint sans réponse et l'enveloppe intacte toujours attachée à la patte, Drago sentit sa détermination faiblir. Si Harry refusait même de lire ses lettres, que lui restait-il ?
Même si Drago savait où se trouvait le Terrier, y ayant été invité l'année passée suite à sa collaboration avec Perceval Wealsey, il ne pouvait se résoudre à y aller. Jamais Molly Weasley ne le laisserait entrer. Il était certes blessé, et il souhaitait certes s'expliquer, mais il lui restait suffisamment de fierté pour ne pas aller se traîner devant la porte d'une vieille dame. Drago restait un Malefoy, après tout.
12 février 2004
La porte claqua. Fort.
— Madame Weasley ! Madame Weasley, s'il vous plaît, ouvrez-moi ! Je dois absolument lui parler !
Ce qu'il devait avoir l'air bête, à s'égosiller contre cette maison bancale ! Evidemment qu'elle lui avait claqué la porte au nez, la vieille mère ! On ne s'attaque pas aux enfants d'une lionne, et Molly Weasley était une Gryffondor dans l'âme – cela, Drago venait d'en avoir la preuve.
Ah, ce qu'il s'était cru malin, la veille, à se dire qu'il n'irait jamais pleurnicher à la porte de la famille de rouquins ! La bonne blague, évidemment qu'il y était allé, évidemment qu'il avait jeté au feu le peu de fierté qu'il lui restait. Il s'agissait de Harry, après tout – et il n'avait jamais été dans la demi-mesure, le concernant.
La porte se rouvrit après ce qui sembla être des heures, puis se referma. C'était Weasley... ou plutôt Ginevra. Ce nom de famille n'avait plus vraiment de sens, dans le territoire des belettes.
— Un Malefoy le cul dans l'herbe ? Debout, tu fais pitié, l'attaqua-t-elle en croisant les bras.
— C'était plus confortable que d'attendre des heures debout, Weasley, grogna-t-il tout en obtempérant.
— Oui enfin, ça ne fait que dix minutes que maman t'a claqué la porte au nez. D'ailleurs, la moindre des politesses aurait été de partir, mais je suppose qu'il ne fallait trop en attendre venant d'un aristo qui se croit tout permis, n'est-ce-pas ?
Drago encaissa sans rien dire, se retenant avec peine de rétorquer quelque parole bien sentie.
— Tout cela n'est qu'un immense quiproquo, et je tiens à dire que je ne serais probablement pas là si ton frère n'avait pas renvoyé ma lettre sans la lire.
— Mon frère ? s'étonna la rousse, prise de court. Tu as envoyé une lettre à Ron ?
— Non, à Harry, s'impatienta le blond. Vous formez une grande famille unie, ou un truc du genre, non ? En tout cas il parle de vous comme on parle de sa famille, en général.
La Weasley resta interdite quelques instants avant de rire franchement, soudain beaucoup plus sympathique à Drago. Merlin merci, la carte du sentimentalisme avait marché.
— Oui, c'est vrai, Malefoy. Mon frère. Bon, eh bien tu as la fameuse lettre ? Que je la transmette à Harry. Et s'il n'est pas d'accord, je la lirai avant et je le forcerai à écouter.
— Je l'ai brûlée, Weasley, soupira Drago. On fait des choses inconsidérées, quand on est triste ou déçu. Mais j'ai des chocolats, si tu veux. Il y en a même saveur tarte à la mélasse. Je ne peux vraiment pas entrer ?
La rousse haussa des épaules.
— Ecoute, c'est tendu entre Harry et Ron parce que Harry est en colère contre Hermione pour je ne sais quelle raison, donc je n'ai pas spécialement envie de rajouter de l'huile sur le feu. Mais j'essaierai de lui parler ce soir, d'accord ? Peut-être que vous pourrez en parler tranquillement demain matin avant de travailler. Mais je te jure que si tu te moques vraiment de lui, je t'arrache la bite avec les dents, Malefoy.
Réprimant un frisson de dégoût, Drago recula d'un pas, et sursauta quand la rouquine lui arracha la boîte de chocolats des mains.
— À la revoyure, Malefoy, et j'espère que tu vas encore te désartibuler !
Décidément, elle ne serait jamais sa Weasley favorite, cette pimbêche ! Mais, tout en s'éloignant, Drago ne put réprimer un sourire. Peut-être que tout s'arrangerait. Quoi qu'il en fût, il l'espérait et, dans le pire des cas, Pansy revenait au pays le lendemain. Il y aurait toujours sa meilleure amie pour le consoler.
Pour une fois, j'ai commencé le chapitre avant 23h30 et j'ai l'impression que ça se ressent ! Je suis plus satisfaite de celui-ci que des trois précédents, en tout cas x) (il est aussi plus long :p)
Eh bien ! On dirait que nos deux imbéciles favoris ont toujours autant de mal à se parler, n'est-ce pas ? En tout cas, vous saurez tout demain, avec les deux derniers chapitres, héhé. Voilà, j'espère que ça vous a plu, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !
En tout cas merci d'avoir lu et on se retrouve demain ! ;) (je réponds aux reviews tout de suite!)
