12 février 2004

Harry grogna quand on frappa à la porte. Ron ne pouvait-il pas le laisser tranquille ? Il avait bien assez montré qu'il appréciait suffisamment Drago pour prendre sa défense, malgré les circonstances. Malefoy, pas Drago. Cela aussi, Harry en avait assez. Dire que le blond avait eu le culot de lui envoyer une satanée lettre...

On frappa encore, l'agaçant d'autant plus.

— Laisse-moi tranquille, Ron. Je croyais que tu devais retourner chez toi, de toute façon.

— Ron est déjà parti, Harry, dit doucement Ginny en refermant la porte derrière elle.

Le brun soupira. Il aimait beaucoup Ginny, bien sûr, et elle ne lui avait rien fait, mais... Il souhaitait juste être seul.

— J'ai des chocolats, sourit la rousse en lui tenant une boîte.

Harry sentit ses lèvres s'étirer malgré lui. Il y avait même ses chocolats préférés, ceux au goût tarte à la mélasse. Même après toutes ces années, Ginny le connaissait toujours aussi bien. Elle s'assit sur le lit, passa sa main dans ses cheveux emmêlés.

— Merci Gin', t'es la meilleure, souffla-t-il, les yeux fermés sous la caresse familière. C'est juste... je comprends pas pourquoi il a pris la défense de Malefoy comme ça. C'est mon meilleur ami ; et puis il le déteste, non ? J'ai l'impression de ne plus rien comprendre, en ce moment.

— Il n'a pas pris sa défense, Harry. Il a pris celle de Hermione, Greengrass et Zabini. Ils ne t'ont rien fait, eux, si ? De ce que j'ai compris, t'es rentré après une mauvaise journée, et t'as sauté aux conclusions sans les écouter. C'est pareil avec Malefoy. Comment tu peux savoir qu'il se moquait de toi, si tu ne lis pas les lettres qu'il t'envoie ?

Harry repoussa la main de la rousse, les sourcils froncés. Il n'avait parlé de la lettre à personne. Comment était-elle au courant ? Se pouvait-il que... ?

— Harry, soupira-t-elle. Il est resté assis près d'une heure devant la porte, quand Maman la lui a claquée au nez. Quand je suis descendue dégnomer, je l'ai trouvé assis par terre comme un malpropre, l'air malheureux comme s'il portait les peines du monde sur les épaules. Franchement, il faisait tellement pitié que j'ai sauvegardé sa fierté en lui disant que ça faisait dix minutes... On a parlé, c'est tout. Je ne sais pas pourquoi il est parti ; ce n'est pas à moi qu'il le dirait, de toute façon. Mais t'aurais sans doute dû la lire, cette lettre, plutôt que de la renvoyer comme ça.

— Ginny, tu ne...

— Harry, laisse-moi parler, le coupa la rousse. Je ne connais pas Malefoy, d'accord ? Et je ne l'aime pas, de la même manière que je n'aime pas beaucoup Zabini. J'aime pas du tout son attitude quand il vient sécuriser les terrains ; et je ne connais pas vraiment Greengrass, mais grâce à elle Flint n'est plus responsable de la coupe du monde et rien que pour ça, je pourrais l'épouser. La gamine qu'elle a recommandée est excellente, aussi... Vraiment, les analyses de Samson sont...

— Ginny, la stoppa le brun, légèrement amusé, tandis que la plus jeune rougissait.

— Enfin, tout ça pour dire que je n'ai aucune raison de les défendre. Et pourtant, je te dis que si Ron, qui est le premier à se méfier des Serpentard, les apprécie... c'est qu'il y a quelque chose. Il m'a parlé rapidement de sa nouvelle amitié avec Pansy Parkinson, l'autre jour, et j'en croyais vraiment pas mes oreilles. Tu te rends compte ? Lui et le pékinois ? Il paraît qu'elle vit chez les Moldus, maintenant.

— Je sais pas, Gin', soupira Harry. C'est bizarre. Pourquoi il serait parti, hein ? Malefoy, j'veux dire. J'avais l'impression que tout se passait bien, et...

La rouquine haussa des épaules. Que pouvait-elle lui dire ? Elle n'était pas dans sa tête. Le mieux pour démêler le vrai du faux aurait encore été d'écouter Malefoy.

— Et puis, ajouta-t-elle, s'il se moquait vraiment de toi... Je ne pense pas qu'il aurait fait tous ces efforts pour te parler. Il aurait plutôt appelé ses petits potes les serpents pour te rire au nez, non ? Alors que là, il a même été acheter tes chocolats préférés.

— Mes chocolats pré... ?

Merde, alors. Ce n'était pas Ginny qui les avait achetés. Pourtant, il ne se rappelait pas avoir mentionné ses préférences à Malefoy ces derniers temps, et ils n'avaient pas eu tant d'occasions que ça de travailler ensemble. Peut-être tenait-il l'information de Hermione ou Ron, alors ?

— Tu sais, continua Ginny en se levant, il t'observait beaucoup à Poudlard. Et il était toujours là, à parler de toi... Il a dû retenir quelques trucs, ou quelque chose du genre. Enfin bon, réfléchis-y, d'accord ?

Et elle le laissa là, assis sur son vieux lit inconfortable, la boîte de chocolats dans une main, et ce qui semblait la réalisation d'une vie. Malefoy l'avait-il observé tant que cela, à l'époque ? L'avait-il observé autant que lui-même avait pu le faire, mais pour des raisons complètement différentes ?

La main hésitante, il prit l'un de ses chocolats favoris, ne pouvant, encore une fois, empêcher ses lèvres de s'étirer en un sourire doux. Peut-être Drago ne se moquait-il pas vraiment de lui, après tout. Drago.


13 février 2004

Bon sang. Comment avait-il pu ne serait-ce qu'oser oublier que Boot revenait ce jour-là ? Une semaine de mise à pied disciplinaire ne semblait vraiment pas assez pour la faute qu'il avait commise, mais il fallait croire que les pistons ouvraient de merveilleuses portes. Harry sentait ses joues chauffer de colère tandis qu'il tâchait de retrouver Drago avant qu'il ne rentre chez lui, la voix instable de Boot racontant des âneries à côté de son oreille. Bon sang, mais n'avait-il pas fait sa mue, celui-là ?

— Et donc, tu vois ma sœur, Viola ? Tu sais qu'elle adore les sandwiches à l'œuf ? Et les siens sont un vrai délice, aussi. Bref, l'autre jour, j'ai lu sans Sorcière Hebdo – enfin, pas moi, ma femme, bien sûr...

Harry le voyait ! Beau comme un cœur, ses cheveux blonds savamment ramenés en arrière, et discutant avec Parkinson. Si seulement Harry pouvait l'atteindre – ils n'étaient qu'à quelques mètres de distance, mais tout le monde se dirigeait vers la zone de Transplanage en même temps et il y avait tellement de sorciers, de sorcières, d'amis, de conversations, tant de choses entre Harry et Drago.

— Bref, j'ai entendu dire que t'aimais aussi les sandwiches à l'œuf et je me disais que ça te faisait un point en commun avec...

Drago et Parkinson avaient atteint la zone de Transplanage, et la brune prit la main du blond. Merlin. Ils allaient partir, et Harry n'aurait pas eu le temps d'écouter la version de Drago.

— Malefoy, cria Harry en désespoir de cause, coupant son collègue dans son insupportable rengaine. Malefoy, attends !

L'homme tourna brusquement sa tête vers lui, mais il était déjà trop tard.

— Drago !

Mais il était déjà trop tard. L'instant d'après, les deux anciens Serpentard avaient disparu, laissant Harry seul au milieu de la foule, la voix de Boot reprenant son non-sens absolu. Merde. Merde ! Ils s'étaient manqués, de quelques instants, et il faudrait attendre le lendemain pour avoir le fin de mot de cette histoire. Bon sang.

— Oh, la ferme ! cracha le brun quand son collègue mentionna encore une fois sa sœur. Je suis gay, Boot, fous-moi la paix.


— Pansy, il m'a appelé ! Il m'a appelé par mon prénom ! Il faut que... Il faut que j'y retourne ! Pansy, lâche mon bras !

La brune poussa un long soupir. Comme si ce n'était pas suffisamment compliqué.

— Drago, chéri, cesse de dire des bêtises, veux-tu ? Tu ne comptes quand même pas retourner là-bas ? Il y a trop de gens, et Potter est probablement reparti chez lui, maintenant. En plus, tu n'es clairement pas en état, ce serait un coup à te désartibuler et je crois que t'en as suffisamment bavé, cette semaine. Tu ne crois pas ?

Mais Harry l'avait appelé. Bien sûr, Pansy n'avait pas tort, mais... Harry l'avait appelé. Cela paraissait tellement surréaliste, après qu'il eut renvoyé sa lettre. Sans doute Ginevra avait-elle tenu sa promesse. Encore une chose qu'il devait à cette famille qu'il avait tant haïe, autrefois.

— Si, se reprit-il après un silence douloureux. Si, tu as raison. Où va-t-on ?

La brune sourit et entrelaça leurs bras tandis qu'ils sortaient de la ruelle où ils étaient apparus.

— Greengrass m'a parlé du restaurant moldu où Blaise l'a demandée en mariage, et j'ai réservé une table pour emmener Susan là-bas, demain soir. Il faut que je fasse du repérage pour la carte, donc tu m'accompagnes. Ton palais est bien plus raffiné que le mien, de toute façon.

— C'est vrai que tu sors avec Susan Bones, maintenant. Elle te rend heureuse ?

— Oh, Drago ! rit son amie. Je suis revenue en Angleterre pour elle. Evidemment qu'elle me rend heureuse. Je crois que je l'aime, à vrai dire.

Le jeune homme sourit doucement, écoutant les babillages de sa meilleure amie, à propos de Susan, et Blaise, et puis Greengrass et Weasley, sans oublier Potter et lui. Merlin qu'elle lui avait manqué, cette idiote.

— D'ailleurs, vos bêtises m'ont fait perdre de l'argent, râlait-elle avec son petit sourire en coin. Je dois dix Gallions à Blaise, il n'arrête pas de me tanner avec ça.

— Il ne fallait pas parier sur ma vie amoureuse, alors, ricana Drago en levant les yeux aux ciel.

— Eh, je te rappelle que le lendemain tu faisais tomber sa chemise ! J'aurais très bien pu avoir raison ! D'ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi personne n'a pensé à lancer un petit Tergeo sur le bout de tissu.

Le blond grimaça, arrachant un rire à son amie. Daphné aurait pu foutre le feu à la chemise, douée comme elle était avec les sorts de récurage, et lui-même avait été bien trop distrait par la gorge découverte de son idiot préféré. Maintenant que Pansy le disait, ça paraissait tellement plus logique !


Bonsoir ! Décidément, le chapitre était plus long que prévu x)

J'espère que ça vous a plu, on se retrouve encore une fois ce soir avec un peu de chance ! N'hésitez à me dire ce que vous en avez pensé ;)

Merci d'avoir lu, et on se retrouve tout à l'heure, du coup :p