Chapitre 15 : Le secret de l'immortalité
-La discussion durera entre trente et quarante-cinq minutes. Est-ce que tu veux visiter entre-temps ? Proposa Harry au garçon, alors qu'un silence gênant s'était installé.
-Oui, pourquoi pas.
-J'ai cru comprendre que tu aimais les plantes, déclara-t-il, attirant l'attention de Neville. Nous avons des serres, si ça t'intéresse.
Le châtain hocha frénétiquement la tête, ne parvenant pas à retenir son excitation, et Harry effaça d'un geste du menton la pensée qu'il semblait avoir deux personnalités bien distinctes.
-Couloir principal, premier étage, indiqua-t-il en même temps qu'ils avançaient. L'aile nord est la plus lumineuse, on y retrouve les serres, l'infirmerie et la seconde bibliothèque. C'est aussi la plus courte, puisqu'elle n'accueille que très peu de pièces. A son rez-de-chaussée, il y a les écuries.
-Vous avez un parc sur deux niveaux ? S'intéressa Neville, curieux.
-Oui. Les serres donnent sur un jardin suspendu. La vue est jolie.
Ils se turent à nouveau, et rejoignirent le jardin dans une ambiance embarrassante, aucun des deux ne sachant quoi dire pour meubler le silence.
-Est-ce que tu t'y connais en papillons ? Demanda soudain Harry, faisant presque sursauter l'autre garçon.
-Un peu...
-Ma sœur, Norah, est passionnée par ces bestiaux. Je ne sais pas pourquoi, mais si tu as envie, tu peux lui en parler. On ne dirait pas quand on la voit, mais c'est une élève attentive.
-Oui, bien sûr, pourquoi pas ! Elle aime un peu la botanique ? S'enthousiasma-t-il.
-Je ne pense pas qu'elle ait d'avis dessus, donc si tu lui en parles, ça devrait l'intéresser. Elle aime découvrir des choses, réfléchit le brun.
-Ça me ferait plaisir.
-Je vais la chercher. Tu peux te balader si tu as envie, mais si tu ne veux pas te perdre, je te conseille de tapoter les panneaux en bois à chaque embranchement. Le premier affichera le numéro un, le second le numéro deux, etcetera. Pour revenir sur ton chemin, tu fais juste les numéros dans l'autre sens, lui indiqua-t-il en touchant du bout du doigt une pancarte vierge, sur laquelle s'inscrivit le nombre un en violet. Pour l'effacer, retouches-le une deuxième fois.
Il mima à nouveau, et l'écriteau reprit sa couleur brune. Avec un signe de la main, il sortit, et poussa un profond soupir dès que la porte fut refermée derrière lui.
Parler avec Neville Londubat lui donnait la désagréable impression de parler à quelqu'un portant un masque. Harry ne savait pas quoi dire, lui qui d'habitude était si doué avec les autres, pour la simple et bonne raison qu'il n'arrivait pas à déterminer qui il avait face à lui. Était-il face à un futur Lord obséquieux, ou un futur dirigeant ? Était-il des sorciers de l'ombre, qui manipulent pour mieux régner, ou de ceux du grand jour, qui montrent la voie aux autres ?
Être avec Norah et parler de quelque chose qu'il aimait lui ferait baisser sa garde, et, avec un peu de chance, peut-être verrait-il enfin le vrai visage du Survivant. Harry reprit confiance à cette pensée.
Il avait bien compris que sa mère souhaitait nouer des liens avec son filleul, qu'Augusta Londubat avait mis tant d'énergie à élever loin du reste du monde. Et pour partir d'un bon pas, il fallait qu'Harry et Neville aient une relation au cordiale, si ce n'est amicale. Or, comment bien s'entendre avec quelqu'un si on n'arrive même pas à échanger des phrases complètes avec lui ?
Harry grimaça intérieurement. Il ne se connaissait pas cette faiblesse face aux gens se faisant passer pour qui ils n'étaient pas. Cela pouvait se révéler dangereux...
Il décida d'en parler plus tard avec Sirius.
-Un rituel de stase, dit Narcissa alors qu'elle lâchait le grimoire sur le bureau face auquel il était assis.
Lucius sursauta et leva les yeux vers elle, avant de regarder la page ouverte devant lui.
Un rituel de stase permettait de plonger, pour une durée variable, un être vivant dans un état de mort vivante. Le corps entier cessait de fonctionner, comme s'il était coincé dans le temps. Le sang ne coulait plus dans les veines, le cœur ne battait plus... c'était comme mettre la vie en pause.
Le sort de stase existait, mais en plus de demander de l'entrainement et de ne pas durer plus de quelques heures, il était loin d'être infaillible et, sur un laps de temps trop long, pouvait conduire à des effets secondaires irrémédiables.
Le rituel variait en fonction de qui l'on souhaitait mettre sous stase, son état actuel, sa volonté, ainsi que la puissance des ingrédients et des personnes qui lanceraient le sortilège final. Il avait le point positif de ne causer aucun dommage : l'être mis sous stase se réveillait comme s'il avait brièvement fermé les yeux.
-Tu penses qu'on y arrivera ? Il y a peu d'ingrédients, mais ils semblent difficile à obtenir... et qu'est-ce que c'est que ça, une mue d'œuf de Demiguise ? Je pensais que c'étaient des mammifères... l'interrogea-t-il en désignant une ligne.
-Apparemment non, Narcissa grimaça.
Lucius garda le silence, tellement plongé dans ses pensées qu'il ne décala même pas la mèche platinée qui lui tombait devant les yeux. Narcissa l'observa simplement, attendant que l'esprit pragmatique de son époux ne finisse ses observations incompréhensibles du reste du monde.
-Abraxas aurait su quoi faire.
La phrase claqua brutalement dans l'air, le sciant en deux, tirant un hoquet effaré à la jeune femme. Sous le choc, elle poussa le livre et s'assit sur le bureau, face à son mari, qui leva sur elle des yeux dans lesquels les cicatrices, vives et douloureuses, ne s'effaçaient pas malgré les années qui défilaient, l'éloignant inexorablement de l'enfance.
-Je t'interdis de dire ça, chuchota-t-elle en glissant ses mains fines dans la nuque de Lucius, qui se laissa tirer en avant, appréciant à sa juste valeur l'autorité de la blonde. Abraxas l'aurait laissé mourir. Abraxas l'aurait probablement torturé au passage, pour se venger d'un affront qui n'existerait que dans son esprit détraqué. La seule chose qu'Abraxas aurait su faire, c'est le mal. Tu n'es pas Abraxas.
-Pourtant, je lui ressemble tellement... rétorqua Lucius, la voix cassée.
-Bellatrix est la copie conforme de mère. Et mère était la personne la plus douce qui n'ai jamais foulé le sol du manoir des Black.
-Je suis fatigué. Je suis fatigué de le voir dans le miroir.
Le silence lui répondit, et il leva les yeux, pour voir que Narcissa s'était considérablement rapprochée de lui. Elle posa l'index sur sa joue, et sourit doucement, creusant une petite fossette au coin de sa bouche.
-Pourtant, tu as les pommettes d'Hazel. Et la couleur de ses yeux. Et leur forme. Et c'est ce que tout le monde voit. Les détails de ton visage. Et tes magnifiques cheveux, ajouta-t-elle en pouffant légèrement, hypnotisant purement et simplement Lucius, qui ferma légèrement les paupières.
-Abraxas avait les cheveux plus foncés...
-Exactement. Tu tiens bien plus d'Hazel que de lui... tu es grand, fin... Draco te ressemble tellement.
-Ça ne t'énerve jamais ? Murmura-t-il, picorant légèrement ses lèvres, alors que ses mains avaient déjà trouvé leur chemin, l'une sur sa hanche, l'autre sur sa cuisse.
-S'il devient aussi beau que toi...
Narcissa rit à nouveau, et passa ses doigts dans la chevelure impeccable lorsqu'il posa son front sur son épaule, soupirant longuement.
-On va s'en sortir. Pour Draco, pour Reg, pour Evan. Et parce qu'un Malfoy ne s'incline devant personne sans se venger, n'est-ce pas ?
-Et comment se venge-t-on d'un être immortel ?
-En lui retirant son immortalité. Et je sais qui va nous aider.
-C'est tout de même incroyable ! Jamais je n'aurais pensé que...
James ne finit jamais sa phrase, puisqu'il fut interrompu par l'arrivée inattendue de Carmilla, qui apparut juste devant lui, sortant de l'ombre de la cheminée éteinte.
-Pardonnez l'interruption, j'ai cru comprendre que la maison Londubat rendait visite à la famille Potter, déclara-t-elle simplement, un grand sourire aux lèvres, avant de se retourner vers Augusta, qui s'était tendue, et Neville, qui avait poussé un petit cri. Salutations, Lady Londubat. Héritier, un plaisir d'enfin vous rencontrer.
-Je dirais que je suis enchantée si je savais qui vous étiez, rétorqua la vieille femme en se levant, le visage dur.
-Lady Carmilla Sanguina, pour vous servir, dans la mesure où vous me servez en échange. Je reviens d'un passage obligatoire par la case Gringotts, et j'ai appris quelques petites choses intéressantes. Veuillez vous asseoir, nous avons énormément de choses à nous dire, ordonna-t-elle presque, alors que l'autre femme obtempérait, sans vraiment savoir si c'était de son plein gré ou si la naturelle domination vampirique l'avait contrainte.
Carmilla jeta un coup d'œil à Harry, qui se retint de lever les yeux au ciel, et se redressa.
-Neville, je suis persuadé que tu seras heureux de retourner voir cette plante qui t'avait tellement intrigué.
-Voldemort est toujours en vie.
Augusta manqua de s'étouffer, de même que James. Seule Lily resta de marbre, réfléchissant à mille à l'heure.
-Comme on dit, pas de corps, pas de mort, déclara-t-elle finalement, s'attirant un regard appréciateur de Carmilla.
-Exactement. Il est décédé comme un immortel, et pas comme un homme. Aucun être mortel ne trépasse en se désagrégeant en poussières. C'est physiquement impossible, magie ou non.
-Neville l'a tué quand il était un bambin, grinça Augusta, la mâchoire serrée.
-Doutez-vous de mes connaissances en décès d'êtres vivants ? Ou peut-être avez-vous besoin de mon carnet ? Je suis certaine que vous trouverez votre bonheur parmi la liste parfaitement exhaustive de mes victimes.
Un froid mordant s'installa, et James se félicita de ne pas en être la cause cette fois-ci. La sorcière, consciente qu'elle ne se trouvait pas dans une situation appréciable, ne répondit pas, et la chaleur revint.
-Bien. Que savez-vous des Horcruxes ? Un silence lui répondit, avant que James n'ose ouvrir la bouche.
-Je suis à peu près certain que c'est de la Magie du Néant. Harry avait lu un livre dessus, et m'en avait vaguement parlé. Mais il avait semblé dégoûté pendant toute sa lecture, et je me souviens qu'il avait hésité à brûler le grimoire à la fin. Au final, il l'a simplement verrouillé avec de la magie ancestrale et l'a rangé je-ne-sais où. Quand je suis entré dans son esprit pour sa leçon d'occlumencie habituelle, il y avait une nouvelle porte scellée. Je n'ai jamais réussi à la passer. Je suppose qu'il a dû clôturer ses nouvelles connaissances dedans, et qu'il ne voulait vraiment pas que qui que ce soit puisse les trouver par inadvertance.
-Ça ne me surprend pas. Vous le savez tous les trois sans le moindre doute, mais la Magie du Néant est une pratique... abjecte. Magia l'a refusée il y a des millénaires, et elle n'a plus jamais été pratiquée. Du moins, c'est la théorie... votre Voldemort l'a utilisée pour fractionner son âme dans ce que l'on appelle des Horcruxes, des objets ou êtres vivants qui servent de réceptacle à la moitié d'une âme, ou de ce qu'il en reste. Avec le temps, il est possible que ces morceaux aient développé une personnalité propre, et soient capables de maudire ou de posséder les personnes les plus faibles qui se trouveront près d'eux. Les premiers sont sans doute ceux possédant le plus de personnalité, puisqu'ils possèdent plus d'âme que les derniers.
-Ce qui veut dire que ces chosent se baladent quelque part, et qu'elles sont dangereuses ?
Augusta semblait abasourdie, de même que James, qui réalisait la portée du livre que son fils avait tenu entre ses mains.
-Elles ne sont sans doute pas toutes dangereuses. Mais elles sont quelque part dans le monde, c'est certain. Sirius Black en a trouvé un au Square Grimmaurd, et le directeur Ragnok dans le coffre personnel de Bellatrix Lestrange. Il a trouvé un moyen de les dater, et de regarder leur influence sur la part d'âme restante à Voldemort.
-A-t-il conscience de l'état de ses morceaux d'âme ? L'interrogea Lily, qui, jusqu'à maintenant, s'était révélée la moins malmenée par le pion supposé battu qui revenait sur le plateau de jeu.
-Visiblement, les plus récents lui sont imperceptibles. Selon les calculs de Maître Ragnok, il ressentira fortement la destruction des deux premiers Horcruxes créés et celle des deux suivants légèrement moins. Les derniers ne s'apparenteront qu'à un mal de tête bref, qui ne l'alertera pas s'il n'est pas répété. C'est pour cette raison qu'il faut détruire les derniers en priorité, et tous en même temps.
-Attendez, attendez... les deux premiers, les deux suivants, et il y en a d'autres ? Ça veut dire qu'il en a fait plus de cinq ? Réalisa soudain la rousse, ouvrant de grands yeux.
-Nous avons en notre possession la Coupe de Poufsouffle et le Médaillon de Serpentard. Visiblement, il est très attaché à Poudlard, alors il doit aussi avoir sali le Diadème de Serdaigle et l'Epée de Gryffondor. Ragnok dit cependant que l'épée avait été pour la dernière fois en possession de Gryffondor, et Sirius qu'il y a de grandes chances qu'elle soit à Poudlard, il n'y a donc peut-être pas eu accès. Cependant, ça ne fait que deux objets, dont un dont le sort est incertain.
-Je suppose que vous avez donc une idée très précise d'au moins un autre ?
-Neville, lâcha-t-elle de but en blanc, manquant de provoquer le décès prématuré de la pauvre femme.
-Pardon ? Couina Augusta, toute superbe oubliée. Il y a un bout de l'âme de ce monstre dans la tête de mon petit-fils ?
-Depuis cette nuit de Samain.
La vieille sorcière, sous le choc, s'adossa au fauteuil, fixant le vide.
-Après une petite séance d'interrogatoire, nous avons fait extraire à Peter Pettigrew toutes les informations qu'il possédait. Si vous cherchez un rat essoré, c'est dans la huitième cellule du dernier étage d'Azkaban. Il est cependant extrêmement mortifié, et j'ai bien peur qu'il se soit coupé la langue d'une quelconque façon après les insanités qu'il a proférées à propos de Voldemort. Ou plutôt Tom Jedusor. Un gamin sans histoire, qui a voyagé un peu après Poudlard, travaillé dans l'Allée des Embrumes quelques mois, avant de disparaître comme de nombreux autres sorciers de sang-mêlé ou nés-moldus. Le monde magique n'est pas adaptés à eux.
-Ce sont eux qui ne sont pas adaptés au monde magique, rétorqua vertement Augusta.
-Je dirais plutôt qu'ils ne se donnent en général pas les moyens de s'y adapter, tempéra Lily, adressant un sourire volontairement hypocrite à la femme, qui semblait avoir oublié ses origines.
-Toujours est-il que, du peu que j'ai entendu, il n'y a rien à trouver sur ce petit. Né dans un orphelinat, récupéré à onze ans par Dumbledore. Rien.
-Né dans un orphelinat ?
Les trois humains se tournèrent simultanément vers Harry, qui était adossé, seul, contre le chambranle de la pièce, et il intercepta avec un amusement bien dissimulé le clin d'œil de Carmilla.
Elle savait pertinemment qu'il était bien plus utile que les trois réunis s'il fallait chercher des informations. Tout comme elle savait qu'il était là depuis longtemps.
Après tout, qui pourrait se targuer d'être capable d'épier une espionne Vampire ?
