Bonjour !

Voilà, comme annoncée, la suite de l'histoire "Sopor". Cette suite peut-être lue sans avoir connaissance de la première partie, mais il y aura vraisemblablement des manques. "Résurrection" sera bien moins compliquée à suivre et j'espère qu'elle vous captivera.

Les chapitres sont entièrement relus par mes soins, donc je prends l'entière responsabilité des fautes persistantes.

J'ai dit à une merveilleuse personne, il n'y a pas plus tard qu'hier, que j'essayais de ne pas poster tant que je n'avais pas beaucoup d'avance sur l'écriture. Je m'excuse auprès d'elle si elle ne me trouve plus responsable car je poste ici en ayant que quatre chapitres d'écrits. L'histoire ne sera pas très longue de toute façon, une dizaine de chapitres.

Je vous souhaite une bonne lecture !


Trois mois. Cela faisait trois mois que Drago Malfoy n'avait pas cessé de courir. Courir loin de la société, courir loin du passé et des menaces. Et plus il s'éloignait de ce monde, plus il s'éloignait de la seule échappatoire qui pouvait le sauver. Parce qu'il n'avait pas oublié. Comment l'aurait-il pu ?

L'Ordre du Phénix avait vaincu les ténèbres de Voldemort ce même jour où il avait commencé à fuir. L'attaque dans l'Allée des Embrumes avait été le début et la fin de tout. Le début d'une course-poursuite à travers tout le monde sorcier, une chasse aux sorcières contre les Mangemorts dispersés. La fin d'une ère de terreur et la fin d'une guerre terrible. Drago avait attendu, ce jour-là, que la bataille cesse ; toujours sous le sortilège de Désillusion qui l'avait sauvé. Sans vraiment savoir s'il souhaitait plus la victoire des Mangemorts ou celle de l'Ordre, il attendait simplement que cela se termine.

Mais quand Voldemort était tombé et que l'atmosphère s'était chargée d'une lourdeur jusque-là inconnue, Drago avait fui. Et plus il se frayait un chemin à travers la nuit, se cachant où il pouvait, vivant de peu, plus il lui semblait que sa seule chance de survivre résidait dans la morale d'une jeune femme brune qui avait respecté un marché passé il y avait bien longtemps.

Car c'était là que tout avait commencé : dans les tréfonds d'une grotte où Hermione Granger avait failli mourir. Et Drago se souvenait de tout. Des mots échangés, de la dette contractée. Et pour une raison absurde qu'il n'avait jamais réussi à saisir, il se souvenait de choses qu'il n'avait pas vécues. Il se souvenait d'elle, guérie, enfermée dans les cachots du manoir Malfoy. Il se souvenait d'avoir appris à la supporter comme une présence familière, d'avoir craint qu'elle s'en aille. Il se souvenait d'avoir eu peur de la voir mourir et d'avoir eu mal à l'intérieur quand elle avait finalement disparu.

Et sans savoir comment ni pourquoi, il s'était attaché à ces images irréelles qui n'étaient pas sa vie, mais ses rêves à elle. Et maintenant qu'il courait loin de tout, Drago ne pouvait s'empêcher se garder un œil par-dessus son épaule. Quelque part, dans le chaos qui s'évaporait, Hermione rêvait peut-être à nouveau.

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Trois mois. Cela faisait trois mois qu'Hermione parvenait enfin à dormir plus de cinq heures par nuit. Son corps tout entier semblait d'ailleurs la remercier pour cela. Les douleurs quotidiennes dans ses articulations et ses muscles diminuaient progressivement et elle se sentait mieux. C'était ce qu'elle se disait alors qu'elle marchait à travers les couloirs du Ministère de la Magie en direction d'un bureau très particulier.

« Entrez ! entendit-elle après avoir frappé.

– Bonjour, sourit-elle.

– Ah ! Bonjour, Hermione, s'exclama Kingsley en la recevant avec la même expression.

– Je vous rapporte le dossier comme convenu. Harry a dépêché une équipe sur place et dès que la situation évolue, il vous tiendra informé.

– C'est parfait, félicita le Ministre. Et concernant ma proposition, est-ce que tu as réfléchi ?

La brune baissa les yeux un instant.

– Je… Je crois que je préfère rester à Sainte-Mangouste pour l'instant, répondit-elle. Il y a trop de gens qui ont besoin de soins et je ne pense pas être capable d'assumer un travail au Ministère dans les circonstances actuelles.

« Les circonstances actuelles » étaient que les Aurors traquaient les Mangemorts en fuite pour les capturer, les mener devant leur jugement et les emprisonner à Azkaban. Et Hermione avait trop donné.

– Je comprends, sourit Kingsley. Sache en tout cas que tu as ta place ici et que tu mérites beaucoup.

La jeune femme sentit ses joues rosir et répondit à son sourire.

– Merci. Je reviendrai ce soir si c'est nécessaire. »

Et Hermione sortit du bureau, se frayant un chemin rapide dans les couloirs du Ministère. Une fois dans l'Atrium, elle transplana directement chez elle et expira longuement en se laissant tomber sur son canapé. Ses pensées se dirigèrent instantanément vers Harry et son équipe. Quand la victoire avait éclaté et que Voldemort avait été défait, l'une des premières choses que le nouveau pouvoir en place avait faite avait été de perquisitionner le manoir de la famille Malfoy pour annihiler toute trace du Mage noir. Lucius et Narcissa avaient été confinés dans leur demeure en attendant d'être jugés et c'était pour cela que Harry se déplaçait aujourd'hui.

Les Mangemorts les plus dangereux avaient été traqués les premiers pour mettre les populations sorcière et Moldue en sécurité. Parmi eux, Walden Macnair dont le visage donnait encore des frissons à Hermione ; Selwyn ; Antonin Dolohov ; Bellatrix Lestrange… Non, Hermione préféra arrêter d'y penser à l'instant tant cette femme lui donnait des sueurs froides. Elle revoyait déjà trop souvent la dernière fois qu'elle l'avait eue en face d'elle, une paire de mois plus tôt.

Harry, donc, était très certainement en train d'escorter les parents Malfoy au Ministère. Mais dans tout cela, dans toute cette procédure judiciaire qui allait être déterminante pour la suite, il y avait un manqué. Un vide que tout le monde avait constaté, mais que personne n'était apte à combler. Personne sauf celui qui laissait ce vide : Drago Malfoy. Disparu des radars, volatilisé dans la nature, personne ne l'avait vu depuis l'attaque dans l'Allée des Embrumes trois mois auparavant.

En réalité, la dernière personne à l'avoir vu, c'était elle. Hermione attrapa une pochette dans le tiroir de sa table basse. Le premier parchemin qui se trouvait à l'intérieur était signé de sa main. Et il était couvert de mensonges. Alors qu'elle le relisait encore une fois, la jeune femme sentait ce nœud de culpabilité qui n'avait cessé de l'habiter depuis qu'elle avait rédigé ces lignes.

Elle avait menti à l'Ordre, à ses amis. Elle était la dernière personne à avoir vu Drago Malfoy après qu'il eut été confronté par Ron. Elle l'avait combattu autant qu'elle l'avait pu, mais il avait profité d'un bruit d'explosion qui l'avait déconcentrée pour prendre la fuite. C'était ce qu'il y avait d'écrit. C'était la version officielle. Hermione l'avait vu oui, après Ron, elle l'avait suivi à travers les ruines, elle lui avait parlé. « Drago ». Et elle l'avait aidé à disparaître.

Le revoir avait été comme retrouver une vieille connaissance après une année de silence. Car elle n'avait jamais oublié ce qu'elle avait vécu dans ces rêves étranges. Et si elle n'avait jamais réussi à expliquer, à comprendre, pourquoi elle avait fait ces rêves ni comment elle était parvenue à en être consciente, ils faisaient désormais partie de son être et de ses souvenirs.

Un hibou pénétra par la fenêtre entre-ouverte et délivra une note pliée en trois. Les Malfoy étaient au Ministère de la Magie. L'audience aurait lieu le lendemain. Hermione rangea la pochette de parchemins et renvoya le hibou. Elle n'irait probablement pas à l'audience, elle n'était pas allée aux précédentes.

Quand la guerre s'était arrêtée, Hermione avait compris plusieurs choses. D'une part, qu'elle avait laissé son âme dans les batailles. Comme beaucoup, la guerre l'avait changée et pas d'une bonne façon. Elle ne se reconnaissait plus dans ses actes, elle était devenue quelqu'un d'autre qu'elle s'efforçait de combattre maintenant que les champs de batailles avaient laissé place aux chambres d'hôpital.

D'autre part, elle avait compris qu'elle n'était plus capable de faire face comme elle l'avait fait jusqu'alors. Elle avait aidé le nouveau Ministère pendant les premières semaines qui avaient suivi en s'impliquant dans la poursuite des Mangemorts et en participant vivement aux audiences. Mais elle ne s'était pas retrouvée dans ces actions précipitées de mise en justice, pas plus dans la traque désespérée des fuyards. Elle avait d'ailleurs fait les frais de la capture difficile de Bellatrix Lestrange. Mais son esprit s'égarait à nouveau dans des tréfonds ténébreux qu'elle souhaitait éviter.

On toqua à la porte et Hermione s'entendit soupirer de soulagement ou fatigue. Peut-être un peu des deux.

« Ah ! S'exclama Ginny en entrant. Je suis passée ce matin, mais tu n'étais pas là.

Elle plaqua une bise sur la joue de sa meilleure amie.

– J'étais à Sainte-Mangouste, répondit la brune en refermant la porte derrière elle. Tu veux boire quelque chose ?

– Si tu as du jus de citrouille, sourit Ginny.

La rouquine alla s'asseoir sur le canapé qui meublait difficilement le salon et grimaça en entendant le grincement qui s'en échappa.

– Tu es certaine que tu es bien ici ?

– Certaine, assura Hermione en revenant vers elle. Je ne regrette absolument pas d'être partie du Square Grimmaurd.

– Parfois, je pense à faire pareil, avoua la cadette Weasley. Tu es la seule de l'Ordre à ne plus vivre au 12, de notre génération tout du moins, et ce n'est pas la même chose sans toi. J'ai voulu rester pour être proche de Harry, mais je crois que notre relation n'a plus de raison d'être.

Hermione lui adressa un regard compatissant. Elle déplorait que ses deux meilleurs amis s'éloignent autant et redoutait que si rupture il y avait, leur groupe autrefois si soudé n'en pâtisse réellement.

– Je pense qu'il faut que tu fasses ce qui te rendra la plus heureuse, déclara-t-elle alors. J'ai insisté pour prendre un appartement toute seule, même si c'était une vague ruine sur le Chemin de Traverse, parce que je ne supportais plus l'environnement pesant du Square. Et même si on peut trouver à redire sur le confort et l'aménagement de mon espace, c'est mon chez-moi.

Ginny but une longue gorgée de son jus de citrouille. Dehors, il se mit soudainement à pleuvoir.

– Tu veux rester manger ici ? demanda Hermione alors qu'elle fermait ses fenêtres.

– Avec plaisir, sourit Ginny. J'avais prévu de manger en ville, mais je préfère rester à l'abri. »

Et malgré le vide presque symptomatique des placards du petit appartement, les deux amies parvinrent à se cuisiner un repas aux effluves alléchantes. C'était comme ça plusieurs fois par semaine, quand elles prenaient un peu de temps pour se retrouver toutes les deux. Mais voilà, comme tout le monde, elles n'étaient plus les mêmes. La guerre les avaient changées à jamais et même au creux de leurs soirées à deux, les visages étaient graves et les discussions lourdes.