Errance

Kise erre dans les rues de Tokyo sans réel but.

Enfin presque. Il avait évité avec soin tous les terrains de baskets de la ville, sachant très bien qu'Akiko le chercherait là en premier. Et s'il y a une seule chose dont il est sûr, c'est qu'il ne se sent pas prêt à affronter sa sœur, pas maintenant.

Ni les autres d'ailleurs.

Il fait déjà nuit noire et comme si sa situation n'était pas déjà assez pathétique, les premières gouttes d'une pluie diluvienne se mettent à tomber du ciel noir. Et il était parti sans autre chose que son uniforme. Il avait même laissé son sac au Maji Burger.

Il farfouille dans ses poches pour n'y trouver que son portable, de la menue monnaie et ses clés.

Rentrer chez lui n'est pas une option. Continuer à marcher dans les rues alors que la pluie a déjà transpercé ses habits non plus.

Il agrippe son portable, conscient qu'un certain nombre des numéros qui encombrent son portable appartiennent à des filles dont il ne connait que vaguement les prénoms et qui seraient plus que ravies de l'accueillir pour la nuit.

Mais la simple idée d'en choisir une et d'appeler le fait soupirer d'ennui.

Pourtant ces filles sont tellement centrées vers elles-mêmes que même ainsi, elles ne verraient rien à son « petit jeu ». C'est comme ça qu'Aomine l'avait décrit.

Il savait bien que sa sœur n'était pas dupe. Mais il savait aussi qu'elle n'aurait jamais osé le confronter à la situation comme l'avait fait Aomine.

Ils avaient tous vu à travers le masque. Kuroko, Midorima, Aomine et même Kasamatsu.

Son père l'avait averti que cela commencerait ainsi.

Il tremble autant de froid que d'effroi en repensant aux paroles de son père.

Et lorsqu'il fait défiler les noms de son répertoire, il sait tout d'un coup qui il pouvait appeler. La seule personne qui pourrait l'accueillir sans l'assaillir de questions alors qu'il était déjà au courant de la situation. Parce qu'il était comme ça…

Il pianote rapidement sur son portable.

- Allo ?

- Kise !? s'exclame Midorima.

- Ouais, est-ce que je peux abuser et te demander asile pour la nuit ?

Le silence qui suit est plus que révélateur de la surprise du lanceur de Shutoku.

- Je t'envoie l'adresse.

- Merci.

Le silence encore…

- Si ta sœur m'appelle de nouveau, je lui dis quoi ? demande Midorima.

Voilà qui répond à la question qu'il n'avait pas encore posée, pense Kise. Sa sœur avait appelé Midorima pour lui faire part de la situation.

- La vérité, dit Kise.

- C'est-à-dire ?

- Que tu m'héberges pour la nuit et que …

Comme il s'y attendait, Midorima ne le presse pas mais attend sa réponse :

- Et que je ne veux pas la voir.


Maison des Midorima

Kise fait le tour du bâtiment des yeux et franchement, c'était pas du tout ce à quoi il s'attendait. Mais alors pas du tout. Il avait toujours imaginé que Midorima habitait dans un lieu hors du temps, une maison traditionnelle en bois figée dans un japon intemporel.

Mais l'endroit qu'il avait devant les yeux est définitivement moderne avec des angles pour le moins originaux et harmonieux. Il y a définitivement une classe discrète dans cette maison qui curieusement ressemble assez à Midorima. Mais trempé jusqu'aux os, il n'a pas le temps de s'attarder et frappe à la porte.

Midorima lui ouvre la porte presque immédiatement et il entre, soulagé de se mettre enfin à l'abri.

- T'es trempé, bouge pas.

Midorima disparaît et revient quelques secondes plus tard avec une serviette chaude et des habits secs que Ryota accepte d'un hochement de tête. Midorima lui montre la salle de bain et encore une fois, il est surpris de voir une maison si moderne. Tout était impeccable et bien rangé, clair et propre...

- Tu peux prendre une douche si tu veux, t'as l'air d'en avoir besoin.

Kise acquiesce d'un hochement de tête.

- T'as mangé ? demande Midorima.

- Pas vraiment.

- Je prépare quelque chose, prend ton temps.

Kise se débarrasse de ses habits détrempés et entre dans la cabine de douche un peu étrange avec des jets d'eau chaude qui sortent d'un peu partout et tout un tas de boutons de toutes les couleurs sur le côté qu'il n'ose pas toucher.

Sous l'eau chaude, il se rend compte à quel point il est gelé et se met à trembler sous les flux d'adrénaline qui affluent dans tous ses membres. L'entraînement et les un contre un contre Aomine avaient épuisé ses muscles mais pas son esprit.

Il finit quand même par sortir de la douche, s'enveloppe dans une serviette chaude avant d'enfiler les vêtements que lui avaient prêtés Midorima. Un jean et un t-shirt noir, simple et classique. Et un peu trop grand pour lui.

Le fantôme d'un sourire fleurit sur ses lèvres, il a emprunté des habits à une des rares personnes de Tokyo qui est plus grande que lui.

Il sort de la salle de bain et se dirige au bruit vers la cuisine qui à l'image de la maison est moderne, fonctionnelle et claire. Un large comptoir américain avec quatre haut tabourets se trouvent sur le côté et une large table de bois clair au centre.

Deux bols sont posés sur le comptoir et deux grands verres pendant que Midorima est affairé devant les plaques, préparant des nouilles sautées aux légumes qui ont l'air vraiment appétissantes et il était sorti du Maji Burger avant même d'avoir entamé son burger.

Kise s'installe en silence pendant que Midorima se retourne vers lui en répartissant en deux parts égales son plat que Kise entame avec appétit.

- Midorima, tes parents sont pas là ?

- Ils sont tous les deux de garde à l'hôpital. Ils rentreront sûrement très tôt dans la matinée.

- Ils sont médecins, c'est ça ?

- Chirurgiens, le corrige-t-il avec une fierté à peine dissimulée.

- C'est ce que t'as toujours voulu faire.

Midorima acquiesce gravement et Kise observe sa main gauche pour une fois non bandée. Chirurgien cela demande une grande dextérité dans les mains.

Midorima part avec un sérieux avantage.

- J'ai appelé ta sœur. Je lui ai transmis ton message, dit-il.

- C'est surement mieux ainsi.

Ils terminent tous les deux leur repas dans un silence un peu gêné mais Kise sait qu'il n'essaierait pas d'en savoir plus tant qu'il ne serait pas prêt à en parler lui-même :

- C'est vraiment bon, tu sais.

- Non, répond abruptement Midorima. Ce que fait mon père est vraiment bon, ça c'est mangeable.

Kise ne peut s'empêcher ses lèvres de s'étirer dans un bref sourire :

- Ben faudra que je m'invite un soir où ton père fait la cuisine.

Midorima soupire en levant les yeux au ciel d'un air blasé, mais Kise remarque sans peine l'étincelle amusée qui illumine brièvement les yeux verts du lanceur :

- Y a déjà Takao qui s'invite dès qu'il peut, il a été jusqu'à me demander un planning des gardes de mes parents.

- Et tu lui as donné ?

- Pire que ça… Mais mère lui a donné.

Cette fois Kise ne peut s'empêcher de rire. Midorima pense en débarrassant la table que Takao est vraiment fort. Même absent, il arrive à transmettre cette aura de joie insouciante qui émane en permanence de lui et dont Kise a cruellement besoin.

Kise se reprend lentement et le regarde avec une sincérité rare :

- Merci Midorima.

Midorima un peu gêné marmonne :

- Attends de voir où tu vas dormir, pas sûr que t'aies toujours envie de me remercier après.

Kise le regarde avec une pointe d'anxiété :

- Je peux sans problème me contenter de ton canapé…

- Pas question, mes parents peuvent rentrer n'importe quand dans la nuit et passer par le salon.

- T'as une chambre d'amis ?

- On en avait une, dit-il un peu gêné en lui ouvrant la voie dans un couloir.

Kise passe la tête dans la pièce que Midorima ouvre pour découvrir un endroit encombré d'un énorme bazar hétéroclite d'objets aussi différents en forme, couleur et aspect qu'il n'y a définitivement plus la place pour y mettre un lit.

- C'est là où tu entreposes tes objets porte-bonheur, murmure Kise les yeux grands comme des soucoupes.

Et tes parents te laissent faire… pense-t-il incrédule.

- Dis Midorima, tu prévois quand même pas de me faire dormir dans un placard ?

- Mais non idiot, mais on va devoir partager ma chambre. Je vais te rajouter un futon.

- Franchement, tu m'as fait peur une seconde.

Midorima hausse les épaules, le laisse pénétrer dans son antre que Kise regarde curieux pendant qu'il disparaît pour lui chercher quelques affaires. Un lit dans le coin, un bureau avec un ordinateur portable posé presque négligemment sur le côté, des étagères pleines de livres bien rangés, un ballon de basket et un plateau de go avec une partie reproduite, une partie à 4 pierres de handicap.

Le tout bien à sa place.

Kise s'approche du goban lorsque Midorima réapparait avec un futon qu'il déplie dans un coin avec une couette et un oreiller.

- C'est la dernière partie que t'as joué avec ma sœur ?

Midorima acquiesce avec remettant ses lunettes en place.

- Elle t'as défoncé !

- Je sais, j'y étais, dit-il un peu vexé. Tu sais jouer toi ? répond-il sur la défensive.

Kise prend distraitement une pierre :

- Bien sûr, dit-il. J'ai même passé le test d'entrée à l'école de go un an avant ma sœur.

- J'y crois pas, dit Midorima. Tu t'es mis au go et deux semaines plus tard, t'avais déjà le niveau d'un pro.

- Pas vraiment, dit amèrement Kise. J'ai appris à jouer avec mon père avant même de savoir tenir un stylo. C'était une vraie obsession de sa part parce qu'il savait qu'on serait comme lui, Akiko et moi.

Comme lui ?

Kise balaye les pierres et s'apprête à faire ce qu'il n'avait pas fait depuis le jour où il avait osé mentir à son père en disant qu'il n'avait pas réussi à passer le test d'entrée à l'école de go.

Le go était un jeu qui lui plaisait mais il ne se voyait pas faire du go toute sa vie. Alors il avait dit à son père qu'il avait échoué ignorant que ce jour-là allait être le premier d'une brutale descente aux enfers. Surtout depuis le jour où son père avait découvert qu'il lui avait menti.

Kise a vu tellement de parties d'Akiko contre Midorima qu'il connait particulièrement son style et presque inconsciemment, il se met à jouer comme lui.

Midorima ne met pas longtemps à s'en rendre compte et relève la tête un peu surpris :

- Tu joues au go comme tu joues au basket Kise, en jouant le point central du goban le seul et unique coup que l'on ne pouvait copier au go, avec un regard de défi.

Kise baisse les yeux et prend une pierre, hésitant à jouer. Puis il reprend, adoptant cette fois le style de sa propre sœur de façon suffisamment convaincante pour que Midorima se recule du goban incrédule :

- Tu arrives à jouer comme elle ?

- Non, je joue comme Takemya, le joueur qu'elle copie. Mais tu vas vite te rendre compte que je ne le maîtrise pas aussi bien qu'elle.

- Y a un message derrière tout ça, parce que je te préviens, les sous-entendus c'est pas mon truc.

- Pas vraiment. Avec Akiko, on est capable de reproduire presque tout ce qu'on peut avoir en face des yeux, c'est pour ça que notre père a tant insisté pour qu'on se mette au go.

- Je vois même pas le début d'un lien entre ce don que vous partagez et le go.

- Parce que contrairement à tous les autres sports, le go est absolu et infini avec pour seule limite l'esprit humain. Jamais personne ne dominera le go parce que demain un gamin de dix peut se révéler un génie et vous battre à plate couture ou qu'il suffit de regarder dans un vieux livre pour découvrir au moins dix joueurs du passé meilleurs que tous ceux qui existent actuellement.

- Je ne comprends toujours pas où tu veux en venir.

- Repense au jour où je suis arrivé à Teiko, dans la première équipe. Qu'est-ce que tu as ressenti ?

Midorima réfléchit sérieusement :

- Que t'étais arrivé là beaucoup trop tôt. Que je pensais que ce serait Kuroko qui aurait enfin eu le droit d'avoir une vraie place parmi nous. Mais au final, c'est Akashi qui avait eu raison, tu t'es révélé aussi doué qu'il l'espérait…

- Non, je t'ai demandé ce que tu as ressenti ?

Midorima repousse nerveusement ses lunettes sur son nez :

- Je t'ai détesté. En deux semaines t'es arrivé au niveau que j'avais mis des années à atteindre.

Kise n'est pas surpris mais cela ne l'empêche pas d'en souffrir quand même.

- Avant le basket, continue Kise, j'ai essayé tous les autres clubs, foot, baseball, le dojo et tous ses arts martiaux, le tennis….

- Je crois que j'ai compris, souffle Midorima.

- Et à chaque fois, ça s'est passé comme ça, continue Kise. En deux semaines, je les surpassais tous et tous me haïssaient. Alors je changeais de club et le cycle recommençait.

Midorima ne peut s'empêcher de regarder Kise dans les yeux avec une moue mi- moqueuse mi- désabusée :

- Je suis super fort dans tous les sports dans lesquels je me lance, dit-il en imitant le phrasé de Kise, et personne ne m'aime… Manquerait plus que tu sois mannequin et là, c'est sûr, je vais te plaindre.

Kise tente un sourire mais n'a plus la force :

- Mais pour la première fois, j'ai trouvé des joueurs que non seulement je ne pouvais pas égaler et que je ne pouvais même pas copier. Il ne fallait pas moins d'un miracle pour que cela arrive, cinq joueurs dont je ne pouvais qu'à peine approcher le niveau. Pour la première fois de ma vie, j'avais trouvé un vrai challenge à relever.

- Il n'y a plus que Kuroko que tu n'arrives pas à copier complètement.

Midorima replace nerveusement ses lunettes. Il avait réellement été surpris de voir Kise copier ses paniers à trois points. Surpris et blessé de voir son meilleur basket presque dévoyé en devenant juste un des nombreux tours de force du copycat de Kaijo.

Essayant d'ignorant ce sentiment qu'il trouve si mesquin, il préfère se concentrer sur la tournure que prend le jeu sur le plateau. Il commence tout juste à prendre l'avantage mais la partie est définitivement serrée.

- Et qu'est-ce que tu feras quand tu nous auras tous copié parfaitement ?

Kise se ferme et pose une pierre.

Midorima se fige, ce coup il ne l'avait pas vu venir. Alors que la partie était presque finie, il n'avait pas vu cette faiblesse dans son jeu et l'équilibre se rompt soudainement. Il vient non seulement de perdre son avantage mais il doute de pouvoir remonter son retard.

- J'arrêterai le basket, dit Kise le plus sérieusement du monde.

Midorima arrête de jouer et se tourne vers lui :

- T'es pas sérieux Kise !

- Tu sais pourquoi je ne suis jamais rentré dans la zone ? dit-il. C'est parce que ce n'est pas le basket que j'aime plus que tout au monde, c'est le défi à relever, ça l'a toujours été.

L'as de Shutoku observe son ancien équipier dans les yeux :

- Alors compte sur nous pour ne pas te faciliter la tâche, dit-il aussi sérieusement en posant une pierre qui lui permet de revenir légèrement en avance dans la partie.

Kise sourit devant le coup inattendu.

- Je crois que t'as gagné

- T'en doutais ?

Kise lui épargne une réponse.


Quelques heures plus tôt

Maji Burger

Akiko venait d'entendre tout ce que Kasamatsu avait surpris.

Le moindre mot, la moindre intonation. La façon dont Kise avait essayé de tromper son propre capitaine avec tant de facilité.

Perdue dans ses pensées alors qu'elle essaye de mettre bout à bout toutes les informations, elle en oublie de lâcher Kasamatsu qui n'ose pas lui faire remarquer qu'il se trouve inconfortablement paralysé à quelques centimètres de son regard étincelant.

Elle a les même yeux que son frère, exactement les mêmes juste avant qu'il ne s'élance dans un de ses tours de force sur le terrain. Et Akiko est trop tournée vers elle-même pour se rendre compte à quel point il sent son espace vital envahit.

- Kise, lâche-le, il est à deux doigts de tourner de l'œil, s'exclame Aomine.

Mais Akiko au contraire crispe ses poings, trop perdue dans ses pensées pour se rendre compte qu'elle se met à parler à haute voix, tentant d'analyser le plus froidement la situation comme elle l'aurait fait au cours d'une partie.

- Ryota est parti sans son sac ou sa veste. Il n'a que son portable, ses clés et quelques yens en poche. Rentrer à la maison est inconcevable, il va donc appeler quelqu'un.

Un instant, elle ferme les yeux pour passer en revue ses possibilités. Elle le connait suffisamment pour savoir qu'il n'appellerait sûrement une de ses filles qui l'idolâtraient sans même le connaître. Elle ouvre de nouveau les yeux se rendant soudain compte qu'elle n'avait toujours pas relâché Kasamatsu qui est toujours figé dans sa surprise première, n'osant bouger d'un pouce.

Lentement, elle relâche son emprise et Kasamatsu a un peu de mal à reprendre contenance. Il avait toujours eu du mal à se comporter normalement face aux filles en général, mais là c'est pas une fille c'est la version féminine de Kise qui avaient envahi son espace personnel sans même sourciller.

- Il va appeler quelqu'un en qui il a confiance et la liste n'est pas longue.

- Kuroko ? demande Aomine.

- Non, dit Akiko. C'est la seule personne avec qui il n'arrivera pas à ne pas craquer.

- Qui alors ? demande Kasamatsu étonné que sa voix ne tremble pas.

Lentement, elle prend son portable et se mord les lèvres nerveusement. Elle pianote sur son clavier sous le regard étonné d'Aomine.

- Midorima ? Est-ce que mon frère t'as appelé par hasard ?

Le silence d'Akiko est révélateur de la surprise de Midorima.

- Je pense qu'il va bientôt t'appeler, dit-elle.

Pourquoi

Aomine n'a pas besoin d'entendre la conversation pour savoir ce qui se passe dans la tête de son ancien équipier. Et devant l'hésitation d'Akiko, il bondit et lui prend son téléphone d'une main.

- Midorima ?

- Aomine ? Faudrait pas que ça devienne une habitude, dit-il de sa voix habituelle.

- Une habitude ?

- De piquer les téléphones des jeunes filles pour me parler.

Aomine papillonne des yeux en se souvenant du jour où Satsuki avait appelé Midorima juste après la défaite de Shutoku face à Seirin. Il avait emprunté son téléphone pour lui parler.

- Bon sérieusement, se reprend Aomine, j'ai merdé avec Kise.

Midorima soupire comme si c'était une évidence pendant qu'Aomine affronte le regard noir d'Akiko :

- Tu m'expliques ?

- Ben j'avais plus ou moins un plan et comme d'habitude, j'ai tout foiré.

- Etonnant…

- Tu veux une explication ou pas, rétorque abruptement Aomine.

- Je t'écoute.

- Le père de Kise lui a rendu visite il y a une semaine et quoi qu'il lui ait dit ça a suffisamment mis le bordel dans sa tête de blondinet insouciant pour que même moi, je me rende compte qu'il y a quelque chose qui cloche.

- C'est pas peu dire, pense Midorima…

- Et tu lui as demandé de but en blanc de quoi il retournait ? dit Midorima.

- Ouaip.

- Et…

- Il s'est barré.

- Je vois.

- Akiko a l'air persuadée que Kise t'appellera alors s'il le fait, préviens-nous.

- Bien sûr, dit Midorima d'une voix mesurée qui montre à quel point l'idée que Kise puisse l'appeler lui paraît incongrue.

- Aomine, dit Midorima redevenu sérieux. Akiko peut m'entendre ?

- Non, dit-il.

- Mais elle est à côté, n'est-ce pas.

- Oui.

- Bien, alors écoute-moi sans un mot. Ce qui m'inquiète le plus pour le moment, c'est pas ce que le père de Kise a fait mais ce qu'il va faire. C'est un manipulateur et il est suffisamment doué pour nous avoir tous déstabilisé en cinq minutes.

Même moi, je me suis fait avoir si facilement, pense-t-il.

- Si Kise ne veut pas parler, Akiko va sûrement appeler son père. Ou pire. Alors fait ce qu'il faut pour l'empêcher de…

- T'inquiète pas pour ça, dit Aomine.

Soudain Midorima entend des sons étouffés, comprend que le téléphone change de nouveau de main et qu'Akiko a repris son bien non sans mal :

- Midorima, tu me préviendras ?

- Bien sûr, dit-il. Qu'est-ce que tu veux que je lui dise, que je fasse si jamais…

- Rien. Fais comme avec moi, dit-elle, reste toi-même. C'est pour ça que c'est toi qu'il va appeler, dit-elle avant de raccrocher brutalement, laissant Midorima encore plus perplexe en train de fixer son portable.

Akiko range d'un geste sec son téléphone dans son sac qu'elle met en bandoulière sur son épaule avant de prendre dans sa main le sac et la veste de son frère, s'incline froidement pour prendre congé, s'excusant longuement auprès de Kasamatsu de l'avoir entraîné si loin dans toute cette histoire et sort du Maji burger encore estomaquée de l'effronterie d'Aomine.

Aussi, n'est-elle pas surprise de voir qu'il la suit de près, sans même chercher à cacher sa présence.

Elle tente de mettre rapidement de la distance entre eux avant de réaliser à quel point c'est inutile. Enervée au plus haut point, elle se retourne lentement vers Aomine :

- Tu penses sérieusement que je te vois pas ?!

- Non, dit simplement Aomine.

- Rentre chez toi, dit-elle froidement.

Aomine hoche la tête, fait un pas, lui prend le sac de son frère d'une main :

- Pas avant que toi, tu ne sois rentrée chez toi, dit-il en agrippant sans ménagement sa main. Et, continue Aomine, la seule personne que je connaisse qui habite dans cette direction, en montrant de la main le trajet qu'elle prend, c'est ton père…