Bonjour à tous,
Cela doit être la 12ème version que j'écris de ce chapitre. Dire qu'il m'a posé problème est bien peu dire. A force d'avoir été remanié, j'espère qu'il n'a pas perdu de sa cohérence. J'espère quand même qu'Aomine vous surprendra.
Et je reconnais que si la deuxième scène ne fait pas progresser terriblement l'histoire... j'ai adoré l'écrire :-) Parce que le personnage de Takao est vraiment un de mes préférés. Et moi aussi, je suis scorpion :-)
Bonne lecture.
Appartement d'Akiko et Ryota Kise
- Lâche-moi !
La main emprisonnée dans la poigne de fer d'Aomine, Akiko n'a eu d'autre choix de courir derrière lui à travers les rues de Tokyo jusqu'à ce qu'ils arrivent devant son appartement.
- Idiote, dit Aomine alors qu'il la lâche enfin devant la porte de son propre appartement.
- Se faire traiter d'idiote par Aomine, il y avait de quoi en clouer plus d'un sur place et Akiko le dévisage incrédule.
- T'es une joueuse de go, le genre à planifier quinze coups à l'avance tout ce que tu fais. Et là, tu peux me dire quel plan t'avais en tête. Te pointer en pleine nuit chez tes parents pour te confronter à ton père sans avoir au moins un atout dans ta manche. J'ai vu ton père qu'une fois et j'ai pas besoin d'y réfléchir à deux fois pour savoir que tu vas te faire avoir en moins de temps qu'il m'en faut pour mettre un panier, gamine.
Akiko tremble de colère, de fatigue, de nervosité. De honte… Elle n'en sait rien mais elle tremble tant qu'elle en fait tomber ses clés qu'Aomine ramasse d'une main avant de les lui tendre d'un geste brusque.
Alors qu'elle ouvre la porte, elle sursaute lorsqu'il s'invite sans un mot à l'intérieur…
- Tu penses faire quoi là, idiot !
- On a une conversation à finir gamine, maintenant tu vas me dire pourquoi « je parle sans savoir ».
Quelques minutes plus tard, les mains crispées sur une tasse fumante, Akiko lève les yeux vers Aomine qui ne lui laisse plus le choix. Elle allait devoir s'expliquer et à cet instant, elle aurait voulu se fondre dans son propre canapé.
- Je devais avoir trois ans quand mon père m'a mis une pierre de go dans les mains la première fois et déjà Ryota jouait plutôt bien. Et ils nous disaient que le go était la seule chose qui nous sauverait.
Aomine est à deux doigts de l'interrompre mais se reprend au dernier moment.
- Moi, j'ai aimé ce jeu dès la première minute mais pas Ryota. Il jouait aussi bien que moi mais son jeu a toujours été mécanique. Lorsqu'il a passé le concours d'entrée à l'école de go, il l'a bien sûr réussi.
Aomine ne peut s'empêcher d'hausser les épaules devant l'évidence qui n'en était pas une. Les deux Kise partagent bien cette singulière arrogance qui a le don de lui taper sur les nerfs.
- Mais il ne se voyait pas faire du go toute sa vie et il a menti en disant qu'il avait échoué.
Akiko serre un peu plus son emprise sur sa tasse.
- Je suis désolée Aomine, mais ce n'est pas à moi d'en parler, dit-elle en baissant la tête.
Aomine s'énerve :
- Alors faut pas lancer des trucs comme « tu parles sans savoir » gamine ! J'ai toujours cru que t'étais quelqu'un de courageux et de fier en te voyant jouer tes parties auxquelles je ne comprends rien parce que t'as le même regard que ton frère face à moi. Mais tu savais et t'as rien dit, t'as laissé ton frère souffrir devant tes yeux et t'as rien fait, martèle-t-il en colère.
Les yeux révulsés, Akiko relève la tête en proie à une colère effroyable.
- Ta lâcheté me fait vomir, gamine ! continue Aomine d'une voix tranchante.
- C'en est trop pour Akiko qui craque en posant son poing fermé sur la chemise d'Aomine, autant pour le maintenir à distance que pour garder au plus près.
- Tu veux savoir ? dit-elle en affrontant froidement son regard. Tu veux vraiment savoir ? Ce jour-là, il l'a frappé ! Encore et encore ! J'ai regardé et là aussi je n'ai rien fait ! Alors oui, je suis lâche et tu n'as pas idée à quel point.
Et tu avais huit ans, pense Aomine et à cet instant, il sait qu'elle n'est pas prête à accepter cette simple vérité.
- Père lui a dit que le go était la seule chose qui empêcherait le cycle de se renouveler et l'amertume de tout recouvrir de son voile gris. Que tout se passerait comme pour lui, encore et encore. Je ne comprenais pas, je ne pouvais pas comprendre et tout a commencé.
Akiko le lâche enfin en baissant les yeux :
- Ryota se lançait un défi, joignait un club, se donnait à fond et deux semaines après, il dépassait tout le monde, se faisait haïr par tous et passait au suivant. Au début, on en rigolait un peu bêtement. Je venais de rentrer à l'école de go et on prenait un peu de haut tous ceux que Ryota finissait par écraser. Puis les mois et les années se sont succédées et le cycle continuait, sans jamais faillir. On continuait à en rire mais avec le temps, les rires se faisaient amers. Père n'a jamais retouché Ryota parce qu'il ne faisait simplement plus attention à lui. Leurs seuls contacts étaient si froids et blessants que lorsqu'il a mis toutes ses payes de côté pour prendre un appartement, père l'a laissé faire sans même un haussement d'épaule. Et lorsque Ryota a demandé que je l'accompagne parce que son appartement était entre mon école de go et Teiko, mon père s'est insurgé comme jamais. Il était devenu fou. Comme la dernière fois. Et cette fois, je ne pouvais pas le laisser faire et je me suis interposée.
Akiko détourne les yeux nerveusement, perdue dans ses souvenirs :
- Père nous a finalement laissé faire. Ryota entrait en deuxième année à Teiko et moi, j'étais à deux doigts de passer pro lorsqu'il est tombé sur toi. Il ne fallait pas moins d'un miracle pour qu'il rencontre non pas une mais cinq personnes qui soient non seulement extraordinaires mais si fortes que même lui ne pouvait que lever les yeux vers vous. Et pour la première fois de sa vie, Ryota avait enfin un challenge à sa hauteur et...
Elle hésite une seconde un peu gênée :
- J'étais jalouse, je l'avoue. A l'école de go, je n'avais que des adversaires, toute notre vie, Ryota et moi n'avions pu compter que l'un sur l'autre. Du jour au lendemain, vous occupiez toutes ses conversations, toutes ses pensées. Et Ryota s'était remis à sourire, vraiment sourire. Et comme une idiote, j'ai débarqué à votre club pour défier Akashi !
Aomine s'en souvient avec un petit sourire :
- Une vraie furie, dit-il, j'avais rarement vu notre capitaine aussi décontenancé.
- Oui, j'étais qu'une sale gamine et au lieu de m'en vouloir, vous m'avez acceptée.
- Ben, faut avouer que tu nous faisais un peu peur, s'amuse Aomine.
Le regard en coin que lui lance Akiko est plus rassurant que tout ce qu'elle aurait pu lui dire.
- Dès qu'on touche à ton frère, tu bondis, dit Aomine.
Akiko fait une petite moue gênée en posant sa tasse devenue froide sur la table, le temps avait filé si vite.
- Mais tout ça ne me dit pas ce que ton père a bien pu dire à Kise pour le mettre dans un tel état, dit Aomine.
- C'est bien pour ça que je dois voir mon père au plus vite, dit Akiko. Je dois…
- On va faire ça gamine, mais pas n'importe comment.
- Et comment on va faire ça ?
Aomine sort son portable et regrette déjà ce qu'il s'apprête à faire. Il le lui fera payer, ça c'est sûr.
- Je sais pas comment, dit-il en pianotant rapidement sur le clavier.
En soupirant, il presse la touche verte et attend la tonalité :
- Mais s'il y a quelqu'un qui sait comment, c'est lui…
Aomine prend une longue respiration.
- Yo Imayoshi ?
Maison des Midorima
Le lendemain
Takao range le rickshaw sur le côté de la route. Mon dieu qu'il déteste cet engin de torture et combien de fois peut-on humainement perdre au chifoumi. Il aurait dû sentir venir le piège quand Midorima lui avait proposé de désigner le conducteur de cette manière. Jamais encore il n'avait battu l'as de Shutoku à ce simple jeu de gosses !
Mais il est là pour faire amende honorable et ce n'est pas le moment de discuter les prérequis de leur relation si particulière pense-t-il alors qu'il soupèse d'un geste expert la petite chouette aux yeux verts qu'il tient dans sa paume. Au moins cette fois l'objet du jour est léger et les cancers sont plutôt bien placés dans l'ordre cosmique auquel Midorima accorde tant d'importance.
Bien placés mais pas aussi bien placés que les scorpions, pense-t-il avec un petit sourire idiot.
Une bravade bien inutile pour masquer sa nervosité.
Depuis l'entraînement d'hier… Non, Takao réfléchit. Depuis la partie de go qu'ils avaient vu à la place de l'entraînement suivi du face à face pour le moins étrange avec Kise, quelque chose en lien avec les Kise perturbe Midorima.
Et au lieu d'être là pour lui, au lieu de tenter de comprendre ce qui pouvait suffisamment décontenancer son équipier au point de presque en louper ses paniers, il avait joué la seule carte qu'il avait jamais eue dans sa main.
Un grand sourire ironique et une curiosité sans faille.
Comme toujours.
Il se souvient du premier jour où il avait compris qu'il ferait équipe avec celui qu'il s'était juré de battre un jour. L'humiliation qu'il avait vécu sur le parquet le jour où son équipe avait affronté Teiko n'avait d'égale que celle qu'il avait ressentie le jour où il avait compris que Midorima ne se souvenait ni de son équipe, ni du match qui avait failli le faire arrêter le basket.
Et à cet instant, il avait hait les Dieux du basket de s'être ainsi joué de lui.
Il avait décidé de se mesurer à lui, équipier ou non. Et tous les soirs après l'entraînement, il restait là à enchaîner panier et dribbles. Mais jamais, il n'était seul. Non, Midorima était toujours là, tirant ballon après ballon dans un mouvement si parfait qu'il se demandait bien en quoi son entraînement pouvait bien améliorer quoi que ce soit.
Puis, il l'avait vu repousser une à une ses limites. Reculant un peu plus chaque soir les frontières de ses tirs incroyables, allant jusqu'à assurer tous ses paniers à l'autre bout du terrain.
Il faisait preuve d'une telle détermination, d'une telle volonté qu'il n'arrivait plus vraiment à le haïr. Et c'est là que cet étrange lien s'était noué entre eux.
Il traînait toujours dans son ombre, l'appelant Shin chan avec enthousiasme, l'aidant peu à peu à se faire accepter de ses nouveaux équipiers. Et de son côté, Midorima le tolérait tant qu'il faisait ses courses idiotes et qu'il s'occupait du transport.
Ça tient plus d'un contrat entre parties plus ou moins consentantes qu'au lien qu'il a avec ses anciens équipiers de la génération miracle.
Et même s'il ne le dira jamais, il en ressent une once de jalousie qui ne lui ressemble pas.
Une pointe noire et sombre dans son cœur qui l'irrite au plus haut point lorsqu'il voit sans y croire Kise sortir de la maison des Midorima, accompagné de son Shin chan.
Il n'a même pas besoin de se cacher pour assister à la scène, il est tout simplement transparent aux yeux des deux anciens équipiers.
Sur le pas de la porte Kise pose une main sur l'épaule de Midorima qui ne proteste pas et le remercie simplement. Il n'avait jamais imaginé Midorima accepter aussi simplement un contact physique avec qui que ce soit. L'idée de faire une blague de mauvais goût le transperce mais il se retient. Il sait qu'il ne pourrait pas cacher dans ses mots l'amertume qu'il ressent à voir le lien qui unit les deux anciens équipiers, un lien qu'il ne partagerait jamais avec Midorima.
Mais il n'est pas non plus du genre à se laisser happer trop longtemps par ses pensées sombres. Accepter les choses telles qu'elles sont plutôt que de perdre son temps sur ce qu'elles pourraient être est la seule règle qu'il ne s'est jamais imposée
Et il se reprend bien vite alors que Kise part de son côté.
- Shin chan ! dit-il en tendant la petite chouette aux yeux verts comme une offrande de paix.
Le regard de Midorima se pose sur lui et il soupire en prenant son porte bonheur du jour.
- Les cancers sont bien placés aujourd'hui, dit-il.
- Oui, c'est vrai, dit Midorima. Ils sont justes en dessous des scorpions…
Et à cet instant, Takao se dit que si c'est ça un jour de chance, il commence plutôt mal.
- Entre, dit-il en s'écartant.
Avec précaution, il pénètre dans la maison, une rupture singulière dans leur routine matinale pense-t-il lorsque Midorima lui propose un thé.
- Je suis plutôt café, dit-il machinalement.
Et il regrette dans la seconde d'avoir osé faire le difficile alors que c'est bien la première fois que Midorima lui offre quoi que ce soit. Même si c'est une tasse de thé, c'est déjà quelque chose.
Il lui sert tout de même un café qu'il pose sur un coin de la table de la cuisine avant de se servir lui-même un thé.
- Je pense que tu as compris de toi-même, dit Midorima, que Kise et sa sœur traversent une période difficile J'avoue que je ne comprends pas vraiment la situation ni même ce que je pourrais bien faire pour les aider mais je n'ai pas suffisamment d'amis pour ne pas me permettre de faire quelques efforts de temps en temps, dit-il.
Midorima repousse sa tasse de thé à peine entamée :
- On va finir par être en retard Takao.
La faute à qui, pense Takao avec ironie.
Mais cette fois, il tient sa langue et se dirige vers le rickshaw en soupirant. Pas besoin de jouer le rôle de conducteur aujourd'hui, il avait toujours perdu de toute façon.
Mais Midorima ne semble pas du même avis et prend la route du lycée, à pied. Hésitant une seconde, il lui emboîte le pas. Il avait de toute façon toujours pensé qu'à pied, ils ne mettraient pas beaucoup plus de temps pour aller en cours qu'avec ce terrible engin qui leur sert habituellement de transport.
- Mon père organise un repas vendredi soir, dit Midorima, pour la partie d'Akiko.
- Oh…
- T'es le bienvenue bien sûr.
Takao n'est pas sûr d'avoir bien entendu. Il s'était déjà invité plus d'une fois à la table des Midorima avec quelques sourires et l'aide de la propre mère de Midorima. Mais jamais encore, il n'avait été officiellement invité. Encore moins par Shin chan.
- Ca veut dire que tu ne m'en veux plus Shin chan ? demande-t-il presque étonné de son audace.
- Tu n'es pas attentif Takao.
- Hein…
- Je n'ai pas suffisamment d'amis pour ne pas me permettre de faire quelques efforts de temps en temps.
C'est définitivement un jour de chance pour les scorpions.
