Bonjour,
L'implication d'Imayoshi... Et lui aussi il est surpris de se retrouver dans cette histoire :-)
Bonne lecture.
Lycée de Tôô
Terrain d'entraînement
Le capitaine de l'équipe de Tôô repousse lentement ses lunettes sur son nez avec son petit sourire indéchiffrable habituel. A vrai dire il bénit ses années d'expérience pour dissimuler ses émotions parce qu'à cet instant dire qu'il avait été surpris par l'appel d'Aomine est très en dessous de la vérité. Mais alors très très en dessous.
Sur une échelle de un à dix, il est au moins à onze.
Déjà Aomine l'avait appelé. Une heure avant, il aurait dit que c'était impossible. Puis Aomine avait besoin de son aide et de ses talents pour une situation dont il ne pouvait pas parler au téléphone. C'étaient pas ses talents au basket dont il avait besoin, ça c'était établi…
Aomine avait besoin de lui.
Dans sa liste des choses improbables, c'est quelque part entre un Wakamatsu muet comme une carpe et Sakurai capable de jouer sans jamais s'excuser pendant tout un match.
Définitivement improbable.
Et pourtant.
D'un autre côté, depuis leur défaite face à Seirin, Aomine avait changé. Vraiment. Déjà il vient aux entraînements. Et force est de constater que s'il ne se donne pas à fond parce que personne ne peut vraiment se mesurer à lui dans l'équipe, il a vraiment envie de jouer. Tôô ne se mettrait jamais à jouer collectif mais ils commencent à devenir une équipe.
Un groupe qui se soude autour d'une seule et unique vérité.
Aomine est le meilleur.
La défaite face à Seirin n'avait pas ébranlé cette certitude. Seirin avait dévoilé toutes ses cartes dans la bataille et il ne voit pas par quel miracle ils pourraient gagner une seconde fois contre eux.
Et cette défaite avait été plus que salutaire pour l'équipe. Aomine avait enfin trouvé un adversaire à sa taille. Il n'aurait juste jamais cru que ce soit ce petit passeur au regard impassible. Parce que Kagami était peut-être celui qui faisait face à Aomine, celui qui tire les ficelles, c'est Kuroko. Son ancienne ombre. Il avait joué comme si sa vie en dépendait. Il avait tout risqué. Et même s'il ne l'admettrait jamais à haute voix, il le respecte pour ça.
L'entraînement allait se terminer lorsqu'il remarque une fille s'approcher.
Non pas une fille, pense-t-il avec surprise, Kise avec une jupe…
- Kise ! dit Aomine avec un vague geste de la main en guise de salut.
Aomine lance nonchalamment son dernier ballon dans un dernier tir improvisé dont il a le secret. Mais le ballon rebondit contre l'arceau. Aomine s'élance alors à une vitesse incroyable, saute et termine l'action dans un dunk puissant.
Et à cet instant, Imayoshi ne sait pas ce qui le surprend le plus, le fait qu'Aomine ait raté son tir ou le fait qu'une version féminine de Kise, sa sœur apparemment le regarde et qu'elle porte l'uniforme de Tôô.
Maji Burger
Quelques minutes plus tard
Imayoshi avait suivi en silence Aomine et la sœur de Kise pour être ensuite rejoint par rien de moins que l'as de Shutoku, Midorima. C'était quoi, une réunion des anciens de Teiko ou quoi ?
- Bon mon cher kouhai, je commence à être vraiment curieux. Quels sont donc mes dons qui vous serez utiles ?
Il est clair que l'as de Shutoku est contrarié de sa présence et se pose sans même s'en rendre compte entre la sœur de Kise et lui. Un vrai chevalier servant, pense-t-il avec un petit sourire ironique, et une vérité qu'il n'est pas prêt à accepter. Une arme qu'il garde précieusement en réserve pour plus tard.
- Tu crois que c'est vraiment prudent de lui parler à lui ?
C'est toujours agréable quand on parle de vous comme si vous n'étiez pas dans la pièce, pense avec ironie Imayoshi.
- Il ne lui a pas fallu plus d'une minute pour comprendre comment je fonctionnais, dit Aomine.
- C'est vrai, c'est tellement dur de rentrer dans ta tête, dit Midorima incisif.
- Tu veux qu'on fasse un test sur toi, rétorque sèchement Aomine.
Midorima recule instinctivement, presque effrayé par la perspective et le sourire d'Imayoshi s'agrandit un peu plus.
- Et tu crois qu'il va nous aider uniquement parce que tu lui demandes ?
- T'inquiètes, s'il nous aide, quoi qu'il me demande en retour, je l'accepterai, dit Aomine.
Et il voit Midorima et Akiko a deux doigts de tomber de leur chaise en entendant les propos plus que généreux d'Aomine.
Alors là, il est vraiment curieux.
- Tout ce que je pourrais demander, dit Imayoshi avec un sourire qui aurait glacé le sang des plus braves.
Mais Aomine ne détourne pas le regard, loin de là.
- Tant que vous ne me dites pas clairement ce que vous attendez de moi, j'avoue que je commence à imaginer des choses plus extravagantes les unes que les autres.
Midorima finit par capituler et se met en retrait. Mais il veille sur la sœur de Kise en dardant son regard vert et hostile sur lui.
Et Akiko se met à parler. Elle en dit peu mais c'est déjà trop. Il comprend sans peine dans les regards, les demi-mots, les soupirs la situation. Il la comprend parfaitement.
Un peu trop parfaitement.
Jamais il n'aurait pu deviner que Kise et sa sœur avaient vécu ça.
Il crispe son poing nerveusement une demi-seconde. Et il sait une chose à cet instant, Aomine s'est trompé.
Akiko n'a pas fini de parler mais il en sait déjà assez et l'interrompt d'un geste.
- J'en ai assez entendu, dit-il. Mais tu me surestimes en pensant que je peux t'aider.
- Tu rigoles ! s'exclame Aomine. Tu rentres dans la tête des gens plus facilement que n'importe qui.
- C'est sérieux, là Aomine. C'est pas un jeu.
- Imayoshi ! Je sais bien que j'ai pas le droit de te demander quoi que ce soit pour moi. Mais je te demande ton aide pas pour moi mais pour un ami.
- Et si tu crois me surprendre, tu te trompes. J'ai toujours su que tu avais ce côté-là en toi.
- Tu ne vas pas nous laisser en plan comme ça ! Pas après…
Merde ! Imayoshi se mord les lèvres, sachant déjà qu'il était en perdre le contrôle de ses propres mots.
- Je peux quand même vous dire trois choses, dit-il en capitulant bien malgré lui. Premièrement, quand on a affaire a quelqu'un qui a subit ce genre de violences…
Akiko avait été vague sur le sujet mais ce n'est vraiment pas dur de connecter les liens.
- … qu'elles soient psychologiques ou physiques, vous ne pouvez pas raisonner normalement. Parce que la logique de ceux qui ont subis ça toute leur enfance a depuis longtemps a été pervertie d'une façon que vous ne pouvez imaginer si vous ne l'avez pas vécue. Il y a de fortes chances que lorsque vous apprendrez ce qu'a dit votre père, dit-il en regardant Akiko, non seulement vous ne le compreniez pas mais cela vous paraissent fou. Alors essayez de réparer les dégâts de quelque chose que l'on trouve sans fondements, ça demande un temps et une énergie infinie. Et encore plus de patience.
Tous l'écoutent maintenant avec une attention dont il se serait bien passé.
- Deuxièmement, continue-t-il, je ne connais que trois façons de survivre à ce genre de situation quand on est un gosse. On peut soit faire comme vous, dit-il en regardant Akiko. Plier. C'est le moins dangereux, du moins physiquement. Mais à terme, cela rend faible et lâche.
Akiko baisse les yeux. C'est bien ce qu'il avait cru déceler en elle. Elle n'était pas faible ni lâche cette fille bien au contraire. Mais son père l'en avait persuadé. Depuis toujours. Et il faut rien de moins qu'une épiphanie pour persuader quelqu'un qu'une chose à laquelle on croit, est fausse.
- Vous avez eu la chance d'échapper à l'influence de votre père assez tôt et vous en êtes loin. Le deuxième choix, c'est d'affronter les choses face à face. C'est sûrement la pire des solutions puisqu'un enfant ne sera jamais de taille face à un adulte, il ne peut gagner sur aucun tableau et c'est même souvent dangereux physiquement pour lui.
Akiko tressaute nerveusement. Il avait touché juste.
- Et enfin, quelle que soit la façon dont on survit à ce genre de comportement, il y a une peur commune à tous ceux qui ont vécu ça. Une peur à laquelle vous avez échappée, dit-il à Akiko, car votre père a réussi à vous inculquer le fait que le go vous sauverait. La peur de devenir à son tour celui que l'on a haï toute son enfance.
Imayoshi replace nerveusement ses lunettes.
- En fait, il n'est pas si compliqué à comprendre ce que votre père a dû dire à votre frère.
Tous se taisent en attendant sa réponse.
- Il a peur de devenir comme son père et de blesser la seule personne qui compte à ses yeux. Et cette personne, je n'ai pas besoin d'en savoir plus pour me rendre compte que c'est vous, dit-il en regardant Akiko.
Le regard de la sœur de Kise se fige et elle est à deux doigts de prendre la parole :
- Et si vous vous apprêtez à dire que c'est complètement fou, c'est que vous n'avez pas écouté ma prémisse, dit-il en se levant pour prendre congé.
Il n'a pas fait un pas que Midorima l'arrête d'une question :
- Vous avez dit qu'il y avait trois façons de survivre à cette situation…
Il avait oublié d'être con ce Midorima.
Oui, il s'était maudit la seconde même où il en avait trop dit. Si Aomine avait été le seul à l'écouter, il n'aurait rien remarqué.
Une seconde, il pèse ses options.
Répondre. Ne pas répondre. Mentir ?
- La troisième façon d'y survivre, c'est la seule qui marche vraiment. Il suffit d'apprendre à décrypter au plus vite ce qu'il se passe dans la tête des autres et de ne jamais montrer aucune faiblesse, dit-il avec son petit sourire habituel.
Avant de sortir, il ajoute :
- T'as intérêt à te pointer à l'entraînement, Aomine.
Le soir même
Appartement d'Akiko et Ryota
Akiko tente bien de s'intéresser au livre de go qu'elle tient du bout des doigts sans vraiment y arriver. La seule chose à laquelle son esprit s'attachait c'est la pendule qui égrène les minutes lentement. Trop lentement.
Pourtant il se fait déjà tard et Ryota n'est toujours pas rentré.
Lorsqu'enfin la porte s'ouvre. Presque timidement.
Ryota passe la porte.
Le cœur d'Akiko se sert à cette même seconde où elle croise son regard si terne.
Akiko se souvient de ce qu'Imayoshi avait dit. Même si ça paraissait aberrant, même si elle ne pouvait ni le croire, ni le comprendre, Ryota avait peur de la blesser elle.
Elle se lève et avale la distance en quelque pas entre eux.
Elle n'avait qu'une envie, celle de s'excuser, de lui demander pardon. De pleurer son angoisse sur son épaule. Mais elle s'y refuse.
- Je suis tellement contente que tu sois rentré, dit-elle en le serrant dans ses bras tout en se forçant à sourire pour ne pas pleurer.
Lycée de Tôô
Terrain d'entraînement
Le lendemain
Imayoshi regarde Aomine s'élancer sur toutes les balles avec plus d'énergie qu'il en avait eue pendant bien des matchs officiels.
Lui par contre n'avait pas dormi de la nuit.
Leur conversation d'hier tournait en boucle dans sa tête et il avait commencé à réfléchir. Vraiment réfléchir. Il avait même pris le temps de regarder la dernière partie de la sœur de Kise.
Et en voyant le comportement de Mr Kise, il avait eu un déclic.
Tout commençait à prendre place dans sa tête, lentement mais sûrement.
C'est risqué. Les chances de réussites terriblement minces. Mais avoir une seule chance d'y arriver dans ce genre de situation, c'est déjà beaucoup.
Merde, il est déjà trop impliqué pour ne pas se lancer.
L'entraînement est déjà fini et tous s'apprêtent à rejoindre les vestiaires lorsqu'il se lance :
- Aomine ?
Il se tourne vers lui visiblement surpris et encore un peu gêné de leur conversation d'hier.
- Imayoshi, je …
Imayoshi l'arrête d'un geste. Il n'a pas envie d'entendre la suite.
- Ramène ton pote ce soir à la salle du club. A 20h.
Salle du club de Tôô
20h00
Imayoshi promène un regard froid sur les deux anciens équipiers, l'as de Shutoku qui se méfie toujours autant de lui et Aomine qui le regarde comme s'il pouvait attendre un miracle de sa part.
- J'ai une question pour vous, dit-il en regardant Aomine et Midorima. Et je veux que vous y réfléchissiez sérieusement avant de me donner une réponse.
Des acquiescements tacites lui font face.
- Jusqu'où êtes-vous prêts à aller pour le sauver de lui-même ?
- Je croyais avoir été clair, dit Aomine énervé de devoir se répéter. Je suis prêt à accepter tout ce que tu me demanderas si tu veux nous aider.
Midorima ne dit rien mais sa détermination est aussi grande que celle qu'il pourrait afficher pour un match important.
- Je ne parle d'une demande idiote que je pourrais vous faire mais de ce que vous seriez prêts à faire. Je parle de me faire complètement confiance, d'appliquer à la lettre tout ce que je pourrais vous demandez et que vous répondiez à toutes les questions dont j'ai besoin d'avoir les réponses.
Ils s'apprêtent à répondre mais Imayoshi les interrompt :
- Parce que j'ai un plan. C'est risqué, plein de failles, on a peu de temps pour le mettre en place, et les chances de réussite sont pas bien grandes …
Pas besoin qu'ils lui répondent, ils tournent vers lui leurs espoirs avec une telle candeur qu'Imayoshi en perd ses mots.
Les fous.
- Bien, alors il faut qu'on discute. Je vais tout vous expliquer.
