Bonjour,
ce chapitre est principalement centré sur Kuroko et Kise. Et posté encore en avance car demain, je pars quelques jours en vacances... Une vraie pause sans ordi jusqu'à mercredi :-)
bonne lecture
Maison des Kuroko
Kuroko installe Kise sur son propre lit. Ses parents rentreraient tard et il a du temps pour lui remettre un peu les idées en place.
Il est en état de choc.
Et c'est pour le moins compréhensible.
- Kise kun ? dit-il de sa voix la plus douce.
Sa respiration s'accélère un peu alors qu'il lève un regard hagard vers lui et le cœur de Kuroko se serre un peu plus.
Au coup de fil d'Aomine, il avait compris qu'il avait commencé à mettre quelque chose en place. Et lorsqu'il avait vu Aomine et Midorima à la partie d'Akiko, les pièces du puzzle avaient commencées à se mettre en place.
Le plan d'Imayoshi l'avait bien aidé.
Le lien naissant entre Midorima et Akiko que la caméra avait laissé deviner avait forcé le père des Kise à agir.
Ce grand malade voulait posséder ses enfants.
Pas seulement Akiko. Ryota aussi.
Et les séparer était la première étape dans son plan.
Il devait leur faire croire qu'ils étaient semblables à lui, qu'ils finiraient par se détruire lorsque l'intérêt de Ryota pour le basket se serait évanoui. Parce qu'il les avait tous copié parfaitement sauf lui et qu'il en était proche, vraiment proche.
Est-ce que le seul intérêt pour le basket de Ryota est uniquement tourné vers la maîtrise de ses copies ? Il ne peut se résoudre à y croire. Mais si c'était vrai, il se sent prêt à inventer tellement de nouvelles techniques que jamais au grand jamais Kise ne pourrait dire qu'il l'avait complètement copié.
- Kise kun ? dit-il en s'approchant doucement du grand blond qui ne réagit toujours pas à sa présence.
Il avait toujours su.
Dès les premiers jours, il avait compris que les grands sourires et le comportement exubérant cachaient le vrai Kise. Celui qui regardait avec envie son amitié avec Aomine, celui qui avait désespérément envie d'être apprécié, de faire partie de l'équipe.
D'être accepté.
Et avec le temps, la façade avait commencé à devenir plus qu'une illusion mais un but.
Il avait envie de devenir ce joueur joyeux, insouciant au sourire facile.
Il y avait mis toute son énergie, toute sa volonté. Et lorsqu'ils s'étaient tous mis à changer, Kuroko sait qu'il était devenu trop tourné vers ses propres tourments pour se rendre compte que le monde si fragile que Kise s'était construit s'était détruit, ne laissant que l'amertume d'un espoir brisé.
Il était aussi coupable qu'Aomine dans cette histoire.
Il avait fait à Kise exactement la même chose qu'Aomine lui avait faite à lui.
Tremblant sous l'assaut d'une culpabilité noire, il se rapproche un peu plus de Kise et cette fois, c'est lui qui l'entoure de ses bras, le pressant contre son torse fébrilement.
- Kise kun.
Il ne réagit pas tout de suite avant de répondre à son étreinte avec un tel désespoir qu'il lui coupe le souffle en s'agrippant à lui comme s'il avait peur qu'il s'évanouisse dans les airs.
- Pardon, Kise kun.
Kuroko sent les spasmes des sanglots silencieux secouer le corps de Kise et il passe doucement sa main dans ses cheveux pour tenter de le calmer.
- J'ai toujours su, Kise kun. Et je suis tellement désolé.
Au bout de longues minutes, les sanglots silencieux finissent par s'éteindre lentement. Kise ne desserre pas pour autant ses bras et Kuroko comprend que c'est la honte qui l'empêche de se détacher de lui et d'affronter son regard.
Et à cet instant, il est loin d'imaginer que cette honte, il la partage.
- Je savais Kise kun et je n'ai rien fait.
Lentement, Kise détache ses bras de Kuroko pour lui faire face, passant vite une main sur ses yeux rougis pour en balayer les larmes qui perlent sur ses joues.
- Comment ça tu savais ?
- Que tu te cachais derrière un masque et que tu cherchais désespérément à devenir celui que tu nous montrais. Et je te l'ai déjà dit, je crois que nous sommes tous quelque part entre ce qu'il y a ici, dit-il en posant sa main sur son cœur, et ce que nous choisissons de montrer.
Kise regarde incrédule Kuroko.
- Quand les choses ont commencées à changer à Teiko, j'étais déjà trop perdu pour me rendre compte à quel point ce monde si fragile que tu t'étais construit s'était effondré. Et quand j'ai commencé à prendre conscience de ce que je t'avais fait…
- Comme si tu m'avais fait quoi que ce soit Kuroko.
- Je savais, Kise kun. Et j'étais trop aveuglé par ma propre douleur pour faire quoi que ce soit. J'étais…
- Arrête. Tu savais et tu m'acceptais. C'est plus que j'étais en droit d'attendre.
Kuroko ne peut s'empêcher de le prendre à nouveau dans ses bras avec un grand sourire en pensant que pour une fois, la situation était inversée.
Idiot !
J'étais prêt à tout pour retrouver mon rival.
Kuroko avait depuis longtemps relâché son étreinte mais Kise ne semblait pas vouloir le voir partir lorsqu'il entend le bruit de la porte qui s'ouvre. Ses parents sont enfin rentrés. Kuroko repousse lentement Kise qui continue à baisser les yeux.
- Kise kun, ne bouge pas.
Kise hoche la tête pour montrer qu'il a compris tout en restant sur son lit. Kuroko se dépêche d'aller accueillir ses parents et Kise n'entend que quelques mots de l'échange entre Kuroko et ses parents.
Kise kun
Problèmes
chambre d'amis…
Le corps de Kise se fige. La présence de Kuroko est la seule chose qui lui permet d'apaiser ne serait-ce qu'une seconde la souffrance lancinante qui lui déchire le cœur.
Lentement, comme pour ne pas l'effrayer, la porte s'ouvre et Kuroko voit Kise baisser les yeux. Il fait quelques pas et s'accroupit devant Kise pour capter son regard tourné vers le sol et le forcer lentement à relever la tête.
- Kise kun, je vais mettre un futon à côté de mon lit et dormir juste à côté.
Kise affiche enfin un petit sourire soulagé et Kuroko n'est presque pas surpris de voir Kise l'entourer à nouveau de ses bras mais sursaute lorsqu'il l'entraîne doucement mais sûrement sur son propre lit.
- Kise kun ?
Sans un mot, Kise se place dans son dos, l'entourant de ses bras, cale sa tête juste au-dessus de la sienne et ne met pas si longtemps à s'endormir.
Kuroko soupire en ayant la désagréable impression d'avoir pris la place d'un ours en peluche dans la tête de son rival et tente de se dégager un peu. Une tentative que Kise balaye d'un geste en raffermissant encore un peu plus son emprise sur lui.
Soudain une évidence aussi grande que gênante coupe le souffle de Kuroko.
Kise avait été élevé avec l'idée que la possession et l'amour étaient la même chose. Les conséquences du jour où il avait affirmé à tous qu'il considérait Kise comme son rival n'étaient peut-être pas celles qu'il aurait cru obtenir.
Et alors que Kise endormi continue à le serrer contre lui, il se dit qu'il allait devoir sérieusement rétablir un semblant d'ordre dans la tête encombrée de son rival.
Et lorsqu'il commence à s'endormir, son esprit dérive dans les brumes cotonneuses qui précèdent le sommeil, il se pelotonne dans la chaleur de Kise et sent un sourire idiot fleurir sur ses lèvres.
Et il s'endort avec cette question dans la tête.
Qui allait mettre un peu d'ordre dans sa tête à lui ?
Le matin suivant
Un peu trop tôt…
Dans la cuisine des Kuroko, Kise a bien du mal à garder les yeux ouverts. Le réveil avait été difficile et Kuroko était encore entre ses bras quand il avait ouvert les yeux.
Il en avait ressenti une plénitude déroutante.
Pour la première fois depuis longtemps, il avait dormi sans sombrer dans un de ses cauchemars récurrents, sans se perdre dans une de ces nuits sans repos qu'il abhorrait.
La présence de Kuroko avait fait fuir ses ténèbres quotidiennes et il est en train de peser les pour et les contre sur le ridicule qu'il aurait à affronter s'il lui demandait de passer les prochaines nuits avec lui juste pour pouvoir continuer à dormir aussi sereinement.
Parce ce que Kuroko est son ami, son rival, son dernier lien avec le basket, son unique rempart contre la folie qui le guette à chaque seconde qu'il passe à penser à son père.
Parce que Kuroko est à lui.
Le cœur de Kise s'accélère aussi brusquement lorsqu'il réalise à quel point il sentait possessif envers Kuroko. Il l'avait toujours été mais jamais à ce point.
Et il sursaute en voyant un thé fumant apparaître devant ses yeux comme par magie. Reconnaissant, il le prend d'une main pensant qu'il était affamé car il n'avait presque rien mangé hier et cette fois ce sont des toasts appétissants qui arrivent devant ses yeux.
Il relève la tête et son cœur manque de s'arrêter lorsqu'il tombe sur le sourire confondant d'une femme qui ressemble tant à Kuroko qu'il ne faut que peu de temps malgré son esprit embrumé pour comprendre qu'il s'agit de la mère de Kuroko.
Il se souvient soudain que Kuroko avait un jour dit qu'il tenait son don de sa mère.
Et il se rend compte que c'était bien sûr sa mère qui avait devancé ses attentes en présentant devant lui une tasse de thé et des toasts.
- Mangez Kise kun.
- Merci Kuroko san.
Il ne la remercie pas pour le petit déjeuner mais tant de choses. D'avoir élevé un fils incroyable qui avait su lire en lui et qui l'avait quand même accepté, qui l'avait défendu contre son propre père et qui l'avait pris sous son aile quand il en avait eu le plus besoin.
Au sourire fier et discret qui illumine le visage de la mère de Kuroko, il sait qu'il n'a pas hérité que de son don pour devenir invisible. Elle lit en lui aussi facilement que son fils.
- Cela prendra sûrement du temps…
Elle passe sa main dans ses cheveux avec la tendresse que seule une mère pouvait mettre dans ce simple geste et Kise se sent à la fois complètement perdu et apaisé par ce simple contact chaleureux.
- … mais tout ira de mieux en mieux.
Ce n'est qu'après le départ des parents de Kuroko que Kise se rend compte de l'heure. Parce qu'il voulait appeler sa sœur mais qu'il était encore beaucoup trop tôt pour le faire.
6h23
Encore assis à la table de la cuisine, Kuroko à sa droite, il se retourne vers lui pour lui demander :
- Kuroko ? Pourquoi on s'est levé aussi tôt ?
- Désolé Kise kun. Mes parents partent très tôt le matin et finissent souvent tard. C'est la seule façon pour moi de passer un peu de temps avec eux. A vrai dire, je ne comptais pas te réveiller.
Les yeux de Kise s'agrandissent quand il comprend ce que Kuroko essaye de lui dire. Il n'avait libéré Kuroko de son étreinte que contraint et forcé.
- Mais c'est une bonne chose, continue Kuroko qu'on ait du temps, il faut qu'on parle.
De quoi ? se demande avec une certaine appréhension Kise.
De sa dernière preuve de possessivité excessive envers Kuroko qui avait dû le mettre terriblement mal à l'aise. Son plan initial de peser les pour et contre pour lui demander de renouveler l'expérience vient de prendre un sacré coup dans l'aile…
De tout ce que Kuroko pensait lui avoir fait ?
Mon Dieu, il s'était laissé faire parce qu'il se sent encore coupable…
- Tu as raison Kuroko. Je sais que tu te sens encore coupable de ce que tu crois m'avoir fait. Mais crois-moi, tu n'as pas à te sentir coupable parce qu'il n'y a rien à pardonner.
Kuroko secoue la tête :
- Je ne veux pas te parler de ça. Non, je veux te parler de ce qu'a dit ton père hier.
A la simple mention de son père, Kise baisse les yeux.
- Dans son petit discours, il y avait trois choses, continue Kuroko. Des mensonges, quelques vérités et beaucoup de choses que tu croies vraies.
Kise relève la tête lentement.
- Alors, dit Kuroko, je vais te dire une chose, quelque chose que tu ne vas sûrement pas croire mais que je te répéterai autant de fois qu'il le faut pour que tu te rendes compte que c'est la pure vérité.
Kuroko se rapproche de Kise et plonge son regard dans le sien :
- Tu n'es pas comme ton père.
Kise se recule comme frappé de plein fouet en secouant la tête prêt à nier, prêt à lui dire qu'il n'en savait rien, qu'il…
- Tu n'es pas comme ton père.
De nouveau les rôles s'inversent et il se lève pour pouvoir prendre Kise dans ses bras qui reste figé contre lui.
- Tu n'es pas comme ton père, répète une nouvelle fois Kuroko en détachant chaque mot.
Kuroko n'a pas besoin de regarder Kise dans les yeux pour savoir qu'il ne le croit pas.
Pas encore.
Appartement d'Akiko et Kise Ryota
8h01
Akiko étend son téléphone vibrer dans un demi-sommeil. Lentement, elle écarte le bras de Shintaro qui la tient fermement contre lui et se lève pour attraper son portable.
Un instant, elle se retourne pour voir Shintaro dormir. Sans ses lunettes et avec ce petit sourire qui illumine son visage, il est si différent qu'elle-même a bien du mal à le reconnaître. Et elle découvre une chose qu'elle était loin de s'imaginer, Shintaro est vraiment beau.
A vrai dire, elle ne sait pas trop ce qu'elle ressent pour lui.
Elle sait qu'à ses côtés, elle se sent plus forte, prête à affronter tout ce qui pourrait se dresser contre elle. Qu'elle a envie de continuer à passer du temps avec lui, qu'elle aime leurs parties, qu'il avait toujours été là pour lui.
Elle avait aimé la façon dont il n'avait pas détourné les yeux alors qu'il l'avait vu à son plus bas et qu'il avait tout fait pour qu'elle relève la tête.
Et toutes ces sensations nouvelles, elle n'est pas prête à les abandonner facilement. Pour le reste, elle tenterait de mettre de l'ordre dans sa tête un peu plus tard.
Son cœur s'emballe lorsqu'elle voit que son coup de fil vient de son frère.
D'une main tremblante, elle glisse l'appareil à son oreille.
- Akiko ?
- Ryota !
Elle s'en veut de ne pas plus contrôler cette panique qu'elle ressent :
- Dis-moi que tu es encore avec Kuroko. Est-ce que ça va ?
Son frère ne répond pas. Seule sa respiration oppressée lui fait écho.
- Ryota ? Je t'en prie, dis-moi que père ne t'a pas…
- Non, la coupe-t-il comme si ce simple mot lui avait coûté toute son énergie.
- Dis-moi où t'es, je viens te chercher.
- Non.
Akiko sent son souffle se couper. Quelque chose est définitivement brisé dans la voix de son frère.
- Non, je ne vais pas bien, Akiko.
Ce simple aveu. Elle l'avait attendu, espéré. Et maintenant qu'elle l'entendait, il la terrifie au plus haut point.
- Ryota…
- J'ai besoin de temps pour remettre certaines choses en ordre et réfléchir.
- Dis-moi que tu n'es pas tout seul.
- Non, je suis avec Kuroko. Ses parents sont d'accords pour m'héberger quelque temps, je…
- Je suis soulagée !
Un long silence s'étire entre eux.
- Est-ce que je peux venir te voir ? demande Akiko avec angoisse.
- Bien sûr ! répond son frère sans même prendre le temps de réfléchir. J'ai juste besoin d'un peu de temps.
- Ryota ?
- Oui tit' sœur…
Tu me manques déjà…
- A très bientôt.
- Toi aussi tu me manques déjà, répond Kise.
Après avoir pris une longue douche, enfilé un jean et un t-shirt, Akiko sort de la salle de bain, les cheveux humides pour se rendre compte qu'on lui avait laissé un message.
Et alors qu'elle l'a encore les yeux sur son portable, elle ne voit pas que Shintaro est déjà dans la cuisine, une tasse fumante dans les mains et nombre de questions au fond des yeux.
Akiko se rend compte que le fait d'avoir dû se réveiller seul avait dû le surprendre.
Il lui tend une tasse de thé qu'elle accepte d'un sourire.
- Ryota m'a appelé ce matin, dit-elle comme une excuse.
- Il est toujours avec Kuroko ?
- Oui. Et il va rester chez lui quelque temps, dit-elle d'une voix qu'elle aurait aimé plus neutre.
- Imayoshi avait raison, dit-il. Votre père a réussi à lui…
Akiko l'arrête d'un geste de la main, elle n'est pas prête à l'entendre. Pas de la bouche de quelqu'un d'autre que son frère ou d'elle.
- Si quelqu'un est capable d'aider ton frère, c'est Kuroko, dit Midorima qui est encore sous le choc de sa confrontation avec Monsieur Kise.
C'est à lui qu'on aurait dû demander conseil, pense-t-il une goutte de sueur perlant sur sa tempe en pensant à ses derniers mots.
Kuroko, le joueur de l'ombre.
- Shintaro, dit Akiko, je crois qu'il faut qu'on parle.
Bien que nerveux, Midorima ne détourne pas les yeux.
- Tu étais vulnérable et ta journée avait été compliquée, dit-il. Je comprends que…
- Laisse-moi d'abord dire ce que j'ai à dire, l'interrompt-elle en le regardant droit dans les yeux. Ce que je fais, je l'ai fait parce que j'en avais envie, je ne me cherche aucune excuse.
Elle s'approche sans pour autant s'asseoir et pour la première fois, c'est Shintaro qui est obligé de lever les yeux vers elle.
- Je n'ai jamais supporté de montrer mes faiblesses à qui que ce soit jusqu'à hier. Et non seulement tu n'as pas cherché à détourner le regard mais tu m'as aidé à relever la tête, à affronter l'une des pires épreuves de ma vie.
- J'ai fait ce que tout le monde aurait fait.
- Non, dit Akiko. C'est faux et tu le sais très bien.
Akiko baisse les yeux une seconde :
- Ce que tu dois comprendre c'est que je ne suis pas quelqu'un de gentil ou de facile à vivre. Mais je suis honnête. Et je n'hésite jamais à dire les choses telles qu'elles sont au point que beaucoup me trouvent hautaine et insupportable. Je suis fière et j'aime les défis quels qu'ils soient. J'ai une famille compliquée. Tu connais déjà mon frère, tu as eu un petit aperçu de qui est mon père quant à ma mère…
Elle détourne de nouveau son regard une seconde :
- Ce qu'à fait ta mère pour moi hier, c'est plus que ça que ma propre mère a fait pour moi depuis que je suis née. Ryota et moi, nous étions plus ses poupées que ses enfants, toujours bien habillés, toujours souriants, toujours mignons, dit-elle écœurée. Pour ma mère, un garçon doit être sportif et une fille jolie et obéissante.
Akiko se mord les lèvres en contenant mal sa colère :
- Tu sais ce qu'elle m'a dit à la soirée de tes parents, l'unique chose qu'elle m'ait dite alors que j'étais en train de vivre la pire journée de ma vie ?!
Shintaro fait non de la tête sachant très bien que sa question n'est que pure rhétorique.
- Est-ce que tu n'aurais pas pris un peu de poids Akiko ?
Akiko tremble en se remémorant les mots de sa mère.
- La beauté, l'apparence, les gens qui ne jugent que sur ces critères si superficiels sont si faibles, dit Akiko d'une voix qui contient à peine sa rage.
Akiko prend une grande respiration pour calmer ses tremblements qui gagnent sa main. Shintaro n'a pas de mal à mesurer le dédain qu'Akiko éprouvait pour ces filles qui adulent son mannequin de frère ou tous ses garçons qui l'avaient jamais approché sans la connaître et qu'elle avait repoussé avec une constance froide.
- J'aime le go encore plus que tu aimes le basket, je suis intransigeante envers moi-même et envers les autres.
Akiko se rapproche un peu plus de Midorima qui se retient à peine de reculer sous son regard flamboyant.
- Alors pour être franche, je serai à ta place, il y a longtemps que j'aurai pris mes jambes à mon cou.
- Je n'en ai aucune envie, dit-il avec un calme qu'il est loin d'éprouver.
Akiko pose une main sur ses épaules et se penche sur lui avec un sourire insolent.
- Je suis insupportable, souffle-t-elle.
- Et je suis toujours là.
Elle prend ses lunettes d'un geste lent et Midorima pose un regard d'émeraude incertain sur le visage d'Akiko qui passe ses doigts sur sa joue :
- Et il y a des chances que si tu oses regarder une autre fille que moi ainsi, je devienne aussi jalouse.
- Je dois rajouter possessive à la liste, demande Shintaro d'un ton moqueur qui l'étonne lui-même.
Akiko s'approche un peu plus de son visage :
- Je vais rendre ta vie impossible, dit-elle sur le même ton.
- Ça ne me fait…
…pas peur.
Ses mots meurent sur les lèvres d'Akiko qui l'embrasse avec une douceur à laquelle il ne s'attendait pas.
Maji Burger
Quelques heures plus tard
Kuroko fait tourner la paille dans son milkshake à la vanille en regardant Aomine et Midorima qui le dévisagent avec un mélange de frayeur et d'incrédulité.
Il n'a pourtant pas l'air différent de d'habitude.
- Comment va Akiko ? demande-t-il à Midorima.
L'as de Shutoku s'empourpre un seconde, ce qui n'échappe à personne, avant de répondre :
- Elle attend son frère.
- Il va me falloir du temps, dit Kuroko. Mais je ne doute pas d'arriver à remettre les choses en bon ordre dans sa petite tête. Après tout, j'ai bien réussi à le faire pour chacun d'entre vous…
Aomine et Midorima se regardent un brin effrayés avec la même certitude au fond des yeux. Kuroko leur en voulait encore de l'avoir sous-estimé.
Et oui, il avait bien réussi à les sauver de l'abîme où ils sombraient un peu plus chaque jour.
- Mais j'avoue qu'Imayoshi m'a bien aidé à comprendre ce que j'avais toujours soupçonné.
- Comment tu comptes t'y prendre, demande Aomine, pour remettre Kise sur les rails?
- Et plus important encore, comment maintenir leur père hors de l'équation? ajoute Midorima qui refuse de s'exclure même verbalement des futurs plans de Kuroko.
Kuroko regarde Aomine et Midorima avec son air impassible habituel et à cet instant, ses deux anciens co-équipiers se demandent ce qui peut bien se cacher derrière ces yeux d'azur.
- Pour son père, nous avons une pièce que je n'ai pas encore jouée, dit-il. Quant à Kise, j'ai une idée à laquelle il ne pourra résister.
Il termine son milkshake, repousse sa coupe et remet sa veste avant de leur lancer :
- A laquelle aucun de vous ne pourra y résister…
Laissant Aomine et Midorima sans une réponse, Kuroko sort de son restaurant préféré en prenant son portable. Il pianote rapidement un numéro :
- Akashi kun ?
