Hello !

On se retrouve pour un OS. J'étais d'humeur assez mélancolique et d'humeur pas top lorsque je l'ai écrit, donc ce n'est pas hyper joyeux. Bon ce n'est pas non plus à faire pleurer dans les chaumières, je vous rassure. C'est aussi un peu différent de ce que j'écris habituellement (je crois).

Je le publie tard le soir. Je crois que c'est un bon moment pour le lire : tard le soir.

Bref, dites moi si vous avez apprécié. Si ça vous intéresse, je pense avoir eu l'idée en écoutant Elle pleut de Nekfeu. Voilà voilà

Bonne lecture !


Ces plaisirs violents


Jour 45

Le lever du soleil donnait une couleur chaude à la pièce claire. Les draps étaient blancs. Les murs étaient blancs. Tout était calme. Tout était paisible. La seule chose qui brisait ce silence était la voix chaude de Drago. Hermione était allongée de tout son long sur le lit deux places, nue, la tête posée sur le torse pâle du blond, le corps à moitié recouvert par les draps blancs. Ce dernier était adossé à deux coussins posés contre le mur et tenait un livre entre les doigts fins de sa main droite. Il avait ses lunettes de vue sur le nez et lisait à haute voix la pièce de théâtre.

Il jouait distraitement de sa main gauche avec les boucles brunes d'Hermione qui avait encore les yeux fermés, bercée par la voix de son compagnon. Il se demanda un moment si elle s'était rendormie, mais il n'aurait arrêté pour rien au monde sa lecture de Roméo et Juliette de Shakespeare.

Pourtant, elle ne se serait rendormie pour rien au monde : cela faisait un peu plus d'un mois que, quelques matins du mois, elle vivait des réveils tels que celui-ci. Réveils qu'elle apprenait à apprécier. Drago faisait partie des hommes qui avaient su charmer son esprit et lui lire du Shakespeare le matin dans le lit faisait partie des moyens dont il avait usé pour cela.

- Ces plaisirs violents ont des fins violentes, continua de lire Drago alors qu'Hermione relevait sa tête.

- Dans leurs excès ils meurent, tels la poudre et le feu que leurs baisers consument, compléta-t-elle avant de prendre le livre et le fermer pour le poser sur la table de chevet.

Il haussa un sourcil surpris et elle se jeta sur ses lèvres, entrelaçant leurs jambes ensemble. Drago passa une main dans les cheveux fous de Hermione pour la rapprocher de lui et se laissa consumer par le baiser.

Jour 1

Si quelques années auparavant on lui avait dit qu'il se retrouverait au restaurant un jour avec Hermione Granger, il aurait ricané. Il aurait même peut-être laisser échapper un réel rire, franc et honnête. Pourtant, Drago vingt-cinq ans, était en ce jour au restaurant avec Hermione. Elle avait mis une robe noire et avait souligné ses lèvres avec un rouge à lèvre rouge. Il ne pensait qu'à goûter ce rouge à lèvre jusqu'en avoir lui aussi les lèvres rouges depuis le début de la soirée.

Hermione n'était plus avec Ron depuis quelques mois. Drago et elle se tournaient autour depuis plusieurs semaines maintenant et l'occasion s'était présentée pour qu'il l'invite à sortir lors d'une de leurs fameuses joutes verbales au Ministère. Leurs joutes verbales laissaient un autre sentiment dans l'esprit de Drago comparé à celles qu'ils avaient à Poudlard. Elles pimentaient sa vie, elles attisaient sa curiosité. Parfois, elles l'aguichaient même.

Ils s'étaient retrouvés tous les deux seulement, dans ce restaurant de sushi à Londres. Drago ne pouvait s'empêcher de la dévorer du regard et il avait remarqué que son regard était brûlant. Il aimait cette intensité dans son regard. Il aimait qu'elle ne soit pas gênée de le regarder, de le détailler. Hermione Granger n'avait pas froid aux yeux.

Elle lui prouva une nouvelle fois lorsqu'il la raccompagna devant chez elle, le soir, et qu'elle initia le baiser entre eux. Elle le laissa sur le pas de la porte quelques secondes plus tard, ses pensées se bousculant dans son esprit. Dire qu'il avait apprécié ce baiser n'était qu'un euphémisme.

Jour 745

- Je déteste la manière dont elle me regarde, lâcha Drago.

Blaise était avachi dans son fauteuil en cuir, un verre de whisky à la main et toisait en silence son meilleur ami. Drago était allongé sur le canapé et portait entre chaque interlocution son verre à ses lèvres, comme pour ponctuer ses interventions.

- Comme si elle savait tout de moi, comme si elle connaissait tout de moi, comme si elle savait ce que je pensais, continua-t-il. Comme si elle lisait en moi.

- Et c'est faux ? rétorqua Blaise.

Le blond soupira.

- Non. C'est justement ça que je déteste.

Jour 58

- Je devrais les couper, marmonna Hermione devant le miroir de sa salle de bain alors qu'elle passait une main dans ses cheveux pour démêler grossièrement les boucles.

Drago l'observait alors qu'elle était dos à elle. Il réajustait sa chemise. Ils se préparaient à partir pour une soirée qu'organisait Pansy dans le manoir de chez ses parents partis en vacances pour quelques semaines. Il s'approcha d'elle dans son dos et posa ses mains sur ses hanches. Il déposa ses lèvres sur la peau fine de son cou dégagé et vit son sourire s'étirer dans le miroir.

- Je t'interdis de faire une telle chose, chuchota-t-il.

Il aimait ses cheveux et ses boucles. Il aimait pouvoir plonger ses mains dedans. Il aimait jouer avec. Il aimait leur apparence sauvage et indomptable à la fin de la journée.

- Quand je pense qu'à Poudlard, tu ne pouvais pas supporter rien que la vue de mes cheveux, rit-elle.

Drago esquissa un sourire puis son expression s'aggrava la seconde d'après. Hermione fronça ses sourcils, inquiète.

- J'en ai fait des erreurs, souffla-t-il contre sa peau.

Hermione se retourna et déposa ses lèvres sur son front. Le blond ne pouvait pas arrêter le flot de pensées négatives qui envahissait son esprit : toutes ses insultes dites, toutes ses erreurs commises, tous ses actes répréhensibles. Un tribunal avait beau lui avoir dit qu'il était innocent, la culpabilité lui enserrait toujours la gorge parfois. Il déglutit et s'éloigna d'elle, reprenant contenance et une expression de façade plus paisible.

Jour 780

Il vit Charlie Weasley saluer Hermione, la prenant dans ses bras, passant une main dans ses cheveux bruns, ses doigts s'entremêlant à ses boucles. Une vague de haine, de jalousie s'empara de Drago. Il n'était pourtant pas de nature jalouse. Pas à ce point. Pas pour Charlie Weasley. Une part de lui savait pourquoi il ressentait cette jalousie en ce jour, car cette part lui criait qu'il la perdait chaque jour un peu plus.

Et Charlie avait passé sa main dans ses cheveux, dans ses boucles. Ces boucles que Drago avait tant agrippées, tant caressées, tant respirées, tant aimées, auparavant. Désormais, il se retrouvait à les dégager de son visage pendant la nuit, à soupirer lorsqu'il retrouvait ses cheveux partout. Ils s'accrochaient partout : sur ses vêtements, à son canapé, à ses draps. Ils s'accrochaient à lui comme lui s'accrochait vainement à leur relation. Ils étaient la preuve de son passage, qu'elle avait été là. Ils lui rappelaient sans cesse qu'ils se voyaient encore, qu'il n'avait pas encore eu le courage d'arrêter de la retenir dans ses bras, qu'il n'avait pas encore eu le courage de la libérer.

Il échangea un court regard avec Hermione. Il sut qu'elle avait deviné la jalousie qui s'était emparée de lui.

Jour 112

L'air frais du matin balayait le visage de Drago alors qu'il fermait les yeux pour l'apprécier un peu plus. Il était accoudé à la fenêtre de sa chambre, seulement vêtu de son sous-vêtement. Il rouvrit les yeux, porta sa main à sa bouche pour fumer sa cigarette. Il avait pris cette mauvaise habitude après la guerre et n'avait jamais réussi à réellement arrêter. Il n'avait pas non plus réellement essayé. Merlin que sa mère le maudissait à chaque fois qu'elle le voyait fumer, disant que c'était une mauvaise habitude tout droit sorti du monde moldu. Peut-être avait-il romantisé le fait de fumer après avoir vu des films moldus pendant ses premières années d'étude ?

Il entendit quelques pas derrière lui et se tourna, retenant la fumée dans ses poumons. Hermione se tenait devant lui, seulement vêtue d'une de ses chemises à moitié ouverte. Elle avait des petits yeux et les cheveux emmêlés trahissant le fait qu'elle venait de se réveiller. Elle lui fit un petit sourire puis toisa la cigarette allumée entre ses doigts. Il remarqua que son regard brun était rivé sur cette cigarette. Il haussa un sourcil.

- Quelque chose à dire, Granger ? demanda-t-il en expirant la fumée par la fenêtre avant d'esquisser un petit sourire en coin.

- J'ai envie de te la faire manger, marmonna-t-elle avec un air désespéré.

- Pas cap, rétorqua-t-il avec un air amusé.

Elle leva les yeux au ciel avant de soupirer. Elle s'approcha et passa une main sur la joue de Drago.

- Je déteste quand tu fumes, souffla-t-elle.

- L'odeur ? devina-t-il.

- Entre autre, dit-elle en toisant à nouveau la cigarette.

Elle s'humecta les lèvres avant de soupirer à nouveau.

- Les cigarettes sont aussi composées de plein de substances dangereuses qui pourraient te tuer, te rendre malade, continua-t-elle.

- Ce serait terrible, répondit-il sur un ton sarcastique.

Elle se tourna vers lui et braqua ses yeux dans les siens. Il fut percuté une nouvelle fois par leur intensité. Cela faisait presque quatre mois qu'ils se fréquentaient et il ne se remettait toujours pas de l'intensité de son regard, de la douceur de ses gestes ou de la passion qui émanait d'elle.

- Ça le serait, affirma-t-elle sérieusement avant de partir pour quitter la chambre.

Drago la regarda partir. Elle quitta la pièce et il entendit quelques secondes plus tard l'eau couler dans la salle de bain donnant sur sa chambre. Il porta son regard vers la cigarette à moitié consumée et l'écrasa dans le cendrier. Peut-être avait-il une réelle raison d'arrêter ?

Jour 796

Drago sortit brusquement de son salon par la porte vitrée. Il se retrouva sur son balcon donnant sur Londres. Il soupira et s'appuya sur la balustrade, contemplant le vide et les passants qui marchaient sur le trottoir. Il passa une main dans ses cheveux et fit les cents pas, inspirant et expirant. Il avait l'espoir que ça le calmerait, que ça calmerait la colère qui faisait battre ses veines.

Il sortit de sa poche un paquet de cigarette. Il était passé par sa chambre avant pour le récupérer. Il avait toujours un paquet chez lui pour les cas « d'urgence ». Il ne l'avait pas utilisé depuis qu'il avait arrêté plus de deux ans auparavant. Mais, à ce moment-là, il savait qu'il en avait besoin d'une. Il était trop énervé, Hermione l'était aussi. Alors elle ne serait pas plus énervée contre lui si elle le voyait fumer à nouveau. Il sortit une cigarette les mains tremblantes et l'alluma d'un coup de baguette.

Il inspira une bouffée de cigarette et ferma les yeux. Il apprécia la brûlure le long de sa gorge, allant jusque dans ses poumons. Il expira, observant la fumée qui se formait devant ses yeux. Il intercepta de l'autre côté de la baie vitrée le regard noir d'Hermione. Elle sortit et le toisa, les poings sur les hanches. Il prit une autre bouffée et recracha la fumée devant elle. Il la provoquait, consciemment.

- Je croyais que tu avais arrêté, dit-elle d'un ton sec.

Il haussa les épaules mais ne répondit pas. Elle soupira.

- Même cette décision-là, tu n'as pas été capable de la tenir, lâcha-t-elle.

Il laissa échapper un rire amer.

- Ô surprise, je ne suis pas l'homme parfait, répondit-il.

Il se retint d'ajouter à la fin de sa phrase « que tu mérites ». Il savait que l'homme parfait n'était pas de ce monde, mais il était bien conscient qu'Hermione méritait bien mieux que lui. Et il en avait été conscient dès le début, il n'avait fait que jouer à l'aveugle depuis le début.

Jour 8

Hermione était dans le même couloir que lui au Département de la justice magique, sortant tous deux de réunions. Ils travaillaient tous les deux pour les bureaux administratifs du Magenmagot depuis qu'ils avaient terminé leurs études de droit et de politique magiques. Leurs regards s'accrochèrent. Ils s'étaient vu deux fois, en dehors du Ministère, depuis leur premier rendez-vous. Hermione esquissa un sourire en coin discret. Personne au bureau ne savait ce qu'il se passait entre eux. Aucun de leurs amis ne savait encore.

Le secret avait du bon. Il pimentait les choses. Drago rit intérieurement à cette pensée. Comme s'ils avaient besoin de pimenter les choses entre eux. Tout était déjà trop intense, tout était déjà trop brûlant. Elle passa devant lui et laissa derrière elle son odeur vanillée qu'il ne put éviter. Il ferma les yeux et partit dans sa direction, le pas vif pour la rattraper rapidement.

Il jeta un coup d'œil derrière lui et remarqua que les collègues qu'il y avait dans ce couloir étaient partis de l'autre côté. Il entremêla ses doigts avec ceux d'Hermione qui sursauta de surprise. Il tira sur sa main et les fit entrer dans une salle de réunion vide. Il entendit son hoquet de surprise. Il écrasa par la suite sa bouche sur celle d'Hermione et qui fondit dans leur baiser échangé.

Il recula, les laissant tous deux respirer. Il déposa quelques baisers dans son cou, respirant son odeur. Il ferma les yeux et l'huma à nouveau.

- Drago, souffla-t-elle, nous sommes au travail.

Il sourit contre sa peau, remontant le long de sa mâchoire pour déposer un nouveau baiser sur ses lèvres.

- Alors, arrête de porter ce parfum, susurra-t-il contre ses lèvres.

Elle sourit et laissa échapper un rire.

- Je suis sérieux, Granger, reprit-il en fronçant les sourcils et en s'écartant un peu d'elle, lui laissant de l'espace. Je ne vais pas pouvoir travailler dans cet openspace avec toi et en sentant ton parfum.

- Il va falloir apprendre à contrôler vos pulsions, Monsieur Malefoy, répondit-elle avec un air taquin.

- Continue de me vouvoyer et je ne répondrais plus de rien.

Hermione se détourna et posa la main sur la poignée de la porte de la pièce. Elle l'entrouvrit avant de jeter un dernier regard au blond.

- Rendez-vous ce soir chez moi, Monsieur Malefoy, à 19h, sourit-elle. Ne soyez pas en retard.

Drago esquissa un sourire amusé alors qu'elle quittait la pièce. Il se mordit l'intérieur de la joue et passa une main dans ses cheveux. Hermione Granger le tuerait et il le sentait déjà. Il quitta la pièce, le nez encore empli de son odeur. Il espéra presque que ses propres vêtements sentent son parfum.

Jour 767

Drago était tel un drogué. Au départ, il n'avait pu se passer d'Hermione, de sa présence, de sa peau, de son odeur, de son rire, de son esprit. Désormais, la seule chose qu'il voulait était être capable de s'en défaire, de s'en passer. Il en était venu au fait depuis un petit moment désormais qu'il n'était pas fait pour elle et qu'elle n'était pas fait pour lui. Il n'était pas assez bien. Elle était trop bien.

Par Salazar, qu'il était dur pour lui de lui dire adieu, de la laisser partir, de lui rendre sa liberté. Que c'était dur alors qu'elle était encore dans ses bras, alors qu'il avait son parfum qui emplissait ses poumons, que ses cheveux chatouillaient sa peau, que ses lèvres marquaient son corps.

Son parfum était un poison pour son être. Il ne pouvait s'en passer. Il l'enivrait. Mais il lui donnait, aussi, mal à la tête comme un parfum trop fort que l'on aurait trop senti. Drago le sentait partout, comme il avait l'impression qu'il la voyait partout, qu'elle ne le quittait jamais. Comment envisager la suite, l'avenir, sans elle alors qu'elle était partout ?

Elle dessina du bout du doigt la ride du lion qui s'était formée entre les deux sourcils blonds froncés de Drago. Il se dérida et esquissa un petit sourire.

- Que se passe-t-il dans ta tête ? chuchota-t-elle.

Il songea qu'il ne pouvait décemment pas lui répondre la vérité. Il n'était pas prêt à l'admettre, il n'était pas prêt à la perdre.

- Rien d'important, souffla-t-il avant de déposer un baiser à la commissure des lèvres d'Hermione.

Jour 335

Drago avait observé Hermione de loin en cette journée. Il ne voulait pas déranger, ou interrompre quoique ce soit. Il avait observé les choses se faire devant ses yeux. C'était l'anniversaire de la bataille de Poudlard. Il n'avait même pas voulu passer cette journée avec Hermione, au départ. Mais elle lui avait assuré qu'ils lui avaient tous pardonné. Alors il était venu.

Tous les Weasley étaient là, certains anciens membres de l'Ordre du Phénix, des Gryffondor, des Serdaigle. Et Drago. Entouré de tout cela. Ils se réunissaient dans les jardins de Poudlard pour un repas entre eux. On lui parlait, on ne lui lançait pas de regards suspicieux ou haineux. Non. Tout allait bien.

Il observa Hermione poser une main réconfortante sur l'épaule de Molly, souffler quelques mots à Harry, prendre dans ses bras Ginny. Il la regarda interagir avec les autres, formuler des enchantements pour faire apparaitre des gerbes de fleurs sur les tombes rendant hommages aux morts durant la bataille.

Elle se souciait d'eux. Elle s'inquiétait pour eux et s'occupait d'eux. Il la vit tenir compagnie à Minerva McGonagall devant la tombe de Dumbledore. En silence. Il vit leur ancienne professeure prendre la main d'Hermione, discrètement.

Lui n'était jamais loin d'elle. Il souriait, parlait et se souvenait avec les autres. Il ne pouvait chasser le sentiment installé en lui qui lui disait qu'il n'avait rien à faire ici. Le soir arriva et Hermione lui prit la main pour qu'ils partent de Poudlard. Drago voulait rester quelques instants de plus devant le lac noir, le château dans son dos. Ils restèrent ainsi en silence.

- Ils t'apprécient tous beaucoup, finit-il par dire.

Hermione haussa les épaules mais ne répondit rien.

- Tu te soucies d'eux, continua-t-il.

- C'est normal, je…

- Tu te soucies vraiment d'eux, la coupa-t-il.

Ils échangèrent un regard.

- Je me soucie de toi aussi, souffla-t-elle.

- Ce n'est pas pour cela que je disais ça, sourit-il.

Ce n'était pas de la jalousie mal placée ou de l'envie. Non. C'était un constat.

- Tu es trop bien pour moi, Hermione, lâcha-t-il finalement.

C'était aussi un constat. Hermione fronça ses sourcils et prit son visage entre ses mains, plantant son regard dans les yeux gris de l'homme qu'elle aimait.

- Je t'interdis de dire cela, dit-elle durement, ou même de le penser. Tu es quelqu'un de bien, Drago, pourquoi…

Sa phrase mourut dans l'espace entre eux deux. Il se mordit l'intérieur de la joue. Elle le prit finalement dans ses bras et le serra contre lui. Il respira ses cheveux. Il savait qu'il ne pourrait accéder à sa requête et arrêter de penser cela de lui. Car il savait qu'elle était trop bien pour lui.

Jour 163

Drago fit voyager la pulpe de ses doigts des omoplates d'Hermione jusqu'au creux de son dos, plusieurs fois, appréciant la douceur de sa peau, les frissons qu'il créait par ce simple geste. Elle le regardait du coin de l'œil avec un sourire doux. Il grava son regard et son sourire dans sa mémoire. Il sentit son cœur gonfler un peu dans sa poitrine. Merlin qu'il l'aimait. C'était si simple de l'aimer et pourtant si compliqué de lui dire. Alors que, elle, n'avait aucun mal.

Il continuait de l'aimer par ses gestes. C'était le seul moyen qu'il trouvait pour lui montrer, pour lui prouver son amour. Elle ferma les yeux appréciant ses caresses sur son dos, ne pouvant plus supporter son regard sur elle, ses yeux qui la brûlaient vive. Il approcha son visage d'elle et posa ses lèvres fines sur sa tempe. Hermione soupira, ouvrit les yeux et finalement se mit sur le dos, l'entrainant avec elle. Il esquissa un sourire. Elle traça du bout des doigts le visage de Drago, faisant glisser son index le long de l'arête de son nez, descendant sur ses lèvres jusqu'au bout de son menton. Elle caressa ses paupières, ses pommettes saillantes.

Drago n'avait jamais connu une telle douceur. C'était nouveau pour lui et c'était toujours décontenançant. Il avait souvent l'impression de ne pas mériter une telle douceur. Pourtant Hermione continuait. Elle souleva sa tête du coussin et posa ses lèvres sur le bout de son nez, puis sur ses joues et enfin sur sa bouche. Il rouvrit ses yeux et croisa le regard brun de la femme face à lui.

Il avait eu une journée sacrément compliquée et pourrie. Rentrer chez lui et avoir Hermione dans son lit était finalement la meilleure partie de la journée. Il oubliait ses tracas et ses soucis. Elle était là, le monde était sur pause ainsi que son cerveau et ses angoisses. Elle mettait tout sur pause. C'était comme être dans une bulle quand il était avec elle.

- Tu es beau, souffla-t-elle avant d'embrasser son front puis de passer ses mains dans ses cheveux fins.

- Je t'aime, murmura-t-il en retour avant de plonger son visage dans son cou, dans ses cheveux.

Elle arrêta une seconde ses gestes, puis les reprit rapidement, un sourire aux lèvres. Il songea un moment que sa douceur allait être sa fin, sa douceur allait le tuer.

Jour 685

Drago avait ses propres démons. Il ne les montrait pas à tout le monde, et lorsqu'il le faisait, ce n'était que très rarement. Ses démons avaient un visage. Ou plusieurs. Le visage des victimes qu'il avait faites, directement ou indirectement, lors de la Guerre. Ou encore, le visage de Voldemort ou de son propre père.

Sa mère l'avait trainé à Sainte-Mangouste : son père y avait été admis, et sorti exceptionnellement d'Azkaban, car son état s'était gravement dégradé. Il avait fait face à son père, allongé dans un lit et menotté aux barreaux de celui-ci. Ils avaient été tous les trois pendant leur visite. Puis sa mère était sortie de la pièce pour signer différents papiers concernant son admission.

Alors Drago s'était retrouvé seul avec son père. La première fois depuis bien des années. Seul face à ses démons, seul face à ses peurs. Son père représentait ce qu'il avait été, son passé, toutes ses erreurs mais aussi ce qu'il redoutait de devenir. Ils se toisaient l'un, l'autre, d'un air impassible.

- Elle t'a trainé ici ? demanda sèchement Lucius.

- On ne peut pas dire que je sois ici de gaité de cœur.

- Tu aurais pu aussi ne pas venir, rétorqua-t-il.

Drago haussa un sourcil.

- Mère m'a dit qu'il serait de bon ton que je vienne, au cas où que quelque chose de grave arrive, expliqua-t-il.

- Comme c'est touchant, tu voulais faire tes adieux, ricana son père.

- Soutenir ma mère si quelque chose arrivait, serait plus exact.

Lucius leva les yeux au ciel et se rallongea. Il garda son regard fixé sur le plafond. Drago contourna le lit, il ne voulait plus être seul dans cette pièce avec cet homme.

- Je sais pourquoi tu ne peux plus supporter ne serait-ce que de me regarder, intervint Lucius avant qu'il ne sorte.

Drago se stoppa net.

- Car tu as fait des choses monstrueuses et que tu n'éprouves aucun remord ? devina Drago arborant un air condescendant.

- Car tu es comme moi, finit-il. Tu auras beau lutter, on ne peut pas changer qui on est vraiment.

Drago le toisa pendant de longues secondes avant de quitter la chambre. Il se retrouva dans le couloir, le souffle court. Il s'appuya contre un mur et porta une main à son cœur qui battait bien trop vite. Il transplana de Sainte Mangouste jusqu'à chez lui. Il devait partir de cet hôpital et, surtout, s'éloigner de son père.

Il se défit rapidement de ses vêtements et prit une longue douche. Il se répétait sans cesse que son père avait juste dit ça pour lui faire du mal. Mais les paroles de son père faisaient écho à ses propres pensées, celles qui polluaient son esprit. Il entendit la porte de son appartement claquer et il devina qu'Hermione était rentrée chez lui. Ils devaient se rejoindre ce soir après sa visite à l'hôpital. Il avait oublié.

Il ne sortit pas pour autant de sa douche. Il entendit toquer à la porte de la salle de bain mais ne répondit pas. Il ne pouvait pas lui faire face. Toutes ses angoisses, toutes ses peurs, tous ses doutes refaisaient surface. Et pour cela, il n'avait fallu que quelques mots de son père. Il était faible, pensa-t-il.

Hermione entra dans la salle de bain. Ils échangèrent un regard. Elle ne prit pas le temps d'enlever ses vêtements, seulement ses chaussures et ses chaussettes. Elle entra dans la douche et prit Drago dans ses bras, sa poitrine collée contre son dos, le visage lové dans le creux de ses omoplates. Il soupira. Il détestait parfois qu'elle soit si compréhensive. Tout chez elle lui rappelait qu'il n'était pas assez bien pour elle. Il lui ferait du mal. Il le savait. Il la retenait alors que tout ceci était vain.

Jour 810

Des cris. Des pleurs. Des sanglots. Tout ce que Drago avait redouté. Elle ne comprenait pas. Elle lui répétait sans cesse qu'il était bien assez bien pour elle, qu'elle n'était pas mieux. Pourtant, il n'avait même pas mis ce sujet-là sur le tapis. Il détestait qu'elle soit si aveugle.

Elle lui répétait qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. Elle était faite pour lui, c'était certain, mais il n'était pas fait pour elle. Il ne pouvait la garder près de lui, égoïstement, alors qu'elle méritait bien mieux.

Il l'avait regardé se détruire au fil de ses paroles, de ses mots, s'effondrer face à lui. Il lui infligeait cela et il se détestait pour ça. Mais c'était nécessaire. Elle tentait d'essuyer ses larmes, de ne pas montrer que cela l'affectait. Jusqu'à ce qu'il lui dise clairement :

- Je ne t'aime plus.

Il vit la douleur dans son regard. Il ressentit sa douleur. C'était nécessaire. Merlin, qu'il lui mentait. Elle était en lui, il était imprégnée par sa douceur, par sa tendresse, par son amour. Mais il fallait ce qu'il fallait.

Elle lui dit plein de choses, il ne l'écouta que d'une oreille. Peut-être l'insultait-elle ? Peut-être lui disait-elle de rester ? De se battre ? Une fois sa litanie terminée, il se leva du canapé et entreprit de partir. Il ne pouvait plus la voir. Il ne pouvait plus supporter de la voir pleurer, de la voir détruite. Il allait flancher s'il ne partait pas.

Il transplana et atterrit chez Blaise qui l'accueillit avec un verre de whisky pur-feu et des cigarettes. Il se laissa tomber sur le canapé et porta le verre à ses lèvres. Son meilleur ami le toisait du coin de l'œil.

- Alors ? demanda-t-il.

- Fait, soupira le blond.

- Comment l'a-t-elle pris ?

Drago esquissa un sourire triste. Il posa son verre sur la table basse et sortit une cigarette du paquet. Il l'alluma et inspira longuement. Il ferma les yeux. Son esprit était encore hanté par son parfum, par ses cheveux, par la douceur de sa peau, par sa tendresse. Il l'avait su qu'elle serait sa perte.

- Ces plaisirs violents ont des fins violentes, répondit-il.

*. Fin .*