Tout le monde pense forcément à quelque chose de précis quand on mentionne "le pire moment de sa vie".

Jusqu'à l'âge de dix ans, pour Hermione, ce moment était celui où un garçon de sa classe de maternelle lui avait coupé sa queue de cheval avec des ciseaux, parce que ses cheveux étaient "trop moches".

A douze ans, il fut remplacé par celui de Ronald Weasley qui s'était moqué d'elle devant tout le monde, la faisant se cacher aux toilettes pendant toute une après-midi pour y pleurer.

A dix-sept ans, elle crut que son cœur allait lâcher quand elle vit Lavande Brown se jeter sur Ron, et ce même Ron lui rendre son baiser avec passion.

A ce jour, le pire moment de sa vie était sans conteste ce jour de la Bataille de Poudlard où, pendant quelques interminables minutes, elle avait pensé Harry mort. Elle se souvenait de ce trou béant qu'elle avait senti fendre ses entrailles. Elle n'avait jamais rien vécu de pire pendant six ans et elle n'aurait jamais cru qu'un autre événement puisse détrôner celui-ci. Elle n'aurait jamais pu deviner à quel point elle avait tort.

Dès qu'elle fermait les yeux, elle voyait Drago à terre. Elle voyait tout ce sang sortir de partout : de sa chemise, de son pantalon, elle le voyait couler le long de son cou. Dès qu'elle fermait les yeux, elle entendait ce cri déchirant qu'il avait poussé avant de perdre connaissance. Elle le voyait, totalement immobile, alors que ce liquide rouge et épais continuait de quitter son corps.

Alors elle essayait, tant bien que mal, de ne pas fermer les yeux.

Cela faisait presque vingt-quatre heures qu'ils étaient à Sainte Mangouste. Hermione n'arrivait même plus à se rappeler comment ils étaient arrivés là. Elle se souvenait des cris hystériques d'Astoria et du silence funeste de Drago. Elle avait trouvé, elle ne savait pas vraiment où, la force de prévenir Harry qui avait accouru dans la seconde. Dès qu'il était arrivé, Hermione s'était laissée aller et avait commencé à céder à la panique. Heureusement, Harry, fort de ses qualités d'Auror, avait pris la situation en main.

Astoria avait été emmenée dans une chambre de l'hôpital, quelques étages plus bas, dans le service psychiatrique. Elle était totalement déchaînée et ne cessait de hurler que tout ceci était de la faute d'Hermione. De ce que cette dernière savait, les psychomages lui avaient administré une forte dose de potion de sommeil pour qu'elle se calme.

Mais Hermione était à mille lieues de s'inquiéter pour elle. Tout ce qui occupait ses pensées était la silhouette qui lui semblait si fragile dans ce lit d'hôpital. Drago dormait depuis presque une journée entière. Hermione n'avait pas quitté son chevet une seule seconde, malgré la protestation des professionnels qui faisaient tout leur possible pour tenter de le sauver. Elle les avait regardé lui lancer des sortilèges et recouvrir son corps de potions et d'onguents en tous genres. L'angoisse lui avait littéralement tordu tous les organes, si bien qu'elle avait eu l'impression de ne plus pouvoir respirer.

Harry avait été là pour elle, la soutenant pendant toute la durée de l'intervention. Elle avait senti que lui aussi s'était inquiété, mais elle n'était pas parvenue à s'en soucier.

Fort heureusement, au bout d'un moment qu'elle n'aurait pas été capable de quantifier, les médicomages achevèrent leurs besognes et celui qui était en charge de l'opération se tourna vers Hermione en lui assurant que le maximum avait été fait et que Drago devrait s'en sortir. Il lui précisa qu'ils allaient le plonger dans un coma magique pendant vingt-quatre heures pour laisser le temps à son corps de se remettre pleinement de cette attaque.

Les vingt-quatre heures étaient presque écoulées et Drago ne s'était toujours pas réveillé.

Hermione était toujours à son chevet, assise sur une chaise, la tête sur le lit, juste à côté du torse de son amoureux. Elle était épuisée mais refusait de s'endormir. Elle voulait être là quand il se réveillerait. Elle voulait être la première chose qu'il verrait lorsqu'il ouvrirait les yeux.

Elle réagit à peine en entendant la porte de la chambre s'ouvrir. Dans son champ de vision, elle vit Harry s'installer sur la chaise de l'autre côté du lit, un autre homme restant debout à ses côtés. Hermione le reconnut vaguement et se souvint que c'était un Auror qui travaillait avec son meilleur ami.

- Hermione ? tenta doucement Harry pour ne pas la brusquer.

- Hmm, fut tout ce qu'elle parvint à marmonner.

- Hermione, je sais que tu n'attends que son réveil, mais les médicomages ont dit que c'était normal.

La jeune femme soupira mais consentit à se redresser pour s'asseoir convenablement. La vision de Drago lui comprimait la poitrine. Un drap le recouvrait jusqu'à la moitié du torse mais toutes les parties visibles de son corps, en dessous de la tête, étaient recouvertes d'épais bandages. Les médecins avaient dit qu'ils avaient fait leur possible pour qu'il reste un minimum de cicatrices, mais ils n'avaient pas pu assurer que cela allait fonctionner. Drago avait cependant le visage paisible de celui qui passait une bonne nuit de sommeil. Ses traits étaient détendus et Hermione crut même voir un léger sourire dessiné sur ses lèvres.

- Hermione, est-ce que tu te sens en état de répondre à quelques questions ? demanda Harry, toujours avec cette voix mesurée.

Depuis la veille, elle n'avait pas beaucoup parlé. Elle avait balbutié quelques mots à Harry, entre deux sanglots, pour tenter de lui expliquer ce qui s'était passé, mais elle-même avait conscience que tout son discours était confus.

- Maintenant que l'on sait que Malefoy va s'en sortir, tu penses pouvoir le faire ?

- Il ne s'est toujours pas réveillé, chuchota-t-elle en luttant contre l'envie de pleurer.

- Ça ne fait pas encore une journée complète. Ne sois pas si défaitiste. Il va se réveiller, Hermione, c'est une certitude.

Le ton plein d'assurance de Harry apporta quelque peu de réconfort à la brune, mais elle avait du mal à rester positive. Elle voulait tellement qu'il se réveille. Elle voulait voir ses yeux gris alertes et surtout, elle voulait voir son regard sur elle. Elle voulait entendre sa voix et elle voulait lui dire à quel point elle l'aimait.

- D'accord, accepta-t-elle néanmoins.

- Bien. Tu sais que je ne peux pas m'occuper de cette affaire, je suis trop impliqué personnellement. Alors j'ai fait appel à une de mes meilleures recrues même si, dans le fonds, l'affaire sera réglée très vite.

- Astoria est toujours ici ?

- Toujours au service psychiatrique, oui. Elle est… sonnée, c'est le moins qu'on puisse dire.

Hermione acquiesça, ne sachant trop quoi dire. Une partie d'elle bouillonnait d'envie de descendre pour aller la tuer. Une autre n'avait même pas la force d'être en colère contre cette femme. En toute objectivité, elle avait littéralement perdu l'esprit. Hermione et Drago avaient vraisemblablement sous-estimé l'amour que ressentait Astoria pour son mari. Ils en payaient aujourd'hui le prix.

- Puis-je vous poser quelques questions, Miss Granger ? demanda l'Auror d'un ton très professionnel. Ça ne durera pas longtemps, je dois juste comprendre précisément ce qu'il s'est passé.

- Très bien.

- Nous pouvons sortir, si vous voulez.

- Non ! refusa-t-elle avec véhémence en prenant la main de Drago dans les deux siennes. Non, on reste ici.

L'Auror hocha la tête et entama sa série de questions. Hermione y répondit le plus sincèrement possible. Elle dut raconter qu'elle et Drago entretenaient une liaison depuis deux mois et que ce dernier avait l'intention de demander le divorce. Elle raconta comment Astoria avait payé quelqu'un pour les photographier à leur insu. Elle décrivit ensuite de la façon la plus détaillée qu'elle put la journée de la veille. L'annonce de la fausse grossesse jusqu'à la fin de journée où Astoria avait suivi Drago jusque chez elle, et tout ce qui s'en était suivi. L'Auror notait tout ce qu'elle lui disait à l'aide d'une plume à papote et Harry s'était rapproché d'elle durant son récit, lui caressant l'épaule pour lui apporter tout son soutien lorsque cela devenait trop dur. Elle finit enfin par raconter comment Drago s'était interposé entre elle et le sortilège qu'Astoria lui avait lancé.

- Il m'a sauvé la vie, conclut-elle en laissant couler quelques larmes.

- Merci beaucoup, Miss Granger. Je reviendrai quand M. Malefoy sera réveillé et en état de me répondre.

Il échangea quelques mots avec Harry auxquels Hermione ne prêta aucune attention. Elle n'arrivait pas à détacher son regard de Drago. Elle avait tellement envie de le voir ouvrir les yeux. Elle avait l'impression que ce moment n'arriverait jamais assez vite.

- Je vais aller à la cafétéria me prendre quelque chose à manger, dit Harry une fois que son collègue fut parti. Tu veux quelque chose ?

Hermione secoua négativement la tête. Elle ne voulait rien. Rien mis à part Drago.

- Il faut que tu manges quelque chose.

- Je n'ai pas faim. Mais tu peux m'apporter un café. Je dois rester éveillée.

Harry soupira mais n'insista pas et laissa Hermione seule dans la chambre. Elle se concentrait sur la respiration lente et régulière de Drago, s'accrochant à ce mouvement et en se répétant que non, il n'était pas mort et que oui, il allait bientôt se réveiller.

- Tu vas te réveiller, pas vrai ? Tu ne vas pas me faire l'affront de mourir, Drago Malefoy, parce que je peux te jurer que je te ne te laisserai jamais reposer en paix si tu me fais un coup pareil !

Elle serra sa main mais ne reçut aucune réponse, alors elle profita d'être seule pour se remettre à pleurer. Elle fut à nouveau interrompue par l'entrée de visiteurs et se retourna pour découvrir Blaise et Théo. Ils étaient déjà passés la veille et étaient rentrés chez eux quand Harry leur avait répété ce qu'avaient dit les médicomages. L'heure du réveil approchant, eux aussi voulaient sûrement être là pour leur ami. Ils s'assirent près du lit et aucun d'eux ne prononça le moindre mot durant plusieurs minutes. Blaise, qui avait d'habitude toujours le mot pour rire, parut rester sans voix face à l'image de son meilleur ami dans le coma. Hermione ne pouvait que les comprendre. Elle-même avait du mal à accepter cette vision ô combien troublante.

- Il devrait bientôt se réveiller, dit-elle.

Tentait-elle de les rassurer eux, ou bien elle-même ? Elle n'en était pas sûre.

- Je n'arrive pas à croire qu'elle ait pu faire une chose pareille, soupira Théo en se prenant le visage entre les mains. Ça ne lui ressemble tellement pas.

- Au final je crois qu'on ne la connaissait pas si bien que ça, dit Blaise en continuant de fixer Drago. Tu ferais bien de dormir un peu, ajouta-t-il en regardant Hermione. Tu as l'air épuisée. On te réveillera dès qu'il…

- C'est hors de question ! protesta la jeune femme. Je ne suis même pas fatiguée.

Ce mensonge éhonté ne dupa guère les deux Serpentard mais ils se contentèrent de hausser les épaules. Harry choisit ce moment pour refaire son apparition. Il engagea la conversation avec Blaise et Théo mais Hermione préféra rester silencieuse. Elle n'avait plus la force de parler. Harry lui tendit le café qu'elle lui avait demandé et le but d'une seule traite. Au bout de quelques secondes seulement, ses paupières devinrent tellement lourdes qu'il lui était presque impossible de les garder ouvertes. Les trois garçons la regardèrent et Hermione grogna.

- Harry Potter, qu'est-ce que tu as mis dans mon café ? accusa-t-elle.

- Il faut que tu dormes, Hermione. Et quand tu te réveilleras, je te promets qu'il le sera aussi.

Ce fut la dernière chose qu'elle entendit avant de poser la tête sur le lit et de fermer les yeux.

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Lorsqu'il reprit conscience, Drago avait l'impression d'être coincé sous un troll des montagnes. Son corps lui pesait et même s'il n'avait pas encore bougé, il savait que chaque muscle lui ferait un mal de chien. Il entendait des voix autour de lui et mit un certain temps avant de les reconnaître. Mais après un petit effort de concentration, il reconnut Blaise, Théo et Potter. En revanche, il n'arrivait pas à comprendre un traître mot de ce dont ils étaient en train de parler.

Il avait l'impression d'avoir dormi pendant des heures, ce qui était sûrement le cas. Il essaya de faire le tri dans son esprit et de comprendre où il était et pourquoi il était là. Les derniers événements lui revinrent en mémoire. La fausse grossesse d'Astoria. L'appartement d'Hermione. La folie dans les yeux de son épouse. Le Sectumsempra… il ouvrit subitement les yeux et ne fit guère cas de l'aveuglement que lui procura les lumières criardes de l'hôpital.

- Et regardez qui revient parmi nous, plaisanta Blaise en s'approchant de lui.

Il vit le visage de son ami se pencher vers lui et Drago tourna la tête pour le regarder mais, comme il l'avait prédit, le mouvement lui arracha un grognement de douleur.

- Prends ça, lui proposa Blaise en lui tendant une petite fiole. Pour apaiser la douleur. Les toubibs nous ont dit de te le donner dès ton réveil.

Drago acquiesça et Blaise ouvrit le flacon et le versa dans la bouche de Drago qui se laissa docilement faire. Au bout de quelques secondes seulement, la potion fit effet et Drago se sentit plus libre de ses mouvements. Il en profita pour examiner la pièce. Théo et Harry étaient au pied du lit et tous les deux avaient un petit sourire visiblement soulagé. A sa droite, un petit lit avait été installé et Hermione dormait paisiblement dessus. Elle avait l'air d'aller bien, même si ses sourcils étaient froncés malgré son sommeil.

- Elle refusait de dormir, expliqua Harry. Ça fait vingt-quatre heures que tu dors et elle tombait de fatigue, mais elle ne voulait pas succomber. J'ai forcé un peu le destin.

- Vingt-quatre heures ? s'étonna Drago.

- Tu reviens de loin, mon vieux. Il fallait te laisser le temps de te remettre tranquillement.

- Je suis un peu… un peu perdu, avoua-t-il.

Il regarda son corps et constata avec effroi les bandages qui le couvraient littéralement partout. Il toucha ceux sur son torse mais ne ressentit rien, grâce à la potion. La douleur lancinante qu'il avait ressentie quand le sortilège l'avait frappé lui revint en mémoire et il grimaça.

- Tu as mal ? s'inquiéta Théo.

- Non, mais je me souviens avoir eu mal. Notre petit duel dans les toilettes était un jeu d'enfant, à côté, Potter.

Ce dernier sourit d'un air relativement gêné.

- Tu nous as fait une belle frayeur.

- C'était une action digne d'un vrai Gryffondor ! lança Blaise d'un ton léger pour détendre l'atmosphère. Encore un peu et le choixpeau serait sorti de nulle part pour te donner l'épée de ce bon vieux Godric.

Cela eut le mérite de faire rire Drago qui se calma néanmoins bien vite en sentant son torse le tirer sous le mouvement. Son regard se perdit à nouveau sur Hermione qui n'avait pas bougé d'un centimètre, apparemment peu dérangée par la conversation autour d'elle.

- Elle n'a rien ? demanda Drago sans la quitter des yeux.

- Grâce à toi, rien du tout, répondit Harry. Si ce n'est qu'elle était morte d'angoisse. Je ne l'avais jamais vue comme ça.

Drago eut un petit sourire tendre. Il tendit la main pour dégager quelques mèches de cheveux qui lui tombaient sur les yeux. Il réalisait à peine ce qui s'était produit la veille. Il essayait de se rappeler de toute la scène avec précision, mais il avait l'impression de tout voir à travers un écran, comme s'il regardait un film et qu'il n'avait pas réellement vécu ces moments. C'était une histoire totalement folle. Il n'aurait jamais cru qu'Astoria puisse en arriver à de telles extrémités.

- Et Astoria ? interrogea-t-il finalement.

- Elle est ici, lui apprit Harry. Quand je suis arrivé chez Hermione hier soir, elle était totalement hystérique. J'ai dû l'attacher pour qu'elle te laisse tranquille. Elle a été amenée au service psychologique, on lui a donné des calmants et elle a dormi plusieurs heures. L'Auror chargé de l'affaire l'a interrogée et elle a raconté toute la vérité, ce qui est une bonne chose pour elle, cela allègera sûrement sa peine. D'après les nouvelles que j'ai eues, depuis qu'elle a été interrogée par mon collègue, elle s'est murée dans le silence.

Drago déglutit, la bouche soudainement très sèche. Blaise fit apparaître un verre d'eau et le tendit à son ami qui s'empressa de le boire d'une traite.

- Et que va-t'il se passer pour elle ?

- Et bien… elle a avoué et son récit coïncide en tout point avec celui d'Hermione et très certainement le tien quand tu seras interrogé à ton tour. Ça devrait lui éviter Azkaban en attendant son procès, je pense qu'elle sera juste assignée à résidence. Et ensuite, ce sera au Magenmagot de décider…

Drago avait vraiment du mal à croire à tout cela. Il avait toujours vu Astoria comme une femme froide mais très forte. Pour lui, ils avaient toujours été sur la même longueur d'ondes concernant leur mariage. Mais maintenant, avec du recul, il commençait à comprendre certaines choses. La façon dont elle avait eu l'air froissée qu'il ne lui accorde que peu d'intérêt à Poudlard. Son sourire qui paraissait beaucoup trop sincère le jour où ils furent prononcés mari et femme. Son comportement quand Drago avait tenté de vivre une vie normale avec elle, comme si elle n'avait pas eu besoin de feindre. Hermione avait raison : ce n'était pas qu'Astoria ne lui avait jamais montré son amour, c'était lui qui avait toujours refusé de le voir. Et aujourd'hui, il ne pouvait pas s'empêcher de s'en vouloir. Parce que s'il avait retiré ses œillères, s'il avait accepté de voir la vérité en face, il aurait pu avoir une conversation avec Astoria depuis bien longtemps, et tout ceci aurait été évité.

- Bien, je vais prévenir le médicomage que tu es réveillé et ensuite je vais aller au Bureau. Toute ta dramaturgie m'a fait me mettre en retard sur mon travail, Malefoy, dit Potter en se rapprochant de lui pour lui poser une main amicale, mais prudente, sur son épaule bandée.

Il regarda Hermione avant de reporter ses yeux sur Drago et tout à coup, il eut l'air immensément sérieux.

- Je ne saurai jamais te dire à quel point je suis reconnaissant de ce que tu as fait pour elle. Merci, Drago. Merci infiniment.

Il lui lança un regard lourd de sens et Drago hocha la tête, ne sachant que répondre. Harry quitta la chambre et Blaise lui lança un sourire malicieux.

- Alors ça y est mon vieux, tu es dans la merde jusqu'au cou.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Et ben tu viens de lui sauver la vie ! Là, il va falloir la demander en mariage très vite. C'est peut-être même elle qui va le faire avant toi.

Les trois jeunes hommes se mirent à rire. Hermione dormait toujours et Drago aurait voulu la réveiller. Il avait envie de la prendre dans ses bras et qu'elle soit tout près de lui. Il n'arrivait pas à se dire que s'il n'avait pas été assez rapide, leurs rôles auraient été inversés. L'idée d'une Hermione sur un lit d'hôpital, recouverte de bandages, entre la vie et la mort était tout bonnement insupportable.

- Il est hors de question qu'elle fasse sa demande avant moi. Mais oui, j'épouserai cette femme. C'est une certitude.

Les yeux rivés sur Hermione, Drago ne vit pas Blaise et Théo échanger un regard complice. Ils n'avaient jamais eu aucun doute à ce sujet.

Un médicomage arriva ensuite pour examiner Drago. Blaise et Théo quittèrent la chambre en lui promettant de rester dans l'hôpital jusqu'à être sûrs que tout aille pour le mieux.

- Bien, regardons tout ça, fit le médecin en lançant quelques sortilèges rapides au-dessus de Drago. Vous avez beaucoup de chance, Monsieur Malefoy, vraiment beaucoup de chance.

Il fit ensuite disparaître un à un les bandages qui recouvraient son corps. Drago plaqua sa tête contre l'oreiller, refusant de regarder. Il avait déjà eu tellement de mal à accepter ses cicatrices que la perspective d'en avoir de nouvelles un peu partout était intolérable. Il retint sa respiration en attendant que le médicomage ait fini d'enlever tous les morceaux de tissu. Enfin, il rendit sa sentence.

- Vous vous en sortez bien ! Nous avons réussi à neutraliser presque toutes les lacérations.

Prudent, Drago baissa la tête et observa son torse. La cicatrice qui se voyait le plus était toujours la même que depuis sept ans, celle qui était gravée sur sa peau à cause de Potter. Il en voyait quelques autres, mais rien de bien méchant. Il souleva le drap pour constater qu'il avait gagné quelques marques sur les cuisses, mais encore une fois, elles n'étaient pas trop profondes. Il relâcha le drap et se toucha précautionneusement le visage et soupira de soulagement en ne sentant aucune balafre.

- Pas d'inquiétude, le rassura le médecin. Par miracle, votre visage n'a pas été touché. En revanche, vous en avez une belle au niveau du cou. C'était plus délicat de tout camoufler sur cette zone.

Il fit apparaître un miroir qu'il tendit à Drago. Celui-ci s'en empara et observa son reflet. Effectivement, son visage était intact et il ne put s'empêcher d'être soulagé. Il releva la tête pour regarder son cou et écarquilla les yeux en voyant l'énorme cicatrice qui le barrait à la diagonale, allant de sa clavicule gauche pratiquement jusqu'à la partie droite de sa mâchoire. Toute fraîche, elle était encore rouge et extrêmement visible.

- Elle va s'estomper avec le temps. Il faudra appliquer la crème que je vais vous donner tous les soirs pendant un mois. Je vais vous garder en observation encore cette nuit et demain vous pourrez rentrer chez vous.

Drago hocha la tête et remercia le médicomage qui le laissa seul avec une Hermione toujours endormie. Il se retourna sur le côté pour lui faire face et lui caressa doucement les cheveux, même si elle ne pouvait pas s'en rendre compte. Il se concentra pour utiliser sa magie sans sa baguette dont il n'avait aucune idée d'où elle était et rapprocha les deux lits pour qu'ils soient collés l'un à l'autre. Hermione bougea enfin dans son sommeil et cala sa tête sur son torse, l'encerclant d'un bras. Drago inspira profondément, se sentant apaisé maintenant qu'elle était dans ses bras, et se laissa transporter par le sommeil.

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Il n'avait pas dû dormir plus de dix minutes quand le bruit d'une porte qui s'ouvre le tira de sa légère sieste. Il s'attendait à voir le docteur ou Blaise ou encore Théo mais il se retrouva complètement con en voyant Ronald Weasley rentrer dans la chambre. Il se redressa, s'asseyant le dos droit sur son lit, et Hermione protesta, toujours endormie, en se tournant de l'autre côté.

Weasley referma la porte derrière lui et se mit debout devant Drago, posant ses mains sur le pied du lit. Les deux hommes s'observèrent et Drago se demandait dans quel monde parallèle il avait été envoyé pendant son court repos.

- Harry l'a dit à Ginny qui m'a ensuite prévenu, expliqua le rouquin.

- Tu es venu pour finir de m'achever ?

Weasley ricana et pendant une seconde, Drago ne fut pas rassuré.

- En toute honnêteté, si on me l'avait proposé il y a encore quarante-huit heures, j'aurais sûrement accepté, confia-t-il le plus sérieusement du monde.

- Charmant. Il doit bien y avoir une espèce de bouton pour appeler la sécurité dans cette chambre.

- Tu n'en auras pas besoin, t'en fais pas.

- Alors qu'est-ce que tu fais là ?

Weasley soupira en regardant autour de lui, l'air de chercher ses mots, avant de fixer Drago dans les yeux.

- Tu sais, je ne t'apprécierai jamais, lança-t-il.

- Si c'était pour me dire ça, tu aurais vraiment pu t'épargner le déplacement.

- Ferme-la, Malefoy. Je n'ai pas fini.

Choqué, Drago s'exécuta.

- Bref, je disais donc, je ne t'apprécierai jamais. C'est un fait. Il y a trop de rancœurs entre nous, notre passé est beaucoup trop lourd. C'est une mésentente qui dure depuis des générations. Et le fait que tu sortes avec la femme que j'ai aimé pendant si longtemps… ça n'aide pas.

- J'imagine.

- Tu es donc incapable de te taire ?

- T'agacer restera toujours une de mes activités préférées. Mais je t'en prie, continue.

Il lui jeta un regard noir, mais enchaîna tout de même.

- Tu sais, quand j'ai appris pour vous deux, au-delà de la colère… je n'y ai pas cru du tout. Enfin, disons que je ne donnais pas deux mois à votre histoire. Et même si ça marchait entre vous, je me disais qu'il te faudrait au moins un siècle pour que tu te montres digne d'elle. Minimum.

Pour une fois, Drago décida de ne rien dire et de continuer à l'écouter, comprenant peu à peu là où il voulait en venir.

- Mais évidemment, les Malefoy ne font jamais rien comme tout le monde. Et tu as réussi à faire tes preuves en trois semaines.

- Je n'ai pas fait ça pour "faire mes preuves".

- Je sais. C'est ça qui est encore plus rageant, d'ailleurs. Tu lui as sauvé la vie, de manière totalement spontanée et au détriment de la tienne. Toi qui as toujours été un putain de lâche en toute circonstance, on peut dire que c'est un beau retournement de situation.

Drago leva les yeux au ciel, mais ne releva pas. Il avait beau être de mauvaise foi, il ne pouvait pas nier que ce que lui disait Weasley n'était que la pure vérité.

- Alors… oui, c'est vrai, je ne pourrai jamais te voir en peinture. Je ne t'inviterai certainement jamais à aller boire un verre ensemble et je ne te parlerai que si la situation l'exige. Mais voilà, il se trouve que nos chemins viendront forcément à se croiser si vous décidez, comme ça m'en a l'air bien parti, de construire quelque chose ensemble. Alors je te propose des sourires forcés et une entente à peu près cordiale devant les autres, pour donner le change. On fera semblant pendant les réunions de famille parce que, quoiqu'il se passe entre nous, Hermione fera toujours partie de ma famille. Ça me prendra sûrement du temps, mais ça, ça ne changera jamais. Alors ?

Drago le regarda longuement. Il ne s'était pas attendu à cette visite et encore moins à ce genre de discours. C'était réellement le monde à l'envers. Quand Hermione se réveillerait, il n'était même pas sûr qu'elle allait le croire. Cependant, il décida qu'il serait idiot de refuser une telle proposition, au moins pour Hermione. Il savait qu'elle était toujours attachée à lui, et que peu importe leur relation et leur rupture, Weasley aurait toujours une place importante dans sa vie.

- Des sourires forcés et faire semblant de te supporter… ça, je peux le faire, confirma Drago en tendant la main.

Weasley observa cette main tendue, la tête penchée sur le côté, l'air de peser le pour et le contre. Finalement, il s'approcha et lui serra la main d'une poigne beaucoup trop forte qui fit à nouveau lever les yeux au ciel à Drago.

- Maintenant que les choses sont claires, alors…

- Oui, va-t'en. Ta présence est à peine supportable.

Le roux expulsa un petit rire en s'écartant. Avant de sortir, il jeta un œil sur Hermione et soupira. Drago se demanda ce qui pouvait bien lui passer par la tête. Regrettait-il leur rupture ? Était-il jaloux ?

- Prends soin d'elle, dit-il simplement.

Sans lui laisser le temps de répondre, il sortit de la chambre, le laissant seul avec Hermione. Il regarda la femme qu'il aimait si fort qu'il avait été prêt à mourir pour elle et répondit à Weasley sous la forme d'une promesse qu'il se fit à lui-même.

Prendre soin d'elle, il passerait toute sa vie à le faire.

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Hermione émergea enfin alors que la nuit était en train de tomber. Drago regardait avec tendresse son petit nez se retrousser et ses sourcils se froncer avant de, finalement, ouvrir les yeux, l'air un peu ébahi, comme si elle se demandait où elle était. Leurs regards finirent par se croiser et il ne lui fallut qu'une seconde pour se redresser, soudainement très alerte.

- Drago ! dit-elle dans un souffle. Je… je me suis endormie, je… Harry ! se rappela-t-elle tout à coup. Je vais le tuer.

- Calme-toi, rit Drago en s'asseyant et en lui prenant la main. Il a eu parfaitement raison de te faire dormir un peu. Tu imagines, si je m'étais réveillé et que je m'étais retrouvé face à un zombie ? Je t'aurais quittée sur le champ.

Sa petite blague la fit sourire et elle se détendit.

- Comment tu te sens ? Est-ce que tu as mal ?

- Non, ne t'inquiète pas. Avec toutes les potions anti-douleur que je prends depuis mon réveil, je ne sens plus rien du tout. Le médicomage a dit que je pourrai rentrer à la maison demain. Apparemment, j'ai eu beaucoup de chance.

- J'ai eu tellement peur… tu ne bougeais plus et… et il y avait du sang partout, c'était…

- Shhh, c'est fini, la rassura-t-il en la prenant dans ses bras. C'est fini, Granger, je vais bien, tu vas bien aussi. Tout est terminé.

- J'ai eu si peur de te perdre, sanglota-t-elle dans son cou.

Il la serra davantage contre lui et ne put retenir son sourire qu'elle ne vit évidemment pas. C'était totalement égoïste, mais entendre sa voix paniquée à la seule idée de l'avoir perdu le remplissait de joie. C'était une preuve, bien qu'il n'en avait plus vraiment besoin, qu'elle tenait réellement à lui et que cet amour qu'elle lui avait clamé était véritable.

- Je suis là, dit-il en l'écartant légèrement pour la regarder dans les yeux. Je suis là et je ne compte pas te laisser tranquille, d'accord ?

Elle hocha la tête et essuya les quelques larmes qui lui avaient échappées.

- J'espère que tu ne comptes pas te débarrasser de moi tout de suite, parce que j'ai bien peur que vous ne soyez coincée avec moi pour un moment, Miss Granger.

Elle lui sourit, de ce sourire si pur qui le faisait craquer, et se pencha vers lui pour l'embrasser. Ils restèrent dans les bras l'un de l'autre pendant un moment, savourant juste la présence de l'être aimé. Cela faisait tellement de bien que Drago soupirait de contentement. Après toutes ces épreuves, ce moment de calme était grandement apprécié.

- Qu'est-ce qu'on va faire, maintenant ? chuchota-t-elle pour ne pas briser la quiétude de l'instant.

Il sentait que sa question enveloppait beaucoup plus que la soirée à venir. Pour lui, en tout cas, la réponse était aussi simple que limpide. Il allait officiellement divorcer et donc pouvoir former un couple officiel avec Hermione. Il attendrait un laps de temps raisonnable avant de poser un genoux à terre et il lui offrirait le mariage le plus magique qui n'ait jamais existé. Il imaginait déjà un ou deux enfants à leurs côtés, des carrières brillantes, et la vie dont il avait toujours rêvé en compagnie de celle qui rendait tout plus beau autour d'elle.

- Je vais te dire ce qui va se passer. Avec toute cette histoire, le divorce va être prononcé en un temps éclair. Prépare ton joli sourire, parce que nous ferons sûrement la Une de la Gazette très prochainement. Et ensuite, je passerai chaque jour de ma vie à essayer de te convaincre de me garder le jour suivant.

- Oh, Drago…

- Je suis sérieux, Hermione. Je ne sais pas quel genre d'ange gardien veille sur moi, mais il est très généreux. Je ne mérite clairement pas d'attirer autant ton attention, mais je promets de tout faire pour être digne de ton amour, jusqu'à ce que tu ne veuilles plus de moi.

Les yeux d'Hermione se remplirent à nouveau de larmes, mais cette fois-ci des larmes de bonheur ; du moins il l'espérait.

- Tu es idiot, sourit-elle. Tu as intérêt d'avoir de la réserve, parce que ce jour-là n'est pas prêt d'arriver.

Le regard qu'elle lui lança valait tout l'or du monde et pour la toute première fois, même s'il était persuadé de ne pas la mériter et de ne pas être à la hauteur, il comprit que ça n'avait aucune importance. Dans son regard, il y avait toute la force, tout le soutien et tout l'amour dont il avait besoin pour avancer.

Dans son regard scintillait la promesse d'un avenir heureux.

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Et voilààààà ! Bon, même s'il reste encore l'épilogue, ce chapitre était officiellement le dernier de cette fiction ! Je vais donc vous demander pour la dernière fois ce que vous en avez pensé !

Je pense quand même contenter tout le monde avec une fin pour le moins fluffy et pleine de bons sentiments ! Après les quelques montagnes russes des précédents chapitres, c'était le moins que je puisse faire ! Et puis cette histoire n'a jamais eu vocation à être dramatique ou à avoir une sad end. Depuis le début je savais qu'elle se terminerait bien :)

J'ai quand même hâte d'avoir vos retours, même si ça me fait bizarre de me dire que cette histoire est terminée... mais bon, je vais garder les grands discours pour plus tard.

On se retrouve la semaine prochaine pour un court épilogue et pas mal d'annonces à vous faire également ! :D

En attendant, merci à tous pour vos encouragements sur cette histoire !

Prenez soin de vous !