Hey hey hey :)
Me revoici (dans les temps cette fois) pour un autre topos de l'univers des fanfictions que personnellement, j'adore lire : les histoires de Saint-Valentin.
A-t-on jamais assez de sucre et d'amour dans notre vie ? Je ne pense pas… Aussi voici ma participation à cette douce tradition.
En préambule, je dois avouer que cet écrit est inspiré d'une scène de film Valentine's Day de Garry Marshall qui a immédiatement titillé mon imagination. Elle s'est finalement transformée en quelque chose de plus long et de plus abouti. J'espère qu'elle vous plaira autant que j'ai eu de plaisir à l'écrire :)
La suite sera publiée dans quelques jours.
Cher lecteur, chère lectrice, je te souhaite par avance une bonne lecture.
Bien à toi,
ChatonLakmé
T'offrir un bouquet et t'avouer que je t'aime
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Première partie
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Alors que Steve commence à sortir les bouquets composés devant la vitrine du English Garden afin d'attirer l'attention sur sa boutique, leurs couleurs délicates se détachant sans peine dans l'atmosphère un peu grise et humide de ce milieu du mois de février, il sourit légèrement en voyant déjà un client se présenter, les yeux encore à moitié endormis.
Le blond adore la Saint-Valentin.
Outre le fait qu'elle lui assure environ quinze pour cent de son chiffre d'affaires annuel et satisfait son sens profond du romantisme, peut-être un peu surprenant dans un grand corps musclé comme le sien, elle lui permet d'observer. Pendant deux jours, le jeune homme voit des gens fascinants visiter sa petite boutique et contemple toutes les formes d'amour, des plus modestes et timides sentant la confession à venir aux plus assurées, sanctifiant des noces d'argent ou de platine.
En voyant partir son premier client de la journée, un large sourire ornant ses lèvres tandis qu'il contemple avec joie un ravissant bouquet d'anémones et de genêts odorants, Steve appuie ses mains sur son comptoir en bois, veillant discrètement sur lui tandis qu'il traverse la rue. Tout en observant attentivement ses gestes tandis que le blond arrangeait les tiges vertes et effilées, le jeune homme lui a avoué avoir passé sa première nuit avec sa petite-amie. Ils n'avaient pas vraiment prévu de le faire à l'occasion de la fête des amoureux mais il veut la remercier. Parce qu'il l'aime et qu'il veut vraiment faire les choses bien. Parce qu'il sait au fond de lui qu'elle est celle qu'il a longuement attendu. C'est l'unique.
Et le blond a souri doucement tout en hochant la tête, au fond de lui attendri par cet aveu un peu timide. Avec précaution, il a arrangé le papier kraft autour du bouquet avant de le nouer d'un brin de raphia et d'y agrafer la jolie carte que l'amoureux a choisi.
Steve suit du regard le jeune homme jusqu'à ce qu'il tourne au carrefour. Il se tient plus droit maintenant que toute trace de sommeil l'a quitté et le blond pouffe doucement en remarquant qu'il s'arrête devant la vitrine du restaurant voisin pour arranger ses cheveux. Sa large poitrine se gonfle et se réchauffe légèrement à la vue de ces petits riens tendres et délicats. Le blond ne sait pas si cette fille est vraiment l'unique mais au fond de lui, Steve le lui souhaite sincèrement.
Oui, il adore vraiment la Saint-Valentin et alors que la petite clochette tinte joyeusement à l'entrée d'un monsieur âgé au maintien élégant, il sent que cette journée sera particulièrement réussie même si lui n'a personne a qui montré ses sentiments par un bouquet odorant aux pétales veloutés.
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À la fin de l'après-midi, légèrement pantelant de fatigue, Steve se dit que l'année ne sera pas seulement réussie mais franchement exceptionnelle tandis qu'il observe le ballet incessant de clients qui défilent depuis l'ouverture. Le jeune homme a à peine eu le temps de déjeuner à midi, interpellé par sa collègue et amie Natasha qui ne parvenait pas à s'en sortir seule à la caisse devant l'afflux de commandes.
Alors qu'il termine un bouquet de tulipes joyeusement colorées, Steve remercie encore une fois dans son for intérieur la journaliste qui est venu faire un petit article au sujet de son magasin il y a un mois dans le journal de la ville. La blonde au sourire plus qu'avenant l'a cité en modèle de réussite, le faisant modestement rosir devant les adjectifs dithyrambiques dont elle a rempli ses quelques lignes de texte. Le blond ne pense pas mériter la moitié de ses compliments un peu outrés.
Après tout, ce n'est que par un heureux hasard de circonstances qu'on vient de confier à sa petite boutique la décoration hebdomadaire du grand hall d'un des hôtels de luxe installés dans le quartier d'affaires. Un simple tour un peu taquin du destin après que leur directeur soit venu acheter une composition au English Garden pour l'anniversaire de sa fille il y a quelques semaines. Natasha l'a gentiment taquiné en lui disant que c'est sans nul doute parce que l'homme n'a cessé de le dévorer des yeux mais Steve, même s'il ne nie pas l'intérêt que le sémillant directeur lui a porté tout en prenant soin de lui laisser son numéro de portable, ose espérer que la raison de son choix a été plus professionnelle que guider par ses envies. Le jeune homme est très fier du English Garden, de la sensibilité qui se dégage des bouquets composés, des couleurs toujours éclatantes et fraîches des fleurs coupées et des belles plantes d'intérieur exotiques et rares qu'il parvient à trouver. Le blond préférerait de loin que sa boutique et le bouquet de roses et gardénias qu'il a composé pour la fille du directeur soient l'unique raison de son choix pragmatique et esthétique car ils viennent de signer un contrat reconductible pour un partenariat de trois ans à un tarif qui l'a fait difficilement déglutir. Et Steve, droit et honnête, veut mériter son salaire.
Le jeune homme sourit au couple de femmes qui vient de le solliciter pour choisir une plante verte afin d'orner leur appartement. Autour de leurs cous, elles portent la même bague en pendentif et il trouve cela vraiment beau.
« Vous comprenez, on vient d'emménager ensemble. On veut marquer le coup… », lui sourit une pétillante jeune femme aux cheveux courts, amoureusement pressée contre sa petite-amie, une séduisante blonde.
Il hoche légèrement la tête.
« C'est une très belle manière de faire les choses. Avez-vous une préférence ? », leur demande Steve.
La blonde ricane.
« … Quelque chose d'increvable ce serait bien. Mary n'a pas vraiment la main verte… »
« Je vois. » Steve rit doucement avec les deux jeunes femmes. « Je pense avoir ce qu'il vous faut. Suivez-moi. »
Le blond les guide jusqu'au fond du magasin et sort d'une haute étagère en bois un grand palmier au beau feuillage vert.
« C'est un Dracaena Marginata, une plante originale de Madagascar », dit-il tout en effleurant doucement du doigt une longue feuille effilée.
« Vous êtes sûr ? C'est vraiment… grand… », lui demande la brune en haussant un sourcil un peu circonspect.
D'un geste, Steve les invite à toucher à leur tour les grandes feuilles, douces et un peu fraîches.
« Ne vous y trompez pas. C'est une plante qui demande peu de soins », la rassure Steve avec un sourire. « Elle est très résistante, n'a besoin que d'un peu d'eau et si vous oubliez de l'arroser, elle y survivra plusieurs semaines. Pas besoin de la tailler non plus. »
« Je l'aime bien… On dirait un petit arbre », murmure la blonde tout en observant attentivement les troncs fins délicatement ornés de nœuds rougeâtres. « Qu'est-ce que tu en penses ? », demande-t-elle à sa petite-amie.
La brune fait une petite moue.
« Ça me convient. Elle fera très bien à côté du canapé dans le salon. »
La jeune femme frappe dans ses mains avec enthousiasme.
« Ok, on la prend », annonce-t-elle avec un sourire ravi à Steve.
Tandis que le blond attrape le pot pour l'approcher de la caisse, il sent le regard malicieux que pose sur lui la blonde et le jeune homme lui adresse un sourire poli mais un peu hésitant, vaguement inquiet de la lueur qui brille dans ses yeux.
« Au fait, comment vous appelez-vous ? », lui demande-t-elle avec intérêt.
Steve cherche rapidement du regard sa petite-amie qui est restée derrière eux et observe avec une vague incrédulité un grand bananier de plus de deux mètres cinquante de haut.
« Steve. Steve Rogers », lui répond le jeune homme d'un ton poli.
Il ne veut pas croire que la blonde profite de l'absence de sa moitié pour tenter d'obtenir son numéro. Steve n'est pas un homme narcissique mais c'est déjà arrivé une ou deux fois depuis le début de la journée et cela lui laisse un goût un peu amer. Le blond est prudent dans ses affections mais il reste un grand amoureux. Il n'a juste pas encore trouvé la personne qu'il pense lui être destiné et l'idée qu'on vienne le draguer dans sa boutique le jour de la fête des amoureux serre un point sa poitrine. Il pense quand même mériter mieux qu'un coup rapide avec une personne déjà engagée tandis qu'elle vient acheter des fleurs pour sa moitié. Dans son cœur romantique, l'idée le révulse un peu.
« Hum hum… » Steve revient brusquement à la jeune femme en l'entendant acquiescer. « Est-ce que ça te convient ? », interroge-t-elle sa petite-amie qui vient de les rejoindre tout en regardant avec intérêt des orchidées en pot.
La brune lève un pouce en l'air en signe d'approbation et elle glousse doucement.
« Alors elle s'appellera Steve. » Le jeune homme écarquille les yeux de surprise avant de rougir légèrement de sa méprise. « On nomme toujours les choses vivantes chez nous, ça leur donne de la personnalité. On a déjà un poisson rouge qui s'appelle Sushi vous savez… »
Steve éclate de rire et s'agenouille devant la plante pour entourer délicatement le pot d'un papier bulle afin d'en conserver l'humidité.
« Je suis flatté et je trouve que c'est une très jolie tradition. »
Le blond encaisse le paiement et dépose avec précaution le pot dans les mains de la brune qui s'est précipitée vers lui pour l'aider tandis qu'il se relevait avec le Dracaena Marginata. Il la remercie d'un joli sourire avant de vérifier qu'elle tient bien la grande plante.
« N'hésitez pas à revenir si vous avez besoin de conseils pour Steve », ajoute-t-il avec taquinerie.
Le blond les raccompagne jusqu'à l'entrée du magasin afin de leur tenir la porte et leur fait un petit signe amical de la main pour répondre aux grands gestes ravis de la blonde depuis le trottoir.
Riant doucement, le jeune homme tourne les talons pour rejoindre Natasha qui peine à satisfaire un petit garçon accompagné de son père qui ne cesse de commenter la composition du bouquet qu'elle arrange sous ses yeux avant de s'arrêter au milieu de la boutique.
Dans son dos, la petite clochette de l'entrée vient à nouveau de tinter joyeusement. Steve jette un petit sourire d'excuse à son amie et revient rapidement au comptoir en deux grandes enjambées pour encaisser le vieux monsieur qui vient chaque année acheter le même bouquet de dix roses qu'il offre à son épouse, une adorable octogénaire dont la mémoire devient de plus en plus défaillante.
Alors qu'il emballe les fleurs joliment panachées en rose, mauve, orange et blanc dans du papier cristal, le jeune homme fronce légèrement les sourcils en observant le nouveau client qui attend son tour à côté de l'entrée. Steve remarque sans peine que, tout en faisant semblant d'observer les fleurs coupées, l'homme jette des regards gourmands et assez insultants sur ses clientes, venues de sa boutique accompagnées de leur compagnon ou mari. Le blond écarquille les yeux en voyant l'homme se lécher soudain vulgairement les lèvres quand une jolie rousse passe à côté de lui au bras de son petit-ami, son regard fouillant sans vergogne dans l'échancrure de son pull vert et les ombres de son manteau camel qui dissimule ses formes.
Crispant ses doigts sur les billets que lui tend son client régulier aux cheveux argentés, Steve le déteste immédiatement.
Malgré son costume à plusieurs milliers de dollars et le fait qu'il transpire l'assurance des gens qui n'ont pas l'habitude de se faire refuser quoi que ce soit, l'homme est incroyablement vulgaire. L'espace d'un instant, Steve se demande s'il est vraiment venu acheter un bouquet à l'occasion de la Saint-Valentin ou si la fête des amoureux est juste un prétexte pour dévisager sa clientèle d'un regard luisant.
À côté de lui, il entend Natasha pousser un léger soupir de soulagement tandis qu'elle achève enfin son bouquet. Laissant Steve encaisser le paiement, la jeune femme passe souplement du comptoir dans la boutique afin de le tendre à l'enfant dont les yeux brillent d'émerveillement. Du coin de l'œil, le jeune homme voit le client étrange se décaler de l'autre côté du magasin pour mieux déshabiller son amie du regard, ses yeux revenant sans cesse à ses fesses, joliment mises en valeur par son jean sombre.
Saluant distraitement le père et son fils qui gagnent l'entrée, Steve voit rouge et vient rapidement à sa rencontre. Les poings légèrement serrés, le blond se place rapidement entre lui et Natasha afin d'attirer son attention et de préserver son amie tant le regard concupiscent posé sur elle lui semble sale.
« Bonjour monsieur. Est-ce que je peux vous aider ? », le salue-t-il d'un ton poli mais froid.
Avec une pointe de satisfaction, Steve voit l'homme froncer les sourcils devant le dérangement avant de frissonner de dégoût en remarquant le regard appréciateur qu'il lui lance accompagné d'un sourire charmeur, haussant un sourcil agréablement surpris.
« Oui, tout à fait », lui répond-il d'une voix soyeuse que le jeune homme trouve parfaitement insupportable. « Je souhaiterais faire parvenir deux bouquets à ces deux adresses », annonce l'homme tout en sortant son portefeuille de la poche intérieure de son manteau de créateur.
La mâchoire serrée, Steve lui tend un imprimé à remplir pour la commande, retenant à grande peine la grimace de dégoût qu'il sent poindre sur ses lèvres.
Deux bouquets.
Pour deux personnes différentes.
Pour la Saint-Valentin.
Juste parfaitement et irrémédiablement répugnant.
Le blond récupère les deux documents et y jette un rapide coup d'œil. Une femme habitant dans les beaux quartiers, probablement l'épouse. Et… Steve écarquille les yeux.
Un nom d'homme. Habitant dans un quartier résidentiel à la population plutôt jeune et branchée, proche de l'université et tout proche de son magasin.
L'amant…
« Bien sûr, aucun de vos deux clients ne doit avoir connaissance de l'existence de l'autre. Je laisse cela à votre… discrétion », ajoute l'homme en costume sur un détestable ton de confidence tandis qu'il hausse un sourcil entendu.
« … Bien sûr oui, je comprends. » Steve enfonce ses ongles dans ses paumes pour ne pas lui mettre son poing dans la figure. « Que souhaitez-vous comme type de bouquets ? », lui demande-t-il d'un ton professionnel.
Le client fait une petite moue.
« Un énorme bouquet de roses rouges pour la dame. Un peu comme ça », dit-il tout en montrant un bouquet posé en vitrine dans un vase en verre. « Mais plus gros. Quelque chose de vraiment grandiose. Je suis prêt à acheter toutes les roses qui vous restent », précise l'homme avec un air terriblement arrogant. « Et pour mon… ami, faites une composition plus simple. Quelque chose de coloré mais de pas trop sentimental. Autour de cinquante dollars. Peu importe quelles fleurs vous utiliserez de toute manière, il sera follement heureux dans tous les cas. »
Il ricane et Steve trouve le son horriblement méchant et méprisant. De toute évidence, son amant sera sincèrement heureux de son attention mais il ignorera que cela a été fait sans le moindre sentiment.
« … Entendu. » Le blond inspire légèrement. « Est-ce que vous connaissez les préférences de votre... ami ? »
L'homme a un rire si vulgaire que Steve s'étrangle à moitié.
« Oui, mais pas vraiment en termes de botanique… »
Cette fois-ci, les émotions outrées de Steve doivent transparaître de manière parfaitement évidente sur son visage car l'homme fronce les sourcils avant de se pencher vers lui sur le comptoir.
« Je suis venue ici car ma femme a entendu parler de votre magasin dans ce stupide journal local. Vous êtes libre de me juger mais je suis dans le business alors que je sais que les affaires sont les affaires. Je suis prêt à aller voir ailleurs si mon argent vous répugne autant… », dit-il d'un ton mielleux qui écœure définitivement Steve. « De plus, vous êtes un homme terriblement séduisant, je suis sûr que vous n'êtes pas contre les amusements… », ajoute l'homme avec un air complice. « Si vous le connaissiez, vous ne me feriez pas des yeux aussi noirs et réprobateurs. Mon dieu, il fait des choses si incroyables avec ses mains et sa langue. Et ses petits gémissements quand il se tortille sous moi… »
L'homme éclate d'un rire franchement obscène tout en se léchant les lèvres en regardant Steve en dessous, comme si ce geste franchement grossier était de nature à établir la moindre forme de complicité entre eux.
Devant l'absence de réaction du blond, le client finit par hausser les épaules, un petit sourire vaguement méprisant aux lèvres, et ouvre son portefeuille pour sortir une liasse de billets de cent dollars. Il la pose sur le comptoir d'un geste assuré qui donne définitivement envie au jeune homme de lui mettre son poing dans la figure avant de poser un point sur sa hanche, son regard parcourant à nouveau les muscles puissants de son torse et de ses cuisses avec attention.
Steve serre les poings, ses ongles s'enfonçant douloureusement dans ses paumes car au fond, l'homme a désagréablement raison. Il vient de passer une commande de plus de trois cents dollars. Le jeune homme ne peut pas vraiment se permettre de refuser pour ses convictions.
Au fond de lui, le blond a soudain un peu honte. Il pensait avoir plus de droiture que cela mais il a commandé ses fleurs pour la Saint-Valentin il y a deux jours et elles n'attendront pas une journée de plus avant de commencer à se faner. Les jeter lui serrerait le cœur, sans compter les milliers de dollars qu'il mettrait également à la poubelle en même temps.
D'une main rendue légèrement fébrile par l'indignation, Steve encaisse l'argent et tend son reçu à l'homme. Celui-ci glisse soigneusement celui du bouquet de roses dans son portefeuille avant de le ranger dans son manteau et délaisse l'autre sur le comptoir, sans lui accorder le moindre regard.
« Jetez l'autre, je n'en veux pas », réplique-t-il d'une voix froide. « Et inutile de remettre les bouquets en main propre. Les immeubles ont des concierges, vous n'aurez qu'à leur déposer. »
« Bien monsieur. Bonne journée. »
Steve serre les dents, tout son corps vibrant de colère tandis qu'il suit soigneusement l'homme du regard afin de s'assurer qu'il quitte bien sa boutique, emportant avec lui son arrogance, sa vulgarité et son profond mépris.
Le jeune homme soupire imperceptiblement de soulagement en le voyant s'éloigner sans un regard sur le trottoir et s'empare des deux factures. Il pose les imprimés sur la pile des commandes à assurer d'ici dix-neuf heures et commence à assembler le somptueux bouquet de roses rouge que l'homme vient à l'instant de lui commander.
Steve l'achève assez distraitement, ajoutant quelques feuillages vert émeraude, et pose l'énorme composition dans un seau partiellement empli d'eau dans l'arrière-boutique avec les autres préparations. En contemplant les épais pétales veloutés des roses Monte Carlo d'un pourpre profond, la variété la plus spectaculaire qu'il a choisie pour la fête de Saint-Valentin, le jeune homme se mord les lèvres de dépit. Vraiment grandiose, parfaitement arrogant et surtout complètement impersonnel. Il a un petit sourire vaguement satisfait en songeant que cette variété, d'une remarquable longévité, offrira un savoureux contraste d'ironie quant aux sentiments très volatiles de monsieur. Une bien maigre consolation.
Le blond retourne dans le magasin et aide un instant Natasha avant de retourner au second bouquet.
Quelque chose de coloré mais pas trop sentimental.
Pour cinquante dollars.
Il se mord les joues, une sourde colère montant en lui. Cinquante dollars pour un bouquet dont le client se moque éperdument mais que son amant semble sincèrement aimer et alors qu'il vient d'en dépenser plus de deux cents pour son épouse. Les lèvres soigneusement closes, Steve s'autorise à penser que cet homme est sans aucune doute le dernier des enfoirés et va se placer devant le râtelier des bouquets déjà composés afin de faire son choix. Par esprit de revanche, le jeune homme décide qu'il prendra tout son temps pour réaliser cette deuxième commande, y mettant plus de lui-même puisque son client en a été incapable.
Le blond est en train d'hésiter entre un bouquet mauve et blanc et un autre, plus coloré, quand soudain un éclat jaune sur sa droite attire son attention.
Steve tourne la tête vers le râtelier contenant les fleurs coupées avant de se mordiller les joues.
Des roses jaunes…
Il hésite un instant, grattant le tissu de son pull d'un ongle. Cette histoire ne le regarde pas et ce serait un choix assez minable car il se considère comme un homme droit et honnête.
Mais d'un autre côté…
Steve se dirige lentement vers le présentoir. Il déteste l'injustice et la malhonnêteté et il pense vraiment que l'homme mérite une leçon. Dans son cœur trop romantique, le blond est persuadé que personne ne peut fondamentalement être heureux et pleinement épanoui dans une relation adultère. Surtout pas un amant caché pour lequel on a si peu d'attentions. Le blond ne connaît pas ce J. B. Barnes mais il est persuadé qu'il ne peut que mériter mieux que le manque de considération flagrant de l'enfoiré qui lui sert de petit-ami et qui voit en lui un amusement capable de jolis gémissements.
Steve inspire profondément et, le bout de ses doigts le picotant légèrement, il saisit une dizaine de roses jaunes et une poignée de germinis blancs avant de commencer à assembler un bouquet rond, agrémentés de feuillages vert tendre et de petites fleurs de saison.
Une fois achevé, le blond le regarde un instant.
Sa composition lui plaît immédiatement. Le délicat nuancier de jaune, de blanc et de vert lui donne un air champêtre que le jeune homme trouve tout à fait agréable et décoratif, quelque chose de plus personnel qu'un bouquet type de Saint-Valentin et qui indique une attention particulière. Il est de bon goût et élégant sans toutefois murmurer de trompeuses paroles d'amour que le blond refuse de cautionner. Au fond de lui, Steve se dit qu'il aimerait bien que le destinataire de son bouquet apprenne que quelqu'un a fait l'effort de le composer pour lui et que l'homme en costume au portefeuille bien garni n'a même pas eu cette délicatesse.
Alors que le rythme des clients s'apaise enfin, Natasha vient l'aider à charger les bouquets dans la petite camionnette de livraison. Quand Steve lui tend le bouquet jaune et blanc, la jeune femme fronce légèrement les sourcils et le jeune homme sent sa gorge se serrer légèrement.
« Qui a commandé ça ? Un bouquet jaune est incroyablement indélicat pour la Saint-Valentin… », dit-elle tout en posant le seau sur le plancher du véhicule, effleurant du bout des doigts le feuillage vert.
Le blond rougit légèrement et retourne chercher avec empressement la prochaine commande afin de la lui donner. Il grogne discrètement en remarquant qu'il s'agit de l'énorme bouquet de roses rouges et son mécontentement grandit en entendant Natasha siffler d'admiration.
« Eh bien voilà, ça c'est un vrai bouquet de Saint-Valentin. Bon sang, il a dû coûter plus de deux cents dollars… », murmure la jeune femme avec une pointe d'envie.
« Deux cent cinquante très précisément si tu veux savoir. Mais je ne me suis jamais senti aussi sale de toute ma vie en acceptant ces billets… Le client était vraiment un sale type », grogne Steve.
Jetant un petit regard admiratif à la composition tandis qu'elle la dépose avec précaution au fond du véhicule, son amie acquiesce doucement.
« Je vois… Mais c'est quand même un beau bouquet », souffle-t-elle et le jeune homme sait que c'est faux sinon jamais Natasha n'éprouverait le moindre émerveillement pour ce bouquet incroyablement prétentieux. « Tu n'aimerais pas qu'on t'en offre un semblable Steve ? Je sais qu'au fond de toi tu es un grand romantique… »
Le blond lève les yeux au ciel, se penchant en avant pour récupérer un autre sceau garni de bouquets blancs.
« Je n'aime pas trop les roses rouges… Et ce n'est pas la question », s'empresse-t-il d'ajouter alors que Natasha ricane et le bouscule amicalement dans les côtes. « Bon, tu vas t'en sortir ? »
La rousse lui adresse un regard outré et Steve évite de justesse le petit coup de pied vengeur qu'elle lui donne depuis le plancher de la camionnette.
« Bien sûr Steve », lui répond-elle tout en sautant agilement sur le trottoir. « Le plus gros des clients est passé je pense. À cette heure ce seront plutôt nos habitués du quartier ou les étourdis qui me regarderont avec une reconnaissance infinie si je leur permets de repartir avec un cactus. Ils seront tous plutôt tranquille. Je te jure, j'aurais volontiers mis dehors ce père et son gamin cette après-midi… »
Le jeune homme glousse joyeusement avant de fermer la porte arrière et de se glisser derrière le volant.
« J'en ai pour une heure et demie environ. Appelle si tu as besoin de quoi que se soit Nat', je ne serais pas loin. »
Steve la salue à travers la fenêtre ouverte de la camionnette tandis qu'il met le contact avant de s'engager souplement sur la route. D'un regard, il consulte sa liste de livraison et prend la direction du nord de la ville. Même si le jeune homme souhaite s'en débarrasser le plus vite possible, l'énorme bouquet rouge attendra. Le quartier résidentiel aisé est peu trop loin de son circuit pour qu'il s'y aventure dès maintenant. Il devra donc supporter de voir les pétales pourpres dans son rétroviseur encore un peu. Quant à la modeste composition blanche et jaune, Steve veut prendre son temps pour la donner à son destinataire, sa poitrine bourdonnant lentement de curiosité. Il veut voir l'expression de J. B. Barnes quand il le lui offrira.
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Quand le jeune homme sort de l'immeuble de son avant-dernière livraison, il se retourne un instant pour contempler le bâtiment, gigantesque, moderne et incroyablement luxueux.
Comble du hasard, l'épouse de son détestable client est entrée dans l'immeuble au moment où il déposait le bouquet de roses auprès du concierge, raide et l'air pincé derrière son comptoir en verre et acier décoré de fleurs blanches disposées sans goût dans de prétentieux vases en verre. La femme, quadragénaire au sourire relativement sympathique mais teinté d'une légère arrogance, l'a chaudement remercié pour la somptuosité de sa composition et Steve a presque eu de la compassion pour elle. Jusqu'à ce qu'une moue ne déforme ses lèvres habilement retouchées par la chirurgie esthétique et qu'elle ne fasse la réflexion que les roses auraient pu être plus grosses, plus rouges et plus nombreuses. Le blond est parti d'un pas raide, les lèvres pincées, finalement plus aussi compatissant sans cela.
Le jeune homme remonte dans sa camionnette et regarde longuement sa liste dont les lignes sont à présent soigneusement barrées. Il ne lui reste plus qu'une livraison.
J. B. Barnes, 11 Washington Street.
Steve met le contact et s'arrête une quinzaine de minutes plus tard devant un immeuble bas plein de charme qui lui plaît immédiatement. Sortant de la camionnette, le jeune homme observe les alentours. Le blond adore ce quartier, un ancien bastion populaire reconverti depuis une vingtaine d'années en voisinage pour étudiants et jeunes actifs branchés. La rue ronronne doucement au rythme de la musique qui anime les bars trendy des environs et de l'énergie qui semble surgir de chaque espace de coworking, de chaque restaurant et de chaque agence de communication et nouveaux médias qui scandent les façades régulières des immeubles.
Le jeune homme récupère le bouquet jaune et blanc et, traversant le trottoir, lit attentivement les noms sur l'interphone. Au troisième niveau, il identifie le nom du jeune homme à côté d'un « T. Stark ». Serrant ses doigts sur les longues tiges humides, Steve se mordille les joues.
Est-ce qu'il se serait trompé ? Serait-il possible que cette relation adultère soit en réalité pleinement partagée ?
Le blond hésite un instant avant d'appuyer délicatement sur le petit bouton en cuivre tout en secouant doucement la tête. Le bouquet est déjà dans sa main et il a été payé par le client. C'est trop tard et Steve se rassure en songeant que la probabilité que J. B. Barnes ou T. Stark soit sensible au langage des fleurs doit frôler le néant.
Le haut-parleur grésille un instant avant de crachoter.
« Tony, c'est toi ? Tu as encore oublié tes clés ? »
Steve frissonne violemment.
La voix est belle.
Vraiment belle malgré la déformation induite par le haut-parleur.
Grave et légèrement rauque, elle roule sur sa peau comme un murmure chaud et agréablement. Il déglutit légèrement.
« …N- Non. Je suis de la boutique English Garden et j'ai une livraison pour vous », annonce le blond, sa main se resserrant légèrement sur le bouquet.
« Vraiment ? » Steve serre les dents en entendant l'exclamation de surprise ravie du jeune homme. « Oh. Eh bien- Hum- Je vous ouvre. Troisième étage à gauche de l'escalier. »
« Merci. »
Steve pousse la porte en pénètre dans le vestibule de l'entrée avant de sourire légèrement. L'immeuble a gardé son cachet ancien et a été soigneusement réhabilité. Les boîtes aux lettres sont en bois, patinées par des dizaines de mains à travers le temps et le sol décoré de carreaux de ciment aux motifs géométriques. C'est un peu désuet et charmant mais dans la légère obscurité qui noie le petit hall, la couleur solaire de son bouquet lui semble irradier littéralement de méchanceté et Steve se sent mal.
Alors qu'il traverse à pas lents l'entrée pour rejoindre l'escalier, une voix nasillarde le coupe soudain dans son élan.
« J' peux vous aider ? »
Steve se retourne et remarque un homme dans l'encadrement d'une porte qui le regarde avec suspicion.
« J'ai une livraison pour M. Barnes », lui répond-il avec un sourire avenant.
« Hum… Un cadeau de son Sugar Daddy hein… », renifle l'homme avec un profond mépris qui donne envie à Steve de lui enfoncer la cigarette qui pend à ses lèvres au fond de la gorge. « Laissez, je vais m'en occuper. Pas sûr que Bucky soit là… », dit-il tout en faisant un geste vers lui.
Le jeune homme recule vers l'escalier et monte rapidement les deux premières marches.
« Impossible. Je dois effectuer une livraison en main propre et il m'a ouvert la porte sur la rue », ment Steve avec aplomb. « Mais merci. »
L'homme lui adresse un dernier regard légèrement suspicieux avant de hausser les épaules et de rentrer dans sa petite loge.
Steve soupire de soulagement et monte les escaliers quatre à quatre. Malgré la situation un peu ubuesque, il sent un agréable ronronnement dans son estomac.
Bucky.
Le blond trouve le surnom charmant.
Arrivé au troisième étage, il inspire profondément avant de frapper à la porte de l'appartement, ses yeux lisant avec attention le nom complet des occupants consigné juste à côté du numéro en cuivre de la porte.
« Oui, un instant. »
Steve passe une main légèrement fébrile dans ses cheveux blonds. Tout à coup, le jeune homme se sent bien moins sûr de lui. Le bouquet lui semble crier de manière atrocement vulgaire ce qu'il a voulu dire et qui ne le regarde absolument pas et il sent la honte lui brûler les joues. J. B. Barnes n'a sans doute pas besoin d'un ridicule chevalier en tablier noir pour l'aider dans ses histoires de cœur.
Quand la porte s'ouvre dans un petit déclic, tournant souplement sur ses gonds, le jeune homme oublie immédiatement son malaise tandis qu'un vague gémissement d'exaspération incrédule monte dans sa gorge.
Si le destin lui a été favorable en lui offrant ce merveilleux contrat avec l'hôtel de luxe, à cet instant précis, il semble avoir décidé de lui jouer le pire des vilains tours. Un peu hébété, Steve se dit que la vie est parfaitement injuste tandis qu'il contemple l'occupant de l'appartement.
James Buchanan Barnes est beau.
Vraiment beau avec ses traits fins, presque féminins, qui contrastent joliment avec la barbe de trois jours qui ombre délicatement ses joues, la ligne forte de sa mâchoire et ses cheveux bruns et courts en bataille. Le corps ciselé mais aux formes solides et puissantes est mis en valeur par un polo fin dont le jeune homme a retroussé les manches, dévoilant une peau blanche terriblement séduisante, et un jean slim sombre qui s'enroule sensuellement autour de ses longues jambes.
Steve sent son cœur se serrer en voyant un sourire de joie pure illuminer brusquement le beau visage qui lui fait face, faisant pétiller les plus beaux bleus que le blond n'a jamais vu.
« C'est- C'est pour moi ? », lui demande le brun en désignant de la tête le bouquet.
Steve se racle la gorge.
« Oui. Signez là s'il vous plaît », lui demande-t-il tout en lui tendant un reçu.
Leurs doigts se frôlent dans l'échange et le blond remarque leur blancheur et leur finesse. Il a un sourire un peu triste en voyant le jeune homme saisir son cadeau avec mille précautions avant d'enfouir adorablement son nez dans les pétales jaunes des roses pour respirer leur parfum.
James Buchanan Barnes est exactement le type d'homme que Steve voudrait chérir et qu'il aimerait faire gémir avec dévotion sous ses doigts et sa bouche. Plus encore qu'il aimerait aimer, entièrement et sans concession.
Mais il est l'amant d'un autre.
D'un homme puissant et riche incroyablement vulgaire qui n'a pour lui que l'estime qu'il pourrait éprouver pour un bel objet dont il peut jouir comme d'un honteux et vilain petit secret.
Le jeune homme serre les poings de colère et ouvre légèrement la bouche.
La vérité lui brûle les lèvres et les mots se bousculent. Il veut lui avouer ce que signifient les teintes solaires mais trompeuses de son bouquet et lui murmurer avec une pointe de timidité qu'il est celui qui l'a fait pour lui. Uniquement Steve alors que son client n'a pas même voulu de la facture.
Quand il croise à nouveau le regard de James, pétillant d'une joie sincère teintée d'un adorable étonnement, le blond se mord les joues.
Son amant est un enfoiré mais s'il le rend heureux, c'est déjà plus que la plupart des gens. À la vue de son bonheur manifeste devant son modeste cadeau de Saint-Valentin, le jeune homme se dit que son client doit au moins le traiter correctement. Il refuse de prêter foi aux paroles venimeuses du concierge. Son client ne peut pas être le Suggar Daddy de James sinon il aurait sans le moindre doute plus de considération pour lui. Quant à ce dernier, si beau et doux, Steve ne l'imagine tout simplement pas se faire entretenir. Il rejette cette idée de toutes ces forces plutôt que de songer un peu absurdement au fait que rien ne serait possible entre eux dans ce cas précis. Le blond est son propre patron, les affaires tournent bien mais pas au point de lui permettre de dépenser des milliers de dollars pour vénérer un homme tel que James Buchanan Barnes. Si tant est qu'une telle somme puisse réellement être le prix de la beauté et du doux sourire du brun. Steve en doute.
Le blond crispe ses doigts sur son jean.
Il ne peut pas lui faire de peine. Il ne peut pas lui dire la vérité et voir ce superbe regard se troubler.
« Oui ? »
Le brun le regarde avec une curiosité un peu méfiante, ses doigts se resserrant imperceptiblement sur son bouquet et Steve déglutit. Il doit partir.
« Je- Rien. Excusez-moi. Bonne fin de journée et bonne Saint-Valentin », lui lance le blond tout en s'éloignant sur le palier.
« Merci. Vous aussi », murmure le jeune homme en retour avant de lui offrir un sourire, beau mais poli, et de refermer sa porte.
Son cœur battant férocement dans sa poitrine, le blond dévale les escaliers et ignore soigneusement les récriminations du concierge sur le bruit qu'il vient de faire sur les vieilles marches en bois. Steve regagne sa camionnette et démarre en trombe pour regagner sa boutique.
Les mains crispées sur le volant, il sait qu'une mauvaise nuit s'annonce, provoquée par de pénétrants yeux bleus et un sourire emplit de bonheur.
Entièrement tournés vers un homme qui en est plus qu'indigne tandis que, un peu égoïstement, Steve se persuade qu'il pourrait le rendre mille fois heureux.
o0O0o
Alors qu'il emballe soigneusement un pot de jasmin, Steve a un sourire un peu mélancolique.
Le bleu pâle des petits pétales lui évoque brièvement la couleur des yeux de James Buchanan Barnes. Mais il manque le brillant de la pupille et la délicate nuance de bleu qui lui évoque irrémédiablement un clair ciel d'été.
Il soupire légèrement tout en encaissant l'achat de la jeune femme qui vient acheter un cadeau pour un parent hospitalisé, les joues roses devant lui, mais Steve le remarque à peine. Tandis qu'elle sort tout en lui lançant un dernier regard que le blond ne lui retourne pas, il appuie son menton dans sa main sur le comptoir et pousse un petit soupir distrait.
À ses côtés, Natasha ricane.
« Dis-moi, Steve, est-ce que tu aurais quelque chose à m'avouer ? Du genre que tu as eu le coup de cœur du siècle ? Tu soupires comme une âme en peine depuis une semaine », pouffe son amie.
Le blond lève les yeux au ciel et prépare mentalement une réponse pour essayer de la détromper quand la petite clochette de la porte d'entrée retentit, lui épargnant cette peine.
Steve n'est pas fier de ce qu'il a fait mais il veut conserver l'image du brun dans son cœur, gardé comme un précieux secret et comme l'unique preuve un peu mortifiante qu'une fois dans sa vie, il a été égoïste.
Profitant de la distraction de la jeune femme devant leur nouveau client, le blond se glisse du comptoir dans la boutique et s'approche du râtelier des fleurs coupées afin d'arranger le contenu des seaux de la partie médiane.
« Excusez-moi ? Est-ce que je peux vous parler ? »
Steve se retourne lentement, une gerbe de glaïeuls dans les bras.
Cette voix…
Impossible que…
Il se fige brusquement en croisant le regard bleu de James Buchanan Barnes. De Bucky.
Le jeune homme est en face de lui, vêtu d'un jean sombre, d'un polo et d'une veste. Comme le jour de leur rencontre il y a une semaines.
Le blond déglutit.
Ses premières impressions envahissent à nouveau sa tête.
La beauté du visage, les reflets des cheveux noirs, les lignes sensuelles du corps.
La seule différence est l'éclat des yeux, plus ternes, rehaussés par des cernes bleutés qui entourent les prunelles céruléennes.
Steve pose lentement son bouquet sur le comptoir avant de voir Bucky se rapprocher, se mordillant les lèvres et semblant éviter son regard.
« Je suppose que vous ne vous souvenez pas de moi ? », murmure le brun en s'arrêtant devant lui, les mains enfouies au fond de ses poches.
« Si ! » L'exclamation de Steve le fait sursauter légèrement. « Si. Si, je- je me souviens », répond le jeune homme d'un ton un peu plus calme. « Une livraison, il y a une semaine. »
Il serait plus exact de dire qu'il n'a jamais oublié.
Allongé dans son lit la nuit, emmêlé dans ses draps, Steve a souvent repensé aux yeux bleus si vibrant de joie qu'il a croisé quand la porte de l'appartement s'est ouverte pour dévoiler son précieux occupant. Et, un peu égoïstement, son cœur s'est serré en repensant à l'injustice de la situation.
Steve voit Bucky danser d'un pied sur l'autre, mal à l'aise. Il lui sourit avec douceur, tentant de contrôler l'agitation qui vibre dans chacune des fibres de son corps et la sourdre appréhension qu'il sent monter en lui à l'idée de la suite de leur conversation.
Avec une légère inquiétude, il voit le brun ouvrir et fermer la bouche plusieurs fois avant d'inspirer profondément. Le jeune homme relève soudain les yeux vers lui et Steve se fige en voyant danser dans ses yeux si beaux une étincelle de colère. Il déglutit douloureusement.
« Vous saviez n'est-ce pas ? », lui demande Bucky d'un ton froid.
Et pour une fois, Steve décide d'être lâche. Il baisse les yeux sur le comptoir pour contempler les somptueux glaïeuls qu'il est en train d'arranger.
« Je vous demande pardon ? »
Bucky se passe une main énervée dans les cheveux et Steve note distraitement la manière dont les mèches s'ébouriffent adorablement.
« Mon colocataire est rentré de formation il y a deux jours. Quand il a vu le bouquet sur la table du salon, il m'a dit que les roses jaunes étaient le symbole de l'infidélité. Tony connaît le contenu de l'Encyclopaedia Universalis par cœur, il ne se trompe jamais », siffle le brun d'une voix accusatrice.
Derrière le comptoir, Steve rentre légèrement sa tête entre ses épaules, les joues brûlantes. Il faut croire que le néant n'est pas aussi absolu qu'il le pensait. Le blond remarque à peine que Bucky lui a parlé de Tony Stark comme son colocataire et que donc, dans l'ensemble, son raisonnement était juste. Le jeune homme est juste en train de se consumer de honte.
« Jamais mon- jamais il n'aurait fait une chose pareille. C'était donc vous. » Steve se ratatine sous le regard tranchant de Bucky. « Et c'était incroyablement mesquin de votre part. »
La sentence tombe, effilée comme une lame d'acier, accusatrice et horrible de vérité. Le blond est sincèrement mort de honte et il réalise le caractère puéril de sa réaction quand cet homme est venu commander ses fleurs pour la Saint-Valentin.
« Je- Je… », balbutie-t-il, absolument mortifié.
« Vous avez essayé de me le dire ce jour-là, n'est-ce pas ? Quand vous m'avez donné le bouquet ? »
Steve relève la tête au ton plus doux mais profondément las de Bucky.
« Vous le saviez Dieu sait comment et vous avez voulu me dire la vérité », répète le jeune homme. « Merde, je- j'étais tellement heureux qu'il pense à moi avec ce bouquet et pas seulement pour- Le jour de la Saint-Valentin en plus… »
Le brun ricane mais Steve a le cœur serré en entendant la douleur qui transpire à chacun de ses mots. Même s'il ignore comment faire, il aimerait le réconforter mais Bucky ne lui en laisse pas le temps.
« Je me sens tellement stupide… Tellement sentimental. Alors qu'il- »
Un petit sanglot brise soudain sa voix alors qu'il cache ses yeux derrière une main tremblante.
Steve enfonce ses ongles dans ses paumes. Il a tellement envie de serrer le jeune homme contre lui, de caresser doucement ses cheveux et de le réconforter, de le cajoler comme il est sûr qu'il le mérite. Parce qu'en voyant sa sensibilité tendre et délicate, Steve est certain que James Buchanan Barnes est un homme merveilleux.
Le blond sent le regard interrogateur de Natasha peser sur lui, sur eux tandis qu'elle conseille une cliente. Le jeune homme lui fait signe que tout va bien mais qu'il prend une pause. Il passe rapidement de l'autre côté du comptoir dans le magasin et bien malgré lui, pose doucement sa main sur le poignet de Bucky, frissonnant en remarquant sa finesse et sa délicatesse.
Le brun a l'air vraiment effondré et perdu et Steve trouve la vue parfaitement insupportable tout autant qu'il se sent responsable de la peine sans fin qui semble noyer ses prunelles.
« Venez avec moi », murmure-t-il doucement.
Il sent Bucky se rebiffer légèrement, la tête toujours enfoncée dans les épaules, et il resserre sa prise.
« Aller, suivez-moi. Ne restons pas là. S'il vous plaît », l'invite le jeune homme d'un ton réconfortant.
Steve perçoit le moment exact où Bucky rend les armes et cesse de lutter. Sous ses doigts, tout son corps se relâche et le brun hoche légèrement la tête avant de le suivre tandis que le blond l'entraîne doucement derrière lui en direction de l'arrière-boutique.
D'une main tendre mais ferme, il le fait asseoir sur une chaise dans la petite salle qui sert de salle de pause et de bureau. Bucky reste désespérément silencieux, des larmes fines et nacrées coulant sans bruit sur ses joues. Après une minute, Steve place devant lui une tasse en verre au fond de laquelle se trouve une fleur séchée, le brun le remerciant d'un vague signe de la tête.
Bucky lève ses yeux humides et a un petit hoquet adorable quand le blond verse dessus de l'eau bouillante, faisant délicatement éclore la fleur de jasmin.
« Un cadeau d'une grand-mère chinoise qui habite dans le quartier », lui indique-t-il tandis que le brun observe sa boisson avec un émerveillement enfantin. « C'est excellent pour le cœur, vous verrez. »
Le jeune homme s'assoit en face de lui et pose entre eux une boîte de mouchoirs, un peu gêné. Bucky s'empare immédiatement d'un avant d'essuyer ses yeux d'un geste étonnamment gracieux, inconscient du regard fasciné que Steve pose sur lui.
Le blond serre doucement ses doigts sur l'anse de sa tasse, faisant tourner l'eau parfumée.
« Je suis vraiment désolé. »
Sa voix résonne dans la petite pièce envahie progressivement par l'odeur délicate du thé. Steve se gratte la nuque, sentant ses joues rougir à nouveau.
« C'était- C'était incroyablement puéril et méchant de ma part mais cet homme il- il était tellement répugnant quand il est venu à la boutique », balbutie le blond. « Je sais que je n'aurais pas dû m'en mêler mais quand il a passé sa commande il a été si vulgaire, si- »
Bucky boit une gorgée de thé avant de reposer la tasse dans un léger tintement.
« Est-ce qu'il a choisi le bouquet ? », l'interrompt le brun.
Steve baisse les yeux sur la fleur dont les pétales ondulent délicatement, continuant à diffuser leur parfum.
« … Non, il m'a laissé carte blanche pour le faire », avoue-t-il du bout des lèvres. « Il a été tellement odieux alors qu'il m'avait détaillé le bouquet qu'il souhaitait pour sa- »
Le blond se mord les lèvres. Bucky ferme brièvement les yeux mais pas assez vite pour que le jeune homme ne puisse remarquer l'éclat fugitif de douleur.
Le jeune homme soupire doucement tout en se grattant la joue. Le petit bruit de sa barbe de quelques jours sous son ongle remue quelque chose de tout à fait déplacer dans le ventre de Steve.
« Ça aurait pu être une relation… adultère consentie. » À ces mots, Bucky ferme douloureusement les yeux une nouvelle fois. « Vous n'en saviez rien. Vous n'aviez pas le droit. Vous n'aviez pas à- »
Steve lui coupe la parole en se levant vivement de sa chaise. De colère, il la fait racler bruyamment au sol avant de se servir à son tour une tasse de thé mais l'éclosion délicate de la fleur jasmin dans l'eau chaude ne l'émeut pas.
« Je sais que ce n'était pas le cas », dit-il d'un ton ferme, ignorant soigneusement que pas une seule fois, son client lui a avoué ne pas tenir à son amant. « Pas dans la manière dont il m'a demandé de faire en sorte qu'aucun des deux destinataires ne soit au courant de l'existence de l'autre. Pas dans celle dont il a parlé de vous et de votre relation avec cette vantardise répugnante. Comme- Comme d'un… amusement. »
Le blond se rassoit en face de Bucky qui l'observe attentivement.
« …Qu'est-ce qu'il vous a dit ? », lui demande le brun à voix basse, presque dans un chuchotement.
Steve voit sans peine le rouge de la honte envahir sa nuque. Il déglutit.
« Vous- Vous n'avez pas besoin de le savoir. Mon dieu, je n'aurais pas dû dire ça. Excusez-moi. »
Le blond se mord les joues de colère devant sa bêtise. Comme si Bucky n'était pas assez blessé par toute cette horrible situation, il faudrait encore que Steve lui raconte par le menu les détails obscènes que lui a confié son amant en pensant s'attirer sa sympathie ? Voire son admiration ? Steve s'y refuse.
Le jeune homme contemple le fond de sa tasse, troublant légèrement le liquide pour observer le mouvement indolent des pétales.
« Il m'a menti pendant un an alors s'il vous plaît, soyez franc avec moi. Vous me le devez bien après votre petite « révélation ». »
Steve ferme les yeux et avale sa salive, hochant douloureusement la tête. Peut-être Bucky a-t-il besoin de l'entendre pour accepter complètement leur rupture. Il accepte de jouer le rôle de l'oiseau porteur de mauvaises nouvelles si cela permet au brun de passer à autre chose et d'éclaircir un peu la brume un peu humide qui noie ses yeux bleus.
« Il- Il m'a raconté la manière dont vous gémissiez, comment vous bougiez sous lui. Vos- vos mains et votre- votre langue ». Le blond sent que son visage est brûlant, tout comme celui de Bucky. « Il avait un sourire si satisfait, si obscène. C'est vrai que j'ai eu une réaction tout à fait déplacée. Et quand j'ai vu votre joie quand je vous ai livré, je me suis senti malade de savoir la vérité. Je- J'ai vraiment voulu vous le dire ce jour-là… »
« … Je ne vous aurai pas cru », dit doucement Bucky tout en levant les yeux sur lui. En un an, c'était la première fois qu'il pensait à moi d'une manière aussi attentionnée. Je- Je n'ai jamais rien demandé mais… j'ai toujours rêvé qu'on m'offre des fleurs. Je veux dire… Je ne suis pas spontanément la première personne à laquelle on va penser pour ce genre de choses. Et le bouquet était tellement beau. » Le brun se mord la lèvre. « Soyez sûr que je vous aurais fait dévaler les escaliers d'un coup de pied dans les fesses si vous aviez ouvert la bouche. Je suis tellement romantique que ça en devient ridicule. Mais je l'aimais vraiment vous savez… »
En entendant le nouveau sanglot que Bucky tente de réprimer sans succès, Steve se lève doucement pour s'accroupir devant le brun, cherchant son regard. Le jeune homme a une fois de plus baissé la tête, douloureusement courbée en avant.
« Je vous en prie, ne dites pas ça. Je vends des fleurs alors c'est une chose que je ne me permettrais jamais de vous reprocher parce que je trouve cela merveilleux. Votre- Votre candeur quand vous aviez mon bouquet dans les mains. C'était- Ça m'a vraiment touché alors je vous en prie, ne dites pas que vous êtes ridicule », dit le jeune homme avec assurance, posant spontanément sa main sur son genou.
Bucky lui adresse un petit sourire un peu timide en guise de remerciement qui renverse le cœur de Steve et l'oblige à presser doucement son genou sous ses doigts de manière réconfortante plutôt que de faire la folie de porter sa main à ses joues pour essuyer ses larmes et cajoler ses pommettes.
Oh, comme il aimerait lui dire qu'il l'a trouvé si beau ce jour-là qu'il aimerait le couvrir de fleurs et que la chose lui paraît juste d'une évidence parfaitement limpide.
Qu'il pourrait sans aucun doute passer toute une vie à essayer de trouver des pétales de la couleur exacte de ses yeux.
Après une courte hésitation, Bucky serre doucement ses doigts sur les siens.
« Merci… », souffle-t-il doucement en rougissant. « Je me sens vraiment mal vous savez… J'ai jeté le bouquet alors que vous l'aviez fait spécialement pour moi. Peu importe ce qu'il pouvait signifier, il était vraiment magnifique », souffle le brun avec une petite moue navrée.
Steve rit doucement tout en se relevant avant de se rasseoir en face du jeune homme.
« En réalité, je suis plutôt content que vous ayez fait disparaître la seule preuve de mon comportement incroyablement impertinent », lui répond-il avec une pointe d'amusement.
Bucky glousse à son tour et Steve lui offre un sourire incroyablement tendre.
Cet homme est définitivement trop adorable pour son bien.
Le brun se perd une nouvelle fois dans la contemplation de sa tasse.
« Je suis allé le voir… Et il m'a menti en me regardant droit dans les yeux avec ce sourire confiant qu'il arbore tout le temps. »
Steve grince des dents. Il voit exactement de ce dont il s'agit mais il se tait, conscient que Bucky semble avoir besoin de parler et le blond est prêt à l'écouter autant de temps que nécessaire.
« Je l'ai quitté », avoue enfin le jeune homme du bout des lèvres. « Je ne supporte par la malhonnêteté. Je l'ai cru quand il m'a dit qu'il était divorcé quand on s'est rencontré et je n'ai pas cherché plus loin. Tony me dit toujours que je fais confiance trop facilement », rit-il amèrement. « Il n'a pas été content… »
En écoutant attentivement la belle voix grave du jeune homme, le blond se sent pousser des ailes avant de retomber brutalement sur la terre ferme. Alors que Bucky se penche en avant pour souffler délicatement sur sa tasse, le jeune homme voit les ombres souligner un bleu léger sur sa mâchoire.
Steve sent une sourde colère rugir en lui mais il ne veut pas faire fuir le jeune homme. Il se redresse sur sa chaise et inspire profondément pour se calmer.
« Vous allez me trouver égoïste mais je trouve injuste que vous soyez le seul à souffrir dans cette histoire », réplique-t-il tout en croisant les jambes, ses doigts pianotant rapidement sur la table.
« Oh, ce n'est pas le cas », annonce Bucky d'un ton nonchalant tout en essuyant ses yeux d'un revers de la main. « Juste avant notre séparation, j'ai pris son téléphone quand il dormait et j'ai transféré à sa femme tous les sexto les plus chauds qu'il m'a envoyé ces dernières semaines. Pendant que je le faisais, j'ai remarqué qu'il lui envoyait presque les mêmes, au mot près. J'ai rompu juste après alors que sa femme lui hurlait dessus dans le combiné. »
Steve le regarde un instant, éberlué, avant d'éclater de rire, son cœur se pinçant à peine en comprenant que Bucky a tout de même encore une fois partagé le lit de cet homme répugnant avant de le quitter.
« Mon dieu, je ne devrais pas rire de ça », dit-il tout en passant une main devant sa bouche pour cacher son hilarité.
Le brun hausse les épaules avant de se lever. Steve remarque que sa tasse est vide et il se fige.
Bucky va partir et c'est la dernière chose qu'il souhaite.
« Merci d'avoir essayé », lui dit doucement le jeune homme. « Et d'avoir pris la peine de faire un bouquet aussi beau pour moi. Je l'ai vraiment beaucoup aimé. »
Steve rougit doucement.
Il ne pense pas mériter le moindre de ses mots mais Bucky le regarde doucement, avec une forme de bienveillance dénuée de toute rancune qu'il ne pense vraiment pas mériter. Le blond cherche n'importe quoi pour le retenir un peu plus, juste un tout petit plus longtemps mais malheureusement, rien ne lui vient à l'esprit.
Sa gorge est serrée tandis qu'il raccompagne le jeune homme dans sa boutique sous le regard curieux de Natasha. Alors que le brun lui offre un petit salut timide, Steve attrape délicatement son poignet, soudain inspiré.
« Juste un instant. Je vous en prie… », souffle-t-il doucement
Devant le regard curieux et attentif de Bucky, le jeune homme repasse derrière le comptoir après avoir fait un tour rapide dans sa boutique pour recomposer vivement le bouquet qu'il était en train de faire lorsque le brun est arrivé il y a une grosse demi-heure. Il associe d'une main sûre et harmonieuse des anémones, des jacinthes et des branches de glycines sous le regard bleu et curieux du jeune homme.
Les couleurs sont éclatantes, formant un délicat camaïeu de rose tendre et de mauve, mis en valeur par un écrin de verdure. C'est un bouquet qui chasse le chagrin et la douleur, un bouquet qui apporte le réconfort et la confiance en soi. Steve espère vraiment que le colocataire du jeune homme, Tony, est aussi versé dans le langage des fleurs que lui. Le blond sait qu'il n'osera pas lui détailler la symbolique des anémones, des glycines et des jacinthes, ses joues un peu trop brûlantes. Ce serait trop… intime.
Il rejoint Bucky en deux pas rapides avant de lui tendre le bouquet, la rougeur remontant le long de sa nuque.
« S'il vous plaît, acceptez-le. »
« Je- Je ne peux pas. » Le brun le regarde, les yeux écarquillés. « Il est tellement beau, je- Vous n'avez aucune raison de faire ça pour moi… »
Bucky a les joues brûlantes. Il hésite, se perd en excuses mais ses yeux brillent d'une émotion intense, une joie sincère devant l'attention de Steve. Une surprise si adorable que le blond rapproche imperceptiblement son corps que celui du jeune homme.
Il lui met le bouquet d'autorité dans les mains, leurs doigts s'effleurant délicieusement une nouvelle fois.
« J'insiste », murmure Steve tout contre lui. « S'il vous plaît, laissez-moi me faire pardonner pour mon comportement. »
Bucky se mord la lèvre, ses doigts blancs et effilés effleurant les pétales doux comme du velours, avant d'acquiescer silencieusement.
« Merci. »
Steve s'éloigne de lui à regret et lui adresse un petit salut de la main tandis que le brun quitte sa boutique. Il le suit attentivement du regard sur le trottoir et sourit doucement en contemplant le jeune homme qui, debout devant sa vitrine, observe son bouquet avec une vague incrédulité, ce dernier précieusement serré contre son torse. Lentement, un doux sourire vient apaiser ses traits et Bucky enfouit discrètement son nez dans les fleurs avec un ravissement particulièrement adorable.
Le jeune homme sent Natasha se rapprocher félinement de lui, se tordant le cou pour regarder à son tour le brun dans la rue avant qu'il ne tourne au carrefour, son visage, son regard revenant sans cesse aux pétales colorés. Il grimace légèrement quand son amie le bouscule amicalement de l'épaule.
« Tu me racontes ? », lui demande-t-elle avec curiosité.
Tout en se redressant sur le comptoir, Steve se mord les joues.
« Pas maintenant Natasha. Je dois d'abord me remettre du fait que je viens de faire quelque chose d'incroyablement stupide et déplacé », lui répond-il d'une voix un peu absente tout en se grattant la nuque de gêne.
La rousse hausse les épaules avant de retourner dans la boutique.
« Je ne pense pas Steve. Ce charmant jeune homme a eut l'air absolument ravi de ton cadeau. C'était même assez adorable de le voir rougir en mettant son nez dans tes fleurs. Un peu comme Ferdinand le taureau, tu sais… »
Steve pouffe doucement avant de hocher la tête. Il le pense aussi.
Il est maintenant sûr que Bucky ne quittera plus ses pensées, de jour comme de nuit.
o0O0o
Le blond n'a pas vraiment à essayer de se forcer à ne plus penser à James Buchanan Barnes.
Hasard du calendrier des travaux de la ville, le brun se retrouve obliger de prendre un autre bus pour se rendre sur son campus. Le trajet à pied de son appartement à l'arrêt de la ligne huit passe justement devant la boutique de Steve.
Ce dernier serait presque près à y voir un signe favorable du destin alors qu'il lui semble que devant lui se profile une route pavée d'or et d'argent au bout de laquelle Bucky l'attendrait sur un autel sacré, le regard doux et un sourire tendre aux lèvres.
La première fois qu'ils se croisent à nouveau, le brun lui fait un petit salut timide de la main de l'autre côté du trottoir que Steve lui rend avec un temps de retard mais avec un tel enthousiasme que Natasha éclate de rire.
La deuxième fois, ils se saluent directement sur le trottoir et Steve lui donne son nom.
La troisième fois, ils se demandent également respectueusement de leurs nouvelles.
La sixième fois, la discussion s'éternise légèrement tandis que Steve sort sur le trottoir les râteliers contenant les fleurs coupées et les bouquets déjà composés.
La dixième fois, Steve fait exprès de sortir les fleurs un peu plus tard que d'habitude pour passer plus de temps dehors à avoir l'air de les arranger quand Bucky s'arrête pour lui dire bonjour et discuter un moment avec lui. Ça fonctionne alors il continue.
La douzième fois, il a l'impression de frôler l'hyperventilation quand le brun lui propose gentiment de l'appeler par son surnom. Les joues un peu roses, Bucky lui explique qu'il trouve son prénom un peu prétentieux et qu'il préfère que ses amis l'appellent autrement. Steve sent sa poitrine se noyer sous une vague de chaleur douce particulièrement agréable. Bucky et lui sont amis. Et il pourrait répondre mille choses à sa remarque un peu gênée concernant son prénom. Le jeune homme trouve que « James » est parfaitement élégant et distingué et qu'il se mêlerait bien à un bouquet de rose thé et de feuillages vert tendre. Mais il ne peut pas.
La quinzième fois, le brun est adorablement grognon alors qu'il a mal dormi à cause de ses révisions de ses examens et par inadvertance, il s'adresse à Steve en passant au tutoiement. Le jeune homme ne le reprend pas et renchérit immédiatement, trop heureux de voir s'établir une nouvelle familiarité entre eux.
La seizième fois, le temps est horrible et il pleut à verse. Bucky n'a pas pris de parapluie et quand il dit bonjour à Steve d'un ton vaguement exaspéré par l'humidité ambiante, ce dernier trouve qu'il ressemble à un adorable chaton mouillé, les lourdes gouttes perlant à ses cils noirs incroyablement longs et délicats. Le blond lui en offre un, oublié par un client de passage, et quand leurs doigts s'effleurent, il est presque persuadé que de le voir délicieusement rougir. Moins à cause du léger contact de leur peau qu'à cause de sa mise qu'il doit considérer comme particulièrement négligée. Steve, lui, a juste envie de le serrer contre lui pour l'embrasser, enfouissant ses doigts dans les mèches humides et lustrées.
La vingtième fois, ils éclatent tous les deux de rire en réalisant qu'ils ont le même mauvais goût pour les films de série B et les comédies romantiques horriblement surjouées du mercredi après-midi à la télévision.
La vingt-troisième fois, Steve se gifle mentalement pour ne pas avoir osé inviter Bucky à boire un verre pour célébrer sa réussite à ses derniers partiels.
La trentième fois, ils discutent un si long moment sur le trottoir tandis que le brun rentre de ses cours que Natasha finit par rejoindre son patron, légèrement inquiète. Elle le taquine ensuite tout le reste de la soirée pour son adorable coup de cœur. Steve pense que son amie ne réalise pas encore combien elle a visé juste.
La trente-quatrième fois, Steve se dit que leur amitié a prit un tour doux vraiment agréable. Mais il n'ose toujours pas inviter le brun à sortir.
La trente-cinquième fois, Bucky le salue joyeusement de la main de l'autre côté du trottoir alors qu'il se rend à la fac avant de reporter rapidement son attention sur le jeune homme qui marche à côté de lui et que Steve n'a jamais vu. Il est brun et parle de manière emphatique avec ses mains, ce que le jeune homme trouve parfaitement ridicule. Pour la première, fois, sa poitrine se serre sous l'emprise d'une absurde jalousie.
La trente-sixième fois, il reconnaît qu'il a complètement craqué pour James Buchanan Barnes dit Bucky.
La quarante-deuxième fois, il admet avec humilité qu'il en est tombé amoureux.
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Steve crispe ses doigts sur la souri de l'ordinateur de sa boutique et il étouffe un juron dans sa barbe.
Ce bouquet de mariée va vraiment le rendre dingue.
Il a envoyé à la fiancée une troisième proposition qu'elle vient encore une fois de lui retoquer, disant que le thème du mariage va probablement évoluer. Que du thème « Campagne en plein air », elle et son futur sont venus à « Champêtre dans les champs ». Steve n'a toujours pas compris la différence, exceptée que cette histoire lui prend un temps et une énergie assez considérables.
Il marmonne un vague bonjour en entendant la clochette de l'entrée sonner délicatement mais il ne lève pas les yeux de son écran, trop occupé à se torturer l'esprit pour essayer de comprendre les modifications souhaitées par la future mariée.
Le blond entend Natasha s'avancer vers leur nouveau client et lui demander comment elle pourrait l'aider. Dans sa voix sonne une pointe de taquinerie qui attire son attention mais Steve veut vraiment parvenir à comprendre enfin les envies de la fiancée pour laisser cette histoire derrière lui le plus vite possible alors il garde les yeux baissés et les sourcils froncés, fixant d'un air mauvais l'écran de son ordinateur.
« Je- Je suis désolé mais… Est- ce que Steve est disponible ? », répond une voix grave et un peu gênée.
Le jeune homme relève brusquement la tête de son écran, sa frustration complètement envolée.
Bucky est dans sa boutique et lui adresse un petit salut un peu gêné de la main, semblant mortifié de repousser l'aide de son amie qui ne semble pourtant pas lui en garder rancune, ses yeux brillants allant et venant entre les deux hommes.
« Bucky ! » Le blond passe vivement de l'autre côté du comptoir et rosit légèrement en voyant la jeune femme lui adresser un regard entendu avant de s'éclipser. « Que puis-je faire pour toi ? Je crois que c'est la première fois que tu rentres dans ma boutique depuis- »
Steve s'arrête brusquement et il se mord les joues pour sa maladresse. Il est persuadé que dans son dos, Natasha vient probablement de se cogner le front contre le mur devant sa stupidité.
Mais le brun rit doucement et lui sourit avec gentillesse. À cet instant, le blond se dit que la seule raison pour Bucky lui a pardonné son geste stupide est parce qu'il est définitivement un homme merveilleux.
« Oui… », lui répond-il tout en lui adressant un petit sourire rassurant. « En fait, j'aurais besoin de ton aide. »
Le brun le fixe de ses yeux bleu clair. Ils sont assez près l'un de l'autre pour que Steve note avec délice les beaux reflets dans les pupilles outremer alors que le soleil du printemps rentre à flot dans sa boutique.
« Ma mère fête ses soixante ans aujourd'hui et je vais passer la soirée avec elle », commence le jeune homme. « J'aimerais lui offrir un bouquet et ceux que tu as composé pour moi étaient tellement beaux et modernes. J'avais renoncé à le faire l'année dernière parce que les seules compositions qu'on me proposait était de prétentieux bouquets de roses rouges. Comme si j'allais faire ma demande en mariage à l'amour de ma vie dans le restaurant le plus cher de la ville… », rit doucement le jeune homme, les mains enfouies dans ses poches.
Steve le regarde, attendri et profondément flatté par la demande du jeune homme.
L'espace d'un instant, il s'imagine avec le brun dans ce restaurant hors de prix sur l'avenue principale dont Natasha lui a parlé avec envie il y a quelques mois. Dans une ambiance feutrée, entourés par un quatuor à cordes, il offrirait au brun un splendide bouquet au centre duquel, coincé dans les pétales délicats d'une grosse rose Monte Carlo, se tiendrait une alliance en or blanc. Il glousse devant le caractère définitivement cliché de la scène mais quelque chose se pince également dans son estomac à l'idée de la trouver également étrangement séduisante.
Alors que le blond guide Bucky vers les râteliers des fleurs coupées, le jeune homme le suivant avec curiosité, il ne peut pas s'empêcher de couler dans sa direction un petit regard tandis que dans son esprit dansent des taches écarlates sur un fond de musique classique.
« …Parce que ce n'est pas ce que tu ferais ? », lui demande-t-il dans un souffle.
Steve est au fond peut-être un peu curieux et avide d'avoir des informations sur ce que Bucky attend d'un rendez-vous réussi avec l'amour de sa vie.
Le brun rosit doucement avant de lui adresse un regard outré, s'arrêtant au centre de la boutique.
« Bien sûr que non », renifle-t-il légèrement. « Je trouve que c'est terriblement prétentieux et m'as-tu-vu. Ça n'a rien de personnel ni d'attentionné. »
Steve a un sourire un peu moqueur en songeant à la commande de son fameux client de Saint-Valentin pour un bouquet grandiose exactement dans ce genre. La chose dans son estomac le chatouille un peu plus en songeant que Bucky et lui sont parfaitement accordés sur ce point. Le blond aime toutes les fleurs mais s'il décidait de faire une déclaration tendre à la personne pour qui bat son cœur, ce ne serait certainement pas avec une énorme composition rouge au parfum capiteux. Pas comme l'homme au costume avec son bouquet de plusieurs centaines de roses.
Bucky semble suivre sans aucun mal le cours de ses pensées quand il se plonge dans la contemplation des fleurs ouvertes aux pétales délicatement couverts de rosées.
« Laisse-moi deviner… C'est ce qu'il t'a demandé pour l'officielle, n'est-ce pas ? », souffle-t-il tout en effleurant du doigt le pétale dentelé d'un œillet.
Le blond se mord la lèvre mais Bucky lui envoie un coup amical dans les côtes.
« S'il te plaît, ne culpabilise plus à cause de cette histoire. C'est du passé, d'accord ? », le rassure-t-il gentiment et Steve sent ses joues s'empourprer une fois de plus sous la honte. « De toute manière, je suis sûr que je ne l'aurais pas préféré au bouquet délicat que tu m'as livré. Sérieusement, tu me vois les bras noyés sous des dizaines de roses rouges ? Un peu ridicule non ? », le taquine le brun avec malice.
Mais Steve garde un silence prudent.
Ce n'est définitivement pas le terme que le jeune homme aurait choisi. Oui, s'il devait confesser son amour à quelqu'un, à lui peut-être, les roses ne seraient pas la fleur qu'il aurait choisie mais le blond est persuadé que le contraste avec sa peau blanche et ses cheveux noirs seraient ravissants. Steve préfère toutefois se taire. Un bouquet de roses rouges ne serait pas ce qui siérait le mieux à la beauté délicate de Bucky mais l'ensemble serait sans aucun doute plaisant.
Le blond se racle légèrement la gorge afin de reprendre contenance.
« Un anniversaire donc ? »
Bucky lève les yeux au ciel à côté de lui tout en riant légèrement et le jeune homme est forcé de le reconnaître. Le changement de sujet est incroyablement maladroit. Steve n'ose pas le bousculer amicalement comme le brun l'a fait un peu plus tôt alors il pouffe légèrement avant de se tourner vers le jeune homme de manière avenante.
« Tu as une idée ? », reprend-il avec intérêt.
Le jeune homme secoue légèrement la tête.
« Pas vraiment », avoue-t-il avec une petite moue gênée que Steve trouve déraisonnablement adorable. « Tony dit toujours que j'ai du goût mais quand il s'agit d'accorder des couleurs et des formes, je suis beaucoup moins assuré de mon talent que dans une cuisine. La question est en effet très littérale pour mon colocataire… Ses priorités aussi », dit le brun avec malice.
Les deux hommes éclatent de rire en chœur et le son est délicieux. Frais et délicat dans la boutique toujours un peu humide de Steve.
Le blond s'attarde un instant de trop sur les yeux bleus pétillants de Bucky et son joli sourire joyeux. En tournant légèrement la tête, il voit Natasha les observer avec grande attention, le regard pétillant, avant de lever les deux pouces en l'air. Dans un grognement, le blond se détourne et rougit légèrement.
« Dis-moi, est-ce que tu aurais une photo de ta mère ? Je compose souvent en m'inspirant de ce que les gens m'insufflent comme idées… », lui propose Steve tandis que ses yeux vont et viennent sur le râtelier sans parvenir à se fixer sur une couleur ou une forme en particulier. « Si tu es d'accord bien sûr. »
Bucky hoche vivement la tête avant de sortir son téléphone pour pianoter dessus avec une dextérité qui met en valeur ses longs doigts fins et blancs et laisse Steve assez hypnotisé. Un peu timide, le brun finit par mettre le téléphone devant lui pour lui montrer la photographie d'une belle femme aux superbes yeux bleus, posant fièrement dans sa tenue de diplômée.
Le blond a un sourire attendri.
« Elle est très belle. Vous vous ressemblez énormément », dit-il tout en espérant que son compliment ne paraisse pas trop outré.
Le jeune homme s'avance vers le râtelier pour prendre avec précaution plusieurs branches de gardénias d'une éclatante blancheur et dont les larges pétales délicatement enroulés sur eux-mêmes aux extrémités murmurent des paroles de beauté. Steve rosit doucement. Heureusement que Bucky est particulièrement ignorant en langage des fleurs malgré son amour pour les comédies romantiques dégoulinantes de miel.
« Elle a repris des études ? », demande-t-il avec intérêt tout en ajoutant quelques branches de lupin mauve et rose avant de s'éloigner légèrement du râtelier, jugeant le premier effet de sa composition rassemblée dans ses mains.
Ses yeux bleus attentivement fixés sur ses mains avec une pointe d'admiration, Bucky acquiesce.
« Oui. Elle a démissionné de son boulot pour faire enfin ce qui lui plaît. Ça m'a un peu inquiété au début mais elle est tellement plus heureuse depuis qu'elle s'est lancée. Elle a été diplômée avec mention tu sais ! », lui explique le jeune homme tout en relevant vivement les yeux sur lui.
La fierté et l'admiration du brun font sourire Steve et il revient sur ses pas pour ajouter trois gros camélias aux tons roses tendres, symbole d'admiration. Les emmêlant joliment entre les petites clochettes un peu mutines des lupins et les larges fleurs épanouies des gardénias, le jeune homme montre ensuite son assemblage à Bucky.
« Qu'en penses-tu ? »
Le brun regarde attentivement les nuances délicates et effleure du bout des doigts le velouté d'un pétale rose.
« C'est magnifique Steve, c'est exactement elle… Mon dieu, elle va être tellement contente… », sourit-il tout en rosissant de plaisir.
Le blond passe de l'autre côté du comptoir pour achever sa composition qu'il orne d'épais feuillages vert foncé et de petites fleurs blanches purement décoratives pour contrebalancer les épais pétales des fleurs qu'il a choisies pour structurer son bouquet.
Bucky paraît ivre de joie quand il prend avec mille précautions le bouquet dans ses mains et bon sang, Steve a vraiment envie de se pencher par-dessus le comptoir pour lui voler un baiser parfumé, le brun se mordillant vivement les lèvres et les rendant luisantes d'une humidité particulièrement attirante.
Quand il revient le lendemain au English Garden, le brun offre à Natasha et à Steve de grosses parts du gâteau d'anniversaire que le jeune homme et sa mère ont fait ensemble le soir précédent, une tradition familiale que le blond trouve pleine d'attention. Les joues rouges tandis qu'il leur tend le plat couvert d'un torchon, il dit que sa mère a insisté tant elle a apprécié son cadeau. Steve songe distraitement qu'il aimerait bien partager cette jolie coutume avec le brun quand son tour sera venu en plein cœur de l'été, debout l'un à côté de l'autre dans la cuisine de son appartement tout en butinant leurs lèvres de baisers au goût de sucre.
Tandis que son amie entame sa part avec enthousiasme, couvrant soigneusement la petite table de l'arrière-boutique de miettes chocolatées, Steve préfère contempler discrètement le brun tandis qu'il lui offre une tasse de thé pour qu'il se joigne à eux, son cœur ronronnant doucement et amoureusement dans sa poitrine.
Bucky lui semble parfaitement à sa place, assis autour de la table dont la petite table contraint leurs genoux à se frôler régulièrement, et du fond de son cœur, le blond souhaite que jamais ce moment ne s'arrête.
