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Fan Service


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Peter était plus que fébrile.

Il avait mis du temps avant de trouver son information clé – et c'était normal, vu la personne qu'il recherchait. Il avait dû faire des pieds et des mains pour s'approcher du but et… là, enfin, il allait le voir. Son cœur battait déjà la chamade, mais ce fut pire encore une fois qu'il vit le bâtiment à l'allure vétuste. La devanture s'écaillait terriblement, et les vitres étaient si sales qu'on pourrait aisément croire que l'endroit était fermé depuis belle lurette. Mais il avait eu une information fiable, alors il prit son courage à deux mains pour ouvrir la lourde porte, et il passa la tête d'un air hésitant.

Il faisait très noir, là-dedans, et presque plus froid qu'à l'extérieur.

Soudain apeuré, Peter recula pour vérifier la devanture, s'assurant faussement d'être au bon endroit, et un peu inquiet de voir qu'il n'y avait personne dans la rue. Il n'était que six heures passées ; Peter pris une inspiration avant de rentrer à l'intérieur. Il y avait quelques appareils de sports laissés à l'abandon, si poussiéreux qu'ils étaient devenus gris. Le sol était collant, mais il y avait comme une traînée en meilleure état – comme si quelqu'un venait régulièrement ici et qu'à force de marcher, il en avait retiré la poussière. En le suivant, il vit qu'elle se dirigeait jusqu'à des escaliers pour aller au sous-sol.

Son cœur reprenait la course.

Il posa la main sur la rambarde lorsqu'il descendit, grimaçant devant la poussière mais n'osa plus bouger lorsqu'il entendit du bruit. Des pas qui piétines et qui crissent, des coups étouffés ; Peter sentit son cœur gonfler au point de laisser échapper un léger soupir vacillant. Il ferma les yeux un instant, imaginant sans mal le corps lourd et pourtant rapide qu'il découvrirait, les mouvements tellement répétés qu'ils en devenaient instinctifs, le regard fermé et dur, les muscles à l'agonie…

Il termina de descendre les marches, débouchant sur une sorte de petit couloir où il faisait déjà plus chaud, dont plusieurs portes entrouvertes laissaient voir des vestiaires, des salles d'eau et des lieux de stockages. Mais face à lui, derrière une double-portes même pas refermées, il entendait clairement le bruit. Sa main trembla un peu lorsqu'il poussa un peu plus la porte, et un sourire incontrôlable fendit son visage. Il était là, un peu sur le côté, face à un sac de boxe qu'il martyrisait sans honte. Plus loin, deux grandes vitres en hauteur laissaient entrer la lumière du jour – ce qui était étonnant puisqu'ils étaient en sous-sol, et puis, il se rappela que le trottoir était penché et que peut-être une partie de la salle était au-dessus du sol. Sous les rayons du soleil, une multitude de grains de poussières virevoltaient dans l'air, sous les gestes brusque et violent de l'homme.

James Barnes – appelé familièrement Bucky par ses fans, puis par la presse, puis par tout le monde. Peter l'observa frapper, s'avançant lentement jusqu'à voir les muscles rouler, la sueur perler, jusqu'à marcher sans le vouloir sur une cannette vide. Il se figea aussitôt tandis que Bucky s'était figé, reprenant son souffle sans même se tourner vers lui. Était-ce une invitation ? se demanda Peter sans savoir quoi faire.

— B-bonjour ! Je… je m'appelle Peter Parker, commença-t-il faiblement pour briser le silence.

Bucky ne le regarda pas et reprit sa série de coups. Ses coups de pieds avaient une telle puissance que le sac en valdinguait dans tous les sens. Peter en frissonna et, incertain, tangua sur ses pieds, incapable de détacher ses yeux de Bucky.

— C'est Wilson qui a craché le morceau ? s'enquit Barnes d'une voix neutre.

Le claquement du cuir était si violent que sa voix était à peine perceptible. Peter bégaya, nia, avant de changer maladroitement de sujet.

— Je… euh, je suis journaliste pour le Newsday, et je voulais savoir, euh… si vous accepteriez de… de…

Un coup plus fort que les autres le fit sursauter. Bucky alla chercher sa serviette pour s'éponger, se tournant enfin vers lui pour l'observer. Il était torse nu, mais Peter fit de son mieux pour garder ses yeux droit sur son visage – ce qui était loin d'être simple, vu les deux blocs de glaces qui servait de pupilles au sportif professionnel.

— Ils acceptent les gamins maintenant ? souleva Barnes avant de boire.

Peter fronça les sourcils, vexé par la remarque, mais secoua la tête : ce n'était pas le moment d'être offensé. Il allait reposer sa question lorsque Barnes le prit de court, remarquant qu'il était seul, que la rencontre n'avait pas été prévue, et qu'il n'avait donc sans doute pas fait de demande officielle auprès de son coach.

— Je… oui, c'est vrai, euh… je voulais vous le demander… de vive voix…

Bucky termina sa gourde l'air de rien, l'expression si impassible que Peter ne savait pas du tout comment il prenait sa venue. Il s'avança vers lui, augmentant le sentiment d'intimidation chez Peter, avant de poser sa gourde vide sur le tabouret derrière le garçon. Ils étaient si proches que Parker en eut le souffle coupé, craignant un peu de se prendre un coup de poing. Mais Barnes prit une bouteille pleine, sans le lâcher des yeux, et retourna à son sac de frappe.

Peter exhala un souffle un peu bruyant.

— Vous étiez… exceptionnel, durant le Grand Prix, reprit-il en se tordant les doigts. Votre reverse-kick est… est vraiment impressionnant. Et vous étiez vraiment cool à votre match contre Brock Rumlow.

Barnes continua de s'échauffer un moment, frappant dans l'air, avant de s'étirer.

— Tiens-moi le sac.

Peter écarquilla les yeux mais s'empressa de le faire pour que Barnes ne change pas d'avis. Il se plaça à l'arrière après avoir jeté son cartable, tenant le sac – qui en avait vu de belles, apparemment –, et serrant les lèvres pour éviter de trop sourire. Tout extatique, il loupa le premier coup qui le fit gémir : il s'était cogné la mâchoire au sac.

Au bout d'une poignée de coups, Barnes lui demanda où étaient passés les questions qu'il voulait poser – journaliste et tout ça – et Peter, après un ou deux bafouillement, avoua qu'il n'arriverait pas à le faire en recevant tous ces coups.

— Ok, tu préfères qu'on s'assoie ?

— Non ! s'écria Peter. Non, euh… je veux pas gêner votre entraînement.

Et manquer les mouvements spectaculaires du sportif ? Jamais de la vie, il préférait de loin lui tenir le sac de frappe plutôt que de lui poser des questions sans intérêt. Barnes reprit sans y apporter plus d'importance, et Peter se rendit compte qu'il pouvait à peine le voir de cet angle. En se penchant, il parvenait à capter quelques expressions, quelques mouvements, mais ce n'était pas optimal. Il tenta de zyeuter une nouvelle fois et croisa le regard de Barnes, sursautant si vivement qu'il se prit à nouveau le sac contre le menton.

C'était dur, ces trucs-là.

— Comment t'as dit que tu t'appelais déjà ?

Il répéta son nom avec un peu trop d'entrain, gémissant lorsque le sac tangua sous un coup de pied. L'odeur de sueur se faisait plus forte, la lumière devenait plus vive : quelle heure était-il ?

Barnes recula et retira ses gants, la respiration déjà plus calme. Peter se contenta de l'observer, serrant les mâchoires en voyant son torse nu et luisant et ses cheveux collants. Il était vraiment, vraiment beau.

— T'as toujours pas répondu. C'est Wilson qui a t'a dit où me trouver ?

— N-non. En fait, je… je connais Mr. Stark, commença-t-il doucement, qui connaît le lieutenant Rhodes, qui connaît le capitaine Rogers… qui vous connaît…

Bucky le darda d'un œil blasé, forçant Peter à hausser les épaules d'un air contrit. Il enlevait également les bandages de ses mains qu'il rangea dans son sac. Peter le vit attraper un sac en toile ainsi que des vêtements et sortir, aussi simplement que cela… jusqu'à ce qu'il n'entende le son de l'eau. Bordel de merde, il prenait une douche, dans la salle commune qu'il avait vu tout à l'heure – il n'y avait pas de cabine individuelle, simplement des pommeaux fixés au mur, et si Peter allait jeter un œil, il verrait sans doute son corps d'apollon ruisselant…

Parker s'accroupit soudainement, prit sa tête à deux mains et se concentra sur sa respiration. Il n'allait pas aller l'espionner, c'était très impoli et peut-être un peu illégal. Il imaginait très bien la scène de toute façon, vu les shorts que Bucky devait mettre durant ses combats, il avait eu tout le loisir de voir ses longues jambes musclées, sculptées avec tant de minutie qu'il était sûr d'en sentir le moindre creux s'il pouvait y laisser courir ses doigts – mauvaise pensée, mauvaise pensée, mauvaise pensée…

Il prit une grande inspiration et alla s'asseoir sur un des tabourets, qui se trouvaient face à une longue table dont l'extrémité était collée au mur. Est-ce que ce serait le moment de partir ? Et puis d'abord, comment Barnes pouvait le laisser seul dans cette salle, avec ses affaires ?! Si jamais il n'était qu'un fanatique voulant le voler, ce serait trop simple – putain, il voyait la courbe de son portable d'ici… !

Le bruit de l'eau ; les battements de son cœur accélérèrent. Ses yeux glissaient fréquemment vers la porte, avide de voir à nouveau son héros, et il faillit glapir lorsque l'homme revint. Ses yeux se baissèrent instinctivement alors que Barnes rangeait son sac ainsi que ses affaires éparpillées.

— Désolé petit, je dois y aller. Ravi d'avoir fait ta connaissance.

Peter bredouilla une réponse et sauta sur ses pieds pour pêcher son sac, sortant de la salle en comprenant que Bucky n'allait pas le laisser seul ici – ce qui était compréhensible. Il bidouilla un boîtier à l'étage et ferma les doubles portes à clefs lorsqu'ils furent à l'extérieur. Une voiture attendait au coin de la rue.

— Je… je reviendrais ! s'exclama Peter alors que Bucky partait. Pour l'interview.

Bucky lui fit un geste de la main sans se retourner et monta à bord pour disparaître.

Le cœur de Peter battait encore très vite longtemps après.


X

Le capitaine Rogers lui avait dit, auparavant, que Bucky allait dans cette salle au moins deux fois par semaine – si ce n'était plus, selon son humeur. Il lui avait donné l'adresse et lui avait conseillé d'y aller le vendredi matin, sans trop entrer dans les détails. Mais il ne savait pas quel autre jour s'y rendre. Il avait donc décidé d'y aller le lendemain, mais la porte était fermée cette fois-ci. Il patienta une poignée de minutes (une heure et demie, en vérité, et ses doigts gelés et engourdis s'en souvenaient) avant de se rendre à l'évidence. Il s'y rendit encore le lendemain, même si c'était dimanche, et le schéma se répéta. Mais le lundi venu, même s'il dut patienter un peu, un homme en hoodies et blouson noir et à la capuche enfoncée s'approcha, et Peter reconnut tout de suite Bucky. Il était toujours habillé en noir, et sa démarche était souple mais menaçante à la fois.

Il sauta sur ses pieds.

— Mr. Barnes ! commença-t-il d'une voix un peu trop aiguë. Euh… bonjour.

Bucky lui adressa un regard et un vague salut de la tête avant d'ouvrir les doubles portes. Il entra sans inviter le garçon, qui s'invita de lui-même, et qui le suivit silencieusement. Il faisait toujours aussi froid. Barnes alla au fond pour manipuler quelques boutons avant de descendre rejoindre la salle au sous-sol.

Peter courut presque après lui.

Barnes ne prit pas la peine de se changer dans le vestiaire, mais directement dans la grande salle d'entraînement : Peter se détourna dans un hoquet gêné. Il faisait froid, pourtant l'homme mit un tank-top qui sublimait ses bras et un bermuda qui ressemblait beaucoup à celui de la dernière fois, mais de marque différente. Il s'échauffa aussitôt, tandis que Peter se tournait enfin pour l'observer. Il alla naturellement s'asseoir sur le même tabouret, alors que Barnes étirait d'abord ses articulations, lentement, sans lui porter aucune attention.

Parker se sentait si… privilégié.

La première fois qu'il avait connu Bucky, il avait treize ans. Lui en avait déjà vingt-cinq, et il était déjà promis à un avenir brillant. Il ne l'avait vu qu'à la télé, et cela avait suffi pour être aspiré. Dans son regard bleu, accentué par ses sourcils froncés. Et son expression dure et revêche qu'il arborait si souvent. Il l'avait découvert un peu plus ouvert lorsqu'on l'interviewait, à l'humour subtile mais irrésistible. Il avait regardé tout ce qu'il avait pu trouver sur lui, avait même déniché des extraits d'interview de lorsqu'il avait quatorze ou quinze ans – et oh, mon Dieu, ce qu'il était beau

— Toujours pas de question ? demanda Barnes, qui sautait à la corde.

Peter sursauta. Il prit son sac pour fouiller à l'intérieur, sortant une liasse de feuilles si froissées que les coins partaient en lambeaux. Il mit plus de temps à trouver un stylo, dans le bric-à-brac de son sac, mais parvint à dégoter un Bic sans capuchon et rongé. Il bafouilla un peu, zyeutant Barnes qui sautait encore avec tant de facilité qu'il rendrait jalouse des centaines de petites filles.

Le chauffage était un peu plus fort maintenant. Peter se sentit capable de retirer sa veste rembourrée.

— Vous allez pouvoir répondre… en sautant ?

Bucky lui offrit un regard en coin et un rictus moqueur qui, à nouveau, fit bégayer le garçon. Il était extrêmement embarrassé et en même temps, il avait l'impression d'être au paradis.

— Euh… euh, alors… oui, euh, vous êtes amis avec… le capitaine Rogers, alors ?

Il le vit sourire et, après deux sauts, rangea la corde. Il ne transpirait pas vraiment, pas comme hier en tout cas, et son souffle était à peine plus rapide.

— Jolie manière de commencer, se moqua Bucky en allant à son sac, juste à côté de Peter.

Il sortit des bandes de la poche intérieurs et les fixa à ses mains. Est-ce qu'il sentait le regard de Peter vissé sur lui, ou pas ? il n'en donnait pas l'impression du tout. Il admirait la rapidité de ses gestes, comme les bandes épousaient les courbes anguleux de ses mains, comme le tissu se tendait un peu lorsqu'il ferma le poing.

— Ouais, on est ami, répondit-il enfin. Depuis qu'on est petit. Mais je suis pas sûr que ça intéresse les lecteurs du Newsday.

Peter cligna des yeux en se mordant la lèvre, mais Bucky alla aussitôt vers le sac de frappe. Il donna d'abord une série de petits coups, histoire de s'habituer ; Peter se demanda intérieurement s'il pouvait quand même parler. Barnes lui fit un signe de main pour qu'il s'approche et lui demanda de tenir le sac, ce qu'il fit immédiatement. Il était un peu plus préparé cette fois-ci, son menton se souvenait bien trop des collisions répétées de la dernière fois.

— On s'est déjà rencontré une fois vous savez, dit-il soudainement, sans pouvoir le voir. Vous avez signé mon poster.

Il n'avait pas l'impression que Bucky l'écoutait, car il continuait de frapper, pourtant il savait comme l'homme pouvait être attentif. Il n'en donnait pas l'impression, comme d'habitude : il essuyait les insultes et provocations des autres sans broncher – par contre il les cognait fort, c'était dire.

Il n'arrivait pas à parler en subissant cette volée de coups, alors il décida de rester silencieux. Les coups de Bucky étaient réputés pour leur puissance. Lorsqu'il réussissait un uppercut, il avait plus de 91% de chance d'aboutir à un K.-O. Il avait déjà cassé pas mal de dents à ses adversaires, avait brisé deux bras, disloqué quatre mâchoires, et même cassé seize côtes. Il valait mieux approfondir sa garde lorsqu'on l'avait pour adversaire.

Barnes recula en soufflant, et lorsque Peter osa jeter un coup d'œil, il le vit sortir une paire de pattes d'ours de boxe.

— Porte-les, viens.

Peter obéit et le suivit jusqu'au ring au centre, dont le sol était gris. Il comprit vite son rôle, et heureusement qu'il l'avait déjà fait, sinon il serait complètement perdu. Mais voir Bucky prendre position devant lui, en garde, fit exploser son cœur si fort qu'il en trembla un instant. Bordel, ils étaient trop proches, Peter avait la vision directe du regard de la mort du kick-boxeur, et c'était bien trop… Le corps du sportif avait l'air puissant, meurtrier.

— Tu comptes faire quelque chose ? demanda Bucky.

Peter secoua la tête pour reprendre ses esprits et leva les bras. Il n'avait pas beaucoup d'expérience avec ces trucs-là, mais il fit de son mieux. Il tendit le bras droit et reçut un coup, puis le gauche, et enchaîna ainsi. Parfois, il faisait mine de donner des coups pour que Bucky esquive, et enchaînait. L'homme était vraiment très rapide : il gardait les yeux rivés sur son visage et semblaient prévoir ses mouvements. Il n'en rata aucun.

— Pourquoi vous venez ici ? votre club est réputé comme l'un des meilleurs. Leur salle doit être extra, et votre coach aussi.

Il s'élança comme pour donner un coup, et Bucky l'esquiva facilement – mais cette fois, il s'approcha et esquissa un uppercut qu'il arrêta juste sous son menton. Peter s'était figé net, le cœur battant, sachant comme l'homme aurait facilement pu l'assommer. Et comme ils étaient encore plus proches, maintenant. Bordel, il sentait sa sueur si vivement…

— Ils savent pas que je viens ici, répondit Bucky en reculant. Y a que Steve, Wilson, et Romanoff.

Peter se sentit mal, parce qu'à présent, il le savait aussi. Pourtant, il n'avait pas cuisiné le capitaine Rogers ! Ils avaient échangé quelques mots, c'était tout, et le capitaine lui avait dit qu'il le rencontrerait par ici !

— Ouais, acquiesça Barnes. Je sais, je lui ai parlé.

L'homme retira ses gants et tendit les mains pour que le garçon lui rende les pattes d'ours. Il les échangea et demanda si Peter boxait.

— N-non, pas vraiment…

— Généralement, quand on admire un sportif, on suit ses traces même sans le vouloir, reprit Barnes. Puisque je t'ai signé un poster… et que tu me regardes comme si t'avais rencontré Al Pacino, je me dis que t'en as peut-être fait.

Peter mit les gants sous l'œil insistant de Barnes, s'humectant les lèvres en remarquant que l'intérieur était moite, malgré les bandages. Ils étaient un peu grands, mais la sensation était exaltante. Si con cœur continuait à battre comme ça, il allait lui briser les côtes et s'échapper.

— C'est ce qui vous est arrivé ? questionna-t-il en relevant les yeux. Vous avez suivi les traces de quelqu'un ?

Barnes leva les pattes d'ours pour l'inciter à frapper, et Peter se sentit très embarrassé. Il n'en faisait pas vraiment, surtout parce qu'il s'était pris un coup de pied à la mâchoire qui l'avait traumatisé. Le kick-boxing n'était pas son truc, mais il avait vaguement poursuivi – parce que frapper un sac était extrêmement jouissif. Il se mit en garde, se mordant les lèvres d'hésitation, puis frappa. Voyant que Bucky ne disait rien et tendait l'autre main, il enchaîna, priant fort pour ne pas rougir.

— Pas vraiment, dit Barnes sans arrêter les enchaînements. Quand j'avais neuf ans, je me suis perdu, et j'ai atterri ici. Comme les portes étaient ouvertes et qu'il y avait du monde, je suis entré. Et je ne suis plus ressorti.

Peter était tellement concentré sur sa voix – grave, douce, profonde – qu'il ne vit pas le coup venir : il gémit douloureusement en se tenant la tempe, la bouche ouverte sous l'outrage. Il savait que ce n'était qu'une bourrade face à ce qu'il pouvait vraiment faire, mais ça faisait mal.

Son cœur eut un loupé lorsque Bucky lui sourit d'un air amusé. Et vaguement tendre – oh bordel de merde… En fait, son cœur allait fondre et disparaître, voilà, c'était cela.

— Allez, concentre-toi.

Peter se frotta encore un peu avant de se mettre en garde et d'enchaîner, ses yeux balayant constamment entre le visage de Barnes et les pattes d'ours. Barnes claqua la langue et lui dit de le regarder lui, pas ses mains, et dès l'instant où Parker s'exécuta, un gonflement dans sa poitrine manqua de le faire gémir.

Il était avec James Bucky Barnes, merde.

— J'ai essayé de m'y mettre, dit Peter en souriant. Au kick-boxing, je veux dire. Mais j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps quand je me suis pris un coup de pied.

Bucky eut un rire léger, peut-être parce qu'il imaginait très bien la scène, et le cœur de Peter fondit un peu plus.

— C'est partout pareil, gamin. Faut être prêt à recevoir, et encore plus à rendre.

— Je suis pas un gamin, marmonna-t-il.

Il reçut un nouveau coup sur l'autre tempe et cette fois, son geignement ne fut pas retenu – ni le rire de Bucky, qui fut un peu plus fort. Il ne l'avait pas souvent entendu, rares étaient les interviews qui le mettaient si à l'aise qu'il put rire. C'était pour cela aussi que les commentateurs le surnommaient le Soldat de l'Hiver : il venait zigouiller ses adversaires sans une once de sentiment, et repartait aussi simplement. Comme si tout cela n'était que des missions, et c'était peut-être le cas si son but était de tout rafler aux JO.

— T'avais quel âge, quand je t'ai signé le poster ?

Le visage du garçon se fendit d'un sourire au souvenir. Il s'en souvenait comme si c'était hier : il avait économisé pour acheter le meilleur billet, avait fait du co-voiturage pour s'y rendre – presque quatre heures de route – et avait plié son poster préféré pour qu'il fasse la taille acceptable d'une tablette et que la signature soit facile. Ce soir-là, il avait fait partie des chanceux qui avaient bénéficiés d'un autographe, parce que parfois, Bucky faisait le tour avant un match.

— J'avais quinze ans.

Et le sourire du gamin était si resplendissant que Barnes ne trouva rien à redire. Il n'y avait pas beaucoup de monde qui le regardait comme ça, la plupart du temps, il avait droit aux regards de satisfaction par déviation, de ceux qui assouvissaient leur désir de victoire et de violence par son biais. De l'admiration et de l'envie, aussi, mais pas ces grands yeux innocents pétillants d'émerveillement, qui le regardaient comme s'il représentait toutes les merveilles du monde à lui seul. C'était bizarrement agréable.

Bizarre, parce que ce gamin devait avoir quinze ans de moins que lui, et que se savoir désiré par un jeunot avait de quoi surprendre.

(Et oui, il avait bien compris le regard du garçon, c'était trop limpide.)

— Et maintenant t'as quel âge ? dix-sept ans ? se moqua-t-il.

Peter eut une exclamation outrée et se prit un nouveau coup. Bucky éclata de rire.

— Non ! s'écria Peter en se massant le menton. J-j'ai presque vingt-trois ans !

Barnes continua de rire et alla jusqu'à lui frotter les cheveux avec la patte d'ours, s'attirant un petit grognement frustré. Bien sûr qu'il avait la vingtaine : son corps était formé, ses épaules larges, sa mâchoire bien dessinée, les veines de sa gorge étaient visibles. Même s'il était beaucoup moins musclé que lui, ce n'était pas un corps d'adolescent.

Avisant l'heure sur sa montre, Bucky laissa entendre que la partie était finie, tandis qu'il retournait à son sac. Peter le suivit pour tendre les gants, que l'homme rangea, attrapant au passage son sac en toile et ses vêtements. Parker savait qu'il allait prendre une douche, et à nouveau, une boule d'excitation se logea dans sa gorge. Lorsqu'il croisa le regard de l'homme, il craignit un instant d'être trop expressif, mais Barnes se détourna pour se rendre aux douches.

Le pincement sur son cœur disparut. Ouf.

À nouveau, Peter resta sur le tabouret, rangeant son sac et le mettant sur son dos. Il avait remis sa veste aussi, prêt à partir, et jetait des regards à la dérobée vers la porte – ce qui était stupide, parce que l'eau coulait toujours. Il devait vraiment être sexy, avec les cheveux mouillés : il l'avait vu une fois, lorsqu'il s'était aspergé avec une bouteille d'eau durant un match, mais entièrement nu… oh, la vision devait être merveilleuse. L'eau devait joliment ruisseler sur le corps de marbre, glisser dans chaque courbe, descendre jusqu'à son…

Il sursauta lorsque Bucky revint ; Peter s'essuya la lèvre pour être sûr de ne pas baver.

Ils remballèrent leurs affaires, Barnes alla éteindre le chauffage et referma les portes à clef.

— Euh, je reviendrais, pour le reste de… de l'interview.

Bucky lui fit un sourire en rangeant les clefs.

— Je serais là jeudi matin. Vendredi j'ai un match, je pourrais pas.

— Je sais… j'y serai. J-je… je serais pas devant, hein – en fait, je serais même vers le fond, mais…

Barnes lui tapota la nuque dans un sourire et s'en alla. Parker resta immobile encore une poignée de minutes, ignorant les quelques regards que lui lançaient les passants, avant de pouvoir repartir. Le métro eut une panne qui le retarda de quinze bonnes minutes, mais rien ne pourrait enlever sa bonne humeur.


X

Peter avait été dans la lune le reste de la semaine, jusqu'au jeudi matin. Il avait même eu du mal à dormir, car il ne cessait de voir le visage souriant de Bucky, son corps musclé et nervé, ses cheveux mi-longs et noirs, qui soulignait le froid de ses yeux. Peter avait toujours su qu'il était comme ça : froid à l'extérieur, tendre à l'intérieur. Depuis la première fois qu'il l'avait, à la télévision, alors qu'il démolissait impassiblement son adversaire – Jack Rollins –, son visage si fermé qu'on aurait pu le prendre pour un robot, il s'était tout de suite dit que cet homme devait être bien plus sensible qu'on le pensait. Après tout, pour aller jusqu'à supprimer ses émotions durant un match, c'était qu'il avait peur de se laisser déborder, non ? Il avait si peur de faire des erreurs qu'il préférait réserver tout cela à l'intimité des vestiaires, ou de son chez-soi.

Et durant les échanges médiatiques, son visage était si détendu qu'on en venait à se dire qu'ils étaient peut-être deux, là-dedans. Celui qui détruisait silencieusement, et celui qui répondait affablement aux questions qu'on lui posait. Et c'était… tellement adorable. Et excitant.

Le jeudi matin, il y retourna donc, si fébrile qu'il avait du mal à respirer. Ses lèvres rouges laissaient passer des volutes de vapeurs blanches – à l'intérieur, il faisait un tout petit plus chaud : Bucky avait dû arriver peu avant. Il entra rapidement et se dirigea au sous-sol, pénétrant dans la grande salle d'entraînement.

Barnes s'échauffait encore.

— Salut gamin. T'as préparé tes questions ?

Peter posa son sac vers le tabouret et s'assit dessus, frottant ses mains gelées contre son jean. Bucky n'avait pas l'air affecté par le froid, ou alors il ne le montrait pas. Qu'est-ce qui pouvait réellement l'atteindre ?

— Vous êtes stressé, pour demain ?

Il serait contre Benjamin Poindexter, un redoutable adversaire. Ils s'étaient déjà affrontés, et même si les chances étaient sur Bucky, il lui était déjà arrivé de perdre contre lui. Ce type était rapide, et ses coups n'étaient pas à prendre à la légère.

— Je suis toujours stressé avant un match. Parce que je déteste perdre.

Pourtant, même lorsqu'il perdait, il ne montrait pas sa colère, ou sa tristesse. Elle se devinait au fond de son œil, quand on prenait le temps de regarder, mais Bucky n'en laissait pas vraiment la possibilité. Peter était un peu l'inverse, en un sens : il n'aimait pas trop gagner, parce que ce n'était pas facile de voir la tristesse dans l'œil de ceux qui perdaient. La moyenne lui convenait bien.

Cette fois, Bucky alla vers lui pour s'asseoir sur le deuxième tabouret, attrapant sa gourde pour boire. L'atmosphère se réchauffait doucement.

— Cet endroit a fermé il y a presque dix ans. Je ne l'ai pas su tout de suite, et puis je l'ai acheté. Mais j'ai pas voulu le faire perdurer… un peu égoïstement.

Peter buvait ses paroles avec bien trop d'admiration. Pour un lieu inoccupé depuis dix ans, il y avait bien moins de poussières que ce qu'il aurait pensé.

— De temps en temps, je prends le temps de laver un peu, répondit Barnes en haussant une épaule. Enfin, j'en ai ni le temps, ni la motivation.

— Je peux vous aider si vous voulez, Mr. Barnes, offrit-il spontanément. Ça doit être super long de tout nettoyer tout seul.

Bucky posa un regard sur lui, sur les grands yeux bruns et chauds du garçon, qui lui servit un sourire d'une sincérité à désarmer les cœurs. Il accepta volontiers, souriant lorsque le jeune se mordit la lèvre en rougissant. Lorsqu'il releva les yeux vers lui, Bucky a l'impression de pouvoir y lire l'univers.

— Vous savez… vous étiez… hum… mon modèle, avoua Peter d'une petite voix.

Et je ne le suis plus, maintenant ? avait-il envie de demander. Mais il ne le fit pas, parce qu'il sentait que Peter allait en faire un burn-out – et même si ce serait très drôle, ce n'était pas très gentil. Il avait déjà l'air un peu gêné par l'aveu qu'il venait de faire. Et puis, il n'avait pas besoin de le demander pour le savoir.

— Quand vous combattez, vous êtes… vous avez cette aura, qui attire, et un charisme surnaturel. Vous le faites comme si votre vie en dépendait, et en même temps, vous essayez de ne pas trop réagir. C'est juste… tellement cool.

Peter eut le courage de le regarder à nouveau dans les yeux, le visage si joyeux qu'on eût cru qu'on venait de réaliser son vœu le plus cher. Est-ce que le simple fait de s'ouvrir à lui le mettait dans cet état ?

— Je suis vraiment, vraiment super content de vous rencontrer, termina Parker d'une voix douce.

Comment pouvait-on être aussi franc ? Bucky ne savait même plus quoi dire.

Sa poitrine était chaude.


X

Le vendredi venu, Peter s'était rendu au match – seul, Ned n'aimait pas le kick-boxing, MJ serait bien venu, mais elle avait déjà des plans de prévus avec son copain. Sa tante avait déjà des plans, et même si elle n'avait pas dit grand-chose, Peter avait compris qu'elle avait rendez-vous. À part eux, il n'avait pas vraiment tant d'amis que cela – pas si proche, en tout cas. Il avait essayé d'en apprendre plus sur le rendez-vous de sa tante, mais elle avait tout éludé avec l'habileté d'un maître.

Il s'installa dès que possible, sachant déjà que l'attente risquait de durer un peu parce qu'il avait pas mal d'avance. Tout autour, les organisateurs les encadraient ; Peter jeta un œil à l'affiche froissée qu'il avait obtenue. Il y aurait plusieurs matchs aujourd'hui, c'était un simple show, pas un Tournoi, mais cela durerait bien plusieurs heures. Ils annonçaient la fin vers minuit, et vu les noms affichés, ce serait prometteur. Il les reconnaissait quasiment tous, sauf deux ou trois – peut-être reconnaîtrait-il leur visage, à défaut de leur patronyme.

Peu après dix-neuf heures trente, les lumières s'éteignirent, laissant le ring s'illuminer, ainsi que le cœur de plus de cinq mille spectateurs.

Peter apprécia la technique de tous les concurrents, mais fut le plus expansif durant les matchs de Bucky. Il était peut-être un peu loin, mais il avait toujours eu une excellente vision – et il ne pouvait pas détacher son regard de l'homme. Ses jambes étaient fortes, musclées, longues, son torse était ourlé de muscles parfaits, ses biceps ressortaient merveilleusement bien.

Son regard bleu-gris était fermé.

Peter sentait son cœur battre à tout rompre, et comme à chaque fois, il rêvait de pouvoir plonger son regard dans le sien. Voir ce Barnes-là, plongé dans la bataille, déterminé à gagner, à écraser son adversaire, le faisait saliver. Il aimait cet aspect de lui, il aimait savoir que Bucky pouvait être le loup et l'agneau à la fois – parce qu'il était persuadé que sa tendresse était aussi grande que sa férocité.

Lorsque Barnes se prenait des coups, le cœur de Peter faisait des embardés – ce n'étaient pas des pichenettes, Peter savait qu'un coup de poing de boxeur pouvait facilement aller dans les trente-cinq km/h, et donner un choc semblable à quelques centaines de kilos. Il avait toujours peur que Bucky en soit gravement blessé – jusqu'à ce qu'il ne gagne. La joie qui parcourait Peter était sans doute moindre face à celle de Barnes, mais comme toujours, l'homme ne le montrait pas.

Après de derniers commentaires, la fin arriva : il était minuit passé. Ils repartaient tous, complètement extatiques, enjoués malgré l'heure tardive, comme s'ils étaient dopés. Peter connaissait cette sensation – après autant de dynamisme brut, de démonstration de puissance, il y avait de quoi en être contaminé pour longtemps. Finalement, il attrapa ses affaires et sortit également, traînant du côté des vestiaires dans l'espoir de voir Barnes. C'était sans doute impossible, parce qu'il voyait d'ici comme le couloir était plein de staff et de gardes du corps – que Bucky pourrait aisément mettre à terre, sérieux – mais alors qu'il songeait à faire marche-arrière, une jeune femme en costume s'approcha de lui.

— Vous êtes Peter Parker ?

Indécis, il acquiesça néanmoins, suivant la jeune femme lorsque cette dernière le lui demanda – ordonna, pour être plus précis. Son cœur commença à brûler lorsqu'il songea que c'était Bucky qui le faisait appeler, parce qu'il savait qu'il allait venir, et qu'il allait aller dans sa loge, pour le voir juste après ses matchs amicaux, et putain de merde il ne savait pas s'il allait survivre…

Lorsque la porte s'ouvrit, ses yeux tombèrent tout de suite sur Bucky qui, assit, laissait le masseur s'occuper de ses muscles. Il était complètement détendu, les membres vaguement tremblants sous les efforts de la soirée, l'œil un peu vitreux. Son coach ainsi que deux autres personnes (les assistants ? un garçon et une fille) étaient dans la salle et discutait à voix basse. Le visage du garçon s'illumina immédiatement, et il entra d'un pas incertain, se triturant les doigts comme un adolescent à son premier rendez-vous. Bucky portait un peignoir, malheureusement, il n'aurait pas le bonheur de voir ses muscles saillants aujourd'hui. Sa pommette était violette, son frotn était gonflé. L'homme lui fit signe de s'approcher, et son sourire en coin était si plein d'autosatisfaction que les yeux de Parker brillèrent davantage.

— Alors gamin, envie d'un autographe ? nargua Bucky.

— Mr Barnes ! s'écria Peter d'un ton outré. Bien sûr que j'en veux un !

Il fouilla aussitôt ses poches pour sortir l'affiche du match, froissé mais intact. Barnes le repoussa et saisit ses gants sous l'œil surpris du garçon, les signant aussitôt d'un geste fluide et répété. Quand il les tendit au garçon, Peter les accepta d'un geste lent, ému, et ne parvint pas à parler tant sa gorge était nouée. Les gants étaient noirs, bien sûr, et Bucky avait écrit avec un feutre à peinture blanche – car beaucoup de posters de boxe étaient noirs. Ils étaient encore tièdes, mais Peter ne pouvait pas les porter, de peur que la peinture ne soit pas encore sèche.

Ses yeux s'humidifièrent sans son consentement.

L'émotion qui lui prit la gorge fut trop puissante pour pouvoir la canaliser. Il laissa échapper quelques larmes avant de sentir la large main de Bucky se poser sur sa nuque et le pousser contre son épaule ferme. Il ne fit pas un bruit en pleurant, légèrement honteux de se laisser aller aussi bêtement, alors qu'il avait déjà été proche de son idole deux fois auparavant. Le flot de souvenirs qui l'assaillit serrait douloureusement son cœur en même temps qu'il réchauffait sa poitrine.

— Je pensais pas que tu serais si content, plaisanta Barnes en tapotant son dos. J'aurais dû te les donner hier.

Peter sécha ses larmes, la main tremblante, et leva les yeux. Ses cils étaient trempés, le pourtour de ses yeux brillait, et son regard était aussi clair qu'un ciel sans nuage.

— Merci, je… merci.

Bucky lui tapota la joue avant de l'inviter à s'asseoir, laissant son masseur poursuivre son ouvrage. Aussitôt, Peter se lança dans un panégyrique expansif sur ses combats, s'exaltant sur la rapidité de ses gestes, sur la manière dont il avait mis K.-O. Abu Bakaar, de l'enchaînement extraordinaire contre Daniel Drumm, les parades contre Dimitri Smerdyakov. Le masseur commentait parfois, avouant qu'il avait été incroyable, lançant le petit dans un débat passionné sur ses techniques. Le coach de Bucky échangea deux mots avec son champion avant de sortir, emportant sa clique avec lui et les laissant seul.

— J'ai demandé à Maria de te chercher pour te mettre au premier rang, mais elle a pas réussi à te trouver.

Oh, ça, c'était dommage. Il aurait vraiment adoré être devant, il aurait eu une chance de croiser le regard du sportif lorsqu'il était en mode combat. Et il aurait pu avoir une bien meilleure visibilité. Son désappointement dû être perceptible : Bucky lui donna une pichenette sur le nez et lui promit que la prochaine fois, il serait aux premières loges. Le grand sourire qui fit son apparition le fit presque rire : Parker était un livre ouvert.

— Comment t'es venu ? demanda Bucky. En voiture ?

— En train.

— Tu veux que je te raccompagne ?

Peter aurait voulu dire oui, mais il refusa : il n'allait pas embêter Barnes alors que ce-dernier était complètement épuisé, ce serait le comble. Bucky argumenta qu'ils allaient dans la même direction, sans doute, puisqu'ils n'étaient pas loin de son ancien club de boxe, et Peter avoua qu'il était en réalité à quarante minutes de ce lieu, en transport en commun.

— Oh, mais en voiture, c'est rien. Allez, on rentre ensemble.

L'idée était bien trop tentante pour refuser, alors il accepta en espérant ne pas rougir – vu le sourire de l'homme, il n'en était pas sûr. Ce-dernier se leva pour se changer, ayant déjà pris sa douche, et lorsque son peignoir tomba Peter se força à détourner le regard. Cet idiot était si impudique que ça en frisait l'insolence. Il savait qu'il était bien foutu, après tout, c'était évident. Il se pinça légèrement les lèvres en imaginant le short tomber, révéler ses fesses moulées dans son boxer, le tissu glisser sur sa peau à mesure qu'il s'habillait… Une langueur le saisit doucement : il était sans doute près d'une heure du matin, il commençait à fatiguer.

— Tu viens ?

Peter leva la tête et sourit, plissant joliment ses yeux. Il se leva aussitôt, attrapant son sac, et frissonna lorsque Barnes posa une main sur sa nuque. Il lui souffla qu'il ferait mieux de se taire sur l'interview, parce que son coach n'était pas au courant et qu'il détestait ne pas savoir ce qui se passait. Surtout quand on mettait quelque chose en place sans passer par lui. Peter, qui avait complètement oublié cette histoire, rougit en hochant la tête.

L'air extérieur lui fouetta le visage. Ils étaient en plein mois de novembre, l'atmosphère était glacée mais il ne neigeait pas encore. Ils embarquèrent dans la voiture – la fourgonnette noire – et Peter se mordit la lèvre sous les regards insistants des autres. Le coach était sur le siège passager, les deux assistants étaient derrière, et il ne connaissait pas le chauffeur. Il démarra sans plus attendre, et le coach eut un claquement de langue irrité.

— On avait dit que tu ramènerais plus personne, remarqua-t-il d'une voix acide. On sait ce que ça a donné la dernière fois.

— C'est bon, répondit Barnes sur le même ton, tais-toi.

Le coach lui lança un regard lourd mais abdiqua, sachant qu'il ne fallait pas titiller Barnes après ses combats. Peter se pinça les lèvres, pesant le pour et le contre dans sa tête, mais ne parvint pas à s'empêcher de parler :

— Mr. Vanko, souffla-t-il presque craintivement en s'approchant. Je… je suis honoré de vous rencontrer.

Le susnommé lui lança un regard vague avant de revenir sur la route. Pour connaître le nom du coach, il devait être un vrai fan.

— C-c'est vous qui choisissez toujours la musique d'entrée, continua Peter sans pouvoir s'en empêcher. Vous choisissez toujours des morceaux de musique classique, ça dénote vachement avec l'ambiance et les musiques de films d'actions des autres.

Le garçon eut un sourire. Apparemment, les premières années, tout le monde se moquait un peu de Bucky à cause de cela : ils trouvaient que la musique, bien que dynamique et virevoltante, n'était rien en comparaison des cris des guerres des autres candidats. Une forme de douceur mal placée, qui laissait peut-être entendre une certaine retenue. Les moqueries n'étaient pas méchantes, il y en avait qui pensaient que c'était une sorte de respect envers le sport. En tout cas, ils avaient vite déchanté en constatant que Bucky était tout sauf une poupée de porcelaine.

Il était plutôt du genre à les briser, en réalité.

— Vous disiez que c'était justement pour contraster avec les combats, que c'était toujours bien de rappeler aux brutes les « petites beautés musicales ». Mais dans une interview, Mr. Barnes a révélé que… que sa maman jouait du violon, termina Peter en se tournant vers Bucky.

Barnes le regardait sans montrer de signe d'impatience ou de gêne. Esquissant un sourire, Peter ramena son attention vers Vanko et se pencha plus en avant.

— En fait, vous choisissez ces morceaux pour… réconforter et soutenir Mr. Barnes ?

Vanko eut une exclamation irritée et parla dans une langue que Peter ne comprit pas (de l'allemand ?) mais le garçon vit bien que le coach n'était pas vraiment énervé. Plutôt embarrassé. Il étouffa un rire en se renfonçant sur le siège, tournant son regard vers Bucky qui avait du mal à masquer un sourire.

— Eh ben, Anton, toi qui me disais toujours que c'était pour te moquer de l'adversaire, dit Bucky d'un ton lent et faussement neutre. Pour leur faire soi-disant comprendre que j'étais leur fatalité, et qu'ils ne pourraient pas me battre.

Son coach eut encore des mots en allemand (Peter avait reconnu le mot Sheiße) tandis que Bucky souriait d'un air narquois. Derrière lui, les deux assistants se mirent à exsuder des « Oooh » et des « Aaaah », d'un air langoureux qui termina d'énerver Vanko. Lorsque Peter avait lu ce commentaire, de Barnes, disant que sa mère jouait du violon, il avait tout de suite imaginé son enfance emplie de mélodies douces et frivoles, et avait fait le lien avec les morceaux joués pour accompagner son entrée sur le ring. Ses parents étaient décédés lorsqu'il était assez jeune (Peter s'était senti très concerné) et l'absence de ces musiques avait dû être terrible.

Il avait tout de suite beaucoup apprécié Vanko, lorsqu'il avait appris que c'était lui qui choisissait les morceaux.

Par contre, il pensait que les autres le savaient aussi, et qu'il ne faisait que conserver leur image auprès de la presse. Il avait l'impression d'avoir fait une boulette.

— Il parle trop, ce morveux ! claqua Vanko en se renfonçant dans son siège.

Gêné, Parker se tritura les doigts en s'insultant mentalement de ne pas pouvoir se la fermer quand il le devait, mais Bucky attira son attention d'une main pour lui présenter son poing. Fébrile, Peter cogna son propre poing dessus et sourit automatiquement. Il donna son adresse lorsque Barnes refusa de le laisser à son ancien club (il se souvenait encore que c'était à quarante minutes de chez lui) et le chauffeur prit la route.

D'ici, il ne voyait pas la pommette blessée de Bucky, mais la devinait. Elle devait luire grâce à la pommade qu'on lui avait passée. L'homme resta silencieux, yeux fermés, sans doute épuisé par la soirée, et Peter se retrouva à discuter avec les deux assistants à l'arrière. Harley et Shuri, apprit-il. Ils étaient juste un peu plus vieux que lui, et ils se mirent à parler de Bucky, leur seul dénominateur commun. Les anecdotes qu'ils tentaient de raconter étaient arrêté par Barnes, qui se retrouvait mêlé malgré lui à la conversation.

— Il a toujours détesté perdre, sérieux, mais il paraît que c'est devenu pire avec, tu sais ? dit Harley en se tournant vers l'autre.

— La ferme, interrompit Barnes.

— Wanda, continua Shuri sans y porter attention. Genre, Mr. Vanko disait qu'il voulait pas qu'elle le voie perdre…

— La ferme, sérieux !

— Mais elle l'a vu perdre, il aurait tellement boudé après ça !

Bucky étendit son bras pour frapper les deux enfants derrière, sous les rires de ceux-ci et de Peter. Ils continuèrent tout en geignant sous les taloches du sportif, se débattant entre eux tout en répétant à quel point il avait boudé : il n'était plus venu en salle pendant deux semaines, il refusait les combats, il était d'une humeur de chien ; il avait seize ans, quoi. Harley et Shuri n'étaient pas dans le club à cette période, mais Anton, le coach, le rappelait tellement qu'ils avaient l'impression d'y être. Le coach, avait été furieux et le lui avait fait comprendre. Depuis, il n'avait plus jamais manqué un entraînement.

Après plusieurs minutes encore, ils arrivèrent à son adresse, devant un de ces grands buildings. Après plusieurs remerciements, Peter sortit de l'habitacle, faisant encore des signes avant de voir Bucky en sortir aussi. Le cœur de Peter n'était déjà plus qu'une énorme guimauve fondante, et chaque minute passé avec lui l'achevait un peu plus.

— Je serais à la salle lundi matin, dit Bucky. Si tu veux toujours continuer l'interview, hein.

Peter acquiesça aussitôt, lèvres sèches, assurant qu'il serait là au plus tôt. L'homme ne s'attarda pas plus et réembarqua, mais les vitres teintées ne permettaient pas à Parker de voir si les occupants voyaient ses signes d'au revoir. Il les salua pourtant jusqu'à ce que la voiture disparaisse.

Pris dans son euphorie, il mit un temps fou à s'endormir.


X

Le week-end fut très long.

Peter avait écrit les informations qu'il avait obtenu de Bucky tout en sachant qu'il ne les utiliserait pas. Il se désespérait de voir que le temps passait si lentement, mais lorsque le réveil sonna à cinq heures lundi matin, il eut un mal fou à se tirer du lit. Les nuits étaient courtes, pour son petit esprit euphorique, et le réveil était difficile. Mais rien que l'idée de revoir Bucky le fit sauter sur ses pieds.

Cette fois-ci, il arriva bien plus tôt, et la porte fut fermée. Il s'accroupit au sol, mains enfoncées dans les poches – ses oreilles et son nez étaient rougis. Il décida de continuer une partie de Clash Royale en attendant, reniflant de temps à autres lorsque le vent s'engouffrait dans ses vêtements. Qu'importait le froid, Peter laissait toujours sa veste ouverte, ce qui avait fait longtemps rager sa tante. Parker était cependant loin de supporter le froid, comme le montrait ses mains tremblantes.

Il se releva aussitôt lorsque la figure de Bucky se découpa. Le matin, il n'avait pas l'air de venir en voiture, est-ce qu'il habitait tout près d'ici ?

— T'es là plus tôt que d'habitude, commença Bucky en guise de bonjour.

Il alla allumer le chauffage avant de descendre dans la grande salle. Peter le suivait comme un poussin, incapable de retirer son sourire lumineux. Il se détourna à nouveau lorsque Barnes se changea mais, cette fois, se permit de jeter quelques coups d'œil discrets – et puis, il lui tournait le dos. Ses fesses parfaitement moulées dans son boxer noir court-circuitèrent son cerveau, et il ne reprit ses esprits que lorsqu'il vit le torse parfait du sportif – qui lui faisait face maintenant.

Merde, grillé.

Il n'eut pas vraiment le temps de rougir que Barnes l'appela et lui demanda de s'échauffer. Parker avait compris, grâce aux précédentes séances, que l'homme n'aimait peut-être pas quand on ne faisait rien autour de lui. Peut-être que c'était stressant – ou alors il avait l'habitude d'aider les jeunes de son club à s'entraîner. En tous les cas, Peter jeta son sac à côté de celui du Barnes et s'étira avec lui, intérieurement ravi de pouvoir participer. Il se mit à évoquer la soirée du vendredi soir, ses combats, le fait qu'il avait accroché les gants au-dessus de son lit, qu'il s'était pris en photo avec pour l'envoyer à sa tante – qui lui avait crié de dormir illico.

Il parlait peut-être beaucoup, mais Bucky répondait obligeamment lorsqu'il le devait, commentait dans un petit sourire qui faisait faire des loopings au petit cœur de Parker.

— A-alors vous êtes sortis avec, euh… Mme Wanda ?

Ils étaient en train de faire des pompes, quelle idée de parler en même temps… Mais Bucky les enchaînait avec une telle souplesse que cela donnait envie de faire pareil. Malheureusement, même si Peter était du genre endurant, il n'avait aucune force dans les bras, et il se mit à geindre au bout de la dix-septième pompes.

— Étonnamment… oui, répondit Bucky en lui lançant un regard amusé. On est sorti ensemble quelques mois. Mais ça n'a jamais vraiment fonctionné.

— Et… vous avez… une petite-amie, aujourd'hui ? hmpf… vous êtes du genre… discret sur votre… ngh, vie amoureuse ! gémit-il entre ses pompes.

Vaincu, il tomba à plat ventre en respirant difficilement, les bras en feu et les abdos explosés. Il ignora le rire de l'autre mais resta par terre, se redressant sur ses coudes et remarquant la saleté de ses mains. À force de s'entraîner dans ce coin de la salle, la poussière était bien moins présente par terre, mais la propreté n'était guère parfaite. Il les tapota vaguement et se tourna vers Buck, qui continuait de monter et descendre. Bucky avait fait tomber son débardeur depuis un moment, son torse était une œuvre d'art.

— Je préfère rester discret, continua Bucky en le regardant. T'as une tâche sur la joue.

Peter se frotta aussitôt le visage, pestant silencieusement. Il venait de poser la tête par terre, il aurait dû se douter, vu l'état de ses mains, qu'il n'en sortirait pas immaculé.

— Je vous promets que j'écrirai rien dessus, argumenta Parker.

Barnes eut un sourire en coin et, après une poignée de pompes, se releva souplement. Il se banda les mains, faisant comprendre qu'il n'allait pas répondre, et tendit une paire de gants au garçon. Il se plaça derrière le sac de frappe et invita Peter à s'approcher pour l'utiliser. Un peu gauche, Peter obéit docilement, et même si ses coups manquaient d'expérience et de pratique, il frappait assez fort.

— Vous savez pourquoi je… j'ai pleuré, quand vous m'avez donné les gants ? questionna Peter sans lever les yeux du sac.

Barnes avait à peine besoin de le tenir : un bras contre le sac, l'autre sur la hanche. En regardant les coups fragiles de l'enfant, il se souvenait de ses premiers jours, et de la vision des petits nouveaux du clubs qui apprenaient jour après jour l'art du combat.

— Je… j'avais treize ans, la première fois que je vous ai « vu » – à la télé quoi. Mes parents et mon oncle étaient… décédés, quelques jours avant.

Bucky fronça vaguement les sourcils mais se refusa à réagir tout de suite. À quel moment pouvait-on se permettre de s'ouvrir autant, si facilement, si spontanément ? Plus ils passaient du temps ensemble, plus la poitrine de Bucky se réchauffait. Il révélait ses pensées les plus intimes (ou presque), les détails de sa vie, aussi douloureuses soient-elles… Le gamin était une bouffée d'oxygène.

— J'étais… perturbé, continua Peter en continuant de frapper. Méchant, même. Je n'allais plus à l'école, je ne rentrais plus à la maison – chez ma tante. Elle aussi n'était pas bien, elle venait de perdre son mari, mais je… je m'en rendais pas compte. J'avais trop mal.

Peter refusait de le regarder, enchaînait les coups d'un rythme régulier : droite, gauche, gauche, droite, gauche, gauche, droite. Bucky percevait sa honte, sa culpabilité, mais il préférait ne pas lui couper la parole.

— Ce jour-là, j'étais allé dans un supermarché pour acheter des écouteurs, parce que les miens ne fonctionnaient plus. Un peu plus loin, toutes les télés montraient une seule chaîne, une sorte de reportage. On voyait des extraits de votre combat contre Bill Foster, puis l'image s'est concentrée sur vous et la journaliste. Apparemment, ç'avait déjà commencé depuis un moment, parce que la dame a repris où elle s'était arrêtée – et je savais même pas pourquoi je m'étais arrêté pour regarder.

Ses coups s'étaient faits plus longs, irréguliers, avant qu'il n'arrête tout simplement. Il immobilisa le sac des deux mains, sans oser lever les yeux. Ses lèvres étaient rouges à force de les mordre entre ses phrases, ses yeux frétillaient légèrement d'hésitation.

— Elle en est venu à parler de votre famille, souffla-t-il finalement. Comment vous aviez surmonté leur… leur décès. Vous avez dit n'y être jamais arrivé.

Bucky ne bougeait toujours pas, les yeux fixés sur Peter mais l'esprit loin. Ils étaient morts depuis longtemps ; James s'en souvenait encore comme si c'était hier. Il pouvait comprendre Peter : après leur décès, alors qu'il était boxeur depuis une poignées d'années, subir leur perte avait failli le jeter hors du ring. Il était jeune, impulsif, sensible. Il avait sauté sur l'alcool et la drogue, se montrait particulièrement violent durant les matchs – et refusait toute interview. Cela avait duré quelques mois, les plus longs de sa vie.

— Vous étiez… vous étiez… vraiment mal, mais je l'ai su qu'après. Quand j'ai regardé les vidéos de vos précédents combats. Et pendant cet entretien, vous avez dit à la journaliste que vous ne le surmonteriez jamais.

Il leva les yeux vers Barnes, fébrile et ému. Il avait peur de franchir une limite en commençant, mais face à l'écoute attentive du sportif, le flot de souvenirs se permettaient de l'inonder. Il osa un pas en avant, déglutissant faiblement en croisant le regard bleu-gris de Bucky, ourlés de cils noirs joliment courbés. Cet homme était si beau qu'il en était offensant.

— Vous avez dit qu'ils étaient partis, en arrachant un morceau de votre cœur, et que vous ne le retrouveriez jamais, murmura-t-il. Mais que… mais, vous avez aussi dit qu'il y avait encore des gens qui tenaient à vous, que vous n'aviez pas le droit d'insulter leurs sentiments. Qu'ils vous aiment autant que vous aimez vos parents. Que vous n'aviez pas le droit d'aggraver leur souffrance.

Les yeux de Peter étaient humides, mais il ne pleurait pas. Malgré l'obscurité relative des lieux, Bucky pouvait voir comme les lèvres du garçon étaient rouges, et mouillées, et à quel point il avait envie de les mordre. Est-ce que sa peau serait froide, malgré le chauffage ? Ou au contraire : d'une tiédeur à faire frémir ? Ses doigts tiquèrent et il dut faire montre de sang-froid pour ne pas caresser la joue du garçon.

— Toutes les paroles du monde sont dénuées de sens, dans cette situation, souffla finalement Bucky.

Rien, aucun mot, ne pouvait décrire ce qu'on ressentait à la perte d'un être cher. Il avait pu se reprendre, c'était vrai, il avait pu mettre de côté son égoïsme destructeur qui enfonçait généreusement le couteau dans la plaie de ses grands-parents – parce qu'ils l'avaient secoués. Son grand-père lui avait lancé une chope de bière en pleine tête en hurlant, sa grand-mère l'avait roué de coups en pleurant à chaudes larmes (elle lui avait quand même fêlé une côte). Parce qu'il avait oublié, l'espace d'un instant, que son père était leur fils, et que c'était eux qui l'avaient enterré. Avec sa femme. Et leurs enfants.

Sauf lui, merde.

— Oui, accepta Peter en baissant les yeux sur ses mains tremblantes. C'est vrai. Mais, quand je vous ai entendu, je… j-j'ai…

Sa respiration se coupa durant une poignée de secondes, il se pinça les lèvres en inspirant longuement avant de relever les yeux. Un vague sourire ourlait sa bouche, peut-être pour se donner le courage de continuer.

— J'ai pleuré, dit-il finalement. Je suis rentré chez moi. J'ai pris ma tante dans mes bras et je… on a passé la soirée à pleurer.

Buky était fasciné par l'image du garçon, par sa douloureuse spontanéité. Est-ce qu'avoir été ce déclic dans sa jeunesse était suffisant pour permettre un tel épanchement ? Parce que le garçon le « connaissait » depuis quelques années, presque dix ans (il avait vingt-deux ans, s'il se souvenait bien), suffisait pour qu'il ait sa confiance totale ? Bucky ne se permettait même pas cette ouverture avec ses propres grands-parents, ni avec Steve, ni avec personne d'autre.

Sa main se tendit pour retirer une mèche de cheveux bouclés. Les paupières plissées du garçon frémirent, ses cils se courbèrent sous le contact. Ses yeux ne le lâchaient pas du regard.

— Pourquoi me dire ça ? demanda-t-il doucement.

Peter s'humecta les lèvres avant d'avoir un petit sourire, fragile, honnête à s'en arracher le cœur.

— J'en avais envie. Ou peut-être que j'en avais besoin, se corrigea-t-il en haussant une épaule.

Bucky ne répondit rien, puis donna une pichenette sur le nez du garçon, qui geignit brutalement.

— Mais-euh ! se plaignit Peter en se massant le nez. J'étais plongé dans un moment super intime et important !

Bucky lui décoiffa les cheveux, récoltant à nouveau moult plaintes, et il alla chercher les pattes d'ours pour continuer l'entraînement. Il avait été obligé de rompre l'instant, aussi fascinant soit-il, parce que dans le cas contraire au lieu de cette pichenette, il lui aurait donné un baiser.


X

Il neigeait, lorsqu'ils se revirent.

Toujours dans la salle, toujours à s'entrainer à deux. Bucky lui demandait quand est-ce que sortirait ce fameux articles sur lui, vu comme Peter n'arrivait pas à poser toutes ses questions, et le garçon lui répondit que c'était mieux comme ça, qu'il finirait par baisser sa garde et avouer de sombres secrets. En représailles, Barnes frappa sa tempe.

Peter lui posa à nouveau des questions sur Wanda, sur sa vie amoureuse, sur la manière dont il avait été repéré par Vanko, sur les deux petits assistants (Shuri et Harley), sur sa marque de bière préférée (« Au fait, t'as le droit de boire, gamin ? » « Je vous ai déjà dit que j'ai presque 23 ans ! Et je parlais de vous ! »), sur la manière dont ses parents avaient pris son dévouement pour le kick-boxing, comment ses grands-parents le prenaient, est-ce qu'il avait développé des amitiés avec d'autres pratiquants en-dehors de son club. Il ne posa pas toutes ces questions le même jour, mais l'avancée fut évidente. Et, bien sûr, Peter se livra beaucoup également, sur sa jeunesse de « looser », de bouc-émissaire, sur ses deux seuls amis, son attrait pour les films en tout genre (allant de l'aventure à la romance, de l'horreur à la comédie), il parla de son père qui s'amusait toujours à lui écrire sur les bras quand il dormait, ou sur sa mère qui détestait les légumes mais qui devait se forcer pour lui.

C'était comme si Peter ne savait pas qu'il pouvait garder certaines choses pour lui. Bucky voyait à peine ses yeux se plisser lorsqu'il pensait à quelque chose qu'il le révélait aussitôt. Bon, peut-être pas tout, parce que Bucky voyait bien que le garçon le détaillait ouvertement parfois. Enfin, Peter n'avait pas vraiment besoin de le dire, le gamin était un livre ouvert.

Si transparent et attachant que Barnes avait de plus en plus envie de franchir la limite.

À la mi-décembre, un jour où Barnes était entièrement libre, ils nettoyèrent la salle. Mine de rien, elle était grande, même si elle devait faire un quart de la salle du club officiel de Bucky. En une journée, ils ne parvinrent pas à faire grand-chose : le sol, déjà, les vitres, les portes, les douches. Ils se concentrèrent sur les douches et la salle d'entraînement, car Bucky n'utilisait pas les autres pièces. Évidemment, à un moment, le tout se transforma en bataille d'eau, et les deux faillirent plus d'une fois se casser la gueule. Peter s'était pris un seau entier d'eau sur la tête, et heureusement que le chauffage était bien enclenché, parce qu'il était du genre frileux.

Bucky proposa qu'ils aillent prendre une douche, Peter rougit en bafouillant qu'il pouvait y aller d'abord. Il le regretta durant deux ou trois secondes, parce que l'idée de voir le corps nu de Bucky était plus que tentant, mais il serait capable d'avoir une érection devant lui – et ça, c'était inenvisageable. Il mourrait de honte sur le coup.

Et puis, son corps était ridicule face à celui surentraîné de Barnes.

Ils avaient dû continuer le nettoyage un autre jour, puis un autre encore. Avec la fin de l'année, Bucky avait plus de temps libre – et Peter faisait en sortes d'en avoir. Lorsque Bucky était pris, il travaillait et faisait des heures sup dans l'espoir d'être disponible en même temps. Son responsable en devenait fou mais bon, il était ami avec Tony Stark, alors on lui passait pas mal de choses.

(De toute façon, il ne travaillait pas vraiment, alors bon.)

Et puis Noël arriva. Peter passa le réveillon avec sa tante et quelques voisins, attristé de ne pas pouvoir voir Bucky durant ce temps. Le sportif passait la soirée avec des amis, de ce qu'il lui avait dit, dont Steve Rogers. Il n'allait pas le revoir avant le début de l'année prochaine, et la pensée était dévastatrice – bon, en soi, cela ne représentait qu'un peu plus d'une semaine, mais maintenant qu'ils avaient pris l'habitude de se voir deux ou trois fois par semaine, c'était terrible.

Le programme allait être le même pour le nouvel an, mais Tony les avait devancé en les invitant à sa soirée – offre qu'il était impossible de refuser, parce que les deux Parker étaient des fans absolus du milliardaire. Il avait assuré que ce ne serait pas trop abracadabrant, et Peter le crut puisque la presse n'en parla pas. Pourtant, en arrivant sur place le jour J, il s'était rendu compte que c'était un peu plus que ce qu'il avait imaginé. Déjà le fait que Tony leur ait envoyé de quoi s'habiller aurait dû lui mettre la puce à l'oreille (en vérifiant sur Internet, il apparaissait que la robe et le costume reçu atteignait un prix à cinq chiffres). Ils avaient été conviés non pas à la Tour Stark, mais à une villa – qui était en réalité un véritable manoir.

Peter était déjà allé à sa villa de Malibu, à celle de Virginie, celle de Floride, mais jamais à celle de New-York – et c'était pourtant la plus proche. Elle était monstrueusement gigantesque : ils durent rouler une poignée de minutes après le portail avant de voir la villa, ainsi que le parking de voitures de luxe. Il y en avait tellement qu'il était évident que la plupart des invités étaient arrivés – elles ne pouvaient pas toutes être à lui, n'est-ce pas ?

Pensée stupide.

Le jardin était une œuvre à lui seul. Il pullulait de plantes, de fleurs, d'arbres, de buissons, de haies. De nombreuses guirlandes et lumières avaient été éparpillées, offrant un spectacle de couleurs et d'étincelles. De visu, Peter voyait quatre bâtiments – des ailes ? – et lorsqu'ils arrivèrent, un monsieur leur pris les clefs pour aller garer leur véhicule. L'intérieur était aussi extravagant que l'extérieur, et les deux Parker se promenèrent durant bien une heure avant de tomber sur le propriétaire des lieux. Ils avaient reconnu quelques amis, comme Pepper, le lieutenant Rhodes, des assistants de Tony, son cuisinier personnel, ils firent la connaissance de quelques autres personnes avant que Stark ne les trouve.

— Mais voilà mes Parker préférés ! s'écria-t-il en venant les saluer.

Il prit May dans ses bras et lui posa un baiser sur la pommette. Sa tante rougit aussitôt et gloussa comme une adolescente, faisant sourire Peter – sourire qui disparut vite lorsque Tony le décoiffa.

— Ah ! Mr. Stark ! se plaignit-il en tentant de dompter sa crinière.

— J'ai toujours aussi bon goût, ces tenues vous vont à ravir, dit Tony en l'ignorant délibérément. Enfin, tous les mots du monde seront trop fades pour vous décrire, chère tante May.

Souriant, May accepta le baisemain du milliardaire et l'invitation à danser. Le flirt était trop ostentatoire – et plus encore, les joues rouges de sa tante parlaient pour elle. Est-ce que Mr. Stark était tous ces fameux rendez-vous ? Peter voyait du coin de l'œil des dizaines de personnes connues : il y avait les frères et sœurs Maximoff, duo de chanteurs, Sam Wilson, présentateur télé, Loki, un acteur très en vogue en ce moment et puis, Peter croisa le regard de Steve Rogers… et de Bucky.

Oh. Mon. Dieu.

Peter n'avait pas été prêt à le voir, le choc visuel faillit arrêter son cœur. Il manqua de faire tomber son verre et eut la présence d'esprit de le poser sur la première surface plane à proximité – en plein dans une plante. Le verre ne se renversa pas, heureusement, malgré la précarité du lieu.

— Oh, Mr Parker, sourit Steve en s'approchant. Venez donc, nous allions faire une partie de billard.

— Capitaine Rogers, Mr. Barnes, bafouilla Peter en se triturant les doigts. Je ne savais pas que vous étiez invité. Et je vous ai dit de m'appeler Peter…

Steve balaya sa remarque et l'invita à les suivre. Contrairement à tous les autres invités, Steve et Bucky avaient des canettes de bières. Les autres n'avaient que du vin ou du champagne – certains avaient de l'eau. Peter oublia son verre et les suivit, l'œil accroché à la silhouette de Bucky. Il portait un costume merveilleusement bien cintré, entièrement noir et dont les rayures semblaient être en surbrillance. Ses cheveux étaient ramenés en arrière – sa figure était si joliment mise en valeur que malgré tous ses efforts, il n'arrivait pas à détacher son regard. Il eut un hoquet lorsqu'il rencontra son regard et il fut certain que ses rougeurs étaient de véritables flammes dans la nuit.

— Tu sais jouer au billard, gamin ? demanda Bucky alors qu'ils montaient quelques marches jusqu'à la plateforme.

— Je suis pas un gamin !

Pourtant il n'avait jamais joué au billard… Arrivé à destination, la table avait l'air immense, tout comme les queues. Il y avait déjà deux personnes en lice, Peter reconnaissait l'un d'eux mais pas l'autre. Ils offrirent une poignée de main virile aux arrivants.

— Tiens, c'est qui celui-là ? Connaît pas, dit l'un d'eux en tendant la main.

— Oh, euh… Peter Parker.

Il serra aussitôt la main du dénommé Sam, comme il se présenta. L'autre était Thor, il était connu en tant qu'acteur mais il se présenta néanmoins, tandis qu'il l'écrasait dans une étreinte aussi inattendue que destructrice. Il était si musclé que Peter sentait chaque courbe lui rentrer dedans – c'était douloureux. La violente tape qu'il donna fut tout aussi douloureuse et le projeta droit contre le coin de la table.

— Lâche-le, sale brute, et arrête de te défiler, s'exclama Sam d'un air moqueur.

Thor reprit aussitôt sa queue en s'avançant jusqu'à la table, déjà prêt à continuer la partie. Peter regarda aussitôt Bucky, qui retirait sa veste pour la laisser sur une chaise quelconque, et il glapit lorsque Steve le poussa en avant jusqu'à lui.

— Alors Mr. Parker ? Comment avance votre interview ? s'enquit-il.

— Oh, euh, bien, je…

— Tu fais bien d'en parler, interrompit Bucky, une queue en main. Demande-moi avant à l'avenir, avant de jeter des gamins dans mon club.

Peter allait répéter qu'il n'était pas un gamin, mais Steve enchaîna aussitôt en assurant qu'il ne le faisait jamais, que le garçon avait l'air sincère et honnête. Il avait toujours été très doué pour jauger les gens !

— Tu veux dire que Peter est un vrai livre ouvert, corrigea Bucky en haussant les sourcils.

— Hé ! c'est pas vrai !

Bucky lui donna une pichenette et ils allèrent à la table de billard. Il y en avait trois, en vérité, les deux autres étaient occupées. Thor et Sam se lançaient des vacheries, trop légères pour refléter la moindre tension. Le bois de la table brillait presque, Peter était persuadé qu'elle devait coûter atrocement cher…

Barnes lui tendit une queue lustrée et ils entamèrent une partie ensemble. Peter ne savait pas du tout comment faire, il dut essuyer de nombreuses petites remarques amusées, mais il apprenait vite. Il ne vit pas le regard qu'échangea Bucky et Steve, alors que ce-dernier forçait silencieusement son ami à l'aider. Steve était loin d'être bête, il était simplement complètement aveugle lorsqu'il était question de lui-même. Alors Bucky ne fut pas surpris des regards intéressés que son ami lui servait, et de ses sourires en coin suggestifs. Lorsqu'ils furent tous deux à l'écart, laissant les trois autres disputer leur partie, Bucky ne tarda pas à le lui faire noter discrètement :

— Te fais pas d'illusion la crevette, y a rien avec Parker.

— Oui oui, répondit Steve en souriant.

Il prit une gorgée de bière sans le lâcher des yeux : il était évident qu'il n'y croyait pas un mot. Steve était du genre buté, bien sûr, une fois qu'il tenait quelque chose il ne lâchait plus. Il avait toujours voulu s'engager à l'armée, malgré son physique rabougri et son anémie. À seize ans, alors que tout le monde se moquait de lui, Steve avait complètement changé son alimentation et s'était engagé. Bucky avait failli le suivre, fut un temps. Mais il était déjà bien accro au kick-boxing, le monde professionnel était déjà presque à ses pieds, alors Steve avait fait en sorte qu'il continue.

Lorsqu'il était revenu, quelques années après, il avait complètement changé.

Oui, une vraie tête de mule.

— Tu n'as pas invité Carter ? Voilà qui me déçoit.

— N'essaie pas de changer de sujet, se moqua Steve en le pointant du doigt. On parlait de toi et Peter !

Interpellé par son nom, Peter leva innocemment les yeux en leur demandant de quoi ils parlaient, ignorant le regard moqueur de Steve. Bucky leva les yeux au ciel en terminant sa bière, et Peter tournait la tête de tous les côtés sans trouver de quoi boire. Il aurait beaucoup apprécié un jus de fruits, mais il n'y en avait pas. Ils reprirent tous la partie, Steve poussa Barnes à lui apprendre les subtilités du jeu, ce que Peter ne refusa pas.

Il sentait parfois son souffle contre sa nuque.

Tout autour, les autres laissaient parfois échapper une remarque qu'il ne saisissait pas vraiment, mais qui étaient suggestifs. Bucky les ignorait autant que possible, frappait leur bras ou leur flanc lorsqu'ils étaient proches de lui.

Puis les lumières changèrent, une voix annonça qu'il restait une dizaine de minutes avant minuit. Bucky, qui voulait boire, décida d'aller chercher une bière, et Peter décida de le suivre en apprenant qu'il allait directement en cuisine. Il espérait trouver un jus de pomme ou quelque chose du genre – Bucky se moqua de lui en l'entendant. En chemin, Tony tenta de les attirer vers son groupe, empli de jeunes femmes ravissantes, mais ils parvinrent à s'éloigner. Bucky avait aussi l'air de connaître un peu de monde, il saluait certaines personnes lorsqu'ils passèrent devant elles.

La cuisine était grande, Peter apprit ensuite que c'était la plus grande des trois – qui avait trois cuisines ? Il y avait une garde-manger réfrigéré entier ici, qui faisait la taille de son appartement. Bucky lui tendit moqueusement une cannette de jus de fruits, et sourit face au sourire satisfait du garçon. Ils prirent chacun une gorgée de leur breuvage, intérieurement soulagé de ne plus entendre qu'un brouhaha étouffé. Tony avait fait un effort avec la musique pour ne mettre que de la pop ou de la dance moderne, et pas son rock criard.

Peter leva les yeux pour tomber dans le regard de Bucky. Pour une couleur aussi froide que du bleu-acier, il y trouvait une chaleur incroyable. Ils brillaient joliment, presque soyeusement, propres de toute impureté.

— Euh, se reprit Peter sans le quitter des yeux, est-ce que je peux vous poser une question ?

— Tu vas poursuivre ton interview jusqu'ici ? se moqua Bucky en reprenant une gorgée.

Peter suivit le mouvement de sa pomme d'Adam à en perdre le souffle. Il se rappela de respirer lorsque le visage de Bucky redescendit et que sa langue passa sur sa lèvre supérieure. Ses lèvres, joliment entouré par son début de barbe négligée…

— Euh, je, oui…

Peter baissa les yeux l'espace de deux secondes, se forçant à reprendre ses esprits, et loupa le regard amusé de Barnes. Il avait envie de glisser les doigt sous ce menton, voir ses yeux noisette s'écarquiller de surprise, taquiner sa lèvre de son pouce.

Il cligna des yeux lorsque Peter leva la tête.

— C'est peut-être un peu… euh, indiscret…

Bucky attendit patiemment, l'invita d'un mouvement du menton à continuer. Il ne se lassait pas de la timidité du garçon, surtout lorsqu'il avait pu voir sa spontanéité perpétuelle, sa facilité à se livrer. Pourtant le garçon hésitait, prenait une gorgée de son petit jus de fruits pour retarder l'inévitable, évitait les yeux clairs de Barnes. Arquant un sourcil, James lui dit de cracher le morceau, et Peter faillit cracher son jus de fruit à la place.

— C'est, euh… concernant, c-concernant, vous savez… euh…

Il prit une inspiration avant de reprendre. Les marques de l'effort était visible sur joues et ses yeux fuyants.

— Vous n'avez jamais rien dit sur… concernant la fois où, enfin, vous savez… Quand vous avez été pris en photo plusieurs fois, avec… avec…

Bucky comprit de quoi il parlait. Cela avait fait scandale il y avait quelques années, et on parlait encore parfois parce que Barnes n'avait jamais confirmé ou démenti cette hypothèse – ce qui avait ravi pas mal la presse. Et c'était aussi la raison pour laquelle son fan numéro 1 en profitait pour lui demander plus d'éclaircissements – enfin, s'il arrivait à faire une phrase complète.

Il connaissait plusieurs kick-boxeurs, boxeurs et même quelques street fighters, mais on l'avait vu plusieurs fois avec Erik Killmonger, parfois dans des positions qu'ils avaient jugés très proches. Ils avaient aussitôt laissé entendre qu'ils entretenaient tous les deux une relation plus qu'amicale, qui avait porté un coup à leur popularité, mais aucun des deux hommes n'avait rien dit à ce sujet.

Bucky se demanda s'il pouvait laisser le jeune homme se débrouiller avec les mots, ou s'il devait lui sauver la mise. Il prit une gorgée de bière ; il allait attendre un petit peu. Peter se perdait dans ses tentatives et, au bout d'un certain temps, préféra abandonner en marmonnant. Bucky ne put s'empêcher de lui donner une pichenette sur le bout du nez, riant de son exclamation de douleur.

— Tu penses que je suis sorti avec Erik ? demanda James dans un sourire en coin.

Peter secoua la tête pour démentir : il n'en savait rien. C'était pour cela qu'il demandait, pour ne plus rester dans l'ignorance et avoir la véritable version. Lorsque Bucky lui fit remarquer qu'il pourrait très bien mentir, Peter haussa une épaule et affirma qu'il le croirait quand même.

Derrière la porte, les cris laissaient comprendre qu'il ne restait qu'une minute avait la nouvelle année.

— Non, Erik est un ami. Ni plus ni moins.

Il étudia la réaction du garçon, mais n'y vit pas la moindre déception. À la place il acquiesça en excusant sa curiosité, triturant sa canette. Bucky se demanda s'il devait en dire plus, sur la manière dont ils s'étaient rencontrés, ce qui avait conduit à leur amitié, le moment où Erik avait décidé de retourner à ses origines. Mais Peter ne demandait rien de plus.

— Ça ne veut pas dire que je n'ai jamais eu de relation avec un homme, préféra-t-il dire.

Leurs yeux se rencontrèrent à nouveau, et Bucky se rendit compte qu'il s'était approché en voyant comme ils étaient proches. Le garçon le remarqua également, à en voir le frémissement qui l'avait saisi. Il fut impossible de détourner le regard, pour l'un comme pour l'autre.

— Même s'il est plus jeune que moi, termina Bucky dans un chuchotement.

Peter fut envahi par un désordre sentimental qui se traduisit par un bégaiement compulsif alors que le décompte avait déjà commencé. Barnes hésita intérieurement à en profiter pour l'embrasser, sachant que le garçon ne serait pas contre, mais il ne voulait pas aller trop vite, et il préférait laisser le choix au garçon de…

Il écarquilla les yeux lorsque Peter se pencha sur lui pour l'embrasser, vacillant sur la pointe de ses pieds. À peine ferma-t-il les yeux pour apprécier que Peter recula. Ses joues étaient rouges mais il souriait, les yeux pétillants, les lèvres dévorées par ses dents.

— C'était pour, euh… B-bonne année…

Derrière, les cris avaient redoublé et on les entendait se souhaiter la bonne année d'une voix enjouée. Connaissant Tony, il devait en profiter pour embrasser autant de ses invitées que possible, Steve devait simplement enlacer ses amis ou serrer leur main, Sam en profitait peut-être pour donner un bécot à Darcy – qui ne serait absolument pas contre.

Bucky se baissa pour l'embrasser encore, étouffant le gémissement de surprise du garçon lorsqu'il lui saisit les hanches pour les rapprocher. Leurs lèvres sont un peu froides, à cause de leur boisson, mais il suffit de quelques secondes pour qu'elles ne deviennent brûlantes. Peter respirait fort contre lui, la bouche ouverte pour le laisser entrer, la tête levée autant que possible. Ses mains montèrent le long de ses bras pour aller agripper sa nuque, tandis que Bucky le plaquait contre l'énorme plan de travail.

C'était bon.

Peter devait penser pareil, parce qu'il ne pouvait pas s'empêcher de gémir contre sa bouche. C'était si excitant que les pouces de Barnes appuyèrent contre les os saillants de sa hanche, glissant subrepticement sous le rebord du pantalon pour taquiner sa peau. Il dut se reculer lorsque les halètements du garçon devinrent plus saccadés et difficiles, et eut un sourire en coin en le voyant respirer lourdement.

— Waouh, euh, j'avais jamais embrassé comme ça, euh…

Spontanéité, pensa Bucky en souriant. Ce garçon était si honnête et doux que c'en était inhumain. Il caressa à nouveau sa peau de ses pouces, s'humectant les lèvres en voyant le frisson de Peter.

— Est-ce qu'on peut… le refaire ? Juste, vous savez, pour réessayer, et…

Bucky le fit taire sans hésiter.


X

Ils ne purent se revoir que bien des semaines après, car Bucky avait dû se rendre à plusieurs événements à l'étranger. Peter n'avait pas les moyens de voyager, alors il restait sur New-York en suivant les sites de sports, l'actualité, les journaux numériques. Il regrettait de ne pas avoir donné son numéro à l'adulte, il aurait pu l'encourager par SMS au lieu de rester bête. Il l'avait longuement regretté avant d'avoir l'idée merveilleuse d'harceler Tony, pour qu'il puisse harceler Rhodey, pour qu'il puisse harceler Steve de lui transmettre son numéro.

Cela lui avait semblé être une bonne idée, jusqu'à ce qu'un numéro inconnu ne le réprimande pour avoir osé passer par tous ces intermédiaires. Il avait pensé que c'était Bucky, mais apparemment, c'était le capitaine Rogers.

« Je suis désolé capitaine Rogers, monsieur, je n'avais pas votre numéro ! Ni celui du sergent Rhodes… »

Steve ne lâcha pas l'affaire, même s'il semblait plaisanter. Il lui dit d'ailleurs que Bucky lui avait également demandé s'il avait le numéro de Parker, auquel cas s'il pouvait demander à Stark. C'était amusant de se faire harceler des deux côtés pour transmettre un numéro. Steve accepta donc de lui laisser celui de Bucky, et le jeune homme hésita toute la journée durant avant de lui envoyer un mot. Lorsqu'il en eut le courage, il jeta son téléphone sur son lit et alla prendre une douche, le cœur extatique et timoré à la fois.

Il se lava les cheveux deux fois, tellement il avait la tête ailleurs. D'ailleurs, il se mit de la mousse en plein dans les yeux et souffrit une bonne dizaine de minutes en se les rinçant à grande eau. À la fin, terriblement impatient, il courut nu jusqu'à la chambre et se jeta sur le lit pour vérifier ses messages, laissant échapper un cri en voyant qu'il avait une notification. Il reposa le téléphone, frétilla sur le lit avec euphorie, reprit le téléphone, avant de le reposer aussi sec.

Il avait un peu peur de lire le SMS.

Peter se releva pour mettre un caleçon, les gestes si maladroits qu'il le mit à l'envers, avant de revenir et de prendre son téléphone. Il ouvrit le message, martyrisant ses lèvres de ses dents, et son souffle se coupa.

« Hey Pete. Trouvé le courage de m'écrire ? »

Oh. Mon. Dieu ! Il lui avait écrit ! Il lui avait même envoyé un petit smiley narquois ! Peter s'empressa d'envoyer un autre petit mot, lui demandant où il était, ce qu'il faisait, s'il faisait beau, s'il avait gagné ses matches, s'il avait déjà manger, s'il avait pu en profiter pour faire du tourisme. Il était si excité de cette réponse qu'il ne se rendit pas compte de ce déluge de question, jusqu'à ce que l'homme le lui fasse remarquer.

Et puis son téléphone sonna.

James Bucky Barnes.

Il l'appelait ! Oh, que faire ? il était bien trop agité et impatient ! bien trop extatique ! Il fit tomber son téléphone avant de réussir de justesse à accepter l'appel et se frappa avec en le rapprochant trop vite de son oreille. Il laissa échapper une plainte de douleur et un rire résonna ; le rire de Bucky ! le rire de Bucky ! Il devait vouer un culte à l'inventeur des téléphones, c'était décidément la plus grande invention jamais faite !

— A-allô ? dit-il finalement.

Hey gamin.

Oh oui… La voix qui résonna à son oreille fut si salvatrice que ses épaules se détendirent. Et cette fois, au lieu de l'assaillir de question, ils eurent une conversation posée mais déjà incroyable pour le jeune homme.

Ils parlèrent trois heures durant. Ce n'était que le début.

Peter passait la plupart de son temps scotché sur son téléphone à écrire à James, lui partager des idioties, lui demander des photos ou des vidéos souvenirs. Il lui envoyait lui-même beaucoup de messages, des photos de tout et n'importe quoi – son bureau de travail bordélique, sa tante qui avait réussie l'exploit de renverser de la farine sur tout le sol de la cuisine, sa voisine de quatre-vingt-quinze ans qui avait fait tomber le gâteau au chocolat qu'elle voulait lui donner. Un chat qu'il croisait sur la route, un enfant qui faisait de la balançoire. Et à chaque fois, Bucky répondait avec la même joie, la même idiotie, démontrant une complicité qui échauffait les joues du jeune homme.

Peter poussa les doubles portes en verres de la boîte, les yeux fixés sur son portable, relisant le dernier message de Bucky. Il lui détaillait son dernier combat, avait envoyé une photo en train de serrer la main de son adversaire, une autre où il tenait un chien dans ses bras. Il évita de justesse un étudiant qui débarquait d'un angle et évita souplement le café qui se renversa. Tapant déjà la réponse sur son téléphone, il n'avait pas terminé d'écrire lorsque Bucky répondit déjà :

« Impressionnants réflexes »

Peter fronça les sourcils et freina. Il s'arrêta au beau milieu du trottoir, faisant grogner les piétons pressés, et descendit le regard sur le texte qu'il était en train d'écrire et qui décrivait justement comment il avait évité cet étudiant et son café. Est-ce qu'il avait fait une fausse manip' qui avait permis à l'homme de voir son message ?

— Tu gênes, gamin, intervint une voix.

Peter se redressa bien droit, presque au garde-à-vous, et écarquilla les yeux en tombant sur le visage narquois de Bucky. Il laissa échapper une exclamation et lui sauta dessus pour le prendre dans ses bras, le serrant comme s'il ne l'avait pas vu depuis des mois – et c'était le cas. Éclatant de rire au milieu de la rue, ils se récoltèrent des regards surpris et courroucés et même de vagues injures. Mais ils n'entendirent rien, et Peter continuait de rire contre son oreille en lui demandant ce qu'il faisait ici, pourquoi il ne l'avait pas prévenu, est-ce qu'il attendait tout ce temps qu'il eut terminé son travail ?

— Allons prendre un café, dit Barnes en entendant le flot de paroles.

Ils s'y rendirent aussitôt, Peter ne lâchant presque pas Bucky du regard. Ses yeux pétillaient d'une manière quasi inhumaine, et même pour un inconnu, il était évident que le jeune homme vouait une affection amoureuse envers lui. Bucky n'était pas gêné par cette évidence, bien au contraire : que le monde entier sache qu'il était l'objet des désirs et de la fascination de ce jeune homme était source de fierté. Ils ne se tenaient pourtant pas la main, mais quelque chose dans l'expression de Peter écartait l'hypothèse d'une simple amitié.

Bucky était bien trop baraqué pour laisser penser à quiconque qu'ils pouvaient venir les importuner. Il devinait quelques vagues regards dégoûtés mais la lumière dans les yeux de Peter éclipsait tout cela.

— Tu rentres bien plus tôt que prévu ! s'extasia Peter en serrant son café. Tu restes longtemps, hein ?

Bucky eut un sourire qu'il masqua en prenant une gorgée de sa boisson. Peter continuait de déblatérer avec joie, racontant comment il avait regardé ses matches, comment sa tante s'était portée volontaire pour regarder avec lui alors qu'elle n'y connaissait rien – et qu'elle n'appréciait pas. Les réactions qu'elle avait eu à chaque coup, les exclamations qui lui échappaient… Ned en avait été patraque aussi, et MJ ne trouvait pas l'intérêt qu'il y avait à regarder. De son point de vue, mieux valait en être acteur que spectateur.

Bucky convenait que ce n'était pas un sport qui plaisait à tout le monde. Peter était d'accord, et il faisait partie de ceux qui adoraient cela.

C'était un plaisir pour eux deux.

Lorsqu'il fut évident que la nuit s'approfondit, ils quittèrent le café et Bucky décida de raccompagner le jeune homme. Il n'avait pas de voiture, alors ils empruntèrent les transports en commun. Peter avait tenté de lui faire abandonner l'idée, affirmant qu'il n'habitait pas loin, qu'il n'avait pas besoin d'être accompagné ; Bucky l'avait juste suivi tout le long, puis était entré dans le métro avec lui. Le jeune homme en était gêné tout en étant ravi.

Et forcément, au pied de l'immeuble, Peter l'invita à monter avec lui prendre un verre.

— D'accord, accepta Bucky avec un sourire doux.

Le cœur de Peter faisait des loopings. Alors voilà, ils allaient… passer à cette étape de leur relation ? Il se sentait appréhensif, il avait peur de faire des erreurs, de se précipiter, de n'être pas assez à l'écoute. Ses autres relations n'avaient pas eu ce niveau de profondeur… Était-ce trop tôt ? Devait-il attendre encore un peu ? Mais et si Bucky ne voulait pas attendre ?

Il ne savait pas quel comportement adopter… !

Il l'invita à entrer d'un air gauche, écarquillant les yeux en voyant l'état de son appartement. Il n'avait pas souvenir que ce soit aussi bordélique… Il se jeta dans la pièce pour dégager tout ce qui traînait, le poussant en tas dans un coin et riant d'un air gêné. Buck l'observa faire en souriant, hésitant à lancer une parole moqueuse.

— C'est pas toujours comme ça ! se défendit Parker en tentant de faire tenir une peluche Spider-Man sur le tas qu'il venait de constituer et qui dégringola pitoyablement.

— Tu ne m'invites pas à m'asseoir ? se moqua James en arquant un sourcil.

Épouvanté, Peter se précipita vers le canapé qu'il remit en ordre. Bucky s'installa à la place indiquée et Parker, un peu gauche, piétina avant d'aller à la cuisine chercher à boire. Voir la gêne du jeune homme était vraiment divertissant, mais c'était un peu plus problématique lorsqu'il était évident que c'était la suite qui le rendait si appréhensif. Buck ne voulait pas être la raison de ce malaise.

— Je… Je n'ai que ça comme bière, je ne sais pas si tu aimes… ? dit le plus jeune en revenant.

James saisit sa boisson dans un remerciement et se déshydrata à grandes gorgées. Peter était un petit peu loin de lui, il devait tendre la main pour le toucher. Cela ne lui plaisait pas.

— Peter, commença-t-il d'une voix rauque.

— Oui ! s'exclama le susmentionné en sursautant.

Bucky tapota la place à côté de lui sans mot ; Peter s'y glissa lentement, avec hésitation. Devait-il prendre les devants ou pas ? Que voudrait Bucky ? Il ne voulait pas le rebuter, il ne voulait pas bloquer leur relation, ou la précipiter si l'autre ne le voulait pas…

— Il ne se passera rien que tu ne voudras pas, rassura James en le rapprochant de son torse, d'une main sur les épaules.

Il le sentit poser un baiser sur son cuir chevelu ; Peter se détendit sensiblement. Bucky sentait terriblement bon. Cannelle, écorce, cuir. Peter en prit une longue inspiration en fermant les yeux, écoutant les gorgées discrètes que prenaient l'homme, sentant les mouvements de son torse à chaque respiration. Le corps de James était aussi silencieux que bruyant, il fallait prendre le temps de l'écouter.

— Je t'aime.

Peter écarquilla les yeux à ses propres paroles. Est-ce qu'il venait vraiment de lâcher cela comme ça ? Devait-il rire pour détendre l'atmosphère, ou bien Buck ne l'avait pas entendu ? Dieu, cela ne pouvait pas être pire…

Le dos du pouce de Bucky vint caresser sa joue, l'amenant à relever la tête. Parker allait revenir sur ses mots, affirmer que c'était une blague, qu'il voulait juste voir sa réaction, mais tous ses mots moururent sur ses lèvres lorsque ses yeux croisèrent ceux de Bucky. Le regard bleu-gris de l'homme était trop pur, trop ouvert, trop sérieux. La tendresse qu'ils recelaient le laissa béat.

— Tu ne m'embrasses pas ? souffla Barnes dans un sourire imperceptible.

Peter cligna des yeux, prit une inspiration, avant de se tordre vers les lèvres roses. Ce n'était pas humain de sentir cette bouffée intense et passionnée faire trembler ses doigts. Peter était si reconnaissant d'avoir pu rencontrer James qu'un sanglot sec lui bloqua la gorge. Il se revoyait, enfant, suivre chacun de ses combats jusque tard dans la nuit, s'habiller comme lui, se repasser mille scénarios où il le rencontrait enfin.

Aucun n'était aussi époustouflant que la réalité.

Bucky resta dormir en tout honneur, mais refusa de laisser Peter utiliser le canapé. Ils se serrèrent sur le lit une place, collé-serré, et la légère gêne qui fut vite désamorcé par les plaisanteries de Barnes. Ils dormirent peu, la position n'était pas complètement confortable – mais Peter passa la meilleure nuit de sa vie.


X

Bucky passait les soirées avec lui, pour une raison qui dépassait Peter. Ils sortaient certes ensembles, mais depuis peu, ils ne couchaient pas ensemble, mais l'homme voulait dormir dans son appartement. Miteux, précisons-le : son deux pièces était minuscule. Mais avec Bucky, il devenait l'endroit le plus chaleureux et plaisant sur Terre. Le matin, il se réveillait dans ses bras, ressentait la chaleur écrasante de son corps, l'odeur musqué de sa peau ; ils mangeaient ensembles, Bucky essayait parfois de cuisiner le petit-déjeuner mais ses compétences gastronomiques se limitaient aux toasts. Peter essayait de lui apprendre, ils passaient des week-ends à cuisiner qui se terminaient par des câlins et des baisers.

C'était si rafraîchissant.

— Alors Peter, il avance l'article ? demanda un jour Bucky en grignotant un de ses toasts.

— Hm ? quel article ?

— L'interview que tu étais censé écrire. Sur moi.

Peter faillit en faire tomber sa tartine. Il bafouilla que c'était encore en cours, qu'il ne voulait pas le bâcler, que c'était important. Bucky sourit en hochant la tête, pas dupe pour deux sous, mais ne dit rien de plus. Il prit une gorgée de café, laissant le silence s'étirer, voyant du coin de l'œil les petits regards que lui lançaient Peter. Aujourd'hui encore, Bucky allait s'entraîner tandis que Peter allait au journal.

Au travail, il était toujours lumineux ces derniers temps, ne se plaignait plus du comportement de son patron, du regard de ses collègues, de tout ce qu'on lui demandait. Son patron en avait été surpris et à présent, il avait un peu perdu de sa verve face à ce dynamisme. Souvent, Peter rentrait avant Bucky et profitait de la fin d'après-midi jusqu'à l'arrivée de son petit-ami. Peter n'avait pas demandé pourquoi il restait dans son appartement, peut-être parce qu'il avait peur de le voir partir – ou que Barnes pense qu'il cherchait à le faire partir. Ce serait stupide, mais Peter n'était pas très doué pour parler, les quiproquos lui étaient familier.

Ce soir-là, comme il finit plus tôt, il décida d'aller retrouver Bucky à sa salle d'entraînement. Cela faisait bien trop longtemps qu'il ne l'avait plus vu sur un ring, il avait besoin de se trouver aux premières loges – quitte à ce que ce soit pour un entrainement. Et ce ne serait pas dans la salle désaffectée de son ancien club, mais dans le nouveau, hautement prisé et réputé. Il n'y était allé qu'une poignée de fois et n'était jamais resté bien longtemps pace qu'il déconcentrait un peu tout le monde, avait dit coach Vanko.

Mais il s'y rendit tout de même, entrant discrètement et fouillant la pièce du regard. Il reconnaît beaucoup de monde ici, beaucoup s'arrête pour le saluer et lui parler, et Peter s'en voulait de déranger leur entraînement. Mais Peter était assez doué pour créer des liens, il s'intéressait facilement à la vie des autres et il avait assez bonne mémoire. Il savait que la sœur d'untel s'était mariée récemment, que l'ami d'un autre était décédé, que les voisins d'un autre étaient bruyants la nuit… Les langues se délièrent rapidement et ils se mit à discuter, voyant du coin de l'œil le regard noir du coach qui entraînait l'un des adhérents.

— Alors, pourquoi tu es venu ? C'est sympa de te voir, mais tu sais bien que Bucky ne vient plus, demanda l'un d'eux.

— H-hein ? Ah bon ?

L'autre acquiesça en soufflant qu'il comprenait, que ce devait être dur de revenir en salle voir les autres s'entraîner aussi intensément sans pouvoir le faire maintenant – à cause de sa blessure. Une saloperie, le médecin avait dit qu'il lui fallait le maximum de repos s'il souhaitait pouvoir un jour retrouver la pleine possession de son bras – tout en soulignant que ce serait peut-être impossible.

— Séance de kiné trois fois par semaine, balnéothérapie, mais il a aussi un coach privé de rééducation. Il abandonne pas, mais apparemment…

Peter n'entendait plus grand-chose, le cœur en miette et si saignant qu'il embourbait sa trachée. À un moment, Vanko était venu pour l'insulter copieusement de détourner ses garçons de leur punching-ball, mais Peter le poussa pour sortir.

Il n'arrivait plus à réfléchir.

Peter gagna la sortie dans une brume acide qui alourdit son esprit. Déjà il imaginait toutes les raisons possibles du silence de Bucky sur cette blessure, et il ne voyait qu'une seule possibilité : Peter s'était approché de lui grâce au sport, à sa force et sa maîtrise, il avait montré à quel point Bucky était important pour lui – à travers le kick-boxing. Peter se sentit si sale, si répugnant, d'avoir étalé son affection par ce biais alors même que son petit-ami ne pourrait peut-être plus jamais pratiquer.

Il était horrible…

Il regagna son appartement, aussi livide qu'un cadavre, et alla s'asseoir sur le canapé usé du séjour. Est-ce que Bucky avait pensé que Peter le quitterait en apprenant qu'il ne pouvait plus boxer ? Est-ce qu'il priait pour pouvoir retrouver sa pleine capacité physique et se jeter à nouveau sur le ring ? Peter avait envie de vomir. Il n'avait pas eu conscience de l'impression qu'il donnait et s'en voulait d'être aussi égoïste et stupide.

Peter était encore en train de s'auto-flageller lorsque James rentra. Il avait fait des courses et posa les sacs par terre en voyant Peter déjà dans le salon.

— Alors, ça s'est bien passé au travail ? sourit-il.

Son sourire était authentique, sa question innocente, Peter admirait son aisance. C'était ainsi qu'il lui avait caché la vérité.

— Ouais, comme d'hab ! affirma-t-il à son tour dans un sourire feint.

Si Bucky pouvait le faire, il le ferait aussi. Il lui montrerait qu'il pouvait très bien se passer du sport. Pour qu'il puisse lui avouer la vérité de lui-même.


X

Peter n'évoqua plus les entraînements, les matches passés, les autres professionnels ni son équipe. Il parlait des films qu'ils avaient vu, des livres qu'il avait aimés, des musiques qu'il préférait. Le garçon observait son petit-ami avec plus d'attention et s'insultait encore de n'avoir pas vu la différence : Bucky ne faisait quasiment plus rien avec le bras gauche et y apportait même une prudence particulière. Il était droitier de base mais là où il pouvait tendre le bras pour attraper quelque chose ou s'étirer avec nonchalance, il bougeait très peu le bras aujourd'hui.

Chaque soir, emmitouflé sur le lit, il pleurait en silence.

Alors Peter faisait en sorte de ne pas aggraver son état. Il n'attrapait pas son bras, ne lui demandait pas d'aller faire les courses, ne s'appuyait pas sur lui – ni même ne lui demandait de lui passer la bouteille de lait.

Bucky avait mis du temps à remarquer tout cela, mais il finit par se douter de quelque chose lorsque Pete se leva pour la troisième fois pour prendre quelque chose qui était plus proche de lui, au lieu de le lui demander. Le jeune garçon changeait également souvent de sujet lorsque Barnes commençait à évoquer son entraînement, lui qui adorait entendre les anecdotes qu'il racontait, c'était étrange.

(Mais il était trop occupé à faire cracher le morceau à Peter pour s'y appesantir.)

En effet, il savait ce que faisait vraiment Peter au Newsday. Mais Peter était doué dans son rôle, il balayait ses petites remarques comme si de rien n'était. Mais lorsqu'il demanda à le rejoindre à son bureau pour voir son espace de travail, Peter devint nerveux. Il le força à abandonner l'idée, parce qu'au fond, ce serait assez ennuyeux, son bureau était petit, le travail était acharné et peu divertissant. Et puis son patron n'était pas très agréable. Bucky continuait en disant qu'il en fallait bien plus pour le refroidir, mais Peter était persistant et têtu.

Comme lui.

Alors, il décida de jouer franchement. Il fit en sorte de rentrer plus tôt que Peter, prépara le dîner, alluma la télévision pour avoir un fond. Puis alla dans la chambre du garçon fouiller le premier tiroir de son bureau, sachant très exactement ce qu'il cherchait (et sur lequel il était tombé par hasard des semaines plus tôt) et alla poser la liasse de document en évidence, sur la table basse.

Il pouvait comprendre pourquoi Peter ne vouait pas lui dire la vérité. La honte, la gêne, l'embarras – mais ils étaient en couple maintenant. À quoi cela servait-il, si le garçon jetait une brume de mensonge sur leur relation ?

(Il était mal placé pour parler, mais il étouffa la culpabilité assez aisément).

Parker rentra, jeta son sac, ses chaussures, sa veste et alla embrasser Bucky. Il renifla l'odeur alléchante et était justement en train de s'étonner de le voir rentrer si tôt lorsqu'il se coupa en pleine milieu d'une phrase. Il venait de voir les papiers. Et le choc était si grand qu'il sentit son cœur tomber lourdement.

— Où… où est-ce que tu as trouvé ça ? demanda-t-il d'une petite voix.

— Dans le tiroir de ta chambre.

Peter déglutit mais resta paralysé. La honte le submergea. James s'en rendit compte et décida de dégoupiller rapidement la situation.

— Tu n'avais pas assez confiance en moi pour me le dire ? souffla-t-il en prenant la main du garçon. Jusqu'à quand n'allais-tu rien dire ?

Peter ramena son attention sur Bucky, et son visage était si pâle que Barnes se sentit monstrueux. Il ramena le garçon à s'asseoir sur le canapé au lieu de rester un genou dessus ; le geste tendre détendit le garçon. Mais il ne parlait toujours pas.

— Tu pensais que je serais déçu, demanda Bucky – mais ce n'était pas une question.

Peter releva les yeux sur lui et se mordit la lèvre.

— Je pensais que tu te sentirais trahi, lâcha-t-il sourdement.

Et les vannes lâchèrent : il avait approché Bucky sous une excuse fallacieuse, l'avait poursuivi pour un objectif qui ne serait jamais réalisé, lui avait mentit tout du long sans une once de remord – et comment était-il sensé dire la vérité une fois qu'ils avaient dépassé le stade de l'amitié ? Il s'était sentit mal mais il avait ravalé l'acidité. Et il avait essayé deux fois plus dur au boulot dans l'espoir de…

Mais ce n'était pas gagné.

— J'étais photographe indépendant au début, parce que le patron ne voulait pas du tout m'embaucher, continua Peter sans le regarder. Je devais courir à la pêche aux informations moi-même, pour ne pas être à la traîne, mais finalement, j'ai été stagiaire. Et peut-être que dans quelques mois, je serais embauché… ?

James ne disait rien mais passa une main chaleureusement dans ses cheveux ébouriffés, le ramenant contre son épaule.

— C'est génial, dit Barnes avec affection.

Surpris, Peter laissa échapper une exclamation incrédule.

— Eh bien oui. Tu vises le même journal encore et encore. Tu vas te faire embaucher grâce à tes efforts. J'en connais plus d'un qui a dû faire jouer ses relations pour ce faire mais toi… Tu vas réussir seul. C'est génial.

Parker pinça les lèvres avant de sourire, vaincu par la gentillesse de l'homme. Il s'excusa tout de même d'avoir menti, et Bucky avoua qu'il était au courant depuis longtemps mais qu'il attendait désespérément que le jeune homme n'avoue tout, mais qu'il avait profité de tomber sur ces papiers attestant de son statut pour faire table rase. C'était mieux ainsi, il se sentait mal de voir Peter s'enfoncer dans ses mensonges, se sentait mal que le garçon soit mal à l'aise avec lui…

— Tu peux parler, coupa Peter d'un air outré. Tu me mens depuis le début aussi !

Bucky arqua un sourcil mais le garçon ne se laissa pas duper. Il pointa le bras de son petit-ami et lui demanda comment avançait sa rééducation. L'homme en perdit ses mots et se renfrogna tandis que Peter continuait de parler.

— Tu ne me faisais pas confiance ! claqua Parker. Tu me caches la vérité depuis ton retour !

Ils boudèrent tous les deux mais, lorsque Peter se leva pour aller ranger ses affaires dans la chambre, Bucky se dégonfla comme un ballon.

— Pete, souffla-t-il.

Mais Peter alla s'enfermer dans la chambre pour se changer. James se frappa le front et s'insulta mentalement de tous les noms. Il courut dans la cuisine pour s'occuper (et parce qu'il était sûr de sentir une odeur de brûlé) et sortit rapidement le poulet du four. Son bras le tiraillait à chaque geste, lui rappelant douloureusement encore ses mensonges et la mine triste de Peter.

Il avait régi avec plus de puérilité que son petit-ami.

Peter sortit de la chambre et se laissa tomber sur le canapé du salon, zappant sur un peu toutes les chaînes. Il ignorait délibérément Barnes, plus encore lorsque celui-ci approcha timidement du canapé pour s'asseoir à côté de lui.

— Je suis désolé Pete, dit-il en effleurant le genou du garçon. S'il te plaît.

— Je me sentais coupable de t'avoir menti depuis le début, mais tu m'as menti parce que tu ne me faisais pas confiance, claqua douloureusement Parker. Tu pensais que j'allais être déçu – ou pire encore, que j'allais te… te quitter.

— Non, ça ne m'a pas effleuré l'esprit, affirma Barnes d'un ton qui empêchait tout contre-argument.

Peter lui lança un regard en coin encore noir, comme s'il ne le croyait pas totalement.

— Je ne te l'ai pas dit parce que… commença douloureusement Barnes avant de s'arrêter, parce que moi aussi, j'aime ce sport. Et que je ne pourrais peut-être plus jamais en faire.

Il s'éclaircit la gorge, mais il n'avait pas pu cacher le tremblement de sa voix. James avait été stupide, stupidement trop confiant : il avait mal à l'épaule depuis un moment mais il l'avait ignoré, persuadé que ce n'était qu'une vague pression musculaire. Il s'étirait un peu plus, s'échauffait plus longtemps, mais il était tout aussi violent et impitoyable durant les combats.

Jusqu'à ce que ce soit trop tard.

Il n'avait parlé à personne de ce petit tiraillement de l'épaule, et même durant le match décisif, il avait masqué la douleur soudaine et sanguinaire qui l'avait brûlé. Et il avait gagné. Le soir-même, son médecin l'obligeait à aller à l'hôpital ; il apprenait qu'il avait déchiré son muscle. Et ce n'était pas quelque chose qu'on pouvait guérir en deux semaines. Ni même en deux ans.

Bucky n'osait pas lever les yeux vers Peter, craignant d'y lire la pitié et la douleur qu'il devait refléter. Son histoire était d'une banalité affligeante, il l'avait lu dans tous les torchons sportifs, mais il n'aurait jamais cru s'y retrouver un jour.

Les bras de Peter se refermèrent sur lui, et ses lèvres se posèrent sur le haut de sa tête. Ils restèrent étroitement enlacés, silencieux, et aucun des deux ne voulut parler.

James ne sut pas pendant combien de temps, mais la poigne de son petit-ami ne faiblit pas.

Ils firent l'amour, ce soir-là.


X

Bucky n'avait pas pu le cacher bien longtemps.

Plus de compétition, plus d'apparition, les journaux en avaient fait les gros titres. On avait répandu mille rumeurs à son sujet, jusqu'à ce que ne saute la preuve flagrante de son « homosexualité » – parce que soudainement, ses conquêtes féminines ne devenaient plus que des boucliers pour faire bonne figure.

C'était répugnant.

On lui accordait tout d'un coup une romance avec tous les adversaires qu'il avait rencontré, ses défaites devenaient des signes de faiblesses affectives, ses victoires marquaient une rupture féroce. Bucky ne prenait même pas la peine de confirmer ou d'infirmer ces informations, il prenait le téléphone de Peter lorsqu'il le surprenait à lire ces idioties, éteignait sa tablette, prenait le journal. La photo où on le voyait embrasser Peter avait été nette mais heureusement, le garçon était de dos. Il portait une casquette et un gros blouson qui masquait un peu sa silhouette. Mais Peter se fichait complètement qu'on le reconnaisse.

Tant May l'avait reconnu directement.

— Quel minable paparazzi, grogna-t-elle en fixant la photo. Non mais… Oser te prendre de dos ! Il devrait revoir sa formation !

Elle lui avait posé beaucoup de questions, avait longuement observé les photos qui circulaient de Barnes (« Il a des yeux très expressifs ») charriait son neveu sur le beau spécimen qu'il avait conquis. Mais ce qu'apprécia particulièrement Peter, ce fut que pas une fois elle n'évoqua son âge.

— Et donc, quand pourrais-je rencontrer ce beau jeune homme ?

Peter aurait adoré, mais il avait peur d'aller trop vite, de s'imposer, de casser quelque chose qu'ils construisaient lentement. Bucky passait encore tout son temps à tenter désespérément de soigner son épaule. Il le cachait, mais on devinait son désespoir et sa fatigue émotionnelle. Peter se détestait de ne pouvoir rien faire. Se détestait de voir qu'il réussissait et que son petit-ami descendait.

Parce qu'il avait décroché un CDD. Il ne faisait plus les archives ou les mises en page, il participait. Pendant que son petit-ami perdait sa carrière.

Alors qu'il rentrait du travail, il comprit en voyant la posture de Barnes que quelque chose n'allait pas. Il visa juste puisqu'apparemment, Vanko refusait de laisser son champion se taire davantage et lui ordonnait de participer à une conférence pour faire taire les rumeurs. Et Buck n'avait pas envie d'accéder à cette requête – cet ordre.

— Alors ne le fait pas, souffla doucement Peter.

— Il le fera à ma place, dans ce cas.

La fatalité était perceptible ; Peter se tritura les méninges et décida de faire quelque chose.

Il tira Bucky dans sa chambre quelques jours plus tard et lui demanda son avis, caressant ses mains et ses bras pour faire passer son soutien. Il leur fallut simplement deux jours pour terminer et le mettre en forme.

L'interview de Bucky.

James avait souri en disant que c'était peut-être le destin, puisque Peter pouvait enfin faire l'article qu'il lui promettait depuis plus d'un an, mais le garçon avait refusé de l'envoyer à son patron. Il avait décidé de le publier en ligne, anonymement, sans en retirer le moindre bénéfice. C'était stupide, mais Peter n'en avait pas démordu. Il avait simplement dit qu'il refusait de retirer quoique ce soit de quelque chose qui lui ferait du mal.

L'article avait évidemment fait un tollé, tous les journaux l'avaient repris. Vanko avait été furieux, il avait fait passer un sale quart d'heure à son poulain. On avait même interviewé les autres sportifs pour témoigner, on avait approché la salle de sport un nombre incalculable de fois. La presse en voulait plus, et c'était ce que Vanko reprochait. Car si lui voulait n'offrir que de vagues explications, voire des mensonges, Bucky avait préféré jouer sur la franchise. De l'avis de son coach, il s'était tiré une balle dans le pied.

Peter fut également harcelé dans son travail, puisqu'une photo où on le voyait clairement dans les bras de James avait été prise. Son identité étant révélée, et sachant qu'il travaillait dans un journal, on l'avait soupçonné d'être à l'origine de cet article en ligne. Cela n'avait pas été très difficile de trouver son adresse, des journalistes l'attendait au pied de son immeuble pour grapiller des exclusivités sur leur relation. Peter était heureux que Bucky ne soit pas un acteur ou un chanteur, c'eût été invivable.

Et puis une chose absolument prodigieuse arriva. D'abord, Anthony Stark annonça au monde qu'il se fiançait… avec une parfaite inconnue. May Parker, une ménagère de classe moyenne qui se trouvait être la tante de Peter Parker. Personne n'avait rien su de cette relation (Peter lui-même ne pensait pas que c'était aussi sérieux) et la vue de ce couple improbable détourna légèrement l'attention. Ensuite, Wanda Maximoff annonçait publiquement son homosexualité et sa relation avec Okoye, qui s'occupait de la sécurité lors de leur tournée. Thor, un acteur des plus populaires, annonça que sa femme était enceinte. Enfin, Loki avoua être transgenre.

Peter et Bucky furent étourdi par toutes ces révélations.

Peter alla voir sa tante, qui rougissait et éludait les questions de son neveu. Elle avoua que Stark était venu la voir assez régulièrement, qu'ils étaient sortis, qu'ils avaient même voyagé un peu. Il se souvenait que sa tante lui avait dit aller qu'elle allait au Canada, et Peter avait voulu l'accompagner, il comprenait mieux pourquoi elle avait insisté pour qu'il ne vienne pas.

— Mais pourquoi tu ne m'as rien dit ? se plaignit-il en tapant presque du pied. C'est quelque chose d'important !

— Ah bon ? demanda-t-elle innocemment en continuant de plier le linge. Pourtant tu ne m'as rien dit pour toi et Bucky avant que la photo de sorte.

Peter devait avouer qu'il avait été injuste. Il ne s'était pas gêné de harceler Mr. Stark ensuite, pour avoir osé lui cacher qu'il était en couple avec sa tante, qu'il l'emmenait en voyage et qu'il allait maintenant l'épouser sans lui avoir rien dit ! Tony s'était excusé mais n'avait pu qu'obéir lorsque May avait demandé que cela reste entre eux, même leurs amis proches n'étaient pas au courant. Il avait ensuite demandé si tout se passait bien avec Bucky, si leur relation avançait, si le sportif tenait le coup. Peter s'était laissé embarqué dans ce grossier détournement d'attention jusqu'à ce que Tony raccroche.

Il s'était fait avoir. Parler de lui et Bucky était toujours le bon moyen de le distraire.

— Tu as des amis incroyables, dit Peter en se fondant contre son torse.

Bucky prit une inspiration pensive, les yeux fixés sur la tablette où l'on lisait que la célèbre Natasha Romanoff quittait la scène du Ballet d'Opéra pour devenir enseignante.

— Oui, des amis incroyables, souffla-t-il finalement.

Il embrassa les cheveux de son petit-ami qui fredonna de contentement.

C'était incroyable d'être spectateur de cette solidarité affichée. Toutes ces semaines, ces mois où il s'était battu seul contre son propre corps, où il n'arrivait même plus à dormir la nit parce qu'il souffrait bien trop, où les seules images qui le hantaient étaient de le voir handicapé et rejeté loin du ring – il aurait pu être avec ses amis. Avec son petit-ami. Ils auraient pu l'encourager, l'aider, partager leurs craintes. Avancer ensemble. Il n'était pas au courant pour Loki ni pour Stark, et il aurait aimé leur accorder plus d'importance pour connaître ces détails de leur vie.

Il se sentait coupable d'avoir caché la vérité.

Il avait eu peur de faire ce putain d'article parce que cela signerait la fin de sa carrière. Sa blessure cachée, il pouvait conserver ce stupide espoir de pouvoir un jour revenir, mais mettre des mots dessus et l'annoncer au monde le condamnerait. Ce serait la fin.

Il ne savait pas que cela ne serait en fait que le commencement. Pour tout le monde.

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Hey tout le monde ! Comment va ? Désolé pour le titre, je sais qu'il est vraiment terrible...

C'était une histoire un peu chiante à écrire, sérieux ! xD Mais j'ai beaucoup aimé. Bucky et Peter sont trop mignons, je les aime, sont parfaits, kyaaa !

Je ne m'y connais pas du tout en kick-boxing, j'ai pris un sport qui était violent et fascinant à la fois, qui pourrait correspondre à Bucky, mais ne faites pas attention aux détails parce que j'ai dû broder la plupart du temps. Si jamais il y a des incohérences, dites-le moi ! Je suis revenu encore et encore sur certains passages, alors bon...

En tout cas, j'espèce que vous avez passé un bon moment à lire !

A une prochaine !

Karrow.