Cher lecteur, chère lectrice,
J'espère que ton estomac est bien accroché car je reviens aujourd'hui avec une histoire joyeusement dégoulinante de guimauve.
Parce que ça fait du bien.
J'espère que tu y survivras :)
J'ai voulu testé un récit écrit au présent car je trouvais que l'histoire s'y prêtait bien.
Je te souhaite une bonne lecture.
ChatonLakmé
Tony soupire et se retient à grande peine de passer une main tremblante sur son visage, complètement épuisé.
Il passe d'une pièce du funérarium à l'autre, espérant se retrouver un peu seul mais tant de monde a été invité à l'enterrement... Le brun opère un rapprochement stratégique en direction du buffet, repérant une bouteille de vin isolée au bout de la table. Mieux que rien pour espérer réchauffer son corps glacé et se sentir un peu vivant. Mieux que rien pour espérer se saouler un peu également et parvenir à continuer de jouer le rôle qu'on attend de lui... Il se fait servir un verre par le personnel tout en escamotant astucieusement la bouteille, la gardant pour plus tard.
Quand il se détourne du buffet, son verre à la main, la nausée lui serre soudainement la gorge. La moitié des invités semble l'avoir suivi dans sa quête de solitude. Il jette un bref coup d'œil autour de lui. Pas de porte de sortie possible. La nausée remonte, commençant à l'étouffer. Il doit tenir bon encore un peu. Cette comédie finira bientôt par prendre fin.
À peine regarde-t-il les invités qu'un couple s'avance déjà vers lui, un verre à la main comme dans une réception mondaine. Tony ne les connaît pas et en écoutant leurs saluts et leurs paroles pleines de commisération, ces derniers ne connaissaient pas non plus Pepper.
C'est donc ça, être veuf ? Recevoir de la part des gens autour de vous une immense pitié ? Les écouter vous adresser leurs condoléances les yeux secs, parlant de votre vie "après" alors que vous avez perdu votre femme depuis cinq jours ? Les entendre vous plaindre alors que vous n'avez rien demandé ? Subir leurs regards désapprobateurs parce qu'ils ne vous voient pas vous effondrer en larmes comme ça devrait être le cas ? Des points blancs papillonnent soudain derrière ses yeux et Tony regarde autour de lui, espérant trouver quelque chose ou quelqu'un de rassurant à qui se raccrocher.
Son cœur se serre en voyant Morgan, assise sur une banquette à côté de son assistante, Maria Hill. La petite fille se tient droite et pâle dans sa petite robe de deuil. Ses yeux papillonnent un peu de fatigue et il voit parfois son petit corps fléchir doucement vers la jeune femme avant de se redresser, comme consciente des regards apitoyés que lui adressent les inconnus peuplant la pièce. En la voyant, si digne du haut de ses six ans, bien plus qu'une enfant ne devrait l'être dans de telles circonstances, Tony se sent envahi par une panique sans nom. Ils ne sont plus que tous les deux à présent, Morgan n'avait plus que son père.
Tony sent sa respiration s'accélérer désagréablement. Il n'avait jamais pensé être digne de ce qualificatif. Oh bien sûr, il adore sa fille mais c'est Pepper qui l'a soigné, bercé, coiffé pendant toutes ces années. Comment fera-t-il ? La boule grossit dans sa gorge, la nausée au bord des lèvres. Et l'entreprise ? Comment Tony va-il gérer Stark Motors Industries sans sa si compétente et si parfaite collaboratrice ? Il ne peut pas, il ne pourra pas...
Le jeune homme retient un gémissement angoissé tandis qu'il sent arriver une crise de panique qui s'annonce dévastatrice. Dans un effort désespéré, il porte sa main à son col de chemise, passant un doigt entre le tissu et son cou pour essayer de respirer à nouveau plus à l'aise. Sa main s'égare ensuite sur le nœud de sa cravate en soie noire qu'il trouve trop serré. Il ne peut pas craquer maintenant, pas devant tous ces gens mais il échoue à repousser la vague de terreur qui l'emporte, le laissant tremblant et les larmes aux yeux.
Soudain, il sent une présence dans son dos, une chaleur connue et rassurante.
Le brun inspire profondément en sentant la chaleur se rapprocher et en reconnaissant l'odeur de Steve. Son ami est là. Le blond fait un pas en avant, une main se posant légèrement au creux de ses reins, béquille réconfortante et solide. Le jeune homme se penche doucement vers lui tout en envoyant un regard noir aux interlocuteurs du brun qui se dispersent, gênés. Tony lui en est immensément reconnaissant. Il soupire de bien-être quand les mains agiles de Steve passent sur sa cravate pour en dénouer très légèrement le nœud.
- Morgan tombe de sommeil, je pensais demander à Happy et à Maria de la ramener chez toi. Tu es d'accord ?, lui demande doucement le blond.
Tony hoche lentement la tête et Steve lui sourit, réconfortant. Quand son ami s'éloigne afin d'aller trouver la jeune femme, le brun tend la main brusquement, attrapant le bas de sa veste de costume sombre.
Non, reste. Ne me laisse pas.
Steve le regarde avec douceur, et défait l'emprise de ses doigts crispés avant de garder sa main dans la sienne pour la serrer avec affection.
- Je reviens Tony, souffle-t-il.
Nouveau hochement de tête contredit par le mouvement presque spasmodique de sa main contre celle de Steve, grande et chaude. Le blond enlace lentement leurs doigts dans un geste tendre.
Tony entend le hoquet haché des gens autour de lui mais il resserre leur étreinte.
- Je reviens, je te le promets.
Steve ne ment jamais alors Tony relâche leurs mains. Il l'observe se déplacer avec élégance dans la pièce avant de s'agenouiller devant Morgan. Son petit visage pâle s'orne d'un timide sourire avant que le blond ne la prenne contre lui, ses petites mains s'agrippant à sa veste de costume en tremblant et sa tête dodelinant sur son épaule. Le brun voit Steve discuter brièvement avec Maria, la jeune femme saluant son patron d'un geste de la tête avant de suivre le blond en direction du parking. Tony regarde avec assiduité dans la direction du petit groupe afin d'ignorer les gens qui s'approchent à nouveau de lui, espérant leur faire comprendre qu'ils sont particulièrement indésirables. Peine perdue. Du coin de l'œil, il les voit le rejoindre, composant déjà leurs visages d'un air de tristesse.
Soudainement, les importuns se détournent et à nouveau, Tony respire quand il voit Steve revenir vers lui d'un pas vif.
- Maria m'a dit qu'elle resterait avec ta fille jusqu'à ton retour. J'ai permis à Happy de rentrer chez lui après qu'il les aura reconduites. Je me charge de te ramener. Quand tu seras prêt Tony...
Le brun lève les yeux vers lui, croisant le regard bleu de son meilleur ami, sincère dans sa peine mais ferme dans sa résolution.
Tony pose son verre sur le buffet et soupire.
- Je veux rentrer Steve... , souffle-t-il, si las que sa voix ne ressemble guère plus qu'à un petit filet un peu tremblotant.
Il voit Steve acquiescer doucement tout en lui souriant. Sa main retrouve naturellement le creux de ses reins et le blond, se redressant de toute sa hauteur, le guide vers la sortie tout en dissuadant d'un regard glacial quiconque de les interrompre dans leur fuite.
Steve, ce héros...
En quittant le funérarium, Tony inspire brusquement en retrouvant l'extérieur. Il a l'impression d'avoir été enfermé pendant des jours, des semaines, dans la salle de réception impersonnelle de l'entrepreneur des pompes funèbres qui s'est occupé de tout. Le temps ensoleillé lui semble indécent et il se jette presque sur le siège passager de la voiture sportive de Steve.
Le trajet du retour jusqu'à son appartement lui semble flou et, quand il rentre dans son superbe penthouse à Downtown Detroit, Tony se sent étrangement vide et sans forces. Alors qu'il sent ses jambes se dérober sous lui, un bras musclé enlace sa taille pour le maintenir debout, le ramenant contre un torse puissant.
- Tony, tu devrais aller t'allonger. Tu as besoin de fermer les yeux un instant. Tu veux voir Morgan avant ?, demande doucement Steve à son oreille.
Vague hochement de tête.
Les deux hommes croisent Maria qui quitte la chambre de la petite fille, déjà endormie dans son lit et la couverture remontée jusqu'à son visage. Tony s'avance pour caresser doucement ses cheveux dans une caresse volatile. Son visage, marbré de traces de larmes, semble presque apaisé, ce qui le rassure. Lui ne parvient pas à pleurer depuis qu'on lui a appris la mort de sa femme et meilleure amie dans cet accident de voiture.
Il se dirige machinalement jusqu'à leur... sa chambre, Steve sur les talons, mais avant de pouvoir rentrer dans la pièce, le brun se fige.
Non, pas là. Il ne peut pas se coucher dans ce lit vide et glacial. Pas maintenant. Pas...
Le blond semble comprendre son hésitation et le guide doucement vers la chambre d'ami. Sans trop savoir de quelle manière, Tony se retrouve allongé dans le lit King Size vêtu de vêtements confortables, Steve le bordant comme un enfant.
Tony est rentré, il est au chaud et en sécurité dans ce lit, il a besoin de dormir. Steve va le laisser... À cette pensée, le brun panique.
Il attrape vivement l'avant-bras du blond avant de croasser d'une voix rauque :
- Tu restes ?
Steve le regarde longuement.
- Si tu le veux Tony.
La main du brun le tire doucement vers le lit dans une invitation muette et un peu désespérée.
Le blond retire ses chaussures et sa veste de costume avant de s'allonger à côté du jeune homme, faisant se toucher prudemment leurs cuisses et leurs flancs. Sans attendre, Tony se retourne vivement contre lui, envahissant son espace personnel. Il a si froid... Le brun pose sa tête contre le torse chaud de son ami et ferme fortement les yeux.
Il cale sa respiration sur les battements de cœur rassurants de Steve.
- Je reste avec toi tant que tu auras besoin de moi Tony. Tant que tu accepteras ma présence..., murmure son ami tout en refermant son bras autour de ses épaules.
Le brun se sent soudain moins oppressé et un peu plus serein. Steve est ferme contre lui, il se tiendra solide et inébranlable à ses côtés dès le lendemain. Tony sent les barrages en titane qu'il a érigé autour de son cœur céder progressivement. Il serre sa main sur la chemise de Steve, enfouissant son visage dans son cou, et laisse les larmes trop longtemps retenues couler sur ses joues.
Le cœur de Steve se serre en sentant sa chemise s'humidifier lentement. Le brun pleure silencieusement contre lui. Pas de sanglots bruyants et éplorés, juste la tristesse silencieuse d'un homme à bout. Le blond resserre sa prise sur son ami en un soutien muet mais solide. Il sent le corps de Tony s'alourdit peu à peu contre lui, sombrant progressivement dans un sommeil léger.
Le souffle du brun se fait plus régulier et plus lent, balayant son cou, et Steve s'autorise enfin à relâcher un peu la pression qui contracte ses épaules. Il s'allonge un peu plus mollement sur le matelas, se mettant plus à l'aise dans l'étreinte qu'il partage avec Tony.
Fermant les yeux, il inspire profondément l'odeur de son ami, plongeant son nez dans ses cheveux noirs pour le frotter doucement sur le cuir chevelu. Le blond rapproche inconsciemment son corps de celui du jeune homme afin de sentir plus près sa chaleur. Il ressent une vague culpabilité à l'idée de profiter un peu de la situation et d'en ressentir un plaisir coupable.
Steve est le pilier de Tony dans cette épreuve, comme il l'a été dans tous les autres événements de sa vie depuis qu'ils se connaissent. Il est un ami loyal et honnête mais, dans la semi-pénombre qui noie cette chambre, cachés à la vue du reste du monde, Steve se permet d'être égoïste et de profiter de cette éteinte, de sentir le corps de Tony coulé contre le sien d'une matière qui lui semble extraordinairement naturelle.
Tout lui aurait semblé presque parfait dans un autre contexte et il se sent bouleversé par le caractère intime de leur étreinte sur ce gigantesque matelas, son cœur battant à tout rompre. Mon dieu, c'était ce dont il avait toujours rêvé...
Le brun est son meilleur ami depuis leurs années de fac et Steve est amoureux de lui depuis presque aussi longtemps. Il se sent vaguement coupable de ne pas partager autant la tristesse de Tony à la perte de son épouse. Pepper et lui ont été amis mais ils n'ont jamais été particulièrement proches. En tombant amoureux de Tony il y a presque quinze ans, Steve, avec sa franche honnêteté et sa sincérité, lui a dédié son cœur presque tout entier, ne laissant pas de place pour d'autres personnes. La tristesse qui serre son cœur n'est pas vraiment la sienne mais plutôt l'ombre de celle de Tony, abattu et perdu par la perte de sa moitié.
Il serre son bras plus fort encore contre le brun afin de le ramener contre lui. Le blond inspire doucement contre sa peau avant de se permettre également un peu de repos, profitant de la chaleur et du corps, incroyablement fragile en ce moment, contre le sien. Avant de fermer les yeux à son tour, Steve se permet l'audace de déposer un baiser tendre sur le front de Tony, barré d'un pli soucieux.
Ce soir, seulement ce soir, Steve se permet d'être égoïste. Demain, il redeviendra l'ami de toujours dont Tony a plus que jamais besoin. Demain, il enfouira à nouveau ses sentiments au plus profond de son cœur. Il les cadenassera pour les protéger, les chérir et les veiller jalousement.
Demain.
XxX
- Morgan ! Mets ton manteau. Il faut vraiment qu'on y aille ou tu vas être en retard !
La petite fille arrive en bougonnant un peu, enfilant son manteau beige sans enthousiasme. Tony remarque qu'elle a mis sa robe préférée, une robe bleue que Steve lui a offerte pour son dernier anniversaire. Le brun s'agenouille doucement avant elle afin de fermer soigneusement les boutons du petit duffle-coat. Le vent est frais malgré le fait qu'on ne soit que début septembre.
- Mon cœur, je sais que tu es déçue. Steve aussi aurait préféré être là pour ta rentrée des classes mais il a beaucoup de travail. Il sera là ce soir. Tu pourras lui raconter tout ce que tu as fais dans ta belle robe bleue, lui dit-il avec un clin d'œil avant de passer une main dans ses cheveux châtains.
Il voit la petite fille hocher la tête en silence tout en lui renvoyant un sourire un peu tordu. Après un dernier coup d'œil à l'appartement, Tony et Morgan descendent jusqu'au hall. Alors que le jeune homme aperçoit Happy, déjà garé devant leur immeuble, il sent Morgan lâcher sa main dans un cri avant de se précipiter dans la rue.
- Steve !
Stupéfait, Tony constate que le blond est là en effet, en train de discuter joyeusement avec Happy à côté de la berline. Il sent un grand sourire prendre place sur son visage avant de soupirer de soulagement.
Merveilleux Steve.
Le brun rejoint son ami qui le salue affectueusement alors que Morgan, déjà dans ses bras, câline doucement sa tête dans son cou, visiblement folle de joie. Tony l'enlace brièvement pour le saluer.
- Tu es incroyable Steve... Je croyais que tu ne pourrais pas venir.
- Je ne fais que passer en fait. J'ai décalé le rendez-vous d'un de mes clients pour espérer pouvoir passer vous voir avant que vous ne partiez pour l'école. Mais je ne pourrais pas vous accompagner, précise le jeune homme.
Tony sent sa déception, au moins égale à la sienne. Mais c'est normal, il est son père. Comment un homme d'une trentaine d'années peut-il regretter de ne pas assister à la rentrée des classes d'une enfant qui n'est même pas la sienne ? Le brun se dit que parfois Steve est vraiment trop parfait.
Morgan sort tout à coup de sa cachette pour ajouter.
- Je sais oui, papa a dit que tu avais beaucoup de travail. Mais je suis si contente de pouvoir te voir avant de partir ! Maintenant j'en suis sûre, la journée va être super !, s'exclame-t-elle.
Tony lève les yeux au ciel.
- Je rêve... Il y a encore quinze minutes tu disais que ce serait la pire journée de ta vie, rit-il et il entend Steve glousser à ses côtés.
Il voit le blond se tortiller un instant afin de sortir un sachet de son sac en cuir. Steve le tend à Morgan qui s'en empare avec convoitise. Avant qu'il n'ait pu dire quoi que se soit, la petite fille s'exclame :
- Cette journée est la plus géniale de toute ma vie ! Regarde papa, Steve a fait mes muffins préférés !, triomphe-t-elle en montrant à son père un délicieux gâteau au caramel et noix de pécan.
- Pour ton goûter jeune fille, pense prudent d'ajouter le blond en la voyant regarder son cadeau avec gourmandise.
Tony se fige un instant. Zut, il a oublié le goûter de seize heures mais Steve lui fait un clin d'œil complice. Le blond le savait déjà... Tony éclate de rire avant de voir Morgan gigoter pour descendre des bras de Steve et s'élancer vers Happy afin de lui montrer son trésor.
Le brun se rapproche de son ami pour lui donner un coup de coude amical dans les côtes.
- Tu es vraiment un super-héros, tu le sais ça ?, lui dit-il d'un ton taquin.
- Je ne fais que mon devoir de parrain, répond Steve avec fausse-modestie, les yeux brillants.
Tony rit encore une fois avant que Morgan ne vienne agripper sa manche de costume pour le presser car ils vont être en retard. Les deux hommes se saluent et alors qu'il monte dans la berline, Tony se sent bêtement certain que sa journée aussi sera parfaite.
Pendant le trajet jusqu'à l'école, l'homme se perd un instant dans ses souvenirs.
Déjà trois ans depuis le décès de Pepper. Trois années pendant lesquelles Steve n'a jamais failli. Comme il l'a promis à Tony le soir des funérailles, il est resté à leurs côtés et a assisté Tony sans jamais faiblir ni se plaindre. Le brun a pourtant été tellement méchant et injuste avec lui parfois...
Tony a survolé les cinq étapes du deuil. Perdu dans ses angoisses de n'être à la hauteur en rien, il a été parfois cruel avec Steve avant de s'effondrer contre son épaule, mort d'angoisse et de honte. Steve a toujours trouvé les mots pour le rassurer sans jamais l'infantiliser (alors que selon lui, Tony aurait bien mérité une ou deux fois une bonne paire de claques). Inébranlable, il l'a aidé à remonter la pente, à reprendre le contrôle sur les choses, que se soit dans sa vie personnelle ou la gestion de Stark Motors Industries.
Trois ans pendant lesquels Steve a naturellement intégré la petite famille brisée par la mort de Pepper. Car, tout en portant Tony à bout de bras, le blond a aussi consolé Morgan. En les regardant parler doucement ensemble, Tony s'est souvent dit que Steve était un magicien avant de se rappeler avec tristesse que le blond avait déjà perdu ses parents et que les mots lui venaient plus naturellement qu'à Tony qui lui n'était pas orphelin.
Steve s'est montré être un meilleur ami tellement parfait que Tony se demande parfois s'il est vraiment digne de tout cela. S'il se montre lui-même à la hauteur dans son propre rôle... Jusqu'à ce que le blond fasse une nouvelle fois taire ses angoisses d'un sourire et par de tendres paroles de réconfort.
Foutus supers-pouvoirs de super-héros-magicien...
XxX
Tony soupire de soulagement, heureux de pouvoir s'asseoir un instant dans les gradins qui entourent le bassin des otaries. Le spectacle ne va pas tarder à commencer, il a donc environ vingt minutes de répit avant que Morgan ne recommence à faire de sa vie un enfer en lui faisant arpenter le parc zoologique de Détroit en long, en large et en travers.
Il jette un coup d'œil à Steve, assis à côté de lui et qui tient la petite fille sur ses genoux, espérant trouver sur son visage la même lassitude car Morgan est intenable depuis qu'ils sont arrivés. Le brun déchante en voyant les yeux brillants de joie de son ami et son large sourire alors qu'il discute avec animation avec Morgan. Traître...
Sa moue boudeuse attire l'attention du blond qui se penche vers lui rapidement pour lui murmurer :
- Il ne nous reste plus que l'enclos des grands félins et nous aurons fini. Je ne lui ai pas parlé des vivariums des reptiles. Je me suis dis que ce n'était pas forcément nécessaire..., dit-il d'un ton taquin.
Le soulagement visible de Tony le fait ricaner avant que le brun ne lui donne un coup de pied amical.
- Faux frère... Tu ne devrais pas être aussi heureux de passer ton samedi après-midi dans un zoo plein à craquer de familles et d'enfants à te faire martyriser par ce tyran miniature à tresses.
Steve hausse les épaules.
- J'adore cet endroit. Ma mère m'y emmenait souvent quand j'étais petit. Je n'ai fais que le proposer à Morgan, je ne pensais pas que ça déclencherait une telle folie furieuse en elle, dit-il d'un ton penaud.
Tony s'étire, le dos douloureux et les jambes raides d'avoir autant cavalé. S'il n'était pas aussi fatigué, il serait presque vexé de la faiblesse de sa constitution physique.
- Je te taquine... Grâce à toi, elle aura plein de trucs à raconter à l'école et elle dormira merveilleusement bien à partir de dix-huit heures ce soir, lui sourit-il avec malice.
- Tu es un père horrible..., glousse Steve avant de reporter son attention sur le bassin car le spectacle commence.
S'il doit admettre que ce qu'il voit est plutôt sympa, Tony se désintéresse assez vite des prouesses des otaries pour regarder Morgan et Steve. La petite fille est littéralement surexcitée, bondissant sur les genoux du jeune homme et s'agrippant régulièrement à sa veste pour attirer son attention sur un élément du spectacle. Steve la tient prudemment par la taille afin d'éviter qu'elle ne chute de ses genoux tant elle gigote.
Le brun les observe un instant et sourit avec tendresse. Il se demande depuis quand il lui semble aussi naturel de voir la silhouette rassurante et solide de Steve derrière Morgan, son ombre la protégeant. Il se demande également depuis quand le fait que les gens qui les croisent tous les trois en les prenant pour une famille ne le gênent plus.
Au début, il protestait parfois vigoureusement, pour les détromper. Steve était son ami, son meilleur ami, son pilier. Mais depuis quelques temps, il ne contredit plus ces regards, parfois attendris, parfois désapprobateurs, qui en disent long par leur silence. Il en a assez de se battre contre des préjugés. Changement notable également, il n'a plus envie de détromper ces gens.
Aujourd'hui, pendant cette sortie familiale archétypale au zoo, Tony se sent parfaitement et naturellement à sa place aux côtés de Steve et de Morgan.
Le brun se mord les lèvres. Il sent bien que les contours de son amitié avec Steve deviennent plus floues, à la fois plus troubles mais plus douces, plus tendres aussi. Tony ne sait pas encore quel nom leurs donner mais il sait que ça a de moins en moins à voir avec de l'amitié. Le brun est un peu perdu dans les sentiments qui agitent son cœur dès que le blond est là et lui sourit.
Tony a eu le béguin pour Steve à la fac.
Oh, rien de très dramatique en soi, un béguin qui avait duré une petite année (deux en fait, une pour le savourer en secret et une autre pour l'oublier). Il se souvient avec une parfaite acuité de la fois où Steve, rouge de gêne et un peu bégayant, lui avait avoué qu'il pensait aimer également les garçons. Tony avait toujours affiché une bisexualité décomplexée aussi avait-il été très touché par l'aveu timide du blond, d'un meilleur ami à son meilleur ami. Les mots étaient sortis de sa bouche avant qu'il ne puisse les retenir. L'aurait-il fait d'ailleurs ?
- Est-ce que tu as déjà embrassé un garçon ? Pour être sûr ?
Steve avait rougit encore plus fort et Tony s'était retenu à grande peine de le dévorer sur son établis.
- Est-ce que tu veux essayer ?, avait-il soufflé.
Tony était quelqu'un d'hédoniste dans ses plaisirs mais jamais il ne blessait ses proches, l'amitié étant sacrée à ses yeux. Cette fois-là pourtant, il s'était permis d'être un peu égoïste. Le timide hochement de tête de Steve avait fait bondir son cœur de joie et d'excitation. Soudain un peu moins assuré, il s'était penché doucement sur le blond pour ravir ses lèvres avec tendresse.
Douze ans après, Tony se souvient encore parfaitement de son goût et de sa chaleur contre sa langue. Du souffle rapide de Steve qui a frappé son visage et plus encore, du petit gémissement qu'il a poussé quand Tony avait passé une main dans sa nuque pour agripper les petits cheveux blonds qui y dansaient.
Il avait fallu plusieurs semaines à Tony pour rassembler son courage et proposer au blond d'essayer quelque chose ensemble. Mais Steve avait commencé à sortir avec Peggy, la ravissante capitaine des cheerleaders. Peu de temps après, Tony avait rencontré Pepper lors du transfert de la jeune femme dans leur fac pour sa dernière année en droit et fiscalité des entreprises. Le cœur un peu douloureux, le brun s'était reconnu dans cette jeune femme brillante et ambitieuse. Il avait fini par réussir à enterrer ses sentiments pour son meilleur ami après sa première année de relation avec elle.
Il n'a pas oublié pour autant. Tony se souvient encore avec gêne des rêves brûlants et humides qui le réveillaient, pantelant, aux côtés de Pepper avant et après leur mariage à la naissance de Morgan. Des souvenirs lui reviennent parfois avec une netteté qui l'effraye un peu, agitant son cœur et chatouillant son aine.
Steve un peu ivre et chaud lors de leur voyage à Cancùn tous ensemble après leur diplôme. Steve magnifique dans son costume lors de son entrée au barreau de Détroit. Steve les yeux brillants de larmes de joie tenant Morgan pour la première fois dans ses bras. Steve le corps superbe, humide et sensuel lorsqu'il le croise par surprise alors qu'il rentre de son jogging. Steve les yeux brouillés et les cheveux adorablement en bataille alors qu'il émerge de la chambre d'ami après une soirée un peu trop arrosée.
Steve... Steve...
Aujourd'hui, il remarque à quel point le jeune homme s'intègre parfaitement dans sa vie, dans leur vie. Tony est heureux dans leur petite bulle de bonheur, simple, tranquille et délicieusement tendre.
Mais cette bulle est la sienne, pas celle de Steve, pense-t-il amèrement.
Le blond a une brillante carrière d'avocat. Il est célibataire, magnifiquement beau et juste absolument merveilleux. Le brun n'a pas le droit de se l'accaparer ainsi, de lui imposer cet isolement tendre alors que Steve peut trouver autre chose ailleurs. Steve est le héros de Tony mais il n'a pas vraiment besoin d'eux pour briller, même si le brun ne doute en aucun cas de son immense affection à leur égard. Pendant ces trois dernières années, Tony a déjà tellement demandé à Steve, tant exigé de lui. Il ne peut pas en plus espérer que le blond lui offre ses sentiments, son… amour.
La gorge serrée, Tony porte à nouveau son regard sur le bassin des otaries. Alors qu'il les observe évoluer avec grâce, il se dit qu'il est peut-être temps qu'il coupe le cordon. La tendresse de Tony est encore balbutiante mais il sent qu'elle grandit vite, trop vite pour lui laisser le temps de réfléchir correctement à la suite des événements.
Le brun doit s'éloigner avant de ne devenir encore plus dépendant de son ami.
Steve est parfait mais Tony ne peut pas exiger qu'il soit pour lui...
XxX
Le jeune homme sourit avec tendresse en voyant Morgan étreindre avec force sa nouvelle peluche de panda. Très original, ricane-t-il intérieurement.
- Tu l'aimes vraiment, n'est-ce-pas ?
Il rit en la voyant enfouir son visage dans les poils de l'animal avant de resserrer sa prise sur lui.
- Oui, j'adore Steve !
Tony se retient de lui dire qu'il pense plutôt au petit panda mais il se tait, curieux de l'entendre continuer.
- Il est gentil et drôle et il est toujours là quand j'ai besoin de lui. En plus il est super beau.
Elle cache encore un peu plus son visage dans son ami duveteux mais Tony voit ses joues rougir doucement.
- Il sent comme le soleil, murmure-t-elle comme un secret à son père.
Tony ricane un peu. Sa toute petite fille a un petit béguin pour son meilleur ami. Il se reprend en voyant Morgan lui adresser un regard vexé puis un peu triste.
- Tu n'es pas d'accord avec moi papa ?
Le brun se sent soudain pris de court. Pas d'accord ? Au contraire. Avec ses mots d'enfant, Morgan est parvenue à exprimer bien mieux que lui ce qu'il ressent quand le blond est avec eux.
Steve est comme le soleil. Toujours radieux et bienveillant, nourrissant, il réchauffe sans cesse Tony de ses rayons et lui donne du courage. Il est un peu devenu le centre de leur univers depuis trois ans et c'est bien ce qui inquiète légèrement le brun. La plante a besoin de soleil pour vivre mais l'astre lui, n'a besoin de personne pour exister...
Tony ignore soigneusement son cœur qui se serre encore une fois à cette pensée. Il se penche doucement vers Morgan qui le regarde avec attention.
- Si ma chérie, je suis d'accord avec toi. Steve est tout ça et bien plus encore... Bonne nuit.
Quand il rejoint le salon, il glousse en voyant que son ami s'est assoupi sur le canapé. Morgan arrive même à bout des supers-héros, ricane-t-il. Le brun s'assoit dans le fauteuil situé en face et le regarde un instant. Steve a fait de lui quelqu'un de fort et de meilleur en trois ans. Ce sera difficile au début mais Tony sait qu'il doit laisser le blond partir. Il doit lui laisser l'opportunité de créer sa propre bulle. Tony est son meilleur ami, c'est ce qu'il doit faire avant que les choses un peu troubles qu'il ressent envers Steve ne se transforment en un trésor trop précieux.
Le brun espère juste en avoir le courage.
XxX
Tony est dans son bureau lorsque ça arrive.
Il sort d'une réunion de plus de trois heures avec le conseil de gestion de Stark Motors Industries pendant laquelle il a principalement griffonné sur les feuilles étalées devant lui, s'ennuyant un peu et l'esprit ailleurs.
Le brun entend son portable sonner et il sourit immédiatement en voyant le numéro de Steve. Il décroche avec enthousiasme avant de se décomposer et de s'élancer hors de son bureau, les jambes tremblantes. Ignorant les appels inquiets de Maria, il saute presque sur Happy qui attend devant la tour et lui ordonne, la voix faible, de le conduire immédiatement à l'hôpital Henry Ford. Il n'a pas tout compris au téléphone, les oreilles bourdonnant après les premiers mots du médecin.
Il n'a retenu qu'une chose.
Steve est blessé. Quelqu'un lui a tiré dessus alors qu'il sortait du tribunal.
Quand il arrive sur W Grand Boulevard et qu'il se jette hors de sa berline, il est brièvement ébloui par le soleil qui brille fort en cette journée de mai. Tony trouve le temps radieux particulièrement obscène alors que la nausée l'étrangle. Le monde pourrait perdre aujourd'hui Steve Rogers et il semble pour autant toujours aussi vivant alors que Tony voit tout en gris autour de lui, le sang battant sourdement à ses tempes et complètement paniqué.
C'est Happy qui l'emmène jusqu'à l'accueil des urgences et qui demande à sa place des informations. L'infirmière, un peu revêche, regarde un instant le brun complètement défait et les yeux hagards avant de répondre, les lèvres pincées, que seuls les membres de la famille sont autorisés à approcher. À ces mots, Tony se jette presque sur le comptoir avant de souffler qu'il est l' « ami » de M. Rogers, insistant fortement sur le caractère équivoque du mot. Le brun est reconnaissant que la surprise de l'infirmière lui empêche de remarquer celle de Happy dont il sent le regard stupéfait dans son dos. Il insiste en disant que l'hôpital lui-même l'a prévenu de la situation. La jeune femme cède et Tony entend à peine le numéro de chambre qu'elle lui indique alors qu'il se rue dans les couloirs.
Quand il rentre en trombe dans la 203, son souffle lui manque. Il ne voit que Steve, pâle et allongé sur le lit, l'épaule droite bandée. Quand le blond le voit arriver, il lui sourit doucement.
Il est vivant. Vivant...
Tony sent ses yeux se remplir de larmes et il se précipite dans la chambre, ne remarquant pas que Steve n'est pas seul. Il se met à tâter avec ferveur ses membres, à parcourir son torse avec ses mains fébriles et tremblantes afin de chercher d'autres blessures, encore mort de peur alors que l'adrénaline commence doucement à refluer dans ses veines.
Sous son toucher intrusif, Steve se tortille, un peu gêné et chatouilleux, avant d'attraper doucement ses poignets pour l'immobiliser et l'amener contre lui.
- Je vas bien Tony. Je vais bien.
Tony jette un œil à son épaule bandée et se mord fortement les lèvres pour ne pas fondre en sanglots comme un enfant. Il a eu si peur. Encore un peu dans le brouillard, il a vaguement conscience qu'il n'a jamais eu aussi peur de toute sa vie et que sa réaction, presque démesurée dans sa panique, n'a rien de commun avec celle, plus distante, qu'il a eut lors de la mort de Pepper.
Mais Steve s'en rend compte pour lui et il ne peut s'empêcher d'éprouver une joie fugace en voyant l'état dans lequel Tony s'est mis pour lui. Juste pour lui. Il hoquette quand Tony dégage doucement ses mains pour enlacer le blond avec précaution, s'agrippant à son dos et la tête plongée dans son cou. Le souffle encore rapide balaye sa peau, le faisant frissonner malgré la douleur sourde qu'il ressent dans son épaule blessée. Le jeune homme referme doucement ses bras sur Tony. Le blond fait signe à l'autre homme dans la pièce de sortir et, alors que la porte se referme sur lui, Steve enfouit à son tour son nez dans le creux de l'épaule de Tony tout en caressant son dos en des gestes apaisants.
Lui aussi a eu très peur. Lorsqu'en sortant du tribunal le condamné, désespéré, a réussi à prendre l'arme d'un policier pour tirer sur le client de Steve, le blond s'est interposé. Quand il a sentit la balle toucher son épaule, son corps heurter lourdement le bitume, toutes ses pensées sont allées vers Tony et Morgan.
Surtout vers Tony.
Il a espéré que la blessure ne serait pas trop grave, qu'il s'en sortirait. Il veut encore sourire au brun, rire avec lui et il ne supporterait pas d'être la source d'une autre souffrance pour lui. Alors qu'il perdait conscience, en état de choc, le blond s'est vaguement demandé si Tony le pleurerait autant que Pepper s'il le perdait. Il a secrètement espéré qu'il le pleurerait plus parce que ça aurait voulu dire qu'il compte plus pour le brun que n'importe qui, tout comme Tony occupe toutes ses pensées et son cœur... Il a juste fait un souhait un peu égoïste.
Serré contre le blond, Tony inspire à grandes bouffées son odeur. Malgré celle un peu écœurante du désinfectant, il retrouve les effluves parfumées et solaires de son ami. Il sent aussi sa chaleur contre son torse et dans son dos, où les grandes mains de Steve vont et viennent.
Oui, tout va bien. Steve est un super-héros, rien ne peut l'atteindre.
Le soleil, son soleil, brille toujours.
Tony finit par relâcher le blond et s'assoit sur une petite chaise inconfortable à côté du lit. Mort de honte, il remarque la présence de l'autre homme qui est revenu entre temps avec un café qu'il lui offre gentiment. Les yeux fixés son ami, le brun entend à peine Steve les présenter brièvement.
James Buchanan Barnes dit « Bucky » a rejoint le cabinet d'avocats dans lequel travaille le blond il y a quelques semaines. Il est brun avec de superbes yeux bleus. Tony remarque sans peine qu'il est extrêmement séduisant et qu'il regarde Steve avec une grande tendresse.
Le jeune homme les salue avant de devoir les laisser pour rejoindre son bureau. Il salue un peu timidement le blond d'un geste de la main. Tony le regarde attentivement.
- Il en pince pour toi.
Steve se passe une main gênée sur sa nuque.
- Bucky est très sympa. Il s'est très vite intégré aux autres avocats et j'aime beaucoup travaillé avec lui.
Tony lui sourit malicieusement.
- Et...
- Et rien. Steve soupire. Franchement Tony, je n'ai pas vraiment la tête à ça dans l'immédiat.
Steve remonte contre les oreillers, grimaçant de douleur. Le brun se sent immédiatement coupable. Il se pince les lèvres. Mais qu'est-ce qu'il fabrique ?
- Désolé...
Il retire sa veste de costume et la plie soigneusement avant de la mettre sur le dossier de sa chaise sous le regard étonné de Steve.
- Qu'est-ce-que tu fais ? Tu ne peux pas rester là. Morgan va sortir de l'école et -
Le jeune homme s'agite et Tony pose une main douce mais ferme sur son torse pour lui intimer l'ordre de se calmer.
- J'ai demandé à Happy d'aller la chercher. Je lui parlerai quand je rentrerai tout à l'heure. Je ne veux pas te laisser, ajoute-t-il d'une petite voix qu'il sent devenir tremblante bien malgré lui.
Steve lui sourit avec douceur et prend sa main dans la sienne.
- Je t'assure que ça va Tony. C'est plus impressionnant que grave. Le médecin a dit que la balle m'a effleuré sans faire de réels dommages. Je vais rester cette nuit en observation mais je devrais pouvoir rentrer chez moi dès demain.
Tony regarde leurs mains et les porte à son front, inclinant son buste vers le lit du jeune homme. Il souffle. Il sent la main de Steve caresser ses cheveux noirs, un peu ébouriffés à force d'avoir passer dedans des mains désespérées.
Il ne veut plus parler pour le moment, juste sentir son ami. Le ressentir dans chacune de ses fibres pour s'assurer qu'il est bien là contre lui. Pour le moment, ils sont tous les deux, dans leur bulle.
Tout en tentant de calmer les battements affolés de son cœur, Tony réalise qu'il est déjà trop tard. La place qu'occupe Steve dans son cœur et les sentiments qu'il éprouve pour lui se sont développés avec la puissance d'une fusion nucléaire. Et tandis qu'il accourt à son chevet, la tête en vrac en s'imaginant le perdre, il rencontre un jeune homme charmant qui semble en pincer pour le blond.
Dans d'autres circonstances, le brun se dit qu'il apprécierait sans doute l'ironie de la situation et le joyeux doigt d'honneur que lui fait le destin en lui indiquant peut-être un nouveau chemin.
XxX
Un mois s'est écoulé depuis l'accident au tribunal. Steve a rapidement repris le travail malgré les supplications de Tony et de Bucky de se ménager, tentant de rassurer les deux hommes de toutes ses forces.
Bucky...
Le jeune homme a pris dernièrement de plus en plus de place dans sa vie. Steve l'apprécie beaucoup comme avocat et il est devenu un ami proche. Le blond remarque de plus en plus ses attentions à son égard et plus encore sa délicatesse qui le fait le regarder à distance avec tendresse tout en restant profondément respectueux sur leur lieu de travail. Il est flatté car le brun est très beau mais Steve a l'image d'un autre homme brun enchaîné à son cœur.
Tony lui semble s'éloigner un peu ces derniers temps. Son insistance croissante à lui montrer les qualités de Bucky le blesse.
Pourquoi Tony ne comprend-t-il pas que Steve ne veut pas ? Il n'est pas encore près à abandonner son amour pour lui. Le blond n'a pas aidé Tony à surmonter le décès de Pepper dans l'idée de supplanter la jeune femme dans sa vie. Il n'attend rien en retour de son dévouement. Tony ne lui doit rien et encore moins son cœur. Mais il s'est parfois laissé à espérer, un peu, que leur relation changerait. Quand ils sortent ensemble avec Morgan, tout lui semble si parfait, si naturel. Et puis, Tony ne reprend plus les passants dernièrement quand on lui fait remarquer quel beau couple et quelle belle famille ils forment ce qui fait immanquablement rougir Steve de plaisir. Alors peut-être qu'avec un peu de patience et de douceur, Tony finira par le voir un peu autrement et lui rendra son affection.
Oui, il n'est pas encore près à renoncer.
Lorsqu'il arrive en bas de l'immeuble du brun, Steve resserre sa prise sur la boîte cartonnée remplie de pâtisseries qu'il vient d'acheter. Tony lui a annoncé hier avec fierté que Morgan a obtenu le rôle principal dans le spectacle de fin d'année de son école. Retenu au bureau le soir passé, le blond a décidé de cette visite surprise pour féliciter la petite fille en amenant son dessert préféré.
Devant la porte de l'appartement, il est surpris d'entendre le charivari que provoque son coup de sonnette. Tony lui ouvre à la volée, le regardant avec surprise. Le jeune homme remarque immédiatement sa chemise froissée dont les manches relevées dévoilent ses avants-bras ciselés et ses cheveux en bataille, révélant un délicieux abandon.
Il fronce toutefois légèrement les sourcils devant l'accueil de son ami.
- Steve ? Ça alors, quelle surprise ! Tu ne m'avais pas dis que tu passais ce soir.
Un bruyant éclat de rire dans le dos du brun l'empêche de poursuivre. En tendant le cou, Steve remarque Morgan qui cavale dans le salon en riant aux éclats. Sa gorge se serre brusquement quand, depuis l'embrasure de la porte, il voit une jeune femme svelte attraper la petite fille familièrement tout en la chatouillant. Steve n'a aucun mal à constater que l'invitée de Tony est jeune et très belle, une flamboyante chevelure rousse effleurant ses épaules. Comme Pepper...
Steve sent son cœur se serrer à se briser devant ce spectacle que Tony contemple d'un air attendri avant de regarder à nouveau son ami.
- Ouais... Hum, je reçois une amie. Elle est cadre chez BMW à Munich. Elle est géniale et elle a de l'ambition à revendre !, dit Tony avec entrain. Désolé Steve mais... enfin, ce n'est pas trop le bon moment. Je t'expliquerai.
La nausée monte. Géniale avec de l'ambition à revendre ? Comme Pepper...
Steve sent bien malgré lui ses yeux le piquer désagréablement. C'est donc pour cela que Tony essaye tant de le jeter dans les bras de Bucky ? Parce qu'il a lui-même retrouvé quelqu'un ? Une femme qui ressemble tant à Pepper que le blond pourrait lui dire que c'est vraiment ridicule ? Que leur bulle de bonheur que Steve croyait naïvement éternelle est brisée ? Que Tony lui indique qu'il est temps qu'il reprenne sa propre route et qu'il n'a plus besoin de lui dans sa vie ?
Lors de la nuit des funérailles de Pepper, alors qu'il tenait le brun dans ses bras, Steve lui avait promis qu'il resterait tant que son ami accepterait sa présence. C'était donc fini ? Tony ne lui a jamais rien promis mais c'est si douloureux.
La sonnerie de son portable le tire momentanément de la boue noire et collante dans laquelle il a l'impression de se débattre. Bucky...Steve décroche vivement, la main en peu tremblante.
- Allô Bucky ? Oui... Non, tu ne me déranges pas. Quoi ?
Steve se détourne légèrement de Tony tout en fronçant les sourcils.
- Le dossier Kehl ? Mais il est... Ah, du nouveau... Oui, bon j'arrive tout de suite. Non ? Oh, tu l'a déjà traité.
Le jeune homme sent sur lui le regard intéressé de Tony et une rage sourde et un peu cruelle le prend devant l'indélicatesse dont son ami a fait preuve. Steve déteste la vengeance mais devant son cœur dont il sent les débris aiguisés tomber dans son estomac, un brusque sursaut d'orgueil le prend.
- Merci de m'avoir prévenu et merci pour tout ton travail Bucky. Je t'invite à dîner pour te remercier.
Un dernier coup d'œil à Tony et il voit le brun détourner vivement le regard.
- Bises, ose-t-il finalement le saluer.
Le silence s'étend entre eux, inconfortable, seulement brisé par les rires de Morgan qui résonnent sur le palier. Steve entend Tony s'éclaircir la voix.
- Des projets ?, se racle-t-il la gorge tout en regardant ses pieds.
- Oui, un développement inattendu.
Le blond entend sans peine le petit hoquet que laisse échapper Tony à sa réponse tendancieuse. Un peu brusquement, il lui donne la boîte de gâteaux dont les couleurs pastel et les motifs joyeux lui semblent tout à coup obscènes de bonheur.
- Tiens, c'est pour Morgan et toi. Pour fêter son futur succès sur les planches. Tu m'excuseras auprès d'elle mais je suis attendu.
Tony entrouvre délicatement la boîte, reconnaissant sans peine son opéra préféré et la sempiternelle religieuse au chocolat de Morgan. Dans cette harmonie brune et brillante, le Paris-Brest de Steve, couleur noisette et blanc de sucre glace, semble atrocement jurer.
- Mais il y en a trois, fait remarquer le brun un peu bêtement.
- Oui, je sais. Mais je suis sûr que ton... invitée appréciera. Je les ai pris dans la meilleure pâtisserie de Détroit, lui lance-t-il avant de s'enfuir vers l'ascenseur. Salut Tony.
Il n'ose pas lui dire « À la prochaine fois ». Tony ne le reprend pas non plus. Ou peut-être ne l'entend-t-il pas.
Une fois sur le trottoir, Steve s'éloigne presque en courant sous le regard étonné du portier.
Le blond a le cœur brisé et les larmes aux yeux.
XxX
En pleine réunion hebdomadaire du conseil de gestion de Stark Motors Industries, Tony a l'esprit ailleurs. Il sent sur lui le regard de Natasha, vaguement inquiet et interrogateur tandis que la jeune femme mène la discussion de main de maître. Le brun se répète encore une fois qu'il a bien fait de la débaucher de chez BMW il y a trois semaines. Elle est une collaboratrice de génie et elle occupe de façon parfaite l'ancien poste de Pepper, laissé vacant depuis son décès. Son entreprise est entre de très bonnes mains alors pourquoi est-il aussi malheureux ?
Baissant les yeux vers ses notes, il remarque qu'il gribouille dans la marge ce qui ressemble furieusement à un Paris-Brest pleurant des larmes de praliné. Il soupire bruyamment avant de gémir peu discrètement quand la jeune femme écrase son talon aiguille sur son pied avec une remarquable précision après un regard noir.
Quand la réunion s'achève, Tony rejoint machinalement son bureau pour s'installer dans son fauteuil, tripatouillant son smartphone posé sur le plateau en verre trempé. Le bruit de sa porte qui se ferme le fait lever vaguement les yeux.
- Maintenant, ça suffit Tony !, le toise Natasha, visiblement en colère et les mains sur les hanches. Ça fait deux semaines que tu te morfonds comme un gamin. Va le voir bon sang !
- Steve pourrait le faire aussi. C'est lui qui est parti la dernière fois, grommelle le brun avec mauvaise foi.
Natasha lève les mains au ciel, exaspérée.
- Tu l'as jeté dans les bras d'un autre homme, imbécile ! Et d'une manière particulièrement disgracieuse en plus. Devant le visage blessé de Tony, la jeune femme s'adoucit. Pourquoi tu ne nous a pas présenté ce soir-là quand il est venu chez toi ? J'aurais été ravie de faire la connaissance de celui dont tu parles toujours avec tant d'enthousiasme et qui te rend si heureux. Et tu aurais pu en profiter pour lui expliquer à quel point tu peux raconter des conneries, lui dit-elle d'un ton accusateur.
La jeune femme s'avance jusqu'à lui en voyant le brun se recroqueviller sur son fauteuil de PDG. Elle effleure affectueusement son front.
- Je sais que mon départ de BMW pour SMI était encore confidentiel et qu'on négociait encore les conditions de mon embauche mais Steve n'avait pas besoin de tout savoir. Tu aurais pu lui expliquer dans les grandes lignes et on aurait pu passer une excellente soirée pendant que je t'aurais regarder te morfondre d'amour pour le si parfait Steve Rogers, tente-t-elle de le taquiner.
Le mot envoie un coup de poing à Tony dans l'estomac. Rien n'a jamais été aussi vrai. Il déglutit douloureusement.
- S'il-te-plaît, ne sois pas cruelle Natasha. Je le suis bien assez avec moi-même, souffle-t-il avec fatigue.
- Mais alors pourquoi tu l'as autant induit en erreur bougre d'idiot ?, s'exclame la jeune femme.
- Parce que j'ai été lâche !, crie soudainement Tony, exaspéré. Parce que j'ai été lâche... Je n'arrivais pas à le laisser partir, c'était trop tard. Je... je suis retombé amoureux de lui. En lui faisant croire que j'avais rencontré quelqu'un, j'espérais qu'il se tournerait vers Bucky. C'est un mec bien tu sais, et il apprécie vraiment Steve, ajoute-t-il en relevant les yeux vers son amie, souhaitant guetter une approbation qu'elle lui refuse de manière flagrante. Je ne pensais pas qu'il couperait presque tout contact avec moi et que tout s'effondrerait, grogne-t-il avec tristesse.
Natasha se laisse tomber sur le fauteuil en face du bureau de Tony tout en se frottant frénétiquement les tempes du bout des doigts.
- Finalement, je ne sais pas si c'était un si bon calcul de plaquer BMW pour venir bosser pour toi. Tu es si brillant et si crétin en même temps... Ne ronchonnes pas s'il-te-plaît, le reprend-t-elle vertement. Tu t'étonnes qu'il se soit éloigné ? Tu lui as presque claqué la porte au nez Tony. Tu as été incroyablement indélicat avec Steve. Tu m'as dis qu'il n'est pas insensible aux hommes, n'est-ce-pas ? Pourquoi vous ne vous êtes pas laissé une chance ?, l'interroge-t-elle doucement.
Tony la regarde, profondément stupéfait. Tout paraît si simple quand la rousse en parle. Le brun sait que Morgan et lui-même manquent au blond, Steve le lui a écrit dans un message tout en reportant encore une fois un dîner chez lui. Mais Bucky...
- Steve sort avec Bucky maintenant. Il n'est pas du genre à se moquer des sentiments de quelqu'un. Il doit vraiment tenir à lui..., murmure-t-il d'un ton un peu las, comme si chuchoter la vérité la rendrait moins réelle et détestable.
- Je n'en doute pas. Tu m'as décrit Steve comme quelqu'un de sensible et de prévenant. Mais si tu fais un pas vers lui, je suis sûre qu'il l'acceptera avec joie et que votre relation pourra s'épanouir à nouveau, Bucky ou pas. Tu dois juste savoir ce que tu attends de lui Tony. Parce que je pense qu'il est prêt à beaucoup te donner.
Tony a un soupir un peu triste. Il sait tout ça car Steve lui a déjà tant donné, mais accepterait-il de lui confier ce qu'il a de plus précieux ? Le brun doit reconnaître que son amie a raison. Il se sent tellement stupide. Ce soir-là, il a bien remarqué la douleur de Steve quand Tony a sous-entendu qu'il n'était pas seul. Le brun gémit. Il a congédié son meilleur ami (et depuis peu l'homme qu'il aime à nouveau) comme une simple connaissance sans importance. Sans importance ? Steve Rogers ?! Le blond est le centre de son univers avec Morgan.
La voix de Natasha le sort de ses pensées.
- Tu m'as dit que Steve plaide ce matin, pas vrai ? Le tribunal est à côté d'ici. Va le voir et propose lui un déjeuner. Maintenant !, dit-elle en haussant le ton alors qu'elle voit Tony hésiter.
Le brun se lève brusquement, avant d'attraper portable et portefeuille et de filer de son bureau sans oublier de remercier Natasha par un rapide baiser sur la joue. Il peut être courageux autant qu'il a été incroyablement lâche il y a deux semaines. Son cœur palpite de joie à l'idée de revoir Steve. Le blond lui manque tellement. Ses sentiments peuvent attendre. Tony veut retrouver son meilleur ami.
Le jeune homme arrive un peu essoufflé devant le tribunal, consultant nerveusement sa montre en espérant ne pas avoir manqué la sortie de Steve. Fouillant fébrilement la foule du regard, le brun se fige soudain en le voyant sortir du grand bâtiment, restant quelques instants au sommet des marches avant de les descendre avec élégance. Le souffle de Tony se bloque dans sa poitrine. Steve a-t-il toujours été aussi beau ?
Le jeune homme porte un costume gris clair sur une cravate grenat du plus belle effet mettant en valeur ses superbes yeux bleus et sa carrure athlétique. Le soleil joue dans ses cheveux blonds, les illuminant de réconfortants reflets miel. Tony déglutit difficilement en voyant le visage du jeune homme s'illuminer d'un magnifique sourire alors qu'il regarde sur sa gauche. Il le voit rejoindre un homme brun dans un costume bleu roi qui semble l'attendre tout comme Tony. Il reconnaît Bucky sans difficulté.
Il regarde les deux hommes s'éloigner ensemble sur le trottoir. Pour les passants qu'ils croisent, ils semblent être deux collègues de travail partant en pause déjeuner. L'œil averti de Tony discerne quelque chose de plus subtil. Des mains qui se frôlent sans jamais s'enlacer, des épaules qui se touchent pendant qu'ils avancent l'un à côté de l'autre, un flanc qui se moule contre l'autre quand l'un des deux hommes se penche fortement vers son vis-à-vis pour lui dire quelque chose...
Tony sent un sang glacé couler peu à peu dans ses veines. Il préfère s'éloigner sur le trottoir, à l'opposé du couple, tout en tentant d'ignorer la glace qui entoure à présent son cœur. Le brun frissonne violemment.
Le soleil ne le réchauffe plus de ses rayons. À présent, il brille pour un autre homme de lui.
