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De sa chaise Edward regarda fixement un endroit au hasard sur le sol pendant qu'Esmée s'occupait de la théière et des biscuits. De l'étage au-dessus, les deux entendirent Isabella alors qu'elle faisait les cent pas dans la bibliothèque.
"Je ne suis pas du genre romantique, Isabella," l'entendirent-ils tous les deux marmonner.
Edward grimaça en entendant ses propres mots lui être renvoyés dans la figure.
Esmée regarda son fils un demi-sourire sur les lèvres. Oui Isabella serait juste la personne dont son fils avait besoin pour le ramener dans la famille. Elle n'était pas tombée évanouie à ses pieds à cause de son apparence, et sa richesse ne signifiait rien pour elle contrairement à la plupart de celles de la cour de Volterra. De plus, elle semblait plus ennuyée que fascinée par ses capacités de lecture dans les pensées.
Isabella était intelligente, compatissante et attentionnée, juste le type de personne que l'on voudrait comme belle-fille, pensa Esmée avec un grand sourire. Elle jeta un coup d'œil à son fils découvrant qu'il était tellement absorbé en train d'essayer d'écouter les pensées d'Isabella qu'il ne lui prêtait aucune attention.
Oui Isabella allait se révéler être la réponse à ses prières.
"Assure-toi de remettre tout ce que tu as dérangé à sa place," entendirent-ils Bella marmonner d'une voix plus grave.
Alors qu'il fixait le plafond Edward réalisa qu'il ne pouvait pas entendre les pensées d'Isabella mais reconnut sa tentative d'imiter son ton brusque.
"Qu'est-ce qui te fait faire une telle tête ?" demanda Esmée, en plaçant ses mains sur ses hanches, le front plissé par l'inquiétude.
"Je ne l'entends pas," marmonne Edward.
"Eh bien, elle est pieds nus et tu es perdu dans..."
"Non. Ses pensées. Je ne peux pas les entendre pour l'instant."
Esmée réfléchit un moment avant de hocher la tête en signe de compréhension, un sourire en coin se dessinant sur ses lèvres. Oui, en effet, Isabella était tout à fait à la hauteur pour lui.
Edward se concentra davantage sur les mouvements d'Isabella, essayant d'entendre ses pensées mais en vain. Plus il essayait, plus il échouait et sa frustration augmentait au point qu'Esmée lui enleva les mains des accoudoirs de son fauteuil pour les protéger.
"Il est tout à fait compréhensible que tu sois frustré mais n'abimons pas les meubles, d'accord ?" murmura gentiment Esmée, en lui tendant un plateau magnifiquement préparé. "Quand ne peux-tu pas entendre ses pensées ?"
Sans réfléchir, Edward prit le plateau.
"Il y a une heure environ, quand elle était dans la chambre et une fois quand elle dormait. Maintenant de nouveau."
Esmée secoua la tête.
"Peut-être que 'quand' n'est pas le meilleur mot. Que s'est-il passé quand son esprit s'est fermé à toi ?"
Edward réfléchit un instant. Il l'avait revendiquée comme sienne et comme elle s'agitait de plus en plus à cette idée, son esprit s'était fermé. Puis, quand elle a fait un cauchemar, ses pensées sont restées muettes. Maintenant, elle était en colère à cause de sa froideur envers elle et une fois de plus, il ne pouvait pas entendre ce qu'il se passait dans son esprit.
"Putain," chuchota-t-il.
"Ton langage, Edward."
"Mes excuses," répondit-il automatiquement avant de s'arrêter pour réfléchir à ce que sa mère venait de dire. "Quand elle est bouleversée ou en colère, je ne peux pas entendre ses pensées."
"Alors peut-être que tu ferais mieux de garder ta compagne heureuse."
"Compagne? Ce n'est pas ma compagne ! C'est une humaine."
"Et où est-il dit que ta compagne ne peut pas être humaine, Edward ?"
Sans un mot de plus, Esmée poussa fermement Edward hors de la cuisine et lui montra les escaliers du doigt.
Compagne.
Etait-ce possible ? Edward réfléchit en silence tandis qu'il portait le thé et les biscuits à l'étage en direction de la bibliothèque.
Durant les cinquante premières années de son existence en tant que vampire, il serait allé voir Carlisle pour lui demander ce que cela signifiait et comment gérer les émotions qui le traversaient. Au cours des cinquante dernières années, il s'était débarrassé d'une telle qualité humaine. Et maintenant, il avait les deux côtés de sa personnalité qui se battaient l'une contre l'autre.
… devrait mettre ça au mauvais endroit... servir... bien.
Edward se réjouit en entendant des bribes des pensées d'Isabella alors qu'il approchait de la bibliothèque. Pour une raison qu'il ne pouvait pas comprendre, il était heureux qu'elle se calme, bien qu'il ne soit pas satisfait qu'elle réfléchisse à l'idée de mal ranger son livre sur la conversation française avec ses partitions de musique. Il entra discrètement dans la bibliothèque et découvrit Isabella assise au milieu du sol avec une boîte sur les genoux.
Elle sursauta à son arrivée, provoquant un sentiment de culpabilité qui s'installa dans sa poitrine. C'était une sensation qu'il n'avait pas ressentie depuis très, très longtemps et il était certain de ne pas l'aimer du tout.
"Je... je crains que nous n'ayons pas été correctement présentés," dit-il doucement, en portant le plateau à une table voisine. "Mon nom est Edward Cullen et..."
"Cullen ?" chuchota Isabella, les yeux écarquillés.
Edward fit une pause. Il n'avait pas utilisé le nom des Cullen depuis son départ pour Volterra, préférant utiliser son nom de naissance, Edward Masen. Mais les mots étaient sortis de sa bouche si naturellement qu'il n'y avait pas réfléchi.
"Êtes-vous parent avec le Père Carlisle et Esmée ?"
Il ne pouvait pas lire les émotions sur le visage d'Isabella mais il pouvait entendre les questions qui traversaient son esprit.
"Je l'ai été."
"Eté ?"
"J'étais leur fils." Edward ramassa la passoire à mailles fines et la posa délicatement sur la tasse à thé qu'il avait récupérée avant d'en verser une tasse. En silence, il prépara le thé d'Isabella exactement comme elle l'aimait et lui tendit la tasse.
"Comment ?" Isabella prit prudemment la tasse, remarquant mentalement à quel point les fines peintures d'iris violets étaient ravissantes.
"Comment, quoi ?" demanda-t-il, en se retournant vers le plateau et en prenant l'assiette de biscuits.
"Comment avez-vous su comment j'aime mon thé ? Ce sont les biscuits au sucre d'Esmée ?"
Edward sourit lorsqu'elle se redressa sur ses genoux pour mieux voir, en faisant attention à ne pas renverser son thé ou déchirer sa robe au passage. Il tendit le plateau et Isabella en prit un avec précaution. Elle s'installa à nouveau et prit une gorgée de son thé, soupirant joyeusement à la première gorgée. Edward se dit qu'il ferait presque n'importe quoi pour qu'elle soit aussi satisfaite qu'elle l'était en ce moment.
Et puis le souvenir des mots d'Aro revint au premier plan de son esprit.
Les émotions sont synonyme de faiblesse et la faiblesse n'est pas tolérée par ceux de la Garde.
Edward sentit la raideur s'insinuer dans ses os. Son dos se redressa et il savait que ses yeux étaient froids lorsqu'il regardait Isabella tremper son biscuit dans son thé et ronronner joyeusement en grignotant la friandise.
Faiblesse.
Il se détourna d'Isabella, ses mains se serrèrent en poings tandis qu'il essayait de se débarrasser de l'écho des mots d'Aro dans son esprit.
Comment le fait de procurer du bonheur d'une manière aussi simple pouvait-il être considéré comme une faiblesse ? Mais il n'avait jamais cherché à faire éprouver du plaisir, de la joie ou du bonheur à qui que ce soit. Toute son existence depuis qu'il faisait partie de la Garde était remplie de la poursuite de la satisfaction personnelle et de rien d'autre.
"Comment se fait-il que vous ne soyez plus le fils du Père Carlisle et d'Esmée ?" lui demanda Isabella avec une innocence douce et gentille, le tirant de ses pensées.
Edward prit une inspiration inutile et la relâcha très lentement.
"C'est une longue histoire."
Isabella ricana délicatement puis gloussa en essayant de se couvrir la bouche pour faire rentrer le son en elle. Il se retourna pour voir une belle rougeur colorer ses joues. Son esprit était rempli de curiosité et Edward se rendit compte qu'il voulait satisfaire tous ses désirs mais il n'avait aucune idée de par où commencer.
"Je suis désolée mais à moins que vous n'ayez l'intention de me ramener chez moi immédiatement, ce que, d'après notre introduction, je ne vois pas arriver, je n'ai rien d'autre à faire que d'écouter."
Il secoua la tête à l'idée de la ramener chez elle. Le fait que sa maison soit maintenant un tas de cendres fumantes n'avait rien à voir avec le sujet.
Elle tapota le plancher à côté d'elle et leva les yeux vers Edward qui attendait.
"Asseyez-vous au moins avec moi et profitez d'une tasse de thé. Je partagerai même les biscuits d'Esmée, qui sont ma friandise préférée au monde."
Isabella sourit sincèrement à Edward. Il continua à la regarder sans dire un mot.
Ses pensées rebondissaient : elle se demandait si elle l'avait offensé, où elle se trouvait, elle admirait la façon dont la lumière du feu projetait ses ombres dans la pièce, elle remarqua que ses cheveux n'étaient plus tirés en arrière en une queue sévère mais étaient lâchés et ébouriffés. Isabella se demanda s'ils étaient aussi doux qu'ils en avaient l'air avant de se rendre compte qu'elle le fixait et qu'il n'avait pas dit un mot.
Edward s'arrêta un moment de plus avant de lui tendre la main.
"Tu as gagné, Isabella. Je vais te dire pourquoi je ne suis plus le fils de Carlisle et Esmée si tu me fais la faveur de t'asseoir avec moi ailleurs que par terre. Cela ne doit pas être confortable pour toi."
Isabella sourit et prit sa main, pensant qu'elle s'asseyait rarement ailleurs que sur le sol, une révélation qu'Edward se promit de changer.
"Vous êtes si froid ! " remarqua-t-elle en prenant sa main et en se levant. "Peut-être avez-vous plus besoin de ce thé que moi ?"
Isabella lui offrit sa tasse mais Edward la refusa poliment.
"Il n'y a pas de quoi s'inquiéter."
Elle lui lança un regard qui montrait qu'elle ne croyait pas un instant à ce qu'il lui disait mais elle le laissa la conduire vers une causeuse en velours rouge qui n'était pas là quelques instants auparavant.
Isabella sursauta et il entendit la confusion qui traversait ses pensées.
"Encore des serviteurs invisibles ?" demanda-t-elle d'une voix pleine d'étonnement et de crainte.
"Pas vraiment," répondit Edward en riant, sachant la vengeance qu'Alice exercerait sur sa vie si jamais il s'aventurait à l'appeler servante.
Il la laissa choisir son siège avant de remplir sa tasse de thé, en la sucrant correctement puis s'assit à côté d'elle.
"Très peu connaissent mon histoire, Isabella. Encore moins connaissent l'histoire complète."
Elle acquiesça et se prépara à écouter.
Edward fit une pause. Révéler ce qu'il était, ce qu'il avait fait, qui il avait servi... Révéler ces informations à un étranger équivalait à une trahison aux yeux des Volturi. Il n'y aurait pas de retour à sa position dans la Garde s'il le faisait.
Dis-lui depuis le tout début, la voix d'Alice traversa ses pensées.
Il réfléchit pendant un moment, ses pensées se mettant à courir à travers les conséquences potentielles de raconter la véritable histoire de sa vie. Des souvenirs de sa vie avec la famille Cullen et en tant que membre de la Garde inondèrent sa tête. Le doux cliquetis d'une tasse posée sur une soucoupe ramena son attention sur Isabella qui attendait patiemment qu'il parle.
A moi.
En regardant le visage d'Isabella, détendu mais plein d'espoir, il sut quelle décision il devait prendre.
