Chapitre 3 - réalisation

J'entends un bruit. Lointoin. Si proche. Où suis-je ?

J'ouvre les yeux pour les refermer aussitôt, aveuglée par la lumière blanche de la pièce. Après quelques instants, je retente l'expérience avec plus de délicatesse. Une fois habituée, j'observe mon environnement. Je suis dans une sorte d'infirmerie. Il a plusieurs lits. Plusieurs personnes. Percy...

Percy !

Je me relève d'un coup, ignorant la douleur qui vient me foudroyer le dos, et me précipite à son chevet. Il dort. Les cheveux décoiffés, le teint pâle. Je me pose des questions

Pourquoi suis-je là ?

Où sommes-nous ?

Que s'est-il passé ?

Et mes souvenirs reviennent. Ma tête me fait mal. Mes yeux me piquent. J'ai envie de pleurer, de crier. J'ai envie de tout détruire. Je voudrais que toute l'eau du monde noie ma peine, ma douleur et ceux qui l'ont causé.

Sans m'en rendre compte, je commence à condenser l'eau présente dans l'air autour de moi. Je ne perçois plus le monde qui m'entoure... jusqu'à ce qu'une main se pose sur la mienne. Je reprend brutalement pied avec la réalité pour voir mon frère me regarder, éveillé.

- calme toi Phonie.

- je... Oh Percy... Je ...

- chut...

Il s'assoit et me prend dans ses bras. Ma tête contre son torse, j'étends les battements de son cœur. Il me passe une main dans les cheveux et je le serre contre moi.

- je suis désolée... Tellement désolée...

- ce n'est pas ta faute...

- j'aurais dû la défendre... La protèger !

- on a fait ce que l'on a pu... Calme toi...

J'entends son coeur accélérer. Il va pleurer. Oui, je dois être forte. Je dois me calmer. Même si maman est... Maman est ... Je soupire intérieurement. Je n'ai pas la force de le dire, ni même de le penser... Je desserre mon étreinte pour prendre son visage entre mes mains.

- on ne doit pas abandonner.

- je sais...

- on dois toujours avancer.

- oui. Toujours.

- toujours.

Je pose mon front contre le sien. C'est fou comme sa présence m'apaise. Comme je me sens vivante et libérée de mes problème quand je suis avec lui...

Je sens une présence. Je me redresse et tourne la tête vers la porte. Celle-ci s'ouvre, laissant passer Grover et ses pattes de chèvre. Je ne sais pas pourquoi, mais il me fait pitié... Percy remarque également son ami, qui ne semble pas avoir vu que nous étions réveillés.

- Grover !

Il sursaute, relève la tête et accourt vers nous.

- vous êtes enfin réveillé !

- combien de temps avons nous dormis ?

- trois jours. Vous étiez tellement épuisé que vous vous êtes évanouis.

- je vois.

Il me fait pitié, avec sa mine penaude, son regard terne, se cernes et son teint gris. Mais je ne peux m'empêcher d'être méfiante à son égard. C'est lui qui est venu prévenir maman qu'il fallait partir. Comme si il était au courant de tout. Et puis, il est bizarre... Il a des pattes de chèvres.

- c'est normal, je suis un satyre.

Je relève la tête. J'ai pensé à voix haute... Je soupire et prend la parole.

- où sommes-nous ?

- à la colonie des Sang-Mélés. C'est un endroit où tout les gens comme vous se retrouve.

- comme nous ...?

- oui.

- que veux tu dire par là ?

Je le vois prendre un air plus sérieux, presque conspirateur.

- vous n'êtes pas des enfants comme les autres...

Merci de nous dire ce que l'on sait déjà.

- vous êtes capables de choses que vous n'imaginez même pas...

À mon avis, si. On l'imagine très bien.

- et vous êtes les enfants de personnes très spéciales.

Enfin quelque chose d'intéressant.

- vos parents, ou plutôt vôtre père, puisque votre mère est humaine, est un dieu.

Je le fixe. Je fixe Percy. Il me fixe. D'un tacite accord, on se tourne vers la chèvre et on dit d'une seule voix :

- qui ?

- je ne sais pas. Si votre père ne vous a pas reconnu officiellement, on ne peut que donner des suppositions.

- tch.

Je dois avouer que cette chèvre est très agaçante. Il nous donne l'entrée, des amuse-gueules, et l'orque l'on passe au plat principal, il nous coupe alors que l'on a encore faim.

A-t-on idée de donner les informations au goutte-à-goutte...? Je déteste ça. J'ai l'impression qu'on se joue de moi, qu'on ne me dit pas tout. Ça me donne envie de fouiner pour découvrir les secrets que l'on me cache.

Je remarque que Grover nous a servis deux verres d'un drôle de liquide ambré avant de nous les tendre.

- buvez, ça vous fera du bien.

- qu'es-ce que c'est ?

- de l'ambroisie. Le nectar des dieux.

Pourquoi ça ne m'étonne même pas. Je prend le verre et goutte du bout des lèvres.

- mojito...

- bonbons...

On se regarde, et on rit légèrement. Il y a pas à dire, nos goûts ne sont pas les mêmes, mais ils nous représentent bien.

Grover nous interromp pour nous dire que l'on doit aller vous le directeur de la colonie, un certain Mr. D.

Une fois prêts, nous nous dirigeons vers une sorte de maison chalet. Grover frappé à la porte et l'ouvre après qu'une voix grave le lui ai autorisé. L'intérieur est en bois de chêne, avec un beau tapis bleu. À la table centrale est assis un homme, légèrement bedonnant aillant l'air en colère, et M. Chiron, dans son fauteuil roulant.

Je me tourne vers Percy.

- tu vas encore me dire que je me fais des idées quand je dit que ce prof est bizarre... Où tu vas enfin accepter le fait que j'avais raison ?

- je suppose que je n'ai pas vraiment le choix...

Je souris, fière de lui avoir fait, enfin, rentrer dans la tête que cet handicapé n'est pas normal. Enfin, nous non plus quand on y pense... D'un autre côté, je n'ai jamais vraiment apprécié ce prof, ce qui pourrait expliquer pourquoi Percy avait quelques difficultés à croire en mon jugement...

M. Chiron fait un raclement de gorge, de sorte que mon frère et moi fixions notre attention sur lui avant de prendre appuis avec ses bras sur les bords de son fauteuil pour se relever.

Qu'on ne vienne plus jamais me dire que mes intuitions sont fausses.

J'ai eu juste sur celle là.

Ce mec n'est pas normal.

D'ailleurs, est-ce que c'est vraiment un être humain ?

Je ne me souviens pas avoir jamais rencontré un humain avec un corps de cheval...