Hello,

Première chose, je suis désolée. Désolée de cette longue attente. Vraiment.

J'ai traversé un petit passage à vide avec cette histoire. Je connais la destination depuis le début mais je n'étais plus convaincue par le chemin que j'allais prendre, ni par celui que j'avais pris. Bref, c'est beaucoup plus clair maintenant, mais pour ça j'ai dû me repencher sur les premiers chapitres déjà publiés. Je ressentais le besoin de les réécrire pour pouvoir continuer cette histoire. C'est donc ce que j'ai commencé à faire en parallèle. Je les éditerai sur FF quand je serai arrivée au bout. Si vous êtes curieux·euses ils sont déjà sur AO3 (même pseudo, même titre !)

Je vous remercie pour vos petits mots d'encouragement sur le chapitre précédent, vous n'avez pas idée d'à quel point ils sont importants, merci merci merci !

Je vous promets que cette histoire aura une fin, je ne l'abandonnerai pas ! Mais une chose est sûre, la prochaine fois, je ne publierai qu'une fois l'écriture terminée...

En attendant, remerciez TheWhiteQuill et DouceVelane, grâce à qui vous avez un chapitre aujourd'hui. Elles m'ont convaincue de le couper en deux. (En vrai, j'ai surtout perdu mon pari, mais remerciez les quand même !)

Bonne lecture :)


Kate : Merci pour ta review ! Tu le découvriras bientôt parce que je peux t'annoncer qu'il reste moins de chapitres que je n'ai de doigts sur une main :D (sauf si je les coupe tous en deux, ahah)

Elena : Merci de ta fidélité :D J'espère que celui-ci te plaira !

Nienna3478 : Merci pour ce compliment ! J'espère que ce nouveau chapitre te plaira autant :D


Chapitre 16 - Drago

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Vendredi 7 avril 2006 - Poudlard

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Drago ne savait pas qui des Serpentards ou des Gryffondors menaient au score. Il ne savait pas non plus depuis quand il avait cessé de répondre aux commentaires de Neville sur les techniques de jeu des deux équipes. Pourtant assis juste à côté de lui dans la tribune d'honneur, la voix de Londubat était lointaine, et la finale de Quidditch ayant lieu en cette fin d'après-midi, secondaire. Tous les joueurs pouvaient bien tomber de leurs balais et s'écraser un à un sur le sol, Drago ne s'en rendrait pas compte.

Un autre spectacle bien plus fascinant avait lieu juste sous ses yeux. Une danse. Une danse entre le vent et les cheveux d'Hermione.

Assis juste derrière elle, Drago voyait l'air s'engouffrer dans son épaisse chevelure, faisant valser tout autour d'elle chacune de ses boucles brunes. Une valse à laquelle Hermione tentait de mettre un terme en coinçant désespérément quelques mèches derrière ses oreilles. En vain, car immédiatement, le vent en entamait une nouvelle, encore plus fougueuse que la précédente.

Drago la vit se tourner vers Hannah. Avec le vacarme provenant des gradins et la voix du commentateur, Drago ne l'entendit pas parler, mais il devina que ces quelques mots ne concernaient en rien la finale de Quidditch. Étant la Directrice des Gryffondors, Hermione n'était là que par obligation et devait probablement espérer que le match se termine bientôt. Et depuis que ce putain de vent s'était levé, Drago l'espérait également.

L'une des boucles d'Hermione s'envola et s'emmêla dans ses cils. Elle la retira et la coinça une nouvelle fois derrière son oreille. Une autre se glissa sans attendre entre ses lèvres lorsqu'elle les entrouvrit pour parler à Hannah. Drago la regarda l'enlever, tout en s'imaginant le faire à sa place. Il connaissait cette sensation. Il s'en souvenait. Drago s'y accrochait depuis des mois. Depuis le feu d'artifice. Depuis qu'il avait de nouveau effleuré de ses doigts la soie de ses lèvres et le velours de sa peau.

Mais se souvenir de ces sensations ne suffisait plus. Drago voulait les vivre et les ressentir de nouveau. Et bien plus encore. Il voulait adorer chaque partie d'Hermione. Caresser de la pulpe de ses doigts le chemin imposé par les grains de beauté ornant sa peau. Embrasser du bout des lèvres toutes les parcelles de son corps. Dévorer son cou et se perdre en elle autant que dans les boucles de ses cheveux. Capturer ses lèvres. Les mordiller, les sucer, les lécher, jusqu'à la fin des temps. Ravir sa bouche. La ravir elle, pour ne plus jamais la relâcher.

Hermione était juste là. A quelques misérables centimètres de lui. Ses cheveux, son visage, ses lèvres... Elle était là. S'il se penchait légèrement, il pouvait presque...

Drago glissa ses mains dans ses poches et baissa la tête.

Voilà ce à quoi il était condamné. Envier le vent. N'être qu'un spectateur de cette danse. Condamné à observer Hermione. Condamné à la contempler, à la vénérer et à l'aimer, de loin et silencieusement.

Une véritable torture.

Malheureusement, Drago pouvait fuir Hermione du regard, il n'avait pas besoin de la voir pour que ce spectacle torturant ne continue. Chaque nouvelle bourrasque de vent agitant sa chevelure entrainait jusqu'à lui une effluve sucrée et familière. L'une des notes de son Amortentia. L'odeur que Drago choisirait, s'il en fallait une dernière.

A chaque nouvelle inspiration, cette odeur lui emplissait le nez et les poumons. Il la sentait s'incruster dans sa peau, dans son sang. Le parfum d'Hermione coulait jusque dans ses veines. Il s'insinuait si profondément en lui qu'il semblait pénétrer son âme. A la recherche, sûrement, du vide que sa propriétaire y avait laissé.

Drago ne pouvait pas la fuir, Hermione était présente jusque dans l'air.

Est-ce que l'un des attrapeurs pouvait trouver ce foutu Vif d'Or, qu'on en finisse ? Drago s'engageait à mettre un Optimal à celui qui le libérerait de ce putain de match. Gryffondor ou Serpentard, qu'importe, cela n'avait plus aucune importance.

Drago releva la tête et chercha les deux joueurs du regard. Il les trouva rapidement, flottant au centre du stade et scrutant les alentours à la recherche du Vif d'Or. Il fallait que l'un d'eux le trouve, il fallait que ce match se termine. Drago n'en pouvait plus. Il le sentait, il n'allait pas pouvoir résister plus longtemps.

Les poings serrés au fond de ses poches, une nouvelle bataille s'engageait.

Encore une qu'il ne gagnerait sûrement pas.

Drago luttait. Pas seulement aujourd'hui. Pas seulement en ce moment, non. Il luttait, jour et nuit, depuis des semaines. Depuis des années, en réalité. Drago luttait contre un adversaire sournois et impitoyable. Cet adversaire capable de lui débarrasser l'esprit de tout ce qu'il ne parvenait plus à supporter.

Mais à quoi bon ? Qu'est-ce que cette lutte incessante lui avait apporté, si ce n'était douleur et désespoir ? Epuisé, Drago en avait plus qu'assez de se battre. Alors, bataille après bataille, il perdait une guerre qu'il n'avait plus la force de mener.

La première d'entre elles avait été perdue lors du mariage de Neville et Hannah, il y a deux semaines.

Il y avait une limite à ce que Drago pouvait endurer et celle-ci avait été atteinte au début de la cérémonie. Lorsqu'il avait aperçu Hermione, debout, de l'autre côté de l'allée centrale. Son choix de robe devait être tout ce qu'il y avait de plus innocent. Elle n'avait probablement pas conscience de ce que cette couleur signifiait pour Drago. Comme pour tant d'autres choses, elle ne s'en rappelait certainement pas.

Vert sauge. Une teinte qu'il avait toujours trouvée fade et insignifiante, lui préférant l'audace d'un vert émeraude. Il lui avait pourtant suffit de voir cette couleur sur la peau d'Hermione, il y a six ans, pour qu'elle devienne sa favorite. Depuis, dès lors qu'il pensait à elle, c'était toujours vêtue de cette couleur qu'il l'imaginait.

Drago ignorait si cela avait été un effet de lumière ou un sordide tour de son esprit engendré par le simple fait de la voir de nouveau dans cette couleur, mais pendant un bref instant, il avait cru apercevoir dans l'ambre de ses yeux, ce regard qui le hantait depuis tout ce temps. Celui qui lui avait laissé croire qu'un futur auprès d'elle était possible.

Cela l'avait totalement submergé. Ravagé, plus exactement. Ce regard n'existait pas. N'existait plus ? Non, ce regard n'avait jamais existé. Il fallait qu'il cesse de se complaire dans ce souvenir qui n'était rien de plus qu'une fabrication de son esprit. Hermione ne l'avait jamais aimé et ne l'aimerait jamais. Il fallait qu'il l'accepte, même si son propre esprit cherchait désespérément à lui faire croire l'inverse.

Il était d'ailleurs assez paradoxal que celui-ci puisse le dévaster en lui faisant voir des choses n'ayant jamais réellement existé, mais que grâce à l'Occlumancie, ce même esprit puisse lui assurer un semblant de sérénité.

L'Occlumancie, cet adversaire sournois et impitoyable que Drago ne parvenait plus à tenir à distance.

Alors que Neville et Hannah s'apprêtaient à se promettre l'un à l'autre de s'aimer jusqu'à leur dernier souffle, Drago avait cessé de lutter. Pendant quelques minutes, il avait laissé l'Occlumancie reprendre ses droits sur lui, lui faisant ainsi oublier qui était la jeune femme habillée en vert sauge, de l'autre côté de l'allée.

En laissant se dresser autour de son esprit toutes ces barrières qu'il s'était refusées pendant tant d'années, Drago avait perdu la première bataille d'une longue série.

La suivante avait été perdue quelques jours plus tard, lors d'un repas dans la Grande-Salle. Les rires d'Hermione étaient parvenus jusqu'à lui, le prenant par surprise. Depuis ce jour, Drago n'y mangeait plus.

D'autres batailles avaient été perdues en Salle Professorale et de nombreuses risquaient de suivre si McGonagall s'obstinait à prévoir des réunions tous les deux jours.

Parfois, c'était la façon qu'avait Hermione de mordiller l'extrémité de sa plume lorsqu'elle écoutait attentivement ce qui se disait autour de la table. Parfois, c'était la manière qu'elle avait de détendre sa nuque lorsque la réunion trainait en longueur. Le plus souvent, c'était simplement son regard.

La dernière bataille perdue datait d'hier. Drago s'était accidentellement retrouvé dans le même couloir qu'Hermione, juste derrière elle. Étant avec Neville, il n'avait pas pu faire demi-tour. Alors, peut-être que cela avait été sa démarche et le mouvement de ses hanches ; ou alors, le nombre incalculable de souvenirs qu'il possédait d'elle dans cette même situation, et la dure réalité que cette fois-ci, lorsque Hermione arriverait au bout du couloir, elle ne se retournerait pas sur elle-même pour lui sourire. Mais après tout, l'avait-elle déjà fait ? Etait-ce déjà arrivé ou était-ce une autre création de son esprit ? Plus rien la concernant ne semblait réel.

Dans tous les cas, Hermione n'avait fait que marcher, mais c'était visiblement plus qu'il ne pouvait supporter.

Il était donc véritablement miraculeux que Drago parvienne encore à résister à l'appel de l'Occlumancie, alors qu'Hermione se trouvait assise juste en face de lui et que son parfum emplissait chaque putain de particule d'air.

Et finalement, comme si l'Univers avait pu sentir que Drago s'apprêtait à capituler, celui-ci décida de lui rendre toute résistance encore plus vaine.

« Oh, j'allais oublier ! » s'écria Hannah avec un tel enthousiasme que les encouragements de la foule ne suffirent pas à couvrir sa voix. Elle fouilla ses poches et en sortit un morceau de papier qu'elle tendit à Hermione. « Ted m'a demandé de te donner ça. Il m'a dit que tous ces chiffres allaient te parler. » fit-elle avant d'hausser les épaules. « Plus qu'à moi en tout cas. »

Ted. Ce bon vieux Ted. Combien de fois Drago s'était-il retenu de lui enfoncer une fourchette dans l'oeil pendant ce foutu repas ? Probablement plus de fois qu'il ne pourrait l'avouer. Tout ça à cause de Blaise. Jamais Drago n'aurait dû accepter de rester. Et en voyant qu'il partageait la même table qu'Hermione, il aurait dû se barrer de cette île sans attendre. Malheureusement, il était resté et avait pu découvrir qu'il y avait encore pire que d'être assis toute une soirée juste en face d'elle, sans pouvoir la regarder, ni lui parler. Bien pire. Assister aux multiples tentatives de drague de ce putain de Ted, par exemple.

Drago en avait quitté la table, ne supportant plus de voir la femme qu'il aimait lui échapper une nouvelle fois. Il savait ce qui allait arriver. Bien qu'incroyablement chiant, Ted était un type simple et gentil. Facile. Un putain de Weasley, en somme. Encore un à qui Hermione serait plus à même de laisser une chance. Encore un pour qui elle n'aurait pas besoin de se justifier auprès de ses proches. Et contrairement au véritable Weasley, celui-ci ne semblait pas assez stupide pour la laisser filer.

« C'est pour le contacter ? » demanda Hannah.

Drago vit Hermione acquiescer tout en glissant ce morceau de papier dans sa poche.

« Et... est-ce que tu vas le faire ? »

Merlin, Hannah, par pitié, tais-toi.

Hermione haussa légèrement les épaules et Drago vit ses lèvres s'articuler en un peut-être qui lui déchira le coeur. Encore un peu plus, si cela était encore possible.

« C'est un type super, tu sais. » lança Neville, toujours concentré sur le match et d'un ton manquant de naturel, comme s'il ne faisait que répéter ce que sa femme lui avait dicté. « Vous avez plein de choses en commun. »

Bordel, non. Neville, pas toi.

« Tu lui plais beaucoup. » reprit Hannah. Sa voix était douce, et pourtant, chaque mot que Drago parvenait à entendre devenait une fine lame lui tailladant les tympans. « Je ne t'aurais pas donné ce bout de papier si je ne pensais pas réellement qu'il puisse être digne de ton temps... Digne de toi. Ted est quelqu'un de bien et tu mérites quelqu'un de bien... » Hannah insista sur ces quelques mots, rappelant sans le savoir à Drago qu'il ne serait jamais cette personne. « Tu mérites d'être heureuse, Hermione. »

Oui.

Oui, elle le méritait. C'était tout ce que Drago lui avait toujours souhaité, quitte à sacrifier son propre bonheur au profit du sien. Avant cette nuit avec elle, Drago était prêt à garder ses sentiments pour lui, juste pour avoir l'opportunité de continuer à faire partie de sa vie. Il voulait qu'Hermione soit heureuse, plus qu'il ne voulait l'être lui.

Ton bonheur ne dépend pas du sien, seulement de toi. Qu'elle soit heureuse avec un autre ne signifie pas que tu ne le seras plus jamais, Drago.

Erin avait tort. Il ne s'était pas privé de le lui dire. Qu'elle soit parvenue à se remettre de sa propre rupture, aussi atroce soit-elle, ne signifiait pas que Drago y parviendrait un jour. Bordel, il n'avait même pas de rupture dont il pouvait se remettre. Il n'avait rien.

Alors qu'Hermione avait profité de sa soirée entourée de ses amis et de son potentiel futur-mari Ted, Drago avait passé la sienne à se morfondre sur l'épaule d'une parfaite inconnue. Pathétique.

Qui t'a brisé comme ça, Drago ?

Cette question, Erin lui l'avait posée alors qu'ils étaient à l'extérieur de la tente, à parler du Pérou. Brisé, elle n'aurait pas pu être plus précise. Drago était brisé, et il n'avait fallu à Erin qu'une conversation d'une vingtaine de minutes pour s'en apercevoir. Quel genre de désastre était-il devenu pour ne même plus parvenir à maintenir un semblant d'apparence, même le temps d'une soirée ?

Erin lui avait dit avoir reconnu ce regard qu'elle avait elle-même vu se refléter dans le miroir, durant les mois où elle tentait d'oublier son ex-copine. Son ex-future-femme, pour être exact. Erin avait été quittée juste devant l'autel et plaisantait sur le fait que si elle était parvenue à s'en remettre, Drago devrait pouvoir guérir de ses propres plaies.

Tu mérites d'être heureux, Drago. Fais tout ce que tu peux pour l'être.

Erin lui avait soufflé ces quelques mots juste avant de transplaner. Et c'était avec ces deux phrases en tête que Drago avait rejoint la cheminée de la longère. Deux phrases qui ne l'avaient pas quitté depuis.

Que pouvait-il faire pour être heureux ?

Boire chaque soir jusqu'à s'évanouir sur son canapé ne fonctionnait malheureusement pas. Fuir le pays avait partiellement atténué sa peine, mais cette solution devait attendre la fin de l'année scolaire.

Non, s'il y avait une chose qui pouvait le rendre heureux, ou du moins lui assurer un semblant de bonheur, c'était de continuer à enseigner. Erin lui avait dit que le bonheur ne dépendait pas forcément d'une personne. Elle était parvenue à retrouver le sien grâce à sa carrière. Drago pouvait faire de même.

Continuer à enseigner, donc. Loin de Poudlard. Loin d'Hermione.

En attendant, Drago devait tenter de survivre aux prochains mois. Quitte à fermer son esprit.

C'était ce que l'Occlumancie avait toujours été, après tout. Une question de survie. Survivre aux attaques pernicieuses de sa tante. Survivre à celles de Voldemort. Survivre à la peur, à la culpabilité.

Et maintenant, survivre à la présence d'Hermione. Survivre à ce parfum qui continuait d'envahir l'air tout autour de lui.

L'attrapeur des Serpentards vola juste au-dessus de la tribune, rappelant à Drago où il se trouvait. Le joueur poursuivait le Vif d'Or qu'il avait enfin repéré, mais le vent déviait sa course et rendait chacune de ses tentatives plus vaine les unes que les autres. Ce même vent qui continuait de faire danser les boucles d'Hermione. Drago la vit sortir sa baguette de sa poche et métamorphoser le foulard qu'elle portait autour du cou en un élastique à cheveux. Avec celui-ci, elle mit fin à cette danse et ramena son épaisse chevelure dans un chignon haut, offrant sa nuque aux yeux de Drago. Cette nuque qu'il rêvait de dévorer et clamer comme étant sienne.

Et juste comme ça, une nouvelle bataille fut perdue.

Drago rendit les armes et laissa les barrières de l'Occlumancie se dresser une à une autour de son esprit. Contrairement au mariage, il savait maintenant quelles pensées et surtout quels souvenirs taire. Il n'oubliait pas qui était Hermione, mais ce qu'elle était devenue pour lui et tout ce qui pouvait y être lié.

La bibliothèque devenait simplement ce lieu où il avait fuit le tumulte du château que toutes ses insomnies avaient rendu insupportable. La glycine devenait simplement le refuge où ses crises d'angoisse liées à sa mission s'étaient apaisées. Sa dernière année à Poudlard devenait celle où ses cauchemars avaient progressivement disparu, sans raison particulière.

Et Hermione redevenait Granger. Son ancienne camarade et collègue avec laquelle il entretenait de maigres relations, parce que... Et bien, parce qu'ils s'étaient haïs durant toute leur adolescence, et bien pire encore, et que le poids de ce passé ne leur permettrait jamais de devenir plus que ça.

L'esprit fermé, Drago put se concentrer sur le match. Il put répondre aux commentaires de Neville et lui faire remarquer à quel point le jeu des Gryffondors était désolant. Ce qui n'était pas le cas, mais en débattre avec Londubat était plaisant. Il put apprécier un magnifique double huit de la part du gardien des Serpentards et se lever rageusement de son siège lorsque l'un des batteurs des Gryffondors commit une faute qui passa inaperçue. Et à la nuit tombée, il put hurler de joie lorsque l'attrapeur des Serpentards se saisit enfin du Vif d'Or, remportant ainsi la finale de Quidditch.

« C'est pas possible. » souffla Neville en secouant la tête, son écharpe des Gryffondors dans les mains.

Dépité, il fixait le terrain où les élèves de la maison Serpentard étaient en liesse. Les autres gradins se vidaient peu à peu. Les Gryffondors les quittaient afin d'aller noyer leur peine dans leur Salle Commune, les Poufsouffles et les Serdaigles, afin d'y fêter le début des vacances de Pâques.

« Pourquoi est-ce que toutes les équipes que je supporte ne font que perdre ? » se lamenta Neville.

Hannah se retourna afin de poser une main compatissante sur le genou de son mari. Incapable de contenir sa joie, Drago se leva de son siège avec le sourire aux lèvres.

« Je n'ai pas ce problème avec les Faucons, ils ont été plutôt bons en Coupe d'Europe. Je n'ai pas non plus ce problème avec les Serpentards, comme tu peux le constater. » Drago fit une pause, feignant d'être en train de réfléchir à un réel conseil qu'il pourrait donner à Neville. « Est-ce que tu as déjà essayé de supporter de meilleures équipes ? » ajouta-t-il en glissant les mains dans ses poches.

Hannah essaya de cacher ses rires en portant sa seconde main devant sa bouche. Neville soupira mais un sourire amusé se dessina sur ses lèvres.

« Merlin, tu peux être un véritable enfoiré parfois. »

Granger se retourna aussitôt, son regard faisant plusieurs aller-retours entre Neville et lui.

Quoi, Granger ? Tu t'attends à ce que je lui saute à la gorge pour cet affront ?

« Un enfoiré victorieux, Neville. » lui répondit Drago, un sourire en coin.

Hannah éclata de rire, sans prendre la peine de le cacher cette fois-ci.

« D'ailleurs, si vous voulez bien m'excuser, je dois aller féliciter mes joueurs. »

Drago réajusta son écharpe des Serpentards et adressa un clin d'œil à Neville avant de rejoindre les escaliers, laissant Hannah le réconforter. Elle y était habituée puisqu'il s'obstinait à supporter le Club de Flaquemare, bien qu'ils n'aient pas été foutus d'engager un bon entraîneur en trois décennies.

Arrivé en bas des escaliers, lorsque ses propres pas résonnant sur les marches en bois s'arrêtèrent, d'autres continuèrent. Plus légers, mais plus rapides.

« Drago ? »

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- Vendredi 16 avril 1999 -

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Foutu.

Drago était foutu.

Ces dernières semaines, il s'était pourtant efforcé de l'ignorer.

Il avait commencé par essayer d'ignorer ces deux heures passées à observer Granger dessiner cette branche de glycine sur sa peau. Deux heures à détailler son visage. Deux heures à être hypnotisé par chaque froncement de sourcils et pincements de lèvres accompagnant les mouvements de sa plume.

Bien qu'il lui ait fait croire l'inverse, Drago n'avait pas fermé les yeux un seul instant.

Il avait ensuite essayé d'ignorer les multiples sorts de protection qu'il s'était évertué à lancer sur son avant-bras, espérant conserver ces quelques pétales de fleurs sur sa peau, et ainsi continuer le plus longtemps possible à sourire comme un abruti dès son réveil.

Et enfin, il avait essayé d'ignorer que voir ce dessin s'estomper et disparaître malgré tout l'avait profondément désespéré.

Il avait essayé. Sans grand succès. Mais après tout, qu'il y parvienne réellement n'y changerait rien. Le constat resterait le même.

Drago était foutu. Complément foutu.

Foutu, parce qu'il y a quelques minutes, son putain de cœur avait loupé un battement lorsqu'il l'avait vue franchir la porte de la Grande-Salle.

Foutu, parce que quelques secondes plus tard, ce même cœur s'était subitement arrêté lorsqu'il avait croisé son regard et qu'elle lui avait répondu d'un sourire.

Foutu, parce que depuis qu'elle s'était assise à la table des Gryffondors, tout ce que Drago pouvait faire, c'était la regarder. Et tout ce qu'il pouvait voir, c'était à quel point elle brillait.

Granger brillait. Non pas à cause des rayons de soleil matinaux traversant les fenêtres de la Grande-Salle et caressant la table des Gryffondors, Granger brillait de sa propre lumière. De cette lueur qu'elle avait probablement toujours possédée mais que Drago n'avait jamais été capable de distinguer, trop aveuglé par toute cette haine lui ayant été dictée pendant des années.

Parmi tant d'autres choses, Granger lui avait redonné la vue, et cette lumière qu'il voyait émaner d'elle était désormais ce qu'il y avait de plus évident, de plus certain.

Assis à la table des Serpentards, Drago mourait d'envie de rejoindre la sienne. De la rejoindre elle. Qu'importe le prix à payer. S'il le fallait, il était prêt à brûler son propre uniforme au beau milieu de la Grande-Salle.

« Qu'est-ce que t'attends ? »

Les yeux de Drago s'arrachèrent à la Gryffondor pour rencontrer ceux de Blaise. Assis en face de lui, ce dernier mâchait un morceau de scone, un léger sourire au coin des lèvres.

« T'as peut-être besoin que je te montre comment faire ? »

Drago se retint de regarder de nouveau vers Granger. « De quoi tu parles ? » demanda-t-il, sur la défensive.

Le sourire de Blaise ne fit que s'élargir. « Ta fourchette. » lança-t-il en la désignant du menton.

Drago baissa la tête vers celle-ci. Il la tenait dans sa main gauche, figée à quelques centimètres de son assiette. Il s'apprêtait en effet à entamer sa salade de fruits lorsque Granger était apparue dans la Grande-Salle.

Il releva la tête vers Blaise qui tenait maintenant sa propre fourchette devant lui.

« Alors comme tu peux le voir, commença le brun d'un ton professoral. Cet outil hautement ingénieux possède quatre longues dents. » Blaise enfonça son index dans chacune d'elles. « Ces dents servent à attraper les aliments afin de faciliter leur trajet jusqu'à ta cavité buccale... Attention, démonstration. » Il approcha lentement sa fourchette de l'assiette de Drago et d'un air ébahi, piqua un bout de mangue. « Je te l'accorde, c'est une invention des plus fascinantes. Ça peut surprendre la première fois. » Il leva le morceau de fruit et l'approcha du visage de Drago, jusqu'à quasiment le lui coller aux lèvres. « Tu penses pouvoir y arriver tout seul ou tu veux que je continue ? »

Drago se recula et, d'un geste sec, écarta la fourchette de Blaise de son visage. « Si j'utilise la mienne, ce ne sera pas pour embrocher un morceau de fruit, je te préviens. »

Drago entendit quelques gloussements à sa gauche. La démonstration de Blaise n'avait pas échappé aux deux filles de 2ème ou 3ème année assises près d'eux. Blaise leur adressa un clin d'œil et goba lui même le morceau de mangue. Elles gloussèrent de plus belle, mais lorsqu'elles croisèrent le regard de Drago, leurs rires s'évanouirent et elles baissèrent la tête vers leur petit-déjeuner.

Depuis le début de l'année, les messes-basses et regards en coin s'étaient dissipés. Ou peut-être que Drago avait simplement appris à ne plus y faire attention.

Il se tourna de nouveau vers Blaise. Celui-ci le fixait, un sourire narquois sur les lèvres. « Je te demanderai bien ce qui t'absorbe de nouveau ce matin, glissa-t-il tout en attrapant un deuxième scone. Mais j'imagine que c'est toujours ta sorcière.

— Fais moi plaisir, grogna froidement Drago. Ferme-la. »

Drago baissa la tête et empala trois morceaux de fruits avec sa fourchette. Malheureusement le grincement de celle-ci contre la porcelaine de son assiette ne suffit pas à couvrir ce qu'il marmonna entre ses dents :

« Et Granger n'est pas ma sorcière. »

Blaise éclata de rire.

« Si tu continues de l'appeler Granger, elle ne risque pas de le devenir. »

Drago releva la tête, ses yeux transperçant Blaise. « Je l'ai toujours appelée comme ça. Question d'habitude. »

Blaise accueillit cette excuse d'une moue signifiant qu'il la trouvait acceptable ; mais le sourire ambigu qui fendit son visage juste après indiqua tout autre chose. Drago sût immédiatement que ce qui allait suivre ne lui plairait pas, et les quelques mots que Blaise glissa innocemment le lui confirmèrent :

« La nuit, ça fait longtemps que t'es passé au prénom. »

Devant l'air satisfait qu'arbora Zabini, Drago contempla l'idée de mettre ses menaces à exécution en lui enfonçant sa fourchette dans l'oeil droit. Puis le gauche. Et le droit, de nouveau. A la place, il se contenta de resserrer ses doigts autour du manche en métal et répéta à voix basse, « La nuit ? »

Blaise acquiesça d'un hochement de tête. « Je me souviens t'avoir dit que je t'entendais quand tu faisais tous ces cauchemars... Il faut croire que j'entends aussi les rêves. » Blaise se pencha au-dessus de la table et ajouta, le sourire aux lèvres : « Et crois-moi, dans tes rêves, son prénom ne te dérange pas. »

La fourchette de Drago se figea une nouvelle fois à quelques centimètres de son assiette.

Bordel, était-il foutu à ce point- ? Foutu au point que Granger arpentait maintenant ses nuits et habitait ses rêves ?

Et le pire dans tout ça ? Après des mois de sommeil dérobés par d'innombrables cauchemars, Drago ne se souvenait même pas avoir rêvé d'elle. Quel gâchis.

« Alors oui, reprit Blaise en se redressant, son scone toujours à la main. Je pense qu'il est temps de laisser tomber les vieilles habitudes. C'est ce qu'elle a fait, non ? »

Drago l'interrogea du regard.

« Je l'ai entendue une fois en Arithmancie... Elle ne t'appelle plus Malefoy depuis un moment. »

Blaise déchira un morceau de son scone et le glissa victorieusement dans sa bouche. Drago resserra sa mâchoire et abandonna sa fourchette en même temps que l'idée de manger cette salade de fruits.

« Et alors ? demanda-t-il sèchement.

Et alors, répéta Blaise. On a enfin la confirmation qu'elle est bien plus intelligente que toi... Non pas que j'en doutais. »

Blaise tourna la tête et, par-dessus son épaule, observa la table des Gryffondors. Drago suivit son regard. Entre les cheveux de la soeur Weasley et ceux d'Eden qui venait de les rejoindre, il parvenait encore à apercevoir son visage.

Elle brillait toujours autant.

« Je me demande bien de quoi elle rêve la nuit, lança Blaise. Ou, de qui elle rêve. » Se tournant de nouveau vers Drago, il ajouta d'un ton faussement innocent, « Pas toi ? »

Si. Putain, bien sûr que si.

« Non. » fit Drago, sa voix claquant l'air avec force. « Absolument pas. »

Il était foutu, certes, mais il pouvait toujours continuer de l'ignorer. En faire part à Blaise n'était en aucun cas l'ignorer.

Zabini était en plus particulièrement mal-placé pour lui donner le moindre conseil sur le sujet. Il ne lui avait toujours pas parlé de Lovegood et continuait d'accumuler les excuses foireuses concernant ses nombreuses disparitions. Des disparitions que Drago ne lui demandait pourtant pas de justifier, car même s'il reposait sur un non-dit, leur arrangement était simple : Drago respectait le silence de Blaise, du moment que Blaise respectait le sien.

Malheureusement, depuis deux semaines, Blaise semblait vouloir mettre un terme à cet arrangement en transformant chaque petit-déjeuner en une séance d'interrogatoire. Si les premiers jours, Drago avait gardé son flegme et éludé les questions de Blaise avec calme et sang-froid, ce n'était désormais plus le cas.

Dans un heureux hasard, ce fut à ce moment-là que la Serdaigle entra dans la Grande Salle. Drago remarqua tout de suite l'écharpe des Gryffondors autour de son cou. Sa manière de montrer son soutien à cette maison pour la finale de Quidditch ayant lieu cet après-midi. Cependant, à mesure que Luna approcha de la table des Rouge et Or, Drago put s'apercevoir que l'allégeance de la jeune fille n'était pas uniquement réservée aux Gryffondors, mais également à l'équipe adverse.

Sa chevelure blonde était relevée à l'aide d'une délicate épingle argentée en forme de serpent.

Une épingle à cheveux japonaise d'une longueur quasiment identique à celle du mystérieux paquet que Blaise avait fait tombé de son sac il y a quelques semaines. Celui qu'il réservait soi-disant à sa mère mais que Drago avait aperçu quelques jours plus tard, au détour d'un couloir, dans les mains de Luna.

Un autre heureux hasard, mais surtout, une douce vengeance.

Un sourire railleur naquit sur les lèvres de Drago. « Je vois que le cadeau lui a plu. » lança-t-il.

Blaise cessa de mâcher son scone et fronça les sourcils. Suivant le regard de Drago, il se retourna et observa à son tour Luna prendre place à la table des Gryffondors, à la droite de Granger.

« Offrir un serpent à une Serdaigle, continua Drago. C'est audacieux. »

Sans un mot, Blaise se tourna de nouveau vers lui et recommença à mâcher son scone, un sourire sur les lèvres. Un sourire particulier que Drago n'avait jamais vu habiller le visage de Blaise, mais qu'il connaissait tout de même très bien. Derrière les rideaux de son lit, à l'abri des regards, c'était celui qu'il s'était autorisé à avoir chaque matin, ces quatre dernières semaines. Jusqu'à ce que cette branche de glycine ne disparaisse tragiquement de son bras, laissant de nouveau place à cette cicatrice.

Blaise aussi, avait l'air d'un abruti.

Pour autant, cela n'empêcha pas Drago de continuer à le provoquer. Il supportait ses sous-entendus et questions depuis des jours. A son tour.

« Est-ce qu'en retour, ta sorcière t'a offert quelque chose ? demanda Drago d'une voix trainante. Une chevalière en forme d'aigle peut-être ? »

Blaise expira un rire et secoua la tête. « Non. »

Drago attrapa sa tasse de thé. « Non ? Rien du tout ? Vraiment ? » fit-il d'un ton surpris, avant de porter la porcelaine à ses lèvres.

Blaise secoua de nouveau la tête. « Pas besoin. Je suis déjà tout à elle. »

Drago avala de travers. Sa gorgée de thé, ou les mots de Blaise, il n'était pas certain. Il reposa sa tasse avec fracas, récoltant quelques regards surpris des derniers Serpentards encore attablés. Zabini ignora son quasi-étouffement et préféra l'achever en continuant de parler :

« Elle déteste ce terme, évidemment. Mais je n'ai pas trouvé plus précis. Je suis à elle. » articula-t-il en accentuant chacun de ses mots. Il se tourna de nouveau vers la table des Gryffondors et ajouta, « ... et j'aime croire qu'elle est à moi. »

Luna sentit probablement le regard de Blaise se poser sur elle, car elle releva immédiatement la tête vers lui. Drago ne pensait pas ça possible, mais ses yeux bleus déjà immenses s'agrandirent encore un peu plus dès l'instant où ils croisèrent ceux de Blaise. La seconde d'après, elle se mit à lui sourire comme s'il était la seule personne dans la salle.

Et à ce moment-là, il était évident que pour Blaise, Luna brillait.

Drago se racla la gorge, attirant de nouveau l'attention du brun. « Quand est-ce que tu comptais m'en parler ? »

Blaise haussa les épaules. « Le jour où tu te déciderais à me poser la question. Donc aujourd'hui, visiblement. T'en auras mis du temps.

— Désolé d'avoir un tant soit peu de respect pour ta vie privée. » siffla Drago.

Blaise leva les yeux au ciel. « C'est des conneries ça. Je pensais respecter la tienne. Au final, je t'ai juste aidé à t'enfoncer dans le déni.

— Putain, mais tu me les brises, Blaise. » Drago sentit de nouveau quelques regards se poser sur lui. Il les ignora, se pencha au-dessus de la table et continua à voix basse, « Je ne suis pas dans le déni. »

Du moins, plus dans le déni. Et c'était justement ça le problème. Drago était foutu, et il en était maintenant pleinement conscient.

« Donc... Luna et toi, vous êtes ensemble ? »

Blaise acquiesça. Le regard de Drago se posa de nouveau sur la table des Gryffondors. Luna se servait une cuillère de porridge, écoutant avec attention la soeur Weasley décrire ce qui, au vu de ses gestes, semblait être des techniques de Quidditch. Drago avait entendu dire que des recruteurs allaient être dans les gradins. A quelques heures du match, l'attrapeuse n'avait probablement que ça en tête. En face d'elle, Granger l'écoutait avec la même attention, bien que le sujet soit pour elle des plus inintéressants.

Elle détestait le Quidditch, Drago le savait. Malgré ça, elle pouvait écouter son amie en parler pendant des heures. Granger était comme ça. Elle était ce genre de personne, ce genre d'amie. De petite-amie, sûrement.

Le genre à qui l'on écrit.

Le genre que l'on ne cache pas.

Si Drago soupçonnait depuis plusieurs semaines qu'il se passait quelque chose entre Blaise et Luna, il était certain d'être le seul.

Tout le monde l'ignorait.

« Je sais très bien de quoi ça a l'air. »

Les yeux de Drago abandonnèrent une nouvelle fois la table des Gryffondors.

Blaise le fixait, l'œil assombri.

« Mais tu te trompes. Je n'ai pas honte d'elle. Ni de ce que je ressens pour elle. C'est juste que... Je veux qu'on profite du calme avant la tempête. »

La tempête.

Drago hocha la tête. « Ta mère. »

Ce n'était pas une question, Drago connaissait particulièrement bien la tempête dont parlait Blaise.

Ce dernier acquiesça. « Oui, ma mère. Ce putain d'ouragan. »

Bianca Zabini gravitant dans les mêmes cercles que ses parents, Drago l'avait rencontrée plus d'une fois. Une femme charmante. Et les six ou sept hommes – Drago avait perdu le compte – qu'elle avait épousés ces quinze dernières années ne pouvaient plus dire le contraire. Elle s'en était assurée. Bien que le Magenmagot n'ait jamais pu le prouver.

Blaise soupira et écrasa son dernier scone dans son assiette, le transformant en un vulgaire tas de miettes.

« Dès qu'on l'annoncera, même si c'est ici, elle l'apprendra. Et tu connais ma mère, tu sais comme elle est. "L'amour n'existe pas sans intérêt, Blaise". J'ai entendu cette devise de merde toute ma vie. Et j'y ai cru, bon sang. J'y ai cru... » Blaise secoua la tête, comme si cette époque lui semblait si surréaliste qu'il ne parvenait même plus à s'en rappeler. « Luna m'a permis d'ouvrir les yeux et je refuse d'entendre ma mère m'expliquer qu'elle n'a rien à m'apporter. Je refuse de l'entendre me parler d'argent. Et surtout, je refuse de l'entendre me dire que Luna ne fera jamais une bonne épouse. »

Drago se figea, essayant de se rappeler si Blaise avait un jour évoquer le fait de se marier. Il était presque certain de l'avoir entendu parler du mariage comme d'une putain de blague et d'une absurdité sans nom après le cinquième mari de sa mère.

« Une... épouse ? » répéta Drago.

Blaise poussa son assiette de scones sur sa gauche, libérant un espace pour ses bras qu'il reposa sur la table. Il se pencha et planta son regard dans celui de Drago. Un regard déterminé. Résolu.

« Drago, cette fille je vais l'épouser. »

Foutu.

Blaise était foutu. Complètement foutu.

.

.

.

Le reste de la journée ne fut qu'une succession de petites choses rappelant à Drago qu'il l'était tout autant que Blaise.

Quand Granger entra dans la salle d'Etude de Runes et vint s'assoir près de lui, il se surprit à se pencher légèrement vers elle pour sentir son parfum.

Quand elle lui proposa de la rejoindre sous la glycine avant le début du match de Quidditch, il accepta trop rapidement et avec un enthousiasme qu'il regretta immédiatement.

Quand ils se séparèrent à la fin du cours et que Drago l'observa remonter le couloir, son regard s'attarda bien trop longuement sur l'ourlet de sa jupe d'uniforme, ondulant autour de ses cuisses.

Et quand il approcha de la glycine et qu'il l'aperçut assise contre le tronc, perdue dans un livre, la sensation lui emplissant la poitrine le poussa à se demander si les mots de Blaise ne pouvaient pas tout aussi bien s'appliquer à lui.

Je suis à elle.

« Qu'est-ce que tu lis ? » lui demanda-t-il une fois arrivé à sa hauteur.

Ne l'ayant visiblement pas entendu approcher, Granger sursauta et laissa tomber son livre qui se referma sur ses cuisses.

Drago en observa la couverture. Jaune pâle. Ornée d'un Hermione en lettres cursives dorées.

Elle releva la tête et posa les yeux sur lui. Immédiatement, Drago vit les commissures de ses lèvres se retrousser en un sourire qui, il en était certain, pouvait faire naitre des étoiles au coeur de la plus sombre des nuits.

Et comme à chaque fois, Drago se demanda ce qu'il avait bien pu faire pour mériter qu'elle lui accorde un tel sourire. Un tel privilège.

Absolument rien.

« Rien, lui répondit-elle. C'est... Un album photo. »

Drago esquissa un sourire à son tour. « Je peux ? » demanda-t-il en désignant l'album d'un geste de la main.

Granger acquiesça et se décala légèrement vers la droite pour lui permettre de s'assoir à ses côtés. Merlin, il n'en demandait pas tant, mais au moins, il n'allait pas avoir besoin d'inventer une quelconque excuse bidon afin de se rapprocher d'elle.

Une chose de plus qu'il avait tenté d'ignorer ces dernières semaines. Depuis qu'elle s'était jetée dans ses bras et qu'il avait pu y sentir s'y dessiner chacune des courbes de son corps, Drago n'attendait qu'une chose ; que cela se reproduise.

Malheureusement, il n'était pas à ses côtés au moment où elle avait enfin reçu la lettre de Ste-Mangouste lui annonçant qu'une rencontre avec ses parents était possible. A son plus grand regret, il avait dû la regarder, depuis l'autre côté de la Grande-Salle, sauter dans les bras de la soeur Weasley.

En y réfléchissant, c'était peut-être tout aussi préférable. Si cela se reproduisait, si Granger se retrouvait de nouveau dans ses bras, si Drago laissait une nouvelle fois ses doigts se perdre dans ses cheveux, il n'était pas certain de parvenir à la lâcher.

Drago se laissa tomber à ses côtés, son épaule droite reposant contre celle de la Gryffondor. Malgré leurs pulls respectifs, il pouvait sentir la chaleur de sa peau irradier la sienne. L'odeur florale de la glycine volant tout autour de lui se mélangea aux effluves sucrées de ce parfum s'échappant de ses boucles brunes. Ce parfum ayant imprégné son pull durant les quelques minutes où il l'avait tenue dans ses bras.

Ce parfum que Drago cherchait maintenant inconsciemment dans chaque pièce du château.

« Tu n'as pas le droit de te moquer, le prévint-elle en lui tendant l'album photo.

— Ça, je ne peux pas te le promettre... lança-t-il en l'attrapant, un sourire en coin. Mais je peux toujours essayer de le faire le plus discrètement possible. »

Granger leva les yeux au ciel mais laissa l'album lui glisser des doigts. Drago le posa sur ses jambes et en ouvrit la couverture, dévoilant une première photo. Celle d'une jeune femme d'une vingtaine d'années, assise dans un fauteuil, le visage baissé vers le nourrisson qu'elle tenait dans ses bras. Drago observa la photo quelques secondes, avant de réaliser que cette femme ne relèverait pas la tête vers l'objectif pour lui permettre de découvrir son visage. L'inconvénient des photos moldues.

Drago tourna la page, dévoilant un autre cliché tout aussi figé, pris le même jour que le précédent. Cette fois, la jeune femme n'était plus seule. Un jeune homme se tenait à ses côtés. Tous deux fixaient l'objectif, le sourire aux lèvres.

Drago releva la tête vers Granger, mais il aurait tout aussi bien pu continuer d'observer cette photo. C'était troublant.

« Tu ressembles à ta mère.

— Il parait, sourit-elle, son regard ne quittant pas le cliché. Sauf pour...

— Tes yeux. »

Granger releva la tête, plongeant son regard dans le sien. Un regard ambré, avec une touche dorée à l'iris droite. Les yeux de son père, s'il fallait en croire cette photo.

« Oui, j'ai... J'ai les yeux de mon père. » souffla-t-elle.

Une confirmation inutile. Drago le voyait bien. Il était en train de s'y noyer. Comment avait-il pu un jour penser que ses yeux étaient marron ?

Je suis à elle.

Les mots de Blaise se rappelèrent à lui mais furent suivis d'une autre voix. La sienne, cette fois.

Mais elle n'est pas à moi.

Leurs visages étaient si proches l'un de l'autre que Drago pouvait sentir s'échouer sur sa peau chaque souffle s'échappant de sa bouche.

Sa bouche.

Drago ne put s'empêcher de la regarder. Ses yeux quittèrent l'ambre des siens pour tomber quelques centimètres plus bas.

Ses lèvres étaient roses et pleines de promesses.

Avant que Drago ne fasse quelque chose de stupide et d'irréparable, il détourna le regard, dirigeant son attention sur une nouvelle photo de l'album.

Ses parents et elle, quelques mois plus tard, sur le perron d'une maison de ville londonienne de style victorien. Aux murs blancs et à la porte bleue.

« Elle a été prise le jour où mes parents l'ont achetée. » l'entendit-elle dire.

Drago tourna les pages de l'album, faisant défiler les années au fur-et-à-mesure des clichés. Pourtant figées, il n'avait jamais vu des photographies aussi vivantes. Il n'y avait pas de sourire pincé ou de menton relevé fièrement, pas de main posée froidement sur une épaule comme seul contact physique. Non, chaque sourire, regard et geste capturé par l'objectif des Granger ne montrait qu'un amour criant et une affection déconcertante.

Drago l'écouta avec attention commenter chaque photo. Les anniversaires se succédèrent et Granger passa de nourrisson à enfant. Ses boucles indomptables apparurent avant même qu'elle ne fasse ses premier pas. Ses longues dents depuis longtemps raccourcies commencèrent à apparaitre à l'âge de cinq ans. Au fil des années, ses parents vieillirent quelque peu, mais la maison, elle, resta la même.

« Cette maison, vous l'avez encore ? lui demanda-t-il.

— Oui. Quand je les ai... Quand mes parents sont partis en Australie, j'ai réussi à faire en sorte qu'ils la gardent. Si jamais... » Sa voix s'éteignit et Drago l'entendit soupirer. « Si jamais ils rentraient un jour. »

Il releva la tête vers elle et trouva les traits de son visage déformés par cette culpabilité qu'il connaissait si bien et qu'elle ne pouvait s'empêcher de ressentir. « Granger, il faut que tu arrêtes de t'en vouloir. Ils vont rentrer. Ça y'est.

— Je sais, murmura-t-elle, un sourire hésitant sur les lèvres. Je sais. »

Drago tourna une nouvelle page de l'album, découvrant une série de photos prises dans leur cuisine. Au milieu de celle-ci, se tenait son père, le visage recouvert de ce qui ressemblait à du chocolat noir fondu.

« Je vois que ton père est un excellent cuisinier. »

Granger éclata de rire, la tête penchée en arrière.

Drago n'était pas certain d'avoir déjà entendu un son aussi mélodieux que celui-ci. Pas même venant du piano de sa mère.

La Gryffondor baissa de nouveau la tête, mais son rire continua de combler le maigre espace les séparant.

L'ambre de ses yeux brillait tout autant qu'elle.

Aussi près d'elle, à la regarder et à l'écouter rire ainsi, Drago réalisa qu'elle faisait plus que briller. Que cette lumière qu'il voyait maintenant jaillir d'elle était plus qu'une simple lueur. Cette lumière donnait vie à tout ce qu'elle touchait. Lui y compris.

Le soleil. Elle était devenue ce soleil que Drago ne pensait plus jamais revoir. Cet astre qu'il croyait avoir perdu à tout jamais.

Drago s'était pourtant fait une raison et avait accepté cette obscurité il y a bien longtemps. Il savait qu'il ne méritait plus la lumière après avoir été trop lâche pour quitter l'ombre.

Il savait qu'il ne méritait pas sa lumière.

Je suis à elle. Mais elle n'est pas à moi.

L'espace d'un instant, pourtant, Drago s'autorisa à imaginer ce que cela pourrait être de l'appeler sienne. De saisir l'une de ses mains reposant sur ses cuisses et de l'attirer jusque dans ses bras, pour cette fois, faire beaucoup plus qu'enrouler ses doigts dans les boucles de ses cheveux.

« Mon père te dirait probablement que le problème ne venait pas de lui, mais du batteur électrique. » glissa-t-elle une fois ses rires dissipés, le doigt pointé sur l'objet que son père tenait dans la main droite.

Drago reprit ses esprits et se racla la gorge. « C'est là-bas que tu vas rester pendant les deux semaines de vacances ? »

Granger acquiesça. « Ce ne sera plus aussi dure d'y retourner en sachant que mes parents y vivront de nouveau d'ici peu. »

Drago réprima le sourire cherchant à poindre sur ses lèvres. Toujours pas de Terrier, donc. Ce qui signifiait certainement que Weasley n'avait pas retrouvé sa plume.

Une lettre, c'était la seule chose qu'elle attendait.

Je ne pensais pas que ce serait aussi compliqué. D'aimer.

Aimer. C'était le mot qu'elle avait utilisé. Elle l'aimait. Drago le savait déjà mais l'entendre était autre chose. Granger était amoureuse de Weasley. Elle était déjà sienne et n'avait besoin que d'une simple lettre pour le rester. Une putain de lettre.

Quel abruti.

« Est-ce que tu es prêt pour demain ? »

Drago tourna la tête vers la Gryffondor et soupira. Sa malle était prête, oui. Est-ce que lui l'était ? Pas particulièrement. Il acquiesça tout de même et tourna une page de l'album.

« Je suis certaine que ta mère sera heureuse de te voir. » ajouta-t-elle.

Drago expira un rire. « Sans doute. »

Elle ne lui l'avait pas explicitement demandé dans sa dernière lettre, mais Drago savait lire entre les lignes. Il n'avait pas le choix et devait rentrer au Manoir pour les vacances. Le procès de Narcissa débutant dans quelques semaines, Drago savait qu'elle avait besoin de lui. Notamment parce que son père risquait de ne pas ressortir libre du sien.

Sentant que Granger n'allait pas tarder à évoquer ce sujet, Drago préféra en changer. Et pour cela, il n'eut visiblement qu'à tourner la page de l'album.

« Non, pas celle-là ! » s'écria-t-elle en tentant de lui l'arracher des mains.

Drago l'éloigna d'elle en le tenant à bout de bras dans les airs. Granger essaya de l'attraper mais il l'en empêcha en la repoussant de sa main libre. Elle se redressa, gagnant quelques centimètres en se mettant sur les genoux, mais lorsque ses mains approchèrent de l'album, Drago replia le bras et le cacha entre son dos et le tronc de la glycine.

« Tu sais que tu repousses juste l'inévitable ? » s'amusa-t-il.

Avant qu'il n'ait le temps de le réaliser, Granger se jeta sur lui. Drago sentit le genoux droit de la Gryffondor se loger entre ses cuisses, dangereusement près de son entrejambe. Tentant désespérément d'atteindre l'album, elle se pencha davantage afin de glisser ses bras derrière le dos du Serpentard, pressant par inadvertance sa cuisse contre son entrejambe, et sa poitrine contre son visage.

Plongé dans le noir, Drago pouvait à peine respirer. Mais à cet instant précis, la seule chose à laquelle il pouvait songer était à quel point il serait agréable de mourir de cette façon.

Perdu dans sa poitrine, sa cuisse effleurant son sexe.

Drago le sentit tressaillir.

Foutu. Foutu. Foutu.

Granger se figea. Les mouvements de sa respiration qu'il sentait jusqu'alors caresser son visage cessèrent ; et avant qu'il ne parvienne à savoir à qui appartenaient réellement les battements de coeur résonnant jusqu'à lui, elle s'éloigna brusquement. Drago retrouva la lumière et regarda Granger s'assoir de nouveau à ses côtés.

Un peu plus loin qu'avant. Les joues enflammées.

Il l'observa croiser plusieurs fois les jambes, dans un sens, puis dans l'autre, avant de finir par ramener ses genoux contre sa poitrine. Elle posa son menton sur ces derniers, le regard fixé sur l'horizon.

Elle était mortifiée.

Drago savait qu'elle ne pouvait pas avoir senti ce qu'elle venait de provoquer en lui, mais même sans ça, ce contact avait été bien trop intime. Et cette intimité ne lui était pas destinée. Elle était réservée à cet abruti de Weasley incapable d'écrire une lettre.

Drago sortit l'album de derrière son dos et le lui tendit. « Tiens. »

Les joues encore rosies, Granger tourna la tête vers lui. Et alors que ses yeux ambrés allaient et venaient entre l'acier des siens et l'album-photo qu'il tenait entre ses mains, Drago réalisa qu'il y avait encore plus exaltant que la faire sortir de ses gonds.

La surprendre.

« Tu ne veux pas que je vois cette photo, alors tiens. »

Granger fronça les sourcils, la bouche légèrement entrouverte. Elle regarda une dernière fois l'album qu'il lui tendait, un peu plus longuement, puis planta ses yeux dans les siens.

« Si j'entends la moindre remarque, tu le regretteras. » glissa-t-elle avant de tourner la tête et de reposer son menton sur ses genoux.

Drago sentit l'un des coins de sa bouche se retrousser. Il était forcé d'admettre que l'offre était intrigante. Surtout si celle-ci contenait une nouvelle tentative d'asphyxie.

Il posa l'album sur ses jambes et fit défiler les photographies jusqu'à celle que Granger refusait de lui montrer il y a encore un instant.

Une nouvelle fois, le cliché était immobile et pourtant, incroyablement vivant. Granger devait avoir dans les six ans. D'après la porte bleue apparaissant dans l'un des coins de l'image, elle se trouvait en face de sa maison, à quelques pas du perron. Tous les cerisiers bordant la rue étant en fleurs, cette photo devait sûrement avoir été prise au printemps.

Debout sur le trottoir, elle se tenait juste à côté d'un vélo rouge gisant sur le bitume. La lanière de son casque dans une main, elle essuyait de l'autre les larmes dévalant ses joues. Un filet de morve dégoulinait de son nez. Son coude et genou droit étaient couverts de sang et, la bouche grande ouverte, elle hurlait de douleur.

Granger était tombée de vélo.

Et Merlin, qu'il avait envie d'en rire. Mais n'ayant absolument jamais toucher un vélo de sa vie, Drago préféra se mordre la langue et ravaler ses rires. Ce qui n'échappa pas à la Gryffondor qui lui lança un regard noir. Drago leva les mains, les paumes dirigées vers elle, dans un geste plaidant l'innocence.

Granger leva les yeux au ciel, mais esquissa ensuite un sourire. « Elle a été prise le jour où mes parents ont retiré les petites roues de mon vélo. » Les jambes toujours pliées, elle abaissa la chaussette recouvrant son genou droit, dévoilant ainsi une légère trace sur sa rotule. « Au péril de ma vie, comme l'atteste cette cicatrice. »

Drago l'observa la parcourir distraitement avec son index et son majeur, effectuant de petites pressions du bout des doigts.

Exactement ce qu'elle avait fait avec sa propre cicatrice, lorsqu'elle s'était inquiétée de savoir si l'extrémité de sa plume lui serait douloureuse. Elle était tellement loin de la réalité. Cette cicatrice ne lui avait jamais fait autant de bien que pendant les quelques secondes où la pulpe de ses doigts l'avait effleurée.

La Gryffondor replaça sa chaussette sur son genou, rappelant Drago à lui-même.

« Je suis persuadé que cette chute était extrêmement douloureuse. » glissa-t-il d'un ton taquin.

Granger tourna la tête vers lui, les sourcils froncés et l'air révolté. « Mais je ne pleurais pas parce que j'avais mal, s'exclama-t-elle. Je pleurais parce que mes parents ne voulaient pas que je remonte dessus ! »

Drago secoua la tête, un sourire amusé sur les lèvres. « Foutue Gryffondor. »

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« Foutus Gryffondors. »

Lorsque Drago avait prononcé ces deux mots quelques heures plus tôt, il n'avait pas prévu que, le soir venu, ces derniers soient sur les lèvres de tous les Serpentards.

Assis à la droite de Blaise dans l'un des canapés de la Salle commune, Drago entendait ce Foutus Gryffondors résonner tout autour de lui.

A vrai dire, à part le bruit de ses doigts pianotant l'accoudoir du canapé, c'était tout ce qu'il entendait. A l'instar de Blaise et lui, la majorité des Serpentards se contentait de faire la gueule en silence.

Mais qu'ils soient en train de pester à voix haute ou non, assis dans un canapé ou éparpillés à travers la pièce, tous tiraient des tronches d'enterrement.

Le match était pourtant bien parti. Les Serpentards talonnaient au score et, après plus de deux heures de jeu, les deux équipes s'étaient retrouvées à égalité. Malheureusement, comme Potter l'avait si souvent fait avant elle, Ginny Weasley avait broyé les rêves de tous les Serpentards en attrapant le Vif d'or avant eux.

Score final, 300 à 150.

Blaise soupira bruyamment. « Terminer notre scolarité sur une défaite, marmonna-t-il. C'est navrant. » Il tourna la tête vers Drago et ajouta, « Je suis certain que si on était encore dans l'équipe, on serait en train de célébrer notre victoire. »

Drago laissa échapper un rire amer. « Blaise, on n'a quitté l'équipe il y a plus de deux ans. Je doute que tu saches encore tenir sur un balai. »

Pour être honnête, Drago non plus ; mais ça, il ne l'admettrait pour rien au monde.

« Alors premièrement, fit Blaise en levant son index. Va te faire foutre. Et deuxièmement... ajouta-t-il alors que son majeur se levait à son tour. Il semblerait qu'après les vacances, je vais avoir l'occasion de te montrer que je vole toujours mieux que toi. »

Les sourcils de Drago se froncèrent et il cessa de faire danser ses doigts sur l'accoudoir du canapé.

« De quoi tu parles ?

— Ton nouveau meilleur ami et partenaire de Botanique... Comment il s'appelle déjà ? Marcus ? Non, Marius ! Marius est venu me voir aujourd'hui. Il voulait savoir si on allait enfin le rejoindre pour un petit match amical. »

Drago soupira et passa l'une de ses mains sur son visage, son pouce et index s'attardant quelques secondes sur ses paupières. De toute évidence, Marius avait décidé de prendre les devants, ne croyant plus au j'en parle à Blaise et je te redis que Drago lui répétait à chaque cours de Botanique.

« Et tu as accepté ?

— Bien sûr. Premier samedi après la rentrée. Un conseil, entraîne-toi... Et, juste au cas où, le manche du balai se tient devant, les brindilles sont der–"

Blaise fut interrompu par la porte de la Salle commune s'ouvrant avec fracas et le 5ème année apparaissant juste après.

« IL Y A UNE SOIRÉE DANS LA SALLE-SUR-DEMANDE ! » hurla-t-il.

Tous les yeux se posèrent sur lui, mais personne ne bougea.

Déçu du manque de réaction engendré par cette nouvelle, ses épaules s'affaissèrent. Mais avec quelques mots marmonnés, il trouva finalement le chemin vers le coeur de tous les Serpentards :

« ... Il y a de l'alcool. »

La pièce s'anima aussitôt. Drago regarda ses camarades se lever un à un. Toutes les expressions maussades ayant été remplacées par l'euphorie annoncée du Whisky Pur-Feu les attendant là-bas.

Drago sentit l'assise du canapé bouger, Blaise se levant à son tour.

« On y va ? » lança le brun, les yeux rivés vers la porte.

Drago s'enfonça davantage dans le canapé et porta l'une de ses chevilles sur son genou. « Pas besoin, j'ai une vieille bouteille d'Ogden's dans ma malle si tu veux. »

Blaise baissa la tête vers lui, un sourire en coin. De longs cheveux blonds dansaient dans ses yeux. « C'est pas le Whisky qui m'intéresse. »

Drago soupira et dirigea son regard vers les quelques 1ère et 2ème année restés dans la Salle commune, trop effrayés par l'idée d'errer dans les couloirs après le couvre-feu, et encore plus par celle de se faire prendre en pleine soirée clandestine. « Alors si c'est pour me retrouver tout seul comme un con dès que Lovegood apparaitra, vas-y sans moi.

— Qu'est-ce qui te fait croire que tu seras seul ? »

Drago releva la tête. Accrochant le regard de Blaise, il se demanda si ce dernier parvenait à voir danser dans le gris de ses yeux, l'avalanche de boucles brunes à laquelle il ne pouvait s'empêcher de penser.

Blaise lui décocha un sourire. « Si elle n'est pas là, tu n'auras qu'à rentrer. T'auras tout le dortoir pour rêver d'elle. »

.


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« Drago ? »

Drago se retourna et fit face à l'obscurité de l'escalier. Il entendit de nouveaux pas et vit apparaitre Granger, éclairée par les lumières entourant le terrain de Quidditch. Elle s'arrêta sur l'avant-dernière marche, légèrement essoufflée.

Drago ?

Depuis quand l'appelait-elle par son prénom ? Comme s'ils étaient amis ? Etre devenu celui de Neville Londubat ne faisait pas de lui la caution Serpentard de tous les anciens Gryffondors. Granger et lui n'étaient pas amis. Depuis septembre, il ne se souvenait pas avoir eu une seule conversation avec elle. Ils étaient à peine collègues, pour être honnête.

Le sourcil levé, Drago maintint son regard, attendant qu'elle se décide à lui dire ce qu'elle lui voulait. Mais après une minute où elle ne fit que se triturer les mains et se mordre nerveusement les lèvres, il lui demanda d'une voix égale :

« Je peux t'aider, Granger ? »

Aussi soudainement que si la foudre venait de s'abattre sur elle, elle se figea. Ses mains tombèrent le long de son corps et elle cessa de se mordre les lèvres. Pourtant essoufflée il y a quelques instants, Drago doutait maintenant qu'elle soit en train de respirer. De toute évidence, les Gryffondors ne savaient pas gérer les défaites avec dignité.

Drago insista, d'une voix un peu plus pressante :

« Granger ? »

Toujours aussi immobile, elle continua de le regarder. Non, de l'étudier plutôt. Granger l'étudiait. Le regard assombri, elle semblait observer de ses yeux marron chaque parcelle du visage de Drago. A croire qu'un cognard l'avait percuté durant le match et qu'il en était défiguré. Ce n'était pas impossible, après tout. Il ne parvenait pas vraiment à se souvenir du début.

Pourquoi, d'ailleurs ?

Son regard se détacha de celui de Granger, attiré par le bruit des Serpentards quittant le terrain. L'équipe devait être partie aux vestiaires.

Bordel, je vais les louper avec ses conneries.

Légèrement excédé, il tenta de le faire comprendre à Granger en se raclant la gorge. Par miracle, elle se décida à ouvrir la bouche.

« Euh, je... Je voulais juste... » commença-t-elle à voix basse. Presque un murmure qui lui serait arraché de force. « Félicitations. »

Félicitations ?

Drago ne s'attendait pas à ça. A vrai dire, il ne s'attendait à rien. C'était bien la première fois que Granger daignait lui parler. Vu l'effort considérable que ce simple mot venait de lui demander, il comprenait maintenant pourquoi ils n'avaient pas eu le moindre échange depuis le début de l'année.

« Je n'ai aucun mérite, Granger, répondit-il d'un léger haussement d'épaule. Mais je transmettrai à l'équipe. Merci. »

Drago s'éloigna, abandonnant Granger sur la marche des escaliers, et cette conversation avec Hermione, derrière les barrières de son esprit.

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Bien qu'il ne soit pas comme je l'avais imaginé, j'espère que ce chapitre vous a plu ! Vos commentaires sur Erin m'avaient fait particulièrement rire ! Alors, est-ce que vous la détestez toujours autant ?

Bon, c'est promis, Hermione va retrouver son courage Gryffondorien dans le prochain chapitre...

Il arrivera dimanche 27 juin, je m'y engage, la main sur le coeur !

A bientôt :)