Kate : Ouiiii il devrait y en avoir 20 ou 21 en effet, mais s'ils sont trop longs à lire (enfin surtout à écrire, soyons honnête) ET que deux personnes que je ne nommerai pas me remettent la pression pour les couper... Il y en aura peut-être plus ;)

Elena : Ahahahah je crois qu'en effet, ils sont aussi foutus l'un que l'autre !

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Chapitre 17 - Drago

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Vendredi 7 avril 2006 - Poudlard

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Drago savait qu'il ne pouvait reprendre conscience qu'une fois à l'abri derrière la porte de sa chambre.

Ici, dans l'unique lieu où Hermione ne risquait pas d'apparaitre, Drago pouvait reprendre ses droits sur son esprit, se réveiller, et cesser d'être cette autre version de lui-même. Une version presque identique, forgée par la même histoire. A la seule différence que ce Drago-là n'avait pas conscience d'être devenu celui qu'il était, grâce à la simple présence d'Hermione dans sa vie.

Une version avec laquelle il pouvait de nouveau la regarder, sans ressentir ce besoin irrépressible de lui parler, de l'approcher et de la toucher. Avec laquelle il pouvait croiser son regard, sans que son coeur n'explose dans sa poitrine. Avec laquelle il pouvait sentir le parfum de sa chevelure, sans jamais désirer s'y noyer pour en finir définitivement. Avec laquelle il ne ressentait plus ce vide immense que rien ne semblait pouvoir combler et qui, chaque jour, l'engloutissait un peu plus.

Tu mérites d'être heureux, Drago. Fais tout ce que tu peux pour l'être.

Fermer son esprit n'était en aucun cas ce qu'Erin attendait de lui, il en avait pleinement conscience. Il ne faisait que fuir la réalité, plutôt que de l'accepter et d'avancer.

Drago s'était pourtant juré de ne plus jamais sombrer dans les travers de l'Occlumancie ; dans cette autre façon de la pratiquer, presque inconsciente, découverte à ses dépens durant la guerre.

Cette fois, la promesse était différente, mais le risque restait le même. Drago craignait de s'abandonner à cette illusion de bonheur, tout comme il s'était abandonné à cette vie dénuée de peur et de culpabilité. Il craignait de perdre une nouvelle fois le contrôle et de vivre les prochaines semaines, voire les prochains mois, avec l'esprit fermé. Par dessus tout, Drago craignait que ces mois ne se transforment en années, et fatalement, s'il ne trouvait plus jamais la force de s'extraire des griffes de l'Occlumancie, en éternité.

Il y a deux ans, il avait fallu que Charity Burbage se fasse massacrer juste devant ses yeux pour qu'il parvienne à rouvrir son esprit. Sa mort n'avait pas été la première à laquelle Drago assistait, mais elle avait été la première pour laquelle il n'avait absolument rien ressenti. Et ça ; cela avait été le déclic lui permettant de reprendre conscience.

Il n'y aurait cependant plus de déclic. Plus rien pour le forcer à s'extirper de son propre esprit.

Pour cette raison, Drago continuait de lutter, cherchant à repousser au maximum l'instant où il céderait à cet appel. Il y parvenait, parfois. Certaines réunions avaient été de véritables supplices. Drago sentait que résister devenait de plus en plus difficile, de plus en plus épuisant. Alors, lorsqu'il le pouvait, il l'évitait en ne rejoignant même pas la bataille. Il avait déserté la Grande-Salle pour cette raison, préférant fuir plutôt que de se battre.

Finalement, Drago Malefoy était peut-être resté le même lâche qu'il avait toujours été. Qu'importe. Cette fois-ci, il savait que sa lâcheté ne ferait aucune victime. Si ce n'était lui-même.

Depuis les tréfonds de son esprit, Drago reprit le contrôle et fit tomber une à une les barrières l'ayant protégé ces dernières heures, laissant tous ses souvenirs se rappeler à lui. Vague après vague.

Hermione. Il n'y avait qu'elle. Partout. Hermione.

Elle, riant sous la pluie. Elle, pleurant de joie dans ses bras. Elle, criant dans un vieux dictionnaire. Elle, jouant un morceau de piano. Elle, lui souriant à travers la Grande-Salle. Elle, se glissant entre les rideaux de son lit.

Elle. Et puis, ce vide. De nouveau, ce vide au creux de sa poitrine.

Assis sur le rebord de son lit, Drago laissa tomber sa tête entre ses mains, ses ongles s'enfonçant profondément dans son crâne. Le tumulte de ces vagues était annihilant. Ces souvenirs dévastaient tout sur leur passage. Drago reprenait à peine conscience et devait de nouveau se battre contre ce besoin irrépressible de replonger immédiatement dans l'illusion.

Seulement, ce soir, le combat n'était pas équitable.

Les barrières à peine tombées, Drago la remarqua tout de suite. Dès la première inspiration.

Cette odeur qui le suivait depuis la fin du match. Celle l'ayant accompagné jusque dans les vestiaires des Serpentards. Cette odeur que cet autre Drago n'avait pas remarquée. Son odeur. Ce parfum sucré et insoutenable lui ayant pénétré l'âme était encore là. Hermione était encore là. Incrustée dans ses vêtements, dans chacun de ses cheveux et dans sa peau.

Drago se leva de son lit. Il fallait qu'il sorte d'ici. Il n'en avait pas envie mais il fallait qu'il se lave de son odeur, qu'il se lave d'elle.

Drago se tourna vers la porte, mais aussitôt, ses jambes défaillirent et il dut se rattraper au baldaquin de son lit.

Hermione n'était pas seulement dans l'air. Elle était . Debout, au milieu de la pièce. Se mordillant nerveusement les lèvres et se triturant les mains, Hermione était .

Enfin.

Enivré par son odeur, Drago se précipita vers elle. Ses jambes bougeant d'elles-mêmes, il traversa la pièce en un battement de cils. Prêt à l'enlacer, prêt à la sentir de nouveau contre lui, il se jeta sur elle.

Et la traversa.

Drago ne sentit que le bois de la porte de sa chambre qu'il percuta. Ses bras déjà orphelins n'enlacèrent que du vide.

Du vide. Toujours du vide.

Drago se retourna, s'adossant à la porte. Au centre de la pièce, la silhouette d'Hermione continuait de le fixer. Tout comme elle continuait de se mordiller les lèvres et de se triturer les doigts. Une preuve supplémentaire, s'il en fallait vraiment une, de l'état de son esprit.

Un esprit malade. Brisé.

Hermione n'était pas là. Pas réellement, du moins.

Dos à la porte, Drago s'effondra sur le sol.

Juste pour cette nuit.

Il releva la tête vers la silhouette d'Hermione et se perdit dans ce qui n'était finalement rien d'autre que le souvenir de son regard ambré.

Juste pour cette nuit. Le temps qu'elle disparaisse.

Accompagné par ce parfum sucré, Drago cessa de résister et accepta de perdre une nouvelle bataille, ces quatre mots résonnant en lui.

Juste pour cette nuit.


- Vendredi 16 avril 1999 -

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La pièce était pleine à craquer. Remplie d'élèves que Drago ne parvenait à distinguer que grâce à l'énorme néon en forme de coupe de Quidditch accroché sur l'un des murs. Seule source lumineuse, ce néon inondait la pièce d'un rouge Gryffondor. Une très belle façon de remuer le couteau dans la plaie.

Se tenant encore devant la porte que Blaise et lui venaient à peine de franchir, Drago s'imprégnait de l'ambiance de cette pièce, relativement proche de ce qu'il imaginait être son propre Enfer.

Celui ou celle ayant invoqué la Salle-sur-Demande avait songé à une pièce bien trop petite pour le nombre d'élèves présents. Les canapés trois places disparaissaient tous sous six ou sept personnes, tassées les unes contres les autres. Les fauteuils étaient tous partagés par deux ou trois élèves devant entrelacer leurs bras et leurs jambes pour pouvoir s'y assoir ; et pour espérer atteindre le bar se trouvant au fond de la pièce, il fallait nécessairement traverser la marée humaine restée debout. C'était inévitable, croiser une personne signifiait la toucher et par conséquent, être touché.

Si toute cette mythologie moldue dont lui avait parlé Granger possédait une once de vérité, alors pas de doute, Drago venait de passer la porte du royaume d'Hadès.

Observer les photos de famille de Granger lui avait rappelé à quel point les démonstrations d'affection n'avaient jamais fait partie de son éducation. Les Malefoys n'étaient pas du genre à s'enlacer, pas même pour une photo. Drago n'avait connu de la part de son père que des poignées de main froides et impersonnelles, celles-ci se transformant quelques fois en main sur l'épaule lorsque Lucius estimait que son fils méritait d'être félicité. Une simple pression de ses doigts pour toutes paroles. Deux, les rares fois où il avait voulu lui faire comprendre qu'il n'était finalement pas une si grande déception.

Les Blacks se montraient un peu plus chaleureux, sa mère lui accordant régulièrement baisers et caresses sur la joue. Bien loin, tout de même, de toutes ces effusions que Granger avait connu durant son enfance. Des effusions avec lesquelles Drago n'était pas à l'aise. Du moins, c'était ce qu'il croyait. Granger lui avait montré à quel point il pouvait avoir tort en lui prouvant le contraire.

Drago aimait être touché. Drago avait envie d'être touché. Besoin, même. Mais seulement par elle. Uniquement par elle.

Drago parcourut la pièce du regard. Malgré la foule et cette obscurité teintée de rouge, il ne lui fallut qu'une poignée de secondes pour la trouver. Elle, la raison de sa présence ici. La seule pour laquelle Drago était prêt à supporter cet Enfer.

Granger était bien là. Debout, au milieu de la foule. Non-loin de ce néon que Drago détestait encore il y a un instant. Maintenant que celui-ci habillait le visage de la Gryffondor d'un halo rouge, Drago peinait à se rappeler pourquoi. De toute évidence, le courage n'était pas la seule raison pour laquelle Granger avait sa place chez les Lions. Aucun doute, le rouge était sa couleur.

Pourtant en pleine conversation avec Luna, son attention n'était pas dirigée vers la blonde. Granger parcourait la pièce du regard, à la recherche de quelque chose. Ou de quelqu'un, songea Drago.

Elle observa d'abord chaque personne occupant les canapés et fauteuils, détailla ensuite les élèves entourant le bar, principalement des Serpentards, puis scruta tous les visages passant près d'elle. A chaque fois que ses yeux retrouvaient ceux de la Serdaigle, Drago pouvait voir ses sourcils se froncer un peu plus. Finalement, son visage se tourna vers la porte devant laquelle Drago se tenait, et durant un bref instant, l'ambre de ses yeux rencontra l'argent des siens.

Lorsqu'elle tourna de nouveau la tête vers Lovegood, un léger sourire remplaçait ses sourcils froncés.

« Tu comptes passer la soirée devant la porte ? » lança Blaise, penché vers lui. Sa voix peinait à se distinguer de la musique résonnant autour d'eux. « Personnellement, j'ai autre chose en tête. »

Le sourire aux lèvres, Blaise s'éloigna. Drago le regarda fendre la foule en direction de Luna. Une fois arrivé à sa hauteur, il ne s'arrêta pas et continua de se frayer un chemin vers le bar. Le visage de la blonde se tourna immédiatement dans sa direction. Peut-être lui avait-il effleuré le bas du dos, ou peut-être venait-elle encore une fois de sentir sa présence. Lorsqu'il disparut à travers la foule, elle se pencha vers Granger, inventant certainement une excuse tout aussi lamentable que celles de Blaise. La Gryffondor hocha la tête et regarda Lovegood s'éloigner, avalée à son tour par cette foule indiscernable dans laquelle personne ne pourrait les retrouver, pas même cette tempête dont Blaise lui avait parlé.

Se retrouvant seule, Granger se tourna vers la porte, ses yeux se posant de nouveau sur lui.

Drago ignorait s'il devait la rejoindre. Après tout, ils n'avaient encore jamais été vus ensemble dans un lieu aussi bondé. Seulement dans quelques couloirs, le plus souvent désert, ou alors remplis d'élèves trop pressés pour remarquer quoi que ce soit.

Pour certains, comme pour Marius, Granger et lui n'étaient rien de plus que des partenaires d'Etude de Runes. Pour beaucoup d'autres, ils n'étaient absolument rien. Le renfoncement de la bibliothèque et la glycine possédaient un point commun indéniable, l'isolement qu'assuraient ces deux lieux. La Gryffondor et lui y avaient passé des heures, sans jamais être surpris par quiconque. A Noël, Poudlard était quasiment vide et cette nouvelle proximité était passée à l'as. Même le soir du Nouvel An, ils s'étaient tous deux éclipsés juste après qu'elle l'ait rejoint, passant le reste de la soirée au bord du lac, seuls.

Si Drago avait maintenant compris qu'il ne désirait rien de plus que d'être vu avec elle, que d'être avec elle, il n'était pas certain qu'elle ressente la même chose.

Peut-être que cette amitié née à l'abri des regards était tout ce qu'elle pouvait lui offrir. Peut-être que cette amitié n'était pas censée quitter le secret de la bibliothèque ou de la glycine. Peut-être que celle-ci ne survivrait pas au regard des autres.

Toujours perdu dans celui de la Gryffondor, Drago la vit esquisser un sourire. Noyée dans la foule, elle amena l'une de ses mains près de son visage et l'agita timidement pour le saluer.

Elle était peut-être là, leur tempête. Celle qui viendrait tout gâcher, tout détruire. Les autres. Le monde extérieur.

Ici, ils n'étaient pas à la bibliothèque. Ni à la glycine. Ici, un sourire et un signe de la main étaient peut-être tout ce qu'elle pouvait lui céder.

Ces derniers jours, Drago avait essayé de repenser à ce qu'était sa vie avant qu'elle n'y entre réellement. Douloureuse, sombre, dénuée de sens. En quelques mois, Granger l'avait rendue supportable. Plus que supportable, même. Elle en avait illuminé les recoins les plus obscures.

Drago n'était pas certain de s'être pardonné sa lâcheté. Pas non plus certain d'y parvenir un jour. Mais qu'importe, elle l'avait fait pour lui, et cela semblait suffisant. La douleur, la culpabilité, les regrets, elle avait tout fait disparaître. Alors s'il fallait se contenter d'un sourire et d'un signe de la main pour continuer à profiter de cette lumière, Drago était prêt à oublier à quel point il voulait plus. Il était prêt à oublier ce désir qui l'animait. Oublier ses propres besoins. Ses propres... sentiments. Pour pouvoir continuer à faire partie de sa vie, Drago était prêt à tout oublier.

En une fraction de seconde pourtant, la Gryffondor lui prouva une nouvelle fois à quel point il pouvait avoir tort. Rien n'avait besoin d'être oublié.

Granger abaissa la main et commença à fendre la foule. Pas après pas, elle se rapprocha de lui. Drago ne la quitta pas du regard, maudissant quiconque osait croiser son chemin et l'arracher à sa vue. Quand elle fit le dernier pas les séparant et qu'il se retrouva en face d'elle, en face de son visage habillé par le rouge de cette défaite cuisante, Drago n'était plus si sûr d'avoir perdu quoi que ce soit ce soir.

« Drago. »

La voix de la Gryffondor était à peine assez forte pour flotter jusqu'à lui, mais il savait à quoi ressemblait son prénom lorsque celui-ci passait la porte de sa bouche. Il savait comme la première syllabe faisait claquer sa langue contre ses dents, et comme la deuxième arrondissait légèrement ses lèvres.

« Granger. » glissa-t-il à son tour, à peine plus fort qu'elle.

Drago vit les commissures de ses lèvres se retrousser en un sourire amusé.

Putain. Blaise avait raison. C'était ridicule. Drago était ridicule. S'il continuait de la traiter comme il l'avait toujours fait, jamais elle ne deviendrait sa...

Granger fit un pas de plus vers lui, le tirant de ses pensées. « J'ai... n'allais... venir. » lança-t-elle, la moitié de ses mots rendue inaudible par cette musique résonnant autour d'eux.

Drago glissa la main dans sa poche de pantalon et enroula ses doigts autour de sa baguette, prêt à transformer cette musique assourdissante en un simple bruit de fond. Le sort pourtant au bord des lèvres, Drago hésita.

Tout en faisant rouler entre ses doigts son bâton d'aubépine, il se pencha vers elle, et de son autre main, tapota l'une de ses oreilles. Granger se rapprocha de celle-ci, se hissant sur la pointe des pieds pour gagner quelques centimètres. Sa main se posa sur son épaule, son parfum vola jusqu'à lui, ses lèvres frôlèrent son oreille et Drago relâcha sa baguette, la laissant retomber dans le fond de sa poche.

« J'ai cru que tu n'allais pas venir. » répéta-t-elle, son souffle trouvant résidence dans le creux de son cou. Si elle voulait, là, tout de suite, lui reparler de l'Alphabet anglo-saxon pendant les trois prochaines heures, Drago la laisserait faire.

Inclinant légèrement la tête, sa bouche trouva à son tour l'oreille de la Gryffondor. « Désolé de t'avoir fait attendre. »

Elle resserra ses doigts autour de son épaule et Drago vit ses lèvres se retrousser en un sourire gêné. Même si ce néon rouge l'empêchait d'en avoir la certitude, il savait qu'elle rougissait. Parce que c'était vrai. Elle l'attendait. Parmi tous les visages l'entourant, c'était le sien qu'elle avait cherché.

« Où... Où est Blaise ? » demanda-t-elle.

Avec Lovegood. Probablement caché dans l'une des alcôves du couloir. Le pantalon aux chevilles, si Blaise était chanceux.

« Aucune idée, répondit-il en haussant les épaules. Où est la briseuse de rêve ?

– Ginny ? demanda-t-elle en riant. Quelque part avec l'équipe.

– Et Eden ? »

Un sourire teinté de mystère étira ses lèvres. Du menton, elle désigna l'un des fauteuils. Eden y était assise avec Léo Irving, le visage du poursuiveur enfoui dans ses cheveux. Il était difficile de savoir si Irving était en train de lui parler, ou s'il célébrait la victoire des Gryffondors d'une toute autre manière.

« Il y a eu... du progrès. » glissa-t-elle.

Drago s'apprêtait à rétorquer qu'il était temps, mais avant que ces quelques mots ne puissent quitter sa bouche, Granger fut projetée contre lui, le visage plaqué contre son torse. Complètement déséquilibrée, elle se rattrapa désespérément au col de sa chemise, sa première main ayant glissé de son épaule. Celles de Drago quittèrent ses poches et agrippèrent ses hanches, l'empêchant de tomber.

« Merde, pardon Hermione ! »

Le regard de Drago se posa sur un type qu'il n'avait encore jamais vu. Ou plutôt, un type dont il n'avait jamais pris la peine de se rappeler. Un Serdaigle, à en juger l'écusson de sa chemise. Complètement ivre, celui-ci semblait avoir oublié comment marcher. « Je suis désolé ! hurla-t-il pour se faire entendre. Ça va ? »

Drago sentit les mains de Granger relâcher le col de sa chemise, mais elle ne recula pas.

« Tout va bien, lança-t-elle en tournant son visage vers le Serdaigle. Juste un peu surprise. »

Le sourire aux lèvres et sans un regard pour Drago, il se pencha à cette oreille que la bouche du Serpentard frôlait encore il y a un instant. Incapable d'entendre un traitre mot de ce qu'il lui disait, Drago vit néanmoins le visage de Granger se tordre en une grimace douloureuse. Cet abruti était en train de lui gueuler directement dans l'oreille. Le Serdaigle s'éloigna de celle-ci, attendant manifestement une réponse. La Gryffondor la lui donna en secouant la tête, un sourire poli sur les lèvres. Ne s'avouant pas vaincu, il se pencha de nouveau à son oreille. Cette fois, Drago la vit lever les yeux au ciel. Elle déclina une seconde fois, ce sourire poli ayant légèrement fané.

Deux refus, et pourtant, cet abruti s'apprêtait à replonger bêtement pour en récolter un troisième. Alors qu'il se penchait de nouveau vers elle, Granger se détourna de lui et releva les yeux vers Drago. Réalisant soudainement qu'elle n'était pas seule, le Serdaigle se redressa et suivit la trajectoire de ce regard qu'elle ne lui accordait plus, trouvant au bout de ce dernier, celui de Drago.

Le sourire du Serdaigle s'envola. D'un air incrédule, il regarda de nouveau Granger, comme s'il s'attendait à ce qu'elle le supplie de lui venir en aide. Parce que bien évidemment, Hermione Granger ne pouvait pas être en présence de Drago Malefoy sans que ce dernier ne soit en train de l'y contraindre. Qu'est-ce qu'une héroïne de guerre pourrait bien foutre avec un Mangemort ?

Un Mangemort. Pour beaucoup, c'était ce que Drago resterait à jamais. Alors quitte à être considéré comme tel pour le restant de ses jours, autant que cela soit justifié.

Regard glaçant et sourire menaçant, Drago se pencha vers le Serdaigle, son torse se pressant contre le visage de Granger.

« Il me semble qu'elle vient de refuser deux fois. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Tu dégages maintenant, ou tu réessayes une troisième fois et on voit ce qu'il se passe ? »

Le Serdaigle se décomposa. Tentant de faire bonne figure, il marmonna quelques mots que Drago n'essaya pas de comprendre, ni même d'entendre. Après un dernier regard empli d'incompréhension en direction de Granger, toujours pressée contre le Serpentard, il s'éloigna, titubant à travers la foule.

Drago se redressa et baissa les yeux vers la Gryffondor. Elle était si proche de lui qu'il n'avait pas besoin de se pencher à son oreille pour lui parler. Il le fit quand même.

« Tu sais Granger, les sourires polis ne suffisent pas toujours. Dis-leur d'aller se faire foutre. »

Son rire vola jusqu'à lui. Elle se hissa sur la pointe des pieds, approchant une nouvelle fois ses lèvres de son oreille. Elle ne posa pas la main sur son épaule pour s'équilibrer. Elle ne semblait plus en avoir besoin.

« Je veux bien essayer, mais... Je suis plutôt du genre à me cacher derrière des rideaux pour éviter les Cormac McLaggen de ce monde. Puis, il voulait simplement m'offrir un verre, tu sais. Tu n'avais pas besoin de... »

De ? Jouer au Mangemort ? Te rappeler que j'en étais un ?

Les doigts de Drago se crispèrent et il sentit un long souffle lui envahir l'oreille. « Tu lui as dit que tu n'en voulais pas. Il n'avait qu'à le comprendre plus rapidement.

– A vrai dire, je... J'en veux bien un. Mais pas venant de lui. »

Drago pouvait presque l'entendre sourire dans son oreille. Ses doigts se détendirent immédiatement. « Je peux peut-être faire quelque chose à ce sujet. »

Il sentit ses boucles brunes lui caresser le nez lorsqu'elle acquiesça d'un hochement de tête. « Tu peux. »

Après un rapide coup d'oeil en direction du bar, toujours entouré de Serpentards, il l'entendit ajouter. « Drago, tu sais, je ne risque plus de tomber. Tu... Tu peux me lâcher. »

La lâcher ?

Granger reposa les talons et baissa les yeux vers le sol. Non, pas vers le sol. Vers ses hanches que les mains de Drago agrippaient encore fermement.

Depuis qu'il l'avait quittée sous la glycine, elle avait échangé sa jupe d'uniforme et ses chaussettes hautes contre un jean laissant apparaitre ses formes. Des formes qu'il n'avait pas lâchées depuis qu'il l'avait empêché de tomber.

Drago resserra ses doigts, cherchant à savourer la sensation de son corps entre ses mains. Ce corps dont le contact était si naturel que celui-ci semblait être le prolongement du sien. Granger releva les yeux, un léger sourire sur les lèvres. Les mains de Drago glissèrent de ses hanches et retrouvèrent la froideur de ses poches.

Libérée de son emprise, la Gryffondor se tourna vers le bar et s'avança vers celui-ci. La foule semblait presque s'écarter sur son passage. Pourtant, après quelques pas, elle s'arrêta. Dos à Drago, elle resta figée sur place. Une minute passa avant qu'elle ne se tourne soudainement vers lui, les sourcils froncés et sa lèvre inférieure coincée entre ses dents. Songeuse. Nerveuse. Et tout aussi soudainement, sa bouche retrouva son oreille et sa main son épaule. « Drago, pendant les vacances... Si tu veux, tu peux m'écrire. »

Lui écrire ?

« Pourquoi ? » répondit-il en même temps qu'elle ajouta, « Et je me disais que je pourrais aussi... »

Malheureusement, la stupidité de Drago lui vint à l'oreille avant qu'elle ne puisse finir sa phrase. Sa main glissa de son épaule. « Tu as raison. Oublie ça. »

Granger recula, un sourire peu convaincant sur les lèvres. Elle se tourna vers le bar et se fraya un chemin vers celui-ci, sans s'arrêter cette fois. Drago lui emboîta le pas. Ne la quittant pas des yeux, il observa le mouvement de ses hanches. Ces même hanches sur lesquelles elle avait laissé ses mains s'attarder. Il regarda ses boucles rebondir dans son dos à chacun de ses pas. Ces mêmes boucles dans lesquelles elle avait laissé Drago s'engouffrer. Et quand elle s'arrêta devant le bar et se tourna vers lui, il détailla son visage. Ce même visage qu'elle avait gardé pressé contre son torse.

Lui écrire ?

Drago pouvait faire plus que lui écrire. Bien plus.

Avec le souvenir de ses hanches entre ses doigts et celui de ce long souffle dans le creux de son oreille, Drago se surprit à penser que, peut-être, Granger le laisserait faire.

Hermione le laisserait faire.

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Samedi 22 avril 2006 - Poudlard

Cinq jours.

Ce qui ne devait durer qu'une nuit s'était éternisé. Il avait fallu cinq jours à Drago avant de réussir à trouver la force de rouvrir son esprit pour sortir de cette stase dans laquelle cette hallucination l'avait plongé. Il avait laissé sa conscience s'endormir dans un coin de son esprit, et pendant cinq jours, cet autre lui oublieux de tout avait vécu sa vie à sa place.

Comme durant la guerre, Drago constatait qu'il était de plus en plus difficile pour lui de quitter cette illusion et ce bonheur pourtant factice. De plus en plus difficile de sortir de l'Occlumancie et d'affronter ce vide auquel il était pourtant condamné.

Et malheureusement, Drago constatait également que cela devenait de plus en plus simple de s'y glisser pour s'y oublier. Visiblement, lutter n'était même plus une option.

Cinq minutes.

Aujourd'hui, il ne lui avait fallu que cinq minutes après son arrivée dans la Salle Professorale avant de choisir de le fermer une nouvelle fois. Après deux semaines de vacances pendant lesquelles il ne l'avait pas vue, Hermione n'avait eu qu'à entrer dans la pièce à son tour, s'assoir en face de lui, et croiser son regard pendant deux misérables secondes. Pathétique.

C'était donc avec l'esprit fermé que Drago venait d'assister à cette réunion visant à organiser les futures épreuves des BUSE et ASPIC. Et c'était avec l'esprit toujours fermé qu'il remontait d'un pas lent l'allée centrale de la Grande-Salle, les mains glissées dans les poches de sa robe de sorcier.

Pathétique, mais serein.

« Malefoy, attends-moi ! »

Drago ravala le grognement que lui inspirait cette voix et accéléra le pas. En vain. Ceux d'Isaac Borealis se rapprochèrent inexorablement de lui, le Professeur de Défense s'étant mis à courir.

« J'ai vu ton planning de surveillance pour les épreuves, lança-t-il une fois à la gauche de Drago. Tu sais que t'es un sacré de veinard ? »

Drago garda les yeux rivés devant lui. Ignorant délibérément la présence d'Isaac, ce dernier se sentit pourtant obligé d'éclaircir ses propos.

« Je te dis ça parce que McGonagall m'a collé en doublon avec Flitwick. Et je t'avoue que j'espérais mieux. »

Arrivé à la porte de la Grande-Salle, Drago tourna à droite, en direction de l'aile Ouest. Sans surprise, Borealis le suivit.

« Une petite brune, par exemple. La même petite brune avec laquelle McGonagall t'a mis en doublon. »

Depuis que Drago avait eu l'immense privilège de faire la connaissance d'Isaac, il y avait toujours eu une pointe d'hypocrisie et de non-dits dans sa voix. Comme si à chaque interaction, Isaac s'abstenait généreusement de lui cracher au visage qu'il n'était rien de plus qu'un sale Serpentard doublé d'un Mangemort.

Pour la première fois néanmoins, le ton d'Isaac était mielleux.

« Donc si ça ne te dérange pas trop, je me disais qu'on pourrait échanger nos binômes. »

C'était donc ça ? Selon le planning mis au point par McGonagall, Drago devait en effet partager ses quatre heures de surveillance quotidiennes avec Granger. Encore fallait-il qu'elle puisse supporter sa présence durant toute une semaine. Vu son numéro le soir de la finale de Quidditch, rien n'était moins sûr.

S'il fallait être honnête, Drago serait forcé d'admettre qu'il se moquait royalement de cette histoire de planning. Qu'il le partage avec Flitwick ou Granger n'avait absolument aucune importance. Qu'il choisisse de supporter l'un ou l'autre n'y changerait rien, son ennui serait le même. Il pouvait donc accepter la proposition d'Isaac. Il le pouvait, mais quel plaisir y aurait-il là-dedans ? Drago préférait s'amuser un peu, et pourquoi pas, entendre Isaac le supplier.

« Et pourquoi je ferais ça ? » glissa Drago d'une voix indifférente, les yeux toujours rivés devant lui.

Pour Isaac, le fait qu'il ne refuse pas sur le champ signifiait visiblement qu'il venait d'accepter, car lorsqu'il commença à lui répondre, Drago put entendre jusque dans sa voix le petit sourire satisfait qu'il lui devinait.

« Tu vois, cette fille je l'ai rencontrée il y a quelques années au Ministère, quand j'étais Auror. A l'époque, elle était avec Weasley, mais bon sang, t'aurais vu la façon qu'elle avait de me regarder. Elle me dévorait des yeux... Mais tu te doutes bien qu'à cause du rouquin elle ne pouvait pas céder, alors elle essayait de garder ses distances. »

Bien évidemment. Pour quelle autre raison Granger aurait-elle cherché à éviter le grand, le seul et l'unique Isaac Boréalis ?

« Mais je savais que tout ça c'était du chiqué. Elle me voulait et elle me veut toujours... »

Pour un ancien Serdaigle, Isaac manquait cruellement de discernement, incapable de faire la différence entre désir et dégout. Il était pourtant évident que Granger le haïssait, l'exécrait, l'abhorrait ; comme toutes les femmes ayant eut un jour le déplaisir de croiser son chemin.

« ... Mais c'est les montagnes russes avec elle. Le feu et la glace. Depuis la rentrée, elle continue de jouer la fille dure à avoir, mais crois-moi, je vais l'avoir... »

Drago sentit une tension soudaine lui parcourir la colonne vertébrale. Bordel, ce qu'il pouvait détester de type.

« ... Tu la verrais avec sa plume à chaque réunion, à la mordiller comme elle le fait. Et elle sait très bien ce qu'elle fait. C'est une putain d'allumeuse, je te le dis. Sauf qu'un jour elle va récolter ce qu'elle s'amuse à semer... »

A mesure qu'ils progressèrent dans les couloirs, cette tension se répandit dans le reste de son corps. Et tandis qu'Isaac continuait de parler, Drago sentit ses ongles s'enfoncer dans ses paumes de mains. Pas de son propre chef. Plutôt comme un réflexe.

« Cette fille, c'est une véritable lionne. Une lionne que je ferais volontiers rugir toute la nuit, si tu vois ce que je veux dire... »

Fais-le taire.

Drago tourna brusquement la tête sur le côté, cherchant par-dessus son épaule l'origine de ce murmure à peine audible qu'on venait de lui souffler à l'oreille.

Il n'y avait qu'eux deux dans le couloir.

A sa gauche, Isaac continuait de parler comme si de rien n'était. Comme si Drago l'écoutait.

Un simple courant d'air, sûrement.

« ... elle n'attend que ça, je le vois dans ses yeux. Dès que je parle, elle me regarde comme si elle allait me sauter dessus devant tout le monde... »

Drago sentit une douleur aigue provenir de ses mains. Il les sortit de ses poches et découvrit le creux de ses paumes perforé par quatre croissants de lunes parfaitement alignés. La trace de ses propres ongles.

Fais-le taire.

Drago regarda de nouveau tout autour de lui, cherchant désespérément la source de cette voix. Bien audible, cette fois. Bien réelle. Plus qu'un simple murmure.

Le couloir était toujours aussi désert.

Putain, qu'est-ce qui m'arrive ?

« ... et c'est ce que je vais finir par faire si elle continue son petit jeu. Au fond elle n'attend que ça... Je vais la prendre et la faire crier directement sur la table de réunion. »

FAIS-LE TAIRE.

Drago s'arrêta net. Isaac fit quelques pas avant de s'en rendre compte et se retourna.

« Tu veux savoir pourquoi je veux échanger nos plannings ? demanda-t-il, le vice dans le regard et un sourire graveleux sur les lèvres. Je vais me la faire directement dans la salle d'examen, je suis même pas sûr d'attendre que les gamins soient tous sor... »

Avant que Drago n'ait le temps de le réaliser, il tenait Isaac plaqué contre un mur, son avant-bras pressé contre sa gorge. Borealis se débattait, agrippant son bras afin de s'en libérer.

« Put... Arr... Qu... Qu'est-ce... que... »

Au son de sa voix, Drago écrasa de plus belle la trachée d'Isaac et le hissa à sa hauteur. Ne touchant plus le sol, les pieds d'Isaac frappèrent désespérément l'air à la recherche du moindre appui lui permettant de se libérer. Il n'y en avait aucun. A mesure que le manque d'oxygène se fit sentir, le visage d'Isaac prit une teinte écarlate. Ses yeux s'injectèrent de sang et une large veine apparut au milieu de son front, prête à exploser. Il étouffait.

Drago l'étouffait.

Prenant soudainement conscience de ce qu'il était en train de faire, Drago relâcha son emprise. Comme une poupée de chiffon, Isaac retomba sur le sol, aspirant entre deux quintes de toux chaque bouffée d'air qu'il parvenait à trouver.

« Putain... T'es complément malade... » cracha-t-il difficilement, l'une de ses mains massant sa gorge rougie. « ... Qu'est-ce qui t'as pris ? »

Drago l'ignorait. Il sentait son cœur battre de façon erratique. Sa respiration était saccadée et sa mâchoire aussi serrée que ses poings. Des signes indiquant qu'il était furieux, mais il ne savait pas pourquoi. Il détestait ce type depuis le premier jour, certes, mais jamais il n'avait eu un tel accès de rage envers lui.

Isaac se releva et braqua ses yeux encore injectés de sang sur Drago.

« Ah, j'ai compris... lâcha-t-il d'une voix anormalement rauque. Le Serpent a aussi envie de se taper la Lionne, c'est ça ? »

Drago fronça le regard. Ça n'avait absolument rien à voir avec Granger. Rien.

Isaac s'approcha d'un pas lent, un rictus arrogant sur les lèvres. « Mais tu penses vraiment qu'elle voudrait de toi ? T'as oublié qui t'étais ? Tu veux que je te le rappelle ? »

Il s'arrêta juste devant Drago, son nez aquilin à quelques centimètres de son visage. D'une voix encore éraillée, il lui cracha :

« Tu seras toujours qu'un putain de Mangemort, Malefoy. »

Terminés l'hypocrisie et les non-dits, Isaac venait enfin de trouver un semblant de courage. Inespéré. Tellement inespéré qu'un sourire narquois étira les lèvres de Drago.

« Je t'en prie, Borealis, ne t'arrête surtout pas. » Drago se redressa, surplombant ainsi Isaac de son mètre quatre-vingt-dix et de tout le mépris qu'il lui inspirait. « J'adore entendre ce que les connards dans ton genre pensent de moi. »

Le sourire arrogant d'Isaac se fana, devenant une vague grimace déformant ses lèvres.

« Tu resteras à jamais la même sous-merde que ton enfoiré de père. Il aurait mérité de crever à Azkaban et toi aussi. Tu vaux pas mieux que lui. »

Si Boréalis espérait toucher une quelconque corde sensible, il venait de choisir le mauvais parent pour ça. Drago éclata de rire. « Attends, Isaac... Vraiment ? Tu rêves de tout ça depuis des mois et c'est tout ce que tu as ? ... Mon père ? Putain, quelle déception. »

Drago lui lança un dernier sourire narquois et lui tourna le dos. Mais dès l'instant où il commença à s'éloigner, la voix d'Isaac s'éleva de nouveau :

« Hermione ne pensera pas à toi quand elle sera penchée sur un bureau à me supplier de lui enfoncer ma queue dans sa petite chatte bien serrée. Ni quand elle criera mon nom pendant que je la pilonnerai comme jamais elle ne... »

Isaac ne termina pas sa phrase.

Debout au-dessus de son corps inerte, Drago sentait son coeur battre jusque dans ses poings qu'il tenait encore serrés.

Une rage brûlante avait explosé en lui, mais celle-ci s'était envolée tout aussi soudainement, ne laissant derrière elle que la froideur d'un pur sentiment d'incompréhension.

Drago n'avait aucune idée de ce qu'il venait de se passer.

Son regard erra une minute entre le visage couvert de sang d'Isaac et ses propres phalanges meurtries.

Tout était flou. Drago se rappelait lui avoir tourné le dos et être en train de partir. Comment... Comment Isaac avait-il pu se retrouver par terre la seconde d'après ?

Gisant sur le sol, Isaac reprit progressivement connaissance. Sous les yeux de Drago, il commença à remuer et à gémir comme un animal blessé.

Tout ça n'avait aucun sens. Borealis n'était rien de plus qu'un pauvre type ne méritant ni son temps, ni sa colère. Bien qu'il se soit imaginé plus d'une fois lui balancer son poing dans la gueule, Drago possédait ce que l'on appelait communément la maîtrise de soi. Il savait se retenir. Mais là, il n'y avait eu aucune maîtrise, aucun contrôle. Seulement une pulsion lui venant des tripes.

Une pulsion qui n'était pas la sienne.

Drago entendit Isaac gémir de plus belle, mais avant que ce dernier n'ouvre les yeux, il s'éloigna, le laissant étendu sur le sol au milieu de ce couloir désert. Même s'il ignorait pourquoi il venait de le frapper, Drago savait que c'était tout ce que Borealis méritait.

Arrivé au bout du couloir, il monta quatre à quatre les escaliers de l'aile Ouest, jusqu'à l'étage de ses appartements. D'un pas rapide, il traversa le couloir et ne s'arrêta qu'une fois devant sa porte. D'un sort sans baguette, il la déverrouilla et enroula ses doigts autour de la poignée. Sa main tremblait.

« Drago ? »

Au son de cette voix, Drago se sentit raidir d'une façon inexplicable. Lorsqu'il la reconnut, il soupira et laissa son front reposer quelques secondes contre la porte. Putain. Il n'avait pas le temps pour ça. Pas le temps pour ses conneries. Surtout si elle mettait encore une éternité avant d'articuler quoi que ce soit.

Drago expira bruyamment et se retourna.

Granger se trouvait à quelques pas de lui, assise sur l'un des bancs du couloir. Tellement perturbé par ce qu'il venait de se passer, Drago l'avait dépassée sans même la voir.

Granger se leva et s'approcha de lui, tenant dans l'une de ses mains ce qui semblait être leur emploi du temps de surveillance. Elle passa la seconde dans ses cheveux et coinça quelques mèches derrière son oreille, avant de s'éclaircir la voix :

« Est-ce que je peux te parler un instant ? »

On pouvait toujours compter sur elle pour s'inquiéter de l'organisation d'un examen qui n'avait pourtant lieu que dans deux mois.

« Granger, c'est... Ce n'est vraiment pas le moment. » lança-t-il sèchement.

Drago avait besoin de comprendre cet accès de rage, cette absence, cette pulsion. Il sentait encore les battements de son coeur résonner dans sa poitrine, dans son crâne, dans son poing gauche. Il avait besoin de passer cette porte.

« Qu'est-ce que tu as... à la main ? »

Drago suivit le regard de Granger jusqu'à cette main contusionnée reposant sur la poignée. Ses articulations commençaient à bleuir. Le nez d'Isaac était visiblement aussi dur qu'il était massif.

Drago savait que s'il gardait cet événement pour lui, Isaac en ferait autant. Lui qui ne loupait pas une occasion de vanter ses exploits d'ancien Auror, il n'y avait aucun risque qu'il aille raconter s'être fait mettre KO d'un simple coup de poing.

« C'est... » Drago relâcha la poignée et glissa cette main dans sa poche. « C'est rien. »

Granger fronça les sourcils mais il ne lui laissa pas le temps de s'y attarder.

« Qu'est-ce que tu veux ? » lui demanda-t-il. Sa voix tranchante trahissait l'état de ses nerfs. « Si c'est pour la surveillance des épreuves, on s'organisera plus tard. »

Granger secoua lentement la tête avant de prendre une profonde inspiration.

« Drago, il faut que je sache, lança-t-elle d'un ton aussi décisif que l'expression de son visage. Il faut que je sache pourquoi tu es parti. »

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Hello,

Bon, nous ne sommes plus le 27 juin depuis quatre jours... Desolée. Et en plus je publie ce chapitre à une heure indécente (mais si je ne le faisais pas maintenant, je l'aurais encore modifié quarante-six fois.)

J'espère qu'il vous a plu ! LA discussion est donc sur le point d'arriver. Alors, d'après-vous, que va-t-elle donner ? Oh, et une idée de ce que compte faire notre Drago du passé ? Je serais curieuse d'avoir vos pronostics et de constater encore une fois que personne ne trouve mes indices :')

Je vous remercie pour vos reviews, je me répète mais c'est important de vous le dire :)

Prenez soin de vous, et je vous dis à bientôt !