Titre : Come Slowly, Eden
Auteur : Lomonaaeren
Traductrice : ReachingforHeaven
Disclaimer : Ces personnages appartiennent à JK Rowling, etc. Ce qui suit à été écrit pour m'amuser, non pour un quelconque profit.
Pairing : Harry/Draco, Blaise/Pansy
Rating : R
Warnings : Sexe, quelques jurons, « huitième année », plus de fluff qu'il n'est conseillé de consommer.
Nombre de mots : ~ 17,000 mots
Sommaire : Harry n'avait pas eu l'intention de commencer à apprécier Draco Malfoy - c'était arrivé, juste comme ça.
Note de l'auteur : Cette fic a été écrite pour amour3559, en remerciement pour sa généreuse donation à help_chile, sur LJ. Elle a demandé une fic qui se passe à Poudlard, avec un Blaise et une Pansy soutenant Draco, et Harry qui commence à aimer Draco en premier. Le titre est tiré du premier vers d'un poème d'Emily Dickinson.
Note de la traductrice : Hellooo. Donc, une nouvelle traduction en cette douce soirée de printemps ! Aujourd'hui, encore une fois une fic de Lomonaaeren ; il s'agit d'un OS assez long (plus de 17000 mots en VO), donc j'ai décidé de le diviser en deux parties. Déjà ça me donne l'impression de bosser plus vite, et mon beta m'a dit que ça le fatiguait moins, bref que des avantages ! Mais ne vous en faites pas, la suite est déjà en bonne voie, et je devrai la publier d'ici deux/trois jours (le bug du site m'a donné le temps de bien avancer !) :)
Come Slowly, Eden
Premier Moment
Harry se souvenait exactement de l'endroit où il se trouvait quand il se rendit compte de la vérité, et il eut un petit sourire narquois en pensant à ce qu'allait lui répondre Hermione. Elle lui dirait qu'il ne devrait pas ressentir une telle chose, que c'était trop étrange, contraire à toute logique, bizarre et étrange, et qu'il était probablement en train de laisser le désappoitement que lui avait causé le refus de Ginny de sortir à nouveau avec lui prendre le pas sur son sens de la logique. Si jamais il y réfléchissait de façon rationnelle…
Mais le fait était que Harry y avait pensé, et il pouvait se souvenir de l'endroit où il se trouvait quand c'était arrivé. Le souvenir en était clair et précis, et cela signifiait qu'il n'était pas fou, et cette fois ce serait Hermione qui devrait se taire et lui prêter respectueusement attention.
S'il lui racontait tout ça un jour, bien sûr - ce qu'il ne comptait pas faire.
Mais, vous savez, s'il le faisait. Cela aurait été logique.
Il se tenait près de la porte de la Grande Salle, la première nuit de la nouvelle année scolaire, écoutant une fois de plus une nouvelle dispute entre Ron et Hermion, et se préparant à affronter les regards des élèves quand il allait entrer dans la Grande Salle. Il était en train de se demander s'il n'avait pas fait une erreur en choisissant de revenir. Le programme de formation des Aurors l'aurait engagé, même sans ses ASPIC. Il aurait pu faire une brillante carrière, occupé à détruire des mages noirs -
Et c'était bien là le problème. Il désirait quelque chose d'autre, quelque chose d'à la fois moins tragique et de plus important. Il ne savait pas encore ce que c'était, seulement qu'il le reconnaîtrait quand il le verrait.
Puis un murmure parcourut la foule des élèves autour d'eux, et il tourna la tête.
Il se souvenait exactement de l'endroit où il se trouvait. Il aurait pu décrire les dalles sous ses pieds.
Draco Malfoy se pavanait devant eux, accompagné de plusieurs autres Serpentards. Il adressait un sourire supérieur en direction de tous ceux qui le regardaient - et même vers le sol - comme s'il voulait montrer à tous, depuis l'air autour d'eux, jusqu'aux autres élèves - et en passant par chaque recoin de pierre - qu'il était chez lui. Il avançait d'une démarche assez étrange, levant ses pieds trop haut, et Harry songea qu'il le faisait exprès pour en rajouter à son attitude hautaine.
Harry le regarda de plus près. D'abord, Malfoy l'ignorait de façon évidente, probablement parce qu'il savait qu'ils allaient sans aucun doute se battre s'il le regardait, et qu'il ne voulait pas gâcher sa petite démonstration. Harry pouvait clairement distinguer si son assurance était oui ou non feinte, si Malfoy était juste en train de se donner en spectacle pour remonter la confiance de la maison de Serpentard - une confiance en eux-mêmes qu'ils ne méritaient pas d'avoir, mais ce n'était pas le bon moment pour en discuter - ou pas.
Ce n'était pas le cas.
Malfoy avait traversé la guerre, et il était toujours égal à lui-même, arrogant et nullement intimidé.
Harry sentit sa gorge se nouer. Il s'en souvenait. Il se souvenait qu'Hermione lui avait parlé sèchement, probablement pour le retenir d'entamer une dispute qui de toute façon n'allait pas arriver (et quand est-ce que Hermione allait apprendre à lui faire plus confiance ?) ; et il n'entendit pas ce qu'elle lui disait, parce qu'il ne faisait attention qu'à Malfoy.
Le monde avait changé après la guerre, mais personne ne semblait vraiment savoir de quelle façon. Il y avait des funérailles auxquelles il fallait assister, des personnes à pleurer, des blessures à guérir, des Mangemorts à capturer - mais aussi la mort du Seigneur des Ténèbres à célébrer, des survivants à étreindre, des blagues à faire, une école à reconstruire. Alors parfois les gens se réjouissaient et parfois ils s'effondraient, mais ils avaient tous changé.
Harry n'avait pas l'impression d'être une nouvelle personne, même après qu'il soit mort et qu'il soit revenu à la vie. Il souhaitait que les gens arrêtent de le fixer et de lui demander ce que cela faisait d'être le vainqueur de la guerre. Cela ne représentait rien, pour lui. Il était toujours la même personne déchirée et confuse qu'il avait toujours été, en particulier après que Ginny lui ait dit, gentiment, de la laisser tranquille.
Mais Malfoy…
Il accusait le choc. Il était le même qu'avant.
Ou, bon, pas vraiment le même, cela serait stupide, mais il ne prétendait pas qu'ils vivaient dans un monde nouveau et éclatant, et qu'il avait besoin de changer son comportement pour s'y conformer. Il avait l'air soigné et fier de lui, et sa voix avait le même nuance traînante que d'habitude ; Harry n'aurait pas été surpris de l'entendre dire quelque chose du genre « mon père », comme il l'avait toujours fait.
Il avait survécu. Il avait tenu le coup.
Et Harry en était fasciné.
Malfoy n'avait pas besoin d'être un héros. Il aurait pu essayer, sans doute. Il aurait pu essayer d'avoir l'air humble et maîtrisé, et de se comporter comme un parfait petit supporter du Ministère. Même si Harry lui avait sauvé la vie, tout comme à ses parents, cela aurait été prudent. Cette arrogance allait fissurer les délicates armures que les gens s'étaient forgées, maintenant. Les regards fixés sur Malfoy n'étaient pas tous dégoûtés. Certains avaient l'air pensif, comme s'ils désiraient qu'il leur montre comment faire.
Et Harry pensait à peu près la même chose.
Il voulait Draco Malfoy.
ooo
Draco regardait les gens qui l'entouraient d'un air méprisant - et encore, dans le cas présent, ce n'était pas suffisant, en particulier si l'on considérait les nouvelles avec lesquelles ses meilleurs amis l'avaient accueilli.
« Mais j'ai toujours pensé que j'allais me marier avec toi, Pansy » dit-il d'un air borné, tournant la tête pour que personne ne puisse déchiffrer sur ses lèvres les mots qu'il murmurait. « Ou que je serais l'amant de Blaise. »
« Eh bien, nous nous sommes rabattus l'un sur l'autre, à la place » dit Blaise, tandis que Pansy rougissait et fixait le sol, clairement attristée.
Draco ricana en direction d'une Pouffsouffle de deuxième année ; la fille agrippa sa robe d'un air terrifié et s'écarta de son chemin. Cela le fit se sentir un peu mieux, et donc il put s'adresser normalement à Blaise. « Vous n'aviez pas le droit de choisir de sortir ensemble sans me consulter. Mon futur dépendait de l'un de vous deux. C'était malpoli. »
« Mais c'est fait, maintenant » dit Pansy, et sa voix devint plus assurée au lieu de s'affaiblir. Draco se retourna et la fixa du regard, mécontent. Pansy releva le menton et déglutit. « Je suis avec Blaise maintenant, et je ne vais pas le quitter juste parce que tu apprécierais de sortir avec lui. »
« Ou avec toi » se sentit obligé de lui rappeler Draco. « Mon choix aurait pu se porter sur toi. Tu ne le sauras jamais. »
Pansy lui jeta un regard triste, mais fit non de la tête. « Je ne suis pas sûre que ça aurait été le cas » dit-elle. « Je ne t'ai jamais suffi, même quand on était enfants. »
« C'est ridicule » dit franchement Draco. « Tu ne tenais pas assez longtemps en place pour que je puisse t'étudier. Je voulais que tu reviennes me voir tous les trois mois, tu te souviens, et que tu me dises comment tu avais changé. J'aurais pu décidé si le changement en question me suffisait, de cette façon. »
« Tu ne réalises pas à quel point tu as l'air arrogant en disant ça ? » demanda Blaise.
« Si quelqu'un a le droit d'être arrogant, c'est bien moi. » Draco s'arrêta devant les portes de la Grande Salle et croisa les bras, les fixant, l'air d'attendre quelque chose. Il pensait qu'il était stupide qu'ils aient tous à attendre là comme s'ils étaient des première années destinés à s'asseoir sous le Choixpeau. McGonagall n'avait-elle donc aucun goût, aucun tact ou aucune idée de ce qui était dû aux huitième années qui revenaient à l'école ?
« Pourquoi ? » demanda Blaise en ricanant. « Alors que ta famille a à peine survécu à la guerre, et que toi et ta mère, vous avez échappé à Azkaban, mais pas ton père ? »
« Père a toujours su qu'il irait en prison » dit Draco, adressant un soupir aux portes en face de lui, regrettant les enfantillages de leur monde. Les portes étaient les seuls objets solides près de lui, les seuls qui pourraient comprendre son besoin de rester ferme face à la futilité des autres gens. « Il s'était préparé pour faire en sorte que Mère et moi soyons en sécurité avant qu'il n'y aille. Et c'est pourquoi je peux me permettre d'être arrogant. »
« Parce que ton père avait tout prévu ? » Draco ne regardait pas Blaise à ce moment précis, mais il savait qu'il avait les bras croisés. Il pouvait l'entendre rien qu'au son de sa voix. « Ma mère aussi. En fait, elle avait tellement bien prévu les choses qu'elle n'est jamais devenue un Mangemort. »
Pansy intervint. Elle se trouvait certainement très subtile quand elle essayait de les empêcher de se disputer, lui et Blaise, pensa Draco ; mais elle se trompait tout à fait. Draco détectait chaque stratagème qu'on utilisait contre lui et pouvait le contrer grâce à sa ruse merveilleuse. « Potter te regarde, Draco. »
Draco se retourna et jeta négligemment un coup d'œil par-dessus son épaule. En fait, pour une fois - car elle ne se basait pas toujours sur de véritables faits avant de parler - Pansy avait raison. Potter le fixait comme si quelqu'un l'avait violemment frappé à la tête.
Draco ricana et lui tourna le dos. « Potter ne vaut pas le coup que je me dérange. »
Les portes s'ouvrirent enfin, et ils pénétrèrent dans la Grande Salle, Draco ouvrant la marche - sa maison, la mode, et tout ce qui avait vraiment de l'importance le suivant de près.
Dans la Classe de Slughorn
« Je pense que les personnes qualifiées pour concocter une potion aussi compliquée que l'Amortentia pourraient être Mr. Malfoy et - Mr. Potter. » Slughorn adressa un grand sourire niais dans la direction générale de Harry.
Harry déglutit. Ses mains devinrent moites alors qu'il s'avançait vers le chaudron test que Slughorn avait placé à l'avant de la classe. Il les essuya sur sa robe d'uniforme, et il se dit qu'il aurait dû savoir que Slughorn allait les choisir tous les deux. Cet idiot pensait encore que Harry était une sorte de génie en Potions, et le professeur aurait apprécié qu'il remette Malfoy à sa place - peut-être parce que Rogue avait favorisé ce dernier tout au long de l'année précédente.
Mais c'était la première fois que Harry se retrouvait si proche de Malfoy depuis qu'il avait réalisé qu'il l'aimait bien. Il lui jeta un rapide coup d'œil nerveux, mais Malfoy ne réagit pas. Il était appuyé d'un coude sur le chaudron et hochait la tête en écoutant les instructions que leur donnait Slughorn pour préparer l'Amortentia, qu'il connaissait probablement déjà.
Je devrais penser qu'il est horrible, pensa Harry. Préparer une potion pareille. Il l'a probablement utilisée pour faire courir des gens les uns après les autres, juste pour s'amuser. Il l'a probablement utilisée sur des première années. Je dois me souvenir de qui il est, en particulier s'il n'a pas réellement changé.
Mais le faible que Harry ressentait pour Draco l'empêchait d'écouter sa raison. Malfoy eut un sourire moqueur, et Harry vit devant lui le garçon qu'il avait toujours connu - mais en plus mature, maintenant. Il ne serait peut-être pas si stupide d'essayer de passer outre leur éternelle rivalité, finalement.
Pour la première fois, il pensa cependant à quelque chose, quelque chose qui l'inquiéta un moment. Si Malfoy n'avait pas réellement changé, pourquoi devrait-il se réconcilier avec Harry ? Il se contenterait de ricaner dans sa direction, d'insulter ses parents décédés, de le dépasser avec un coup d'épaule - il n'essaierait pas de le regarder différemment.
Harry était toujours en train de réfléchir à ce problème quand il réalisa que tout le monde s'était tu autour d'eux. Il leva les yeux, espérant de façon absurde que Malfoy lui avait dit quelque chose de gentil ; puis il réalisa que Slughorn avait fini ses instructions à propos de la recette de la potion, et indiquait maintenant de la main l'arrière-salle où étaient rangés les ingrédients. Malfoy fit quelques pas dans cette direction, puis s'arrêta et jeta un coup d'œil ennuyé à Harry par-dessus son épaule.
« Tu viens, Potter ? » dit-il d'une voix traînante.
Harry retint un sous-entendu et suivit Malfoy.
Je dois juste découvrir comment le faire s'intéresser à moi, pour qu'il cesse de m'ignorer et d'ignorer tout ce que je dis.
ooo
Potter agissait d'une façon sacrément suspecte.
Il regardait dans le vide, comme s'il était distrait - ce qu'il ne faisait normalement jamais quand Draco était dans les environs. Un Gryffondor parfait devait penser qu'il fallait faire attention aux sournois Serpentards et à leurs ruses, après tout. Et il n'avait pas écouté le discours de Slughorn ; et puisque la moitié était en fait un éloge à la gloire du talent supposé de Potter en Potions, cela signifiait que ce dernier avait manqué une bonne dose des mots qu'il adorait entendre.
Et il y avait le fait que sa gorge se soit serrée quand il avait suivi Draco pour aller chercher leurs ingrédients.
Peut-être qu'il pense qu'il a été empoisonné et qu'il a l'intention de m'accuser, pensa Draco, et commença à regarder le visage de Potter, à la recherche des symptômes des empoisonnements les plus courants : visage bleu, essoufflement, pincement de la bouche comme si la victime venait d'avaler un citron.
Le visage de Potter rougit au lieu de bleuir cependant ; il se retourna brusquement et fit quasiment tomber un bocal de pétales d'aubépine alors qu'il cherchait leurs ingrédients à l'aveuglette. Draco se précipita pour stabiliser les bocaux, et ne put contenir le soupçon de mépris qui se glissa dans sa voix. « Qu'est-ce qui ne va pas chez toi, Potter ? »
« Pourquoi est-ce que tu me fixes comme ça ? » Apparemment le poison imaginaire avait réduit la voix de Potter à un filet de voix rauque.
« Parce que je n'avais jamais remarqué à quel point ton visage avait l'air stupide » dit Draco, et il se félicita pour avoir réussi à sauver la face. Il prit des mains de Potter les ingrédients dont ils auraient besoin. Il remarqua que Potter se figea et frissonna quand leurs doigts se frôlèrent.
Et il est tellement dégoûté qu'il ne peut même pas supporter de me toucher, pensa Draco, levant les yeux au ciel alors qu'il retirait sa main et revenait vers la classe de Potions. Ca devrait pourtant répondre à sa question de savoir si oui ou non je pourrais l'empoisonner. Les meilleurs poisons sont des poisons qui s'utilisent par contact. Comment peut-il être le genre d'élèves dont Slughorn chante les louanges et ignorer ce simple fait ?
Puis il se souvint de certaines des choses que le professeur Snape lui avait dites à propos des goûts de Slughorn et de son système de discrimination, et eut un sourire narquois. Potter n'avait jamais rien compris aux potions quand il avait eu quelqu'un de compétent pour leur enseigner ce sujet. Merlin seul savait quelle sorte de fantaisies et d'idées ridicules lui remplissaient la tête.
« Malfoy ? »
« Qu'est-ce qui ne va pas avec ta voix, Potter ? » Draco le regarda par-dessus son épaule et haussa un sourcil. « Quelqu'un a saupoudré de l'Anis Etoilé Canin dans ton porridge ? »
D'après l'expression confuse de Potter, il n'avait aucune idée de ce que voulait dire cette blague - et s'en préoccupait encore moins. « Je veux savoir quelque chose » dit-il.
« Eh bien, demande. » Draco faisait passer les bocaux d'une de ses mains à l'autre, et il savait qu'il faisait paraître ce geste à la fois habile et facile à réaliser. Les yeux de Potter étaient fixés sur ses mains avec envie. Draco sourit. Ce n'est pas comme s'il allait reconnaître consciemment cette envie. Cela signifierait admettre qu'il admire quelque chose que je fais.
« Laisse tomber » murmura Potter, et cette fois sa voix était pratiquement étranglée. Draco dressa mentalement une liste des poisons qui auraient pu causer ce symptôme alors qu'ils rentraient à nouveau dans la salle de classe. S'il arrivait quelque chose à Potter; ses amis pourraient blâmer Draco même s'il n'y était pour rien. Il était toujours bon d'être préparé.
Slughorn fut visiblement désappointé lorsque Draco réalisa la majorité de la préparation de l'Amortentia. Draco sentit les battements de son cœur s'accélérer. Décevoir les idiots étaient l'une de ses raisons de vivre.
Sur le Terrain de Quidditch
Harry se pencha sur son balai et vola en cercle, regardant les joueurs de Gryffondor crier et descendre en piqué en-dessous de lui. Il était déjà plus haut que ce dont il avait besoin ; il savait que le Vif d'Or voletait près des longues herbes du côté de la Forêt Interdite et ne bougeait pas.
Mais il ne voulait pas donner la chasse au Vif tout de suite - bien que cela aurait sonné comme une hérésie aux oreilles de Ron. (Hermione aurait probablement supposé qu'il voulait étudier et l'aurait traîné à l'intérieur avant qu'il ne puisse expliquer la vérité. Bien qu'il ne veuille probablement pas expliquer la vérité, de toute façon.)
Il voulait réfléchir. Et il semblait que peu importe où il allait dans l'école, tout le monde parlait de Malfoy.
Ce foutu Malfoy avait concocté la potion la plus parfaite que Slughorn ait jamais vu. Malfoy avait stupéfait McGonagall en métamorphosant un moineau en un chaton du premier coup. (Harry était là, et il savait que le chat avait quelques plumes suspectes sur ses pattes avant, mais c'était tout de même la meilleure performance de toute la classe - exceptée celle d'Hermione). Malfoy avait fait une quelconque remarque ironique à propos de Neville et Hannah, qui sortaient ensemble maintenant, et elle s'était répandue dans toute l'école - mais personne ne semblait vouloir la répéter avec exactitude, de peur qu'un impressionnable première année puisse l'entendre.
Harry savait qu'il écoutait ces rumeurs avec attention seulement pour entendre quelqu'un parler de Malfoy ; et c'était comme si son nom était mentionné dans toutes les conversations, maintenant. C'était comme entendre partout pendant une semaine un nouveau mot qu'il aurait juste appris.
Mais avoir conscience de ce fait ne l'aidait en rien. Ce raisonnement ressemblait à la logique d'Hermione, et la logique d'Hermione n'avait rien à voir avec la chose qui lui serrait la gorge quand il regardait Malfoy, ou qui faisait affluer son sang vers son entre-jambes.
Malfoy ne cherchait pas à s'excuser. Il était courageux ; il était le seul Serpentard qui n'essayait pas de se cacher quand une nouvelle édition de la Gazette du Sorcier était publiée ; au contraire, il la détachait de la patte de son hibou, et la lisait froidement. Harry suspectait qu'il s'agissait d'un masque, mais il s'agissait d'une façade pour laquelle il aurait donné n'importe quoi pendant ces années affreuses durant lesquelles, chaque jour, la Gazette avait rapporté qu'il était fou ou qu'il était l'héritier de Serpentard. Ou même encore maintenant, quand les journalistes trouvaient que le moindre de ses mouvements méritaient d'être acclamé.
Malfoy parcourait seul les couloirs, alors que ses amis se déplaçaient en groupe, effrayés. Et il y avait cette rumeur comme quoi un cinquième année de Serdaigle qui avait brutalisé des Serpentards aurait été retrouvé avec ses testicules complètement retournés. Puisque Madame Pomfresh, la seule qui aurait pu confirmer cette rumeur, ne parlait pas, Harry ne savait pas si cet évènement s'était réellement passé. Ou si quelqu'un d'autre en était l'auteur.
Malfoy prenait la parole en classe, répondait aux questions, et refusait de remarquer la façon qu'avaient les professeurs d'essayer de chercher quelqu'un d'autre à interroger. C'était comme s'il avait décidé qu'il voulait apprendre des choses, et qu'il n'allait pas laisser des préjugés se dresser entre lui et son objectif.
Harry aurait aimé sauver les élèves plus jeunes - parce que c'était juste, et non pas parce que tout le monde s'attendait à ce qu'il le fasse. Il aurait aimé être un étudiant sérieux.
Et il n'avait aucune chance d'y arriver, et tous s'attendaient à ce qu'un ancien Mangemort comme Malfoy n'en ait aucune non plus. Mais il réussissait à le faire, malgré tout.
Harry se renfrogna. Il avait déjà réfléchi à tout ça auparavant. Jusqu'à maintenant, être sur son balai ne l'aidait pas à réfléchir ; cela permettait juste à son esprit d'organiser ses pensées avec un peu plus de clarté. Mais il allait de toute façon finir par aboutir dans la même impasse que d'habitude…
Peut-être que je devrai décider de ce que je vais faire, plutôt que de ce à quoi je devrais penser.
Cela l'aiderait s'il en savait plus à propos de Malfoy que les aperçus qu'il pouvait obtenir par le biais des autres, qui comportaient des lacunes et des mensonges de façon presque certaine.
Harry se redressa. Bien sûr. Pourquoi continuait-il à penser au lieu d'agir ? Il devrait aller espionner Malfoy et voir ce que cette filature allait révéler. C'était ce qu'il avait fait en sixième année, et il avait eu raison en pensant que Malfoy avait été en train de tramer quelque chose de mal, malgré ce qu'en avaient dit Ron et Hermione. Il sourit et descendit en piqué vers l'herbe. Il trouva le Vif d'Or sur son chemin et s'en saisit négligemment, le faisant rebondir dans sa paume tandis qu'il atterrissait devait son équipe stupéfaite et leur souriait.
« L'entraînement est terminé pour aujourd'hui » dit-il. « Allez prendre une douche et retournez au château. Souvenez-vous que nous avons une réunion de stratégie demain. »
« Vieux ? » Ron dégagea ses cheveux de son visage et fronça les sourcils. « Qu'est-ce qu'il se passe ? T'as dit qu'on allait rester sur le terrain pendant une heure ! »
« C'était avant de me souvenir que j'avais pris du retard dans mes devoirs » mentit Harry avec naturel, et il leva les yeux au ciel en entendant le concert de grognements qui s'éleva autour de lui. « Vous aussi, vous auriez tous besoin d'un peu plus de temps pour bosser, avouez-le ! »
Ils traînèrent les pieds jusqu'aux douches, se plaignant de concert. Harry rangea à la va-vite les balles dans leur boîte et récupéra les quelques balais qui traînaient, puis se dépêcha d'aller prendre sa douche, lui aussi. Il ne pouvait pas s'attendre à ce que Malfoy aille à un même endroit comme il l'avait fait avec la Salle sur Demande durant leur sixième année. Il lui faudrait une certain temps d'espionnage préalable pour apprendre son emploi du temps et dans quelle mesure il le suivait. Peut-être qu'il pourrait -
Il aperçut le reflet de cheveux familiers et chercha une cachette sans même y réfléchir.
Malfoy rentrait juste dans le local des douches, Zabini derrière lui.
C'est parfait, pensa Harry avec jubilation ; il s'installa confortablement contre la porte derrière laquelle il se cachait. Je suis tellement intelligent.
ooo
« J'aimerais vraiment que tu arrêtes de faire ta crise, Draco » dit Blaise, levant les yeux au ciel. « On a su ce que tu pensais de tout ça dès la première nuit du trimestre. En parler tout le temps n'y changera rien. »
« Mais vous auriez dû penser à moi avant de commencer à sortir ensemble » dit Draco d'un ton borné. Il était tard, et il n'avait rien d'autre à faire. Les première année de Serpentard s'étaient endurcis, à tel point qu'ils ne croyaient plus automatiquement aux histoires qu'il pouvait inventer pour les effrayer, et Draco n'avait pas trouvé d'autres gamins naïfs à traumatiser ce soir. Il était descendu jusqu'au terrain, emmenant Blaise avec lui - pour qu'ils puissent s'engueuler pendant qu'ils voleraient - mais il avait trouvé le côté des tribunes réservé aux Gryffondors rempli de supporters. Ils allaient devoir attendre. Draco s'adossa contre la porte, notant au passage que le mur derrière lui semblait plus moelleux qu'à l'ordinaire, et croisa les bras. « J'avais le droit de te revendiquer. »
« Oui, un droit qui existait uniquement dans ta tête » répliqua Blaise. « Exactement comme celui que tu as sur Pansy existe seulement dans ta tête. »
Draco se renfrogna et s'installa un peu plus fermement contre la porte. La porte se déplaça légèrement, s'immobilisa à nouveau, et Draco eut l'impression d'entendre un grincement étouffé. Quelqu'un avait probablement laisser une pile d'équipements de Quidditch là, pensa-t-il. Il aurait pu la détruire pour se défouler, mais il était trop fainéant pour regarder. Se disputer avec Blaise était bien plus intéressant. « Tu sais que je voulais baiser avec toi. »
Un autre grincement. Cet équipement de Quidditch doit déjà être bien abîmé s'il fait autant de bruit alors que je me contente de m'appuyer dessus, pensa Draco. Peut-être qu'il est humide.
« En voilà une façon vulgaire de s'exprimer » murmura Blaise, mais il s'était détendu, et ses yeux brillaient d'une lueur amusée.
« Peut-être, mais c'est la façon la plus simple » dit Draco, et baissa sa voix jusqu'à un murmure rauque. Il ne voulait pas que Blaise et Pansy rompent, pas vraiment, mais ce serait fantastique s'il réussissait à les faire réfléchir à ce à quoi ils avaient renoncé. « Tu ne veux pas coucher avec moi ? Pense-y. Je m'enfoncerais, vite et profondément, la peau luisante alors qu'on glisserait l'un contre l'autre, tu halèterais et gémirais en-dessous de moi - »
Blaise ricana ; la pile d'équipement en cuir couina à nouveau derrière la porte. « Qu'est-ce qui te fait penser que tu serais au-dessus ? »
Draco lui accorda un regard patient. « Parce qu'une seule personne peut y être à la fois, et que tu sais où est ta place. »
Blaise leva les yeux au ciel. « Tu sais, tu n'as pas autant l'air dominant que tu aimes à le croire. »
« Viens, goûte-moi, et essaie un peu » dit Draco à voix basse ; et il entrouvrit ses lèvres, attendant de voir si Blaise aller résister ou pas.
Bien sûr, il résista. Cette nouvelle fidélité envers Pansy était assez perturbante, pensa Draco ; il regarda son meilleur ami hocher la tête et retourner vers la porte, s'arrêtant pour pointer un doigt accusateur en direction de Draco. « Un de ces jours tu rencontreras quelqu'un par qui tu voudras te faire baiser » dit-il. « Et je veux être là le jour où ça arrivera. »
« Peut-être que ça aurait pu être toi » dit Draco, baissant la voix. « Tu ne sauras jamais si on essaie pas. Laisse-moi faire ce que je veux quelques fois, et ensuite je serai assez détendu et docile pour que tu puisses faire ce que tu veux de moi. » Même pas dans tes rêves les plus fous, Blaise, mais comment pourrais-tu le savoir sans essayer ?
« Tu ne te détenderais jamais assez » dit Blaise, faisant un pas de côté. « Tu es bien trop borné, et surtout trop - rigide. »
« C'est une très bonne chose, quand tu sais bien t'en servir » dit Draco, et le suivit. Le château, ou le chemin du retour jusqu'au château, était un endroit tout aussi opportun pour continuer leur dispute, puisque que les Gryffondors avaient décidé de traîner dans le coin.
Alors qu'ils sortaient, il pensa entendre quelqu'un glisser et tomber derrière lui, près de la porte, et ricana. Il espérait qu'il s'agissait d'un des Gryffondors.
De Perturbantes Rêveries
Peu importait où allait Harry, peu importait le fait que ses yeux soient ouverts ou fermés, qu'il soit assis dans la Grande Salle ou en train d'esssayer désespérément de ne pas s'assoupir alors qu'il écoutait Binns…
(Bon, d'accord, c'était bien mieux quand il avait les yeux fermés et qu'il était allongé dans son lit, mais ce n'était pas le sujet.)
Il voyait encore les images qu'avait laissées échapper la bouche de Malfoy - bon, les mots, mais ces mots avaient réussi à lui faire imaginer des choses, si facilement d'ailleurs que cela devrait être considéré comme un crime. Malfoy avait parlé de baiser Zabini avec tant de précision qu'Harry se demandait combien de fois ils l'avaient déjà fait, et dans quelles positions. Est-ce que Malfoy avait déjà laissé Zabini passer au-dessus ? Est-ce qu'ils s'étaient branlés l'un l'autre ? Avaient-ils déjà regardé l'autre se masturber ? S'étaient-ils déjà sucés mutuellement ?
Ces questions ne cessaient d'aller et venir, et durant le deuxième jour Harry commença à se demander si Malfoy couchait avec des filles, aussi. Et il se demandait ce qu'il se passait réellement dans la salle commune de Serpentard, qui soi-disant était plus silencieuse que n'importe quelle autre pièce du château la nuit - et ce, même si Rogue n'était plus là désormais. Et il se demandait si Zabini allait bientôt changer d'avis et laisser Malfoy coucher avec lui.
Il serait stupide de ne pas le faire, pensa Harry, repoussant ses cheveux de devant ses yeux alors qu'il scrutait la Grande Salle d'un air fatigué. C'était le matin, le troisième matin depuis qu'il avait entendu Malfoy et Zabini discuter ; Malfoy était assis sur sa chaise et mangeai une pomme, aussi calme que quelqu'un ayant eu une bonne nuit de sommeil peut l'être. Je veux dire, il suffit de le regarder.
Cela lui avait été facile de ne pas regarder Malfoy auparavant, à cause de Voldemort et de la manière dont il s'était conduit depuis leur première année ; c'était la seule excuse à laquelle Harry pouvait penser pour ne pas avoir remarquer à quel point il était parfait depuis tout ce temps. Le visage pointu de Malfoy était devenu plus dur, et le qualifier de « pointu » n'était désormais plus un mot assez fort pour le décrire. Il avait l'air fort et déterminé, maintenant. Ses cheveux blonds étaient tellement clairs que Harry avait envie de les toucher, pour s'assurer qu'ils étaient véritables. (Il était prêt à parier que ce n'était pas le cas.)
Les yeux gris clair de Malfoy rappelaient à Harry ceux de Sirius. Bien sûr, Malfoy n'était pas Sirius, et Harry aurait été stupide de penser que c'était le cas, mais ils étaient de la même famille. Peut-être que tous les Black avaient ces yeux-là.
La démarche de Malfoy possédait une sorte de grâce, et cela rappelait à Harry combien il était habile sur un balai. Il n'attrapait jamais le Vif d'Or quand il jouait contre lui, bien sûr, mais cela était une loi universelle que Harry n'avait pas l'intention de changer - et ce peu importe à quel point Malfoy était devenu attirant.
Bon, compte tenu de certaines circonstances -
« Eh, vieux ? »
Harry cligna des yeux et tourna la tête. Ron était assis à côté de lui, un sourcil haussé - d'une façon tellement similaire à Malfoy qu'Harry dut se mordre la lèvre. Il ne voulait pas lâcher le mauvais nom par erreur.
« Ca va ? » demanda Ron avec précaution. « Tu étais en train de fixer la table des Serpentards et tu fronçais les sourcils comme si l'un d'entre eux avait jeté un maléfice pour te jeter à bas de ton balai. » En un instant, il se retourna brusquement et regarda lui aussi la table d'en face, l'air furieux. « Est-ce qu'ils ont fait ça ? Je parie que c'était ce connard de Malfoy, pas vrai ? »
« Non, Ron, personne n'a fait ça » dit Harry, croisant le regard d'Hermione. Ou essayant putôt de croiser son regard, en tout cas. Elle était plongée dans un livre énorme sur la couverture duquel était écrit L'Histoire des Fondateurs, et ne tressaillit même pas en entendant la note de patience dans la voix de Harry. Ce dernier soupira. Il allait probablement devoir se débrouiller tout seul, cette fois. « Je regardais juste dans le vide pendant que j'essayais de penser à des stratégies de Quidditch. C'est juste tombé par hasard sur la table des Sepentards. »
« J'ai trouvé une combinaison de mouvements géniale cette nuit » dit Ron, s'animant en un instant, tendant la main et s'emparant du sel dans le coin de son assiette pour le mettre au centre de la table. « Ca commence comme ça. Quand nos Batteurs prennent leur envol, on les envoie après les Poursuiveurs de Serpentard, et ensuite… »
Harry fixa la moitié de son attention sur la conversation, alors que l'autre moitié restait fixée sur Malfoy. Il avait fini sa pomme et se lèchait paresseusement les doigts.
Harry sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Il avait l'impression que sa langue était en feu. Non, plutôt ses lèvres. Il se les lécha.
Et Malfoy leva les yeux et le fixa.
Harry détourna le regard, sentant ses joues rougirent. C'était stupide. C'était complètement dingue. Il ne devrait pas penser à ce que cela ferait de sentir les doigts de Malfoy agripper ses hanches, ou le long, gémissant soupir qu'il laisserait échapper quand il commencerait à baiser Harry. Il ne s'enfoncerait pas avec force en lui ; le sentir en lui ne serait absolument pas fantastique. Harry n'avait jamais couché avec une fille, putain. Comment pourrait-il savoir ce qu'il pourrait ressentir ?
Malfoy serait d'ailleurs probablement violent juste pour dire de l'être, juste parce que ce serait Harry Potter qu'il baiserait.
Apparemment, le sexe de Harry n'y trouvait aucune objection.
« Fais un peu attention à mes stratégies maintenant Harry, et pas aux tiennes » se plaignit Ron.
Dans un soupir, Harry se retourna vers la table et les plats, les fourchettes et la coupe qu'il avait réquisitionnés et qui avaient rejoint la salière comme représentations des joueurs. S'il arrivait à penser au Quidditch, il pourrait arrêter de songer à Malfoy.
Malfoy, qui s'imaginait sans doute en train de coucher avec Zabini et Parkinson durant toute la journée, et le faisait d'ailleurs probablement la nuit. Il suffisait de le regarder à cet instant précis, riant aux éclats à une blague de Zabini et lui touchant l'épaule, sa main s'attardant un peu trop longtemps.
Harry déglutit. Le goût de la jalousie ressemblait beaucoup à celui de la bile.
ooo
Le comportement de Potter commençait à sérieusement inquiéter Draco.
Il ne voulait pas s'inquiéter à propos de Potter. Il était revenu à l'école avec l'intention de profiter de la vie qu'il aurait dû avoir l'année dernière, si son père n'avait pas été un crétin et n'avait pas rejoint Lord Face-de-Serpent. Draco avait sérieusement songé à essayer de trouver un Retourneur de Temps, pour pouvoir remonter le temps et convaincre son père de ne pas le faire - mais peut-être que dans ce cas il ne serait même pas né ou quelque chose dans ce genre là, alors il avait à contre-cœur abandonné cette idée.
Il essayait de passer une année normale. Il blaguait avec Blaise et Pansy. Il défendait les Serpentards contre le harcèlement que les « héros » comme Potter, trop occupés sans doute, ne remarquaient pas. Il jouait des tours et excellait en Potions, bien que Slughorn préfère continuer de faire de la lèche à Potter et non à lui. Il avait une conduite irréprochable, à moins qu'on ne puisse le blâmer simplement parce qu'il existait ou parce qu'il ressemblait physiquement à son père - et dans ce cas, Draco n'était de toute façon pas intéressé par les reproches qu'on pouvait lui adresser.
Mais Potter le suivait, tout comme il l'avait fait durant leur sixième année.
Au début, il avait suivi Draco des yeux. Quand ils étaient en Potions et que Draco levait les yeux, sentant un regard insistant posé sur lui et pensant qu'il s'agissait de Slughorn en train de le jauger, il ne découvrait que Potter, le fixant comme un chien affamé.
Puis Potter s'était retrouvé « par hasard » derrière lui quand il entrait dans la Grande Salle pour prendre ses repas, ou quand il marchait dans les couloirs pour se rendre en cours. Draco frissonnait de soulagement quand la porte de la salle commune de Serpentard se refermait derrière lui, le soir. Au moins Potter ne pouvait pas le suivre là-bas, peu importe à quel point il avait envie de le faire.
Et ensuite, Draco avait vu Potter s'éclipser quand il sortait des douches du terrain de Quidditch un jour, encore en train d'enfiler sa chemise et sa robe d'uniforme sur le bras.
Cet évènement avait été le plus perturbant de tous. Et s'il avait vu Draco nu ?
Draco avait eu besoin de s'arrêter, parce que sa propre réaction à cet élément était bien trop compliquée et difficile à exprimer.
Mais Potter faisait tellement d'autres choses stupides et perturbantes qu'il était facile de remplacer ses émotions complexes par une simple exaspération. Il suivait Draco jusqu'aux cachots, et ne partait seulement que quand Blaise et Théo sortaient tous les deux et se plaçaient de chaque côté de Draco, épaule contre épaule. Il avait travaillé avec Draco sur la même potion dans la classe de Slughorn et une fois préparée, il avait insisté pour que Draco s'en attribue le mérite. Il avait haussé le ton durant une dispute entre des Gryffondors à laquelle Draco n'avait pas prêté attention jusque là, et avait proclamé que tous les Serpentards n'étaient pas mauvais.
Bien sûr, il avait continué en disant qu'il parlait du professeur Rogue et de ceux qui s'étaient battus durant la Bataille de Poudlard, mais ses yeux étaient fixés sur Draco quand ce dernier osa relever les siens pour croiser son regard.
Alors que les jours passaient, Draco trouva ce à quoi le comportement de Potter ressemblait le plus. Il n'y retrouvait pas ce côté sombre qu'il y aurait eu si Potter le soupçonnait toujours d'être l'auteur d'un crime, et quel serait l'intérêt de défendre Draco durant une conversation avec ses amis si c'était le cas ? Et il ne voulait pas être l'ami de Draco, ou il serait venu le voir et le lui aurait demandé directement. Ou bien il lui aurait parlé d'une trêve. Cela serait le meilleur moyen de faire en sorte que les autres Gryffondors laissent les Serpentards tranquilles, ce que souhaitait clairement Potter.
Mais s'il avait un faible pour lui…
C'était incroyable. C'était stupéfiant. C'était risible. C'était stupide, parce que sûrement même Potter ne pouvait pas agir d'une manière si puérile après avoir traversé une guerre et réalisé qu'il aimait quelqu'un d'autre.
C'était vrai.
Draco commença à croiser le regard de Potter et à lui sourire plus souvent, et observa ce qui se passait alors.
Potter rougissait. Il laissait tomber sa cuillère dans sa soupe. Il laissait tomber des ingrédients en Potions (ce pour quoi Slughorn réussit à blâmer Draco, mais même une retenue ne diminua pas la fascination de Draco créée par cette découverte). Il rendait ses regards à Draco, bouche bée, l'air perdu durant un instant, avant de secouer la tête et de se détourner avec détermination.
Cette résolution ne durait que quelques heures, puis ses yeux revenaient se poser sur lui, et il se passait la langue sur les lèvres.
Bien sûr, une fois que Draco sut que Potter avait un faible pour lui, il dut décider de ce qu'il allait faire à ce propos.
Cela ne lui prit pas longtemps, en particulier quand il pensa à cette étrange réaction qu'il avait eue à la pensée de Potter le voyant nu.
L'Appât
Harry soupira et s'adossa au mur. L'entraînement s'était très mal passé ce soir. Les Batteurs s'étaient rentrés l'un dans l'autre, Ron avait manqué le Souaffle trois fois, et les Poursuiveurs avaient eu une dispute longue et compliquée que Harry n'avait pas réussi à comprendre même après avoir tenté à plusieurs reprises, et avaient constamment essayé de s'empêcher les uns les autres de jouer. Les muscles de Harry le lançaient à cause des allées et venues constantes qu'il avait dû faire pour aller d'un coin à l'autre du terrain, et sa gorge était rauque à force de crier.
Leur match contre Serpentard avait lieu le week-end prochain. Harry ne savait pas s'ils seraient prêts à temps.
Après quelques minutes, il était rentré à l'intérieur de l'école, surveillant d'un air sombre les alentours à la recherche du moindre signe de son équipe. Il les avait fait partir devant pour « récupérer et penser à ce qu'ils auraient dû faire », mais en réalité, il voulait être sûr qu'il n'aurait pas à les rattraper avant qu'ils arrivent à la Tour de Gryffondor.
Personne d'autre ne se trouvait dans le Hall d'Entrée quand Harry le traversa, fatigué. Donc il fut le seul à voir les deux Serpentards pressés contre les portes fermées de la Grande Salle, leurs jambes, leurs bras et leurs langues mêlés.
Malfoy tournait le dos à Harry, mais Harry l'aurait reconnu n'importe où, et il pouvait assez bien distinguer le visage de bouledogue de l'autre personne pour la reconnaître.
Parkinson.
La jalousie embrasa les muscles de Harry comme une flamme, et il agit sans y penser. Tirant sa baguette de sa manche, il la pointa vers Parkinson et fit jaillir une flamme dans sa direction.
Parkinson hurla et se redressa immédiatement, se retourna brusquement et essaya d'éteindre les flammes. Malfoy fit volte-face et resta bouche bée en découvrant Harry. Ce dernier, riant à voix basse d'un air vicieux et ne regrettant absolument pas ce qu'il venait de faire, se mit en position défensive, s'attendant à ce qu'on lui jette un maléfice.
Mais Malfoy continua à se tenir là où il était, la bouche ouverte. Harry cligna des yeux, confus. Il savait que ses souvenirs dataient de quelques années maintenant, mais même le nouveau Malfoy qu'il avait pu observé depuis la guerre ne l'aurait pas laissé sans tirer sans dommages après une chose pareille. Il se serait jeté sur Harry, un rictus furieux sur les lèvres, lançant avec force tous les sorts qu'il pensait pouvoir jeter sans s'attirer d'ennuis. En fait, il était encore même plus probable qu'il fasse quelque chose de ce genre cette année, puisqu'il était tellement attaché à protéger les autres Serpentards.
Puis Harry vit les cheveux blonds changer et s'assombrir, les yeux gris clair - qu'il avait si bien appris à connaître grâce après tant d'observation - devenir noirs.
Polynectar.
Harry fit volte-face et scruta les coins les coins du Hall d'Entrée. Malfoy ne se serait pas posté très loin, pour pouvoir observer à loisir le résultat d'une blague comme celle-ci. Harry ne savait pas pourquoi il l'avait mise en place, ou peut-être que Zabini avait pris le Polynectar juste pour que Parkinson puisse voir ce que cela faisait d'embrasser Malfoy, ou pour qu'il puisse faire l'expérience du corps de Malfoy de l'intérieur, mais Harry n'y croyait pas trop.
Il aperçut une robe noire, une cravate verte, et des cheveux clairs qui se précipitaient en direction des cachots.
Là-bas.
Sans même y penser, Harry le poursuivit.
ooo
Draco sauta les dernières marches et se dirigea directement vers le cœur des cachots, se fiant à sa rapidité pour semer Potter. Utiliser la ruse aurait été beaucoup plus facile, mais il ne pouvait pas le faire. Pas quand Potter était déjà si proche de lui et en avait assez vu pour savoir qu'il se trouvait derrière cette blague.
Bien qu'il n'ait pas s'agit d'une blague. Pas exactement. Draco avait juste voulu voir ce que Potter ferait s'il voyait « Draco » embrasser quelqu'un d'autre. En même temps, il ne voulait pas avoir à choisir un quelconque Serpentard qui aurait sûrement répandu des rumeurs à propos des intentions de Draco et de sa victime dans toute la salle commune de Serpentard, et il n'avait pas voulu s'insinuer entre Blaise et Pansy, les seules personnes auxquelles il pouvait lui-même faire confiance.
Il y avait du Polynectar en profusion dans la salle des stocks de Potions - Draco ne pouvait que frissonner en pensant à ce que Slughorn pouvait faire avec - et ce fut la simplicité même de s'y glisser, surtout par rapport à l'époque où le professeur Rogue avait pris toutes ses précautions pour protéger cette pièce. Il avait suffi à Draco d'y ajouter une mèche de ses cheveux, une moue et quelques gémissements pour faire croire à Blaise et Pansy qu'il leur en voulait encore de sortir ensemble, et l'affaire avait été conclue.
Bien sûr Draco avait dû se cacher dans les environs pour voir ce qu'il allait arriver.
Et bien sûr, Potter avait décidé que c'était lui qu'il allait accuser ; il avait regardé bien trop vite autour de lui, et l'avait vu.
Draco s'arrêta soudainement, prenant conscience qu'il n'entendait plus de bruits de pas derrière lui. Il se jeta dans une alcôve - au moins il aurait un mur solide derrière lui s'il devait se battre - et jeta avec précaution un coup d'œil dans le couloir.
Rien. Personne. Les cachots n'avaient jamais eu l'air si paisibles et déserts.
Draco sourit, devinant ce qui avait dû arriver. Blaise et Pansy avaient réussi à arrêter Potter pour lui. Ils allaient se retrouver dans la salle commune de Serpentard et rire un bon coup tout à l'heure, en particulier parce qu'ils avaient réussi à confirmer que Potter avait vraiment un faible pour Draco, ou du moins il accordait pas mal d'importance au sujet de qui il lui arrivait d'embrasser.
Draco fit un pas en-dehors de l'alcôve.
Quelqu'un l'attrapa au niveau de la taille et enfonça une baguette dans sa nuque.
« Ah, je te tiens maintenant, Malfoy » gronda Potter à son oreille.
Lorsque Draco frissonna, ce ne fut pas de terreur.
Un Léger Conflit
Harry avait envie de danser et de crier de joie. Il avait été le plus intelligent cette fois, peu importe ce que Malfoy pouvait penser. C'était lui qui avait battu le Serpentard, ce Serpentard qui se pavanait et prétendait être tellement rusé.
Il avait gagné.
Et maintenant il se retrouvait plus proche de Malfoy qu'il ne l'avait été depuis le début de l'année scolaire. Il enserrait le torse de Malfoy de ses bras, et ce dernier avait d'ailleurs un peu de mal à respirer. Son souffle caressait le cou de Harry et lui faisait passer par la tête d'étranges pensées à propos d'avoir chaud et froid en même temps. Sa baguette avait trouvé un parfait point d'appui sur l'une de ses hautes pomettes, et Harry se demanda quels autres endroits du corps de Malfoy pouvaient bien être parfaits.
« Potter » murmura Malfoy.
Harry trembla - pas à cause du murmure, se dit-il, mais juste parce qu'il était étrange d'entendre son nom prononcé sur ce ton, et ce peu importe la personne qui le faisait - et répondit, « Ouais, Malfoy ? »
Malfoy se retourna brusquement, le frappant en arrière avec un coude et le repoussant d'une main en même temps. Harry essaya de resserer sa prise, perdu entre la douleur causée par le coup qu'il venait de recevoir au plexus et celle qu'il ressentait au niveau du nez et de la bouche, qui lui faisaient croire qu'au moins un des deux était cassé. Il agita sa baguette, mais Malfoy avait déjà disparu. Il était déjà probablement en train de courir jusqu'à la salle commune de Gryffondor en véritable lâche qu'il était, pensa Harry avec rancune.
Puis une main agrippa ses poignets et les maintint ensemble derrière son dos, alors que la baguette de Malfoy prenait place sur la gorge de Harry, là où battait son pouls, comme si c'était exactement sa place.
« Qui a attrapé qui, maintenant ? » siffla Malfoys à son oreille. Il semblait en train de jubiler. Harry se sentait comme fiévreux, parce que le souffle de Malfoy se trouvait à un endroit complètement inédit cette fois, et Harry n'avait jamais su que son oreille pouvait être si sensible.
Harry prit un moment pour évaluer sa position, considérant et reconsidérant la position de ses mains et de ses pieds. Puis il sourit. Malfoy n'avait pas pris la peine de lui enlever sa baguette.
« Tu ne veux pas reconsidérer la situation ? » demanda-t-il.
« Bien sûr que non » dit Malfoy, avec son air hautain et sa morgue habituels. « Je te tiens, et tu ne peux pas t'enfuir. Ca signifie que j'ai gagné. La victoire est toujours bonne à prendre. »
Harry leva les yeux au ciel et utilisa sa baguette pour jeter un sortilège informulé. C'était quasiment le seul sort qu'il parvenait à lancer de cette façon, mais peu importe - c'était le sort parfait dans ce cas de figure.
Malfoy trébucha et tomba quand ses pieds se retrouvèrent soudainement collés l'un contre l'autre, et il lâcha sa baguette. Harry se libéra et se retourna, s'agenouillant à côté de Malfoy, prenant le temps de repositionner sa baguette là où elle serait la plus utile - en plein milieu de la poitrine de Malfoy, se pressant contre son sternum. Malfoy secoua la tête plusieurs fois, comme s'il s'était fait mal en tombant sur le sol, puis il leva les yeux vers Harry.
« Comme je le disais » murmurait Harry, un grand sourire se dessinant sur ses lèvres, « tu devrais reconsidérer la situation. »
Malfoy laissa échapper un grondement et se releva incroyablement vite, attrapant la baguette de Harry d'une main et sa nuque de l'autre. Harry se figea, terrifié à l'idée de se débattre trop violemment et de casser sa baguette, et Malfoy le renversa, l'épinglant contre le sol. La façon dont ses jambes étaient figées était un avantage à ce moment précis, parce qu'elles formaient un poids solide qui empêchait Harry de se débattre avec efficacité une fois que Malfoy l'eût correctement immobilisé.
La baguette de Malfoy s'enfonça dans sa gorge. Il ne semblait pas trop apprécier la situation, pensa Harry, son cœur battant à toute vitesse à cause de l'attaque innatendue et du fait que ce soit lui qui se trouve dans cette position, le sorcier qui avait vaincu Voldemort.
« Ah-ha » dit Malfoy, son souffle caressant le visage de Harry. Il était juste aussi chaud que Harry l'avait imaginé, le faisant frissonner à nouveau.
Harry frappa Malfoy au plexus, juste à l'endroit où il avait frappé Harry quelques minutes auparavant, et le regarda avec satisfaction fermer les yeux et s'écrouler avec un faible grognement. Il donna un coup de pied dans la main de Malfoy jusqu'à ce qu'il relâche sa prise sur la baguette de Harry ; et il se retrouvait maintenant dans la position qu'il avait souhaitée, cette fois ayant invoqué des cordes magiques qui s'étaient enroulées autour des poignets et des bras de Malfoy, ses jambes encadrant les hanches de Malfoy, et il avait un doux rictus aux lèvres.
« Non » dit Harry. « Ah-ha. »
ooo
Draco ferma les paupières. Il aurait voulu se mettre en colère, mais ce qui venait juste d'arriver était tellement ridicule qu'il était en fait plus proche d'éclater de rire.
Potter et lui allaient toujours continuer à se défier, à se battre l'un contre l'autre - et seraient toujours condamnés à mener cette même lutte, parce qu'ils se ressemblaient bien trop. Oui, Potter était plutôt doué pour attraper le Vif d'Or et même meilleur que Draco ne l'était, mais il n'était pas assez bon pour que Draco se sente humilié et abandonne pour toujours son poste d'Attrapeur. Et oui, Draco était assez doué pour trouver des plans afin d'attirer des ennuis à Potter, mais ils ne marchaient jamais assez bien pour qu'il ait l'impression de ne plus avoir besoin de continuer.
Draco se représentait Potter et lui comme deux chiens qui se tournaient sans cesse autour, ou comme deux joueurs de Quidditch en train de tomber, avant qu'ils ne redressent leurs balais et ne s'élèvent à nouveau, puis se rencontrant à nouveau. Il y avait tant de choses qui les reliaient, les attachaient, tant de choses auxquelles ils ne parviendraient jamais à échapper.
Et Draco commençait à réaliser qu'il n'avait peut-être pas envie de s'échapper.
« Malfoy ? » Potter avait l'air mi-inquiet, mi-indigné. « Est-ce que tu vas t'endormir ? Allez, réveille-toi. » Sa baguette s'enfonça dans la poitrine de Draco. « Je veux que tu te réveilles et que tu reconnaisses que j'ai gagné, pour une fois. »
« Pas à titre permanent » murmura Draco, ouvrant les yeux et plongeant son regard dans celui de Potter, si vert, obscurci par ses lunettes - et par tant d'autres choses. Il releva la nuque, comme dans un rêve, se laissant guider par la réalisation qu'il venait d'avoir à propos de leur situation.
Il tira Potter vers lui, l'attirant contre lui par la force de son baiser, un baiser si féroce qu'il sentit comme un liquide brûlant se répandre dans ses veines - comme s'il venait de boire du Whisky Pur Feu. Draco haleta, puis l'embrassa à nouveau pour voir si le même phénomène allait se reproduire.
Ce fut le cas. Et, bien sûr, il dut tenter l'expérience une troisième fois.
Potter commença à essayer de bredouiller à peu près durant leur quatrième baiser. Draco le laissa reculer et se passa d'un air absent la langue sur les lèvres ; il n'était pas vraiment sûr de savoir s'il le faisait pour savourer le goût de ce baiser ou son étrangeté. C'était bon, mais ce sentiment étranger était là, aussi. Certes, un lien existait entre eux deux, mais ils n'avaient jamais fait quelque chose comme ça ensemble. Il s'agissait d'un défi dont Draco n'arrivait pas à déterminer quelle serait l'issue, et il n'arrivait pas à savoir lequel des deux serait le meilleur.
« Qu'est-ce que - » dit Potter. Puis il s'arrêta, peut-être à cause du regard condescendant que lui adressa Draco, peut-être parce que même son faible esprit pouvait réussir à deviner exactement ce qui venait de se passer. Il toucha ses lèvres, fixa sa main comme pour vérifier que le baiser n'avait pas réussi d'une façon ou d'une autre à déteindre dessus, puis se pencha en avant et fixa le visage de Draco d'un regard furieux.
« Tu ne peux pas faire ça » dit-il. « C'est moi qui étais supposé le faire. C'est moi qui y ai pensé le premier. »
Draco ricana. « Je n'ai aucune idée de ce que tu veux dire » dit-il, même si en fait il le savait à moitié, et que c'était bien cela qui l'amusait. Les règles de leur compétition lui paraissaient plus claires maintenant, et Draco était assez fier de découvrir qu'il était en tête pour le moment. « Peut-être que tu y as pensé en premier, mais c'est moi qui ai eu le courage d'essayer. »
Potter rougit. « Le courage ? » éructa-t-il. « Tu n'as aucune idée de quoi tu parles ! »
« Non, c'est toi » dit Draco. Il était déjà fatigué par l'idée que se faisait Potter d'une réplique cinglante, et il pouvait penser à d'autres choses bien mieux qu'il pourrait faire avec ses lèvres. « Viens par ici. » Il leva la tête, cherchant à nouveau la bouche de Potter.
Mais Potter secoua la tête et se releva, et grâce aux liens stupides qui enserraient ses poignets, Draco ne put le forcer à se baisser à nouveau et le faire capituler, comme il aurait bien aimé le faire. Potter préféra dégager ses cheveux de devant ses yeux ; il fixa Draco comme s'il pensait que c'était de sa faute, et lui dit, « Ca aurait dû se passer différemment. »
« Et en quoi ça aurait dû se passer différemment ? » demanda Draco, frustré cette fois par le manque de précision syntaxique dont Potter faisait preuve. « Ce baiser, ou ce faible que tu as pour moi, ou cette dispute, ou quelque chose d'autre ? »
Potter resta bouche bée. « Tu es au courant - à propos de ce que je ressens pour toi ? »
« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu penses que appeler ça un faible manque de dignité ? » se moqua Draco, mais Potter se contenta de le fixer, la bouche toujours entrouverte, et Draco renonça. « Oui, bien sûr que je le savais. La prochaine fois que tu veux cacher un secret dans ce genre là, essaie de ne pas fixer ouvertement l'objet de ton affection pendant les cours de Potions. »
« Ca aurait dû se passer différemment » dit Potter, se renfrognant un peu plus. « J'étais en train d'y réfléchir, et j'avais pas encore décidé de ce que j'allais faire, mais ça aurait dû se passer différemment. »
« Et une fois de plus, je te le demande, comment ça aurait dû se passer d'après toi ? » Draco devenait définitivement agacé. Ses bras lui faisaient mal à cause de la position bizarre dans laquelle ils avaient été attachés, il voulait que les lèvres de Potter reviennent sur les siennes - ou au moins avoir un peu d'eau, et il ne pensait vraiment pas pouvoir atteindre sa baguette de là où il était. « Qu'est-ce que tu voulais faire ? »
« Je ne sais pas » dit Potter. « Laisse-moi réfléchir pendant un moment. » Puis il se rapprocha de Draco et plissa les yeux. « Et ne recommence pas à donner du Polynectar à d'autres gens pour les laisser faire semblant d'être toi alors qu'ils bécotent Parkinson. Ou n'importe qui d'autre, d'ailleurs » ajouta-t-il. « Que ce soit un mec ou une fille. Et surtout pas Zabini. »
Avant que Draco n'ait pu lui faire remarquer à quel point ce qu'il venait de dire était idiot, Potter avait abaissé sa baguette et avait fait disparaître les cordes autour des poignets de Draco, tout comme le sort qui pétrifiait ses jambes. Puis il s'éloigna dans le couloir, l'air aussi sombre que s'il se rendait en retenue.
Draco récupéra sa baguette et conjura un verre d'eau, le but et fixa la direction dans laquelle Potter avait disparu. Il eut beau essayer, aucune nouvelle idée à propos de ce qui venait d'arriver - en tout cas aucune qui vaille le coup - ne traversa son esprit.
« Eh bien, je peux aller me faire foutre » dit-il en ne s'adressant à personne en particulier, et il se releva avant de se diriger vers le Hall d'Entrée, où Blaise et Pansy l'attendaient.
TO BE CONTINUED.
