Notes de début de chapitre.

Je viens tout juste de m'apercevoir que j'avais oublié de vous prévenir que la publication de ce chapitre aurait du retard étant donné que je suis en congrès toute cette semaine. Le prochain arrivera dans les temps en revanche, pas d'inquiétudes. Toutes mes excuses pour le délai supplémentaire d'attente.

Bande-son (fin de la première partie du chapitre):

And Then Time Stops (Detroit : Become Human OST)


CHAPITRE LXXXIII


"Oh, clean eyes, breakin' my heart in all the right ways and
No, I don't mind, clean eyes
(Clean eyes)
Oh, clean eyes, breakin' my heart and breakin' my chains and
I don't know why, clean eyes
(Clean eyes
"

(The Midnight ft. SYML, "Clean Eyes")


a. Galatée

Au coeur de la mêlée, alors que s'entrechoquaient les lames d'épée, que filaient les flèches enflammées depuis les hwacha, que se brisaient les boucliers et les lances tandis que la terre était arrosée du sang carmin des vivants et de la substance noire passant pour celui des gwishins, Woon distingua les quatre silhouettes des individus encapuchonnés aperçus lors de sa torture, à la lumière alors dangereusement fébrile des torches suspendues le long des murs. Elles se montrèrent silencieusement, dépourvues de la moindre exubérance, enveloppées dans les capes sombres qu'elles portaient déjà au moment de l'hiver Mort et de l'ouverture du portail des clairières, leurs visages à l'abri derrière les masques de papier, alors que se dissipait un nuage de fumée grisâtre, et que des cavaliers déchiraient au galop son champ de vision, se dressant furieusement l'un contre l'autre, les chevaux mugissant et se cabrant de frayeur à chaque coup de talon ou traction de rêne.

Woon avait été projeté à bas de sa monture : celle-ci s'était effondrée à terre, l'encolure lacérée par une blessure profonde que le général des vivants était parvenu à lui infliger, avant que l'animal ne le piétine de douleur et de surprise. Autour de lui, les hurlements des soldats s'achevaient dans des râles de souffrance, les bruits mouillés de l'acier se glissant entre leurs chairs, perforant leurs cœurs, les préparant au devenir des gwishins. À nous, disaient le silence des morts, la forme dans l'eau, la présence dans le noir que Woon sentait dans son dos, à nous à nous à nous pour toujours.

Le général avait eu le dos brisé, et était demeuré immobile et impuissant lorsque Woon avait marché jusqu'à lui, épée en main, pieds nus contre la terre humide, après avoir été s'agenouiller près de son cheval mourant. La bête, dont la belle robe pâle ayant influencé le choix de Woon pour l'emmener au combat, était souillée de sang, avait les yeux hagards, déjà voilés par l'agonie. Il avait été question de sa toute première et dernière confrontation. Elle était née aveugle, et reléguée en tant que fardeau et de malédiction par ses propriétaires jusqu'à ce que la route des gwishins dans le nord de Joseon croisent les maisonnées de leur village.

Un instant, en la regardant, Woon avait vu le chaton ramené longtemps auparavant par Dong Soo, grelotant entre ses bras malgré le fait que celui-ci avait ôté son écharpe pour le maintenir au chaud.

- Où l'as-tu trouvé ? Lui avait-il demandé, tandis que Dong Soo frictionnait l'animal du mieux qu'il le pouvait, et chuchotait des paroles apaisantes couvertes par des miaulements de détresse.

Ils étaient presque seuls alors dans le dortoir, à l'exception de deux ou trois autres garçons qui apprenaient leurs leçons ou profitaient d'une accalmie dans l'entraînement pour se reposer. Dong Soo avait caché sa découverte à Sa-Mo, en la glissant sous sa veste rembourrée.

- Au petit marché, en ville, avait-il répondu fièrement, comme s'il avait mis la main sur un trésor rare. Personne n'y faisait attention. Sa mère est morte, j'ai vu le cadavre dans une allée. Je crois qu'il n'est même pas sevré. On a du lait, quelque part ?

Woon l'avait déjà vu agité, mais jamais aussi calmement surmené comme ce jour-là, tenant prudemment son enfièvrement en laisse pour agir plus efficacement.

- Il faut que tu le ramène là bas, avait-il répliqué. On a pas le droit d'avoir des animaux ici.

- Balivernes. Tu ne vas pas me dire que le chiot de Min-So lui sert à attacher ses cheveux ?

- Ce n'est pas la même...

- Woon-ah, c'est exactement la même chose. C'est mignon et ça tient sur les genoux. Voilà pour ton illustration.

Il avait déposé avec une douceur précautionneuse le chaton sur les cuisses de Woon, alors assis à la pointe de son lit. L'animal émettait une chaleur dense, irrésistible. Woon se rappelait de ses griffes minuscules s'agrippant au tissu de son pantalon, et du rose vif de son museau miniature.

Le prénom était une idée de Dong Soo, songea t-il, dans le calme de sa tente, attendant que ses hommes réunissent les cadavres des vivants pour que Woon puisse ensuite les réveiller.

Ils avaient un temps procédé autrement, se souciant peu de rassembler leurs futures troupes et les laissent éparpillés comme elles étaient tombées, puis l'habitude s'était finalement ancrée à mesure des combats, afin d'assurer une récolte complète dénuée de risque de fuite, bien que le Murmure de Woon fût en mesure de saisir la volonté des gwishins et des vivants sur des distances nettement plus vastes qu'ils ne l'estimaient, et de maximiser le rendement aussi efficacement que possible. La majorité du bataillon avait été conquise : ils avaient fait une petite dizaine de prisonniers, ainsi qu'ils s'y étaient accoutumés.

Au cours d'une réunion du conseil sur l'île des Morts, il avait été observé par l'Épée que conserver de la sorte quelques vivants présentait des avantages profitables, puisque l'influence du Murmure pouvait atteindre leurs esprits aussi bien que celui des morts. Les troupes stationnées au nord avaient fréquemment échangés sur leurs positionnements et effectifs, mais là où les résurrections pouvaient s'avérer un processus coûteux en informations, puisque les gwishins nouveau-nés étaient le plus généralement tenaillés par la confusion au point que celle-ci ensevelît leurs mémoires et les renseignements y étant associés, ou bien si fermement tenus par la domination des gwishins-rois et reines les ayant réveillés que de nombreuses traces de leur individualité se voyaient provisoirement empêchées, les interrogatoires étaient une manière d'obtenir rapidement les éclaircissements recherchés.

Les vivants capturés ne portaient pas la marque des gwishins ayant provoqué leur renaissance, et gardaient par conséquent toutes leurs facultés intactes, jusqu'à leur exécution finale et leur éveil inexorable parmi les morts. Le Bouclier avait notamment recouru à la méthode pour en apprendre davantage sur les cohortes de soldats implantés aux alentours des monts Chilbo, près des côtes du nord-est, et avait systématisé la manœuvre au cours de ses derniers assauts. Woon n'avait pas tardé à l'imiter.

En outre, nombreux étaient les gwishins reconnaissant une satisfaction jubilatoire dans le fait de forcer les vivants aux mêmes tourments que les morts entre leurs mains. Le Requin avait déjà un goût prononcé pour la torture physique et s'était rapidement plu à y soumettre ses prisonniers. Woon se contentait la plupart du temps de récupérer les informations qu'il souhaitait en faisant plier les idées des siens, mais en quelques occasions avait fermé les yeux lorsque ses hommes avaient émis le souhait de se venger de façon plus brutale.

L'affrontement de la montagne Kuwol avait pris fin sans éclat grandiloquent, dans le même silence sous l'égide duquel il avait débuté, lorsque Woon avait mené l'étalon blanc le long du rebord rocheux, se tenant au dessus du campement des vivants et observant la mise en place piteuse de leurs défenses, dont aucune ne tiendrait au moment où le combat ferait rage. Les gwishins composant sa légion de cavalerie avaient annihilés les premiers rangs. Des pertes étaient à déplorer en résultat de l'usage des flèches enflammées, mais rien qui eût été véritablement digne d'une attention soutenue ou inattendu compte tenu des heurts précédents.

Nombreux en revanche étaient ceux de leurs cavaliers ayant été privés de leurs montures, car les chevaux, contrairement à ceux qui les montaient, n'avaient rien d'immortel par essence, et encaissaient généralement la plupart des dommages engendrés par la guerre. Les ressources des vivants venaient habituellement compenser, mais le bataillon qu'ils avaient affronté se trouvait hélas peu fourni en la matière, et les bêtes ayant survécu étaient d'une part trop peu pour subvenir aux besoins des gwishins de son armée, mais également non familiarisées à leur présence, résultant en des animaux nerveux et terrorisés, encore inaptes à retourner sur le champs de bataille pour servir leurs desseins.

Woon laissait la question être traitée par ses généraux. Sa part était remplie : il avait ouvert la confrontation, mené ses morts contre les vivants, et patientait désormais de retour dans sa tente pour ces derniers aient réuni les corps en vue de la résurrection. Au loin, les vivats des gwishins signalaient la victoire et les réjouissances. Les soldats tombés parmi les vivants étaient catégorisés selon l'usage qu'on leur réservait, membre des troupes de l'armée des gwishins ou provisions, selon les besoins et demandes. En traversant le champ de bataille quelques instants plus tôt, Woon avait aperçu certains de ses hommes ouvrant le crâne d'un cadavre, pour en extraire le cerveau et s'en délecter en festin de célébration.

- Votre Majesté, un de nos prisonniers souhaite vous parler de toute urgence.

Mago, venue le retrouver, leva un sourcil interloqué à l'annonce du soldat. Elle les avait accompagné au combat, bien que Woon eût initialement formulé des réticences, et s'était révélée aussi belliqueuse qu'efficace une fois lancée dans l'entreprise, à l'image des aptitudes qu'elle avait déjà montré aux portes d'Hanyang, le jour où ils avaient été arrêtés, soit quelques mois à peine plus tôt (Woon-ah). Elle avait chevauchée à son côté jusqu'à la monture de Woon soit fauchée, puis il l'avait perdue de vue, avant de la discerner au plus fort de la confrontation poignardant frénétiquement un soldat déjà à terre.

L'une de ses mains était bandée de sang : elle avait été brûlée par une épée de feu, alors brandie entre les doigts d'un homme l'ayant ramassé après la mort de son général. Comme du temps des patrouilles de répression, les lames enflammées restaient l'apanage des hautes classes au sein de l'armée des vivants. Certaines garnisons avaient été équipées avec davantage de moyens par des fournisseurs généreux et surtout indépendants de la couronne, tels que les ministres ayant envoyé une part de leurs troupes personnelles au combat, mais dans l'ensemble, leur armement conservait ses lacunes, et recourait aux méthodes traditionnelles pour riposter contre les morts.

Les épées de feu étaient plus nettement délicates à aborder que les flèches ou les lames classiques. Sur le terrain, elles avaient déjà fait des dégâts notables, consumant des gwishins parfois même en parallèle de leurs propriétaires, qui choisissaient de se calciner en emportant avec eux un ou deux de leurs adversaires (qu'y a t-il au delà du noir).

À cette heure, le physicien recevait encore quelques blessés légers, victimes de maigres bûchers. Il avait pansé la main de Mago avec du sang de vivant, et l'odeur persistait, doucement cuivrée, comme dans la maison du père de Na-Young, dans les entrailles du sanglier, le ventre du moine, ou la femme de ce village qui lui revenait de plus en plus fréquemment en mémoire, celle dont Woon s'était rendu compte qu'elle avait eu la langue tranchée avant de plonger ses dents dans son cou, parce qu'il avait (faim faim faim faim).

Sur le champ de bataille, les gwishins festoyaient, s'empiffraient sans vergogne, faisaient des repas de chair fumée au canon et à l'acier. Après avoir enfoncé sa lame dans la nuque du général, au milieu, là où se trouvait un endroit de sang et de cœur, et avoir entendu son soupir étouffé, Woon avait avancé vers les silhouettes drapées de noir. Elles avaient semblés reculer à chaque pas qu'il faisait dans leur direction. Viens, disaient-elles, viens, nous sommes le chaton, nous sommes Dong Soo, viens, nous sommes la mort et tu seras la mort avec nous pour toujours.

Il n'avait rencontré sur son chemin que des soldats peu formés, des garçons à peine sortis des jupes de leurs mères, aux grands yeux d'animaux poursuivis, cernés de fatigue et d'agitation. Un hwacha l'avait visé. Trois de ses flèches s'étaient logées dans sa gorge et dans son ventre, mais aucune flamme n'y avait été associées, et leurs effets avaient de ce fait été inexistants.

- Le gwishin-roi ! Hurlait-on, des vivants affolés, désespérément dépassés et perdus, tentant de se raccrocher à une procédure formelle en guise de dernier recours. Tuez le gwishin-roi !

Mais il n'y a pas que moi, pensait Woon, il y a les autres, et les autres après eux, et les autres après, et tout à coup il l'avait (vue), oh par les dieux (oh Dong Soo-yah je ne comprends pas), il avait vu la roue, la splendide chose énorme qui se trouvait là dehors, là où ils devaient aller ensuite, loin des frontières de Joseon et des territoires connus, la monstruosité qui avalait encore et encore, toujours, peu importe le temps et les existences, puisqu'elle était le temps et l'existence. Plus que jamais, il avait senti la forme dans son dos, la présence rassurante et pesante, les mouvements d'air légers et les murmures pleins de fleurs de lune.

Notre terre, bruissaient-ils, oiseaux aux ailes décharnées, aux becs crochus, à nous viens à nous à nous nous nous nous nous (NOUS BARI). Ils s'appelaient les Cent Yeux, et le Paon, et Bari, et tout cela en même temps. La vieille shaman avait tort, tout en ayant raison. Le nom était tout, et le nom n'était rien. Ce qui importait n'avait jamais été le qui, mais le où.

(et le pourquoi)

Il n'avait pas vu le tout jeune soldat se précipiter vers lui, levant son épée dans un cri terrifié, déterminé. Les autres étaient tombés avant lui, et Woon avait été tout à l'image des quatre devant la roue impitoyable, de ce qui était refusé à l'Œil, parce que maintenant tous les autres étaient des amusements, des brindilles avec lesquelles on construit les fondations d'un empire, mais tout remontait à la même chose, à (pourquoi) et à (), et à ce propos les vérités devaient être apportées lentement, par étages, comme une pagode, sans quoi tout risquait de s'effondrer, les enfants se lèveraient contre leur parent, et ce n'était pas permis, ni souhaité, puisque le but était de maintenir le cycle de la roue, et non de l'endommager complétement.

Quelque chose était passé devant ses yeux, un hurlement abominable, une difformité familière, une odeur infecte de charogne et de viande. Le soldat n'était jamais parvenu jusqu'à Woon. Ses os avaient craqués, son triomphe broyé, et comme la roue s'était évanoui dans la fumée, Woon avait tourné la tête.

Accroupi sur le sol, pattes (jambes) repliées sous un dos effroyablement arrondi et large, coupé en deux par une ligne bosselée, la peau distendue abominablement sur des membres bien trop longs, le Croque-Mitaine tenait la tête de l'homme dans sa mâchoire, prête à y mordre jusqu'à ce que son crâne se brise. Les yeux du soldat étaient révulsés, figés dans une expression d'horreur. Ceux de la créature, complétement noirs à l'image de ceux des biches et des souris, s'étaient posés sur Woon comme au sortir de la prison royale.

Tous deux s'étaient contemplés sans se mouvoir, séparés par le cadavre. Était monté dans la gueule du Croque-Mitaine un grondement de tigre, menaçant, garrotté par la tête du soldat entre ses dents. Elles étaient longues, affutées, une centaine d'épées fichées de parts et d'autres de sa mâchoire. Lorsqu'il avait posé ses pattes avant sur le sol, comme pour s'avancer vers Woon, celui-ci avait reculé, se souvenant des récits de Dong Soo tantôt, du fait que la créature n'avait de pitié pour personne, vivants ou morts.

Il a éloigné les gardes du palais, avait dit la voix de Dong Soo, celle de quand il avait quinze ans, et du jour où il avait placé le chaton sur les genoux de Woon. Tu ne sais pas, avait répliqué Woon, c'est une supposition. Il aurait juré être capable de voir Dong Soo secouer la tête avec ce même sourire que Chun par moments, du temps où Woon avait cru à l'assassin de son père plus haut que le ciel et les montagnes.

Mago l'avait appelé, au loin, et le Croque-Mitaine s'était enfui vers une autre portion du combat. Des exclamations avaient fusés à son passage, des cris d'effroi. Woon avait envoyé quelques hommes en reconnaissance autour du périmètre du campement des vivants et du leur, mais pour l'instant, aucun n'avait découvert la trace de la créature.

- Le prisonnier est là, votre Majesté.

La chaise où avait été assise Mago quelques instants plus tôt était vide. Elle avait probablement rejoint les hommes pour faire bonne chère, et jugé plus précautionneux de laisser Woon en compagnie de ses fantômes intangibles. Dans le reflet de l'eau ne subsistait plus rien, à l'exception de sa propre image, blafarde et aliénée. Il fit face au prisonnier, lame à proximité de sa main. Ses gardes étaient à l'affût dehors, attentifs au moindre bruit, au moindre signe de lutte dans la tente de leur chef.

Heuksa Chorong des morts, conclut Woon, avant de s'adresser au vivant, agenouillé sur le sol de la tente, mains liées dans son dos.

- Parlez, dit-il, car il n'y avait aucune utilité pour les politesses et les détournements verbaux. Je vous serais gré d'être bref. Votre sort sera le même peu importe ce que vous direz.

Il avait une barbe épaisse, les cheveux tirés en arrière dans un chignon défait, des traces sombres sur son visage et des coupures. Son uniforme était tâché de sang. Woon distingua des nuages de bleu. Dans le butin des vivants, objets trouvés sur eux, dans leur campement, il y avait une feuille de papier où figurait un portrait fait à la main. La figure était celle de Woon. Il ne l'avait jamais vu ailleurs que dans les dessins d'un seul être au monde, et il avait vacillé en posant les yeux dessus. C'est l'auteur du portrait, avait dit le gwishin qui l'avait annoncé plus tôt.

Woon regarda ses yeux, fit disparaître la barbe en pensée.

(oh)

(oh)

(ce n'est pas possible)

- Woon-ah, dit l'homme, d'un ton d'enfant, hésitant, épuisé.

La cicatrice sur son cœur se manifesta en un gémissement fiévreux, un élancement d'abandon. Réapparurent les murs de la maison du Printemps, les coupes de soju, la voix rauque et les baisers sur sa main, la couverture du saule-pleureur, du petit livre d'images aux dorures luxuriantes, les griffes du chaton dans sa peau.

(Woon-ah)


b. Garúa

Baissant les yeux pour contempler ses mains, Dong Soo se surprit à les trouver si parfaitement immaculées, débarrassées du sang par lequel elles avaient été souillées durant la bataille. Depuis les lignes de peau qui signalaient les os de ses poignets jusqu'à l'armure de chair gardant les contours de ses ongles, ainsi qu'à l'intérieur de ceux-ci, ses doigts étaient d'une propreté éclatante, leurs phalanges légèrement rosies par le contact de l'eau et les jeux de frottements de ses pouces à chaque endroit lui ayant été accessible pour retirer les écailles de sang séché, réduire l'incrustation à un bol de liquide vermeil.

Le sang avait dansé dans l'eau, l'avait transformé, corrompu, comme la chima écarlate d'une gisaeng se superposant à leur sous-jupe, d'un blanc toujours prodigieusement raffiné et harmonieux. Woon lui avait apporté un morceau de tissu pour parachever son nettoyage. En certains points, notamment les terminaisons de ses doigts et leur pulpe, sa peau l'élançait désormais, victime collatérale d'un rinçage trop appliqué pour n'être qu'entièrement dédié à ses mains. Tu as une trace de sang juste là, avait murmuré Woon longtemps, très longtemps auparavant, dans l'eau de la rivière. Il la lui avait ôté avec le pouce, et avait plongé ensuite celui-ci dans les frémissements engourdis de la portion de fleuve près de laquelle ils s'étaient arrêtés pour se débarbouiller.

En vérité, le sang était toujours là. Aucune quantité d'eau, aussi large fut-elle, ne le ferait disparaître, pour la simple raison qu'il n'était pas de ces stigmates pouvant être effacés ni par une toilette minutieuse, ni par un quelconque décrassage du temps. La mort de Woon avait été ainsi. Dong Soo était averti du phénomène bien avant qu'il ne périsse, le laissant seul avec ce qu'il y avait dans le silence, ce qui pourrissait là, enterré durant leur jeunesse.

D'une manière ou d'une autre, il advenait immanquablement un jour où les cadavres jaillissaient de leurs tombes. Les gwishins d'une part, et le passé sur l'autre rive, les regardant s'échiner tant bien que mal à le censurer. Dong Soo l'avait aperçu dans le soju et le magkeolli, dans l'expression de sa femme le jour de son mariage, dans les yeux de ses élèves de jadis et des courtisanes entre les cuisses desquelles il avait passé des nuits.

- Vous semblez si malheureux, avait remarqué l'une d'elle, les jambes de chaque côté de ses hanches, alors qu'elle le chevauchait avec douceur. Ne voulez-vous m'avouer les peines de votre cœur ?

Là-bas, dans le coin d'ombre, il y avait eu Woon, lèvres tordues en un sourire faussement tendre, les cheveux pleins de terre, le teint gris. Dis-lui, paraissait-il suggérer cruellement, impatiemment, parle-lui donc des tes chagrins, parle-lui de tes regrets, parle-lui des champs et des feuilles d'automne et du jour où tu m'as dit que tu m'aimais moi et rien que moi et rien d'autre dans le monde. Dong Soo s'était abstenu de confession.

Il avait levé les hanches, écouté le gémissement de la courtisane, senti la chaleur vivante de ses mains sur sa poitrine, le poids de son corps, le velouté de ses jambes, son étroitesse délicieuse et affectueuse, la prévenance amicale de ses ondulations sur lui. Il avait rêvé une nuit de Woon ainsi, cuisses contre ses flancs, le toisant de haut, le visage encadré de ses cheveux défaits. Son regard ne contenait pas la moindre empreinte de douceur. À la place, Dong Soo y avait lu du mépris, une moquerie douloureuse aux airs de craintes primales, déjà trop vieilles pour être encore qualifiés d'insignifiantes.

Regarde-toi, proféraient les beaux yeux de Woon, regarde-nous. Dans ses paroles étaient des mensonges, des vérités enfouies pour lesquelles Dong Soo se languissait, se soumettait, voulait se prosterner comme au temple où avait été affectée Ji-Seon d'antan, et il avait peint sa jolie figure à la place d'une autre le long des murs d'une bâtisse, alors que Woon souriait et secouait la tête, passablement amusé par sa persévérance superflue. Dans le rêve, ses mains aux longs doigts élégants, glacés (morts), grimpaient vers la gorge de Dong Soo et l'enserraient convulsivement, jusqu'à ce qu'il n'émerge en proie à des sueurs froides, avec l'impression de tomber dans le vide.

Agenouillé devant lui, dissimulé aux yeux des autres gwishins par les murs de tissu de la tente, il avait cru que Woon s'était changé en pierre, à la façon dont toutes les contractions et roulements presque imperceptibles de son visage s'étaient suspendus. Dong Soo l'avait assez observé plus jeune pour comprendre la nature de ses expressions, trouver les failles dans sa réserve, savoir où regarder pour connaître ses humeurs, à défaut de ses pensées.

Il n'avait pas su déchiffrer précisément celle qui, graduellement, avait agrandi les yeux de Woon, entrouvert ses lèvres, creusés ses joues. En vérité, il n'avait pas toujours excellé au jeu subtil du "devine comment je me sens", et ce malgré ses prétentions de victoire : ses lacunes étaient devenues d'autant plus apparentes après la résurrection de Woon, comme Dong Soo avait pu disposer d'une période de temps conséquente pour s'enliser dans ses anciennes connaissances et suppositions à son propos, pour la plupart issues du camp d'entraînement. Ce qui était venu après était une série d'hypothèses avortées et d'espoirs en grande majorité infructueux.

Il inondait ce chemin d'alcool, car la route le menait aux champs, et il ne voulait pas penser aux champs, sous aucun prétexte, ne pas revoir ses mains pleines de sang et son épée fichée dans le cœur de Woon, non pas un cauchemar tel qu'il en avait fait de temps à autres, auxquels il s'était accoutumé, mais une vision odieusement solide, réelle, perceptible.

(ne me laisse pas ne pars pas ne me laisse pas tout seul)

Il avait cherché sa propre mort dans une inclination de la tête de Woon, dans un éclat de son regard, un tremblement de ses lèvres. Sans un mot, Woon avait marché vers lui, s'était immobilisé à sa hauteur, le menton de Dong Soo proche de son ventre. Ses yeux étaient très loin. Dong Soo avait pris peur.

- Woon-ah, c'est moi, avait-il supplié, tandis que des larmes se formaient sous ses paupières, à l'image du cheval blanc que Woon avait mené le long du rebord de la montagne.

Aux creux de ses côtes avaient fusés des harpons en le voyant, une tranchée d'épieux où il avait été jeté sans ménagement, se blessant contre leur tranchant. Seung-Min avait probablement tout découvert rien qu'en examinant l'étalage spasmodique de son exaltation. Mon amour, avait-il pensé alors que Woon galopait vers eux, descendait, émergeait pour la seconde fois de sa tombe, fais s'effondrer la tour, prend-les tous, prend-moi avec, amène la pluie et l'orage, pose ton épée contre mon cou, et serre-la entre tes mains.

(Dong Soo-yah)

Il ne se souvenait que de peu de choses par la suite, si ce n'était des cris de Seung-Min, des souffles provoqués par les tirs de flèches, de sa propre incrédulité émerveillée. Les gwishins avaient fondu sur le bataillon comme les vagues démesurées six mois plus tôt sur la cavalerie royale, alors que les morts venaient à peine d'atteindre le rivage de leur île. Il ne pensait pas avoir retiré quelque compassion du spectacle de leur défaite, conséquence d'un fossé que son exécution avait ouvert entre lui et les vivants. Il n'était plus véritablement des leurs, à présent. Mais il n'était pas un gwishin non plus, sans qu'il en comprenne la raison.

Le souvenir de son exécution était celui de la lame de l'épée atteignant sa nuque, la coupant en deux, la sensation délirante et abominable d'être divisé tout à coup, d'être forcé d'un endroit à l'autre sans avertissement ni délicatesse, poussé dans le vide (saute). Il ne gardait aucune impression de douleur, se demandait s'il y en avait en eu la moindre. Le souvenir était mutilé, à l'instar de son cou. Mais là où sa mémoire portait la marque de la sentence, sa nuque était rigoureusement intacte.

Pas une ligne ne la traversait, pas une cicatrice ne venait en déprécier l'harmonie, alors que pourtant la seule absence de trace était une scissure dans l'ordre des choses. Tête tranchée devait aller de pair avec une cicatrice. Or la nuque de Dong Soo était aussi lisse et uniforme que si le bourreau n'avait jamais frappé. Il était presque certain (savait) néanmoins que l'homme avait accompli son office dans les formes, et obéi au roi.

Les événements s'était déroulés par la suite échappaient complétement à sa volonté ainsi qu'à sa vision. Il s'était réveillé, comme après un long sommeil, en pleine santé et entier, recroquevillé au pied du tronc d'un arbre racorni, dont il avait rapidement reconnu la forme, la couleur de suie, et les fleurs qui l'entouraient, dont le blanc violent lui avait causé une douleur en ouvrant les yeux. L'entouraient des arbres, les espèces les plus communes dans les forêts de la région d'Hanyang. Il était nu, et n'avait trouvé aucun des vêtement dans les environs.

- J'ai du thé, déclara Woon, coupant le fil de ses interrogations.

Il se tenait tout près de lui, ses cheveux blancs en voile macabre. Disparue était la chevelure d'ébène, de nuit sans lune. La première chose qu'il lui avait dit après être resté debout devant lui, gwishin-roi toisant le vivant prisonnier, avait été si ordinaire que Dong Soo avait éprouvé un élan de désarroi.

- Tu as faim ? Avait-il demandé en le contournant pour le débarrasser de ses liens.

Sa voix était égale. Ses mains libres, Dong Soo avait attrapé son poignet, y avait répandu du sang de la bataille, l'avait forcé à croiser son regard. Le contact de sa peau l'avait ramené au jour où il l'avait enterré. Ne me diras-tu rien ? S'était-il exclamé en silence. Vas-tu rester muet et secret pour toujours ? Quels qu'eussent été ses sentiments alors, Woon les lui avait refusé. Leur étreinte dans sa chambre était loin, ainsi que leurs baisers, le brûleur aux dragons d'or, les doigts de Woon dans les cheveux et dans sa colonne vertébrale.

Les épaules de Dong Soo s'étaient affaissées lorsqu'il avait compris combien les efforts bâtis pendant près de vingt ans, détruits une première fois lors de la trahison de Woon, puis dans les champs, avaient de nouveau volé en éclats avec son exécution. Il l'avait pourtant pressenti au dernier instant, comme la perspective de renaître en tant que gwishin s'était imposée à lui, faisant fi des ordres donnés par le roi de brûler son corps. Un de ses geôliers l'en avait averti.

Ceux-là ne sont jamais revenus. Oh, l'ironie était frappante, tout comme celle qui avait voulu que son père soit décapité avant lui de la même façon, en vue d'échapper aux transformations causées par la naissance de son fils.

- Dis-moi, avait-il conjuré Woon, plaidant sa propre cause, les nerfs à vifs en raison du combat, de sa capture alors hébété et à moitié inconscient par des gwishins l'ayant réuni ensuite avec Seung-Min et Sang Han-Jae, du peu de souvenirs qu'il gardait de l'affrontement, écho étrange de sa confusion dans la clairière des mois plus tôt alors qu'il aurait dû être mort et se réveiller sous la terre. Woon-ah, il faut que tu me dises quelque chose.

Woon était figé dans son étau, plus rigide qu'un arbre. Sa réponse avait été un murmure implorant.

- Je ne sais pas quoi dire, Dong Soo-yah.

La volonté de Dong Soo lui avait échappé en l'entendant l'appeler. Il avait noué ses bras autour de la taille de Woon, toujours à genoux, et s'était pressé contre lui, étreignant son ventre, caressant ses côtes sous le tissu blanc de son vêtement, effleurant ses joues blafardes, ses lèvres, le souillant de rouge avec avidité, songeant à ouvrir sa poitrine et à lui arracher le cœur (dis-moi dis-moi dis-moi).

- Tu pourrais dire que tu n'y crois pas. Que c'est impossible. Que ça ne peut pas être moi. Que tu pensais que j'étais mort. Que tu ne comprends pas. Je ne comprends pas non plus, Woon-ah.

Woon l'avait dévisagé sans un mot.

Dong Soo avait repensé à ses jambes nues après le bain dans sa demeure d'Hanyang, alors que sa femme et son fils dormaient. Il avait repensé à l'instant où il l'avait entendu toquer à la porte de sa chambre et s'excuser pour avoir sauté durant leur duel dans l'arrière-cour, à ses mains déplaçant sa tête pour la placer sur ses genoux, à ses yeux lorsqu'il avait vu le coffret contenant toutes ses affaires, celui dont même Yun-Seo ne connaissait pas l'existence.

- Tu pourrais dire combien je t'ai manqué, et que tu as pensé à moi tous les jours. Tu pourrais. Essaie, l'avait-il pressé, resserrant ses bras autour de ses os, ayant conscience de l'urgence dans sa propre voix, de la nature ancienne de son abjuration. Je t'en supplie, mon amour, essaie. Personne ne t'entendra. Personne ne viendra nous dire que ce n'est pas comme ça que fonctionnent les choses. Tout le monde pense que je suis mort. J'ai utilisé un faux nom.

Tu es en train de le forcer, le nargua le Woon dans le coin de la chambre de la gisaeng, celui avec l'horrible sourire. Tu sais qu'il ne faut jamais le forcer à quoi que ce soit et surtout pas à ça, tu sais qu'il va se fermer, tu le sais et tu deviens plus bête encore que tu ne l'étais il y a vingt ans.

- Tu n'as pas de cicatrice, avait observé celui de la tente, le vrai, du bout des lèvres.

- Non, Dong Soo s'était mis à rire.

- Pourquoi ?

- Je n'en sais rien. Je me suis réveillé dans une de ces clairières.

- Où étais-tu enterré ?

- Je ne sais pas. Je te jure devant les dieux que je n'en ai aucune idée. Je crois bien que je n'ai même pas été enterré. Ils devaient me brûler.

Les mains de Woon avaient encerclés ses bras. Le froid avait été aussi abominable que merveilleux.

- C'est aussi ce que m'a dit le roi, avait-il confessé.

- Tu l'as vu ?

- Oui.

- Qu'a t-il dit?

- La même chose que toi. Qu'ils avaient brûlé ton corps.

Dong Soo s'était relevé, ses genoux craquant sous le changement de poids à supporter. Il avait maigri durant ces mois d'errance, au cours desquels il avait bougé vers le nord, sans même s'en apercevoir, perdu alors dans une semi-inconscience, n'émergeant véritablement que durant de rares moments qui le laissaient toujours incapable de se repérer dans l'espace et avec l'impression d'être en plein cauchemar.

Durant son premier éveil, il avait tout d'abord souhaité rejoindre le village de Myosan, où il était hautement probable que se trouvaient Yun-Seo et Yoo-Jin. Ses projets avaient été mis à mal par une autre perte de connaissance, dont il ne parvenait pas à situer l'origine, et qui s'était soldée par un regain de conscience à un tout autre endroit, près du lit d'une rivière. Les pierres qui la bordaient étaient alors rutilantes de sang.

Dong Soo avait calculé qu'il devait avoir passé près d'un mois dans cet état, alternant les phases d'évanouissement et de réveil en terrain complétement inconnu, totalement nu et vulnérable, en proie à la terreur et à la confusion. Son dos lui avait causé plus de souffrances que jamais, et continuait de le tourmenter. Après s'être réveillé à l'intérieur d'une maison dans un petit village d'à peine une dizaine d'habitants, et ayant découvert dans une autre pièce le cadavre d'un homme dont on avait ouvert le ventre et vidé les entrailles, Dong Soo avait volé ses habits, et glissé hors du logis dans la nuit noire, priant pour ne pas être vu par un des habitants et pourchassé. Sa gorge était parcheminée. Il avait longuement marché avant de faire halte à côté d'un petit ruisseau de montagne, avec lequel il s'était désaltéré.

- Que s'est-il passé ? Avait demandé Woon, ne cherchant pas à fuir son étreinte, mais ne la rendant pas non plus.

- Je ne sais pas, avait-il répondu à nouveau.

Il avait marché, dépassé la forêt, croisé un régiment stationné là, et butiné toutes ses informations auprès d'eux lorsqu'il avait été accepté dans leurs rangs, avantagé par sa carrure et ses compétences à l'épée. Il avait pris un autre nom, jugeant plus prudent qu'on entende plus parler de Baek Dong Soo, laissé poussé sa barbe, senti se creuser ses joues et les poches sous ses yeux.

La nuit, son esprit était plein d'horreurs, de Woon dans son cerceuil, des têtes tranchées de Yun-Seo et de Yoo-Jin, de couleurs d'automne. Un instant, il avait hésité, ne sachant s'il devenait fou ou s'il s'agissait juste d'un effet d'un épuisement trop intense et prolongé.

Il attira Woon plus près de lui, trouvant du réconfort dans le fait qu'il se laissait faire, et de la douleur dans son indifférence. Ce n'était pas nouveau. Rien de tout cela ne l'était. Il se pencha, ferma les yeux, pressa ses lèvres contre celles de Woon. Ce fut un baiser désastreux, de garçon maladroit, terriblement différent de ceux qu'ils avaient partagé jusqu'à lors, bien que peu nombreux. Même leur premier avait été plus plus chaleureux.

Les cils de Woon avaient néanmoins frémi contre sa peau, mais quand Dong Soo s'était reculé, ses yeux étaient toujours ouverts.

- Je te demande pardon, avait-il dit, penaud et honteux, sur le point de le libérer.

Mais Woon avait serré ses doigts dans la peau de ses bras, appuyé son front contre le sien, l'avait retenu, et il avait été submergé par une joie déchirante.

- Je te voyais tout le temps, avait-il murmure dans un souffle, en amenant ses mains contre sa poitrine. Et le chaton.

- Tu as vu Nari ? L'émerveillement dans sa propre voix surprit légèrement Dong Soo.

Woon hocha la tête. Dong Soo en perçut le mouvement contre son front. Si je le pouvais, je te le rapporterais, avait affirmé Woon des années plus tôt, alors que Dong Soo venait de pleurer après que Sa-Mo lui eût annoncé l'adoption du chaton par une autre famille, dans le petit village au pied de la montagne.

- Mais ce n'est pas juste ! Avait-il protesté alors. C'était notre chaton, à moi et à Woon !

Nari avait le même pelage que les tigres représentés dans les peintures admirées plus tard par Dong Soo. Elle était sauvage et câline, et Dong Soo pensait que Woon l'avait aimé autant que lui, tout en étant moins expansif. Il l'embrassa, sentit son dos se cambrer, eut l'impression qu'il se faisait plus petit. L'une des mains de Woon enveloppa sa joue, tandis que l'autre agrippa son épaule. Cette fois, il lui rendit son baiser, et mordit dans sa lèvre inférieure pour la garder quand Dong Soo entreprit de reculer, avant d'appuyer sa joue contre la sienne et de l'enlacer totalement.

Ils se tinrent ainsi un moment, confortables dans le silence, se touchant presque sans réserve. Puis Woon avait dit :

- J'ai de quoi laver tes mains.

Le baiser qu'il avait posé sur sa tempe était aussi froid que le jour où il avait ôté le sang au même endroit.