Mai 2032 – Partie I


Je rajustai une nouvelle fois ma tenue de cérémonie, pestant contre tout ce cérémonial, et faisant en sorte de rester en fin de cortège. Je voyais que tout le monde se précipitait pour être proche du peloton de tête – et donc, des têtes pensantes de la communauté sorcière. Que des personnes que je préférais éviter, aujourd'hui.

- Le mieux, c'est d'être au milieu, me chuchota Fred.

Je soufflai, agacée que mon plan d'être au fond de la foule ne puisse pas être suivi.

- Et aussi, je ne peux décemment pas être à la toute fin en étant un Weasley, ajouta-t-il pour me convaincre de me mêler à la foule.

Fred jeta alors un coup d'œil derrière nous, et je l'imitai. Je remarquai tout de suite la femme qui nous observait, le regard noir. Je n'eus aucun mal à la reconnaître, et retins difficilement un sourire narquois en la voyant. Cela allait m'attirer des problèmes, et je souhaitais à tout prix éviter cela. J'avais déjà bien assez de problèmes sans m'en créer de nouveaux.

- Et tu veux aussi t'éloigner de ton ex, c'est ça ? me moquai-je.

- Ouais, bah ne te moque pas trop, parce qu'on se rapproche du tien, d'ex, rétorqua Fred en me tirant par le bras pour nous plonger au cœur de la foule.

Foule qui s'écarta en nous voyant. Était-ce parce qu'il s'agissait de Fred Weasley, ou parce que les autres sorciers ne voulaient pas se mêler à moi ? Les deux étaient possibles.

Nous nous glissâmes au milieu du cortège, et je déglutis difficilement. La foule était compacte, et je n'appréciai pas du tout être autant coincée. Fred dut le sentir, car il pressa mon coude.

- Respire, je te rappelle qu'on doit marcher quelques mètres seulement dans cette foule. Ensuite, on arrive au buffet. Courage, on a fini la partie la plus ennuyeuse de cette journée ! pouffa Fred.

Je ne pouvais que me joindre à lui dans son hilarité. Le discours de cérémonie avait duré longtemps, et s'appesantissait sur toutes les morts que nous avions vécues suite à la guerre. Il y avait beaucoup de pleurs, de mines déconfites, des noms murmurés… Ce n'était vraiment pas ma partie favorite de la commémoration du deux mai, et je ne savais jamais comment me comporter pour ne pas paraître totalement insensible, sans pour autant me forcer à éclater en sanglots.

Alors que le buffet, soyons honnête, était la meilleure partie de cette journée. Si la nourriture était bonne, toutefois. Il y avait deux ans de cela, la nourriture était immonde.

- On ne se sépare jamais plus de trois minutes, afin d'éviter d'être abordés par des personnes qu'on ne veut pas voir, me proposa Fred à l'oreille alors que la foule commençait à se disperser dans le grand champ où tous les sorciers se réunissaient pour se sustenter. Et si tu vois Bethany venir vers nous, tu la retiens pendant que je fuis lâchement. Ça te va ?

- Tout me va tant que tu empêches ton oncle de s'approcher de moi. Ou ton cousin.

- C'est vraiment un plaisir d'être là, à cette cérémonie, pesta Fred, en verbalisant ce que je pensais. Eh, attends, ne pars pas, toi !

Le serveur à qui il s'adressait se figea instantanément. Fred se saisit de deux coupes et me les tendit, avant d'en prendre deux autres.

- Quatre coupes ? C'est quoi, comme alcool ? demandai-je au serveur.

Lequel me jeta un regard dédaigneux avant de s'éloigner.

- Ah bah super. L'ambiance est à son maximum. On va s'éclater, grommelai-je.

- J'adore quand ils font ça, s'esclaffa Fred. Enfin, pardon. Ce n'est pas sympa pour toi. Mais je les trouve ridicules… J'ai pris quatre coupes parce qu'on a besoin d'alcool pour survivre à tout ça, me rappela Fred. Et quant à ce qu'il y a dans les verres…

Chacun de nos quatre verres contenait un liquide différent, et qui semblait être issu d'un mélange complexe, pour donner comme résultat des cocktails peu connus – tout du moins, que je ne connaissais pas.

- Je te rappelle qu'il faut transplaner pour rentrer, et je n'ai pas envie de finir désartibulée ! protestai-je.

- Je te connaissais plus joueuse, plaisanta Fred. Tu ne veux pas deviner en les buvant ?

Je haussai les épaules, un sourire moqueur aux lèvres. Fred avait raison. Nous n'allions pas nous mêler à sa famille, car nous ne voulions pas que James ou Harry puisse me parler, et nous ne comptions pas discuter avec de parfaits étrangers. Autant passer le temps en cherchant quels étaient les cocktails que Fred avait choisis, au hasard, sur le plateau.

Je me lançai, et goûtai un premier verre.

- Ah. C'est un mélange d'alcool égyptien et de jus de betterave. Très étrange, comme mélange, mais ça fonctionne plutôt bien, avouai-je avec une moue intriguée.

Nous passâmes un long moment à déblatérer sur les différents verres que Fred nous avait dégotés, et lorsqu'un serveur passa avec de la nourriture, nous nous jetâmes dessus.

- Sincèrement, pourquoi est-ce qu'on garde cette tradition ? demandai-je à Fred. Une journée en hommage aux personnes décédées… Cela ne nous aide pas du tout à faire le deuil, tu ne trouves pas ?

Fred haussa les épaules en croquant dans un sandwich au concombre.

- J'aime toujours autant ça ! s'exclama-t-il.

- Je ne sais vraiment pas comment tu fais, rétorquai-je en plissant le nez.

Il termina son sandwich avant de répondre réellement à ma question.

- Je crois qu'on garde cette cérémonie pour nous rappeler que ça a eu lieu, justement. Ce serait bien plus facile de retomber dans nos travers si on n'avait pas un hommage annuel, pour nous rappeler tout ce que nos parents ont perdu.

- Oui… Mais ce sont nos parents qui ont tout perdu, pas nous ! lui rappelai-je.

- Eh ! Je ne fais que te répéter ce que j'ai entendu presque toute mon enfance. Et puis, franchement, on mange et on boit gratuitement. C'est une bonne raison de perpétuer cette tradition, tu ne crois pas ?

Je plissai du nez un peu plus fort, en regardant les amuse-gueules.

- Si j'étais à la conception du menu, je t'assure qu'il n'y aurait pas tout ça. Il y aurait des choses bonnes à manger.

- C'est pas toi qui es incapable de te préparer un repas décent ? se moqua Fred.

Je le fusillai du regard. Je n'allais pas lui demander qui lui avait fourni cette information, il s'agissait forcément de James. C'était le seul qui pouvait se moquer de mon manque d'implication dans une cuisine.

- Je sais préparer un repas décent, je n'aime juste pas le faire, lui rappelai-je. Vu le nombre de fois où j'ai dû me rendre dans la cuisine de Timothy et Roxanne parce que vous n'aviez pas envie de cuisiner comme des Moldus, tu pourrais faire l'effort de te souvenir que je sais cuisiner.

Fred allait répondre quelque chose quand il pâlit brusquement.

- Oh, doux Merlin.

Je me retournai rapidement pour voir ce qui le mettait dans cet état. Mais au fond de moi, je savais déjà ce que j'allais voir.

Ou, plutôt, qui j'allais voir.

- Fuis ! soufflai-je à Fred. Je la retiens. Mais tu as intérêt à rester dans les parages pour me rejoindre dès qu'elle a fini de m'accaparer. Allez, file ! le houspillai-je.

Après un bref moment où il parut être complètement figé, et incapable du moindre mouvement, il se réveilla enfin, et se décida à décamper aussi rapidement que possible. Je l'aidai quelque peu en lui pinçant l'avant-bras, lorsque j'eus vraiment peur qu'il ne soit pas parti à temps.

Heureusement, il finit par partir très rapidement, dans la direction opposée d'où provenait le danger. Au même moment, je me mis également en route, et fonçai droit sur le danger, regardant ailleurs.

Afin d'entrer en collision avec ledit danger, et lui étaler un sandwich au concombre et à la crème sur sa tenue de cérémonie.

- Oh, mince, désolée ! m'exclamai-je. Vraiment, vraiment désolée…

Je cherchai une serviette en papier pour essuyer les dégâts, et levai la tête, feignant l'air surpris lorsque je remarquai qui me faisait face.

- Bethany Jones ! Comment vas-tu ?

- C'est toi qui étais avec Fred, non ?

- Fred… Weasley ? tentai-je pour gagner du temps.

- On connaît un autre Fred ? rétorqua-t-elle.

Elle semblait de mauvaise humeur et, étonnamment, cela m'amusa. J'adorais la mettre dans l'embarras, et, surtout, je songeai que Fred apprécierait d'entendre le récit de cet échange.

- Eh bien, toi, je ne sais pas, mais moi, j'en ai rencontré quelques uns lorsque j'étais chez les Invisibles… Maintenant que j'y songe, c'était surtout des Rapaces Nocturnes. C'est encore plus méchant qu'un Mangemort, sur l'échelle de la méchanceté, lui expliquai-je en faisant fi de son teint légèrement plus pâle.

Bethany n'appréciait pas énormément mon passé chez les Invisibles, si j'en croyais son attitude. Encore mieux. J'allais définitivement m'amuser à la faire tourner en bourrique.

Eh. Je n'avais pas envie d'être là, je m'occupais comme je le pouvais.

- Oui, bon. Moi, je cherche Fred Weasley. Tu l'as vu ?

- Pas depuis la dernière fois que je l'ai vu.

- Et c'était quand, la dernière fois que tu l'as vu ?

Son sourcil gauche se leva légèrement, et une veine tressauta dans son cou. Ce n'était presque pas marrant, elle s'agaçait trop facilement. Mon amusement n'allait pas durer très longtemps.

- Eh bien… La dernière fois que je l'ai vu, tentai-je.

Bethany Jones leva le menton.

- Je vois. Tu leur es toujours loyale, c'est bien ça ?

- Loyale ?

La tendance s'inversait, c'était à présent moi qui me sentais déstabilisée par les remarques de Bethany.

- Aux Potter et aux Weasley. Tu leur es toujours loyale. Alors qu'ils te tournent tous le dos, non ?

Je fronçai les sourcils.

- Voyons, tout le monde le sait. James s'est mis avec quelqu'un d'autre, on entend dire que tu repousses Ginny Potter, que tu t'es mise en colère contre Harry Potter… Combien de temps avant que les Weasley te tournent tous le dos ?

J'étais abasourdie. Comment pouvait-elle être au courant ? Cela s'était produit dans la sphère privée, et personne n'était censé savoir ce qui s'était dit entre nous – surtout concernant ma dispute avec Harry, qui avait eu lieu chez lui.

Bethany afficha un air suffisant sur le regard, m'étonnant encore plus. Ses paroles résonnaient étrangement en moi, comme une réminiscence d'une ancienne conversation, enfouie dans les tréfonds de mon cerveau. Encore quelques mots, et je devrais me rappeler à quoi les paroles de Bethany faisaient écho.

- Tu sais, pendant des années, ils ont fait en sorte de garder secrètes toutes leurs magouilles, mais il est temps que cela cesse, n'est-ce pas ? Que l'on apprenne enfin ce qui se trame vraiment chez les Potter et, par extension, chez les Weasley… Qu'on déterre des histoires tenues secrètes depuis…

- Tu sais qui est A. H. ? l'interrompis-je vivement.

Elle se tut, stupéfaite, et moi, je me rappelai soudainement ce dont m'avait parlé Ginny. Le fameux, ou la fameuse, A. H. qui interférait dans la vie privée des uns et des autres, notamment celle de Lily Potter. Je n'avais pas lu les articles qui étaient parus sur la sœur de James, mais je me souvenais de l'air vaguement inquiet de Ginny lorsqu'elle m'en avait parlé – et, surtout, du fait qu'il s'agissait d'histoires privées qui avaient été ébruitées.

- Non, je ne…

Je fis un pas vers Bethany Jones, légèrement menaçante. Elle prit un air méfiant – et elle avait raison de se méfier.

- J'espère pour toi que tu ne sais pas de qui il s'agit. J'espère également que tu ne lui as jamais donné aucun renseignement sur les Potter ou les Weasley, parce que je le saurai, dans ce cas, sifflai-je. Et si je lis le moindre article me concernant, mes soupçons se porteront immédiatement sur toi. Et alors, je ferai en sorte de te faire regretter d'avoir parlé un peu trop sûrement aujourd'hui… Alors, tu sais qui est A. H. ?

Bethany secoua la tête, incapable de parler.

- Est-ce que quelqu'un sait de qui il s'agit ?

- Personne, dit-elle d'une voix étranglée.

- Mais quelqu'un sait forcément comment le contacter, pas vrai ?

Bethany acquiesça.

- Toutes les personnes qui peuvent avoir des informations ont été approchées par A. H., murmura-t-elle.

Intéressant, songeai-je en réfléchissant rapidement, tout en clouant Bethany sur place par la simple force de mon regard.

- Et il t'a contactée ? insistai-je.

- Oui… Non. Enfin, pas directement.

- Mais tu sais comment lui fournir des informations maintenant, pas vrai ?

Elle hocha la tête. Je souris, doucereuse.

- Super. Tu me feras passer ce renseignement.

- Pourquoi ? s'étrangla-t-elle.

- Parce que j'aime avoir mes ennemis proches de moi. Y compris ceux qui ne sont pas encore des ennemis, mais qui pourraient le devenir. Quelque chose me fait penser que cette personne va finir par s'intéresser à moi, et je n'aime pas ça.

Je me reculai légèrement, et repris une voix plus légère, comme si notre conversation n'était pas importante. Bethany, elle, ne paraissait toujours pas prête de se détendre. Elle tremblait légèrement, même si elle faisait tout pour ne rien en laisser paraître. Sauf que j'avais encore un œil acéré, et que je voyais bien que son assurance n'était que de façade.

- Si je peux te donner un conseil, Bethany, cesse de poursuivre Fred. Cela fait des années que vous n'êtes plus ensemble, et que tu n'as plus aucune chance. Ton spectacle, lorsque tu as débarqué en plein repas de famille et que tu as fait un esclandre, était amusant, mais comme je ne fais plus partie de leur famille, je n'aurais pas la chance d'en profiter si tu devais en faire un nouveau. Ce serait dommage de me priver de cela. Passe à autre chose, et si c'est trop difficile pour toi de le faire toute seule, fais-toi aider.

Je fis un autre pas en arrière, et détournai le regard, lui signifiant ainsi qu'elle pouvait partir. Pourtant, alors qu'elle semblait mourir d'envie de partir loin de moi, Bethany resta encore un peu.

- Ce n'est pas toi, alors ?

- Pas moi ? m'étonnai-je. De quoi est-ce que tu parles ? De A. H. ?

- Non. La femme avec qui Fred passe ses soirées. Ce n'est pas toi ?

J'éclatai de rire.

- Si tu en es à croire que Fred passe ses soirées avec moi, tu dois définitivement te faire aider, me moquai-je, peu désireuse d'être magnanime avec elle. Maintenant, fiche-lui la paix. Et ne m'oblige pas à devenir plus menaçante…

Je désignai le renflement de ma baguette, et Bethany loucha dessus.

- Tu n'as pas le droit, me rappela-t-elle vaillamment.

- Ouais, tu sais, il y a beaucoup de choses que je n'avais pas le droit de faire il y a un an, mais ça ne m'a pas empêchée de les faire, et donc de retourner à Azkaban, lui rappelai-je durement.

Certes, le contexte n'était plus le même, et je n'avais pas envie de perdre mes quelques libertés magiques pour la simple personne de Bethany Jones, mais elle devait s'estimer assez importante pour prendre à la légère ma menace, car elle déguerpit soudainement, à mon grand soulagement.

Je soupirai de joie, et me tournai pour essayer de repérer Fred dans la foule, et lui faire signe de revenir – j'étais certaine qu'il apprécierait de connaître les détails de ma conversation avec Bethany, tout comme il devrait apprécier que je lui transmette les quelques informations que j'avais apprises sur A. H.

Sauf qu'au lieu de trouver Fred, je trouvai Emily Macmillan. Qui était collée ou presque à moi, et qui me fusillait du regard. Profitant du fait que j'étais occupée avec Bethany Jones, elle s'était doucement approchée de moi, et avait, de toute évidence, envie de me parler.

Je levai les yeux au ciel.

- Cette journée empire à chaque minute, constatai-je.

- Toujours aussi peu agréable, me renvoya-t-elle.

- Eh bien, vu que tu ne m'as jamais appréciée, je dois reconnaître que j'ai pas vraiment envie d'être agréable avec toi. Que puis-je pour toi ? Si tu cherches des personnes qui t'apprécient, tu n'es pas au bon endroit de la cérémonie.

- Smith, j'arrive pas à croire que tu puisses être aussi butée.

Je levai un sourcil d'étonnement.

- Moi, butée ?

- Pourquoi est-ce que tu fais tout pour éviter James ?

J'éclatai de rire. Longtemps. Nerveusement.

- Macmillan, de toutes les énormités que tu as pu me dire durant des années, celle-ci est la pire. Je n'évite pas James. Il m'a demandé de prendre mes distances.

- Et toi, tu lui obéis ? rétorqua-t-elle. Tu m'étonnes que vous ayez mis plusieurs mois à vous mettre ensemble, à Poudlard… Par Merlin, vous êtes désespérants.

Je croisai mes bras sur ma poitrine.

- Moi, j'ai entendu dire que tu cherchais à le voir, ces derniers mois, après que je suis sortie d'Azkaban, et alors que nous nous disputions en public. Et tu es triste, à présent, que je ne sois pas à son bras ? Alors que ça arrange tes affaires que je ne fasse plus partie de sa vie ? m'étonnai-je.

Elle leva sa main gauche. Une bague, qui ressemblait drôlement à une bague de fiançailles, trônait sur son annulaire.

- Oh.

- Eh oui. C'est-à-dire qu'à force de passer votre temps à me mettre de côté, vous avez fini par oublier de vous intéresser réellement à ma vie, pas vrai ?

- Pour être honnête, ta vie ne m'a jamais vraiment intéressée, lui rappelai-je.

Emily Macmillan afficha un sourire légèrement tordu, entre le dégoût et la compréhension.

- C'est bien un point qu'on a en commun. Tu sais, je pourrais presque t'apprécier, maintenant que tu dis franchement les choses. Dommage qu'il y ait…

Elle fit un grand geste de la main, vague dans l'expression de son idée, mais je n'eus aucun mal à la comprendre.

- Dommage qu'il y ait tout notre passif, c'est bien ça ?

Elle baissa légèrement la tête, pour acquiescer.

- Maintenant que nous avons mis cela au clair, si nous parlions du vrai problème ? Toi qui ne parles pas à James ? Sincèrement, lorsque j'ai appris qu'il s'était mis avec Grace, je me suis demandé pourquoi il était aussi stupide. Je lui ai d'ailleurs fait remarquer qu'il était stupide, ajouta-t-elle avec une moue qui avait toujours fait craquer les hommes. Mais ça n'a rien changé, il m'a simplement demandé de sortir de sa boutique, et pas de manière polie, se rappela-t-elle.

Je soupirai. Les pensées d'Emily Macmillan, même si elles concernaient James, n'étaient toujours pas passionnantes pour moi, et je me demandais si j'allais devoir les subir encore un long moment, ou si elle comptait me laisser tranquille rapidement. Comme elle ne bougeait pas malgré mon silence, je pris la décision de relancer la discussion.

- Et pourquoi est-ce que tu lui as dit qu'il était stupide ? Soit dit en passant, cela ne me surprend pas qu'il l'ait mal pris…

Emily Macmillan fit fi de mon dernier commentaire, et me gratifia d'un sourire narquois.

- Voyons, Smith. Tout le monde s'accorde à dire que James fait une monumentale erreur en sortant avec Grace. Même toi, tu devrais en avoir conscience.

- Eh bien, je ne suis apparemment pas suffisamment intelligente pour comprendre ce que tu veux dire, répliquai-je, piquée au vif.

Elle éclata de rire, certainement ravie de me mettre en colère. Emily avait toujours aimé s'amuser de mes incompréhensions.

- Je vois que personne n'a voulu partager avec toi son point de vue. Oh, Merlin, le silence de cette famille m'étonnera toujours. Je suis plus surprise que Chuck Barrow ne t'en ait pas parlé, cela dit, rit-elle. Ah, Smith.

Elle regarda autour d'elle, comme à la recherche de quelqu'un. Je ne suivis pas son regard, peu désireuse de montrer le moindre intérêt pour l'entourage d'Emily Macmillan.

- Je vais te laisser à ta morosité. J'ai mieux à faire que de passer du temps avec quelqu'un qui n'ose pas s'avouer ce qu'elle veut. Je ne te salue pas, et ne te souhaite pas qu'on se recroise très vite.

- Ce n'est effectivement pas la peine, confirmai-je les dents serrées.

Après un dernier rire moqueur à mon égard, Emily Macmillan se décida enfin à me laisser en paix. Je m'autorisai à respirer plus sereinement lorsqu'elle fut assez loin de moi. Emily et moi n'avions jamais été proches, et même si la jalousie de notre adolescence n'était plus de rigueur, nous avions trop de différends pour passer au-dessus de notre passé. Je réalisai que je ne lui avais même pas demandé qui était la personne avec laquelle elle devait se marier, avant de me souvenir que cela ne me concernait pas et ne m'intéressait pas – et que je ne risquais pas de recevoir un carton d'invitation, de toute manière.

Bon sang, mon entourage devenait mature. Les mariages et les enfants allaient devenir de plus en plus courants dans les prochaines années, et je me demandais si j'allais réussir à trouver ma place après tous ces changements dans le quotidien de mes proches.

Je jetai un coup d'œil à ma montre, m'agaçant contre Fred qui n'avait toujours pas reparu. Quand comptait-il me faire le plaisir de sa compagnie ? Nous n'étions pas censés nous séparer aussi longtemps, et le danger de Bethany était à présent éloigné. De plus, il m'avait laissée seul en compagnie d'Emily Macmillan, et pour cela, j'allais lui en vouloir.

J'en étais à réfléchir à me déplacer dans le champ où prenait place le buffet quand une personne se posta devant moi, l'air rogue et prête à en découdre. Je soufflai, et pris un verre sur le plateau du serveur qui passait non loin, afin de me donner du courage – juste avant que la nouvelle venue lui fasse signe de disparaître très rapidement, ce qu'il fit d'autant plus vite qu'elle portait la tenue des Aurors.

- Auror Vargas, la saluai-je en baissant la tête.

L'Auror Mafalda Vargas hocha sèchement la tête pour me rendre mes salutations. Que faisait donc cette Auror aussi proche de moi ? Soit elle souhaitait s'enquérir des raisons qui m'empêchaient de discuter avec son responsable, soit elle avait une toute autre idée en tête en m'approchant. Que ce soit l'une ou l'autre de ces raisons, cela n'augurait rien de bon.

L'Auror Vargas n'avait jamais vraiment digéré l'affaire des Invisibles, et elle l'avait encore moins digérée depuis que Camille, presque un an plus tôt, s'était échappé à son insu – avant de faire s'évader Cassy, réalisant l'exploit de le faire alors qu'il n'était même plus sur place.

Mafalda Vargas n'aimait pas les Invisibles, c'était un fait – par conviction, ou par ego, c'était un point qui restait encore à déterminer. Mais elle ne nous aimait pas. Alors, la voir en face de moi ne me paraissait pas être une bonne nouvelle. Après tout, j'étais la seule Invisible contre laquelle elle pouvait se défouler. Autant dire que je n'étais pas sereine.

- Je vois que vous êtes venue à la cérémonie, me dit-elle sèchement.

- Tout comme vous.

- Ce n'est pas légèrement indécent de votre part de vous présenter, sachant que vous n'avez pas toujours eu une conduite exemplaire ?

- Je vois.

Elle haussa un sourcil de surprise.

- Que voyez-vous, exactement ?

- Comme toujours, vous nous reprochez nos méthodes. Alors que grâce à ces méthodes, nous avons évité bon nombre de dangers aux sorciers, tout en vous permettant un travail plus simple, en tant qu'Aurors.

Sa paupière se mit à trembler. J'avais peut-être été trop virulente, trop rapidement. Je devais me méfier. Si l'Auror Vargas perdait son sang-froid, il était possible que personne ne trouve rien à redire – encore plus si elle se défendait en disant que je l'avais provoquée, ce qui était peut-être mon intention cachée. Je devais faire preuve de plus de tact.

- Si j'ai choisi d'être Auror, ce n'est pas pour la simplicité, me rappela-t-elle.

Ou, plutôt, me cracha-t-elle au visage. Je souris.

- Certainement. Mais vous n'avez jamais eu à faire les choix que vous qualifiez d'immoraux, et que j'ai dû faire. Reconnaissez que cela vous arrange. Vous êtes toujours considérée comme une belle personne, une personne qui sauve les sorciers, alors que moi, en tant qu'Invisible, je ne suis pas recommandable.

- Ancienne Invisible, me corrigea-t-elle.

Mais un sourire ornait ses lèvres, me faisant frissonner. Vargas semblait avoir obtenu ce qu'elle voulait, et je n'aimais pas du tout cela – car je n'avais pas la moindre idée de ce qu'elle avait voulu savoir.

- Vous êtes incapable de vous détacher d'eux, n'est-ce pas ?

- Est-ce que vous êtes capable de vous détacher des Aurors, vous ?

- Merci de ne pas nous comparer. Nous avons une dimension légale, et…

Je l'interrompis sèchement.

- Et les Invisibles également. C'est votre grande erreur, Vargas. Vous pensez toujours que les Invisibles étaient une organisation illégale, mais ce n'était pas le cas. Elle dépendait bel et bien du ministère de la Magie, elle avait toutes les accréditations nécessaires. En tant que représentante de la justice, vous devriez faire attention aux termes que vous employez, vous avez une certaine image de notre société à défendre, lui rappelai-je.

Mafalda Vargas frémit, peu ravie d'être remise à sa place, tout en ayant conscience que j'avais raison, et qu'elle ne pouvait pas essayer de me mettre en porte à faux sur ce point. Les Invisibles avaient officié dans la légalité la plus complète, et c'était cela qui dérangeait le plus les autres sorciers, qui avaient tendance à faire rapidement le raccourci de nous désigner comme une organisation illégale – car il était alors plus simple pour eux d'accepter notre existence cachée de tous durant des années.

- Le fait que vous ayez été une organisation légale ne pardonne pas tout.

- Non. Mais en attendant, nous avons existé, que vous le vouliez ou non.

Je soupirai.

- Qu'est-ce que vous voulez exactement, Vargas ? Je me doute que ce n'est pas pour parler de la légalité ou non des Invisibles. Alors, dites-moi ce que vous avez envie de me dire, et puis laissez-moi profiter de cette charmante cérémonie.

Le regard de Vargas se durcit, et elle fit un pas vers moi, pour que personne de notre entourage ne puisse entendre ce qu'elle allait dire – ce qui était passablement inutile, puisque tout le monde nous évitait.

- Je sais que vous savez des choses. Vous ne les dites pas à mon responsable, mais je ne doute pas que vous en savez plus que vous voulez bien l'avouer. Alors, je ne vous lâcherai pas. Je ferai en sorte que tous vos faits et gestes soient surveillés, pour que je puisse prouver que vous êtes toujours en contact avec des Invisibles. Je n'ai aucun doute là-dessus. Vous ne jouez pas le jeu de votre réinsertion, et je le prouverai.

Ébahie, je ne sus quoi répondre pendant quelques secondes, avant de difficilement me ressaisir.

- C'est tout ce que vous vouliez me dire ? me moquai-je, légèrement nerveuse tout de même.

Mafalda Vargas se recula rapidement.

- Ne faites pas trop la maligne. La vérité éclate toujours.

- Hâte de voir quelle vérité vous allez faire éclater, Vargas.

Elle tourna les talons sans plus me regarder, et je relâchai la tension qui s'était accumulée dans mes épaules sans que je ne le réalise réellement. Que venait-il de se passer ? Vargas paraissait certaine que j'avais des informations compromettantes, ce qui n'était pas le cas. Elle était dans une autre dimension, et cela m'inquiétait, même si je n'avais rien à me reprocher. La parole d'une Auror serait plus fiable que la mienne, et si Vargas tenait tant à me faire tomber, elle y parviendrait.

Mais pourquoi s'acharnait-elle à ce point ? Le simple fait d'avoir été humiliée ne pouvait pas la pousser à me détester autant, n'est-ce pas ? J'étais réellement surprise de la haine que j'avais sentie dans son regard et ses paroles. Comme si je m'en étais pris à elle directement, ce qui n'était pourtant pas le cas.

Si je parlais encore à Harry, peut-être me serais-je confiée à lui pour lui raconter l'étrange échange qui venait d'avoir lieu entre son Auror et moi. Mais je refusais de parler à Harry. J'allais tout simplement laisser les événements suivre leur cours, et attendre. Vargas n'avait rien contre moi.

Normalement.

Et si elle était toute seule à me haïr, peut-être que je pourrais m'en sortir.

Mais son attitude était réellement étrange, et j'allais devoir me méfier, lors des prochains mois. Elle m'avait promis de toujours me surveiller, et je n'aimais pas cette idée. Cela m'inquiétait bien plus que je ne l'aurais souhaité. Savoir qu'une Auror m'en voulait à ce point n'était pas rassurant, et je craignais les répercussions que sa colère pouvait avoir sur moi.

Fred surgit soudainement à côté de moi, et reçut immédiatement un regard plein de reproches de ma part.

- Ce n'est que maintenant que tu réapparais ?!

- Tu étais sollicitée, se justifia-t-il. Je n'avais aucune envie de croiser Emily, et l'Auror paraissait avoir des choses trop importantes à te dire. Alors, j'ai préféré prendre mon temps.

- Eh bien, je ne te remercie pas, grommelai-je.

Je bus une gorgée de mon nouveau cocktail qui, heureusement, était resté frais, certainement grâce à un enchantement.

- Tu as fait quoi, pendant ce temps ?

- Je me suis caché, m'avoua piteusement Fred. J'ai aussi évité ma famille, j'avais peur que ma grand-mère m'attrape et ne me laisse plus tranquille, et t'oblige à nous rejoindre.

- Tu as bien fait de l'éviter, alors, soufflai-je. Mais ne dis jamais à Molly que j'ai dit cela, elle pourrait me tuer.

Fred éclata de rire.

- Ouais, elle en serait capable. Bon, tes discussions étaient intéressantes ?

Je haussai les épaules.

- Avec l'Auror et Emily, pas tant que ça, et puis ça ne te concerne pas. En revanche, ma conversation avec Bethany était plutôt intéressante…

Je la rapportai à Fred, qui parut plutôt intrigué par ce que je lui racontais, et qui se concentra intensément lorsque je lui parlais du fameux A. H. Ou de la fameuse A. H. Pour la première fois de ma vie, Fred Weasley ne m'interrompit à aucun moment de mon monologue, pas même pour faire une blague que je n'apprécierais pas. Il était bien trop intrigué par tout ce que je lui racontais.

Lorsque j'eus terminé de lui rapporter ma conversation, il prit encore le temps de réfléchir longuement, me laissant patienter, le temps que ses pensées s'organisent, pour qu'il puisse les partager avec moi.

- Hum… Ce n'est vraiment pas bon, ça. Si A. H. s'intéresse à nous par des chemins détournés, cela va être encore plus difficile pour nous de savoir de qui il s'agit. Même si on pense qu'il s'agit d'un homme, ce qui élimine déjà un certain nombre de personnes.

- Vous pensez ?

Fred acquiesça.

- Ginny t'avait bien dit qu'il s'était beaucoup intéressé à Lily, ces derniers temps, pas vrai ?

Je hochai la tête pour lui confirmer cela.

- Eh bien, Lily, après réflexion, nous a dit qu'elle avait croisé un même homme à plusieurs reprises. Elle n'avait jamais fait attention à lui, parce qu'il ne lui parlait jamais directement, mais en y réfléchissant, elle pense que cela peut être notre fameux A. H. Sauf que comme ils ne se sont jamais parlé, elle ne sait pas à quoi il ressemble exactement.

- Mince, soufflai-je.

- Comme tu dis, grimaça Fred. Mais tout n'est pas perdu. On pense qu'il est ici, à la cérémonie, et ma famille est en train d'enquêter auprès de tous les invités pour en savoir plus. On finira bien par connaître ce A. H…

- Je l'espère, soufflai-je.

- En tout cas, reprit Fred en changeant totalement de sujet, merci d'avoir demandé à Bethany de prendre ses distances, et de l'avoir légèrement menacée ! Je vais peut-être enfin avoir la paix…

- Je te le souhaite ! Mais, pendant que j'y pense… Est-ce que Bethany délire totalement, ou bien est-ce que tu fréquentes bel et bien quelqu'un ?

Voir Fred Weasley perdre ses moyens n'arrivait pas tous les jours, et je devais reconnaître que lorsque cela arrivait, je me délectais toujours du spectacle. Comme en ce moment.

- Fred Weasley ! m'exclamai-je. Quand Paige a dit ça lors d'une soirée, j'ai cru qu'elle délirait, parce qu'il s'agit de Paige et qu'elle peut voir des signes là où il n'y en a pas du tout, mais non ! Elle avait raison ? soufflai-je.

- C'est, euh…

- Si tu dis compliqué, le coupai-je, je te tords l'oreille.

- Pas l'oreille ! s'exclama-t-il.

Je lui lançai un regard entendu. Il allait devoir me répondre, et essayer de détourner la conversation n'allait pas fonctionner.

- Peut-être que c'est vraiment compliqué, me rétorqua-t-il finalement.

- Tu dis ça à qui tu veux, mais définitivement pas à moi, lui rappelai-je. Ma relation avec James ces dernières années n'était pas sereine, mais je ne la qualifierais pas de compliquée pour autant. On dit d'une histoire qu'elle est compliquée uniquement lorsqu'on ne veut pas se confronter aux discussions nécessaires pour faire avancer la relation. Alors… Tu veux toujours me dire que cette relation est compliquée ?

Fred me lança un regard mauvais, qui ne m'atteignit pas.

- Tu sais, j'ai entendu dire que tu suivais une thérapie, et, franchement, je trouve que depuis, tu nous mets tous devant nos erreurs. C'est assez agaçant.

- Je le prends comme un compliment. Bon, alors, tu fréquentes vraiment quelqu'un ?

Fred ne dit rien immédiatement, comme semblant peser le pour et le contre de ce qui allait suivre.

- Oh, Fred, ne me fais pas languir, ronchonnai-je. Je n'ai aucun potin à me mettre sous la dent en ce moment, tout le monde est en couple ou va se marier, il n'y a plus eu de nouveaux couples dans notre entourage depuis un moment… Enfin, à part ton cousin, mais…

- Ouais, ne parlons pas de Grace devant toi, suggéra Fred. Je fréquente effectivement quelqu'un, m'avoua-t-il du bout des lèvres.

- Je la connais ?

- Qui te dit que c'est une femme ?

Je balbutiai un instant, incapable de comprendre ce qu'il venait de me dire.

- Hein ?

- Oh, ça va, je plaisante, souffla Fred en levant les yeux au ciel. Je voulais voir quelle serait ta réaction.

- Franchement, ce n'était pas crédible. Votre cousin Hugo, d'accord, je t'aurais cru, mais toi… Non pas que j'aurais quoi que ce soit à redire, mais…

- Tu t'enfonces, Astrid. Tu veux de l'aide pour sortir de ton purin d'hippogriffe, ou je te laisse encore un moment essayer de rattraper ton manque de délicatesse ? se moqua Fred.

Je rougis légèrement, avant de tenter de me ressaisir.

- Bon, alors, je la connais ?

- Est-ce qu'on ne se connaît pas tous, nous autres, les sorciers ?

- Fred, arrête de tourner autour du pot de mandragore, grondai-je.

Je commençais à être légèrement agacée de ses tentatives de ne pas me répondre. J'avais envie d'en savoir plus, et ma patience était arrivée à bout.

- Oui, tu la connais, finit-il par dire. Tu la connais bien.

Il s'enferma ensuite dans un silence buté, me frustrant encore plus.

- Ok, et donc je dois maintenant faire la liste de toutes les femmes que je connais jusqu'à trouver la bonne ? Oh, non ! soufflai-je, estomaquée.

- Quoi ? s'affola Fred.

- Ne me dis pas que c'est Emily Macmillan, et que tu l'as déjà demandée en mariage !

- Hein ? Non, mais ça ne va pas ? Et puis, je t'ai dit que je ne voulais pas la croiser.

- Ah, oui. C'est vrai. Bon, mais c'est qui alors ?

Les joues de Fred prirent une teinte rouge que je devinai sans peine – au bout de tant d'années, j'avais appris à reconnaître les rougissements des jumeaux Weasley.

- Mélina.

Je ne réussis pas à me retenir. J'éclatai de rire, accentuant le rouge aux joues de Fred. Lorsque je vis que je ne faisais que le mettre mal à l'aise, qu'il ne me rejoignait pas dans mon hilarité et que je commençais à passer pour une hystérique, je parvins à me calmer.

- Oh, lâchai-je.

J'étais incapable de prononcer le moindre mot supplémentaire. Je dus m'y reprendre à plusieurs reprises avant de réussir à parler à nouveau de manière intelligible.

- Mélina comme… Mélina Wilson ? Notre Mélina ? Préfète de Serdaigle, notre amie depuis nos onze ans, celle qui ne se confie jamais, qui a une relation pourrie avec son père, qui est ultra réservée et dont on ne sait jamais rien de la vie privée ? Cette Mélina ?

Fred acquiesça. J'étais stupéfaite.

- Attends, je ne comprends plus rien. J'ai besoin de la genèse de tout ça, parce que…

Je m'interrompis, pris un nouveau verre sur un plateau, et l'avalai d'un trait.

- Mélina Wilson ? demandai-je une nouvelle fois.

- Est-ce que tu peux arrêter de le répéter ? C'est vexant que tu penses qu'on ne puisse pas avoir une relation, m'avoua Fred.

- Désolée. C'est simplement que… Attends. C'est ça qui la rend si bizarre depuis des semaines ? Et c'est toi qu'elle retrouvait après le match qu'on est allées voir ensemble ?

Un certain nombre de pièces du puzzle « Mélina Wilson » se mettaient en place.

- C'est pour cela qu'elle ne répond plus à aucune de mes lettres ? Elle ne veut pas me voir parce que vous êtes ensemble ?

- C'est plus compliqué, me dit Fred.

- Arrête avec le mot compliqué ! grondai-je. Est-ce que tu peux tout m'expliquer ? Toute votre histoire ?

- Bah… Ouais, je peux, mais on n'en a pas parlé avec Mélina, et comme tu l'as dit, elle est plutôt discrète en général sur sa vie privée, alors je ne sais pas si elle va vraiment apprécier que…

- Je crois que tu es de toute manière fichu, parce que tu m'en as parlé, rétorquai-je.

Fred souffla, apparemment convaincu par ce que je venais de lui dire.

- Tu te souviens, quand on a changé notre logo, avec Roxanne ?

- Oui, bien sûr, c'était il y a quelque temps déjà…

- Un an et demi, exactement, me rappela Fred. Et celle qui a fait le logo, c'est…

- Mélina, terminai-je à sa place.

- Exactement. On a passé beaucoup de temps ensemble, ça s'est fait plutôt naturellement, on s'est mis à se voir même lorsqu'il n'y avait pas besoin de travailler sur le logo, et puis… Bon, on s'est mis ensemble, discrètement. Presque discrètement. Elle était d'accord pour que j'en parle à la famille, pour que ça devienne plus officiel, et c'est là que ça a coincé, grimaça Fred. Est-ce que tu te souviens de ce repas de famille, il y a pas loin d'un an, lorsque Bethany a été invitée sans qu'on me prévienne ?

Je me souvenais parfaitement de ce moment, et de l'esclandre de Bethany lorsqu'elle avait appris que Fred fréquentait quelqu'un. Il avait dû partir du repas avec Bethany pour la calmer. C'était un sacré spectacle à observer, mais je réalisai soudainement que, pour autant que je le sache, personne n'avait jamais demandé des informations à Fred sur la femme dont il avait voulu nous parler en début de repas – tout avait été éclipsé par l'apparition de Bethany, et sa colère.

- C'était déjà Mélina ?

Comment est-ce que j'avais pu passer à côté de cela ? J'étais trop prise par mes batailles contre ma part Invisible, et peu de temps après, je disparaissais avec Camille et Cassy, mais tout de même, j'aurais dû réaliser que mon amie fréquentait quelqu'un. Et que Fred également ! Par Merlin, mon instinct d'Invisible ne me servait pas du tout pour analyser les relations amoureuses de mes proches.

- C'était déjà Mélina, me confirma Fred. Je ne suis pas revenu manger avec vous à ce repas non pas parce que Bethany a mis du temps à se calmer, mais parce que je voulais voir Mélina et lui raconter ce qui s'était passé, avant que toi ou Roxanne lui racontiez tout ça lors d'une de vos soirées. À ce moment, on a décidé qu'on ferait peut-être mieux de ne pas se fréquenter tant que Bethany ne se calmait pas.

- Sauf que Bethany ne se calmera jamais.

- Non, c'est certain, avoua Fred. Et pour être honnête, j'ai fini par en avoir marre. Je ne voulais pas que Bethany soit encore un obstacle dans ma vie. J'ai perdu trop de temps avec elle, et Mélina ne méritait pas d'être mise de côté pour elle.

La tendresse dans la voix de Fred ne m'échappa pas, mais au lieu de faire une plaisanterie sur son ton, je m'en abstins, ne souhaitant pas le vexer sur ses sentiments.

Je n'arrivai pas à effacer le sourire attendri qui ornait mes lèvres, en revanche, et Fred le nota. Mais au lieu de s'agacer, il rougit un peu plus. J'adorais faire cela aux jumeaux, le rouge leur allait très bien au teint.

- J'ai eu un peu de mal à la convaincre qu'on devait reprendre une relation, je t'avoue que j'ai failli laisser tomber, et puis tu es sortie d'Azkaban et, apparemment, ça a fait un déclic dans la tête de Mélina, elle a voulu qu'on se revoie.

- Ravie d'avoir aidé à ma manière. Je suis moins ravie de constater que ni toi ni elle n'avez ressenti le besoin d'avouer votre relation, j'aurais aimé en savoir plus, plus tôt.

Fred grimaça, et je compris que cela ne servait à rien de le blâmer. Leur histoire s'était faite ainsi, et je n'avais aucun intérêt à les juger.

- Bon, donc, vous êtes à présent officiellement ensemble ?

- Bah, vu que tu es la seule au courant, non, je ne crois pas qu'on puisse dire que c'est officiel. Ça devenait vraiment difficile pour elle de te le cacher, je crois que c'est pour cela qu'elle a pris ses distances, elle avait trop peur que tu finisses par deviner quelque chose.

Je hochai la tête, en partie compréhensive.

- Son frère est aussi au courant, me dit Fred.

- T'as rencontré le frère de Mélina ? Même moi, je ne l'ai jamais vu !

- C'est une armoire à glace, me dit Fred. J'ai cru qu'il allait m'écraser trois côtes, le jour où je l'ai rencontré. Finalement, il m'a simplement martyrisé les phalanges…

J'éclatai de rire, imaginant sans peine la douleur de Fred. Je n'avais jamais vu le frère de Mélina, à part en photo, et il avait une carrure assez imposante, tout le contraire de sa grande sœur, qui était plus en finesse.

- Mais vous allez commencer à en parler à d'autres personnes, de votre relation ?

- J'essaie de la convaincre. J'espère juste que le jour où je dois le dire à Roxanne, quelqu'un sera là pour retenir ma sœur. Je ne suis pas certain de survivre à l'affront de lui avoir caché une relation qui a un tel passif.

- Roxanne va te tuer, confirmai-je dans un sourire.

- Ne m'en parle pas.

- J'aimerais être là. Pour la voir te tuer, évidemment. Pas pour te protéger.

- Je vois que je peux toujours compter sur toi…

- Eh ! Roxanne va peut-être te tuer, mais je suis aussi vexée d'avoir été tenue à l'écart de votre relation. J'ai le droit de me moquer un peu, tout de même.

- C'est de bonne guerre, reconnut Fred.

- Mauvais jeu de mots, pour un jour de cérémonie, lui rappelai-je.

Fred leva les yeux au ciel.

- J'ai le droit d'en parler à Mélina ? m'enquis-je. De votre relation ?

- Mieux vaut qu'elle soit au courant que tu sais, pour nous deux, oui, me confirma Fred. Mais je te laisse le lui annoncer. Et n'hésite pas à lui dire que tu l'as deviné, plutôt que lui dire que c'est moi qui ai tout avoué…

J'éclatai de rire, avant de lui faire la promesse que, si je sentais que c'était trop risqué pour lui d'avouer à Mélina qu'il avait vendu la mèche, j'affirmerais que j'avais deviné toute seule.

- Merci, souffla Fred. Et en échange, pour te remercier, je ne ferai pas ce que mon oncle m'a demandé de faire.

Je grommelai, me doutant de ce qui allait suivre.

- J'imagine qu'il s'agit de Harry ?

- Bien sûr. Il voulait que je te fasse aller jusqu'à lui, mais je n'étais pas super enthousiaste à l'idée de te piéger. Et maintenant que je sais que tu vas protéger mes arrières, j'ai encore moins envie de te mettre dans l'embarras, m'avoua-t-il.

- C'est très gentil à toi. Ton oncle commence sincèrement à m'agacer. Est-ce qu'il n'a pas mieux à faire que de vouloir à tout prix me parler ?

Fred m'adressa un petit sourire désolé. Il n'avait pas de réponse à ma question, et je n'en attendais pas. J'espérais simplement que Harry allait finir par me laisser tranquille. J'avais besoin de respirer, et Harry m'en empêchait à vouloir toujours me parler.

- Si tu veux te changer les idées, on peut faire le jeu qu'on fait presque chaque année, avec Roxanne, à cette cérémonie.

Je jetai un coup d'œil à ma montre. Nous en avions encore pour une heure avant de pouvoir décemment partir sans paraître totalement désintéressés par la cérémonie. Cependant, je savais aussi que les jumeaux avaient des jeux qui n'étaient pas forcément pour me plaire.

- C'est quoi, votre jeu ?

- On regarde les invités, et on essaie de deviner qui ils ont perdu durant la guerre.

- C'est un peu glauque, non ?

- Tu as une meilleure idée ?

- Pas vraiment.

- Et puis, de toute façon, les autres sorciers font exactement la même chose, sauf qu'ils viennent demander directement qui on a perdu, sans aucun tact. Nous, au moins, on rend la chose amusante…

Les arguments de Fred étaient bancals, mais c'était si habituel avec les jumeaux que je ne discutai pas. De toute manière, son jeu m'emballait déjà. J'allais pouvoir utiliser mon imagination, et penser à autre chose qu'à Harry qui voulait absolument discuter avec moi, alors que je n'en avais pas envie. Au moins, cela me changerait les idées.

.

.

.

J'essayais tant bien que mal d'avancer dans ma lecture, sans y parvenir réellement. Il s'agissait du dernier livre de Chuck – enfin, les premières pages de son futur roman. Comme toujours, dès lors qu'il s'agissait de fiction, j'étais incapable de me concentrer et de trouver un véritable intérêt à ma lecture. Cela me suivait depuis mon enfance, ou, tout du moins, depuis que j'avais des souvenirs. J'avais toujours préféré les témoignages et les récits historiques, qui se basaient sur des faits réels.

Pourtant, je savais que Chuck avait des talents d'écrivain. J'étais simplement incapable de les apprécier à leur juste valeur.

Je tendis l'oreille vers la chambre d'Alicia, mais aucun bruit ne me parvint. Elle dormait à poings fermés, pour ma plus grande joie. Je n'étais pas certaine que j'aurais été capable de gérer encore un réveil du bébé.

Du bruit me parvint de l'extérieur. Même si mes actes magiques étaient restreints, par précaution et par sécurité, si je devais protéger Alicia d'une mauvaise rencontre, je n'aurais aucun scrupule à dépasser mes limites. Je fis glisser ma baguette de sa cachette, et la tins fermement, attendant un signal d'alerte.

Aucun des sortilèges d'alarme de Chuck et Lola ne se déclencha, me rassurant. Il s'agissait simplement des propriétaires des lieux qui revenaient de leur soirée. La porte s'ouvrit d'ailleurs sur eux deux, passablement fatigués, mais également contents de leur soirée.

- Vous avez bien profité ? demandai-je aux futurs mariés.

- Complètement, m'assura Chuck avant de disparaître en direction de la chambre de sa fille.

J'aurais pu me vexer de le voir filer vérifier que tout allait bien pour elle, mais je le connaissais assez pour savoir que je ne devais pas le prendre personnellement. Lola prit sur elle pour ne pas le suivre, et vint me rejoindre sur le canapé où j'avais pris place.

- On était dans un super restaurant, tu devrais y aller, me dit-elle dans un sourire. Et merci mille fois d'avoir pris soin d'Alicia toute cette soirée. Nous n'avions pas encore eu l'occasion de sortir sans elle depuis sa naissance, et c'était un vrai plaisir.

- Aucun problème, Lola. Je peux bien faire ça pour vous deux.

Elle ôta ses chaussures, et ramena ses jambes sous elle, avant de poser un regard doux sur moi.

- T'as l'air vraiment détendue en ce moment.

- Et pourtant, ris-je nerveusement. Je n'ai pas l'occasion de beaucoup me détendre en ce moment. Mais on va dire que j'apprends à gérer mon stress, ma nervosité, mon passé d'Invisible et les inconvénients du quotidien, ce qui est une grande avancée…

Lola acquiesça, l'air paisible. Chuck nous rejoignit à cet instant, s'installant dans un fauteuil en face de nous.

- Elle a été sage ?

- Un vrai démon, avouai-je. Mais j'ai su gérer. À peu près. Mieux qu'à l'époque où je t'aidais avec tes demi-sœurs, ajoutai-je avec un clin d'œil.

Chuck rit doucement, se rappelant sans mal de mes difficultés à l'aider.

- Tu veux rester dormir ici ? me proposa Lola. On a toujours le bureau, qu'on peut transformer en chambre…

Je secouai la tête.

- Non, surtout pas. Je ne veux pas vous déranger, et puis, j'ai un arrivage de colis, demain. Pour le travail. Des carnets d'un sorcier historien, qui est inconnu de tous, mais dont les découvertes sont apparemment majeures…

J'affichai une moue sceptique. Je doutais sincèrement que ce que j'allais découvrir allait révolutionner l'histoire de la magie, mais les carnets n'ayant jamais été lus par personne, ils valaient la peine qu'on se penche dessus. J'espérais seulement que je n'allais pas perdre trop de temps à les lire.

- Ton travail, ça se passe bien ?

Je leur racontai les dernières péripéties qui m'étaient arrivées avec le travail, et je passais un long moment à leur parler des propositions de Thésée Meadowes. Je m'aperçus cependant assez vite que l'idée de me voir partir à l'étranger les inquiétait. Je soupirai.

- Oui, vous aussi, vous croyez que c'est une erreur ? devinai-je. Que cela ne sert à rien de me proposer cela, en sachant pertinemment que cela n'aura jamais lieu ?

- Non, ce n'est pas ça, m'assura Chuck. Simplement…

Il se tut, et joua avec le coussin qui ornait le fauteuil où il avait pris place. Je me tournai vers Lola, qui paraissait moins gênée que Chuck pour me partager le fond de ses pensées.

- Chuck craint que le fait de partir à l'étranger te pousse à disparaître une nouvelle fois. Pour être honnête, cela m'effraie un petit peu aussi, dit-elle d'une petite voix.

Elle baissa les yeux, et je me sentis affreusement mal. J'avais disparu à plusieurs reprises de la vie de mes amis, et je réalisais à l'instant que je ne les avais jamais rassurés sur le fait que je n'allais plus jamais leur causer cette même peur.

D'un autre côté, j'étais incapable de leur assurer ma stabilité.

Je me mordis la lèvre, tiraillée entre plusieurs sentiments. Celui de ne pas me justifier, celui de leur faire plaisir, celui de me rassurer, mais aussi celui de les tranquilliser.

- Je suis désolée, finis-je par lâcher. Pour tous les soucis que je vous ai causés, pour la peur que vous semblez ressentir à l'idée que je disparaisse une nouvelle fois. J'aimerais que vous n'ayez pas une telle image de moi, une image instable… Mais je suis incapable de vous assurer tout ça. Juste, je suis sincèrement désolée pour tout. Pour toutes ces années, pour tous ces doutes, et pour toutes mes erreurs…

Je sentis une bouffée d'émotions faire monter les larmes aux yeux. Mes amis me regardèrent, les yeux remplis de tristesse.

- Oh, Astrid, souffla Lola.

- Cela fait un moment qu'on t'a pardonnée, m'assura Chuck. Au moins depuis le moment où je t'ai demandé d'être témoin. Mais on aura toujours un petit doute…

Je fis d'énormes efforts pour m'empêcher de pleurer. Ce qui n'était vraiment pas simple. J'étais tellement persuadée que tout le monde m'en voulait que je m'attendais à chaque fois à des cris et des reproches, lors de mes excuses. Or, pour le moment, je ne recevais que de la gentillesse, et des mots doux.

Cela me changeait des dernières années, et j'avais du mal à me faire à l'idée.

Je détournai le regard pour ne pas me mettre à pleurer, et Chuck se racla la gorge – preuve qu'il était également ému, et près des pleurs.

- Bon, changeons de sujet, proposa Lola. On ne va pas se mettre à pleurer, tout de même… On est adultes, par Merlin !

- Ce qui ne nous empêche pas de pleurer, lui fit remarquer Chuck.

Il n'eut aucune réponse de la part de sa fiancée. Lola darda son regard sur moi.

- Alors, il paraît que Stiles Stuart a dit que tu lui plaisais ?

Je lançai un regard noir à Chuck.

- Je ne peux rien lui cacher, me dit-il pour se défendre.

- T'aurais pu faire un effort pour cette fois, grommelai-je. Mais oui, répondis-je à Lola. Mon voisin m'a dit que je lui plaisais. Et je ne sais pas quoi faire de cette information.

- Lui dire qu'il te plaît ? se moqua Chuck.

Je pointai un doigt accusateur sur lui.

- Ce n'est pas aussi simple, et tu le sais très bien, lui fis-je remarquer.

- Qu'est-ce que tu as envie de lui répondre ? me demanda Lola, empêchant Chuck de se moquer de moi, comme il en avait certainement envie.

Je soupirai. C'était bien là tout le problème. J'appréciais la compagnie de Stiles, et ne pas l'avoir vu depuis plusieurs jours – depuis qu'il m'avait dit que je lui plaisais – avait fini par me faire comprendre qu'il me manquait. Pour autant, je n'étais pas certaine que c'était une bonne chose pour moi, ou pour lui, d'avoir un véritable rapprochement entre nous deux. Est-ce que cela ne serait pas simplement un moyen pour moi d'oublier James, plutôt qu'un moyen de vraiment profiter de Stiles ? Je n'étais certaine de rien.

Mais cela était souvent le cas dans mes relations.

- Je ne sais pas vraiment, avouai-je après quelques secondes de réflexion. J'apprécie Stiles, et je pense qu'il a une vie assez stable pour moi. Mais est-ce que ce ne serait pas me jeter dans les bras de quelqu'un juste pour m'assurer de ne pas être toute seule ?

Mes amis n'avaient aucune réponse à me donner à cette question et, après tout, je n'en attendais pas tant de leur part. Après quelques minutes à discuter de cette situation, sans vraiment trouver de solutions, je finis par me lever.

- Je te raccompagne, me proposa Chuck.

J'appréciai le geste.

- Tu es certain que cela ne te dérange pas de venir avec moi jusqu'à la zone de transplanage ?

- Il a trop mangé, il a besoin d'une longue balade digestive ! m'assura Lola.

- Elle a raison, grimaça Chuck. Allez, je te raccompagne.

Nous nous glissâmes dans la nuit fraîche.

- Tu sais, Stiles Stuart… C'était un chic type, à Poudlard. Ça n'a pas dû changer tant que ça, pas vrai ?

Je secouai la tête. Chuck avait raison, cela n'avait pas trop changé.

- C'est certain. C'est juste que…

- Que tu penses toujours à James ?

- Non ! Enfin, oui. Mais non. Cela ne sert à rien, il est avec Grace, pas vrai ? Et elle a l'air vraiment chouette. Pas vrai ?

Ma répétition montrait ma nervosité, qui n'échappa pas à Chuck. Ce qui ne m'échappa pas, en revanche, c'était son air gêné. Je me souvins alors de ce qu'Emily Macmillan m'avait dit lors de la cérémonie du deux mai. D'après elle, mes amis avaient des choses à me dire concernant la relation de Grace et de James.

J'avais envie de questionner Chuck à ce sujet. Vraiment.

Mais je devinais que cela allait me faire plus de mal que de bien. Et je devais aller bien. Je devais arrêter de me torturer. Je ne devais pas me conforter dans des questionnements, dans des non-dits.

- Pas vrai ? demandai-je une dernière fois à Chuck, alors qu'il gardait le silence.

Nous arrivions à la zone de transplanage.

- Ouais, tu as raison. Il est avec Grace, me dit-il avec un sourire que je crus sincère.

J'acquiesçai, et il me serra rapidement dans ses bras, me rassurant un peu plus. Je transplanai alors, l'esprit serein, savourant le fait que cette soirée se termine bien, et que rien ne vienne me perturber.

Sauf que lorsque j'arrivai chez moi, une surprise peu agréable se fit entendre.

Un Épouvantard grattait derrière la porte de ma penderie.

- Merlin ! pestai-je en faisant claquer la porte de mon appartement derrière moi.

Fléreur vint se cacher dans mes jambes et l'horloge, après un bâillement, me dit d'une voix morne.

- Un Épouvantard est arrivé il y a quelques heures… Tu vas demander au voisin de nous en débarrasser ?

Je soufflai de dépit. J'aurais pu demander à Stiles, mais tant que je n'avais pas de réponse claire à lui donner sur ce que j'attendais de lui, je n'avais aucune envie d'aller frapper chez lui pour lui demander un tel service. J'allais plutôt faire une demande auprès du ministère de la Magie, en espérant que, cette fois-ci, le département compétent mettrait moins de temps à m'envoyer un agent.

J'avais en tête que cet espoir était vain, mais il fallait bien que je me console à ma manière.

- Non, je ne vais pas demander à Stiles, affirmai-je à l'horloge.

Sans perdre de temps, je pris un parchemin, écrivis ma missive, et me fis la promesse d'aller l'envoyer sans tarder le lendemain, dès mon réveil. Vu que mes nuits étaient toujours courtes, avec un peu de chance, j'aurais l'occasion de la poster dès l'ouverture de la poste sorcière.

C'est frustrée que j'allai me coucher. Frustrée de la présence d'un Épouvantard chez moi, frustrée de ne pas savoir quoi répondre à Stiles.


Lumos

Et bien le bonjour par ici ! Tout d'abord, deux mea culpa. Le premier, désolée pour le faux bond de la semaine dernière : j'ai été prise dans des petits travaux dans un premier temps, et vendredi, j'ai eu une urgence vétérinaire. J'ai complètement laissé filer la journée de vendredi, et je n'avais plus du tout la tête à poster quoi que ce soit, vous pouvez vous en douter ! Pour le second : je suis en vacances, j'ai à peine trois minutes pour moi, alors je ne vais pas faire les réponses à vos reviews avant de rentrer chez moi. Mais j'ai tout lu, et je vous remercie énormément pour tous vos messages. Comme toujours, ils me font très plaisir :)
Bien entendu, ce chapitre a été entièrement relu et corrigé par DelfineNotPadfoot, la seule, l'unique.
Je suis en vacances, donc je vais me laisser porter par les événements de la journée, et ne vais pas m'attarder par ici. Simplement, dans le prochain chapitre, il va être temps qu'Astrid reparle à Harry, mais aussi qu'elle prenne son courage à deux mains pour discuter avec Stiles.
Sur ce, je vous souhaite un bel été (ah, la blague, il fait un temps pourri là où je suis. Si vous vivez dans une région ensoleillée, est-ce que vous m'hébergez quelques jours pour que je voie le soleil ? J'ai besoin de soleil !) et vous dis à très vite pour le prochain chapitre :) (Et il faut que je me pose quelques heures pour écrire les chapitres suivants, ahem)

Nox