Note de l'autrice : Oh, comme j'avais hâte de partager ce chapitre avec vous !

Installez-vous confortablement, pour cet épisode un peu plus long qu'à l'accoutumée, et bonne lecture :)


In Pursuit Of

ASSISTANCE

(Hermione)

On était le 15 janvier. Le dernier jour de cueillette de nèfles, avant qu'elles ne meurent à même la branche. Le dernier jour pour vider la dernière rangée d'arbustes, sans quoi un sixième des récoltes s'évanouirait. Le dernier jour.

Et Cormac n'était pas là.

Incroyable. C'était tout bonnement incroyable.

« Pour quelle raison M. McLaggen nous a-t-il dispensé de l'honneur de sa présence ce soir, Miss Granger ? »

Le professeur Rogue lui posa la question comme si elle était supposée en avoir une idée, comme si elle était responsable de lui, simplement parce qu'elle portait les couleurs de sa maison. Cela eut le don de l'agacer.

« Je n'en sais rien, professeur, dit-elle froidement.

- Eh bien, quel dommage pour vous deux, fit-il mine de regretter.

- Quoi ? Mais ça va prendre bien plus d'une heure sans lui ! », objecta Malfoy.

L'homme le regarda comme s'il ne voyait pas le problème, jouant d'une main vicieuse avec leurs deux baguettes.

« Alors mettez-vous rapidement au travail. L'école ne voudrait déplorer aucune perte par votre faute, n'est-ce pas ? »

Le professeur quitta alors les lieux en un froissement de cape, laissant les deux étudiants à leur besogne – celle qui nécessitait une troisième personne. Sur le seuil de la serre, ils regardèrent, bouche bée et bras ballants, sa silhouette disparaître.

Malfoy se tourna brusquement vers Hermione, la surplombant de sa hauteur, furieux. Oh, la soirée s'annonçait longue, avec le Serpentard et son humeur exécrable pour compagnie.

« Où est fourré cet enfoiré de McLaggen ? »

Elle se crispa.

« Merlin, pourquoi tout le monde s'imagine que j'en sais quelque chose ? »

Déjà exaspérée, Hermione pénétra dans la serre, talonnée par le blond.

« Peut-être parce que vous portez le même stupide blason !

- Blason qui, rappelons-le à toutes fins utiles, ne dote pas ceux qui le portent de la capacité de savoir ce que font les autres Gryffondor!

- Blason qui signifie cependant que vous avez de fortes chances de vous croiser !

- Nous ne sommes même pas de la même année ! Je vois davantage ton fichu blason que le sien ! »

Hermione accrocha indélicatement son sac et sa cape sur un porte-manteau, qui vacilla sous la vigueur de son geste, jusqu'à ce que Malfoy l'immobilise d'une main pour y laisser ses propres affaires.

« Et vous n'avez pas une salle commune en commun peut-être ? Pas une table dédiée à votre maison ?

- Cormac n'est pas mon ami, Malfoy, je ne lui parle jamais ! »

À la recherche de gants de protection, Hermione ouvrit à la volée plusieurs tiroirs de l'établi à jardinage. Une fois qu'elle trouva deux paires, elle en enfila une puis en jeta une autre au jeune homme.

« Tu ne me feras pas croire qu'il cesse miraculeusement de te coller hors de ces murs, Granger. »

Elle le fusilla du regard en s'élançant vers une pile de paniers.

« Sois assuré que je le fuis comme la peste.

- Et vois comme ça nous sert à présent ! »

N'en croyant pas ses oreilles, elle fit volte-face dans sa direction.

« Oh, ça va être de ma faute maintenant ?

- Qui sait ? Tu l'as peut-être fait fuir avec ton petit numéro de la dernière fois. »

Hermione leva les yeux au ciel et reprit son chemin.

« Si ça ne t'a pas empêché de venir, toi, je vois mal pourquoi ça le ferait fuir, lui. »

Paraissant offensé par la comparaison, Malfoy pressa le pas pour la rejoindre.

« Tu pars du principe – erroné – que lui et moi sommes le même type d'hommes.

- Non, je pars du principe – vérifié – que ce n'est pas sur lui que j'ai jeté des nèfles ! »

Hermione s'empara de trois paniers d'un geste abrupt, avant de tourner les talons vers le fond de la serre. Malfoy en fit de même.

« Précisément. Deux types d'hommes très différents.

- Parce que tu pousses les gens à bout jusqu'à ce qu'ils te balancent des trucs au visage, et pas lui ?

- McLaggen a tout de même reçu une gifle de ta part, si je me rappelle bien.

- Et toi, un coup de poing, si ma mémoire est bonne.

- Et qui est encore là, malgré tout, prêt à affronter la harpie ? Visiblement pas McLaggen. »

Hermione lui lança un regard noir tout en avançant à grandes enjambées jusqu'aux néfliers.

« Mais quel genre de compétition absurde essaies-tu de créer, Malfoy ? À tous les coups, c'est ton petit numéro qui l'a fait fuir.

- Quel « petit numéro » ?

- Ta réaction délirante !

- On appelle ça rire, Granger. »

Arrivée devant la sixième et dernière rangée d'arbustes, Hermione lâcha brutalement deux paniers à terre et commença immédiatement à remplir le troisième.

« Oui, cette réaction délirante-là.

- C'est un réflexe humain parfaitement normal.

- Pas dans ce contexte, pas venant de toi. De quoi faire fuir un Cormac, je t'assure !

- C'est ridicule ! »

Malfoy ponctua son propos en décrochant une poignée de nèfles avec rage.

« Bien sûr que c'est ridicule ! C'est toi qui as commencé à me blâmer pour ses actions ! Alors cesse un peu d'être si fidèle à ton patronyme et de m'accuser sans fondements. »

- Mon patronyme ?

- Tu faisais preuve de mauvaise foi, Malfoy.

- Oh, parce que tu parles français maintenant ?

- Pas l'ancien français, non. »

Devant son ton sarcastique, Malfoy leva les yeux au ciel.

« Outre ces connaissances étymologiques parfaitement inutiles, aucune idée d'où se trouve l'autre abruti, Miss Je-sais-tout ?

- En quelle langue faut-il que je le dise pour qu'on me comprenne ?

- Essaie l'ancien français pour voir. »

Hermione soupira en jetant des nèfles dans son panier.

« Si seulement je savais dire : il a dû oublier qu'on avait retenue ce soir.

- Oh, ça, j'en doute fort ! Il n'a pas l'air de vouloir t'oublier si facilement, Granger. C'est honnêtement à se demander s'il ne lui est pas arrivé quelque chose, pour qu'il manque une occasion de roucouler devant toi. »

En attaquant un nouvel arbuste, Hermione lui jeta un regard assassin.

« Je suis certaine qu'il va très bien et qu'il n'a aucun mal à m'oublier, si c'est pour se la couler douce quelque part pendant qu'on fait son travail à sa place. »

Elle grogna entre ses dents que Cormac ne savait pas ce qui l'attendait.

« Toujours ce penchant pour la violence, Granger.

- Tu peux parler.

- Je suis suffisamment familier de tes accès de violence pour en parler, en effet.

- Ne fais pas comme si tu n'avais pas compris que je parlais des tiens ! »

Malfoy continua à remplir son panier d'un air sombre.

« Certaines gueules ont besoin d'un peu d'aide pour la fermer. McLaggen saura se taire la prochaine fois. »

Hermione ne put réfréner un rire ; Malfoy la fusilla du regard.

« Ça te fait rire, Granger ?

- C'est un réflexe humain parfaitement normal, paraît-il.

- Et qu'y a-t-il de drôle exactement ?

- L'ironie de ta phrase.

- Éclaire-moi donc.

- C'est juste que c'est exactement ce que j'ai songé avant de te frapper en troisième année. Et pourtant te voilà, des années après, à ne toujours pas savoir te taire. »

Malfoy tourna la tête vers elle d'un coup sec, la bouche ouverte d'indignation et le poing serré autour d'une nèfle.

« Peut-être parce que, contrairement à ce que tu sembles toujours penser, c'est toi qui as tort et qui devrais fermer ta gueule, Granger. »

Poursuivant sa tâche avec diligence, Hermione ne prit même pas la peine de le regarder. Elle connaissait le refrain.

« Oui, oui, c'est ça : j'ai tort, comme tu me le répètes si souvent, sans aucun autre argument. »

Malfoy décida quant à lui t'interrompre son activité pour l'insulter.

« T'es vraiment qu'une connasse. »

Piquée au vif, Hermione soutient alors son regard avec colère.

« Seulement devant les connards. »

Il eut un rire sardonique.

« Non, non, Granger, j'ai bien l'impression que t'es intolérable qu'importe la personne.

- Parce que tu me connais si bien.

- Crois-moi, j'en ai vu assez.

- Tiens donc, qui juge le tout avec la partie désormais ? »

Malfoy émit un grognement de colère et donna un coup de pied dans les paniers vides.

« McLaggen a clairement eu raison de s'épargner cette soirée. »

D'un geste soudain, il ôta ses gants et les jeta à terre.

« Qu'est-ce que tu fais, Malfoy ?

- Tel que tu me vois, je m'en vais, Granger.

- Quoi ? Mais tu ne peux pas partir maintenant !

- Regarde-moi faire. »

Remontant l'allée de néfliers, le jeune homme s'élança en direction de la sortie. Hermione n'en revenait pas.

« Non, non, non, tu ne peux pas faire ça !

- Je t'assure que si. »

Il lui répondit sans se retourner, tandis qu'elle se lançait à sa poursuite.

« Malfoy, les nèfles !

- Occupe-toi d'elles.

- J'ai besoin d'aide !

- Pas mon problème. »

Hermione dut presque courir pour suivre ses longues enjambées.

« Bien sûr que c'est ton problème ! On est tous les trois chargés de cette cueillette, Malfoy !

- Et j'ai décidé que j'avais des choses bien plus importantes à faire ce soir que de passer deux heures à ramasser des nèfles en mauvaise compagnie simplement parce qu'un idiot n'est pas là pour faire sa part du travail.

- Et moi je suis supposée le faire, c'est ça ?

- T'es une Gryffondor : sacrifie-toi pour restaurer l'honneur de ton blason.

- Ça ne fait aucun sens !

- Je m'en fous ! »

Malfoy poursuivit son chemin, imperturbable. Hermione se voyait déjà seule, à perdre les trois prochaines heures de son temps précieux à cause de deux irresponsables déserteurs, et elle n'aimait pas du tout cette perspective.

« Donc tu vas faire ton lâcheur comme Cormac ? Je croyais que tu n'étais pas comme lui !

- Eh bien, peut-être ai-je finalement un point commun avec ce type. »

Arrivé près de la sortie, Malfoy attrapa sa cape d'une main et son sac de l'autre, sous le regard désespéré d'Hermione.

« Finis au moins l'heure initialement prévue !

- Non. »

Malfoy s'apprêtait à passer le seuil de la serre quand Hermione tendit la main pour le retenir, agrippant son avant-bras gauche, dont elle sentit la manche se relever sous l'effet des mouvements contraires – lui, avançant son bras, elle, le tirant en arrière.

Elle eut à peine le temps de dire « reste, s'il te plaît » qu'il se retourna brusquement vers elle, les yeux plein d'appréhension et d'avertissement, son sac tombant à terre dans un fracas. Soudainement, ce furent ses mains à lui qui se cramponnèrent à elle, ses doigts s'enfonçant douloureusement dans la chair de ses bras à travers l'étoffe de sa chemise.

Elle eut à peine le temps de questionner ce qui se déroulait que la main droite du garçon vint empoigner ses boucles pour approcher son visage du sien, jusqu'à ce que leurs bouches entrent en collision, ses lèvres se pressant sur les siennes.

Elle eut à peine le temps d'enregistrer l'événement qu'il mordit avec force sa lèvre inférieure.

Sous le choc, elle ne prêta pas attention à ce que faisait sa main gauche.

Malfoy recula alors.

Un silence de plomb s'abattit entre eux. Tous deux demeurèrent pétrifiés. Des yeux écarquillés plongés dans des yeux écarquillés. Une stupéfaction partagée. Méduse contemplant son reflet.

Le regard d'Hermione se posa sur les lèvres de son ennemi, tachetées de quelques gouttes de sang.

Sans rompre le contact visuel, elle ôta doucement son gant et porta une main tremblante à sa propre bouche. Un liquide chaud vint recouvrir ses doigts, dont les extrémités prirent une couleur écarlate.

Son souffle se bloqua dans sa poitrine.

« Pourquoi as-tu fait ça ? »

Sa voix incrédule n'était qu'un murmure.

« J'en avais envie. »

La sienne, un souffle presque inaudible.

Sa réponse fut immédiate, mais sans conviction.

Il semblait aussi sidéré qu'elle.

« Et dans quel univers parallèle croirait-on à ça ? »

Elle le cita.

« Peut-être suis-je finalement du genre à surprendre. »

Il la cita.

Leurs corps demeurèrent résolument immobiles, comme écrasés sous la pesante tension du moment, jusqu'à ce qu'une voix retentissant derrière eux les mit en branle.

« Désolé pour mon retard ! »

En un éclair, Hermione recula en essuyant sa bouche, tandis que Malfoy se baissa pour attraper son sac, sa cape rabattue sur son bras gauche.

La tête joviale de Cormac apparut dans l'embrasure de la porte.

« Je sors d'un entraînement de Quidditch ! J'ai oublié de vous prévenir ! Qu'est-ce que je peux être tête en l'air parfois ! ».

Le retardataire rigola pour que son entrain adoucisse son erreur. La Gryffondor et le Serpentard le regardèrent fixement, sans parvenir à dire un mot.

« On dirait que vous avez vu un fantôme… Vous m'avez cru mort ou quoi ? »

Cormac se mit à rire de sa propre blague. Seul, une nouvelle fois. Malfoy sortit alors de sa torpeur dans un élan de colère.

« Espèce de putain d'imbécile », l'invectiva-t-il, le bousculant sur le chemin de la sortie.

Cormac tenta de l'interpeller pour le retenir, mais on n'entendit retentir au loin qu'un hostile « Débrouillez-vous ! ».

« Toujours un plaisir ce type », fit Cormac en haussant les épaules.

Avant que le garçon ne fasse trop attention à elle, Hermione dissimula ses doigts ensanglantés dans le gant et passa frénétiquement sa langue sur sa lèvre inférieure – comme pour dissimuler un crime. Un goût métallique envahissant sa bouche, elle se demanda si Malfoy le sentait aussi dans la sienne : son sang de bourbe.

Elle se rua alors vers le fond de la serre, priant Cormac de lui raconter son entraînement de Quidditch en détails, afin qu'elle puisse réfléchir en paix, sans avoir à tenir une discussion, jusqu'à la fin de la cueillette.


Note de l'autrice : Yep : je vous ai servi en dialogues, après deux chapitres qui en comportaient peu. Et yep : on rentre dans le DUR.


Réponse aux guests (update 31/05/21) :

Drou : Merciii ! La suite arrivera peut-être un peu plus tôt que prévu, parce que je ne suis pas certaine de pouvoir poster samedi, so STAY TUNED :)

Kelly : Ah, ça me fait plaisir que tu relèves la phrase "Méduse contemplant son reflet", merci :) Ils sont à ce point pétrifiés par l'événement haha