Note de l'autrice : Merci pour vos retours suite au dernier chapitre ! Celui-ci devrait mettre les choses au clair ;)

Bonne lecture !


In Pursuit Of

HIDING

(Draco)

Merde.

Il…

Merde.

Elle…

Merde, merde, merde.

Savait-elle ? Suspectait-elle ? Avait-elle vu… ?

Non.

Elle ne pouvait pas l'avoir vue. Elle en aurait parlé si elle avait vu. Elle n'aurait pas demandé pourquoi il avait fait ce qu'il avait fait si elle avait vu.

Il était parvenu à la cacher à temps, mais c'était moins une.

Elle l'aurait vue s'il n'avait pas…

Merde.

Il avait suffi de si peu, si peu, pour le mettre en danger. Un bête concours de circonstances. Trois fois rien. Le retard d'un McLaggen, la fuite d'un Malfoy, la main d'une Granger. Un simple retroussement de manche et tout était compromis: son secret, sa mission, sa famille. En un geste accidentel, la fraîcheur de l'air et la terreur d'être découvert avaient fait frissonner la peau de son bras, alors mis à la merci des regards adversaires, exposant la marque des Ténèbres.

Et quelle putain de manie Granger avait-elle de toujours le retenir par le bras aussi ?

Et quelle putain de manie le Seigneur des Ténèbres avait-il de marquer ses serviteurs ?

À quoi bon dépenser tant d'énergie à cacher sa tentative d'assassinat s'il suffisait qu'on soulève sa manche pour le percer à jour ? À quoi bon tout faire pour rester discret quand la plus grande preuve de sa culpabilité se trouvait tatouée sur son bras ?

Draco aurait jugé absolument aberrant de le marquer dans les circonstances de sa mission secrète, s'il n'avait pas compris qu'il s'agissait d'une manière de le contrôler. La simple présence du tatouage sur son corps représentait un acte de dépossession de soi. Le reptile qui serpentait sur son avant-bras sifflait : tu m'appartiens ; tu ne pourras ignorer mon appel ; tu ne pourras cacher le signe de ton allégeance ; tu ne pourras, avant que je règne, afficher ton bras sans te compromettre ; tu devras me rendre victorieux pour être libre.

Cette marque aurait dû représenter un accomplissement. Draco avait rêvé d'être ainsi reconnu parmi les siens, comme son père avant lui. Draco avait frémi de fierté en devenant le plus jeune fidèle à qui le Seigneur des Ténèbres avait décerné cet honneur. Draco avait été prompt à négliger le regard inquiet de sa mère, grisé par l'ivresse de se sentir élu.

Désormais, à mesure que cette glorification révélait son envers d'avilissement, la marque des Ténèbres pesait sur son bras comme des menottes.

Et en cet instant, alors qu'il s'éloignait hâtivement des serres suite à l'incident, le cœur battant à tout rompre et le sang tapant dans ses tempes, il songea qu'il détestait cette marque, qu'il détestait devoir la cacher, qu'il détestait ce qu'elle venait de l'obliger à faire.

Merde.

Il avait touché les lèvres d'Hermione Granger. Il l'avait... embrassée ? Non. Il l'avait mordue. Voilà.

Merde.

C'était la première idée qui lui était venue à l'esprit. Il n'avait eu qu'une seconde pour réfléchir à comment baisser sa manche au plus vite sans attirer l'attention dessus. De quelles autres options avait-il disposé ? S'il ne l'avait pas prise au dépourvu, s'il n'avait pas envahi son champ de vision, Granger aurait baissé les yeux sur son bras.

C'était ça ou tout était perdu.

Mais merde.

Pourquoi avait-il songé en premier lieu à ce bai… à cette morsure stupide ?

Il savait pourquoi : parce que c'était absurde. Draco Malfoy qui poserait ses lèvres sur celles d'Hermione Granger. On ne pouvait imaginer plus imprévisible. La meilleure stratégie du choc.

Mais n'était-ce pas trop imprévisible ? Suspecterait-elle quelque chose une fois le choc passé ? Elle lui avait immédiatement demandé pourquoi

Merde, merde, merde.

Non. Il devait faire preuve de calme et de sang-froid.

Il lui fallait demeurer rationnel. Rester implacablement logique. Sortir de ses propres obsessions pour se glisser dans la tête de Granger.

Comment lui viendrait-il seulement à l'esprit de lier cet incident avec son statut de Mangemort ? Ce n'était pas comme si elle avait initialement une raison de soupçonner qu'il en était un.

Il pouvait décemment attendre d'elle de l'étonnement et de l'incompréhension.

Il pouvait s'attendre à ce qu'elle cherche à déchiffrer l'énigme de son comportement.

Il pouvait s'attendre à ce qu'elle comprenne qu'il était davantage du genre à cacher quelque chose qu'à surprendre.

La question était donc : comment détourner son attention de l'enjeu réel ?

Merde.

« J'en avais envie. »

C'est ce qu'il avait dit. C'est ce qui expliquait habituellement ce genre de rapprochements.

Devrait-il persévérer dans cette voie ? Devrait-il s'aventurer à l'en persuader ? Qu'il avait eu envie, lui, de la toucher, elle ?

Rien ne paraissait pourtant plus invraisemblable.

Mais quel autre raisonnement expliquerait son geste ?

Putain.

Il avait vraiment merdé.

Que ferait-il si jamais elle venait à comprendre ?

Merlin, s'il était découvert à cause de cette furie d'Hermione Granger. S'il était découvert à cause de ce crétin de Cormac McLaggen. S'il était découvert à cause d'une putain de cueillette de nèfles de merde. S'il était découvert à cause de…

Rogue.

Pansy avait eu raison : il faisait habituellement preuve de plus de clémence envers les Serpentards.

Draco se précipita dans les couloirs de Poudlard, prêt à récupérer sa baguette auprès du professeur, ainsi qu'à lui demander des comptes. Entrant en trombe dans son bureau, il trouva l'homme la tête plongée dans un grimoire.

« À quoi jouez-vous exactement, fulmina le garçon. Vous savez pourtant ce que j'ai à faire et vous me faites perdre un temps précieux avec cette retenue ! »

Sous l'effet d'un sortilège, la porte du bureau se referma violemment derrière Draco.

« Voulez-vous que tout le château soit au courant, à crier de la sorte, rétorqua le professeur d'un ton glaçant.

- Quelle différence cela fait si quelqu'un est déjà sur le point de tout découvrir ? »

Des yeux sévères rencontrèrent les siens. Draco, regrettant d'avoir ouvert la bouche, ferma son esprit d'un tour d'occlumencie. Le ton du professeur devint grave.

« Qui ? »

À peine eut-il posé la question qu'il comprit.

« Hermione Granger, se répondit-il à lui-même.

- À quoi vous attendiez-vous, en m'enfermant avec ces imbéciles ? »

Son interlocuteur ignora sa complainte.

« Que sait-elle ? »

Draco bredouilla.

« Rien… Je… Je ne sais pas. Elle a failli voir mon bras.

- Mais l'a-t-elle vu ?

- Non… J'ai tout fait pour qu'elle ne voie rien, mais… »

Draco se tut.

« Mais ?

- Elle pourrait suspecter.

- Que s'est-il passé ?

- Peu… peu importe ce qu'il s'est passé ! »

Le professeur Rogue leva les yeux au ciel, perdant patience.

« Pensez-vous qu'il s'agit d'une blague, M. Malfoy ? Votre mission ?

- Est-ce que j'ai l'air de prendre ça à la légère ? C'est vous qui ne me prenez pas au sérieux, à m'imposer cette mascarade de retenue !

- Petit idiot ! Je serais fou de vous prendre au sérieux ! Vous ne pouvez même pas gérer deux Gryffondor et vous pensez pouvoir faire tomber le plus grand sorcier de notre âge !

- Vous vous trompez…

- Vous le savez aussi bien que moi ! », interrompit le professeur en tapant brusquement du poing sur la table.

L'encrier ouvert sur le bureau menaça de renverser son contenu. Rogue reprit alors la parole plus calmement, d'un ton que Draco qualifierait presque, non sans consternation, de doux :

« Vous avez peur, Draco, et faites en cela preuve d'intelligence. Vous n'y parviendrez pas tout seul : laissez-moi vous aider. J'ai prêté serment à votre mère de…

- C'est donc de ça qu'il s'agit. Vous vous amusez à me rendre la tâche plus difficile pour que j'accepte votre aide ? C'est donc ça, ce cirque avec les nèfles ?

- Je peux aider, Draco, laissez-moi interve...

- Non, votre intervention ne m'aidera pas ! Que pensez-vous qu'il adviendra quand le Seigneur des Ténèbres apprendra qu'un second Malfoy n'a pas été capable d'accomplir sa mission ? »

Le professeur Rogue considéra le garçon en silence. La question resta en suspens entre eux.

« C'est ma responsabilité, reprit Draco. Restez en dehors de ça et cessez de me mettre des bâtons dans les roues. Je mènerai à bien cette mission. Je m'assurerai que Granger ne découvre rien. Je m'occuperai même de vos fichues nèfles. Vous verrez. »

En guise de réponse, l'homme ouvrit le tiroir de son bureau pour en sortir la baguette de Draco.

« Venez me voir au moindre doute, fit-il sèchement, avant de lui tendre le bâton.

- Merci », répondit Draco, sans trop savoir si c'était pour la baguette ou pour le soutien.

Rangeant l'objet dans sa cape, l'étudiant salua le professeur d'un hochement de tête puis tourna les talons pour quitter la pièce.

« Votre menton, M. Malfoy », entendit-il derrière lui.

Draco s'arrêta. Son menton ? Il se retourna en fronçant les sourcils.

« Vous avez un peu de sang sur votre menton, clarifia le professeur. Sous la lèvre. »

Les deux se fixèrent un moment. Draco s'assura de fermer à double tour son esprit, avant de sortir sans ajouter un mot.

Ses pas le portèrent instinctivement vers les toilettes des filles au deuxième étage du château. Dès qu'il en passa la porte, il ralentit, se sentant en sûreté. Flottant hors d'une cabine, Mimie Geignarde l'accueillit avec un timide sourire. Draco leva une main pour lui signifier de patienter une seconde, tandis qu'il s'approchait lentement des lavabos inusités.

Devant lui, le miroir renvoyait de plus en plus nettement le sang qui tachetait sa peau, la rougeur qui tachait sa blancheur, la bourbe qui maculait sa pureté. S'arrêtant devant son reflet, Draco fixa attentivement le symbole de cette altérité, cette infériorité, cette saleté qui caractérisaient les personnes nées moldues et qui justifiaient que l'une d'elles, morte sous l'oeil du basilic de Salazar Serpentar, hante ces lieux.

Ayant passé sa main sous l'eau du robinet, il vint essuyer son menton d'un coup de pouce, s'efforçant d'oublier le tremblement d'autres doigts rougis. Les yeux rivés sur le mince filet écarlate qui disparaissait dans l'évier, il se retint de se remémorer le goût du sang sur sa langue. Le regard remonté sur ses lèvres dans le miroir, il se refusa à songer à celles d'Hermione Granger.

Merde.


Note de l'autrice : Voici donc le fil des pensées de Draco, décousu et plein de jurons, après l'incident. Cela n'allait tout de même pas être si facile ;) À mercredi pour leur prochaine rencontre, sous l'oeil innocent de notre ami Cormac !

En attendant, je prends toute suggestion d'image pour illustrer le meme suivant :

Draco Malfoy : "Ce n'était pas comme si Granger avait initialement une raison de soupçonner qu'il était un Mangemort."

Hemione Granger : *harcelée par son meilleur pote qui réclame des indices pour appuyer sa conviction que Malfoy est un Mangemort*

Mouhehehehe... XD


Réponse aux guests (update 30/05/21) :

Drou et Guest, ravie que ça vous plaise :) Merci !