Note de l'autrice : Merci pour tous vos retours sur le dernier chapitre ! Cela motive énormément :)

Bonne lecture et à mercredi !


In Pursuit Of

CLARITY

(Hermione)

Hermione savait une chose : contrairement à ce qu'il avait prétendu, Draco Malfoy n'avait eu aucune envie de l'embrasser.

Si l'évènement s'était rejoué dans sa tête plus de fois qu'elle ne serait prête à l'admettre, il ne lui avait pas fallu longtemps pour identifier l'instant précis où tout était parti en vrille. Dans un monde où Harry n'aurait pas soupçonné ce garçon depuis des mois, elle aurait sans doute été désemparée pour expliquer un geste si inattendu.

Cependant, elle comprenait parfaitement de quoi il retournait, dans cet univers parallèle où un « Sang-Pur » embrassait une « Sang-de-Bourbe » par crainte de voir dévoilée la marque de son allégeance pour Voldemort.

Ses pensées oscillaient donc entre l'impossibilité de croire qu'elle avait été si naïve et l'impossibilité de croire que Malfoy la pensait si naïve.

Hermione avait été naïve parce qu'elle s'était bouchée les oreilles pour ne pas entendre une vérité que son meilleur ami n'avait cessé de lui répéter. Son déni dépassait de loin la question de l'amas des preuves. L'erreur avait été, tout bonnement, de sous-estimer l'ennemi. Elle s'était refusée à croire que le Seigneur des Ténèbres se servirait d'un garçon de dix-sept ans, parce qu'au fond elle trouvait cela cruel. Un peu absurde même, d'imaginer le blondinet puéril et arrogant devenir soldat. Sans doute la force de l'habitude lui avait fait oublier que le mage noir les affrontait, ses amis et elle, depuis leur plus tendre enfance, les obligeant eux aussi à devenir des combattants. Cette guerre n'épargnerait personne. Quelle bêtise d'avoir pris tant de temps à l'admettre.

Hermione n'était cependant pas aussi naïve que Malfoy semblait le croire. Pensait-il sincèrement qu'elle avalerait un instant qu'il s'était tout à coup amouraché d'elle ? Après six années de haine et de harcèlement, après deux semaines d'insultes et de disputes ? Après un baiser qu'il lui avait fait si rapidement regretter en la mordant ? Il n'y avait pas une once d'affection à trouver dans son geste ; seulement un profond désespoir. Tout ce que révélait cet incident, c'était l'importance de ce qu'il dissimulait. Et, sans s'en rendre compte, il n'avait réussi qu'à dévoiler son secret. Car elle savait désormais : l'avant-bras gauche qu'elle avait eu le malheur d'agripper portait la marque des Ténèbres. En définitive, ce n'était rien qu'Harry ne lui avait déjà assuré depuis longtemps. C'est pourquoi elle se contenta de lui annoncer qu'après « mûre réflexion »absolument pas déclenchée par un baiser impromptu – elle était arrivée à la conclusion que même les garçons tristes pouvaient cacher quelque chose. Rejoignant son ami sur la case départ, Hermione partageait enfin sa détermination à découvrir ce que manigançait Malfoy.

Malgré ses allusions répétées et appuyées lors de la dernière retenue, supposées signaler à ce dernier qu'elle savait ; malgré le fruit pourri qu'elle lui avait remis, comme Ophélia accusait, une fleur après l'autre, le roi et la reine du Danemark ; malgré la panique qui avait brièvement traversé son regard lorsqu'il avait pris la nèfle et compris le geste ; il s'acharnait à faire comme si de rien n'était. Pire : à prétendre qu'une envie soudaine constituait une explication recevable à son baiser.

Malfoy la croyait donc si naïve. Ça, ou il se berçait d'illusions. Ça, ou il se sentait suffisamment acculé pour ne savoir comment mieux réagir. Quoi qu'il en soit, Hermione hallucinait devant sa riposte. La huitième heure de retenue fut, de ce point de vue, absolument édifiante.

« Dis-moi, McLaggen, qu'est-ce qui te plaît exactement chez Granger ? »

Le blond posa la question d'un air innocent, entre un fruit jeté dans la hotte et une coque jetée dans la poubelle. Les deux Gryffondors cessèrent toute activité pour le regarder avec étonnement.

« En quoi ça t'intéresse ? », demanda Cormac confus.

Malfoy haussa les épaules nonchalamment.

« Je fais juste la conversation, répondit-il. Ce n'est pas ce que vous vouliez, tous les deux, qu'on fasse un effort? »

Il appuya son propos en adressant, à l'un et à l'autre, un sourire qui se voulait sincère.

L'ingénuité affectée de Malfoy ne leurrait guère Hermione. Pris au dépourvu, Cormac paraissait quant à lui hésitant. L'envie de saisir la perche qu'on lui tendait pour gagner des points auprès d'elle dut se heurter au sentiment qu'un piège se dressait devant lui. Le blond profita de son indécision pour attaquer.

« Tu dois trouver charmante cette façon qu'elle a, en se concentrant en classe, de froncer les sourcils et de plisser les yeux très légèrement – mais suffisamment pour donner l'impression de pouvoir tuer d'un regard – jusqu'à ce que la satisfaction de comprendre ou de résoudre détende son visage et étire le coin de ses lèvres en un petit sourire. Granger tout craché, pas vrai ? »

Poursuivant le triage des fruits et des coques, Malfoy feignit de ne pas se rendre compte qu'il venait de lâcher une bombe qui provoqua un silence assourdissant dans la serre.

Hermione resta bouche bée ; Cormac se paralysa à ses côtés.

Après avoir sondé le Serpentard avec stupéfaction, il tourna les yeux vers elle.

« Tu fais ça ? », demanda-t-il à voix basse.

Hermione faisait bien ça. « C'est à cette tête effrayante qu'on voit qu'il ne faut pas te déranger », en avaient un jour ri Ron et Harry. Rien d'étonnant à ce que ses meilleurs amis s'aperçoivent de ce genre de détails. Malfoy, cependant...

Entendant l'interrogation de Cormac, il intervint, avec cette même candeur hypocrite.

« Oh, tu n'avais pas remarqué ?

- Je n'ai pas cours avec vous, rappela sèchement Cormac.

- Que je suis bête ! Ça m'était sorti de la tête. »

Personne n'était dupe. Une atmosphère tendue s'installa entre eux. Voyant Cormac débattre intérieurement de la marche à suivre, Hermione voulut immédiatement arrêter les frais.

« Cormac, tu n'as pas à...

- Je suis surpris que tu l'aies remarqué, Malfoy », la coupa-t-il.

Le Gryffondor referma violemment les pinces du casse-nèfle autour d'une coquille, puis déposa délicatement la nèfle fêlée devant Hermione. Suivant du regard ces gestes, Malfoy répondit d'une voix posée.

« Comme tu le disais toi-même, les gens sont plein de surprises, McLaggen. »

Une fois la nèfle décortiquée, Hermione glissa le fruit et la coque en direction du blond. À peine eut-elle retiré sa main de la table que la sienne s'empara du tout. Il lui lança un regard perçant avant de reprendre la discussion avec Cormac.

« Et je suis très observateur.

- Je vois ça », dit le Gryffondor.

Tout en accomplissant sa tâche, Malfoy fit mine de s'enthousiasmer.

« Voilà qu'on se connaît déjà beaucoup mieux ! N'est-ce pas beau ? De mettre nos désaccords de côté. »

Mal à l'aise, Cormac resta silencieux.

« À ton tour, McLaggen. S'il me faut rester cordial et civil avec Granger, tu me sembles bien placé pour vendre ses qualités. À moins que tu aies du mal à répondre à ma question... »

Malfoy avait quelque chose du serpent, à s'enrouler patiemment autour de sa prise, jusqu'à l'obliger à se soumettre. Loin de l'homme sanguin des dernières semaines, qui crachait son venin sans autre but apparent que de cracher son venin, il agissait désormais avec flegme et froideur. L'étau se resserrait méticuleusement autour de Cormac, mais Hermione se savait la véritable proie.

Elle tenta donc de retenir celui qui penserait sûrement sauver son honneur et le sien en menant un combat perdu d'avance.

« Cormac, ne rentre pas dans son petit jeu...

- Je n'aurais aucun mal à répondre à cette très bonne question, Malfoy », affirma-t-il.

Son grand sourire montrait les crocs. Un lion fier qui négligeait la constriction du reptile.

Hermione avait déjà envie de disparaître dans les tréfonds de la terre, sous le regard pétillant de Cormac, qui concoctaient en son for intérieur de quoi justifier son inexplicable béguin.

« J'aime qu'elle soit têtue », annonça-t-il avec assurance.

Malfoy leva un sourcil, amusé ; Hermione fronça les siens, outrée.

Quel genre de compliment était-ce ?

« Têtue ? répéta Malfoy, incertain d'avoir bien entendu.

- Têtue, oui. »

Cormac fit un clin d'œil à Hermione ; elle leva les yeux au ciel.

« Étrange qualité », conclut Malfoy sarcastiquement.

Tandis qu'Hermione fusillait le blond du regard, Cormac s'inclina vers lui au-dessus de la table, avec la ferveur de celui qui s'apprête à faire une confession de prime importance.

« Oh mais c'est une qualité ! Je suis même certain que c'est le secret de l'érudition et de l'espérance. Il faut être sacrément obstiné pour comprendre le monde et contribuer à l'améliorer. Et si ce n'est pas Hermione tout craché, ça ? Je n'ai peut-être pas l'œil pour repérer les détails, mais je pense saisir l'essentiel chez les gens. Voilà ce qui me plaît chez elle : elle est têtue et ça la mènera sans doute bien plus loin que je ne saurai l'imaginer. Et que puis-je dire ? Je suis un homme simple : tout ce qui défie l'imagination m'attire. »

Hermione demeura sans voix, à regarder cet homme massif, aux boucles ébouriffées, au rictus malicieux, au regard franc, et pour la première fois, à la place de l'irritation et la révulsion habituelles, son visage éveilla en elle une certaine tendresse.

Les yeux plongés dans les siens, Cormac eut l'air satisfait de son effet.

La voix de Malfoy brisa l'instant.

« Et toi Granger, que penses-tu de lui ? »

C'était injuste.

Malfoy n'avait pas le droit de la mettre dans cette position. Il n'avait pas le droit d'utiliser Cormac comme un pion à sacrifier pour l'atteindre elle. Il n'avait pas le droit de la faire culpabiliser de décliner l'affection de cet homme, dont elle sentait le regard plein d'espoir peser sur elle.

« Ça ne te regarde pas, Malfoy, répondit-elle.

- Aïe… », fit-il en adressant à Cormac un air désolé.

Hermione le détestait.

« Si ça peut te rassurer, McLaggen, elle semble avoir un faible pour les joueurs de Quidditch. Potter, Weasley, Krum, j'oublie quelqu'un, Granger ?

- Tu oublies de la fermer, l'avertit-elle.

- Tu as donc toutes tes chances, poursuivit-il sans l'écouter. Mais attention, qui sait si quelque autre athlète n'est pas déjà en train de lui voler des baisers après les cours... »

Hermione se tendit. Bon sang, à quoi jouait-il ?

« Ce n'est pas vrai, affirma-t-elle, un peu trop précipitamment.

- Oh, vraiment, Granger ? »

Malfoy la jugea du regard, la tête inclinée sur le côté. Elle se sentit pâlir plutôt que rougir.

« Il y a des bruits de couloir qui parviennent jusqu'au donjon, continua-t-il, des rumeurs sûrement sans fondement…

- Quoi ? fit-elle en fronçant les sourcils.

- … mais je pense que tu mérites d'être au courant, McLaggen. Maintenant qu'on commence à se connaître, ça me désolerait de voir ton petit cœur se briser. »

Malfoy adressa un sourire à Cormac, que ce dernier ne lui retourna pas.

« J'apprécie le geste, Malfoy, se contenta-t-il de répondre, mais je pense qu'Hermione m'aurait prévenu si elle voyait déjà quelqu'un. »

Hermione tourna alors la tête vers lui d'un coup sec. Non, elle ne l'aurait pas prévenu. Elle ne lui devait aucune explication. Elle n'avait pas à justifier son désintérêt. À peine eut-elle le temps de songer qu'elle avait peut-être mené Cormac en bateau sans le vouloir, que Malfoy repartit à l'attaque.

« Voulez-vous savoir ce que je pense d'Hermione Granger ? »

Merlin, non.

« Je t'assure qu'on peut se passer de ton apprécia...

- Je suis plutôt d'accord avec McLaggen », déclara Malfoy.

Hermione commençait à en avoir marre qu'on l'interrompe et qu'on l'ignore, mais Cormac sembla vouloir se joindre aux festivités.

« Développe », l'incita le Gryffondor, d'un air méfiant.

Un sourire carnassier s'étira sur le visage de Malfoy.

« "Têtue" est bien le terme, concéda-t-il. J'hésiterai cependant à appeler ça une qualité, sauf à dire que c'est celle des gens qui ne sont rien. On ne s'entête pas à afficher tant d'intelligence et d'érudition quand on n'en doute pas soi-même; on ne s'entête pas à vouloir changer le monde quand on y a une place. Et pourtant, la voilà, la crinière constamment fourrée dans les affaires des autres, incapable de rester sagement dans sa niche et d'admettre la position qu'elle occupe ici-bas. Cette obstination serait franchement adorable, si elle ne risquait de lui retomber dessus un de ces jours. »

Entre ses mots, résonnait une insulte tant et tant de fois répétée, depuis cette première fois, sur un terrain de Quidditch, en deuxième année, tant de fois qu'elle n'avait plus besoin d'être prononcée pour qu'Hermione la comprenne.

Entre ses mots, sourdait une menace, l'intimant à le laisser tranquille, malgré ce qu'elle savait.

Se penchant légèrement au-dessus de la table, Malfoy chuchota pour les obliger à prêter l'oreille.

« Je confesse toutefois que je serais tombé sous le charme, si le monde n'était pas ainsi fait. »

Il poursuivit d'une voix si douce qu'elle peina à la reconnaître.

« Dans un univers parallèle, je lui volerais moi-même un baiser après les cours. »

Son regard passa de Cormac à Hermione. Un instigateur du chaos qui observerait son œuvre.

Hermione avait beau sonder son visage, elle ne parvenait pas à déchiffrer son expression – trop impénétrable, trop insaisissable. Une nèfle impossible à briser. Des yeux clairs comme le jour, des intentions opaques comme la nuit. Elle ne comprenait pas à quoi il jouait. Pourtant, c'était elle, celle qui savait, celle qui avait le dessus, celle en position de force. Voilà néanmoins qu'elle se sentait perdre pied.

De la bouche de Malfoy sortait miel et fiel depuis le début de la retenue. La reconnaissance côtoyait la déconsidération ; l'intimité, la distance ; la vérité, le mensonge. Si ce n'avait été que des couteaux tirés, sans doute Hermione n'aurait-elle pas été si déstabilisée. Était-ce sa manière de lui faire croire à son « j'en avais envie » ? De commencer par peindre avec une précision presque sensuelle l'expression de son visage concentré, pour finir par la traiter à demi-mot de Sang-de-Bourbe ?

Elle sursauta au son du casse-nèfle posé avec force sur la table.

« Je vois, lança Cormac froidement. Pas que ça ne m'intéresse pas de t'entendre déblatérer tes fantasmes d'univers alternatif, Malfoy, ni que ce soit un plaisir de constater combien tes techniques de dragues sont épouvantables – à supposer que flirter soit bien ton but, qui saurait déchiffrer ton charabia ? – mais j'ai soudainement envie de te demander des nouvelles de Lucius. »

Hermione écarquilla les yeux.

« Devrions-nous parler de la place que tu occupes actuellement dans la société, Malfoy ? Ou est-ce prendre le risque de recevoir une nouvelle salve de coups simplement parce que tu n'es pas capable d'accepter cette position ? »

Quand il s'agissait de se défendre, Cormac savait faire preuve d'une spectaculaire virulence. La fête de Slughorn avait déjà été l'occasion pour lui de le prouver. Dorénavant, il la défendait aussi elle… Hermione n'avait définitivement pas assez pris au sérieux l'intérêt que lui portait ce garçon et elle craignait désormais que cela ne commence à lui jouer des tours.

Malfoy fulminait. « McLaggen saura se taire la prochaine fois », avait-il déclaré, le dernier jour de cueillette. S'en rappelant, Hermione craignit tout à coup une réaction violente de sa part.

« Ne vous frappez pas ! », s'écria-t-elle en se levant de sa chaise.

Sous les yeux des deux garçons, elle répéta son injonction en insistant sur chaque mot.

Cormac la regarda comme s'il prenait pour une preuve d'affection sa volonté de ne pas voir un camarade qui l'avait défendue être cogné.

Malfoy garda quant à lui son sang-froid. Comme s'il se savait de toute façon vainqueur. Le corps du serpent se relâchait autour de sa proie. Ignorant l'intervention d'Hermione, il répondit calmement à l'affront de Cormac.

« Tu n'aimes pas qu'on marche sur tes plate-bandes, à ce que je vois. Je te conseille de garder un œil sur elle dans ce cas. On ne sait jamais. »

Mais que se passait-il ?

De quoi Malfoy mettait-il Cormac en garde ? De la possibilité qu'il la séduise ? Qu'il lui fasse du mal ?

C'était ubuesque.

Hermione peinait à reconstituer la logique derrière son comportement.

Malfoy portait la marque des Ténèbres et l'avait embrassée pour la cacher. Il savait désormais qu'elle savait ; pourtant, il persistait à suggérer quelque intérêt pour elle. Pourquoi ? Hermione ne le croirait pas. Mais Cormac le ferait-il, lui ? Pourquoi voudrait-il le convaincre d'une telle absurdité ?

« Je ne manquerai pas de faire attention, affirma finalement Cormac. En attendant, je pense qu'on a suffisamment fait connaissance pour aujourd'hui. Reprenons le travail. »

Et c'est ainsi, sous le rictus victorieux de Malfoy et le regard impuissant d'Hermione, que Cormac s'aventura sans le savoir dans un jeu qui le dépassait complètement.


Note de l'autrice : Ne me jetez pas de nèfles au visage ! Ceci est bien un Dramione, je répète, ceci est bien un Dramione hahaha Même Cormac a droit à son quart d'heure de gloire ;)

Petite référence au monologue d'Ophélia dans la scène 5 de l'acte IV d'Hamlet : elle transmet un message caché aux différents personnages en jouant sur la symbolique des fleurs qu'elle leur remet.


Réponse aux guests (update 09/06/21) :

Kelly : Oh wow... *larmichette d'autrice qui menace de s'écouler* Merci beaucoup !

Drou : Théâtral, en effet ! :D Merciii !