Note de l'autrice : Je brûlais de vous révéler ce chapitre. En espérant qu'il vous plaise, bonne lecture !
In Pursuit Of
ILLUSION
(Draco)
Une écharpe rouge et or, enroulée négligemment autour de son cou, étouffait sa volumineuse chevelure. La jeune femme n'avait pas pris le temps de la libérer de l'entrave de l'étoffe. Comme si une urgence l'en avait empêché.
Draco supposa qu'il avait été l'urgence en question.
Devant les mèches rebelles parvenues à s'échapper, il imagina qu'elle avait couru pour arriver jusqu'à lui. Cela expliquerait aussi ses joues empourprées. Ou peut-être n'était-ce que le froid mordant de l'hiver, responsable de la rougeur de son nez et de la froideur de ses doigts.
Ses doigts qui agrippaient les siens avec force, d'une main ; ses doigts qui s'enfonçaient dans la chair de son avant-bras, de l'autre. Le tout pour maintenir en place le bras qu'il lui offrait de toute manière. Le pouce de la jeune femme frotta sa peau, délicatement puis violemment, comme si une couche de maquillage cachait ce qu'elle cherchait. La friction ne révéla sous ses yeux qu'une couleur écarlate.
D'abord muette de stupéfaction, elle se mit ensuite à murmurer tous les sortilèges de révélation qu'elle connaissait. Entre appréhension et admiration, Draco lisait sur sa bouche les explications successives qu'elle imaginait à la situation. Il observa ses lèvres se mouvoir avec attention, jusqu'à ce que trois syllabes s'imposent, trois syllabes susurrées encore et encore.
« Impossible. »
La ribambelle d'hypothèses parvenue à une impasse.
« Impossible. »
Le déni comme dernier rempart avant le doute de soi.
« Im-po-ssible. »
Les yeux de la jeune femme, jusqu'ici braqués sur son bras, rencontrèrent alors les siens. Ses sourcils froncés sous l'effort de réflexion se relâchèrent. Une parfaite confusion s'empara de ses traits. Le visage étonnamment pur d'une Miss-Je-Sais-Tout à court d'idées lui faisait face.
Dans un souffle, elle demanda :
« Alors pourquoi ? »
Pourquoi l'avoir embrassée si ce n'était pour cacher la marque des Ténèbres ?
Le soulagement que ressentit Draco devant l'incompréhension de Granger laissa place à l'étourdissement d'avoir à pousser l'illusion plus loin encore.
Il déglutit.
« Je t'ai prévenu que j'étais du genre à surprendre et te voilà pourtant surprise. Je t'ai répété que j'en avais simplement eu envie et tu me demandes encore pourquoi. »
Granger le dévisagea comme si elle considérait cette possibilité pour la toute première fois.
Profitant du doute qui s'immisçait en elle, Draco entreprit de retirer, de manière équivoque, la main qu'elle tenait toujours resserrée autour de son avant-bras. Lorsqu'il en effleura le dos, elle la retira immédiatement. Comme sous le choc d'une décharge électrique.
Gênée par la proximité qu'elle avait elle-même instaurée, Granger lâcha complètement son bras et fit un pas en arrière. Draco baissa alors sa manche sans se presser, comme si le geste lui paraissait anodin, comme s'il n'avait véritablement rien à cacher. Le soulagement de savoir son secret dissimulé n'en fut pas moindre.
Elle le fixait intensément ; il soutint son regard.
« Tu détestes tout ce que je représente, dit-elle, tu es en désaccord avec tout ce que je défends. »
C'était une affirmation. Pas une question. Pas même une remise en cause.
« Je sais », répondit-il simplement.
Granger passa sa langue sur ses lèvres.
« Comment aurais-tu pu "simplement" avoir cette envie ?
- Je ne sais pas l'expliquer. »
Le vent fit virevolter les mèches rebelles qui encadraient son visage.
« Ça ne fait aucun sens, conclut-elle en un murmure.
- Certaines choses n'ont peut-être pas besoin de faire sens. »
Draco s'étonna de la douceur de sa propre voix – plus naturelle qu'artificielle, plus sincère que simulée. Il sentit alors le regard de la jeune femme parcourir son visage, passant en revue ses cheveux, ses yeux, ses lèvres. Puis elle fit un pas de plus en arrière.
« C'est impossible », répéta-t-elle.
Craignant de voir reculer son incertitude, Draco s'avança en une enjambée.
« C'est possible, affirma-t-il. Que tu le veuilles ou non, que je le veuille ou non, c'est arrivé. »
Ponctuant son propos avec l'écho du passé, Daco prit le visage de la jeune femme entre ses mains, tandis qu'elle s'empressait de pointer sa baguette sur sa gorge.
« Qu'est-ce que tu fais ? », demanda-t-elle.
Un mélange d'incompréhension, de panique et de menace composaient la voix de Granger. Sans lâcher son regard, Draco répondit sincèrement.
« Je ne sais pas.
- Cesse de répéter que tu ne sais pas.
- Mais je ne sais pas, Granger, pas encore. »
Ses mots suscitèrent une insoutenable tension entre eux.
Les deux se fixèrent. Leurs visages étaient si proches que le souffle de Draco animait les boucles tombant sur le front de Granger. Il ne l'avait jamais vue d'aussi près ; jamais touchée aussi longtemps. Le pouls de son adversaire battait contre le bout de ses doigts, à un rythme qu'il suspectait aussi rapide que le sien. Et alors qu'il se demandait lui aussi ce qu'il faisait, alors qu'il calculait ce qu'il devrait faire, il sentit poindre en lui l'envie de mouvoir son pouce très légèrement sur la joue de la jeune femme, simplement pour en connaître la douceur, l'envie de descendre son doigt jusqu'à ses lèvres, simplement pour en comparer la texture.
Cela l'effraya.
Dans le tribunal de sa conscience, il aurait été si facile de faire passer ces envies pour des nécessités, ces compromissions pour des protections. La dissimulation de son secret dépendait, après tout, de sa capacité à convaincre Granger de la réalité de ce désir. Ces gestes perdaient cependant toute légitimité dès lors qu'ils émanaient d'une envie plutôt que d'un calcul. Aussi inoffensifs puissent-ils paraître, Draco savait que leur suite logique consisterait à cataloguer la différence entre toucher avec les doigts et toucher avec les lèvres.
Et ça, malgré ce qu'il assurait à Granger, c'était impossible.
Inenvisageable. Inimaginable. Inadmissible.
L'illusionniste ne pouvait se laisser berner par ses propres mirages.
Draco ne bougea donc pas, pas d'un pouce, surtout pas pour effleurer la joue d'Hermione Granger. Mais il ne fit pas un mouvement pour s'éloigner d'elle non plus. Paralysie de l'indécision. Il aurait aimé qu'elle l'en sorte. Pourquoi ne le repoussait-elle pas ? Pourquoi n'utilisait-elle pas sa baguette ? Pourquoi ne le giflait-elle pas ?
Les yeux du Serpentard remontèrent vers ceux de la Gryffondor. Draco reconnut alors sa propre confusion dans la sienne.
Cela aussi l'effraya.
Ayant enfin décidé quoi faire, il se mit à chuchoter doucement.
« Il faut que tu comprennes, Granger, que cette situation me surprend tout autant que toi. »
Détachant ses mains des joues de la jeune femme, il vint délicatement libérer ses cheveux de l'écharpe qui les enserrait, pour les faire retomber sur ses épaules. Ses doigts s'attardèrent sur les pointes de ses boucles, avant de les lâcher avec précaution.
« C'est pour ça, conclut-il, que je ne sais pas. »
Elle parut déconcertée, désorientée, décontenancée. Sans doute ne pouvait-on imaginer plus convaincant que la vérité.
« Bonne nuit, Granger. »
Puis Draco partit, la fuyant et se fuyant lui-même. Certain d'avoir instillé le doute en elle, mais incertain de ne pas l'avoir aussi fait en lui.
Dévalant les escaliers, Draco se promit de ne jamais oublier que Granger était synonyme de danger. Chaque fois que le serpent se croyait à l'abri, la lionne parvenait à le débusquer. Il ignorait comment elle avait pu deviner son statut de Mangemort ; il ignorait comment elle avait su qu'il se trouvait en haut de la tour d'astronomie. Lui-même n'avait pris la décision de s'y rendre qu'au dernier moment, persuadé que McLaggen la retiendrait suffisamment longtemps pour qu'il puisse se permettre cet écart.
À peine avait-il eu le temps de s'oublier dans l'immensité du ciel étoilé qu'elle avait surgi pour le ramener sur terre.
Et si Draco n'avait pas assuré ses arrières, Merlin savait ce qu'il aurait dû faire…
Et si sa ruse avait raté, il ne préférait même pas y penser...
Cela faisait à peine plus d'une semaine qu'il en avait eu l'idée. Après avoir retourné le problème dans tous les sens, il avait raisonné que s'il ne pouvait effacer une marque ineffaçable, s'il ne pouvait dissimuler ce qu'aucun sortilège ne dissimulait, il ne lui restait qu'à troubler la perception qu'on en aurait.
Bellatrix avait porté à sa connaissance ce type de magie noire en l'entraînant à l'Occlumencie et aux Sortilèges Impardonnables. Altérer les sensations de quelqu'un s'avérait un instrument de torture fort original, à l'écouter. « On peut rendre un homme fou avec une touche d'illusion, affirmait-elle. Tiens, par exemple, détraque un peu sa perception du toucher et pof ! Une multitude de bestioles paraissent grouiller inlassablement sur sa peau, jusqu'à lui donner envie de se l'arracher. Bien sûr, c'est plus divertissant de directement le dépecer, mais un peu d'innovation ne fait pas de mal de temps à autre. »
La tante de Draco avait sautillé de joie, battant des mains, lorsqu'il avait réussi à dérégler l'audition d'un elfe de maison du Manoir Malfoy. Ce dernier s'agitait sous leurs yeux comme un beau diable, paniqué d'entendre un bruit perçant qui ne dérangeait personne d'autre.
Perturber la vision de la marque des Ténèbres, même pendant un court laps de temps, requérait concentration et précision, subtilité et finesse, notamment pour qu'on ne sente pas le subterfuge.
C'était un pari risqué, certes, mais c'était aussi l'unique option à sa disposition.
Alors Draco s'était mis à s'exercer tous les jours en présence de Pansy. La seule qui ne froncerait pas les sourcils devant sa marque ; la seule qui accepterait de l'aider sans qu'il n'ait à expliquer quoi que ce soit ; la seule qui retranscrirait de manière fiable les sensations causées par ses tentatives. Au bout d'une semaine, l'illusion fonctionnait, mais l'interférence de Draco dans l'esprit de sa camarade provoquait encore, d'après ses dires, le frissonnement de sa peau, le brouillement intempestif de sa vision, l'accélération des battements de son cœur. Ça, et un sentiment désagréable qui la prenait aux tripes.
Le corps réagissait à l'intrusion, sans que l'esprit ne la reconnaisse.
Granger avait-elle éprouvé ces mêmes sensations, ou Draco était-il parvenu à se faire plus discret ? Il l'ignorait.
Il n'avait pas prévu d'utiliser cette ruse si tôt, mais elle ne lui avait pas laissé le choix. Chaque fois qu'il prenait de l'avance sur elle, elle le rattrapait, menaçant de reprendre le dessus. La périlleuse course poursuite du chat et de la souris.
Combien de temps faudrait-il à Granger pour reprendre l'avantage après ce soir ?
Draco soupira en entrant dans la salle commune des Serpentards.
« Eh bien, quelqu'un semble soulagé d'en avoir fini avec sa retenue », lança une voix féminine.
Assise sur un canapé en compagnie de Blaise, Pansy lui sourit.
« Tu n'as pas idée, répondit-il, en ôtant sa cape.
- Il n'y a plus qu'à espérer que tu sauras éviter de casser la gueule à McLaggen la prochaine fois, fit Blaise.
- Après un mois passé à me retenir, je crois que je suis paré, assura Draco en se laissant tomber sur le canapé à leurs côtés.
- Peut-on prononcer le mot « nèfle » ou est-il encore trop tôt, demanda Pansy en feignant un air soucieux.
- Qu'on ne me parle plus jamais de ces satanés fruits à coque », grogna-t-il.
Les deux Serpentards pouffèrent de rire.
Pansy lança alors un regard appuyé à Blaise, qui la considéra en silence, avant de se lever.
« Bon, je vais me coucher, moi, déclara-t-il.
- Bonne nuit, Blaise ! s'empressa-t-elle de s'exclamer.
- À demain », ajouta Draco, levant un sourcil devant le départ précipité du garçon.
Ce dernier lui lança un avertissement du regard, que le blond ne comprit pas, avant de rejoindre son dortoir. Pansy ne lui laissa pas le temps d'en penser quoi que ce soit, trop pressée qu'elle était de prendre de ses nouvelles et d'engager la conversation avec lui. Ne rêvant que d'aller se reposer suite à la soirée éprouvante qu'il venait de vivre, Draco décida cependant de rester aux côtés de sa camarade.
C'était grâce à son aide, après tout, que son secret demeurait inviolé.
Pansy savait pour la marque des Ténèbres – ce qui était déjà trop en savoir – mais elle ne connaissait rien de sa mission. Lui en dire davantage aurait été la compromettre, elle, sans compter la tâche qu'il avait à accomplir. Impensable, également, de révéler l'incident avec Granger.
S'il ne pouvait lui expliquer combien il lui était redevable, Draco pouvait néanmoins rester là, à discuter au coin du feu, sur le canapé de la salle commune, jusqu'à ce que le sommeil les sépare.
Comme au bon vieux temps.
Lorsque la fatigue commença à affaisser leurs paupières, ils se turent. Un silence confortable s'installa entre eux, sur un fond de craquement de cheminée et de bavardages estudiantins. Draco sentit alors le regard de Pansy peser sur lui. Quand il tourna la tête vers elle, il vit plus que de l'amitié dans ses yeux. Observant le visage de la jeune femme, il n'éprouva ni l'envie de caresser sa peau, ni de toucher ses lèvres. La vue de ses cheveux courts ne suscita en lui que la curiosité de sentir la différence, sous ses doigts, entre de lisses mèches noires et d'indomptables boucles brunes.
Se levant subitement pour aller se coucher, Draco jugea ses pensées parfaitement insensées. Puis il s'entendit rétorquer à Granger que certaines choses n'avaient peut-être pas besoin de faire sens.
Note de l'autrice : La suite samedi, pour un autre chapitre que j'attends de poster depuis des semaines !
Réponse aux guests (update 25/06/21) :
Kate : Bienvenue et la suite arrive bientôt ! Signé l'autrice qui a plus hâte encore de publier que les lecteurs de lire :D
Marie : Wow... Alors, il y a trois trucs qui me donnent envie de fondre en larmes dans les reviews : 1. quand des lecteurs présents depuis le début apparaissent soudainement dans les commentaires *émotion* ; 2. quand on me dit qu'on attend les jours de publication avec impatience *émotion redoublée* ; 3. quand on me dit qu'on a d'abord été sceptique par la présence de Cormac (et honnêtement, c'est légitime, même moi je suis un peu sceptique mdr), mais qu'au final on trouve que ça fonctionne *émotion décuplée*. Alors je te laisse imaginer l'état dans lequel m'ont laissé tes mots... Eh bien, ça valait le coup d'attendre 17 chapitres pour recevoir une si belle review XD Plus sérieusement, merci infiniment, vraiment. Très touchée que ça te plaise...
Drou : Oh la la, merci beaucoup, Drou...
Ceciliabelle : Aaw, c'est gentil, merci ! Bienvenue à toi :) (Ca m'indique que je ne peux pas t'envoyer de message privé quand j'essaie de te répondre directement, donc je le fais ici.)
Mama : Nous verrons ce qu'il en est dans les prochains chapitres :)
