Note de l'autrice : Merci pour vos retours sur Lavande ! Maintenant, il est enfin temps de découvrir ce qui se déroule dans la tête d'Hermione suite aux derniers événements.
Bonne lecture !
In Pursuit Of
RATIONALITY
(Hermione)
Cela faisait plus d'une semaine que Malfoy l'avait laissée en haut de la tour d'astronomie.
En gravissant les marches, Hermione avait été certaine de ce qu'elle savait, certaine de ce qu'elle voulait savoir. Sa vision du puzzle avait été suffisamment claire pour que le contour des pièces manquantes se dessinent sous ses yeux ; sa compréhension du jeu de stratégie suffisamment poussée pour reconstituer la cohérence des choix de l'opposant.
Le mystère avait disposé d'un cadre. Et ce cadre reposait sur une unique déduction : Draco Malfoy avait la marque des Ténèbres. À partir de là, il y avait eu un plateau et des pions, un objectif et des tactiques.
Hermione avait donc compté sur le fait, qu'au moment de descendre ces mêmes marches, la partie aurait avancé, en faveur d'un joueur ou de l'autre.
Plus d'une semaine après, cependant, elle se sentait encore perchée au sommet de la tour, immobile suite au départ de Malfoy, les joues étreintes par le fantôme de mains ennemies, les cheveux dansant au vent par-dessus son écharpe, l'esprit tourmenté par cette interrogation : avait-elle bien joué au même jeu que lui ?
Bien sûr, Hermione savait que c'était impossible.
Cette histoire de désir. Pas venant de lui. Pas envers elle.
Mais elle avait vu le contraire, lorsque le regard de Malfoy avait caressé son visage, jusqu'à s'attarder sur ses lèvres ; elle avait ressenti le contraire, lorsque les doigts de Malfoy avait dégagé ses cheveux de l'emprise de son écharpe ; elle avait entendu le contraire, dans le ton étrangement sincère d'une voix qui s'admettait perdue.
Pour sûr, Hermione savait que c'était impossible.
Mais elle avait éprouvé, dans sa chair, tout autre chose. L'électricité dans l'air avait hérissé les poils de ses bras ; la tension entre leurs deux corps avait accéléré les battements de son cœur ; l'attente de sa résolution avait maintenu ses pieds ancrés dans le sol.
Le moment n'avait rien eu à voir avec la violence et la fulgurance du baiser qu'il lui avait volé auparavant. Malfoy n'avait rien dérobé, cette fois-ci. Et Hermione aurait eu le temps de le repousser s'il avait tenté – avant qu'il le puisse, même. Elle n'en avait rien fait, cependant. Figée dans l'expectative, sachant pourtant ce qui pouvait arriver, mais ne parvenant toujours pas à le croire.
Hermione savait que c'était impossible.
Mais l'impossible donnait au visage de Draco Malfoy un air si différent, loin du mépris et de la moquerie qui déformaient habituellement ses traits, qu'il avait été difficile de détourner les yeux.
Et, l'espace d'un instant, ça n'avait plus paru si absurde d'imaginer que l'envie d'embrasser la mauvaise personne surgisse de nulle part.
Hermione savait pourtant que c'était impossible.
Sa raison l'affirmait catégoriquement, quand bien même ses sens le niaient. Sans doute était-ce précisément ce que Malfoy avait voulu dire en affirmant qu'il ne savait l'expliquer. « Certaines choses n'ont peut-être pas besoin de faire sens », avait-il suggéré.
Hermione, cependant, avait besoin qu'elles fassent sens.
Ce n'était pas son genre de rebrousser chemin devant l'incompréhensible, ni de s'incliner devant l'irrationnel. C'est pourquoi, dès le lendemain, elle était allée à la bibliothèque. Le seul endroit où se rendre lorsque l'esprit rencontre une impasse.
Elle avait fait ce qu'elle savait faire de mieux : délaisser ses préjugés pour adopter une approche méthodique et scientifique, afin de considérer scrupuleusement les hypothèses qui se présentaient devant elle.
Si Malfoy portait bien la marque des Ténèbres, alors il fallait comprendre comment il l'avait cachée.
Pour ce faire, elle avait prêté attention à chacun des détails de la soirée dont elle pouvait se remémorer, de ses propres sensations jusqu'aux faits et gestes du garçon, avant et après le moment où il avait rangé sa baguette ; elle avait cartographié ses connaissances, mais aussi son ignorance, au sujet de la marque des Ténèbres, comme au sujet des compétences de Malfoy ; elle avait listé les sortilèges de révélation qu'elle avait tentés, pour faire des recherches sur leurs contre-sorts et sur le type de charmes face auxquels ils étaient inefficaces ; elle était partie en quête d'autres sortilèges de révélation, qu'elle aurait pu utiliser et qui auraient pu fonctionner, dans l'espoir de trouver dans leurs spécificités des pistes éventuelles sur la nature de la marque ; enfin, elle s'était plongée dans les livres qui traitaient des sorts de dissimulation, pour découvrir celui dont le blond avait pu user.
Si Malfoy ne portait pas la marque des Ténèbres, alors il fallait expliquer son comportement autrement.
Prenant en considération la narration qu'il avait produite de la situation, Hermione avait rejoué dans sa tête le film du jeune homme à l'air déprimé, qui avait trouvé un malin plaisir à se disputer avec elle et qui avait ri des nèfles qu'elle lui avait lancées ; qui avait insisté qu'il ne se résumait pas à l'image qu'elle se faisait de lui et qui l'avait observée plus attentivement qu'il n'aurait dû ; qui avait reconnu bien volontiers que leurs places respectives n'étaient pas l'un auprès de l'autre, mais qui avait affirmé que leur relation aurait pu être différente dans un monde parallèle ; qui lui avait volé un baiser et qui en avait eu l'air tout aussi troublé qu'elle ; qui avait affirmé encore et encore qu'il en avait eu envie et qui, en haut de la tour d'astronomie, avait bien eu l'air d'en avoir envie.
Plus généralement, elle avait passé en revue l'hypothèse de l'innocence du garçon triste – celle qu'elle défendait auprès d'Harry il y a encore peu de temps – se demandant si elle ne s'était pas laissée emportée par l'obsession de son meilleur ami.
Après plus d'une semaine de réflexions et recherches infructueuses, Hermione ne savait quoi penser.
Assise à une table de la bibliothèque, elle soupira.
« Ça profite de sa liberté retrouvée pour se relaxer, à ce que je vois », lui dit-on.
Ginny apparut devant elle avec un livre à la main, jetant un regard ironique aux deux piles de grimoires qui entouraient Hermione.
« J'ai pris du retard dans mes études le mois dernier », justifia-t-elle.
La rousse répondit d'un air amusé :
« Du retard dans ton avance ?
- Du retard dans mon avance », confirma Hermione en souriant.
Ginny hocha la tête, puis regarda autour d'elle.
« Les garçons ne sont pas avec toi ?
- Non. Après les cours, Ron a immédiatement rejoint Lavande, et Harry, le professeur Dumbledore.
- Et que fait Harry avec lui ? Je suppose qu'on peut exclure la piste du bécotage dans son cas. »
Hermione retint un rictus devant la remarque de Ginny.
« Le directeur lui donne une sorte de cours particulier, expliqua-t-elle. Je n'en sais pas plus. »
Elle en savait plus. Harry avait partagé avec Ron et elle les révélations de ses premiers entretiens avec le professeur Dumbledore. La famille et l'enfance de Tom Jedusor. Son ami était également venu lui demander si elle connaissait quoi que ce soit au sujet des horcruxes. Un terme qu'elle n'avait jamais entendu auparavant et que ses recherches n'avaient pas réussi à rendre moins obscur.
Mais ce n'était pas à Hermione de divulguer ces informations.
« Je vois », fit Ginny.
Son visage se teinta d'une expression plus sérieuse. De la préoccupation, sans doute.
Se souvenant qu'Harry lui avait avoué qu'il peinait à rester « calme » devant Ginny, Hermione se demanda ce qu'il en était pour elle, malgré sa relation avec Dean.
« Oh, au fait, fit la rousse, il s'est passé quelque chose avec Cormac ? »
Hermione cligna des yeux.
Elle avait été tellement préoccupée par Malfoy que Cormac lui était presque sorti de l'esprit.
« Pourquoi ? », demanda-t-elle.
Ginny haussa les épaules, songeuse.
« Je ne sais pas, dit-elle. Il était bien moins prétentieux pendant le dernier entraînement de Quidditch. Le type ne manque pas une occasion de critiquer le jeu de Ron ou le mien, d'habitude. Tu sais, l'amertume d'avoir échoué aux sélections et de n'être qu'un gardien remplaçant, et tout ça. »
Hermione grimaça intérieurement, culpabilisant d'avoir saboté les essais de Cormac au profit de Ron avec le Sortilège de Confusion.
« Il m'a paru étrangement silencieux, poursuivit Ginny. Et comme j'ai remarqué qu'il avait aussi arrêté de te suivre partout, je me demandais s'il y avait un lien.
- Je lui ai répété que je n'étais pas intéressée et il semble enfin l'avoir compris, mais au-delà de ça, je ne sais pas ce qu'il se passe dans sa tête.
- Ça lui aura vraiment pris du temps pour le comprendre.
- Mieux vaut tard que jamais », fit Hermione gênée.
Elle n'avait aucune envie de parler de Cormac. Le simple fait qu'il représentait le cadet de ces soucis suffisait à provoquer en elle cet irrationnel sentiment de culpabilité né de leur dernière rencontre. Et Hermione ne voulait pas avoir à se préoccuper de davantage d'irrationalité.
« Bref, j'allais à la Grande Salle, dit Ginny. C'est bientôt l'heure de dîner. Tu viens ?
- J'arrive. Laisse-moi ranger tout ça et emprunter quelques livres : je te rejoindrai après. »
Ginny approuva d'un hochement de tête et partit en la saluant d'une main.
Un quart d'heure après, Hermione quitta la bibliothèque, le sac lourd de nouveaux livres à lire au sujet des charmes d'illusion et de dissimulation.
En chemin vers la Grande Salle, elle se demanda si elle devrait raconter à Harry la situation avec Malfoy. De prime abord, elle avait jugé pouvoir se dispenser de cet embarras. Après tout, qu'est-ce que cela aurait changé ? Que son ami connaisse la raison pour laquelle elle avait finalement été convaincue par ses suspicions ? Révéler l'incident ne faisait pas avancer l'enquête. Cependant, Hermione doutait désormais de la nature de l'enquête à mener. Et il devenait plus délicat d'aborder le baiser d'un Draco Malfoy innocent.
Un baiser stratégique était une chose.
Un baiser souhaité en était une autre.
Une fois passées les portes de la Grande Salle, les yeux d'Hermione dérivèrent instinctivement vers la table des Serpentards et rencontrèrent immédiatement ceux du blond.
Comme s'il existait une forme de magnétisme entre eux.
Et alors qu'elle longeait la table des Gryffondors à grandes enjambées, le poids de son sac soudainement plus lourd sur son épaule, elle ne le lâcha pas des yeux, ni lui des siens, sans qu'il soit possible de déterminer qui était captif du regard de l'autre.
Et durant ces secondes séculaires, une interminable litanie de mots résonna dans la tête d'Hermione : impossible, irrationnel, impossible, irrationnel, impossible, irrationnel...
Et en détournant finalement les yeux, en déposant son sac de livres au sol, en s'asseyant aux côtés de Ginny, Hermione se rendit compte qu'elle n'était plus tout à fait certaine de ce qui la poussait à considérer l'innocence de Malfoy comme inconcevable; si c'était parce qu'il y avait véritablement une raison de le suspecter, ou bien parce qu'elle était simplement incapable d'accepter ce qu'impliquait l'absence de la marque des Ténèbres sur son bras.
Elle ne voulut pas relever les yeux vers lui.
Impossible ?
Elle se concentra sur son assiette.
Irrationnel ?
Mais elle finit par craquer.
Note de l'autrice : Un chapitre plus court que les derniers, mais je ne souhaitais pas gonfler artificiellement. Vous avez les informations requises pour poursuivre l'histoire :)
La suite arrive dimanche !
Réponse aux guests (update 04/05/21) :
Drou : Merci à toi :)
