Note de l'autrice : Le nouveau chapitre est là ! Bonne lecture :)
In Pursuit Of
PROGRESS
(Draco)
Tout contact avec Granger était devenu purement visuel depuis l'épisode de la tour d'astronomie.
Ils ne s'approchaient guère l'un de l'autre. Ils n'échangeaient aucun mot. Seulement des regards, furtifs mais intenses.
Si Draco avait pu détourner les yeux, il l'aurait fait sans hésiter. La confusion qu'il avait ressentie lors de leur dernière rencontre lui paraissait si périlleuse qu'il aurait préféré complètement couper Granger de son existence.
Il ne pouvait se le permettre, cependant.
Il lui fallait maintenir l'illusion de son intérêt pour elle – elle qui avait désormais toutes les raisons de le croire.
Et il lui fallait vérifier que le regard concentré de la jeune femme ne s'était encore mu en un rictus de compréhension.
Le véritable danger se trouvait là.
Granger le gardait à l'œil, mais elle ne le suivait plus. Comme si elle cherchait à gagner en hauteur de vue. Comme si s'approcher de lui risquerait de brouiller sa vision. Percevant, à la bibliothèque, l'engrenage de sa réflexion s'animer derrière son front penché sur de vieux grimoires, Draco savait son temps compté avant qu'elle ne le confronte de nouveau.
Il devait donc se dépêcher. Maintenant que la retenue était terminée, maintenant que Granger ne le coursait plus, il avait le champ libre pour se concentrer sur sa mission. Au sortir de classe, il rejoignait discrètement la Salle sur Demande, pour amadouer la majestueuse vieille dame. La réparation de l'Armoire à Disparaître demeurait laborieuse, mais prometteuse.
À la mi-février, ses efforts commençaient à payer.
Lors de la première tentative du mois, la pomme n'était pas revenue.
Lors de la quatrième, la pomme était revenue, mais en mauvais état.
Lors de la onzième, après avoir longtemps persisté à revenir en bouillie, la pomme était enfin apparue intacte.
Et lorsque Draco avait ouvert la porte de l'armoire pour y trouver le fruit croqué, le soulagement d'enfin réussir ce qu'il entreprenait l'avait submergé, au point qu'il se promit de ne plus perdre son temps à bâcler des alternatives à son plan initial, comme il avait pu le faire, en désespoir de cause, avec le Collier d'opale tombé dans les mains de Katie Bell et avec l'Hydromel empoisonné qui n'était jamais parvenu jusqu'à son destinataire.
Menacé de toutes parts par l'échec, Draco savait sa situation précaire, instable, fragile, mais il jonglait habilement avec les obstacles et s'imaginait parfois capable de tous les surmonter.
Bien sûr, il lui restait encore beaucoup à faire. Il devait sécuriser le passage entre les deux Armoires, afin que des êtres vivants et, in fine, des êtres humains, puissent le traverser. Il devait cacher son secret du reste de l'école, tout particulièrement de Granger. Et il devait s'entraîner à mettre la marque des Ténèbres à l'abri des regards indiscrets.
C'est pourquoi Draco poursuivait les séances de magie noire avec Pansy.
De moins en moins fréquemment, car sa maîtrise de l'illusion se faisait de plus en plus discrète, mais suffisamment pour que commence à se soulever le problème de son attitude envers la jeune femme.
Enfin. Draco n'avait pas eu besoin de le soulever ; Blaise s'en était chargé pour lui. Avec plus ou moins de délicatesse.
Au sortir d'un cours de botanique, alors que les étudiants s'éloignaient de la serre pour rejoindre le château, le Serpentard avait retenu Draco par l'épaule.
« Je peux te parler une minute ? »
C'était la partie délicate.
Le grand jeune homme fit signe à Draco de s'avancer dans le parc, afin de discuter à l'abri des oreilles tendues. Le blond le suivit en silence, intrigué. S'il y avait bien une personne, depuis le début de l'année, qui semblait de rien vouloir avoir à faire avec lui, c'était Blaise Zabini.
Sans doute cela expliquait pourquoi ce dernier, une fois suffisamment éloigné des serres, alla droit au but.
« Tu comptes continuer ce cirque avec elle longtemps ? », lança-t-il, le ton calme de sa voix contrastant avec son propos accusateur.
Draco s'imagina immédiatement qu'il parlait de Granger.
« Quoi ? »
Alors qu'il se creusait la tête pour trouver quelque excuse justifiant les regards qu'il avait jetés à la Gryffondor, Blaise poursuivit.
« Je ne sais pas à quoi tu joues, mais je suis certain d'une chose : Pansy ne le sait pas non plus. »
Draco cligna des yeux.
« Pansy, répéta-t-il surpris. Mais de quoi tu parles ? »
Devant l'interrogation du blond, Blaise prit un air réprobateur, comme si son incompréhension représentait déjà d'une faute.
« Je parle de ton petit jeu, expliqua-t-il. Un coup froid, un coup chaud ; un coup distant, un coup avenant ; incapable d'accepter la moindre attention de la part de Pansy pendant des mois et, du jour au lendemain, voilà que tu disparais avec elle plusieurs fois par semaine. »
Draco plissa les yeux. Il n'aimait pas qu'on se mêle de ses affaires, surtout pas celles dont il n'était pas fier.
« Et en quoi ça te regarde, Zabini? »
Levant une paume ouverte devant lui, Blaise répondit en baissant un doigt chaque fois qu'il mentionnait le nom d'un de leurs camarades.
« Puisque Crabbe et Goyle ne remarquent rien, que Nott s'en contrefiche et que Pansy laisse tout passer, je suis contraint d'endosser le rôle de celui qui te met face à ta connerie. Crois-moi, je m'en passerais bien. »
Draco s'agaça de son insolence.
« Quelle bonté d'âme, Zabini. »
Le concerné ignora l'ironie pour revenir au sujet qui lui semblait important.
« Comment penses-tu que Pansy se sent devant ton comportement, Malfoy ?
- C'est une grande fille, Zabini, si elle a un problème avec moi, elle n'a pas besoin de toi pour... »
Un éclat de rire s'échappa de la gorge de Blaise, interrompant le propos de Draco.
« Oh, ça, je n'en doute pas. Je lui fais confiance. Pas à toi, en revanche. Je sais que tu n'es pas assez aveugle pour manquer le détail – qui n'a rien d'insignifiant – de l'affection qu'elle te porte. Donc arrête de te comporter comme un salaud et fais attention à la façon dont tu la traites. »
Ne souhaitant pas parler des sentiments de Pansy, Draco dévia le sujet.
« Quoi, tu es amoureux d'elle maintenant ? »
Blaise leva les yeux au ciel.
« Parce que j'ai besoin d'être amoureux d'elle pour que son sort m'importe ?
- Ça a l'air de t'importer un peu trop », objecta Draco.
Sa mauvaise foi énerva le Serpentard.
« T'es vraiment une pourriture quand tu le veux, Malfoy. C'est mon amie, et c'est aussi la tienne, alors traite-la comme telle. Pas comme une énième marionnette que tu peux utiliser à ta guise. »
Piqué au vif, Draco lui lança un regard noir.
« Je n'utilise personne », mentit-il.
Blaise se mit à rire jaune.
« Tu rigoles ? Tu manipules constamment tout le monde, Malfoy. Tu as toujours fait ça.
- Ferme-la, l'avertit Draco, sa posture se faisant plus rigide.
- Je ne sais même pas quelle nouvelle raison te pousse à te servir de Crabbe et Goyle cette année, et crois-moi, je ne veux vraiment pas le savoir, mais n'entraîne pas Pansy dans ton bourbier.
- Bourbier ? s'indigna le blond.
- Tu es une source d'ennuis, Malfoy, affirma son camarade. Tu utilises les gens, tu l'as toujours fait, et je suis à peu près sûr que, maintenant, tu les mets aussi en danger. »
Les mots de Blaise eurent le tranchant de la justesse. Déguisant sa douleur derrière du dédain, Draco contre-attaqua.
« Et tu n'utilises personne de ton côté ? Tu crois que je ne vois pas ce que tu fais avec le professeur Slughorn ? Aller à chacune de ses petites soirées et lui lécher les bottes, en espérant récupérer les bons contacts pour compter parmi l'élite qu'il s'imagine pour demain...
- Je n'utilise pas mes amis, l'interrompit Blaise, sur la défensive.
- Oh, c'est la limite que ta mère t'a appris à respecter ? Les amis, jamais de la vie, mais le reste du monde, pas de souci ? Tiens, rappelle-moi combien d'époux Mme Zabini a utilisé avant de devenir la veuve riche qu'elle est aujourd'hui ? »
Blaise plissa les yeux.
« Ce que ma mère a à m'apprendre sera toujours plus enviable que ce que ton père t'enseigne, rétorqua-t-il avec véhémence. Et tu sais pourquoi ? Parce que l'indépendance vaut mieux que la servilité. Et tu auras beau te moquer des « petites soirées » de Slughorn, moi, j'essaie de trouver une voie vers la liberté, pendant que, toi, tu perpétues la tradition familiale en servant le maître de trois générations de Malfoy ! »
Draco écarquilla les yeux, estomaqué ; Blaise se rendit compte de ses propos, paniqué.
« Je ne sais rien et je ne veux rien savoir », dit-il à voix basse.
Rien sur le Seigneur des Ténèbres ; rien sur les Mangemorts ; rien sur le rôle qu'endossait Draco dans tout cela.
« Tu ne sais rien, en effet, avertit Draco. Si tu savais, tu n'aurais pas la bêtise de croire qu'il y a encore une issue. Une porte de sortie. Une voie vers la liberté. »
Les traits de Blaise s'adoucirent pour refléter quelque chose comme de la pitié.
« Tu crois ça parce que tu as déjà fait ton choix, dit-il.
- Je crois ça parce que je n'ai pas le choix », rétorqua Draco.
Blaise fit non de la tête, comme s'il se refusait à le croire.
« Tout n'est pas encore perdu, affirma-t-il.
- Une guerre se profile, Zabini. »
Le mot le fit grimacer.
« Il y a encore une chance. Les choses peuvent encore se passer différemment, si l'on...
- Es-tu du côté de Potter ? », coupa Draco, d'un ton provocateur.
Blaise fronça les sourcils.
« Quoi ? Non. Je suis de mon côté ; je suis du nôtre. À Pansy et Théo, à Greg et Vincent. Du tien, même. Mais il n'est pas du nôtre, Tu-Sais-Qui, il se fiche de…
- Surveille ce que tu dis », l'interrompit Draco en frissonnant.
L'air frustré, Blaise ferma les yeux, une main pinçant le haut de son nez.
« Je ne veux pas voir tous mes camarades décimés, révéla-t-il. Je veux tous nous voir profiter de nos noms, de nos rangs et de nos relations pour prospérer dans une société en paix. N'était-ce pas ce que nous étions tous supposé faire ? »
Draco observa attentivement son camarade, reconnaissant en lui une version de lui-même.
« Nous serons préservés, pas décimés, soutint-il d'une voix douce.
- Regarde-toi, Draco, souffla Blaise. Rien n'a commencé et tu as déjà l'air dévasté. »
Les deux jeunes hommes se fixèrent en silence.
« Je préfèrerais te voir à la table d'Horace Slughorn », finit par dire Blaise.
Draco soupira.
« C'est trop tard.
- Peut-être pas. »
Cela ne faisait aucun doute, aux yeux de Draco, que Blaise était trop naïf, mais il se surprit tout de même à vouloir croire en son rêve. Celui d'une troisième voie, pour sa famille, ses amis et lui, une alternative qui dépasserait l'antagonisme binaire propre aux guerres. Bien sûr, c'est tout ce dont il s'agissait : un rêve.
« Ce n'est peut-être pas trop tard, répéta Blaise. Et je ne dis pas ça seulement parce qu'il se trouve que tu es invité à boire un coup dans les appartements de Slughorn la semaine prochaine. »
Draco ne pouvait pas avoir bien entendu.
« Quoi ? », fit-il confus.
Un petit sourire s'esquissa au coin des lèvres du Serpentard.
« Le mardi 18 février à 19h30, récita-t-il.
- Tu rigoles ?
- Non. Si tu n'avais pas quitté le cours de potion si rapidement ce matin, comme tu le fais toujours, il te l'aurait dit lui-même.
- Mais enfin pourquoi ?
- Il semble qu'on l'ait finalement mis au courant de la provenance de son tout nouveau stock de nèfles et il veut féliciter tes chers camarades de retenue et toi-même pour le travail que vous avez accompli. »
Draco resta bouche bée.
« Comme quoi, s'amusa Blaise, ça aura finalement payé, de t'incruster à sa soirée. »
L'ironie était sublime.
Après le fiasco de la fête de Noël, Draco avait cependant abandonné l'idée de défendre son mérite et son nom auprès du maître de potion. Ce n'aurait été qu'une humiliation de plus. Et puis, l'avenir ne se trouvait pas du côté du professeur Slughorn, de toute façon.
C'était trop tard.
« On va être en retard », signala Blaise.
Les deux jeunes hommes marchèrent en silence jusqu'au château, côte à côte. L'œil extérieur aurait sans doute vu en eux deux semblables – deux Sang-Purs, deux Serpentards, dans la même école, durant la même année, avec les mêmes amis – et fût un temps, pareille assimilation aurait été fondée, mais l'un et l'autre sentaient désormais leurs chemins s'écarter inexorablement devant eux.
Une fois devant le château, Blaise rompit le silence.
« Je persiste à croire qu'il y a espoir et je te demande de rester ouvert à cette éventualité. Mais s'il est vraiment déjà trop tard pour toi... n'emporte pas tes amis dans ta chute. »
Le soir-même, Draco annonça à Pansy qu'il n'aurait plus besoin d'aide avec la dissimulation de la marque des Ténèbres.
Note de l'autrice : Cela fait un moment que je souhaite développer le personnage de Blaise Zabini - auquel j'ai fait quelques références dans les chapitres précédents - et, au passage, explorer la diversité des Serpentards et de leurs réactions face à la situation. Les informations que donne HP et le Prince de Sang-Mêlé sur lui me semblaient permettre un contraste intéressant avec Draco, un contraste venu de son propre camp et non celui de nos héros.
A bientôt pour les retrouvailles de nos trois ex-camarades de retenue ! J'ai si hâte :)
Réponse aux guests (07/07/21) :
Drou : Oui, c'est exactement ça : de la hauteur de vue ! Merci :)
