Note de l'autrice : Avant qu'on reprenne l'histoire, je tiens à décerner à HelAndNiflhel la palme de la blague qui m'a tordue de rire le plus longtemps, avec cette phrase commentée au dernier chapitre, suite au compliment et au clin d'œil que Slughorn fait à Cormac, phrase qui mérite notre plus grande admiration : « I came for the Dramione, but I stayed for the MacLagghorn ! » XD

Si je m'imprime un jour une copie physique de la fic, soyez certains que cette citation finira inscrite au dos, à la façon des critiques littéraires des plus grands journaux hahaha

McLagghorn, ce nom de ship hyper bien trouvé, même archi stylé sur le papier, mais qui ne présage rien de bon XD

Merci à HelAndNiflhel pour son génie ! Et plus globalement, merci à toutes les personnes avec qui j'ai l'occasion d'échanger à travers cette histoire : vous êtes si drôles, si cools ! Un vrai plaisir de vous lire :)

PLACE À L'HISTOIRE !


In Pursuit Of

SAVING

(Hermione)

Tout arriva en un éclair.

Au bruit sinistre que fit la tête du garçon en tombant durement par terre succéda une symphonie de verre brisé.

La coupe de Cormac, détruite en mille morceaux aux côtés de son corps échoué au sol.

La coupe d'Hermione, projetée contre le mur par une main pâle ornée d'une chevalière en argent.

La coupe de Malfoy, précipitée vers sa chute lorsque la gravité reprit ses droits sur la magie.

Ne prit part au concert le verre du professeur Slughorn, qu'une main paralysée maintenait fermement, à l'image de sa jumelle resserrée autour de la bouteille d'Hydromel.

En l'espace de quelques secondes, l'esprit d'Hermione enregistra une multitude d'informations décousues, dont la soudaine émergence la pétrifia de surprise, avant que les fils ne s'entremêlent pour tisser une lugubre tapisserie.

Arque-bouté au sol, le garçon convulsait, suffoquait, pâlissait, sa bouche débordant d'écume blanche.

Cormac venait d'être empoisonné.

« Un bézoard ! », hurla Hermione en se précipitant à ses côtés. « Il lui faut un bézoard ! »

Son cri rompit le mutisme des deux hommes autour d'elle. Le professeur Slughorn se mit à bégayer qu'il ne comprenait pas comment cela avait pu arriver, tandis que Malfoy lui gronda de faire quelque chose.

« Mon cabinet, parvint-il finalement à formuler, pointant un doigt tremblant en direction d'un nécessaire à potions.

- Alohomora ! lança Hermione, les portes du cabinet s'ouvrant sous l'effet de son sort.

- Accio bézoard ! » compléta Malfoy, la pierre volant jusqu'à sa main.

Alors que la brune basculait le corps de Cormac sur le dos pour ouvrir sa bouche, le blond s'agenouilla auprès de lui pour enfoncer le bézoard dans sa gorge.

L'empoisonné cessa immédiatement de trembler.

Penchés sur lui, les deux étudiants retinrent leur souffle en espérant que le troisième reprenne le sien.

D'interminables secondes s'écoulèrent avant que Cormac ne rouvre enfin les yeux, paniqué, inspirant une grande bouffée d'air, qu'il expulsa ensuite en une série de toussotements. Deux soupirs de soulagement s'échappèrent des bouches de ses sauveurs. Malfoy recula pour s'asseoir par terre et reprendre ses esprits, tandis qu'Hermione soulevait les épaules du Gryffondor pour l'aider à respirer.

Par-dessus le corps de leur camarade, ils se fixèrent un instant.

« Je ne… Je ne comprends pas, bredouilla le professeur Slughorn sous le choc. Je ne savais pas… Comment aurais-je pu savoir ? Si j'avais su… Je n'aurais jamais… Ce n'était qu'un cadeau... »

Hermione tourna la tête vers lui.

« Qui vous a fait ce cadeau ? », souffla-t-elle.

Épouvanté, il peinait à soutenir le regard des étudiants à qui il venait de servir du poison.

« Ce n'était pas pour moi… C'était pour… Madame Rosmerta m'avait chargé de l'offrir au directeur Dumbledore pour Noël… »

Hermione ouvrit la bouche de stupeur. Puis elle la referma. Sachant exactement quoi faire.

Mais elle sentit le corps de Cormac s'affaisser dans ses bras, tandis qu'il perdait connaissance.

« Il faut l'emmener à l'infirmerie », dit-elle.

Le professeur Slughorn approuva, posa l'arme du crime, puis fit léviter le corps de la victime, le tout en continuant à marmonner son incompréhension. Pendant ce temps-là, Hermione ne se tourna pas vers Malfoy. Avant de quitter la pièce, elle se contenta de jeter un œil au verre cassé près du mur. Celui qui aurait pu la tuer.

Pendant l'entièreté du trajet jusqu'à l'infirmerie, Hermione ne regarda pas Malfoy.

Pendant qu'on alitait et auscultait Cormac, Hermione ne regarda pas Malfoy.

Pendant que les directeurs de leurs maisons respectives les questionnaient, Hermione ne regarda pas Malfoy.

Pas même lorsqu'elle énonça que ce dernier avait jeté, après avoir vu Cormac s'effondrer, le verre qu'elle s'apprêtait à boire.

Hermione ne voulait pas le regarder, parce qu'elle savait qu'elle mentait, et que, lui, ne devait pas encore le savoir.

Pas avant qu'elle ait tout révélé au professeur Dumbledore.

Si elle n'avait voulu s'assurer que Cormac soit en sécurité, si elle n'avait voulu garantir que Malfoy ne la suivrait pas, elle aurait immédiatement couru jusqu'au bureau du directeur de Poudlard. Elle ne le fit qu'une fois certaine que la voie était libre, prétextant le besoin d'aller se coucher pour se remettre de ses émotions, pendant que le professeur Rogue demandait à parler à Malfoy en privé et que le professeur McGonagall passait un savon au maître de potion pour avoir servi de l'alcool à des étudiants.

Alors Hermione courut, et courut, et courut, à en perdre le souffle, ses pensées défilant à toute vitesse, aussi rapidement que ses pieds.

Devant la gargouille qui gardait le bureau du directeur, elle se creusa la tête pour se rappeler du mot de passe qu'Harry lui avait mentionné avant son premier cours particulier.

« Suçacides », souffla-t-elle enfin, haletante.

Montant quatre à quatre les marches de l'escalier en colimaçon, elle tambourina ensuite contre la porte en chêne du bureau, qui s'ouvrit doucement après quelques instants. L'air étonné, le professeur Dumbledore apparut devant elle, vêtu d'une longue tunique argentée, ses lunettes en demi-lune dans une main, comme s'il venait d'être interrompu en pleine lecture.

« Quelle plaisante surprise, Miss Granger, dit-il tout sourire, sans questionner la raison de sa présence, ni la façon dont elle était arrivée jusqu'ici. Entrez donc ! »

Elle s'exécuta, essoufflée.

« Je suis désolée d'interrompre, je… c'est très important… je dois vous dire quelque chose... »

La main rassurante du professeur se leva devant elle, lui signifiant de se tranquilliser.

« Asseyez-vous donc et reprenez votre respiration, conseilla-t-il. Voulez-vous un bonbon au citron pour vous détendre ? »

Il fit un geste en direction de la bonbonnière en verre emplie de berlingots jaunes qui trônait sur son majestueux bureau de chef d'établissement.

« Non, je... », bafouilla-t-elle.

S'asseyant devant le bureau, où le directeur s'installa, Hermione prit une seconde pour souffler, avant de se lancer.

« Vous êtes en danger, déclara-t-elle. On cherche à vous tuer. »

Le visage du sorcier s'assombrit, sans pour autant refléter d'étonnement.

« Et vous avez découvert qui en est après moi, je suppose », dit-il prudemment.

Hermione hocha la tête.

Le professeur la regarda comme si elle était trop intelligente pour son propre bien.

« Vous savez donc pour Draco Malfoy », soupira-t-il.

Hermione écarquilla les yeux, dévisageant le sorcier, sa phrase tournant en boucle dans sa tête.

« Vous… Vous saviez ?

- J'ai fini par comprendre, oui. »

Le monde d'Hermione s'arrêta alors, dévia de son axe, et s'engagea dans une trajectoire inconnue.

« Je connais Voldemort, poursuivit-il. C'est une manière particulièrement cruelle de punir la famille Malfoy pour l'échec de son patriarche, que de donner à Draco le rôle de m'assassiner... Mais comment avez-vous découvert ? »

Encore bouche bée devant cette révélation, elle ne parvint à formuler un mot. Face à son silence, le professeur Dumbledore fronça les sourcils, inquiet.

« S'est-il passé quelque chose ce soir, Miss Granger ? »

Hermione déglutit.

« Je… Nous… Malfoy, McLaggen et moi étions invités à boire un coup chez le professeur Slughorn. Le verre d'Hydromel qu'il nous a servi… il contenait du poison… Cormac… Cormac McLaggen en a bu...

- Merlin, interrompit le directeur.

- Il va bien, ajouta-t-elle précipitamment. Il est à l'infirmerie. Nous… Nous l'avons sauvé… Malfoy et moi. »

Le professeur Dumbledore parut surpris.

« Malfoy et vous », répéta-t-il.

Devant l'acquiescement de la jeune femme, il sembla enregistrer l'information comme si elle était de prime importance.

« Et qu'est-ce qui, dans cet événement, vous a amené à conclure qu'on cherchait à me faire du mal ?

- La bouteille d'Hydromel vous était destinée », révéla-t-elle en un murmure.

Les yeux du sorcier s'évadèrent derrière l'épaule d'Hermione, songeurs, avant de se planter de nouveau dans les siens, inquisiteurs.

« Et qu'est-ce qui vous fait conclure, continua-t-il, que l'un des héros de cet épisode en est le comploteur ? »

C'était toute la question.

Ça n'avait tenu qu'à un détail, sans lequel elle croirait sans doute à l'innocence de Draco Malfoy en cette heure.

« J'étais sur le point de boire mon verre, expliqua-t-elle. Mes lèvres s'apprêtaient à toucher la coupe ; Cormac buvait encore la sienne à mes côtés ; mais je n'ai jamais pu goûter l'Hydromel parce que... »

Hermione s'arrêta une seconde, baissant les yeux sur ses genoux, avant de les relever vers son interlocuteur.

« Parce que Draco Malfoy a donné un coup de main dans mon verre. Juste avant que Cormac ne s'effondre par terre.

Elle serra les poings pour interrompre le léger tremblement de ses doigts.

« Il savait, professeur, souffla-t-elle. Il savait ce que contenait cette bouteille. »

Le directeur recula alors dans son fauteuil, observant l'étudiante devant lui tout en considérant ses paroles. Puis un sourire mélancolique s'esquissa au coin de ses lèvres.

« Quelle ironie, dit-il tristement. Qu'un geste salvateur ait été son erreur. »

Sans ce geste, Hermione serait peut-être morte ou bien à l'infirmerie en cet instant – en tous les cas, elle ne serait pas ici, dans le bureau du directeur, à avoir cette discussion, parce que, sans ce geste, rien ne liait Malfoy à l'Hydromel.

Se levant de sa chaise, le professeur Dumbledore se mit à marcher, plongé dans ses pensées, les mains nouées derrière son dos. Puis il s'arrêta.

« Quelqu'un d'autre est-il au courant, Miss Granger ?

- Non. Le professeur Slughorn ne semble rien avoir vu. Je crois qu'il se versait un verre à ce moment-là. Et j'ai… J'ai menti au professeur McGonagall et au professeur Rogue en présence de Malfoy. »

Le directeur approuva d'un coup de tête.

« Et Harry sait-il quoi que ce soit ?

- Il suspecte depuis longtemps que Malfoy est un Mangemort, expliqua-t-elle. Mais je n'ai pas encore eu l'occasion de lui parler de ce qui semble être sa mission.

- Très bien, fit-il en revenant s'asseoir. Il ne doit rien savoir. Ni lui ni personne d'autre. »

Stupéfaite, Hermione dévisagea l'homme qui lui faisait face à la recherche d'une explication.

« Comment ? »

L'air grave, le professeur Dumbledore se pencha vers elle par-dessus le bureau.

« Il est primordial que personne n'interfère entre Monsieur Malfoy et moi-même. »

Hermione n'en croyait pas ses oreilles.

« Que voulez-vous dire ? demanda-t-elle perdue.

- Savez-vous ce qu'il adviendra si Draco Malfoy apprend que sa cible l'attend ? »

Il laissa peser un silence pour donner à Hermione l'occasion de répondre, mais elle ne prononça pas un mot.

« Tout ce que le garçon sait, Voldemort finira par savoir. D'un simple coup de Légimencie. Et il ne faudra pas plus d'un soupçon de ma part pour que le Seigneur des Ténèbres décide de tuer Draco. »

Hermione retint son souffle quelques secondes de trop.

« Pour lui avoir donné une mission aussi complexe, il n'attend visiblement que cela. Le déclin social de la famille Malfoy aux yeux de notre camp n'a aucune commune mesure avec la disgrâce qu'ils vivent au sein du leur, Miss Granger. C'est leur vie qui est en jeu. »

Les pensées d'Hermione fusèrent à mille à l'heure. La situation avait changé tellement rapidement ce soir-là qu'elle n'avait eu le temps d'en mesurer les tenants et les aboutissants.

« Mais que... que comptez-vous faire ? bredouilla-t-elle.

- Le moins possible, répondit-il sincèrement. Jusqu'à ce qu'il me confronte.

- Quoi ? Mais… Et si… Votre vie à vous est également en jeu ! »

Le mage sourit tristement, sa main noircie prise d'un tressaillement sur l'accoudoir de son fauteuil

« Je pense pouvoir me défendre contre un étudiant, Miss Granger », certifia-t-il doucement.

L'esprit d'Hermione continuait à tourbillonner sous l'effet des retournements de situations. Elle tenta de remettre toutes les pièces du puzzle en place. Parmi elles, le visage cadavérique de Cormac en train de s'étouffer lui revint en mémoire.

« Certes, concéda-t-elle, mais qu'en est-il des autres victimes ? Des dommages collatéraux des tentatives de votre assassinat ? Katie aurait pu mourir ! Cormac aurait pu mourir ! J'aurais moi-même pu boire ce poison. Ça aurait pu tomber sur le professeur Slughorn, sur Harry, sur Ron, ou sur n'importe qui d'autre ! »

Le plus grand sorcier de l'époque, hochant doucement la tête, eut alors l'air fatigué. Son visage reflétait cette même expression qui tiraillait les traits d'Harry lorsqu'il se désespérait de mettre des gens en danger.

« Mais personne n'est mort », objecta-t-il doucement.

Un sentiment de colère sourdait en Hermione.

« Ça ne s'est joué qu'à un coup de chance !

- C'était aussi grâce à Draco lui-même. »

Elle écarquilla les yeux.

« Quoi ? Mais enfin, professeur...

- C'est lui qui vous a tous les deux sauvés, ce soir.

- Après nous avoir mis en danger ! »

L'homme leva une main devant elle comme s'il cherchait à lui faire voir quelque chose.

« Et n'est-ce pas précisément une raison d'espérer ?

- D'espérer quoi ? demanda-t-elle confuse.

- D'espérer qu'au moment de me confronter – comme Draco sera obligé de le faire pour m'atteindre – il baissera sa baguette et acceptera mon aide. »

On la lisait dans les yeux du vieil homme, l'espérance que le jeune prenne la bonne voie. Elle donnait à son visage une expression déchirante, à mi-chemin entre optimisme et désespoir.

« J'ose croire que Draco Malfoy n'est pas un assassin, Miss Granger. Et ce que vous me rapportez ce soir me le confirme. »

Hermione se remémora la main pâle passée furtivement devant ses yeux pour cogner le verre qu'elle tenait, la même main qui viendrait à enfoncer le bézoard dans la bouche de l'empoisonné. Résonna ensuite à ses oreilles la panique contenue dans les cris de l'étudiant, qui pressait son professeur de faire quelque chose.

Mais le visage de Cormac s'imposa à elle, livide et affolé. Le visage d'un homme qui se croyait mourir.

« C'est un pari trop dangereux, soutint-elle.

- C'est le moins dangereux », affirma-t-il.

Hermione fronça les sourcils.

« Je vous sais rationnelle, Miss Granger. Si nous voulons déplorer le moins de défunts possible, mieux vaut parier sur l'amateur qui semble rechigner à tuer, plutôt que tenter l'assassin qui n'hésitera pas une seconde. Mieux vaut risquer des morts incertaines que d'en entraîner une certaine. »

Cela frappa soudainement Hermione : le jeu dans lequel elle s'était engagée avec Malfoy – aux enjeux pourtant déjà si élevés – ne représentait qu'un échiquier embourbé au sein d'une tranchée, une partie lancée au milieu d'un conflit.

« Vous parlez comme un chef d'armée, professeur. »

La voix d'Hermione se fit basse et neutre. Une constatation sans jugement.

« Vous savez que le contexte l'exige », déplora-t-il.

Se fixèrent en silence le directeur et l'étudiante– deux étiquettes qui ne définissaient sans doute guère le rapport qu'ils entretenaient dans ces circonstances.

« Alors pourquoi devrait-on risquer nos vies pour préserver celle de l'ennemi ?

- Toute la question est de savoir si Draco Malfoy est véritablement notre ennemi.

- Il s'est toujours déclaré comme tel, affirma Hermione. Il m'a toujours considérée ainsi. Lui et sa famille. Pourquoi devrait-on accepter de mettre Katie ou Cormac ou n'importe quel autre innocent en danger pour sauver un Mangemort ?

- Vous le voulez mort aussi peu que je ne le veux, je le sais.

- Bien sûr, mais…

- Mais c'est injuste, oui, résuma-t-il. C'est injuste de respecter l'humanité du camp adverse lorsqu'il ne rend pas la pareille. Ça n'a jamais été autre chose que de lutter pour ce qui est bien, Miss Granger. »

Hermione se tut.

Et elle tenta d'imaginer, juste une seconde, combien de générations de jeunes, proches ou étudiants, peut-être parfois les deux, s'étaient trouvées devant l'homme, tout comme elle, prêtes à se sacrifier pour la bonne cause.

Elle songea à Harry, à ses parents, à Sirius et à Rémus.

Puis elle songea à ceux qui n'avaient rien demandé, ceux qui ne luttaient pour rien, mais qui finissaient sacrifiés sans même l'avoir choisi. Les Katie Bell, les Cormac McLaggen, les Cédric Diggory.

Hermione était-elle vraiment prête à mettre en jeu la vie de ces gens-là ?

Malfoy, de son côté de la ligne de front, se posait-il la même question ?

« Que dois-je donc faire, professeur, de ce que je sais sur Draco Malfoy ? »

Il répondit sans ambages.

« Je vous suggère de rester à l'écart. »

Elle posa une main ferme sur le bureau du directeur.

« Comment suis-je supposée rester à l'écart, alors qu'un complot se prépare ? »

Il la considéra en silence avant de répondre.

« Vous compliquez effectivement l'équation, Miss Granger. »

Elle demeura interdite pendant quelques instants.

« Vous êtes en train de me dire... qu'en venant vous prévenir des intentions meurtrières de Malfoy... je ne fais que gêner ?

- Vous avez bien fait de m'en parler, assura-t-il, mais la suite ne dépend ni de vous, ni de moi. Seulement de Draco lui-même.

- Est-on supposé patienter sagement qu'il ait la grâce de changer d'avis et d'arrêter de comploter ?

- Tant qu'il complote, il est en sécurité. Et moins d'obstacles il aura, moins de victimes il fera. C'est pourquoi, je le répète, il est primordial que personne n'interfère entre lui et moi. »

Le ton sérieux du professeur Dumbledore sonna presque comme un avertissement.

Intimidée, elle se sentit obligée de dire la vérité.

« Cela fait des semaines que j'interfère, avoua-t-elle. Il sait que je le soupçonnais de porter la marque des Ténèbres, même s'il s'est montré particulièrement astucieux pour me convaincre du contraire. »

Il sembla vouloir en demander davantage, mais se retint de le faire.

« Alors laissez-vous convaincre, recommanda-t-il. L'important est que Draco n'apprenne pas que la nature de sa mission m'est connue. »

Hermione retira doucement sa main du bureau.

« Savez-vous ce qu'il prépare, après ses deux échecs ?

- Non, répondit-il simplement.

- Sauf votre respect, professeur, vous paraissez étonnamment calme au sujet de votre propre tentative d'assassinat. »

Il se mit à rire.

« Je suis un vieil homme, Miss Granger. Les vieux hommes peuvent se permettre de mourir un peu plus tôt. Mon temps est passé, contrairement à celui de Draco ou bien du vôtre.»

Hermione voulut lui dire qu'il n'était pas n'importe quel vieil homme, et que tout s'effondrerait s'il lui arrivait malheur, mais il ne lui en laissa pas l'occasion.

« Ah ! fit-il en levant un doigt en l'air et en tendant l'oreille. Je crois reconnaître le pas du professeur Rogue, qui vient sans doute me mettre au courant des événements de ce soir. »

À peine eut-il fini sa phrase que la porte du bureau s'ouvrit à la volée pour laisser entrer les directeurs des maisons de Serpentard et de Gryffondor.

Tous deux fixèrent Hermione avec un air interloqué.

« Nous en avions fini, Miss Granger, si je ne m'abuse, conclut le professeur Dumbledore. Je vous laisse donc rejoindre vos dortoirs et vous reposer suite à cette soirée mouvementée. »

Hermione ne se fit pas prier, se faufilant entre les deux adultes, qu'elle salua d'un coup de tête.

Dévaler l'escalier en colimaçon lui donna l'impression, trois semaines après, de descendre de la tour d'astronomie. Elle avait finalement repris l'avantage sur Malfoy, avec une vision plus complète que jamais de la situation. Drastiquement élargi, le puzzle s'était fait plan-relief ; le jeu d'échec, champ de bataille ; les joueurs, soldats. Le monde eut l'air différent lorsqu'elle sortit du bureau du directeur. Plus complexe, plus cynique, plus cruel. Plus encore qu'avant. Il importait peu, désormais, de savoir comment Malfoy avait caché sa marque, voire de déterminer s'il en portait véritablement une.

Ce n'était plus que broutilles.

L'essentiel résidait ailleurs. Quelque part dans les yeux d'un homme qui se croit mourir sans savoir pourquoi. Quelque part auprès des vies intermédiaires, sans partis pris, ni part au conflit.

Ne parvenant à se résigner à la funeste rationalité du professeur Dumbledore, Hermione songea qu'il devait exister un moyen d'éviter les morts certaines comme incertaines.

Et elle se promit de le trouver.


Note de l'autrice : Un chapitre chamboule-tout...

J'ai tenté de coller le plus possible aux véritables réflexions d'Hermione et de Dumbledore sur Draco dans HP et le Prince de Sang-Mêlé, en me demandant comment l'un et l'autre auraient réagi si son secret avait été révélé plus tôt que dans le livre. Maintenant, plus qu'à voir jusqu'où ça peut changer le cours des événements ;)


Réponse aux guests (update 14/07/21) :

Kelly : 1. Hahaha ne ris pas de toi, je suis ravie que tu aies été surprise, au contraire ! Avant le chapitre 21, il n'y avait eu que deux petits rappels à l'existence de cette fameuse bouteille jamais arrivée à son destinataire, et la scène où le drame commence n'étant pas du tout du point de vue de Draco, il n'était pas absolument évident d'y songer en premier :) 2. Oooh, ça me fait trop plaisir que ce soit peut-être ton chapitre préféré ! Il a été très difficile à écrire, mais je le trouve important à plus d'un titre, donc super et merci !

Drou : Aw, merci !