Penny Jackson et le Voleur de Foudre

Disclaimer : La saga Percy Jackson et ses spin-offs ne m'appartiennent pas, ce sont les créations de Rick Riordan. De même, Sailor V et Sailor Moon sont la propriété de Naoko Takeuchi.

Chapitre 18 : Penny préfère les chats et Annabeth donne dans le dressage.

Debout dans l'obscurité de Valencia Boulevard, le trio regardait les grandes lettres dorées gravées dans le marbre noir : STUDIOS D'ENREGISTREMENT DOA.

Au-dessous, sur les portes vitrées, il était marqué : ACCÈS INTERDIT AUX DÈMARCHEURS ET QUÊTEURS, ACCÈS INTEDIT AUX VIVANTS.

Il était presque minuit mais le hall d'entrée était plein de monde et brillamment éclairé. Un vigile patibulaire était assis derrière un bureau, avec des lunettes de soleil et une oreillette.

Penny se tourna vers ses amis :

_ Bon. Vous vous souvenez du plan.

_ Le plan, hoqueta Grover. J'adore le plan.

_ Et si le plan ne marche pas ?, enquerra Annabeth.

_ Ne sois pas négative.

_ Je vois. Nous pénétrons dans le Pays des Morts, mais je ne dois pas être négative.

_ On a les perles de mon père en cas d'urgence, lui rappela Penny en sortant les perles de sa poche. Je crois qu'elles nous téléporteront dans l'océan si on les brise à nos pieds…

Annabeth les regarda d'un air dubieux, mais elle mit tout de même la main sur l'épaule de Penny pour lui dire :

_ Je suis désolée, Penny. Tu as raison, nous allons y arriver. Tout ira bien.

Elle donna un coup de coude à Grover.

_ Complètement !, renchérit-il. Nous sommes bien arrivés jusqu'ici ! Nous allons retrouver l'éclair et sauver ta maman. Pas de problème.

Penny les regardait tous les deux et éprouvait une vive reconnaissance envers eux. Il y a quelques minutes à peine, elle avait failli les laisser écarteler sur des lits à eau grand luxe, et maintenant, ils essayaient de se montrer courageux pour lui remonter le moral.

Elle rangea les perles dans la poche de sa veste en jean bleu.

_ Venez, leur dit-elle. On va occire quelques monstres des Enfers.


Ils entrèrent dans le hall de DOA.

Une musique d'ambiance se déversait par des haut-parleurs invisibles. Les murs étaient gris acier. Des cactus se dressaient dans les coins comme des mains de squelette. Le mobilier était en cuir noir et tous les sièges étaient occupés. Il y avait des gens assis sur des canapés, des gens debout, des gens qui regardaient par les fenêtres ou qui attendaient l'ascenseur. Personne ne bougeait, ni ne parlait, ni ne faisait grand-chose. Du coin de l'œil, Penny les voyait tous assez bien, mais si elle concentrait son attention sur l'un d'eux en particulier, il devenait peu à peu… transparent. Son regard traversait leur corps.

Le vigile avait son bureau perché sur une estrade de sorte que le trio devait lever la tête pour le regarder. C'était un homme grand et élégant, au teint chocolat et aux cheveux blonds décolorés, tondus à la mode militaire. Il portait des lunettes de soleil à monture d'écaille et un costume en soie italien assorti à ses cheveux. Une rose noire était épinglée à son revers de veste, sous une plaque en argent portant son nom.

Penny lut tout d'abord « Chiron », mais en regardant de nouveau la plaque, elle vit que ce n'était pas un « i », mais un « a ». Son nom n'était pas Chiron, mais Charon.

Le passeur des Enfers, le nocher qui fait traverser le Styx aux morts sur sa barque, se rappela Penny.

Charon les regarda s'approcher en haussant un sourcil.

_ En quoi puis-je vous aider, les petits morts ?, leur demanda-t-il avec nonchalance.

Penny s'avança comme le trio l'avait planifié et répondit :

_ Nous venons de mourir et voulons aller aux Enfers.

Un tic agita la bouche de Charon.

_ Voilà qui change agréablement, commenta-t-il.

_ Vraiment ?, demanda Annabeth.

_ Franc et direct. Pas de hurlements. Pas de « Il doit y avoir une erreur, monsieur Charon. » (Il les toisa.) Alors, comment êtes-vous morts ?

_ Oh !, s'exclama Penny en décidant de mettre le paquet dans son jeu d'actrice. C'était… c'était horrible ! Ce fou dans la rue voisine ! Il nous a… il nous a attaché à des lits et il… et il…

Elle faisait semblant de pleurer comme si elle revivait « sa mort », tandis qu'Annabeth et Grover tremblaient en repensant au calvaire qu'ils avaient actuellement vécu.

_ Ah, pas besoin de continuer, vous parlez de Procruste d'à côté. Le gars est obsédé par le mètre quatre-vingt, dit Charon en roulant des yeux. J'imagine que vous n'avez pas de pièces pour la traversée. Vous comprenez, normalement, avec des adultes, je mettrais le prix du ferry sur votre carte de crédit ou je l'ajouterais à votre dernière facture de câble. Mais les enfants… hélas, vous ne mourez jamais préparés. Je suppose que vous allez devoir prendre un siège et attendre quelques siècles.

_ Oh, non ! Nous avons des pièces. Nous étions en quête quand nous sommes malheureusement tombés sur Procruste, rétorqua Penny en sortant trois drachmes d'or sur le bureau.

C'était ironiquement des pièces de la caisse de Crusty, que Penny avait trouvé dans son bureau et empoché avant de quitter la boutique.

_ Ça alors, de vraies drachmes en or…, marmonna Charon en passant sa langue sur ses lèvres.

_ De vraies drachmes, je vous l'assure. Ce sont des pièces qu'on nous avait donné pour notre quête, mais maintenant que nous sommes morts, nous n'en avons plus besoin pour autre chose que payer la traversée, déclara Penny.

_ Pas de chance pour vous, les gosses. Tomber sur Procruste au cours d'une quête ? Pas de chance du tout, dit Charon en secouant la tête. Avec vous trois, le bateau sera plein, alors allons-y.

Il prit les trois drachmes et rangea les pièces dans la poche de son costume, avant de se lever.

_ Venez, leur ordonna-t-il.

Ils se frayèrent un chemin dans la foule des esprits en attente en espérant que Charon ne découvre pas le subterfuge. Certains esprits tentèrent de les tirer par leurs vêtements, en murmurant des paroles incompréhensibles, mais Charon les repoussa en grommelant :

_ Espèce de parasites.

Il fit entrer le trio dans l'ascenseur, déjà bondé d'âmes morts qui tenaient chacune une carte d'embarquement verte. Charon attrapa deux esprits qui essayaient de monter avec eux et les renvoya dans le hall.

_ Bien, annonça-t-il à la cantonade. Maintenant, n'allez pas vous faire des idées en mon absence. Et si jamais quelqu'un change de nouveau ma station de radio, je veillerai à ce qu'il reste ici encore mille ans. C'est compris ?

Sur ces mots, Charon ferma les portes. Il inséra une carte-clé dans le tableau de commandes de l'ascenseur et amorça la descente.

_ Qu'arrive-t-il aux esprits qui attendent dans le hall ?, demanda Annabeth.

_ Rien, dit Charon.

_ Pendant combien de temps ?

_ Pour toujours ou jusqu'à ce que je sois d'humeur généreuse.

Annabeth se tut en voyant le regard de Penny qui la suppliait de se taire.

Soudain, l'ascenseur cessa de descendre et avança. Une brume flottait dans l'air et les esprits commençaient à changer de forme. Leurs vêtements modernes clignotaient puis se changeaient en longues robes grises à capuche. Le sol de l'ascenseur tanguait sous leurs pieds.

Penny cligna des yeux. Lorsqu'elle les rouvrit, le costume italien blanc cassé de Charon avait cédé la place à une longue robe noire. Ses lunettes à monture d'écailles avaient disparu. À l'emplacement de ses yeux, il n'y avait que des orbites vides, comme les yeux d'Arès, à la différence que ceux de Charon étaient entièrement sombres, pleins de nuit, de mort et de désespoir.

Penny sut tout de suite que le plan échouerait, si elle n'intervenait pas. Ses amis et elle n'avaient absolument pas changé contrairement aux esprits des morts, Charon allait forcément découvrir la supercherie.

Penny fouilla dans son sac pour prendre davantage de drachmes d'or. Charon avait tout l'air d'une goule cupide, alors, si elle ne pouvait plus le convaincre qu'elle était morte, elle pouvait tenter de le soudoyer pour qu'il les emmène aux Enfers.

_ Attendez une minute, grogna Charon en observant le trio. Vous n'êtes pas vraiment morts !

_ Mais vous allez tout de même nous emmener aux Enfers, rétorqua Penny en activant son enjôlement le plus possible. Dix drachmes d'or en pourboire pour un excellent service. Qui sait quand vous aurez la possibilité de recevoir autant de drachmes en échange d'une seule petite traversée ? Je parie qu'Hadès ne vous paie pas assez pour un boulot aussi exigeant que le vôtre. Avec ces dix drachmes supplémentaires, vous pourrez vous acheter un nouveau costume de bien meilleur qualité ! Imaginez-le, la meilleure soie, le summum du luxe et du raffinement.

Sa voix était claire et assurée, si envoûtante, que Charon semblait se perdre dans ses paroles. Il s'imaginait le costume italien parfait et il avait l'expression d'un idiot fou amoureux sur son terrifiant visage rien qu'en y pensant.

_ Un si beau costume… si coûteux… mais si luxueux, marmonnait-il.

_ Et il sera à vous si vous acceptez notre argent et nous déposez aux Enfers. Le reste du paiement à l'arrivée, promit Penny.

Charon sembla tirailler un bref instant, comme si sa raison tentait de l'avertir qu'écouter Penny était une mauvaise idée, mais au final, il hocha de la tête.

Peu après, l'ascenseur se transforma à son tour, devenant une barque en bois, que Charon poussait à l'aide d'une perche le long d'un fleuve sombre et huileux. Dans l'eau, Penny aperçut des os, des poissons morts et d'autres objets plus surprenants : des poupées, des œillets écrasés, des diplômes détrempés aux bords dorés.

_ Le Styx, murmura Annabeth. Il est tellement…

_ Pollué, compléta Chiron. Ça fait des milliers d'années que vous autres humains y jetez tout ce que vous apportez avec vous : vos espoirs, vos rêves, vos souhaits jamais réalisés. Déplorable traitement des déchets, si tu veux mon avis.

Une brume s'élevait des eaux crasseuses. Au-dessus d'eux, presque perdu dans l'obscurité, s'étendait un plafond de stalactites. Au-devant, le rivage luisait d'un éclat vert, la couleur du poison.

Annabeth attrapa la main de Penny, et la brune la laissa la serrer. Elle comprenait ce que la blonde ressentait, elle aussi avait besoin de se rappeler qu'il y avait quelqu'un d'autre de vivant à bord de ce bateau.

Le rivage des Enfers apparut très bientôt. Une étendue de sable noir volcanique parsemée de rochers escarpés s'étirait sur une centaine de mètres, jusqu'au pied d'un haut mur de pierre qui s'enfonçait sur la gauche et sur la droite aussi loin que se portait le regard. Un son surgit de la pénombre verdâtre, un son assez proche qui résonnait contre les pierres : le grondement d'un gros animal.

_ Ce vieux Triple-Tête a faim, dit Charon. Pas de chance pour vous, graines de dieu.

Le fond du bac glissa sur le sable noir. Les morts commençaient à débarquer. Une femme qui tenait une petite fille par la main. Un vieil homme et une vieille femme qui allaient clopin-clopant, bras enlacés. Un garçon pas plus âgé que Penny et Annabeth, qui s'éloignait à pas traînants et silencieux dans sa robe grise.

_ Mon paiement maintenant, demanda Charon avec avarice.

Penny lui remit les dix drachmes d'or promises et Charon les compta, ses yeux luisaient quasiment de cupidité dans ses orbites vides.

_ Je vous aurais bien souhaité bonne chance, mais ça n'existe pas ici. À la revoyure, les gosses ! Revenez à nouveau les poches pleines quand vous crèverez vraiment et si vous parvenez à vous échapper d'ici !, dit Charon en riant avant de repartir sur sa barque.

Tout en chantonnant du Barry Manilow, il poussa sa barge vide vers l'autre rive.


Penny contempla incrédule l'entrée des Enfers. Elle se l'était imaginée plus grandiose, comme les Portes de l'Au-delà, avec une gigantesque herse noire. Mais l'entrée des Enfers ressemblait à un croisement entre, un péage d'autoroute et un poste de sécurité dans un aéroport.

Il y avait trois entrées séparées regroupées sous une immense arcade noire avec un panneau : VOUS ALLEZ PÉNÉTRER DANS L'ÉRÈBE. Chaque entrée était équipée d'un portique détecteur de métal et de caméra de sécurité. Derrière, il y avait des postes de péage tenus par des spectres en robe noire comme Charon.

Le grondement de l'animal affamé était vraiment fort, à présent pourtant, Penny ne voyait pas d'où il venait. Cerbère, le chien tricéphale censé garder la porte d'Hadès, n'avait pas l'air d'être dans les parages.

Les morts faisaient la queue en trois files, deux devant des panneaux ENTRÉE SUR ENTRETIEN et une devant le panneau MORT DIRECTE.

La file MORT DIRECTE était fluide, tandis que les deux autres bougeaient à peine.

_ Qu'en penses-tu ?, enquerra Penny à Annabeth.

_ La file rapide doit aller directement à l'Asphodèle, répondit la blonde. Pas de suspense. Les gens ne veulent pas courir le risque d'un jugement au tribunal par ce que ça pourrait se retourner contre eux.

_ Les trois juges des Enfers… Minos, Eaque et Rhadamanthe, c'est ça ?, dit Penny en se rappelant cette leçon de classe de latin.

_ En fait, les choses ont un peu changé. Les trois juges qui président à tour de rôle, sont le roi Minos, Thomas Jefferson, Shakespeare, ce genre de gens. Parfois, ils regardent une vie décident que cette personne mérite une récompense particulière : les Champs-Élysées. Parfois, ils décident d'une punition. Mais la plupart des gens se sont contentés de suivre. Rien de spécial, ni en bon, ni en mauvais. Alors, ils vont à l'Asphodèle.

_ Et qu'est-ce qu'ils y font ?

_ Imagine-toi, dit Grover, dans un champ de blé du Kansas. Pour toujours.

_ Rude, dit Penny.

_ Pas aussi rude que ça, là-bas, marmonna Grover. Regarde.

Deux spectres en robe noire avaient pris un esprit à l'écart et le fouillaient. Le visage du mort avait quelque chose de familier pour Penny.

_ C'est le prêtre dont on a parlé aux informations. Tu te souviens ?, lui dit Grover.

_ Ah, oui.

Elle s'en rappelait maintenant. Penny et Grover l'avaient vu deux à trois fois au journal télévisé à Yancy. C'était un télévangéliste exaspérant qui avait récolté des millions de dollars dans l'état de New York pour des orphelinats, puis qui s'était fait prendre à dépenser l'argent pour lui en faisant installer des trucs comme des lunettes de toilettes plaquées or ou minigolf couvert dans son manoir. Il s'était tué en fuyant les voitures de police au volant de sa « Lamborghini du Seigneur », qui était tombée du haut d'une falaise.

_ Qu'est-ce qu'ils lui font ?

_ Punition spéciale d'Hadès, je suppose, répondit Grover. Les gens vraiment mauvais lui sont soumis dès leur arrivée. Les Fur… Les Bienveillantes inventent une torture éternelle pour chacun.

La pensée des Furies rappela à Penny qu'elle se trouvait maintenant sur leur terrain de chasse personnel et que Mme Dodds devait se lécher les babines d'avance.

_ Mais, si c'est un prédicateur, demanda Penny. Et s'il croit à un Enfer différent….

_ Qui te dit qu'il voit ce lieu de la même façon que nous ?, répondit Grover. Les humains ne voient que ce qu'ils veulent. Vous êtes très têtus, euh, persévérants à cet égard.

Le trio se rapprocha des portes. Le grondement était si fort maintenant, que le sol tremblait sous leurs pieds, pourtant ils ne voyaient toujours pas d'où provenait le bruit.

Alors, à une quinzaine de mètres devant eux, la brume verte scintilla. Planté exactement à l'endroit où le chemin se divisait en trois, il y avait un énorme monstre un peu flou.

Le monstre était à moitié transparent, comme les morts. Tant qu'il ne bougeait pas, il se fondait dans l'arrière-plan. Seuls ses yeux et ses crocs paraissaient en dur. Il braquait son regard sur Penny.

Elle en resta bouché bée. Tout ce qu'elle trouva à dire, fut :

_ C'est un rottweiler.

Elle s'était toujours imaginée Cerbère comme ce grand dogue noir. Mais il était de toute évidence un rottweiler de race, à ces détails près qu'il faisait à peu près la taille d'un mammouth, qu'il était presque invisible et qu'il avait trois têtes.

Les morts passaient devant lui sans manifester aucune peur. Les files ENTRÉE SUR ENTRETIEN bifurquaient sur sa gauche et sa droite. Les esprits qui empruntaient la MORT DIRECTE passaient carrément entre ses pattes de devant et sous son ventre, sans même avoir besoin de se pencher.

_ Je commence à le voir plus nettement. Comment ça se fait ?, demanda Penny à Annabeth.

_ Je crois… J'ai peur que ce soit parce que nous nous rapprochons d'un état de mort, répondit nerveusement Annabeth.

Le chien tendit sa tête du milieu vers eux. Elle renifla l'air et gronda.

_ Il sent l'odeur du vivant, dit Penny.

_ Mais ce n'est pas grave, rétorqua Grover en tremblant. Parce que nous avons un plan.

_ Exact, renchérit Annabeth.

Le trio s'approchait du monstre et la tête du milieu leur montra les dents, puis aboya si fort que les yeux de Penny roulaient dans leurs orbites.

_ Tu comprends ce qu'il dit ?, demanda Penny à Grover.

_ Oh oui, hélas.

_ Que dit-il ?

_ Je ne crois pas que les humains disposent d'un juron qui puisse exprimer ça.

Penny sortit son ocarina de son sac à main, tandis que Grover sortit sa flûte de Pan. Penny porta son instrument près de sa bouche lentement, en s'efforçant d'envoyer mentalement des pensées canines heureuses à Cerbère, des publicités pour croquettes, de mignons petits chiots jouant avec des tuyaux d'arrosage. Penny lança au chien tricéphale son plus beau sourire.

_ Hé ! Mon grand !, s'écria Penny. Je parie qu'on ne te joue pas souvent de la bonne musique !

_ GRRRRRRRRR !

_ Gentil, lui dit Penny d'une voix mélodieuse.

Puis Grover et elle échangèrent un regard silencieux, et commencèrent à jouer ensemble le Concerto pour piano n°12 de Mozart.

L'idée d'imiter Orphée pour passer devant Cerbère était venue à l'esprit de Penny après sa discussion avec la néréide. Si elle doutait de ses talents de musicienne comparés à ceux du héros en question, Penny était tout de même prête à tenter sa chance face à Cerbère en performant de son mieux en duo avec Grover.

Le Concerto était l'un des rares morceaux qu'ils savaient tous les deux jouer et ils espéraient que la mélodie soit assez berçante à l'ocarina et à la flûte de Pan pour endormir l'énorme rottweiler devant eux.

La tête du milieu fut la première à commencer à s'assoupir. Ses énormes paupières se fermaient au fur et à mesure que le duo jouait. Puis les autres têtes la rejoignirent alors que Grover et Penny étaient pratiquement à la moitié de la mélodie.

Ils continuèrent de jouer en avançant vers le monstre, puis ils arrivèrent sous ses pattes et tout en jouant ils marchèrent entre, Annabeth fermant la marche silencieuse. Les trois têtes du chien étaient toutes endormies, quand le trio arriva devant le détecteur de métal de la file MORT DIRECTE.

Grover et Penny s'élancèrent sous le portique détecteur de métal, lequel explosa aussitôt en hurlements et lumières rouges clignotantes.

_ Objets non autorisés ! Magie détectée !

La cacophonie réveilla Cerbère qui se mit à aboyer.

Le chien fit volte-face et ses trois têtes s'approchèrent complètement éveillées du trio.

Penny et Grover s'apprêtaient à jour une nouvelle fois, mais Annabeth s'avança avec une balle en caoutchouc rouge de la taille d'un pamplemousse, qui portait l'inscription : AQUALAND, DENVER. Avant que Penny puisse la tirer par le bras en arrière, Annabeth leva la balle bien haut et marcha d'un pas ferme vers Cerbère.

_ Tu vois la balle ?, cria-t-elle. Tu veux la balle, Cerbère ? Assis !

Cerbère parut aussi sidéré que les compagnons de la blonde.

_ Assis !, répéta Annabeth.

Et sous le regard médusé de Grover et Penny, Cerbère lécha ses trois paires de babines, remua son arrière-train et s'assit en écrasant immédiatement une douzaine d'esprits des morts en dessous de lui.

_ Gentil !, dit Annabeth.

Et elle lança la balle à Cerbère.

Il l'attrapa dans sa gueule du milieu. Elle était à peine assez grande pour qu'il puisse la mordiller. Là-dessus, les deux autres têtes s'attaquèrent à celle du milieu pour essayer de s'emparer du nouveau jouet.

_ Lâche !, ordonna Annabeth.

Les têtes de Cerbère arrêtèrent de se chamailler et la regardèrent. La balle était coincée entre deux crocs comme une minuscule boulette de chewing-gum. Cerbère poussa un gémissement sonore et effrayant, puis il lâcha la belle, maintenant couverte de bave et à moitié déchiquetée, aux pieds d'Annabeth.

_ Gentil, dit Annabeth en ramassant la balle, tout en faisant signe à ses compagnons d'avancer sans elle.

Penny et Grover hochèrent de la tête en réponse, puis ils franchirent en courant la porte MORT DIRECTE, ce qui déclencha encore plus de sirènes d'alarme. Le duo déboulait à fond de train dans les Enfers, tandis qu'Annabeth s'assurait de garder l'attention de Cerbère entièrement sur elle.

Quelques minutes plus tard, Penny et Grover se cachaient dans le tronc pourri d'un immense arbre noir, tout essoufflés, tandis que des spectres de sécurité défilaient au pas de charge en appelant les Furies au secours à grands cris.

Annabeth les rejoignit assez vite. Grâce à sa casquette d'invisibilité, elle s'était faufilée jusqu'à ses compagnons en passant près des spectres sans se faire remarquer.

_ Comment t'as fait avec Cerbère ?, lui demanda Grover.

_ L'école de dressage, répondit Annabeth à bout de souffle et les larmes aux yeux. Quand j'étais petite, chez mon père, nous avions un doberman, et il m'a emmené à une école de dressage pour que j'apprenne à le contrôler.

Penny hocha de la tête à cette réponse, puis jeta un coup d'œil hors du tronc pour observer les alentours.

_ La voix est libre pour le moment. Partons, ordonna-t-elle.

Et le trio prit la direction de l'Asphodèle, Annabeth essuyant une larme sur sa joue en entendant la plainte triste de Cerbère, qui se languissait de sa nouvelle amie.


NOTE :

Un court chapitre, je sais, mais j'ai préféré garder la partie des Enfers en deux chapitres.

Pour info, le duo musical de Grover et Penny face à Cerbère est quelque chose que j'avais prévue dès le début. C'est même pour ça que j'ai introduit l'ocarina comme instrument de poche de Penny. Mais je voulais aussi garder le moment de gloire d'Annabeth, donc j'ai remplacé le coup du bâton par le concert et conclu avec Annabeth et sa balle.