LE REFUGE

Résumé : UA. Début cinquième année. Harry se sent seul et comprend que personne ne tient à lui. Après une retenue douloureuse avec Ombrage, il se transforme en Animagus et se retrouve dans la Salle Commune des Serpentard. Y trouvera-t-il la famille qu'il cherche désespérément ? HP/DM

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Chapitre 24 – Conséquences

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Le lendemain de la – future dénommée – Bataille du Ministère, Rosalie Greengrass et Regulus Black-Rogue firent une apparition très remarquée au Ministère de la Magie.

Tout le monde avait à la main le dernier exemplaire de la Gazette du Sorcier, mais également celui du Chicaneur, qui racontait en détail toute l'histoire. Avec plus ou moins de vérité, lorsqu'on lisait l'article de Rita Skeeter, bien évidemment.

Regulus ne savait pas réellement comment elle avait fait, mais la Bataille du Ministère avait été décrite avec un réalisme presque poignant.

Ginny lui avait parlé de "scarabée" et "d'illégalité", mais il avait décidé qu'il s'en fichait bien, du moment qu'elle avait décrit son mari comme "le sorcier le plus incroyable de sa génération". Il avait découpé et encadré l'article, qu'il comptait bien accrocher dans son appartement dès qu'il pourrait y retourner.

– C'est étrange de revenir ici, souffla Regulus en regardant autour de lui.

– Par rapport à la Bataille ? s'enquit Rosalie.

– Non, plutôt sous ma véritable apparence, corrigea Regulus en haussant les épaules. Je travaille ici depuis seize ans, je te le rappelle. J'ai toujours rêvé de pouvoir passer par ici en étant moi.

– Surtout parce que tu veux que tous les hommes du monde sorcier te regardent, ironisa Rosalie qui n'avait pas manqué les regards qui se posaient sur eux.

– Je suis un homme marié, opposa Regulus en haussant un sourcil.

– Et alors ? Ça ne t'empêche pas de regarder les autres potions sur le marché, que je sache, répondit Rosalie avec un sourire en coin.

Regulus éclata de rire en rejetant sa tête en arrière et Rosalie leva les yeux au ciel, sachant pertinemment qu'il en rajoutait pour que tout le monde le regarde.

Regulus Black-Rogue avait un penchant pour le mélodramatique, mais elle ne pouvait s'empêcher de trouver ça adorable. Sans doute car elle savait qu'il avait attendu plus de seize ans pour faire une apparition publique et qu'il avait bien le droit de savourer son moment. Il n'était plus un homme mort, maintenant, mais un homme vivant, vainqueur de Voldemort.

– Après vous, ma chère, dit Regulus en s'effaçant pour que Rosalie puisse monter dans l'ascenseur.

Regulus se colla au plus près de Rosalie, sans pouvoir se retenir, alors que d'autres personnes montaient avec eux dans l'ascenseur.

– Reste avec moi, fit Regulus d'une voix presque suppliante.

Il oubliait, parfois, qu'il était le plus jeune. Mais il l'était. Et il avait beau dire qu'il voulait retourner au Ministère sous sa véritable apparence, les souvenirs de la Bataille du Ministère le hantaient. Cela ne faisait qu'une journée, mais tout avait été si difficile à gérer et à assimiler.

Il revoyait Severus tuer Voldemort, se battre contre lui, sa plaie sanguinolente au cou...

Il était encore terrifié d'avoir vu son mari aussi proche de la mort...

En plus de cela, les images de la Bataille, en elle-même, tournaient dans sa tête. Il avait vu Astoria se faire torturer, Sirius passer à côté de la mort... Tracey était toujours dans un état grave, Ron était défiguré...

Rien de tout cela n'était normal et Regulus aurait mille fois préféré rester au Manoir Potter que de venir ici. Même s'il prétendait le contraire, rester en sécurité, avec les autres aurait été une bien meilleure façon de passer sa journée.

– J'espère que tout ira bien en notre absence, dit Regulus en regardant sa montre.

– Sirius ne va pas se réveiller aujourd'hui, répondit Rosalie d'un ton distrait. Tu penses qu'on a été trop sévères avec Tori ?

Regulus soupira en se souvenant de la dispute épique qui avait eu lieu le matin même. Astoria avait eu une bonne nuit de sommeil, elle était remise (au moins en partie) des Doloris.

Les Greengrass avaient d'abord été soulagés de savoir qu'elle n'aurait aucune séquelle mentale et qu'elle n'aurait que des tremblements pendant quelques jours, puis, ils avaient explosé.

Jamais Regulus n'avait vu et entendu Caleb en colère, jamais il n'avait crié dans sa maison, jamais il n'avait été en colère contre l'une de ses filles comme ça. La dispute avait été si violente qu'Astoria en était restée bouche-bée et que Daphné avait fondu en larmes en disant à sa sœur qu'elle avait "vraiment dépassé les buts de Quidditch".

Regulus avait fait un sourire crispé à sa filleule, lui disant que tout irait mieux dans quelques jours, mais il avait été incapable de la consoler. Parce que ce qu'elle avait fait...

Il la revoyait hurler à la mort, se tortillant sous l'effet du Doloris du Mangemort. Nott. Regulus savait à quel point cet individu était dangereux, à quel point ses maléfices étaient précis et souvent mortels. Il savait qu'Astoria aurait pu mourir, avoir des séquelles bien plus graves que celles qu'elle avait eues. Astoria était chanceuse de ne pas être morte...

Et lui aussi, il avait failli mourir à ce moment-là, trop occupé qu'il était à regarder Astoria qu'à se battre contre Voldemort. Et c'était précisément pour cette raison qu'il n'avait pas voulu qu'elle vienne.

D'abord parce qu'il n'avait pas voulu avoir à s'inquiéter pour sa filleule, qu'elle soit blessée ou tuée. Il n'avait pas voulu qu'elle soit là pour ne pas être distrait, ce qui était, au final, arrivé. Sans Harry il aurait sans douté été tué par le sortilège de Voldemort et il s'en voulait de ne pas avoir prêté attention au combat.

Mais surtout... Il n'avait pas voulu qu'Astoria se sente coupable. Tracey avait pris un sortilège en venant l'aider et Regulus savait que, si la jeune fille ne s'en sortait pas, Astoria en ressentirait la culpabilité toute sa vie, comme Blaise.

Parce que c'était ça qu'il n'avait pas voulu pour Astoria : qu'elle se sente coupable des blessures ou de la mort de quelqu'un, qu'elle voit pas les horreurs d'une Bataille, qu'elle perde son innocence...

Mais il fallait croire qu'Astoria tenait beaucoup trop de lui et de Rosalie pour faire ce qu'on lui demandait.

– Je pense que la priver de sortie jusqu'à la fin de Poudlard, lui crier dessus et lui faire faire les corvées pendant les deux mois de vacances est assez adapté, dit Regulus en haussant les épaules. Mais je n'ai pas d'enfants pour te donner des conseils parentaux.

– Elle ne pensait pas que...

– Oui, c'est le problème, coupa Regulus en serrant les mâchoires. Elle ne pensait pas. Elle aurait pu mourir Rosie. Et elle doit comprendre qu'elle n'a pas bien agi.

– Tu as raison, souffla Rosalie en sortant de l'ascenseur d'un pas lourd quand ils arrivèrent au niveau du "Département de la justice magique". C'est juste que ça me fait de la peine.

– Bien sûr que ça te fait de la peine. Astoria est adorable et maline.

– Elle tient ça de moi, dit Rosalie en riant.

– Astoria cherche à te faire culpabiliser, mais tu ne dois rien lâcher. Même Daphné et Harry étaient en colère contre elle.

Ils étaient partis en fin d'après-midi pour leur rendez-vous au Ministère de la Magie et Daphné avait passé la journée avec Tracey et Harry avec Ron, les deux étant toujours endormis. Ils avaient eu du mal à pardonner Astoria et à se pardonner. Harry s'en voulait de ne pas avoir laissé Astoria à Poudlard, alors que Daphné regrettait de ne pas avoir vu qu'Astoria était venue avec eux. Mais bien évidemment ce n'était la faute de personne, si ce n'est d'Astoria.

– J'espère que la petite Davis va s'en sortir, murmura Rosalie en fermant les yeux.

– Moi aussi. Les parents ont-ils été prévenus ? demanda Regulus alors qu'ils avançaient vers le bureau d'Amelia Bones qui avait demandé à les recevoir.

– Narcissa s'en est occupée. Ils devraient être là quand nous serons rentrés.

– Je n'imagine pas leur peine, marmonna Regulus avant de se figer quand un homme à la moustache imposante sortit du bureau de la Directrice de la justice magique. Mr Goldberg ! Que... qu'est-ce que vous faites là ? demanda-t-il à son patron.

Goldberg le regarda comme s'il était stupide, mais Regulus n'était pas étonné. Goldberg était un homme qui aimait se croire au-dessus de tout le monde, qui voulait montrer qu'il était le meilleur et qui était assez imbu de sa personne. Il n'avait jamais été désagréable avec Regulus, ce dernier pensait même que son patron l'appréciait un peu, même s'il restait ce petit être supérieur si détestable.

– Je suis venu discuter avec Mrs Bones de votre implication au sein de notre Département et de tout ce que vous y avez fait pendant seize ans. Je vous attends lundi à sept heures pour vos nouvelles attributions.

– Vous ne me donnez pas de vacances ? geignit Regulus l'air effaré. Je vous ai tous sauvés ! Je me suis battu contre Voldemort. Je viens juste de retrouver mon mari !

Goldberg haussa un sourcil, avant de ricaner comme si ce que venait de dire Regulus était hilarant et qu'il s'en fichait bien.

– Sept heures, Black. Sans faute.

Goldberg avait un ton intransigeant et Regulus savait qu'il ne servait à rien de se battre. Il irait travailler à sept heures demain matin. Pourtant, quand son directeur passa près de lui, Regulus était sûr d'avoir vu l'ombre d'un sourire flotter sur son visage, rapidement éteint son patron commença à hurler contre une personne qui passait par là.

– Charmante personne, conclut Rosalie avec un soupçon d'ironie.

– Il est brillant, indiqua Regulus comme si cela pouvait excuser son comportement.

Les deux amis observèrent la porte en perdant leur sourire. Regulus sentait l'anxiété de Rosalie et il l'attrapa par le bras, comme s'il pouvait oublier sa propre angoisse.

– J'aurai aimé que Severus soit là, soupira Regulus qui sentait son cœur battre la chamade.

Regulus avait été convoqué le matin même par hibou et il était anxieux. Bien qu'il sache que Goldberg avait tout arrangé, il avait peur pour son mari.

Severus était un Mangemort, avec la Marque des Ténèbres sur le bras.

Les Aurors auraient tous les droits de l'arrêter et l'envoyer à Azkaban sans sommation. Alors même qu'il n'avait rien fait de mal et qu'il avait sauvé toute la population sorcière... Mais s'ils ne le croyaient pas ? S'ils pensaient que Severus n'était pas vraiment un espion et qu'il méritait d'être embrassé par un Détraqueur ?

– Calme-toi, soupira Rosalie en fronçant les sourcils. Tu m'étouffes avec ta Magie.

Regulus secoua la tête en se rendant compte, qu'effectivement, il avait laissé sa Magie sortir. Par Salazar, il aurait tant voulu que Severus soit là pour le soutenir. Mais il savait aussi qu'il devait faire ça, seul.

Severus avait veillé sur lui depuis toutes ses années, le protégeant et l'aimant comme jamais personne ne l'avait fait dans sa vie. C'était à présent à son tour de montrer à son mari qu'il le méritait et qu'il le protégerait contre toutes les personnes qui voudraient lui faire du mal.

– Je suis un peu anxieux, admit Regulus.

– Ils ne vont pas envoyer Severus à Azkaban pour avoir sauvé le monde sorcier, opposa Rosalie en levant les yeux au ciel.

Regulus n'eut pas le temps de partager ses doutes avec sa meilleure amie que la porte face à eux s'ouvrit, laissant apparaître Amelia Bones qui leur fit signe d'entrer dans son bureau.

– Mrs Greengrass, Mr Black... ou plutôt, Black-Rogue, si j'en crois les journaux ? s'enquit Amelia Bones avec un sourire en coin.

– Tout à fait, Mrs Bones. Je suis un homme marié, répondit Regulus avec un sourire qui étira tout son visage de bonheur.

– Bien, je vous ai convoqué ici pour plusieurs raisons, commença Amelia en attrapant plusieurs dossiers sur son bureau. Tout d'abord, s'agissant de vous, Mr Rogue-Black. Mr Goldberg, qui est votre supérieur, vient de nous apporter des preuves très intéressantes à votre sujet. Langue-de-Plomb, vous êtes également l'inventeur de plusieurs dispositifs magiques encore utilisés aujourd'hui par le Ministère de la Magie et les Aurors, engagé depuis toujours dans la lutte contre Vous-Savez-Qui, infiltrant les Mangemorts pour recueillir des informations précieuses pour anéantir le mage noir... Vous avez réalisé beaucoup de choses au sein de notre Ministère. En réalité, Mr Goldberg ne trahi pas d'éloges à votre sujet.

Regulus était soulagé que son patron ait réalisé la part de son contrat. Quand Regulus avait été recruté, juste après être passé à côté de la mort, il avait accepté de devenir un Langue-de-Plomb, de se cacher et de contribuer au Département des Mystères en étant légèrement moins payé, si Goldberg acceptait de le cacher et de reconnaître ce qu'il avait fait pendant la guerre quand tout serait terminé.

Regulus avait voulu se protéger pour le moment où Voldemort serait éliminé et que la justice lui demanderait des comptes sur son appartenance aux Mangemorts. C'était chose faite, à présent. Goldberg l'avait vraiment aidé et il lui en était reconnaissant. Ce travail lui avait permis de trouver les Horcruxes, de lutter dans l'ombre, de s'en sortir...

Sans ça, il ne savait pas s'il aurait pu gérer la distance avec Severus, la mort de ses chers amis. Son métier de Langue-de-Plomb, en plus de lui donner une assurance qu'il n'avait pas eue avant, lui avait sauvé la vie et il savait qu'il retournait y travailler demain, avec un grand plaisir.

– Étonnant, fit Regulus qui rosit de plaisir. Goldberg est assez avare en compliments.

– En effet, affirma Amelia en riant légèrement. J'ose espérer que vous continuerez dans cette voie, Mr Black-Rogue.

– Je l'espère aussi, affirma Regulus. J'adore mon travail. C'est fantastique pour moi de pouvoir travailler ici sous ma véritable apparence.

– Mr Goldberg nous a raconté tout ce qu'il savait, mais pourriez-vous m'expliquer comment vous avez réussi à prétendre votre mort ? demanda Amelia avec intérêt.

Regulus, bien aidé de Rosalie, raconta alors toute son aventure sans omettre de détails, même s'il ne parla ni des Horcruxes, ni des secrets des Langues-de-Plomb, étant toujours sous serment. Amelia sembla stupéfaite et impressionnée au fur et à mesure qu'il lui racontait son histoire.

– Donc, vous avez réussi à ôter votre Marque ? fit Amelia en sifflant avec impression quand il releva la manche de sa cape. Comment ?

– Ceci est malheureusement un secret que je dois garder pour moi, éluda Regulus avec un sourire mystérieux, ne souhaitant pas impliquer Harry là-dedans.

– Bien. Je comprends, dit Amelia bien qu'elle semblât un peu déçue.

– Donc, je suis réengagé et tout va bien pour moi ? s'enquit Regulus qui avait besoin d'en être certain.

– Bien sûr, dit Amelia en hochant la tête. Je crois que Mr Goldberg veut vous faire signer un nouveau contrat de travail, mais tout est en ordre de mon côté. Vous êtes un homme vivant et libre, Mr Black-Rogue. De plus, toute la population sorcière est informée de votre réapparition, vous pouvez donc être tranquille à ce sujet.

– C'est formidable, dit Rosalie qui semblait très émue alors que Regulus avait un peu de mal à y croire.

Il avait passé seize ans à se cacher dans les méandres du Ministère, à se battre contre les forces obscures, à se donner pour détruire Voldemort. Et, à présent, tout était fini.

Il était libre.

Libre de marcher dans les couloirs du Ministère, d'arborer avec fierté sa bague de mariage, libre d'être en couple avec Severus sans craindre les répercussions.

Il était libre.

– Et pour mon mari ? demanda Regulus plus anxieux. Nous savons qu'il était concerné par la convocation, mais il n'était pas en état de venir.

– Il a été blessé et il se repose, compléta Rosalie qui s'était tendue, elle aussi.

Amelia sourit malicieusement en les voyant aussi anxieux et attira d'un coup de baguette une Pensine sur son bureau.

Regulus fronça les sourcils, car il reconnaissait l'artefact, qui venait du Département des Mystères. Combien de fois avait-il utilisé cet objet pour revoir tous ses souvenirs et chercher la moindre faille chez Voldemort, avant de regarder ses souvenirs avec Severus quand son mari lui manquait trop, sous les récriminations de Goldberg bien sûr.

– Savez-vous de quoi il s'agit ? demanda Amelia.

– C'est une Pensine, répondit Rosalie.

– C'est même la Pensine du Département des Mystères, compléta Regulus.

– Toujours à faire ton intéressant, marmonna Rosalie en lui jetant un coup d'œil amusé.

Je suis intéressant, ajouta Regulus avec un sourire en coin alors qu'Amelia pouffait.

Cette dernière attira dans sa main, d'un Accio, une petite fiole remplie de filaments translucides, qu'elle versa dans la Pensine, tournant le liquide vaporeux avec sa baguette, avant de tapoter trois fois sur l'objet.

Une silhouette s'éleva de la Pensine et Regulus sentit son souffle se couper. Rosalie s'était tendue à ses côtés et ses mains étaient fermées en deux poings serrés.

Parce que, devant eux, se trouvait la silhouette blanche et translucide de Lily. Même sous forme de souvenir pâle, Regulus l'aurait reconnue n'importe où. Ses longs cheveux qui lui tombaient sur la poitrine, ses yeux doux et son visage souriant.

Il ne savait pas s'il avait envie d'écouter ce souvenir ou de repartir en courant.

Surtout lorsque la silhouette de James Potter fit son apparition à son tour. Des lunettes rondes sur le nez, des cheveux en pétards et un sourire malicieux aux lèvres, comme il l'avait toujours eu.

Voir le couple Potter aussi souriant et heureux avait quelque chose de triste, quand on savait le sort qui leur avait été réservé et Regulus eut la sensation qu'il allait vomir son déjeuner en les voyant. Ses amis étaient figés dans un souvenir, mais morts dans la vraie vie... Tout était si injuste...

Moi, Lily Julianne Potter, atteste devant témoin que Regulus et Severus Black-Rogue ne sont pas des Mangemorts. Ils ont pris la Marque des Ténèbres, ils ont infiltré le camp de Lord Voldemort en tant qu'espions, afin de le détruire de l'intérieur.

Moi, James Fleamont Potter, atteste devant témoins que Regulus et Severus Black-Rogue ne sont pas des Mangemorts. Ils nous aidé à nous cacher pendant la guerre, ont tout fait pour que nous puissions vivre et auront, sans aucun doute, tout fait pour protéger notre fils, Harry James Potter.

Amelia tapota de nouveau sur la Pensine et les silhouettes disparurent, alors que Regulus sentait son souffle devenir erratique.

– Votre mari est complètement innocent, déclara Amelia Bones. Déjà, le simple fait qu'il ait tué Vous-Savez-Qui aurait suffi, mais Mrs et Mr Potter ont réuni des dizaines de preuves et nous les ont fait transmettre par le biais de leur avocat, ce matin même. Tous ces éléments ne prouvent qu'une seule chose : Severus Rogue était de notre côté et son appartenance aux Mangemorts n'était qu'un leurre. Il est donc totalement libre.

Regulus sentit un soulagement comme il ne l'avait jamais ressenti de sa vie. Libre. Ils étaient libres tous les deux. Cela paraissait incroyable, stupéfiant. Après des années à se cacher, à ne rien dire sur leur relation, ils pouvaient enfin revivre tous les deux. Comme ils l'avaient toujours rêvé. Il ne savait pas s'il oserait se balader dans les rues du Chemin de Traverse avec Severus de sitôt, mais il le pouvait, techniquement.

Ils étaient tous les deux innocentés et libres !

– Tu savais que Lily et James avaient fait ça ? demanda Regulus un peu choqué par la vision de ses amis dans la Pensine.

– Pas du tout, répondit Rosalie qui avait pâli.

Lily... Quand Severus va savoir ça, souffla Regulus les yeux écarquillés.

– Vous aurez une copie de ces souvenirs, indiqua Amelia avec un sourire. Je sais que vous étiez particulièrement attachés aux Potter. L'avocat des Potter nous a indiqué qu'il vous ferait parvenir les souvenirs. Il me semble qu'il y en a un qui est adressé à Harry Potter, je suppose qu'en tant que mère adoptive, Mrs Greengrass, vous pourrez lui montrer le souvenir de ses parents ?

– B-bien sûr, approuva Rosalie en blanchissant. Nous avons une Pensine à la maison qui nous permettra de lui montrer ces souvenirs. Donc cela signifie bien que je reste la mère adoptive de Harry, avec mon mari Caleb Greengrass ?

– Bien entendu, dit Amelia en fronçant les sourcils comme si elle était étonnée par la remarque. Votre demande a été acceptée et personne ne peut revenir dessus. Quant au traitement que Mr Potter a reçu chez sa famille adoptive, nous réalisons une enquête depuis quelques semaines, maintenant.

Regulus savait que l'enquête avait débuté au moment où Rosalie avait débarqué au Ministère en hurlant contre la perquisition injustifiée qu'elle avait vécue. Il espérait que les choses pourraient avancer rapidement, pour qu'ils puissent clôturer ce passage de leurs vies.

Mais il pensait surtout que le choc allait être dur pour Harry, de voir ses parents lui parler à travers la Pensine et il ne voulait surtout pas que l'enquête sur les Dursley dure dans le temps. Harry avait mérité de pouvoir se reposer, et cela passait par ne plus jamais évoquer les Dursley devant lui. Il fallait que ce chapitre de sa vie se termine, pour que le garçon puisse avancer sereinement dans sa nouvelle vie.

– Et s'agissant de mon frère, Sirius Black ? demanda enfin Regulus en sentant son cœur battre la chamade.

Car, si Severus et lui avaient pu échapper à la prison, Sirius restait un criminel, en fuite depuis qu'il s'était échappé d'Azkaban. Coupable.

– Les investigations sont également en cours à ce sujet, répondit Amelia d'une manière plus mesurée. Il se trouve que nous avons appris que Mr Black n'avait jamais eu de procès.

– Comment vous l'avez découvert ? demanda Rosalie.

– Nous avons reçu une lettre ce matin de votre mari, Mr Black-Rogue, qui nous l'a indiqué. Il nous a également informés de l'adresse de la cachette des Mangemorts.

Regulus sourit tendrement en comprenant que Severus avait pris le temps de rédiger une lettre pour aider Sirius. Tout cela était incroyable. Son mari qui aidait son frère.

– Mes Aurors ont inspecté le Manoir Malefoy, occupé par le camp de Vous-Savez-Qui ces derniers mois, et ils ont retrouvé Mr Pettigrow, assommé. Bien évidemment, cette découverte relance les spéculations sur le rôle qu'a joué votre frère dans l'assassinat de Peter Pettigrow.

– Il n'était pas le Gardien du Secret des Potter ! s'écria alors Regulus.

– Je le sais, Mr Black-Rogue, exposa Amelia en désignant les fioles de souvenirs. Mr Potter nous a tout raconté. Il a indiqué que c'était Mr Pettigrow qui était leur Gardien du Secret.

– Donc, tout est réglé ? demanda Regulus avec espoir.

– J'aurai aimé vous dire oui. Mais Mr Black s'est échappé d'Azkaban, il reste un criminel en fuite. Nous organiserons donc un procès dans les prochaines semaines pour rétablir son innocence et condamner Mr Pettigrow. Cela permettra au public de comprendre et d'accepter la libération de Sirius Black.

Regulus pouvait le comprendre. Sirius restait, pour l'intégralité de la population sorcière et moldue, un criminel. Le fait d'organiser un procès et de reconnaître publiquement son innocence lui permettrait, enfin, de sortir du Manoir Greengrass (ou Potter) et de recommencer sa vie.

– Sirius ne pourra pas se déplacer avant un moment. Il a été salement amoché par la Bataille, informa Regulus en grimaçant.

– C'est ce que nous avons entendu dire, dit Amelia en fronçant les sourcils. Mais je suppose que son avocat pourra le représenter, s'il n'est pas remis de ses blessures.

– Son avocat ? répéta Regulus stupéfait. Sirius n'a pas d'avocat.

– Bien sûr que si. Alan Maxwell, répondit Amelia en souriant. Je suppose que Mrs et Mr Potter avaient d'autres surprises pour vous. C'est lui qui est venu nous remettre les souvenirs et qui nous a indiqué prendre la défense de Mr Black.

– Eh bien... parfait, n'est-ce pas ?

– Tout est parfait, oui, termina Amelia avec un sourire.

Au même moment, deux coups fermes furent frappés à la porte et Rufus Scrimgeour fit son apparition dans le bureau, l'air aussi revêche que d'ordinaire.

– Mrs Greengrass, Mr Black, dit Scrimgeour d'un ton bourru.

– Mr Scrimgeour, dirent Rosalie et Regulus d'une même voix.

– Je viens vous informer que la plainte s'agissant de votre perquisition est en cours, indiqua-t-il à Rosalie, mais également s'agissant de Mr Potter.

– Par rapport aux Dursley, oui, Mrs Bones vient de nous en informer, dit Rosalie un peu perplexe quant au fait que des Aurors soient dépêchés pour une telle situation.

Scrimgeour fronça les sourcils.

– Non, ce n'est pas par rapport à ça. Mais par rapport à la plainte contre Albus Dumbledore.

Cette fois-ci, Regulus et Rosalie se regardèrent en écarquillant leurs yeux, complètement stupéfaits par ce que venait de dire Scrimgeour.

– Quelle plainte ? demanda Rosalie.

Scrimgeour sembla comprendre qu'ils n'étaient pas informés puisqu'il soupira comme s'il était agacé à l'idée que l'information n'ait pas été transmise.

– Mr Remus Lupin est venu nous voir ce matin, en nous indiquant qu'Albus Dumbledore avait placé le jeune Potter dans un foyer maltraitant et l'avait mis en danger pendant les cinq années qu'il a passées à Poudlard.

Regulus se retint à temps d'éclater de rire face à l'absurdité de la situation. Pire qu'un roman moldu, les péripéties semblaient ne jamais finir dans leurs vies. Lupin venait de déposer plainte contre Dumbledore !? Il ne pouvait pas y croire.

– Remus Lupin, insista Rosalie en haussant un sourcil.

– Oui, Mr Lupin, confirma Scrimgeour. Est-ce que vous confirmez cette situation avec Mr Potter ?

– Je le confirme et je veux bien déposer plainte moi aussi, approuva Rosalie en reprenant ses esprits.

– Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ? Mr Lupin n'avait pas énormément d'informations à ce sujet.

Rosalie s'attela alors à leur raconter tout ce que Harry lui avait dit : l'affrontement avec Voldemort en première année, le polynectar, l'affrontement contre le Basilic, l'utilisation du Retourneur de Temps, le Tournoi des Trois Sorciers, Ombrage...

Mais elle leur raconta également tout ce que Harry avait vécu chez les Dursley, le laissant traumatisé et blessé.

– Donc, Mr Potter est bien un Animagus ? demanda Scrimgeour, l'air impressionné.

– Avant que vous disiez quelque chose, Harry est enregistré comme Animagus en France, ajouta Regulus inquiet qu'ils ne l'utilisent contre le garçon.

– Ne vous inquiétez pas, Mr Potter ne va pas aller à Azkaban, dit Amelia amusée de voir qu'ils avaient tout planifié pour que Harry soit protégé de toute poursuite.

– J'ai toutes les informations qu'il me fallait, conclut Scrimgeour qui avait pris des notes pendant que Rosalie parlait. Il est probable que Mr Potter soit convoqué pour nous parler de sa situation, également.

– Bien entendu, dit Rosalie en hochant la tête.

– Et où est Dumbledore maintenant ? demanda Regulus. Je doute qu'il soit ravi d'apprendre qu'il est sous le coup d'une plainte.

Scrimgeour et Amelia se regardèrent, comme hésitants à leur dire la vérité.

– Il est à Sainte-Mangouste, répondit Scrimgeour avec réluctance.

– Nous pensons que Dumbledore a subi quelques petits problèmes... mentaux, compléta Amelia. Mais nous en serons plus une fois qu'il aura été examiné par des personnes compétentes.

Le monde ne tournait plus rond, songea Regulus. Dumbledore était enfermé à Sainte Mangouste parce que les gens le pensaient fou... Ce même Dumbledore qui avait emprisonné Sirius en le faisant passer pour un fou...

Le destin devait avoir beaucoup d'ironie.

– Parfait, dit Regulus un peu incertain.

– Il s'avère que, pour Dumbledore, Voldemort n'est pas mort, dit Scrimgeour en retroussant ses lèvres en un sourire ironique. Je suis donc allé l'interroger et il m'a confié que Vous-Savez-Qui aurait créé des Horcruxes.

– Quoi !? s'écria Regulus en écarquillant les yeux. Cet imbécile savait qu'il y avait des Horcruxes et il n'en a parlé à personne ! Par Salazar ! Je suis certain qu'il savait pour Harry et qu'il voulait le tuer depuis le début !

– Calme-toi, dit Rosalie d'une voix calme alors que ses mâchoires serrées montraient qu'elle était furieuse.

– Donc vous êtes au courant, conclut Scrimgeour en pâlissant légèrement. Il avait créé des Horcruxes.

– Oui. Sept.

Et Regulus leur raconta la traque, tout ce qu'ils avaient fait et comment, à la fin, ils s'étaient débarrassés des artefacts de magie noire.

– Il vaudrait peut-être garder cette information cachée du public, ajouta Rosalie à la fin de leur récit rempli de leurs péripéties. Pour que personne d'autre n'ait envie de faire de même.

– Bien entendu, dit Scrimgeour sur le ton de l'évidence. Je crois que j'ai assez d'éléments pour faire condamner Dumbledore avec ça.

– Nous verrons cela au procès, corrigea Amelia en le fusillant du regard. Tu sais, un procès qui permet de dire si une personne est coupable ou non.

– Ah oui, tu veux dire comme celui que Croupton a organisé pour Sirius Black ? ironisa Scrimgeour avec un sourire ironique.

Amelia plissa les yeux, tout en rougissant.

– Ne vous inquiétez pas Mrs Bones, mon frère sait que ce n'est pas de votre faute, dit Regulus en riant de son air effaré.

– Nous vous tiendrons informés de la suite des évènements, indiqua Scrimgeour.

– Nous voulions également vous remercier, pour tout ce que vous avez accompli, sourit Amelia. Vous recevrez sans doute un Ordre de Merlin pour tout ce que vous avez fait pour lutter contre Vous-Savez-Qui.

– Fantastique, dit Regulus d'un ton rempli d'ironie. Très sincèrement, la seule chose que je veux c'est vivre tranquillement avec ma famille et mon mari.

– Nous vous le souhaitons, Mr Black-Rogue, conclut Amelia en souriant.

Regulus et Rosalie sortirent du bureau, la tête remplie de questions, mais également soulagés par la tournure des évènements.

– Rentrons à la maison, proposa Rosalie avec un sourire sincère. Tu as un mari à dorloter.

– Et toi des enfants à t'occuper, ajouta Regulus.

Rosalie et Regulus se sourirent sincèrement. Tout avançait, tout prenait fin et tout allait pour le mieux. Regulus sentit son cœur se serrer en pensant aux souvenirs qu'ils allaient recevoir. Ils renfermaient les derniers souvenirs de ses chers amis. Il savait qu'ils seraient difficiles à regarder, mais nécessaires, pour avancer. Encore un pas de plus vers le bonheur.

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Sirius ouvrit péniblement les yeux, éblouit par la lumière. Il ne savait pas où il était, ce qu'il entendait... Mais il savait qu'il avait terriblement mal en bas de son dos.

– C'est l'heure de se réveiller... murmura une voix.

Et Sirius crut qu'il était mort. Parce que cette voix, il l'aurait reconnue n'importe où. C'était la voix qu'il entendait à Azkaban et qui lui donnait espoir. C'était la voix qui lui donnait aussi envie de pleurer et de mourir, par peur de ne jamais plus l'entendre, par peur de devenir vraiment fou.

– Je suis mort ? demanda Sirius en refermant les yeux, incapable de regarder autour de lui.

– Non, tu n'es pas mort, répondit la voix en riant.

Le rire fit l'effet de milliers de clochettes à l'oreille de Sirius et il se crispa en se disant que ce rêve semblait étonnamment réel.

– Tu peux ouvrir les yeux, Sirius ? demanda une autre voix que Sirius reconnut immédiatement.

Cette voix le força à ouvrir les yeux et à se tourner vers sa cousine, Narcissa, qui était penchée sur lui et qui semblait soulagée de le voir en vie.

Sirius avait une grosse migraine, il ne se souvenait plus vraiment de ce qu'il s'était passé, ne sentait plus ses muscles, mais il se força pourtant à ne pas tourner son visage sur la droite, car il avait peur d'être déçu. Peur que la voix qu'il ait entendue soit une illusion.

– Comment tu te sens ? demanda Narcissa qui semblait faire le tour de son corps avec sa baguette.

– Moyen, reconnut Sirius.

Il se sentait vraiment nauséeux, mais c'était une sensation qu'il n'avait jamais ressentie de sa vie. Il se sentait assez vide, assez mal, tout était douloureux, surtout la partie droite de son corps, mais il savait pourquoi.

Il se souvenait du sortilège de Bellatrix qui l'avait propulsé contre le mur et la douleur qui l'avait fait tomber dans les prunelles.

– Harry ? demanda immédiatement Sirius les yeux écarquillés.

– Il est en vie, répondit Narcissa avec un léger sourire. Le Seigneur des Ténèbres est mort. Tout le monde va bien.

Sirius expira de soulagement et, au moment où il sentit une main sur son épaule, il se tourna.

Il croisa le regard sombre et intense d'Ornella Zabini et il sut qu'il n'avait pas halluciné. Elle se trouvait bien devant lui. Elle le touchait, elle était bien .

– Que... qu'est-ce que... tu fais là ? balbutia Sirius qui était tellement surpris qu'il se demandât si le maléfice de Bella ne lui avait pas donné des hallucinations.

Mais surtout, il n'était pas en état pour retrouver la femme de sa vie. Il se sentait sale, il devait avoir du sang partout, il se sentait maigre, diminué. Même s'il s'était remis d'Azkaban, il n'était plus le même qu'avant. Maigre, fatigué... Un vrai Spectre de la Mort...

Alors qu'Ornella était comme il l'avait toujours connue : magnifique, classe, impressionnante. Il se demanda pourquoi elle était là alors qu'elle aurait dû tourner les talons en voyant ce qu'il était devenu...

– Je suis venue voir mon fils et te voir, répondit Ornella comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

– Elle t'a veillé toute la semaine, indiqua Narcissa avec un sourire en coin.

– La semaine ? répéta Sirius les yeux écarquillés. Je suis là depuis une semaine ?

– Eh oui, cousin. Tu as beaucoup à rattraper. Sinon tu sembles aller très bien, plus aucune trace du sortilège de Bellatrix.

Sirius se félicita d'avoir effectué un rituel de sang avant de partir se battre. C'était sans doute cela qui lui avait sauvé la vie.

– Par contre...

Narcissa prit une inspiration tendue et Sirius leva les yeux au ciel.

– Je suis en vie, tu ne peux rien m'annoncer de pire, marmonna Sirius.

– Tu es gravement blessé au niveau de la hanche. Je t'ai placé dans un coma magique pour que ton sang et ta Magie puissent se régénérer, mais tu vas devoir rester allongé un bon moment. Je ne sais pas si tu pourras marcher normalement, après ça.

Sirius accusa le coup en hochant simplement la tête. Il était en vie. Harry était en vie. Voldemort était fini. C'était tout ce qui comptait, finalement.

– Je vais vous laisser, dit Narcissa en posant une main sur son épaule comme un signe de soutien. Je dois aller voir les autres.

– Les autres ? demanda Sirius en se tournant vers Ornella.

– Certains ont été blessés.

– Oh, je vois... murmura Sirius l'air dévasté.

Il s'en voulait presque d'avoir été incapable de finir la Bataille. Il avait été stupide de provoquer Bellatrix et de la laisser lui envoyer ce sortilège. Il savait qu'il aurait pu mourir et qu'il avait mis les autres en danger.

Mais tout avait été si confus... Il ne savait même pas ce qu'il s'était passé pendant la Bataille. Il se souvenait avoir aidé Harry, à un moment, avant de se précipiter vers Bellatrix quand elle avait tué...

– Tonks... murmura Sirius la voix brisée.

– Je suis désolée, dit Ornella en soupirant. Fol Œil et Tonks ont été enterrés hier.

Ce qu'il entendait était difficile à comprendre, il ne réalisait pas vraiment. Sa petite-cousine était morte. Il n'osait pas penser à l'état d'Andromeda à ce moment précis. Tonks qui était si jeune, si drôle... Sa vie s'était terminée. Assassinée par Bellatrix.

– Où est Bellatrix ? demanda Sirius inquiet à l'idée que sa cousine ait pu s'en sortir.

– Elle a été arrêtée comme tous les autres Mangemorts, sourit Ornella. Il se trouve que c'est ton filleul qui l'a arrêté, ainsi que son ami Londubat.

Sirius sourit fièrement à l'entente de ces mots, même s'il était un peu inquiet. Narcissa lui avait dit que Harry allait bien... mais avait-il été blessé ? Après tout, Bellatrix était une sorcière redoutable et il était évident qu'elle s'était bien défendue avant de se laisser arrêter.

– Mais pourquoi est-ce que tu es là ? murmura Sirius soudain frappé par sa présence.

– Je te l'ai dit, je suis là pour te voir, dit Ornella en le regardant comme s'il était fou.

– Je suis un criminel.

– Et le dragon met la grenouille dans le paquet de Chocogrenouille ?

Sirius éclata de rire, avant de grimacer en sentant son côté droit douloureux. Entendre la si parfaite Ornella utiliser l'une des expressions de leur adolescence le rendait nostalgique, mais en même temps heureux. Elle n'avait pas tant changé que ça. C'était toujours la même femme dont il était tombé amoureux il y a des années.

– Sirius, dit-elle d'un ton plus sérieux et changeant complètement de sujet. Est-ce que tu penses que j'ai tué mes maris ?

– Je pense que oui, répondit honnêtement Sirius, mais je sais que tu l'as fait pour te défendre.

Il y avait longtemps réfléchi, pendant qu'il était chez les Greengrass. Il avait aimé Ornella, follement. C'était la femme de sa vie et il en était certain. Mais ils avaient dû se séparer, après qu'il ait quitté la famille des Black, pour ne pas la mettre en danger.

Quoi qu'il se soit passé entre eux, pourtant, Sirius n'avait jamais cessé de lui faire confiance. Il n'avait jamais pu penser qu'elle avait tué ses maris intentionnellement, dans le but de tuer. Ornella avait toujours été une femme d'apparence froide, mais au grand cœur.

– Si tu me connais autant, tu penses bien que je sais que tu n'as pas trahi Lily et James, ajouta Ornella en riant légèrement.

– J'espère qu'ils ont eu mal, murmura Sirius qui leva sa main pour caresser le visage d'Ornella. Je ne peux pas imaginer que tu aies souffert avec eux.

– Ne t'en fais pas pour moi, j'ai survécu, dit Ornella avec un sourire triste. Il faut croire que je n'ai jamais réussi à choisir d'époux convenable. À l'exception du père de Blaise, un homme charmant. Malheureusement, il a eu un accident qui n'était pas de mon fait.

Sirius soupira légèrement en comprenant qu'Ornella avait dû vraiment souffrir pour en venir à tuer ses époux. Mais, lui, savait à quel point les hommes Sangs-Purs pouvaient être menaçants et terrifiants. Lui, il s'en fichait bien de ce qu'elle avait fait avant. Tout ce qu'il savait c'est qu'il n'avait cessé de penser à elle pendant son emprisonnement et que leur séparation avait été son plus grand regret. Il aimait Ornella, même dix-sept ans plus tard.

– Tu m'as manqué, murmura Sirius alors que le visage d'Ornella s'étirait en un sourire resplendissant.

– Assez pour m'inviter à dîner ?

– Tu veux de moi, même si je suis à moitié cassé ? s'étonna Sirius.

– Au moins tu ne pourras pas me faire de mal, ironisa Ornella alors que Sirius souriait comme si elle venait de lui apporter la Coupe du Monde de Quidditch.

– Si je suis innocenté, on pourra s'arranger pour un restaurant, fit Sirius en tentant de garder un air cool alors qu'il bouillonnait d'impatience et qu'il n'avait qu'une envie, l'embrasser.

– Tu le seras, promit Ornella en souriant d'un air énigmatique. Ton avocat fait toutes les démarches pour cela et il se trouve que ce charmant Severus a réussi à emprisonner Pettigrow avant qu'il ne se transforme de nouveau.

Sirius écarquilla les yeux, un peu sous le choc de l'accumulation d'informations. Depuis quand avait-il un avocat ?

Mais surtout Severus avait fait ça pour lui. Il avait cherché à l'aider. Bien sûr, c'était dans une optique évidente de séduire Regulus, mais cela lui allait, si cela lui permettait d'être innocenté !

– Combien de temps tu rest...

– SIRIUS !

Sirius fut interrompu par un cri de joie qui le fit sourire. Harry se trouvait face à lui et semblait lutter contre lui-même pour ne pas sauter sur son parrain en hurlant son bonheur de le voir réveiller. Cela remplit le cœur de Sirius de joie, à l'idée de voir son filleul aussi heureux de le voir en vie.

– Tu es réveillé ! s'écria Harry en s'approchant de lui. Bonjour Ornella.

– Harry, tu es bien en forme aujourd'hui, remarqua Ornella en souriant.

– Vous avez déjà fait connaissance, releva Sirius, un peu surpris.

Ornella était d'ordinaire assez froide avec tous les garçons qu'elle croisait, adolescent ou adulte. Qu'elle prenne la peine d'appeler Harry par son prénom était plutôt stupéfiant.

– Je suis là depuis une semaine, rappela Ornella. Et Harry sort avec ce charmant Draco, comment ne pas les adorer tous les deux ? Ils sont charmants.

– Je me disais bien, c'est Draco que tu veux séduire, ironisa Sirius.

– Elle l'aime bien uniquement parce qu'il lui faisait penser à toi, répondit Harry avec un sourire malicieux.

– Mr Potter ! s'offusqua Ornella en rosissant. Un gentleman ne révèle jamais le secret d'une dame.

– Pardon, dit Harry en cachant habilement son envie de rire. Comment tu te sens parrain ?

– Vieux ? fit Sirius en haussant les épaules. Qu'est-ce que j'ai manqué ?

– Draco et Harry se sont mariés devant la Magie, lâcha Ornella alors que Harry se prenait la tête entre les mains comme s'il n'en revenait pas qu'elle ait dit une telle chose.

– QUOI !? s'exclama Sirius en se tournant vers son filleul. Prends une chaise et raconte-moi tout.

– Tout... tout ? demanda Harry.

– Absolument tous les détails, du moment où tu es arrivé au Ministère à ce moment précis.

Et Harry s'attela à la tâche, bientôt rejoint par un Draco lumineux, qui s'efforça de miner toutes les actions et de se battre pour de faux contre un Neville un peu gêné, reconstituant toutes les scènes avec une précision hors du commun, sous les rires d'Ornella et de Sirius happés par leur reconstitution.

Tout au long du récit des garçons, la main d'Ornella serra celle de Sirius.

Comme si c'était sa place depuis toujours.

.oOo.

Sirius était à peine revenu de son coma d'une semaine qu'il vit partir Luna, Theo, Neville, Blaise, Miles, Millicent, Fred et George à Poudlard, où ils étaient attendus par le château pour donner des informations plus concrètes sur la Bataille et rassurer tous leurs amis.

Draco, Neville et Harry avaient eu le temps de lui raconter tout ce qu'il avait manqué, bien que les informations soient parfois confuses ou incertaines, notamment sur le sort de Dumbledore. Mais Sirius savait qu'il lui faudrait quelque jour pour tout comprendre et tout assimiler. Il sortait d'un coma magique, après tout, et tout restait flou dans son esprit.

– Et tu es certain que c'est Remus qui a donné l'information à Fudge ? demanda Sirius à Regulus pour la énième fois.

– Puisque je te le dis, dit Regulus en levant les yeux au ciel.

– C'est gentil de sa part, reconnut Sirius en s'appuyant sur son frère pour marcher.

– Comment tu te sens ?

– Comme un vieillard qui aura besoin d'une canne pour marcher toute sa vie, ironisa Sirius.

– Tu n'en auras pas besoin, dit Regulus qui semblait touché.

– Après ce que je vais faire, si, et tu le sais bien.

Regulus se mordit la lèvre inférieure, clairement partagé. Mais Sirius avait une idée en tête et il était impossible de le faire changer d'avis.

Les deux frères pénétrèrent dans l'une des chambres du Manoir Potter. Sirius se figea en voyant le corps de Tracey Davis, tout pâle.

Il n'avait fait que croiser la jeune fille, avant qu'ils ne partent en mission, mais elle était venue lui parler comme à un égal, comme s'il n'était pas un criminel en fuite. Il l'avait trouvé adorable, très vive, mais surtout très douée en Défense.

Après tout, c'était elle qui avait mis à terre Edward Nott, un puissant Mangemort. Malheureusement, un sortilège l'avait touché alors qu'elle ne faisait pas attention. Et ce maléfice pouvait clairement lui coûter la vie. Sirius était même étonné qu'elle soit encore en vie, une semaine après.

– Salut Daphné, dit Sirius en voyant la blonde assise aux côtés de sa meilleure amie.

Daphné lui lança un maigre sourire, les joues remplies de larmes. Jamais Sirius ne l'avait vue comme ça. Daphné était toujours Daphné. La parfaite petite Greengrass, bien habillée, polie et gentille. Mais là... Elle semblait avoir vu la mort et c'était sans doute ce qu'il s'était passé.

Daphné avait vu sa sœur se faire torturer, avant de voir sa meilleure amie se vider de son sang et quasiment mourir.

Sirius lui-même, en regardant Tracey, se demanda comment elle pouvait encore tenir en vie. Il savait, par Narcissa, qu'elle l'avait recousu pour empêcher l'hémorragie, avant de la mettre dans un coma pour figer son état, lui permettant de tenir encore quelques jours.

Malheureusement, le sang de Tracey ne se régénérait pas et elle semblait aussi pâle qu'un fantôme, presque morte, ses cheveux bruns faisant comme une force d'auréole autour d'elle.

– Sirius, est-ce que tu sais ce que tu fais ? demanda Narcissa qui venait d'entrer dans la chambre et qui le regardait avec un mélange de pitié et de fierté.

– Oui, répondit Sirius d'un ton assuré.

Il n'avait même jamais été aussi sûr de lui. Cette petite allait mourir, il venait de le comprendre en la voyant. Et il était le seul qui pouvait la sauver.

– Qu'est-ce que vous faites ? demanda Daphné qui comprit que quelque chose se passait quand Narcissa sortit des potions et des ustensiles médicaux.

– Tracey a perdu beaucoup de sang, Daphné, expliqua Regulus d'une voix calme alors que Sirius s'asseyait à côté de la jeune fille. Pour le moment, sa Magie n'arrive pas à compenser. Elle est en train de mourir.

Daphné posa ses mains sur sa bouche pour s'empêcher de crier.

– La seule solution, c'est de faire un rituel de sang, ajouta Regulus rapidement.

– On ne pourrait pas simplement lui injecter du sang ? proposa Daphné remise de ses émotions.

– Malheureusement, le sang sorcier est assez complexe, souffla Narcissa. Le risque, c'est que le sang qu'on lui injecte ne soit pas supporté par son corps et qu'elle perde toute trace de Magie.

– Alors, en quoi un rituel de sang est-il différent ? insista Daphné qui se rassit, incapable de rester debout.

– Je vais mélanger mon sang à celui de Tracey, indiqua Sirius en relevant ses manches. Il faut qu'elle s'habitue à mon sang, donc on fait un rituel pour que nos Magies puissent se reconnaître et, surtout, que sa Magie comprenne que je ne suis pas un danger. Ensuite Narcissa prendra mon sang pour l'injecter à Tracey. C'est un rituel obligatoire pour les sorciers.

– Mais pourquoi on ne l'a pas fait avant ? s'horrifia Daphné. Je peux lui donner mon sang, moi ! Je peux l'aider !

Regulus attira Daphné contre lui en la sentant au bord des larmes.

– Tu ne peux pas parce qu'il faut suivre un rituel très précis, qu'il faut une affinité particulière que peu de personnes ont.

– Mais à Sainte Mangouste, ils ne pouvaient pas lui faire ça ? murmura Daphné l'air brisé.

– Malheureusement, non. Ils n'avaient aucun spécialiste et ils ont tous conclu qu'elle avait perdu trop de sang pour tenter quoi que ce soit, lâcha Regulus les mâchoires serrées en repensant au Médicomage qui était venu sans espoir au Manoir Potter. Selon lui, le rituel de sang n'avait que peu d'espoir de marcher, mais c'est surtout parce qu'ils n'avaient pas envie de le faire. Ils n'ont même pas essayé !

– Heureusement pour nous, Sirius peut faire quelque chose, du moins essayer, dit Narcissa avec un sourire crispé.

– C'est risqué ? demanda Daphné en pâlissant.

– Bien sûr que non, dit Sirius d'une voix rassurante bien qu'il sache qu'il lui mentait. Mais tu vas devoir sortir, Greengrass.

– D'accord, merci Sirius ! Merci d'essayer de la sauver ! s'écria Daphné alors qu'elle se penchait pour embrasser Tracey sur la joue. Réveille-toi, pitié, Tracey.

– Tu peux rejoindre les parents de Tracey ? demanda Narcissa. Ils attendent que la procédure se termine pour voir leur fille.

Une fois Daphné partie, Regulus perdit son sourire rassurant pour regarder Sirius avec un sérieux effrayant.

– Sirius, tu sais que...

– Personne ici ne perdra sa meilleure amie, encore une fois, coupa Sirius d'une voix tranchante.

Il croisa le regard de son frère, qui sembla le comprendre. Sirius se fichait bien des conséquences. Il voulait que cette petite vive. Elle n'avait que quinze ans. Elle ne pouvait pas mourir !

Surtout que c'était la meilleure amie de Daphné et que Sirius, qui s'était attaché à elle, ne pouvait pas la voir traverser la même chose que Regulus, Rosalie, Severus et lui avaient vécu. Elle ne pouvait pas mourir comme Lily...

Il y avait eu assez de morts comme ça à cause de Voldemort.

– Tu ne pourras plus te transformer en Animagus, dit Narcissa comme si elle cherchait à lui faire changer d'avis une dernière fois.

– Et ma hanche ne guérira pas puisque ma Magie sera trop faible pour m'aider, oui, je le sais, Cissy, dit Sirius d'un ton assuré. Mais je le fais, c'est non-négociable.

– Très bien, soupira Narcissa avant de se tourner vers Regulus. Tu nous fais une protection magique ? J'aimerai éviter que les vagues de Magie de Sirius n'emplissent le Manoir Potter.

– Tu fais bien, j'ai tellement de Magie en moi que le Manoir pourrait s'effondrer, ajouta Sirius avec prétention.

– C'est plutôt ta grosse tête qui le ferait, ironisa Narcissa.

Les trois Black se mirent à rire, plus par anxiété, que par réelle envie de rire. Mais cela faisait terriblement du bien de se détendre et de souffler, avant qu'ils n'attaquent le rituel.

– C'est parti, murmura Sirius en attrapant un poignard, en ouvrant la paume de sa main, avant d'entailler celle de Tracey et de les coller l'une à l'autre. Sanguis.

Les deux paumes se mirent à luire, alors que le sang de Sirius et Tracey se mélangeaient. Sirius savait que le moment le plus délicat arrivait après la première confrontation.

Le sang de Tracey, déjà faible, pouvait créer une décharge magique qui pouvait tuer la jeune fille, comme une dernière bataille avant que la Magie ne cesse.

Sirius savait qu'il devait attendre le dernier moment, mais la Magie de Tracey le heurta de plein fouet, se défendant contre l'intrusion.

Il lutta le plus longtemps qu'il pouvait, tenant la main de Tracey si fort que ses jointures devinrent blanches. Sa main ne piquait plus, elle brûlait. Il n'avait qu'une envie, retirer sa main, il avait presque peur d'en garder des cloques à vie, tant la brûlure était intense.

Mais il devait tenir... Il sentait que la Magie de Tracey résistait encore un peu et il devait être certain qu'elle l'accepte parfaitement. Il ne devait faire qu'un avec elle.

Sinon, le sang qu'il lui donnerait ne lui permettrait pas de la sauver, bien au contraire. Un rituel de sang mal exécuté pouvait tuer la personne dans d'affreuses souffrances.

– Sirius... dit Regulus d'une voix inquiète.

Le rituel, bien qu'intense, n'était pas supposé durer aussi longtemps. Sirius aurait déjà dû lancer la prochaine formule, mais il sentait qu'il devait attendre encore un peu. La Magie de Tracey résistait.

Il aurait dû le savoir. Même à l'approche de la mort, la Magie d'un adolescent était beaucoup plus intense et magique que celle des adultes. Il devait tenir. Il fallait que la Magie de Tracey comprenne qu'il n'était pas un ennemi, qu'il était là pour l'aider. Il fallait que leurs Magies se connectent pour qu'il puisse avancer dans le rituel.

– Fais-le maintenant où tu vas mourir ! s'écria Regulus.

Sirius se sentait déjà partir, mais il eut la force de prononcer la dernière incantation, quand il sentit, enfin, le petit scintillement dans sa paume, comme un accord de la Magie de Tracey :

Unitatis...

Sirius souffla de soulagement quand il vit leurs deux paumes se mettre à scintiller d'une lueur écarlate, ce qui signifiait que tout avait parfaitement bien marché. Leurs sangs étaient à présent liés et Sirius sentit à peine Narcissa lui planter une aiguille dans l'épaule.

– Repose-toi, murmura Regulus la voix cassée quand Sirius tomba dans les prunelles, au moment où Narcissa préleva son sang.

Tout ce qu'il espérait, c'était que cette transfusion de sang magique suffise pour que Tracey s'en sorte.

.oOo.

– À ton tour, Harry, dit Lucius en se positionnant bien sur ses appuis.

Expelliarmus !

Lucius vit le sortilège rouge fuser sur sa poitrine et son souffle se coupa quand il fut projeté contre le mur derrière lui et que sa baguette sauta de sa main pour atterrir dans la main tendue de Harry qui écarquilla les yeux.

– Papa, ça va ? demanda Draco en lui tendant la main pour l'aider à se relever.

– Parfaitement bien, dit Lucius qui n'osait pas dire que son dos avait violemment heurté le mur et qu'il risquait d'avoir une contusion. Le sort n'était pas si fort que ça, Potter.

Draco laissa échapper un ricanement moqueur, comme s'il avait parfaitement compris que son père avait eu mal et avait été surpris par la violence de l'attaque.

– Pardon, dit Harry en rougissant. J'ai mal dosé mon sortilège.

– C'est normal, fit Lucius d'un ton plus rassurant. Vous avez une Magie un peu plus fluctuante tous les deux, surtout toi Harry. Sans l'Horcruxe elle avait déjà été chamboulée, mais c'est encore différent aujourd'hui.

– Combien de temps il va nous falloir pour faire de la Magie comme avant ? demanda Harry en s'essuyant le front.

– Quelques semaines, voire mois, admit Lucius. Mais vous vous maîtrisez assez bien, il faut simplement mieux doser vos sortilèges.

Lucius leur lança un sourire rassurant.

– Miss Weasley, vous êtes prête ? demanda Lucius en faisant un signe à la rousse.

Il aurait dû se méfier de son sourire malicieux, puisqu'elle lui envoya sort sur sort, d'un niveau bien supérieur aux sortilèges appris en quatrième année.

– Je pense que ça suffit, conclut Lucius qui avait pu évaluer leurs niveaux depuis quelques jours. Je pense que vous n'aurez pas besoin de vous entraîner plus en Défense, Miss Weasley.

– Ça veut dire que j'ai un niveau supérieur à la moyenne, se vanta Ginny sous les rires de Harry.

– Rêve toujours, Weasley, fit Draco en souriant à son tour.

Lucius vit du coin de l'œil que Severus les observait de loin, le nez plongé dans un ouvrage ennuyeux. Regulus était au travail et Severus errait dans le Manoir Potter comme une âme en peine, ce qui donna une idée à Lucius.

– Miss Weasley, je crois que vous pouvez aller étudier les Potions avec Severus.

Ginny laissa échapper un cri de joie manifeste et se précipita vers Severus en le bombardant de questions. Severus sembla surpris, avant de se laisser aller à l'un de ses rares sourires et d'entraîner Ginny à sa suite pour lui apprendre "l'art délicat des potions".

– Et nous, on ne peut pas aller avec Severus ? demanda Draco qui semblait triste à l'idée de ne pas avoir de cours de Potions.

– Je veux simplement que vous appreniez à travailler ensemble, expliqua Lucius. Avec vos Magies qui se sont mélangées, vous devez apprendre à doser vos sortilèges.

– Moi ça me va, confirma Harry en lançant un Patronus avec une facilité déconcertante.

Draco et Lucius observèrent le cerf qui se baladait tranquillement dans la salle d'entraînement du Manoir Potter avec une certaine émotion. Le Patronus était l'essence même du sorcier, de la pure Magie. Et Lucius avait bien vu que le Patronus de Harry était beaucoup plus étincelant depuis que lui et son fils avaient mélangé leurs Magies.

– Frimeur, siffla Draco en lançant à son tour son Patronus en forme de chaton dans la salle.

Le cerf et le chaton tournoyèrent ensemble quelques instants, avant de s'évanouir en comprenant qu'il n'y avait aucun danger.

– Calmez-vous. On va arrêter là pour aujourd'hui, si vous voulez, proposa Lucius.

Lucius avait accepté d'entraîner et de faire réviser les enfants qui étaient restés au Manoir Potter avant qu'ils ne retournent à Poudlard. Ils ne devaient pas prendre trop de retard, notamment pour les cinquième année qui préparaient leur BUSE.

Il s'occupait principalement de l'aspect pratique et faisait réviser Ginny, Draco, Daphné et Harry, les seuls capables de se lever et de s'entraîner magiquement.

Severus, qui était resté au Manoir s'occupait de donner des cours de Potions, mais également de s'assurer qu'Astoria reste au niveau, ne pouvant toujours pas se lever.

La jeune fille était encore un peu faible, mais travaillait d'arrache-pied pour rattraper son retard et éviter de penser à ce qu'il s'était passé. Ginny restait souvent avec elle pour travailler, lui permettant de se changer les idées et de rire comme avant.

– Je vais aller travailler sur mes Potions, annonça Draco en attrapant son livre et en se précipitant vers l'endroit où Ginny et Severus avaient disparu.

– Quelle idée, marmonna Harry qui semblait avoir du mal à quitter la salle d'entraînement.

Lucius l'avait vu s'entraîner encore et encore, pour maîtriser le plus possible et appréhender sa Magie, mais il avait du mal à se concentrer assez pour travailler sur la théorie, qui lui serait pourtant nécessaire pour passer ses BUSE.

Lucius savait que Harry travaillait avec les autres et, notamment, Hermione qui s'était réveillée et révisait toute la journée, mais ce n'était pour cela que le garçon avait envie de s'y mettre. Lucius pouvait le comprendre. Ron était encore sous le choc de sa nouvelle apparence, Tracey se réveillait tout juste de son coma et Sirius passait son temps à dormir pour se remettre du rituel.

Mais, au moins, le rituel avait été un succès, il fallait le dire. Au moment même où Sirius s'était évanouit, Narcissa avait injecté le sang à Tracey qui avait commencé à reprendre des couleurs.

Son corps avait parfaitement assimilé la transfusion. Elle avait mis quelques jours avant de se réveiller, mais elle était aujourd'hui en forme, Daphné restant à son chevet pour la distraire et s'assurer qu'elle aille bien.

– Il me semble que Ginny, Daphné et Astoria repartent pour Poudlard demain, dit Lucius qui sentait que Harry avait envie de discuter.

– Eh oui, soupira Harry en haussant les épaules. Elles vont toutes les trois bien et il faut qu'elles y retournent. Daphné voulait rester avec Tracey, mais comme elle va mieux, je crois que Rosalie et Caleb ont insisté pour qu'elle reparte. Heureusement qu'on peut rester là avec Draco, je n'avais pas envie de retourner à Poudlard sans Ron, Hermione et Tracey.

– Je crains que Mr Weasley ne reste un long moment ici, dit Lucius l'air plus sombre. Ainsi que Miss Davis. Ils ont tous les deux soufferts.

Ces deux petits allaient mettre du temps à s'en remettre, c'était évident.

– Mais comment est-ce qu'ils vont faire pour leur BUSE ? s'horrifia Harry.

– Rosalie s'est arrangée avec Poudlard et le Ministère, expliqua Lucius. Ils passeront leurs examens à la fin de l'été, pour avoir le temps de réviser et de se remettre de leurs blessures. Cela n'a posé aucune difficulté, évidemment.

– Oh, c'est une bonne chose, confirma Harry.

Lucius s'inquiéta légèrement en le voyant, les traits tirés, le regard dans le vague, mais c'était tout à fait normal. Harry avait vu ses amis souffrir, presque mourir s'agissant de Tracey et sa Magie avait changé. Tout avait changé.

– Est-ce que tu veux encore t'entraîner ? demanda Lucius.

– Pas vraiment. C'est juste que...

Harry soupira et s'installa sur l'un des fauteuils, en nouant et dénouant ses doigts, comme s'il cherchait comment évoquer un sujet difficile.

– Est-ce que vous vous êtes senti épuisé après le mélange de Magie avec Narcissa ? demanda finalement Harry.

Et Lucius sourit, parce qu'il se demandait quand Harry oserait lui poser la question. Un mélange de Magie était, en soi, quelque chose d'incroyable et d'assez rare. Mais à un si jeune âge, c'était presque impossible à croire.

– Il m'a fallu une bonne année pour m'adapter, reconnut Lucius. Bien sûr Narcissa n'en sait rien, mais c'est assez... étouffant parfois. Pour les Black, le mélange de Magie leur permet de se sentir plus calme. Mais pour nous, les pièces rapportées, c'est un véritable changement. Tu dois t'adapter à la Magie de Draco, la supporter, assimiler une nouvelle puissance magique, et il a aussi les inconvénients. Ressentir ce que l'autre ressent, être proche et parfois loin, c'est indescriptible.

– C'est exactement ça ! s'écria Harry l'air ravi qu'il le comprenne. Je me sens juste perdu. Et... comment dire ?

– Submergé ? proposa Lucius.

– Oui, comment est-ce que vous savez ça ?

– Je suis passé par là aussi, Harry, indiqua Lucius en s'installant à son tour sur l'un des fauteuils. C'est une nouvelle vie qui commence et c'est aussi pour cela que, d'ordinaire, les mélanges de Magies se font à l'âge adulte, pour prendre conscience des avantages et des inconvénients. Tu devrais parler à Draco de tout ça.

– Mais je l'aime. Je ne veux pas qu'il pense que je regrette, dit Harry en se mordillant la lèvre.

– Draco sait que cette expérience peut être difficile à vivre, au début. Et, je te le rappelle, tu as aidé mon fils avec ta Magie quand il n'allait pas bien, c'est à son tour de le faire.

– Qu'est-ce que je peux faire, en attendant ?

– Passer du temps avec Draco, c'est pour ça que vous êtes tous les deux ici et que Draco n'est pas retourné à Poudlard, expliqua Lucius. Vous allez continuer à vous entraîner ensemble pour progresser et, tu verras que dans quelques semaines, cela deviendra plus simple pour toi.

– Et vous arrivez à savoir comment va Narcissa à distance ? demanda Harry les yeux remplis de questions.

– Je vois. Tu ne sais vraiment rien à ce sujet, ricana Lucius sans volonté de se moquer.

Il était toujours surpris que Potter, lui parmi les autres, n'ait aucune idée de ce qu'était le mélange de Magie. Il avait été élevé par des moldus, après tout. Mais cela surprenait toujours Lucius qui avait toujours vu les Potter comme une grande famille de Sang Pur, respectant les traditions magiques.

– Mais pour te répondre, tout dépend des couples. Narcissa et moi ne ressentons pas les mêmes choses que Severus et Regulus. C'est à toi de voir comment ça va évoluer. Mais oui, tu ressentiras forcément si Draco a de fortes émotions, si vous êtes séparés trop longtemps, votre Magie pourra être plus fluctuante, mais dans l'ensemble vous trouverez un équilibre tous les deux, au fur et à mesure du temps. Les mélanges de Magie restent propres à chacun, vous trouvez tous les deux votre propre équilibre.

– Et s'il... comment dire...

Harry rougit jusqu'à la racine des cheveux, mais Lucius n'avait pas besoin qu'il termine pour savoir ce qu'il voulait dire.

– Harry, tu sais qu'avec ce mélange de Magies, vous allez avoir une puissance magique supérieure, vos Magies vont s'équilibrer, vous serez de meilleurs sorciers, ensemble. Mais ces avantages ont aussi leurs inconvénients, et celui-ci en fait partie. Je ne sais pas ce qu'il peut se passer si vous vous séparez d'un commun accord, mais si l'un de vous décède, il est évident que l'autre, soit le suivra, soit perdra une partie conséquente de Magie.

– D'accord, dit Harry d'une voix posée.

– Tu réagis plutôt bien, remarqua Lucius. Je sais que d'ordinaire, il faut des années pour réfléchir à une telle chose.

– Je voulais que Draco survive, affirma Harry. Et je suis content, depuis qu'on a fait le mélange... Je me sens mieux, Draco est mieux, on va mieux.

– Tu penses que ça t'a aidé toi aussi ? demanda Lucius.

Pour sa part, le mélange de Magies avec Narcissa n'avait eu que pour effet principal d'apaiser celle de Narcissa et de rendre leurs Magies plus puissantes.

– C'est évident, répondit Harry d'un ton assuré. Depuis que l'Horcruxe... Depuis que Regulus m'a aidé, je me sentais un peu déphasé. J'avais du mal à me concentrer, je me sentais vide. Comme si une partie de moi n'était plus là, comme si j'étais incomplet.

– Et le mélange de Magies a comblé ce vide, compléta Lucius impressionné.

– Je pense. En fait, la Magie de Draco m'a aussi équilibré, je ne sais pas si c'est normal, mais c'est pour ça que je disais qu'on allait mieux, tous les deux.

– C'est intéressant, reconnut Lucius. Au final ce mélange de Magie est bénéfique pour votre équilibre magique. C'est un effet assez fort et unique. Tu es un peu rassuré ?

– Je voulais juste savoir dans quoi je m'engageais, ajouta Harry avec un sourire en coin. Merci pour ces conseils.

– Tu pourras en discuter avec Regulus, si tu as d'autres questions. Il a fait des recherches sur ce genre de Magie toute sa vie et je crois qu'ils ont un lien bien plus fort avec Severus. Tu l'as vu lors de la Bataille, ils savent où se trouve l'autre sans même avoir besoin de se parler.

– Merci Lucius, dit sincèrement Harry au moment même où Draco revenait dans la salle d'entraînement.

– Potter, tu es attendu en haut. Je crois que Rosalie veut s'assurer que tu es toujours en vie, ironisa Draco en s'accoudant sur la porte.

– J'y vais avant qu'elle ne retourne le Manoir à ma recherche, souffla Harry en jetant un sourire sincère à Lucius avant de passer aux côtés de Draco et de l'embrasser rapidement sur les lèvres.

Draco et Lucius se regardèrent un court instant, semblant attendre que Harry se soit éloigné, avant que son fils n'étire son visage en un sourire amusé.

– Alors, tu as donné tous tes conseils à Harry sur le mélange de Magies ?

– Comment tu le sais ? s'étonna Lucius avant de froncer les sourcils. J'ose espérer que tu n'écoutais pas à la porte.

– Bien sûr que non. Je savais que Harry n'allait pas si bien que ça et qu'il allait venir t'en parler.

– Il aurait pu en parler à Regulus.

– Regulus travaille, opposa Draco. Et il est préoccupé par plein de choses. Harry n'aurait pas voulu le déranger.

– Alors que moi, je ne fais rien de mes journées, compléta Lucius avec ironie.

– Tu ne peux pas vraiment le nier, s'amusa Draco. Mais alors, est-ce qu'il va bien ?

– Harry va très bien, confirma Lucius. C'est un chamboulement, il a besoin de temps pour s'adapter. Comment est-ce que toi tu te sens ?

– Mieux que je ne l'ai jamais été, dit Draco en lui lançant un sourire resplendissant. Je ne ressens presque plus les Magies des autres. Je suis vraiment calme, apaisé. C'est très reposant. C'est incroyable, même. Je ne pensais pas être aussi calme un jour.

Et Lucius devait le confirmer, Draco était vraiment en forme depuis qu'ils avaient échangé leurs Magies avec Harry. Narcissa, elle-même, n'avait plus rien trouvé à reprocher à Harry quand elle avait vu Draco le lendemain de la Bataille.

Après l'avoir vu prêt à mourir, c'était un Draco étincelant qui était revenu à eux. Il avait perdu ses traits crispés, il n'avait plus ses mâchoires serrées quand la Magie autour de lui était trop intense, il n'avait plus les épaules tendues, il avait le teint moins blafard, ses cheveux étaient beaucoup plus brillants.

En réalité, c'étaient de petites choses, infimes, que peu de personnes pouvaient vraiment remarquer, mais que Lucius et Narcissa, les parents de Draco, avaient immédiatement vu.

Draco allait mieux et ils en étaient soulagés. Il ne semblait plus subir sa Magie, mais la maîtriser. Ce qui était incroyable.

Car, d'ordinaire, les sorciers faisant un mélange de Magie avaient besoin de temps pour s'adapter.

Si Harry avait du mal à s'adapter aux conséquences, sa magie et celle de Draco étaient déjà fusionnelles. Ils avaient une puissance magique plus importante, quelque chose de plus lumineux en eux et entre eux.

Le mélange de Magie avait été un succès et Lucius se doutait que le sauvetage de Harry y était pour quelque chose.

Il avait fait ce mélange de magie par pur amour, une dévotion, un dernier acte de passion qui avait sauvé Draco. De l'ancienne magie, comme Lily avait protégé Harry au péril de sa vie.

Les deux garçons s'étaient liés à la vie et à la mort par cet acte de pur amour et cela ne pouvait que les rendre plus forts.

– Nos Magies se liaient déjà, exposa Draco qui semblait lire dans ses pensées. À la Bataille, quand on lançait des sorts ensemble, ils fusionnaient déjà.

Lucius haussa un sourcil, comprenant que le mélange de Magie avait peut-être eu un précurseur. Malgré tout l'amour qu'il portait à Narcissa, jamais leurs sorts ne fusionnaient comme Draco et Harry.

Severus et Regulus non plus, même s'ils avaient une manière de communiquer interne qui leur permettait de savoir où était l'autre, sans avoir besoin de parler, et qu'ils étaient capables de se battre en duel d'une manière si synchronisée que s'en était hypnotisant.

– Chacun est différent, remarqua Lucius. Votre force c'est sans doute de pouvoir faire de la Magie ensemble. C'est assez fort.

– Je trouve aussi, confirma Draco avec un sourire triomphant. Je suis vraiment heureux, papa.

– Je suis content pour toi mon fils, dit Lucius qui n'y tenant plus fit deux pas pour prendre Draco dans ses bras. J'ai eu si peur de te perdre.

Draco se tendit et le serra à son tour, comme pour lui prouver qu'il était toujours en vie.

– Est-ce que tu penses que Harry le regrettera un jour ? murmura Draco les yeux fermés.

– Draco, dit Lucius en posant ses mains sur ses épaules. Ce que vous avez, toi et Harry, c'est plus fort que tout. Alors je ne te dis pas que tout sera parfait. Oui, vous allez vous disputez, parce que vos relations seront encore plus intenses qu'avant et que vous avez tous les deux un caractère de dragon.

– L'un plus que l'autre, marmonna Draco en rougissant.

– Oui, parfois ça sera compliqué pour tous les deux d'avoir cette connexion. Mais le reste du temps, Draco, je t'assure que l'amour sera toujours là. Vous aurez toujours ce mélange de Magie pour vous relier. Une partie de Harry t'appartient et inversement. Et rien ne pourra changer ça. Et je peux t'assurer que jamais Harry ne le regrettera. Tu ne l'as pas vu quand... Quand il t'a vu sur ce lit... Je pense que, si tu étais mort, Harry serait mort avec toi, ajouta Lucius en se souvenant de l'air dévasté de Harry quand il avait vu Draco allongé.

– La Magie ne fait pas les choses au hasard, n'est-ce pas ? dit Draco en fronçant les sourcils. Je veux dire, le fait qu'il calme déjà ma Magie avant, ça voulait bien dire qu'il était fait pour moi, non ?

– Je pense que oui. Bien sûr, tout le monde ne croit pas aux âmes-sœurs sorciers, mais je pense que ça existe. Il faut juste que tu saches qu'un couple reste du travail. Âmes-sœurs ou non, vous aurez toujours des disputes, des moments de doute. La seule différence c'est que vous séparer sera plus difficile que les autres couples.

– Ça me va bien, affirma Draco avec assurance.

– Alors c'est parfait. Mon conseil pour les prochains mois c'est que vous restiez assez proches. Harry aura besoin de ton soutien et de ton calme pour l'apaiser. Il va être très fatigué, entre les derniers évènements et les BUSE qui arrivent, c'est un grand chamboulement pour lui.

– Je serai là pour l'aider, promit Draco avec quelque chose de solennel dans la voix.

– Nous aussi, Draco. Ta mère et moi serons toujours là pour toi. Pour vous deux.

Lucius prit de nouveau Draco dans ses bras en mesurant sa chance de pouvoir le faire. Draco avait été proche de la mort et, lui non plus, il ne l'aurait pas supporté. Draco était son cœur de baguette, Draco était son fils unique, Draco était tout pour lui.

Il était si soulagé de le savoir en vie, de voir que leur famille était en vie.

À présent, Draco devait grandir, trouver la meilleure manière d'être en couple avec Harry et vivre comme si c'était le dernier jour de sa vie pour ne rien regretter.

Lucius, lui, pensait avec espoir à sa retraite avec sa merveilleuse femme qui avait été parfaite durant la Bataille. Il était fier d'elle. Il l'aimait, plus que tout et c'était sans doute pour cela qu'il pouvait affirmer que personne ne regrettait un échange de Magie. L'amour était plus fort que tout.

.oOo.

– Alors ça y est, tes sœurs et ma sœur sont reparties à Poudlard ? demanda Ron en fixant Harry.

Harry soupira en hochant la tête, l'air triste. Harry venait de dire au revoir à Daphné et Astoria, cette dernière pleurant toutes les larmes de son corps à l'idée de partir. Ron l'avait entendu pleurer et il avait eu le cœur serré pour son meilleur ami.

Ron pouvait comprendre que Harry soit triste. Ginny était passée le voir avant de repartir et il avait quasiment pleuré à l'idée de ne plus la voir avant les grandes vacances. Un mois et demi lui paraissait si lointain, mais il savait aussi que c'était nécessaire. Ginny devait finir son année et, si McGonagall avait autorisé les jumeaux à Ginny à venir le voir en utilisant le Portoloin de Harry, il savait aussi qu'il valait mieux qu'ils se concentrent sur leurs études.

– Ça va être beaucoup plus calme, maintenant, remarqua Harry avec un sourire ironique.

– Tu veux dire sans Astoria et Ginny qui se mettent à chanter à tue-tête et Daphné qui rigole avec Tracey comme si elle était sous l'effet d'un sortilège d'allégresse ? ironisa Ron qui ne pouvait masquer son sourire amusé.

Il le regretta bien vite en sentant son visage lui envoyer des décharges de douleur. Il arrivait encore à oublier que son visage et son corps étaient recouverts de cicatrices, qui ne partiraient jamais, qui le défiguraient à jamais. Il avait encore de terribles douleurs et il savait que ça durerait un long moment.

Ron avait eu terriblement peur quand il s'était réveillé, à l'idée d'être devenu un loup-garou. Car il savait à quel point c'était douloureux, chaque mois. Il avait vu la transformation de Lupin une fois et il n'était pas prêt de l'oublier. Il avait prié Merlin pour mourir, plutôt que de devenir un loup-garou.

Mais il n'était pas mort, et il n'était pas devenu un loup-garou (la pleine lune s'était passée hier et il ne s'était pas transformé). Il était simplement défiguré.

Étrangement, Ron l'avait plutôt bien pris, sans doute parce qu'il savait qu'il avait échappé aux transformations une fois par mois et à la mort. C'était évidemment douloureux et il ne supportait pas les regards de pitié ou de dégoût qui se posaient sur lui, mais il préférait ça cent fois à une transformation tous les mois.

Il avait beaucoup discuté avec Narcissa Malefoy qui venait le voir régulièrement pour s'assurer que ses plaies cicatrisent bien. Il savait qu'il aurait toujours des marques, mais il espérait qu'elles finissent par blanchir.

Heureusement, il avait des amis en Gallion. Hermione, depuis qu'elle était réveillée, passait ses journées avec lui, de même que Harry quand il ne s'entraînait pas avec Lucius Malefoy. Ils venaient tous les deux pour lui changer les idées et cela marchait parfaitement bien.

Ron avait aussi la visite de sa famille et cela lui remontait énormément le moral. Il avait eu l'occasion de discuter avec Blaise en lui disant qu'il avait agi sur un coup de tête et qu'il était hors de question que le Serpentard se sente coupable de son état.

Et c'était vrai, ce n'était pas de la faute de Blaise. Il avait fait ça sans réfléchir et il ne pouvait pas le regretter. Jamais.

Surtout quand Ginny était venue le remercier et lui avait tout pardonné, lui disant qu'il était le plus courageux de tous les Weasley, quand Bill lui avait tapoté l'épaule l'air fier, quand tout le monde était venu lui dire qu'il était un héros.

– Je crois qu'on ne va pas regretter les filles qui se racontent les derniers potins de Poudlard, avec Pansy qui communique avec elles par Miroirs, dit Harry avant d'éclater de rire.

C'était ça que Ron appréciait chez Harry. Il ne le regardait pas avec pitié, mais il s'efforçait de trouver les moyens de l'occuper et de le faire rire quand la situation était trop difficile à supporter. Au contraire de sa mère qui continuait de pleurer à chaque fois qu'elle le voyait, comme s'il allait mourir.

Ron avait même dû demander à Narcissa Malefoy d'interdire à sa mère de venir, sinon il menaçait de prendre sa baguette et de lui jeter un sort, ce qui n'était pas recommandé dans son état. Narcissa avait été incroyable et Molly ne venait le voir qu'une fois tous les deux jours, sans jamais pleurer. Il ne savait pas ce que la mère de Malefoy lui avait dit, mais ça avait marché et il n'allait pas s'en plaindre.

– Et voilà les inséparables, marmonna Ron quand Hermione et Draco entrèrent dans sa chambre.

Hermione et Draco s'étaient, étrangement, trouvé des affinités communes. À un point tel qu'ils travaillaient ensemble comme s'ils avaient toujours été amis.

Harry, lui-même, était étonné par leur nouvelle amitié, mais assez soulagé de les voir bien s'entendre. Ron devait admettre que cela faisait plaisir de les voir devenir amis, lui qui avait commencé à apprécier Draco quand ce dernier lui avait demandé de rejoindre son équipe de Quidditch.

Que cela lui paraissait loin à présent... Le moment où il n'avait que le Quidditch dans la tête et l'envie de battre Harry et Ginny. Quand il avait arrêté tous les buts, après avoir été parfaitement coaché par Draco et qu'ils avaient développé ce respect commun, pour Harry.

– Salut Ron, dit Draco alors que Hermione s'approchait de son lit en souriant.

– Comment tu te sens ? demanda Hermione de sa voix mélodieuse.

Ron sourit comme un perdu, car Hermione avait été très présente pour lui depuis qu'il était réveillé. Elle était devenue assez proche de lui, même s'il savait qu'il ne l'intéresserait jamais avec ses cicatrices qui le défiguraient à jamais. Il avait perdu espoir à ce sujet, mais il voulait profiter de tous les moments possibles avec Hermione, avant qu'elle ne retourne dans les bras de Krum.

– Ça va, répondit Ron.

Narcissa l'avait mis en relation avec une psychomage avec laquelle il avait eu l'occasion de parler, il savait qu'il mettrait du temps à se remettre, mais il irait mieux, il le savait.

Mais il ne pouvait pas vraiment dire à Hermione qu'il souffrait énormément, qu'il avait encore du mal à ouvrir les yeux, que, parfois, il aurait préféré mourir plutôt que continuer à s'observer dans le miroir...

Il y avait des jours plus difficiles que d'autres et celui-là en était un, sans doute parce que la pleine lune s'était déroulée hier et qu'il avait souffert à l'idée de se transformer, ses cicatrices le piquant plus que jamais.

Hermione devait le savoir puisqu'elle lui lança une moue étrange, comme si elle pouvait lire à travers lui et comprendre qu'il ne lui disait pas la vérité. Elle lui attrapa la main pour la serrer, envoyant des décharges de bonheur à Ron.

– Et toi, tu vas bien ? demanda Ron.

– Ça va, répondit Hermione.

Et Ron sut qu'elle ne disait pas toute la vérité non plus. Il savait, par Harry, que le sortilège était entièrement parti, mais Hermione ressentait toujours des douleurs. Et, surtout, Narcissa lui avait annoncé qu'elle ne pourrait pas avoir d'enfant.

Ron ne savait pas si c'était une chose que Hermione avait souhaité ou non, mais le simple fait qu'elle perde une chance était assez difficile à entendre pour une fille de seize ans.

Ron lui-même avait du mal à comprendre pour le moment qu'il avait perdu des chances. Avec son physique, sa vie serait moins facile et c'était injuste... Sa vie était gâchée.

Bien qu'il sache qu'il avait bien agi, il savait aussi qu'il lui faudrait du temps pour se remettre d'une telle situation. Défiguré, il ne savait même pas qui voudrait bien l'engager après Poudlard, qui voudrait sortir avec lui ? Il ne voyait pas d'avenir possible pour lui...

Ce jour-là, il aurait préféré rester enfermé sans voir personne, mais ses deux meilleurs amis semblaient savoir qu'il valait mieux lui changer les idées plutôt que de le laisser tout seul et c'était pour cela qu'il aimait tant Hermione et Harry, ils cherchaient à lui changer les idées, à le faire avancer... Et ça marchait, la plupart du temps.

– Ron tu veux réviser avec nous ? proposa Draco qui s'assit à côté de Harry.

– Arhg ! Je me sens si mal, si mal... dit Ron en portant sa main à son cœur, grimaçant faussement, sous les rires de Harry.

– Tu n'échapperas pas aux BUSE, marmonna Hermione en masquant son propre sourire.

– Non, mais je peux échapper aux révisions, quatre mois avant la date, opposa Ron. Tracey dort toujours ?

– Toujours, dit Harry. Je suis passé la voir tout à l'heure, mais elle a besoin de récupérer.

– Ce n'est pas étonnant, un rituel de sang est un rituel très poussé, confirma Hermione avec l'air de quelqu'un qui avait tout lu sur le sujet.

– Donc, révision de Métamorphose ? proposa Draco avec espoir.

– Au secours, murmurèrent Harry et Ron d'une même voix.

Mais heureusement pour eux, Sirius fut leur sauveur quand il arriva dans la chambre à ce moment précis.

– Salut les jeunes, dit Sirius en marchant jusqu'à eux avec sa canne.

Ron avait bien suivi les avancées médicales de tout le monde et il savait que Sirius, bien que très épuisé par le rituel magique avec Tracey, allait bien. Il marchait difficilement, mais il était en vie et pouvait refaire de la Magie avec modération.

– Une partie de jeu de société ça vous tente ? proposa Sirius avec un large sourire.

– On doit travailler, dirent Hermione et Draco.

– Bien sûr ! répondirent Harry et Ron au même moment.

– Vous avez passé votre journée à faire ça, remarqua Sirius en se tournant, l'air triomphant, vers Draco et Hermione. Et puis, vous n'allez pas me refuser ça quand même ? Je suis blessé. Je souffre. Je me meurs, aidez-vous...

– D'accord ! s'écria Draco en levant les yeux au ciel.

– Mais une partie, renchérit Hermione. On a de l'Arithmancie à réviser.

– Pouah, vous êtes les meilleurs élèves de votre année tous les deux, dit Sirius en levant les yeux au ciel. Vous pourriez y aller sans réviser.

Hermione observa Sirius comme s'il était devenu fou, alors que Draco semblait également partagé. Ron éclata de rire en voyant leurs têtes stupéfaites à l'idée de ne pas réviser.

– Choisis le jeu Ron, proposa Sirius en s'effondrant dans un fauteuil, ne pouvant pas rester trop longtemps debout.

– Monopoly sorcier ? dit Ron avec espoir qui avait appris à aimer le jeu depuis qu'il l'avait découvert ici.

– Parfait, confirma Harry en hochant la tête.

– Je vais le chercher, indiqua Draco en se levant.

– Pas besoin, fit Sirius avant de sourire malicieusement. REGULUS ! hurla-t-il alors que l'homme débarquait en courant dans la pièce, l'air inquiet.

– Quoi ? demanda Regulus en regardant Sirius comme s'il allait avoir une attaque. Tu es blessé ?

– On aurait besoin du Monopoly, tu peux nous l'apporter ? demanda Sirius avec un sourire angélique.

Regulus le regarda en hésitant clairement entre le frapper et sourire, avant que Harry n'intervienne pour calmer la situation.

– Tu pourras jouer avec nous comme ça, proposa Harry. Et on te laisse prendre la baguette comme personnage. Sirius aura le troll puisque c'est un idiot.

– Non, pas le troll ! Tu es un filleul terrible ! s'écria Sirius en boudant alors que tout le monde riait.

– Vendu, dit Regulus en tapant dans la main tendue de Harry.

– Moi j'ai quoi ? demanda Ron en fronçant les sourcils.

– Le Souaffle, bien sûr, dit Harry en lui donnant un coup de coude complice dans le bras. Pour le meilleur Gardien de Poudlard.

– Moi je prends le livre ! dit Hermione avec espoir quand Regulus ramena le jeu.

– Le chaudron pour Draco, compléta Regulus en tenant le personnage au blond.

Draco attrapa le pion en forme dragon et le tendit à Harry avec un sourire en coin.

– Ce n'est pas un Magyar à Pointes, mais tu t'en contenteras, Potter.

– Je me contenterai de toi, répondit Harry en haussant les sourcils d'un air suggestif et en se penchant vers son petit-ami.

– Il est interdit de se bécoter à côté de gens malades ! s'écria Sirius en fermant les yeux.

Harry et Draco s'écartèrent, alors que tout le monde riait autour d'eux.

– Allez, joue vieillard, s'amusa Harry en fixant son parrain pour qu'il commence.

– Honneur aux femmes, dit Sirius en désignant Hermione.

– Tu sais qu'elle va tous nous battre, non ? s'amusa Ron qui avait eu l'occasion de voir que Hermione était plutôt douée à ce jeu.

– Je dirais que j'ai perdu à cause de mes douleurs, chuchota Sirius en lui faisant un clin d'œil complice. Tu pourras utiliser cette excuse quand tu en auras besoin, Ron.

– Je l'utilise déjà pour éviter les révisions, confirma Ron en riant.

– Ne t'inquiète pas Ron, s'amusa Regulus, je suis en vacances dans quelques jours je te ferai réviser moi.

– Fantastique, ironisa Ron qui était pourtant heureux car Regulus était pédagogue et aidait bien quand il expliquait.

– Allez on joue ! s'écria Harry avec impatience. On parlera des révisions plus tard.

Ron sourit en avançant son pion sur le plateau. Jamais il n'aurait imaginé, il y a quelques mois, jouer une partie de Monopoly sorcier avec Draco, Sirius, le frère décédé de Sirius, Harry et Hermione. Pourtant, il savait qu'il était à sa place et que ces personnes seraient toujours là pour lui, pour le soutenir. De vrais amis. Un vrai soutien, pour sa nouvelle vie.

.oOo.

Astoria déjeunait avec Luna et Ginny, à la table des Serdaigle, en observant sa sœur de loin, le cœur serré.

– Elle va te pardonner, affirma Ginny qui avait suivi son regard.

– Je ne pense pas, marmonna Astoria en jouant avec sa nourriture avec sa fourchette. Elle ne me parle plus depuis la Bataille.

– C'est parce qu'elle est en colère, renchérit Luna d'une voix douce. Mais elle t'aime toujours autant, elle a eu peur de te perdre.

– Elle sait surtout que c'est de ma faute si Tracey a été blessée, opposa Astoria sans oser les regarder tant la honte l'imprégnait.

– On en a déjà parlé, Tori, dit Ginny en la regardant avec sérieux. Ce n'est pas de ta faute. Si Daphné t'en veux c'est parce que tu es allée à la Bataille alors que tout le monde te l'avait interdit. Mais je peux t'assurer que personne ne pense que c'est de ta faute ce qu'il s'est passé avec Tracey.

– Surtout qu'elle va mieux maintenant, non ? affirma Luna avec un grand sourire. Elle est réveillée et elle n'aura aucune séquelle.

– À part une grosse cicatrice sur le ventre oui, rétorqua sèchement Astoria.

– Tu lui offriras des vêtements à vie pour te faire pardonner, ironisa Ginny. Allez, Tori, ne te bile pas pour ça ! Tracey ne t'en veux pas.

Mais Ginny pouvait dire ce qu'elle voulait, Tracey pouvait ne pas lui en vouloir (elle lui avait dit plusieurs fois quand Astoria était venue la voir au Manoir Potter), mais elle, elle s'en voulait terriblement. Et cette culpabilité ne la quittait pas depuis la Bataille.

Parce qu'elle se fichait bien d'avoir été torturée, elle se fichait d'avoir eu de la fièvre, elle se fichait de continuer, parfois, à trembler à cause des effets secondaires du Doloris, elle se fichait d'avoir été fâchée par ses parents... Rien de tout cela ne pourrait changer le fait qu'elle avait été stupide.

Elle était responsable de l'état de Tracey. Tracey avait failli mourir à cause d'elle et c'était entièrement de sa faute. La culpabilité l'emplissait et l'empêchait de dormir. Elle revoyait le sort fuser sur Tracey... Elle se souvenait être tombée dans les prunelles et s'être réveillée quelques heures plus tard, apprenant que la jeune fille était entre la vie et la mort.

Elle ne pouvait pas imaginer ce qu'il se serait passé si Sirius n'avait pas aidé Tracey...

Sirius...

Il s'était sacrifié pour Tracey. Parce qu'Astoria avait entendu une conversation entre sa mère et Regulus et elle savait que Sirius avait accepté de ne plus jamais se transformer en Animagus, de marcher avec une canne jusqu'à la fin de sa vie pour pouvoir sauver Tracey.

Par son comportement, Astoria avait gâché la vie de deux personnes qui lui étaient chères et elle comprenait que Daphné ne veuille plus parler. Aucune personne ne le devrait, d'ailleurs.

Elle se sentait si stupide ! Elle avait voulu prouver à tout le monde qu'elle était aussi forte que Daphné et Harry, mais ce n'était pas le cas. Elle avait été terrifiée à l'instant même où la Bataille avait commencé, complètement pétrifiée, incapable de lancer un sortilège ou de s'enfuir avec son portoloin.

Quand elle avait été torturée, elle avait songé que Merlin la punissait pour ce qu'elle avait osé faire. Et cela avait été parfaitement mérité. Elle ne s'était pas plainte une seule fois des douleurs, avait pris le moins de potions possibles (et elle le payait encore aujourd'hui en ayant toujours des tremblements), parce qu'elle voulait ressentir la douleur. La douleur qu'avait pu ressentir Tracey. Elle voulait avoir mal pour oublier, pour se punir. Même si elle savait que ça ne changerait rien.

– Salut les filles ! lança joyeusement Pansy en s'installant aux côtés de Luna.

Les deux filles se lancèrent dans une conversation comme si elles étaient seules au monde, alors que Ginny se plongeait dans une revue de Quidditch.

– À plus tard, les filles, dit Astoria en attrapant son sac pour s'enfuir de la Grande Salle avant que ses amies ne l'obligent à finir son assiette.

Elle cherchait à passer inaperçue, mais elle percuta Neville Londubat qui sortait aussi de la Grande Salle à grands pas.

– Pardon, murmura Astoria en baissant la tête.

– Ne t'excuse pas, dit Neville en riant, c'est moi qui vient de te percuter.

Astoria haussa les épaules sans le regarder. Elle ne voulait croiser le regard de personne, elle aurait voulu retourner dans son dortoir et y pleurer toute la journée. Elle se sentait à côté de tout et elle avait la sensation d'être retournée en première année, quand elle était isolée, sans amis...

Sauf que Daphné n'était pas là pour la protéger et s'assurer qu'elle mange correctement.

Car Astoria avait toujours eu une tendance à sauter des repas quand elle n'allait pas bien, se coupant de toute interaction sociale. Elle passait généralement ses pauses de midi dans les toilettes, à pleurer, avant qu'elle ne rencontre Ginny avec laquelle elle avait lié une solide amitié.

Mais à présent, c'était difficile. Elles étaient de retour à Poudlard depuis moins d'une semaine et chaque jour était plus difficile que le suivant. Tous les élèves de Serpentard étaient venus les féliciter et leur poser des questions sur la Bataille, Marc de Serpentard était même venu lui dire qu'il était impressionné par ce qu'elle avait fait. Elle avait toujours trouvé ce garçon mignon, mais à présent...

Elle ne voulait surtout pas être félicitée pour ce qu'elle avait fait, au contraire ! Elle voulait passer inaperçue, elle voulait s'enfermer dans sa chambre et ne plus parler à personne. Elle ne le méritait pas.

– Toi aussi tu cherchais à t'enfuir ? demanda Neville d'un ton badin.

– Un peu, admit Astoria qui avait du mal à mentir à Neville.

Elle avait observé Neville passer du Gryffondor un peu gauche à l'un des principaux acteurs de la résistance. Il avait pris confiance en lui, était devenu de plus en plus fort, jusqu'à égaler la puissance des meilleurs élèves, se battant pour ses idées.

Et Astoria avait toujours été impressionnée par sa gentillesse et sa progression. Mais encore plus après la Bataille, où Neville avait brillé en permettant la capture de nombreux Mangemorts.

– Harry m'a dit que Sirius était réveillé et qu'il était insupportable, tenta Neville qui semblait avoir compris qu'elle n'était pas dans son chaudron.

– Oh, super, répondit Astoria en s'efforçant d'être enjouée.

– Tu n'as pas de nouvelle création en cours ? s'enquit poliment Neville alors qu'ils marchaient vers l'extérieur pour prendre le soleil.

– Non, pas spécialement.

Astoria prit une grande inspiration, un peu tremblante, en pensant à ses créations qui l'attendaient. Mais elle n'avait pas le cœur à l'ouvrage.

Elle n'avait plus envie de faire ce qui lui plaisait, alors que Tracey... Sirius... ils souffraient tous à cause d'elle.

– J'aurai besoin d'une cape pourtant, osa lui dire Neville en rougissant légèrement.

Astoria s'arrêta, clairement surprise. Jamais Neville n'avait accepté qu'elle lui fabrique une cape, sans doute par pudeur et par timidité. Le fait qu'il fasse le premier pas aurait dû la ravir, mais elle savait qu'il faisait ça pour lui changer les idées et elle ne le méritait pas. Elle ne voulait pas que Neville... si gentil et serviable... le soit avec elle.

– Je verrais si j'ai le temps de préparer quelque chose, dit Astoria en détournant le regard au moment même où Neville posait une main sur son épaule.

– Je sais que tu ne vas pas bien, Astoria.

Astoria soupira en regardant le lac noir devant lequel ils venaient de s'arrêter. Le calamar géant semblait beaucoup s'amuser et provoquait des remous sur la surface lisse et sombre du lac.

– C'est par rapport à Tracey, n'est-ce pas ?

Astoria plongea son regard dans celui de Neville, sentant ses larmes lui brouiller la vue.

– C'est ma faute... Elle est venue me sauver et... Si je n'avais pas été là... Je...

– Si tu n'avais pas été là peut-être que Nott aurait tué quelqu'un. Peut-être que Tracey aurait été quand même touchée, mais mortellement, tu ne peux pas le savoir, Astoria. Tout ce qu'on sait, c'est que tout le monde est vivant. C'est tout ce qui compte.

– Pas pour moi, dit Astoria en sentant sa voix se briser. Et je sais que tu vas essayer de me dire que ce n'est pas de ma faute, mais...

– Je ne vais pas te dire ça, promit Neville en effectuant une pression sur son bras. Déjà, parce que tout le monde doit te le dire, mais aussi parce que tu vas te sentir coupable et que rien ni personne ne pourra t'aider. Je suis désolé, Astoria, mais tu vas devoir vivre avec cette culpabilité. Et l'accepter. Personne ne peut le faire pour toi.

Astoria regarda Neville en réussissant à grimacer un sourire. C'était la première fois que quelqu'un reconnaissait qu'elle avait des raisons de se sentir coupable ! Elle ne savait pas pourquoi, mais cela la soulageait énormément. Comme si on l'autorisait enfin à ressentir des émotions.

– Je me sens tellement mal, murmura Astoria qui n'avait jamais pu en parler à voix haute.

– C'est normal.

Neville la prit alors dans ses bras et Astoria en resta bouche-bée. Neville n'était pas vraiment du genre à initier un contact physique avec une fille, mais elle s'efforça d'en profiter au maximum.

Elle ne put s'empêcher de remarquer que Neville sentait vraiment très bon et son cœur de fille de treize ans se mit à battre un peu plus vite.

Neville s'écarta assez vite, en rougissant, comme s'il venait de prendre conscience de ce qu'il avait fait et qu'il était surpris par sa propre audace, alors que les joues d'Astoria chauffaient. C'était la première fois qu'elle était si proche d'un garçon, qui n'était pas Harry, son presque frère.

Bien sûr que Neville était mignon. Bien sûr qu'Astoria, âgée de treize ans, avait les yeux en cœur quand elle le voyait, prêt à secourir tout le monde autour de lui, si courageux... Bien sûr qu'elle avait cherché à l'impressionner, lui aussi, en allant sur le champ de bataille...

Mais elle savait que c'était voué à l'échec. Neville était plus âgé qu'elle et jamais il ne serait intéressé par une gamine, assez stupide pour plonger dans un chaudron brûlant sans réfléchir.

– Tracey n'aura aucune séquelle, indiqua Neville avec assurance.

– Mais Sirius si... ajouta Astoria en baissant la tête.

– Sirius ? Mais ce n'est pas de ta faute s'il n'est pas en forme, fit Neville les yeux écarquillés.

– Mais si ! plaida Astoria en soupirant. Il a pratiqué le rituel pour sauver Tracey et il aura des séquelles à vie. J'ai entendu ma mère le dire. Sirius ne peut plus marcher normalement ou se transformer en Animagus à cause du rituel.

– Enfin, Tori, tu as écouté une conversation, mais tu as surtout mal entendu, souffla Neville en secouant la tête. Sirius avait, en effet, une chance de remarcher normalement. Mais elle était infime.

Astoria releva la tête avec espoir.

– Comment ça infime ?

– Eh bien, Sirius avait vraiment très peu de chances de se remettre de ça. Sa Magie était trop occupée à vaincre le maléfice de Bellatrix pour soigner sa hanche. Même s'il était resté allongé pendant six mois, rien n'est dit qu'il aurait retrouvé son état normal. Il le savait très bien et, crois-moi, Animagus ou non, jamais il n'aurait voulu rester allongé pendant six mois.

Astoria sentit le soulagement l'envahir quand elle comprit les paroles de Neville.

– Tu... Tu es sûr ?

– Mais oui, Tori. Sirius le savait parce que j'ai discuté avec lui avant qu'il ne fasse le rituel.

Astoria étira son visage en un vrai sourire. Le premier depuis des jours. Comme si une partie du dragon qu'elle portait sur les épaules venait de s'envoler. Elle se sentait encore coupable, bien sûr, car Tracey avait été grièvement blessée, mais elle se sentait légèrement mieux. Tout cela grâce à Neville.

– Merci Neville, pour tout ça.

Neville rougit légèrement en haussant les épaules d'un air de dire que ce n'était rien.

– Je vais te la faire ta cape, promit alors Astoria en souriant timidement. Quelle couleur ?

– C'est toi l'experte, grimaça Neville qui ne semblait pas capable de choisir une couleur.

Astoria hocha la tête, se promettant de tout faire pour que Neville aime la cape qu'elle allait lui préparer. Après ce qu'il venait de faire pour elle, il méritait bien la plus belle des capes.

– Allez, rentrons, dit Neville en désignant le château. Je crois que Pansy organise une réunion de l'Ordre de l'Éclair dans la Salle sur Demande pour fêter les trois semaines de la Bataille.

– Ce n'est pas un peu prématuré ? s'étonna Astoria en emboîtant le pas à Neville.

– C'est Pansy, s'amusa Neville.

– Je crois que c'est plutôt une occasion de faire la fête et de se rapprocher de Luna, s'amusa Astoria.

– Bien sûr que oui, confirma Neville en riant.

Astoria sourit de toutes ses dents quand Neville posa une main, presque instinctivement, sur son bras quand ils croisèrent un groupe d'élèves qui faillirent les bousculer.

Elle savait que c'était impossible, que Neville était inaccessible, il allait avoir toutes les filles à ses pieds parce qu'il était un héros de la guerre, alors elle profita de ce moment comme elle le pouvait.

Profitant d'un des seuls moments où Neville n'avait d'attention que pour elle, prêt à la soutenir et à l'aider à aller mieux. Avant que la réalité ne lui revienne en pleine face.

.oOo.

Le soir même, Astoria pointa le bout de sa baguette à la table des Serpentard, revigorée par la conversation qu'elle avait eue avec Neville en début d'après-midi et par la fantastique fête organisée par Pansy dans la Salle sur Demande.

Astoria avait réussi à se changer les idées grâce à Ginny, Blaise et Neville qui avaient passé du temps avec elle et avec lesquels elle avait pu jouer à un jeu de société pour se changer les idées et oublier ce qu'elle avait fait.

– Tori, viens là ! s'écria Daphné en la voyant s'asseoir en bout de table.

Astoria hésita un court instant, avant de s'installer face à Daphné et Theo qui mangeaient un peu éloignés des autres. Elle ne savait pas si le fait que Daphné l'appelle "Tori" était une bonne chose ou non, mais elle était crispée à l'idée d'être face à sa sœur.

– On ne s'est pas vu de la journée, soupira Daphné, on a été très occupés avec Theo. Comme s'est passé l'après-midi du club de défense ?

– Oh euh, super, répondit Astoria en se servant un peu de ragoût sans entrain.

– Pansy a failli nous tuer quand on lui a dit qu'on ne serait pas là, s'amusa Theo.

Astoria lui sourit légèrement. Elle avait toujours adoré le garçon, qui l'avait toujours protégé dans l'ombre. Elle savait que c'était, évidemment, dans une tentative de séduire Daphné, mais elle avait toujours apprécié qu'il fasse des efforts pour être agréable avec elle. Tout le monde n'en avait pas fait autant.

– Comment tu te sens ? demanda Daphné d'un air très concerné.

– Je vais bien, dit Astoria sans oser regarder sa sœur dans les yeux.

Elle avait peur de se mettre à pleurer si elle croisait son regard. C'était la première fois qu'elles se parlaient depuis des jours et Astoria avait peur de voir la déception dans les yeux bleus si perçants de Daphné.

Elle ne savait pas si elle l'aurait supporté. Sa sœur comptait énormément pour elle. C'était son modèle, la personne à laquelle elle s'identifiait et elle ne voulait pas la perdre. Elle préférait le silence, plutôt que la réalisation que sa sœur la détestait et lui en voulait. Tout plutôt que de la perdre.

Elle avait vu Sirius et Regulus se déchirer et ne plus se parler pendant des années... Elle n'osait pas imaginer une telle situation avec Daphné. Et si sa sœur ne lui pardonnait pas ? Et si elle ne voulait plus lui parler ?

– Neville est venu me parler tout à l'heure, indiqua Daphné après une courte hésitation, alors que Theo se levait pour aller discuter avec Blaise pour leur laisser de l'intimité.

Astoria frémit légèrement, craignant que Daphné ne s'énerve. Mais elle aurait dû se douter que Neville, grand ami de Daphné, irait lui parler. Elle ne pouvait pas en vouloir au garçon qui cherchait juste à apaiser la situation entre elles.

– Je ne t'en veux pas, tu sais, ajouta Daphné en la couvant d'un regard inquiet.

Astoria releva la tête pour fixer sa sœur, clairement surprise.

– Mais alors pourquoi tu ne me parles plus depuis qu'on est à Poudlard ? demanda Astoria, furieuse contre elle-même en entendant sa voix plaintive.

Daphné soupira légèrement et lui sourit tendrement.

– Tori... Tu es comme papa. Quand tu es en colère ou triste, tu as tendance à te refermer sur toi-même. Je voulais te laisser seule, parce que tu as toujours refusé notre aide quand tu étais dans cet état.

– Mais tu étais en colère contre moi, insista Astoria qui se souvenait des mots durs qu'avait eus Daphné à son encontre.

– Après la Bataille, bien sûr, dit Daphné en la regardant comme si elle était folle. J'ai pensé que tu allais mourir, Tori ! J'ai vraiment eu peur pour toi.

– Je pensais que c'était par rapport à Tracey que...

– Je t'arrête tout de suite, coupa Daphné qui se pencha légèrement sur la table pour lui attraper la main. Ce qui est arrivé à Tracey n'est pas de ta faute et jamais je ne te le reprocherai. Et, soit-dit en passant, Tracey ne t'en veux pas non plus, parce que ça serait ridicule. Ce que je te reproche, c'est d'avoir été au Ministère de la Magie pour te battre, alors que tu as treize ans. Mais on fait tous des erreurs, moi aussi j'en ai fait.

– Donc... Tu veux toujours être ma sœur ?

– Excuse-moi, Tori, répondit Daphné l'air blessé, je pensais t'aider en te laissant un peu d'espace. Je n'ai jamais voulu que tu penses que je te faisais la tête. Je t'aime et j'ai eu peur de te perdre. Jamais je ne pourrais t'en vouloir, te détester ou ne plus jamais te parler. Tu es ma sœur, quoi qu'il se passe.

– Même si je suis stupide ?

– Même si tu es une enfant, qui fait des erreurs et qui a le droit au pardon, corrigea Daphné en lui faisant un sourire en coin dont elle avait le secret. Tu sais que les parents t'aiment aussi ? Ils ont juste eu peur pour toi.

– Oui, je le sais, assura Astoria bien que la confirmation de Daphné faisait du bien à entendre.

– Alors tu arrêtes de broyer de la cendre de dragon et tu me fais un vrai sourire.

Et Astoria le fit. Un sourire étira son visage, alors que Daphné serrait sa main dans la sienne en la regardant avec tendresse.

– Allez, arrêtons les larmes et parlons plutôt de Neville, dit Daphné en haussant un sourcil. J'ai été assez surprise qu'il vienne prendre ta défense comme ça.

Astoria posa son regard sur la table des Gryffondor où Neville, qui semblait la regarder au même instant, détourna le regard en rougissant.

– On a bien parlé aujourd'hui, éluda Astoria.

Astoria ne pouvait pas lui dire qu'elle était si heureuse que Neville ait pris sa défense qu'elle voulait se ruer à la table des Gryffondor pour le remercier.

Elle savait qu'elle serait ridicule, que Neville allait sortir avec une fille très rapidement (Susan Bones s'était beaucoup rapprochée de lui à la soirée du club de défense), mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle adorait Neville... Depuis longtemps déjà, bien qu'elle ne se le soit avoué qu'il y a seulement quelques semaines.

Daphné la regarda comme si elle savait qu'elle ne disait pas tout, mais n'insista pas, préférant parler à Astoria de ses cours pour savoir si elle avait besoin d'aide.

– On pourrait réviser ensemble la Défense, proposa Daphné.

– Tu devrais plus réviser que moi, tu as tes BUSE qui arrivent, je te le rappelle, indiqua Astoria.

– C'est une formalité, fit Daphné d'un ton supérieur.

Astoria s'apprêtait à lui dire d'aller réviser au lieu de parader, quand les portes de la Grande Salle s'ouvrirent et que le silence tomba.

Harry, qui tenait la main de Draco, Hermione et Severus venaient d'apparaître comme par Magie.

Il y eut un long silence, avant qu'un Poufsouffle ne se lève et ne tape dans ses mains, rapidement suivi par l'intégralité de la Grande Salle qui hurla, siffla et applaudit alors que les rescapés de la Bataille rougissait, légèrement émus par le triomphe qu'ils recevaient. Même les professeurs étaient debout et applaudissaient, leurs visages déchirés par de grands sourires fiers.

– Vas-y, chuchota Daphné à l'attention d'Astoria qui ne se fit pas prier.

Elle se leva et courut dans les bras de Harry qui l'avait vu approcher et qui la rattrapa aisément en la serrant contre lui.

– Salut sœurette, dit Harry à son oreille.

Et, avec ça, Astoria sut que Harry non plus ne lui en voulait pas. Elle retint difficilement ses larmes alors que Harry la serrait fort dans ses bras.

Du coin de l'œil, Astoria vit, très émue, que Daphné s'était également levée et que Severus l'avait prise dans ses bras à son tour.

C'était la première fois qu'ils pouvaient afficher leurs liens et Astoria était heureuse pour sa sœur. Daphné avait à présent le droit de présenter Severus comme son parrain et cela allait changer beaucoup de choses pour elle.

Plus de secrets, plus de cachotteries. Elles allaient toutes les deux pouvoir profiter de leur famille – agrandie avec la présence de Harry – et Astoria s'en réjouissait.

La culpabilité était toujours là, mais comme Neville le lui avait fait comprendre, elle devrait vivre avec.

Tant qu'elle avait sa famille, tout irait pour le mieux.

.oOo.

Salazar observait Severus et Harry qui étaient penchés sur des parchemins avec attention. Il adorait le fait que Harry soit devenu proche de Severus et qu'il passe plus de temps dans son bureau.

Cela donnait l'occasion à Salazar de discuter avec les deux personnes qu'il appréciait le plus dans ce château. Les autres personnes qui vivaient ici étaient inintéressantes ou trop peu intelligentes pour qu'il leur accorde une quelconque attention.

– Donc c'est certain, je suis son descendant... déclara Harry en attrapant un bout de parchemin.

Depuis le temps que je le dis, s'amusa Salazar.

– Il fallait qu'on vérifie, opposa Severus en soupirant. Je n'en reviens pas. Lily, descendante de Salazar Serpentard.

Et donc comment s'appelait mon ancêtre ? s'enquit Salazar d'un ton faussement détaché.

Il était un tableau, qui ne devait pas avoir de sentiments réels, mais Salazar soupçonnait le peintre d'avoir infiltré beaucoup de sa Magie dans son tableau pour le rendre quasiment comme il était quand il était humain, ce qui n'avait jamais plu aux Directeurs de Poudlard, puisqu'il avait passé son existence de tableau à leur rendre la vie la plus difficile possible.

– Robert Evans, énonça Severus. C'est l'ancêtre de Lily. Il a été adopté dans les années 1823. Nous n'avons aucune information, mais comme tu l'as dit, il est probable qu'il ait été abandonné en raison de sa condition de Cracmol.

Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? demanda Salazar en plissant les yeux.

Il était persuadé que la petite Evans était bien sa descendante, mais cet Evans aurait pu aussi bien être un enfant abandonné comme il y en avait des dizaines chaque année.

– La fille de cet Evans, Mary, a été à Poudlard, dit Severus avec un sourire en coin. Alors que son fils était un moldu. Et c'est lui qui a mené à Lily.

– Donc il y a de grandes chances pour que Robert ait été un Cracmol, compléta Harry qui sourit largement, la perspective d'être le descendant de Salazar semblant le remplir de joie.

– Surtout quand on sait que Mary Evans a été placée en retenue parce qu'elle avait lancé plusieurs serpents contre une de ses camarades, ajouta Severus.

Harry écarquilla les yeux avant d'éclater de rire, attrapant le parchemin de Severus.

– Nom d'une chouette ! C'est vrai ! dit Harry en riant. "Mary Evans, une semaine de retenue pour avoir enchanté des serpents et les avoir placés dans le lit de sa camarade de chambre". Quelle famille.

Très amusant, confirma Salazar qui se sentait fier de ses descendants.

– Il est probable qu'elle parlait le Fourchelang, ce qui va vers la thèse d'une descendance de Salazar, compléta Severus, même s'il n'était pas la peine qu'il le rajoute.

Est-ce qu'on sait de qui pourrait venir cette branche ? demanda Salazar très intéressé.

– Comme tu nous l'as dit, tu as eu deux enfants, nous pensons que ça vient de ta fille, Elizabeth, dit Severus qui avait fait des recherches. Elle a eu un fils et nous avons des traces des enfants de ton petit-fils à Poudlard. Si on suit la trace, on s'aperçoit qu'un de ses descendants est supposé avoir eu trois enfants, pourtant seuls deux sont allés à Poudlard.

– On a donc déduit que Robert était le troisième, abandonné, compléta Harry en soupirant. Malheureusement ça arrive souvent ce genre de choses, non ?

– Régulièrement à l'époque, confirma Severus en grimaçant. D'ailleurs, la plupart des nés-moldus ont en réalité un ancêtre cracmol ou marié à un moldu, et le gène magique saute des générations.

Donc j'avais raison depuis le début, dit fièrement Salazar. Tu es mon descendant.

– Il faut croire, dit Harry en rougissant comme un peu gêné. Qu'est-ce qu'il se passe maintenant ?

– Tu as le choix de le révéler ou non, dit Severus avec inquiétude. Ça peut rester encore nous, si tu le...

Foutaises ! siffla Salazar en fusillant Severus du regard. Hors de question que je sois affilié à ce fou de Jedusor. Je veux que toute l'Angleterre sache que j'ai un descendant décent et intelligent.

– Merci ! s'écria Harry en souriant d'être qualifié d'intelligent.

– Il a une norme bien à lui pour qualifier quelqu'un d'intelligent, releva Severus en ricanant.

– Hé ! fit Harry en lui tirant la langue. Je suis plus intelligent que les autres cornichons.

– Heureusement, remarqua Severus. Tu es le descendant de Salazar, tu as une réputation à tenir.

Quelle réputation ? soupira Salazar. Tout le monde déteste ma Maison.

– Il n'a pas tort, reconnut Harry en soupirant.

Salazar savait que c'était à cause des historiens, qui lui avaient inventé un passif d'homme haïssant les moldus. Mais c'était tellement dommage... Car il n'avait jamais voulu être haït à ce point. Au contraire, il avait toujours débattu cordialement avec Godric sur ses idées (entre deux duels bien évidemment, mais qui s'étaient toujours terminés autour d'une Bièraubeurre).

Ce qu'il détestait, c'était que les petits serpents aujourd'hui soient mis à l'écart à cause de sa triste réputation. C'était injuste pour eux. Injuste qu'ils doivent se battre constamment pour leurs droits, pour avoir le droit d'étudier, pour vivre leur vie d'adolescents...

Salazar était fier de la vie qu'il avait eue, mais il aurait aimé changer cet aspect. La vision que l'on avait de ses idées. La vision qu'on avait de lui... Il voulait que les élèves allant à Serpentard soient enfin respectés !

– Je crois que Rita Skeeter serait ravie de savoir que je suis le descendant de Salazar, dit soudain Harry avec un sourire malicieux. Peut-être que si je représentais la voix de Salazar, les gens changeraient d'avis sur la Maison.

– Je crains que cela ne prenne un temps fou, murmura Severus. J'essaie de changer les choses depuis des années.

Tu n'es pas très sympathique, releva Salazar avec un sourire ironique. Alors que Harry l'est beaucoup plus.

– Tu dis ça parce que c'est ton descendant, opposa un Severus un peu vexé.

– C'est surtout vrai. Admets que tu as été un professeur très injuste depuis des années, dit Harry en levant les yeux au ciel.

– Et tu penses que tu vas pouvoir changer les choses ? demanda Severus avec un certain espoir.

Les choses ont un peu changé, depuis que Harry côtoie des Serpentard, remarqua Salazar qui avait vu le changement ces derniers mois. Si vous communiquez dans la presse et que Harry continue de soutenir la Maison Serpentard, je pense que les mentalités vont changer.

– Et peut-être que le prochain Directeur pourra changer les choses, souffla Severus avec espoir. S'il n'est pas anti-Serpentard, bien sûr.

– McGonagall ne va pas reprendre le poste ? s'étonna Harry à l'attention de Severus.

La nouvelle que Dumbledore était indisposé avait fait le tour du château bien que peu de personnes sachent réellement où était le Directeur.

McGonagall avait repris la direction jusqu'à la fin de l'année, dans l'attente de savoir ce qu'il adviendrait de Dumbledore, toujours à Sainte Mangouste après la plainte que Remus contre le Directeur.

Rosalie et Caleb Greengrass avaient également déposé plainte, confirmant les dires de Remus, ainsi que par Severus qui avait porté plainte pour "séquestration illégale de professeur dans l'enceinte de Poudlard" ce qui n'était, comme l'avait dit Scrimgeour, pas un délit, mais qui avait fait du bien à Severus, sur le principe.

– Je ne crois pas, elle m'a dit qu'elle était trop vieille, répondit Severus en haussant les épaules. De toute manière, nous devons attendre les conclusions de l'enquête des Aurors.

– Mhm... fit Harry en plissant les yeux.

Salazar sourit en comprenant que son héritier avait compris que jamais Dumbledore ne remettrait les pieds ici et que son successeur allait devoir être désigné rapidement pour organiser la prochaine rentrée.

Et Salazar savait parfaitement ce qui allait se passer dans les prochaines semaines, puisqu'il avait écouté aux coins du tableau...

Il savait très bien ce qui se profilait, mais il ne dirait rien, pour laisser la surprise à son héritier et à son charmant Severus. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il allait pouvoir profiter de la vue de Severus un long, très long moment et qu'il s'en réjouissait d'avance.

.oOo.

– Achevez-moi, murmura Harry en s'effondrant aux côtés de Neville sur le canapé de la Salle sur Demande.

– C'était comment ? demanda Astoria impatiente. Je suis sûre que tu as tout déchiré ! Neville a tout réussi, lui.

Neville se sentit rougir en entendant les compliments d'Astoria. Il est vrai qu'il avait parfaitement bien réussi sa pratique à sa BUSE de Défense contre les Forces du Mal. Il avait même réussi à lancer un Patronus, ce qui avait ravi son examinatrice.

– Il a très bien réussi, confirma Draco qui venait d'entrer et qui s'assit sur un fauteuil avec un air trop fier de lui-même.

– Qu'est-ce que vous avez fait ? demanda Daphné qui avait senti également qu'il s'était passé quelque chose.

– On a lancé un Patronus en même temps, expliqua Draco les yeux pétillants. Et nos deux Patronus se sont rejoints pour former un nouveau Patronus !

Neville écarquilla les yeux, stupéfait, n'ayant jamais entendu parler d'une telle chose. Il savait que cela venait du mélange de Magie... Mais cela semblait incroyable.

En tout cas, il comprenait mieux que Harry soit épuisé. Cela avait dû mobiliser une énorme partie de leur Magie à tous les deux et heureusement qu'il s'agissait de leur dernier examen pratique, sinon Harry n'aurait peut-être pas pu terminer ses BUSE.

– Nos examinateurs sont devenus fous, ricana Draco.

– Il a raison, reconnut Harry en se lovant contre son petit-ami.

– Et alors, qu'est-ce que ça a donné ? demanda Astoria qui sautait pratiquement sur sa chaise. C'est quoi comme forme ?

Neville sourit, car il était dans le même état qu'elle. Toute la Salle sur Demande, qui réunissait tous les membres de l'Ordre de l'Éclair, observèrent Harry et Draco avec attention, attendant qu'ils dévoilent enfin la forme qu'avait pris leur Patronus commun.

– Un Basilic, bien sûr, répondit Draco en ricanant, ses yeux luisant de fierté. En même temps, je suis marié au descendant de Salazar Serpentard et ma famille est la plus grande représentante de cette Maison. Les Malefoy ont toujours agi pour le bien des verts et...

Daphné lança un oreiller dans le visage de Draco qui s'interrompit en la fusillant du regard.

– Mais oui, Draco, on adore quand tu te vantes. Fais attention tu ne vas plus passer la porte avec ta grosse baguette, ironisa la blonde.

– Tu ne sais pas ce que c'est de faire partie de l'élite sorcière, Greengrass, siffla Draco en lui tirant puérilement la langue.

– Mais c'est fantastique ! s'écria Astoria les yeux brillants. Je veux absolument voir ça.

– Plus tard, dit Harry en rougissant. Moi, je suis épuisé.

– Mais on te le montrera, promit Draco en parlant avec plus de douceur comme toujours lorsqu'il s'adressait à Astoria. En tout cas, je pense que nous allons recevoir un Optimal.

– En même temps, avec tout ce qu'on a fait cette année, j'espère qu'on l'aura tous, remarqua Pansy en fronçant les sourcils, Luna lovée à ses côtés.

Neville l'espérait aussi. Les BUSE étaient pratiquement finies et, étonnement, il sentait qu'il avait plutôt bien réussi. Sans doute que la lettre d'encouragement de sa grand-mère, lui disant qu'il était le "digne fils de ton père" l'avait motivé assez pour qu'il travaille encore plus que d'ordinaire et qu'il donne le meilleur de lui-même.

– Je n'ai pas hâte d'y être en tout cas, marmonna Astoria. Les BUSE ont l'air affreusement barbantes.

– Malheureusement tu vas forcément y passer, remarqua Millie en riant, qui avait elle aussi très bien réussi ses épreuves.

– Ne m'en parle pas ! dit Ginny qui les passerait l'année prochaine avec Luna.

– Il ne nous reste que demain et on a fini ! positiva Pansy.

Neville sourit car il avait hâte d'en terminer avec tout ça. Il s'y était préparé, bien évidemment, mais la semaine des BUSE était bien plus prenante qu'il ne l'aurait pensé.

Et encore, il savait qu'il avait de la chance, car Harry avait dû travailler deux fois plus qu'eux. Il avait accumulé du retard avec ses absences, avait dû gérer ses recherches sur son lien de parenté avec Salazar, avait continué à donner des cours de défense, passait voir Ron et Tracey une fois par semaine au Manoir Potter avec Daphné et travaillait quasiment jusqu'à la tombée de la nuit, bien plus que Hermione !

– Il dort, murmura Draco à Neville.

Neville baissa la tête et sourit en voyant que Harry avait eu la force de se transformer en Leo pour se lover sur les jambes de Draco et roupiller tranquillement, apaisé par le bruit des conversations de la Salle Commune.

– Laisse-le se reposer, dit Neville. Il a eu une dure semaine.

– Ne m'en parle pas, soupira Draco en caressant le petit chat roulé en boule sur ses genoux. Il est rentré à minuit samedi soir, apparemment Sirius et Rosalie l'ont retenu toute la soirée pour discuter avec lui. Severus était fou quand il a su qu'il n'était pas revenu pour réviser.

– Tu penses que ça a été ses BUSE ? demanda Neville.

– Il a assuré, confirma Draco qui avait été dans la même salle que Harry pour toutes les épreuves pratiques. Son examinateur a failli tomber dans les baguettes quand il l'a vu se transformer en Animagus ! Je ne sais pas pour la Divination, mais ça ne compte pas de toute façon.

– Ne m'en parle pas, soupira Neville qui avait complètement raté son examen, n'ayant rien vu dans la boule de cristal.

– Je vais être content demain quand on sera enfin en vacances, confirma Draco en soupirant. Le mélange de Magie a épuisé Harry.

– Je me doute bien. Mais vous allez passer deux mois ensemble, non ?

– Je l'espère. Mais ce qui compte, c'est qu'il puisse se reposer.

– Quelle année, confirma Neville en soupirant.

Neville n'en revenait pas. Neuf mois étaient passés depuis qu'il était entré en cinquième année et jamais il n'aurait cru qu'il se retrouverait dans cette situation.

Il discutait avec Draco Malefoy, qui était devenu un de ses meilleurs amis, alors que son ami Harry était transformé en Animagus et avait mélangé sa Magie au blond pour le sauver...

Tout cela lui paraissait invraisemblable. L'intégralité de la situation l'était, en réalité.

Harry avait commencé l'année en étant la bête noire du monde sorcier, disant que Voldemort était de retour, avant d'organiser une résistance qui avait menée à la fin de Lord Voldemort.

Neville ne savait même pas comment ils avaient pu faire tout ça en moins d'un an !

– On fait un jeu ? proposa Pansy avec espoir.

Toute la Salle sur Demande se mit en mouvement pour faire apparaître des jeux et s'amuser, pour l'une des dernières de l'année, tous ensemble.

Neville fit équipe avec Astoria, alors que Draco gardait Leo sur ses genoux.

Neville sourit en remerciant du fond du cœur Leo car, sans lui, rien de tout cela ne serait arrivé. Il ne savait pas ce qu'il se serait passé dans sa vie, si cela n'avait pas été le cas, mais il était reconnaissant d'avoir noué des amitiés cette année.

Harry, Draco, Daphné, Astoria, Luna et tant d'autres !

Neville observa ses amis en jetant les dés, se disant qu'il n'aurait pas pu rêver mieux comme cinquième année.

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N/A :

Coucou tout le monde !

Je vous remercie énormément pour tous les adorables retours que j'ai eus sur le dernier chapitre, ça me touche vraiment beaucoup alors merci à vous tous de continuer à me suivre, je suis très touchée !

S'agissant de ce chapitre, certains auront vu que j'ai fait intervenir Rufus et Amelia, c'est un clin d'œil à mon autre histoire, Pour l'amour d'un filleul. J'en profite pour vous dire que je suis en train de reprendre tranquillement l'histoire de mon côté et que j'espère pouvoir publier de nouveau, et régulièrement, très vite !

Les deux prochains chapitres seront plus courts puisqu'ils feront 13 et 16 000 mots (celui-ci fait 20 000 à titre de comparaison), mais ils restent quand même plus longs que les premiers chapitres de l'histoire. L'épilogue sera posté le vendredi 27 août !

Merci à vous tous et à très vite !

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Review : Shadow : Merci pour ta review, pour Dumbledore tu en sauras plus dans le dernier chapitre ;) ; Aussidagility : Merci pour ta review, je suis contente que ça te plaise et que tu veuilles même relire l'histoire, ça me touche beaucoup ! Et oui pour Dumbledore c'est un peu l'arroseur arrosé ;)

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