Chapitre 2
Harry se réveilla en pleurant, attirant sur eux quelques regards désabusés de la part des autres voyageurs du train. « Chut… murmura Remus, serrant l'enfant contre lui. Ne pleure pas, ça va aller… C'est moi, Remus… »
Harry le dévisagea avec un peu plus d'intensité, l'air passablement effrayé, et Remus réalisa subitement qu'il avait de quoi être inquiet : il ne ressemblait plus à l'homme qui l'avait sauvé de la mort chez les Dursley. Comment Harry pouvait-il le reconnaître ainsi, avec ses cheveux blanchis, sa barbe et son nez magiquement modifié ?
En quittant l'hôtel, Remus avait jugé préférable de les métamorphoser, Harry et lui, afin d'échapper à la police moldue. On recherchait un jeune homme d'une vingtaine d'années, accompagné d'un petit garçon de deux ans. Il avait pris l'apparence d'un vieil homme, et les cheveux de Harry tiraient maintenant sur le roux. Cela lui avait pris beaucoup de temps, pour aboutir à un résultat à la fois convenable et stable. Il ne pouvait pas se permettre de laisser son nez s'avachir comme il le faisait, ou il était sûr d'attirer les regards sur lui. Remus n'avait jamais été particulièrement doué, en métamorphose, c'était plus le domaine de James. Et Sirius.
En pensant à Sirius, il se sentit frissonner malgré lui. Avait-il réussi à quitter Azkaban ? Le plan de Regulus, ce plan qui inquiétait même Rogue, avait-il fonctionné ?
Remus écarta Sirius de ses pensées. Il ne devait pas se laisser distraire de la sorte. Il avait ses propres soucis. Et ses poursuivants, Aurors, police moldue et Mangemorts, n'étaient pas le pire… La lune presque pleine brillait dans le ciel dégagé, il pouvait l'apercevoir par la fenêtre du wagon.
Que se passerait-il, s'il ne parvenait pas à rejoindre l'adresse que Rogue lui avait indiquée ? S'il ne trouvait personne de confiance pour s'occuper de Harry ?
Harry pleurait toujours, presque silencieusement, et Remus sentit son cœur se serrer. Il assit l'enfant correctement sur ses genoux et se pencha sur lui pour lui parler à voix basse. Ainsi, avec ses cheveux magiquement modifiés, il ne ressemblait plus tant à James qu'à Lily. C'était troublant.
« Calme-toi, Harry, lui murmura-t-il. Je me suis juste déguisé, tu vois ? Pour être sûr qu'on ne nous retrouvera pas… Si on nous retrouve, j'ai peur qu'on te fasse du mal, tu comprends ? Je t'en prie… »
Harry renifla, alors que Remus essuyait ses joues trempées de larmes. « Là, ça va aller… Ne t'inquiète pas… Nous allons dans un endroit secret, où nous serons à l'abri. Peut-être même que tu pourras voir Sirius. Tu te souviens de Sirius ? C'est ton parrain… »
Il était fort peu probable qu'il se souvienne vraiment de Sirius. Mais si tout se passait bien, Sirius était au bout du voyage. Autant le préparer à cette rencontre. Autant le familiariser avec la personne qui s'occuperait de lui la nuit suivante… Remus s'accrochait à l'idée que Sirius pourrait le relayer auprès du petit le lendemain soir.
Il
fallait d'abord qu'ils arrivent à destination.
Ils
avaient eu de la chance, de pouvoir monter dans ce train qui les
rapprocherait considérablement de leur destination finale.
Avec son nouveau visage, Remus n'avait attiré aucun soupçon,
lorsqu'il avait pris les billets au guichet. Les quelques policiers
qui observaient les voyageurs l'avaient laissé passer sans
même lui accorder plus qu'un vague regard.
Mais ce n'était pas la police moldue, qui inquiétait le plus Remus. Quels moyens avait-elle, de mettre la main sur lui ? Elle ne devait guère posséder que sa description, et elle n'était plus valable, maintenant qu'il avait modifié leur apparence, à Harry et à lui.
Les Aurors étaient-ils plus dangereux ? Sans doute… Remus ignorait quelles ressources ils possédaient, pour retrouver les fuyards, mais ils avaient accès à son dossier au ministère. Ils connaissaient son adresse, les lieux qu'il fréquentait. Mais il n'y avait que très peu de chance qu'ils fassent le lien avec Rogue, pensa Remus, en souriant en lui-même. Dumbledore lui-même pourrait certifier que les deux hommes ne s'étaient jamais entendus… Et c'était bien le cas… Il était curieux qu'ils aient fini par s'associer, quand on y songeait…
Il était curieux que Rogue accepte de jouer un rôle dans l'évasion de Sirius…
Remus sentit un frisson d'appréhension lui parcourir le dos, à cette pensée.
Rogue voulait l'évasion de Regulus, c'était certain. Mais quelle assurance Remus avait-il, que Rogue permettrait vraiment à Sirius de s'enfuir ?
Regulus ne laissera pas son frère derrière lui, il empêchera Rogue de s'en prendre à lui…, songea Remus pour se rassurer.
« Si'ius… ? murmura Harry, le tirant de
ses pensées inquiètes.
- C'était le
meilleur ami de ton papa. C'est à lui de s'occuper de toi,
maintenant, expliqua Remus. Tu verras, je suis sûr que tout se
passera très bien. »
Le petit garçon le
regarda encore quelques instants, avec une intensité presque
dérangeante, avant de se caler de nouveau contre sa poitrine.
« Et toi ? demanda-t-il encore.
- Je
resterai avec toi aussi, Harry. »
Il était hors de question qu'il renonce à Harry. Les quelques heures qu'ils avaient passées ensemble avaient resserré leurs liens si fortement qu'il était simplement inenvisageable qu'il renonce à s'occuper de l'enfant, désormais. Et puis, il était fort probable que Sirius aurait besoin de lui pour le seconder auprès de Harry. Azkaban l'avait sûrement éprouvé…
Mais pas autant qu'il aurait pu le craindre, songea Remus, se remémorant leur rencontre dans le quartier de Haute Sécurité. Sirius était très amaigri, visiblement épuisé, à bout de force… Mais il avait toujours la tête sur les épaules. Cela ne l'étonnait qu'à moitié. Sirius était capable de s'en sortir, uniquement pour prouver au monde entier qu'il pouvait le faire !
L'esprit de Remus dériva lentement sur ses souvenirs, sur tous les moments où Sirius avait fait montre de ce formidable aplomb qui lui avait sans doute permis de rester sain d'esprit à Azkaban. Il finit par s'endormir, bercé par le roulis du train, réconforté par la chaleur de Harry, serré contre lui.
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Mondingus était inquiet. Il avait beau faire, il ne parvenait pas à laisser le sommeil le gagner, l'entraîner loin d'Azkaban et des projets d'évasion de Finnigan Fox.
Etait-il toujours à l'infirmerie ? Avait-il retrouvé son frère ? Avait-il échappé à l'île, aussi invraisemblable que cela puisse paraître ?
S'il y avait bien une personne capable de s'évader d'Azkaban, c'était bien lui, Finnigan. Il avait prouvé à maintes reprises qu'il possédait des ressources impressionnantes…
Il s'assit dans son lit en soupirant. Il sentait comme une agitation singulière, dans la prison. Nombre de prisonniers ne dormaient pas, certains étaient même debout, à regarder dans le couloir. Machinalement, il se leva à son tour pour approcher de la grille.
« Tu dors
pas non plus, Dingo ? demanda une voix, depuis la cellule voisine.
-
Non… Qu'est-ce qui se passe ? Une autre émeute se
prépare ?
- Je crois pas, mais c'est bizarre…
C'est tellement calme… »
Mondingus réalisa subitement que le malaise venait de là. La prison était étrangement calme, comme elle ne l'était jamais la nuit. Et il comprit aussitôt pourquoi.
« Les
Détraqueurs ne circulent pas dans les couloirs, cette nuit…
murmura-t-il.
- Non… Tu crois que Jorkins a
finalement décidé de ne plus nous les laisser sur le
dos ?
- J'en doute… »
Etait-ce lié au projet d'évasion de Finnigan ? Les Détraqueurs étaient-ils tous lancés à la poursuite de son ami, délaissant le quartier de détention et les prisonniers inoffensifs qui y étaient enfermés ? Etait-ce ou non un bon présage ?
Comme il était d'un naturel optimiste, il préféra penser que s'ils avaient rattrapé Finnigan et son frère, ils seraient déjà de retour pour les harceler eux. Non. Ou les Détraqueurs étaient à la recherche des deux fuyards, ou Finnigan avait trouvé un moyen de les neutraliser. C'était peut-être un peu gros, mais après tout, pourquoi pas ! Mondingus était prêt à le croire capable de tout !
Il retourna se coucher. Il ne servait à rien de tourner en rond, il lui suffisait d'attendre le lendemain pour avoir des réponses. Et le temps passait beaucoup plus vite en dormant.
Il fut tiré de son sommeil par la grille de sa cellule que l'on ouvrait. Il se dressa sur son séant en grommelant. Il ne savait pas exactement combien de temps il avait dormi, mais il aurait parié que c'était peu. Il battit des paupières en baillant et tourna la tête vers le visiteur, s'attendant à voir Doherty ou l'un des autres gardiens.
Ce n'était pas un gardien. C'était cet Auror, qui avait accompagné la complice de Finnigan, cette femme avec sa robe verte, celle qui lui avait donné la fleur de sommeil.
Subitement très bien réveillé, Mondingus se prépara psychologiquement à un dangereux interrogatoire.
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Malefoy était d'une humeur massacrante. Il se réfugia dans son bureau aussitôt de retour chez lui et éjecta même Dobby d'un bon coup de pied dans le fondement pour le faire déguerpir plus vite – et soulager un peu ses nerfs par la même occasion.
Il revenait tout juste du ministère. Il avait été témoin du branle-bas de combat des Aurors, du rappel dans les locaux de la batterie d'assistants et d'attachés de presse de la Ministre, et il manquait encore s'étouffer de rage en repensant à ce qui avait causé tout ce remue-ménage.
Les frères Black s'étaient évadés d'Azkaban.
Ce qui signifiait en vrac que Regulus était bel et bien vivant, que Rogue lui avait menti, qu'il devrait lui-même se lancer à leur poursuite, et pour cela, qu'il allait devoir battre le rappel de ses troupes, et qu'il devrait remettre ses propres projets à plus tard.
Il regretta presque que Dobby ne fût plus dans le bureau, il lui aurait volontiers balancé quelques claques supplémentaires…
Si seulement il s'était décidé à solliciter l'aide de Fudge pour entrer à Azkaban quelques jours plus tôt… Si seulement il avait pu se rendre dans l'île avant que ce traître ne s'en échappe…
Comment avait-il fait, d'ailleurs ? Les Aurors semblaient perplexes. Il avait même vu quelques Langues-de-plomb escorter le contingent d'Aurors envoyé à Azkaban. Scrimgeour lui-même avait fait le déplacement.
Il
entendit qu'on grattait à la porte. Dobby revenait,
apparemment. Malefoy ouvrit le battant d'un geste brusque. L'Elfe
était là, effectivement, triturant nerveusement le
torchon qui lui servait de vêtement. « Quoi ?!
-
Il y a un visiteur, Maître… bredouilla l'Elfe.
-
Dis-moi que c'est ce sale traître de Rogue, que je
l'écorche vif ! Nous soutenir qu'il a bel et bien accompli
les ordres, et avec quel aplomb ! Si Croupton n'avait pas été
persuadé que c'était bien Regulus Black, je m'y
serais laissé prendre, à ses airs d'innocence
outragée !
- Ce n'est pas monsieur Rogue…
bredouilla Dobby. C'est cet homme que Monsieur a reçu dans
son bureau la semaine dernière… »
Malefoy fronça les sourcils. Greyback. Venait-il s'excuser pour le fiasco de l'enlèvement du petit Potter ? Si tel était le cas, il avait fort mal choisi son moment !
« Fais-le entrer, Dobby. »
Il s'assit derrière son bureau et inspira fortement pour se calmer. Sa colère risquait d'altérer son jugement, et il avait commis bien trop d'erreurs, ces derniers temps.
Greyback entra, effroyablement crasseux et l'air passablement mauvais. Subitement, Malefoy ne trouva plus aussi impératif de lui remonter les bretelles.
« Malefoy… grommela le loup-garou.
-
Des nouvelles, Greyback ? demanda-t-il, après
s'être éclairci la voix.
- Je n'ai pas
retrouvé la trace du gosse…
- D'après le
journal, il aurait été emmené par un nommé
Remus Lupin. Un loup-garou. Vous le connaissez ?
-
Lupin… ? »
Les lèvres de Greyback s'étirèrent en une grimace de dégoût qui découvrit d'horribles dents jaunâtres. Malefoy le trouvait répugnant. Pourquoi avait-il accepté de s'associer à une pareille engeance ?
« Un ami des Potter, ajouta
Malefoy.
- Je connais son odeur, je le retrouverai, gronda
Greyback. Et je réparerai l'erreur que j'ai commise en
faisant de lui l'un des nôtres…
- Vraiment ? fit
Malefoy, haussant un sourcil sceptique.
- Je retrouverai sa
trace, insista le loup-garou, martelant le délicat
bureau de son poing massif. Et je lui prendrai l'enfant !
-
Vivant, Greyback…
- Bien sûr !
-
J'espère que vous retiendrez votre sauvagerie, cette fois-ci
! »
Le visage de Greyback prit un air de jubilation
féroce à l'évocation du massacre des Dursley.
Mais Malefoy était sérieux. Il avait vraiment besoin de
Harry Potter vivant. « Si le petit venait à mourir lors
de son rapt, soyez sûr que nous vous le ferons payer très
cher.
- Ne me menacez pas, Malefoy ! » s'emporta le
loup-garou. Un instant, Malefoy crut même qu'il allait
lui bondir à la gorge. Sous le bureau, sa main trouva
instinctivement sa baguette. Mais Greyback se contenta de se lever
pour prendre congé.
« Je vous apporterai Harry Potter avant la prochaine pleine Lune », conclut-il.
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«
Où se trouve votre co-détenu, l'homme qui se
fait appeler Finnigan Fox ? demanda d'emblée McPherson.
-
Finn ? A l'infirmerie, pourquoi ? C'était encore un coup
de Floyd, c'est ça ?!
- Floyd ? Non.
-
Quelle heure est-il ?
- Deux heures du matin.
-
Deux heures ?! »
Mondingus Fletcher passa une main sur son visage, comme pour se réveiller. McPherson le détailla avec attention, à l'affût du plus petit signe lui indiquant que l'homme était au courant des projets d'évasion des Black.
« Pourquoi était-il à
l'infirmerie ? demanda l'inspecteur.
- Pourquoi me
demander cela à moi ? Et en pleine nuit ? L'infirmière
vous renseignera sûrement mieux que moi !
- Répondez
à ma question, je vous prie. »
Fletcher hésita, comme s'il cherchait à comprendre où tout cela pouvait le mener.
« Il a été pris de
convulsions à la cantine.
- Est-il sujet à
quelque maladie chronique ?
- J'ai pensé à
un empoisonnement. Comme la dernière fois.
- Oui, je
me souviens de cette histoire…
- Est-ce que Finn
va bien ? »
L'inquiétude sonnait juste. Sur ce point, au moins, McPherson était sûr qu'il ne mentait pas.
«
Parlez-moi de l'émeute, enchaîna l'inspecteur,
sans lui répondre.
- L'émeute ?
-
Fox et vous n'y avez pas pris part, apparemment. Pourquoi ?
-
Parce que c'était idiot. Je sors la semaine prochaine, je
n'allais pas risquer de replonger aussi bêtement !
-
Et votre ami ? Fox ? »
Fletcher haussa les épaules. McPherson laissa le silence s'étirer, mais le détenu ne montrait pas de signes tangibles de nervosité. Ou Fletcher savait manœuvrer son monde, ou il n'était vraiment au courant de rien. Mais ce n'était pas en poursuivant de la sorte qu'il arriverait à démêler le rôle que ce type avait pu jouer dans l'évasion des Black. Peut-être valait-il mieux le bousculer un peu.
« L'homme que vous appelez Finnigan Fox s'est évadé cette nuit d'Azkaban », lança-t-il.
Quelque
chose pétilla dans l'œil de Fletcher. Cela pouvait être
de l'amusement, du soulagement, ou même une fugitive trace de
triomphe. « Vous me faites marcher, inspecteur !
-
Vous croyez ? Vous croyez que c'est pour vous faire une blague que
je viens ici, dans votre cellule à deux heures du matin ?! Ce
Finnigan Fox est en réalité un dangereux Mangemort,
recherché par nos services ! Une pourriture qui a choisi le
mauvais camp, celui de Vous-Savez-Qui. Etes-vous
vous même un partisan du Lord Noir ?
- Certainement
pas ! s'exclama Fletcher, comme si cette simple idée lui
était répugnante.
- Et cet homme est
maintenant libre de s'en prendre à n'importe qui ! Aussi,
si vous savez quelque chose, je vous conseille fortement de parler !
»
Fletcher avait perdu le sourire. Le moment n'était plus à la plaisanterie. Au moins en était-il conscient.
« Je ne sais rien, déclara-t-il
finalement.
- Ah oui, vraiment ! ricana McPherson. Vous
allez donc essayer de me faire croire que vous avez partagé la
cellule d'un homme organisant son évasion sans vous être
rendu compte de rien… ?
- Finn est un type plutôt
secret… avança Fletcher, prudemment.
- Mais vous
êtes loin d'être un idiot, Fletcher ! Quel rôle
vous a-t-il fait jouer ? Etait-ce lui, à
l'origine de l'émeute ?
- Nous n'avons pas
participé à l'émeute ! protesta Fletcher.
-
Et toutes ces bagarres qu'il a suscitées, servaient-elles
un but particulier ?
- Je n'en sais rien ! Des bagarres,
il y en a tout le temps, ici !
- Mais l'une d'elle a
permis l'évasion d'un prisonnier, non ?
- Je ne
vois pas…
- Bien sûr ! Vous ne voyez pas, vous
n'avez pas très bonne vue, Fletcher ! »
Le détenu se renfrogna très nettement.
« Je
vais vous laisser penser au problème, maintenant. Et j'espère
que demain, vous aurez quelques réponses à me
fournir.
- Je vous ai dit que…
- … vous ne
saviez rien, je sais, j'ai entendu. Mais je ne suis absolument pas
disposé à le croire. On ne sait jamais «
rien » . J'espère que vous retrouverez la mémoire
avant mon retour ici demain. Quoi qu'il en soit, je crois que votre
départ d'Azkaban la semaine prochaine est fortement
compromis.
- Pourquoi ?! explosa Fletcher. C'est injuste,
je n'ai rien fait !
- Je ne prendrai pas le risque de
vous voir vous évanouir dans la nature !
- Vous ne
pouvez pas me garder ici ! J'ai accompli ma peine ! Je me suis
toujours bien conduit !
- Peut-être fallait-il
y songer à deux fois, avant d'accorder votre amitié à
Regulus Black ! »
McPherson espérait ardemment que Fletcher ne réagirait pas au nom – ce qui serait un indice qu'il connaissait la véritable identité de Fox. Il en fut pour ses frais. Fletcher écarquilla les yeux, apparemment étonné.
« Qui ?
demanda-t-il.
- Regulus Black. L'homme qui
se faisait appeler Fox. Un Mangemort notoire, comme je vous l'ai
dit.
- Black comme Sirius Black ?
- Son
frère.
- Merde… »
Fletcher se tut, subitement pensif. S'il jouait la comédie, il avait un don certain, McPherson devait bien le reconnaître.
« Nous nous reverrons demain, Fletcher. La nuit porte conseil, dit-on. Réfléchissez bien. »
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Sirius se réveilla en sursaut et le livre qu'il tenait encore sur ses genoux glissa sur le sol. Il battit des paupières et regarda autour de lui, perdu. Il n'était pas dans sa cellule. Non, bien sûr que non. Il s'était évadé, avec Regulus. Tout lui revenait en mémoire, alors que son regard se posait finalement sur la forme endormie de son frère. Endormie mais agitée. C'était lui, sans doute, qui l'avait réveillé.
Il se rappela aussi subitement son inquiétude, encore aggravée par toutes les horreurs qu'il avait lues dans le livre que Rogue lui avait laissé. Le livre de Regulus. Les Arcanes de la Mort. Un titre sinistre, pour un sujet qui l'était davantage encore. De la pure magie noire.
Comment son frère avait-il pu se lancer dans des lectures pareilles ?
Facile. Il lui avait suffi d'écouter ses parents.
Sirius sentit une ancienne colère ressurgir brusquement. La colère contre cette famille qu'il avait fuie dès qu'il l'avait pu. En laissant Regulus derrière lui.
Il se leva pour approcher de son frère. Celui-ci s'agitait dans son sommeil, marmonnait des phrases incompréhensibles. Il posa une main sur son front, s'attendant presque à lui trouver de la fièvre, mais ce fut plutôt le contraire. Sa peau était singulièrement froide. Ce n'était sûrement pas bon signe.
« Regulus, appela-t-il, le secouant doucement par l'épaule. Réveille-toi… »
Il lui avait donné la potion de Rogue, avant que celui-ci ne quitte leur refuge, à la recherche de réponses – du moins l'espérait-il. Regulus l'avait bue d'une traite, sans rechigner, avant de se rendormir. Et il avait semblé plus serein, pendant un moment. Jusqu'à ce que l'épuisement finisse par venir à bout de la vigilance de Sirius et qu'il se laisse aller à dormir lui-aussi.
Mais son sommeil n'avait plus rien de serein, maintenant. Sirius préférait le réveiller.
Il le secoua une nouvelle fois, et finit par le soulever légèrement pour l'enlacer. Il se sentit brusquement glacé, comme si le corps de son frère pompait sa propre chaleur. Il repensa aussitôt aux Détraqueurs et le frisson qui le parcourut alors n'était pas uniquement dû au froid.
Les Détraqueurs avaient cette particularité de glacer le monde autour d'eux. Combien de fois Sirius s'était-il trouvé grelottant, alors qu'ils approchaient de sa cellule ?
Qu'est-ce que Regulus était devenu, au juste ?
Sirius sentit ses cheveux se hérisser, sur sa nuque. Mais il s'accrocha un peu plus à son frère et l'appela doucement.
Celui-ci finit par ouvrir les yeux, l'air épuisé et hagard.
« Regulus,
tu vas bien ? insista Sirius.
- J'ai froid… murmura
Regulus, articulant avec difficulté, alors que sa mâchoire
se mettait à trembler.
- Je sais, tu es glacé…
Est-ce que je peux faire quelque chose ?
-
Normalement, ça devrait passer…
- Et si ça
ne passe pas ?
- Ne dis pas ça… »
Sirius l'aida à se redresser, mais sans le lâcher. Il espérait encore pourvoir le réchauffer par sa seule présence, mais il était lui-même à la limite de grelotter, maintenant.
« Bon sang, Regulus,
qu'est-ce que tu as fait… ?! murmura-t-il.
-
Rogue n'a rien dit ?
- A peine. J'ai lu ton bouquin…
Mince, c'est…
- J'ai froid… »
Le moment n'était ni aux réprimandes, ni aux explications. Sirius tendit la main vers la baguette que lui avait donnée Rogue, restée sur la table de chevet. Il ignorait ce qu'il serait capable de faire, après tout ce temps passé sans magie, et avec une baguette qui n'était pas la sienne de droit. Mais il devait au moins essayer quelque chose.
A la troisième tentative, il réussit à produire un peu de chaleur. Celle-ci les enveloppa et Regulus lui adressa un vague sourire.
« Merci… Je vais dormir
encore un peu… Tu restes-là ?
- Je ne bouge
pas. »
Regulus posa la tête sur ses genoux et ferma les yeux. La baguette serrée dans sa main, Sirius le regarda s'endormir, le cœur serré par l'angoisse.
