McPherson/Isabelle, Sirius et Rogue concernant Remus, ainsi que l'état de Regulus, Dumbledore, retrouvailles Sirius/Remus amorcées.
Petite précision : Fudge n'a obtenu le titre de ministre de la magie qu'en 1990. Auparavant, le poste était tenu par Millicent Bagnold, de 1980 à 1990 (d'après l'EHP).
Chapitre 3 :
Sirius était persuadé d'avoir entendu du bruit.
Il repoussa doucement Regulus sur le côté pour dégager ses jambes et traversa la chambre jusqu'à la porte, sa baguette à la main. C'était vraisemblablement Rogue qui revenait, mais il valait mieux rester prudent. Il entrebâilla la porte juste assez pour jeter un coup d'œil dans la pièce.
C'était Rogue, effectivement. L'air plus sinistre que jamais. Le petit jour blafard accentuait les ombres sous ses yeux noirs, et jaunissait un peu plus son teint déjà maladif.
Sirius ouvrit la porte plus largement et le
rejoignit. Rogue l'accueillit d'un reniflement mêlé
d'une petite moue méprisante qu'il trouva passablement
agaçante. « Comment va Regulus ?
- Pas très
bien, je crois… répondit Sirius, presque soulagé que
le sujet reste cantonné à son frère. Il est
glacé…
- C'est ennuyeux… S'est-il
réveillé ?
- Son sommeil était un peu
trop agité, je l'ai réveillé, tout à
l'heure. Mais il était fatigué, il s'est rendormi.
Tu as pu trouver quelque chose ?
- Rien de plus que ce que
je savais déjà. Pour le moment. Je vais aller le voir.
En attendant, prends donc connaissance des dernières nouvelles
! »
Il laissa tomber la liasse de papier qu'il tenait serrée dans sa main sur la table entre eux. La gazette du sorcier. Sirius ramassa le journal et le déplia. Apparemment, c'était une édition spéciale, sur deux pages. Son portrait et celui de Regulus s'étalaient sur la première, sous le titre :
Evasion spectaculaire de la prison d'Azkaban : les frères Black en cavale.
« Eh bien, ils n'ont pas perdu de temps ! » murmura Sirius, survolant l'article.
Celui-ci était succinct. Les journalistes, apparemment, n'avaient encore que peu d'informations sur le sujet. Leur but était essentiellement d'alerter la communauté sorcière et d'en appeler à la vigilance de chacun. Sirius survola le paragraphe relatant les circonstances de son arrestation – trop de chagrin, encore – s'attarda un peu plus sur la description qui était faite de son frère – Mangemort notoire, fervent partisan de Celui-ont-on-ne-doit-pas-pronocer-le-nom – sans parler, toutefois, de son prétendu décès, ni de la manière dont il s'était retrouvé à Azkaban.
Par contre, le dernier paragraphe retint immédiatement son attention.
L'évasion du Mangemort directement responsable de la mort des époux Potter ne laisse hélas ! présager rien de bon, quant à l'enlèvement du Survivant. Malgré le déploiement formidable des Aurors et la mobilisation sans précédent des ressources du Ministère, le petit Harry reste en effet introuvable. La piste la plus sérieuse met toujours en cause le loup-garou Remus Lupin, qui a été aperçu rôdant à proximité du domicile de l'enfant. Sirius tourna la page pour tomber sur une photographie de Remus. Il fronça les sourcils. L'angoisse liée à l'évasion, puis son inquiétude pour Regulus lui avaient sorti ce fait-là de la tête : la disparition de Harry. Il reprit sa lecture.
L'article se poursuivait par une description détaillée de Remus, sur les sentiments d'amitié qui les liaient tous les deux et revenait sur les circonstances de l'enlèvement.
Il
paraît indubitable que la mort des Dursley soit le fait d'un
loup-garou. La sauvagerie de leur assassinat est caractéristique
de la bestialité de ces monstres. Chacun a encore en mémoire
la vague d'attaques de loups-garous dont notre communauté a
été victime jusqu'à l'année dernière
encore, de leur cruauté surtout.
« Il n'y a
qu'un loup-garou pour dévorer un enfant vivant, nous a
confié l'Auror Albertus Smithers, en charge de l'affaire «
Dursley ». Le cousin de Harry avait tout juste deux ans…
»
Dans les milieux autorisés, les rumeurs les plus
pessimistes couraient déjà sur le sort réservé
au Survivant, à mesure que les chances de le retrouver sain et
sauf s'amenuisaient. L'évasion de Sirius Black rend
pratiquement caduc tout espoir qui pouvait encore subsister. Il
paraît presque évident, désormais, que l'enfant
sera livré au meurtrier de ses parents par Lupin, à
moins que celui-ci, cédant à ses pulsions bestiales, ne
l'ait déjà massacré.
Suivait un tas de conseils concernant la conduite à tenir si on avait des renseignements fiables ou des indices à communiquer, ainsi qu'un long descriptif de la manière la plus efficace de venir à bout des loups-garous.
Sirius déposa le journal sur la table, pensif.
La simple idée que Remus pouvait faire du mal à Harry était risible, il tenait à l'enfant sans doute autant que lui-même. Et quiconque connaissait Remus aurait pu témoigner que jamais son ami ne laissait sa part animale le dominer, qu'il était simplement incapable du moindre acte bestial.
Alors qui s'en était pris aux Dursley ? Et comment pouvait-il être sûr que Harry était bien en sécurité, avec Remus, et non entre les mains de ses ennemis ?
Peut-être Rogue en saurait-il davantage ?
Il allait lui demander.
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McPherson avait passé une bonne partie de la nuit à Azkaban, sur les lieux-mêmes de l'évasion d'abord, puis dans tous les endroits fréquentés par les frères Black.
Il avait revisité à fond la cellule de Sirius en Haute Sécurité, sondé un à un chaque barreau, scruté chaque millimètre des murs, sans rien trouver. Il ne décelait même pas le moindre résidu de magie, indiquant qu'on aurait pu forcer l'issue de cette façon, aussi improbable que cela puisse paraître.
Il avait tenté d'interroger les voisins direct de Black, il ne récolta qu'un tissu d'inepties. Il ne pouvait rien attendre de Mangemorts. Encore moins de Mangemorts rendus à moitié fous par leur réclusion forcée.
Il avait visité ensuite l'infirmerie. Là, au moins, les traces d'effraction étaient visibles. Après examen, il était à peu près certain de ne pas se tromper, en imaginant la manière dont Regulus s'était faufilé jusqu'au cimetière : il lui avait suffi de forcer les serrures…
Il avait poursuivi son enquête par l'interrogatoire du co-détenu de Regulus, Mondingus Fletcher. Il ne s'attendait pas à ce que l'homme se confie spontanément à lui, mais la tâche s'était avérée plus ardue que prévu. Regulus semblait être parvenu à s'attirer les bonnes grâces de Fletcher. Mais McPherson n'avait pas dit son dernier mot. Avec un peu de patience, il était sûr que Fletcher se montrerait un peu plus coopératif.
En quittant le quartier des détenus, il avait décidé de faire un crochet par les cuisines. Les frères Black s'étaient procurés du sel… Il avait fait le tour de la salle, et avait aussitôt noté quelques éléments troublants. Les barreaux de la fenêtre avaient été malmenés. En forçant un peu, l'Auror parvint même à les écarter suffisamment pour laisser passer un homme mince. Il enregistra le fait, sans pouvoir l'expliquer encore. L'un des frères Black s'était-il glissé dans la cuisine par cette fenêtre pour y voler du sel ? Mais comment s'y serait-il pris ? Il y avait bien la cour, en contrebas, celle qui servait pour la récréation des détenus le mardi, mais il ne voyait pas comment l'un des deux hommes auraient pu grimper sur le mur jusqu'à l'étage, sans se faire remarquer des gardiens en surveillance.
La réserve l'intéressa tout autant. Surtout ce qu'il découvrit soigneusement dissimulé derrière des cartons. Une brèche récemment comblée. Il dégagea l'ouverture d'un coup de baguette magique et déboucha sur un placard.
Intéressant.
Le placard en lui-même, cependant, ne recelait rien de spécial. Mais McPherson allait poursuivre son enquête et il trouverait. Il trouvait toujours.
L'aube était là, lorsqu'il s'avisa qu'il était temps de revenir au ministère. Il croisa les deux Langues-de-plomb, qui discutaient avec des airs de conspirateurs, dans le couloir qui conduisait au bureau de Jorkins. Il ne se donna même pas la peine de leur demander ce qu'ils pensaient de tout cela, il savait que ce serait peine perdue. Les hommes du département des Mystères ne laissaient jamais filtrer aucune information.
Il utilisa la cheminée du directeur pour revenir au quartier général des Aurors.
Scrimgeour releva la tête des papiers qu'il consultait, lorsqu'il déboula dans le bureau, époussetant la suie qui le maculait.
«
Ah, McPherson, vous voilà enfin ! Alors ? Avez-vous
fait des découvertes intéressantes ?
- Certes
! Mais il reste de nombreux points d'ombre. Je compte interroger le
personnel de la prison ce matin-même. Le plus tôt
sera le mieux. Il y a deux points, en particulier, que je souhaite
éclaircir. D'abord, je voudrais savoir qui accompagnait
Remus Lupin, lorsqu'il s'est présenté à
Azkaban pour les visites du samedi.
- Lupin est venu à
Azkaban ?
- Oui. Peu de temps avant la disparition du petit
Potter. Et je le soupçonne d'être revenu sur l'île
sous l'identité de Bertha Jorkins.
- Oui, je me
souviens que vous m'avez parlé de cela… Pensez-vous
qu'il ait joué un rôle actif dans l'évasion
de Sirius Black ?
- Je n'en sais rien… Mais je ne
pense pas. Il a kidnappé Harry, je pense que son rôle se
borne à cela.
- Alors pourquoi avoir couru le risque
de rendre visite à Black en prison ? Par deux fois, dont
l'une, sous sa véritable identité ?
- Je ne
sais pas encore. Mais je compte bien le découvrir ! Ce qui
m'intéresse surtout, c'est l'identité de l'autre
homme.
- Un autre ?
- Le gardien se souvient que
Lupin était accompagné d'un autre sorcier, un type
pas commode, très mécontent qu'il ne puisse pas voir
Regulus Black – il était à l'infirmerie à ce
moment-là. Apparemment bien près de la mort,
mais ça reste à prouver. Je pense que je pourrais
trouver assez facilement l'identité de cet homme.
-
Excellente idée, McPherson ! Et le second point ? »
McPherson passa une main sur son visage, et se frotta mécaniquement les yeux. Le manque de sommeil commençait à se faire sentir. Il lui fallut quelques secondes pour préciser ses pensées.
« Je
veux m'assurer que les frères Black n'ont bénéficié
d'aucune aide au sein même de la prison.
- Vous
avez interrogé le co-détenu de Regulus Black ?
Qu'a-t-il dit ?
- Il nie en bloc,
évidemment… Mais ce n'est pas ma préoccupation
première. Le plus urgent, me semble-t-il, c'est
d'écarter l'idée d'une complicité de la
part du personnel-même de la prison… Il faut que
j'interroge la guérisseuse.
- La guérisseuse
? Vous pensez qu'elle est de mèche avec les frères
Black ?
- Elle ou son infirmier… Pourquoi pas ? On sait
que Regulus Black n'était pas dans sa cellule, mais à
l'infirmerie. C'est de là qu'il a rejoint le cimetière.
Et le nom de Finnigan Fox – l'alter ego de Regulus Black – me
semble curieusement associé à l'infirmerie. Un peu
trop. Je suis sûr qu'il a fréquenté ce lieu-là
bien plus souvent que la moyenne des autres détenus. Non, il
faut vraiment que j'interroge Miss Fudge. »
Scrimgeour sursauta au nom et regarda l'inspecteur avec stupeur.
«
Miss Fudge ? Est-elle apparentée à Cornelius ?
-
C'est sa fille, je crois…
- Bon sang de bonsoir… !
»
Scrimgeour soupira. McPherson se rembrunit, soudainement conscient des problèmes qui allaient se poser quant à ce suspect en particulier.
« Il
faut que vous soyez sûr de vous, sur ce coup-là,
McPherson… prévint Scrimgeour. Fudge a de plus en plus
d'influence, il prend du galon… Si vous accusez sa fille à
tort, il risque fort de prendre la mouche, et de vous mettre des
bâtons dans les roues… Et ce serait préjudiciable pour
toute l'enquête !
- J'ai compris. J'avancerai
avec la plus grande prudence. Pour le moment, il n'est pas question
d'accusation, je ne prétends l'entendre qu'en temps que
témoin. Après tout, elle est la dernière
personne à avoir vu Regulus Black.
»
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Mondingus avait peu dormi. Il comprenait maintenant à quel point Finn avait eu raison, de lui cacher les détails de son plan. Il ne risquait pas de dire ce qu'il ne savait pas. Mais de là à prétendre tout ignorer de ses projets d'évasion…
L'Inspecteur qui l'avait interrogé était loin d'être un sot. Il finirait par lui faire dire ce qu'il voulait savoir, Mondingus savait que ce n'était qu'une question de temps. Il avait eu suffisamment affaire aux Aurors, dans sa vie, pour savoir que ces hommes-là savaient se montrer extrêmement persuasifs.
Ne l'avait-il pas menacé de le laisser moisir un peu plus longtemps en prison, s'il refusait de parler ?
Mondingus ne voulait pas rester en prison. Il voulait sortir. Mais pouvait-il trahir Finn ?
« De toute façon, ce que je pourrais dire ne lui causera pas grand tort, je ne sais quasiment rien ! Ce n'est pas de moi que les Aurors pourront apprendre où il se cache ! » pensa-t-il.
De plus, s'il apparaissait que lui-même avait effectivement joué un rôle dans l'évasion des Black…
Il ne serait plus question de liberté. On le garderait au frais pour complicité, pour des mois, très probablement.
Non, le mieux était qu'il tienne sa langue. Qu'il admette simplement que Finn était un type bizarre, qui avait sûrement des projets louches en tête, mais qu'il n'était vraiment au courant de rien.
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« Tu
dois absolument te reprendre, Regulus, disait Rogue, assis sur le
lit.
- Me reprendre… ?
- Ferme ton esprit.
Ferme-le avant qu'il ne t'échappe complètement
!
- Il me faut juste un peu plus de repos, Severus…
-
Non, Regulus ! Concentre-toi, et ferme-toi à tes
perceptions ! Tout de suite ! »
Détourné un instant de ses préoccupations par la discussion des deux hommes, Sirius ouvrit la porte de la chambre en grand et entra. Regulus l'accueillit avec un vague sourire. Mais Rogue laissa échapper un soupir mécontent.
« Tu
te disperses, Regulus ! protesta-t-il, comme s'il
s'adressait à quelque élève particulièrement
obtus.
- J'ai compris ce que tu m'as dit, Severus, pas
la peine d'en faire trop !
- Et quand réagiras-tu
? Quand tu n'auras plus la force de t'opposer à tes
ennemis ?
- Quels ennemis ? » demanda Sirius,
inquiet.
D'un geste vague de la main, Rogue lui fit signe de se taire. Ce qui déplut fortement à Sirius. Il allait protester, mais Rogue s'adressait de nouveau à son frère, avec plus d'insistance encore.
« Il ne s'agit pas que de ta vie, il s'agit aussi de ton âme ! Tu as réussi le rituel, vous êtes sortis d'Azkaban, ton frère et toi ! Mais il faut que tu gardes le contrôle ! »
La fébrilité de Rogue recelait une
part de peur, Sirius la sentait. Et ce qui effrayait Rogue ne pouvait
être que très mauvais. Il sentit ses bras se couvrir de
chair de poule. « Fais ce qu'il dit, Regulus, appuya-t-il.
Je t'en prie.
- Je sais ce que tu vois, reprit Rogue, son
regard noir plus aigu encore posé sur Regulus comme s'il le
sondait. Ce que tu ressens. Ne t'emplis pas de ça !
C'est un leurre, tu ne seras pas plus puissant, juste plus mauvais.
»
Il y eut un silence particulièrement lourd, pendant lequel Sirius se répéta plusieurs fois la dernière phrase de Rogue. Etait-il possible qu'il puisse penser de cette manière, lui, le Mangemort, l'adepte de la magie noire ?
Depuis quand Rogue avait-il décidé de passer du côté du bien ?
Regulus les regardait tour à tour, et ses traits fatigués se durcissaient, alors qu'il s'emplissait d'une détermination nouvelle.
« Je sais que tu as raison, Severus, admit-il finalement. Oui. Il est temps de reprendre le contrôle. Je vais fermer la porte, je n'écouterai plus. Laissez-moi seuls un instant, voulez-vous ? »
Sirius et Rogue hésitèrent, échangèrent un regard…
«
J'ai besoin de me concentrer, insista Regulus. Si vous restez, vous
allez me distraire. Je n'ai plus suffisamment de force pour me
payer le luxe d'en gaspiller.
- Mais tu le feras ?
demanda Sirius. Tu feras ce qu'a dit Rogue ?
- Oui. Je
le fais tout de suite. Restez derrière la porte. Tu as encore
de la potion en réserve, Severus ? Je crois que j'en aurai
besoin… »
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Isabelle regarda le soleil se lever avec soulagement. Elle avait sans doute passé la pire nuit de sa vie. Toutes ses pensées étaient tournées vers Azkaban, et l'homme qu'elle y avait laissé. Un homme en danger de mort.
Que les Mangemorts soient à sa recherche pour l'éliminer l'avait paradoxalement un peu réconforté. Finnigan – non, Regulus Black ! – ne pouvait pas être vraiment mauvais, si ces hommes-là souhaitaient l'éliminer. Isabelle regrettait de ne pas avoir eu l'occasion de parler davantage avec le jeune homme. Elle voulait tellement comprendre comment il avait pu se fourvoyer dans l'idéologie destructrice des Mangemorts…
Elle avait de plus en plus de mal à prendre du recul. Depuis que Regulus l'avait sauvée, quelque chose avait cédé, en elle. Son esprit refusait désormais de faire barrage à ses sentiments, elle avait abandonné ses dernières réticences. Elle était amoureuse. Définitivement.
Elle se prépara un café fort. Elle en aurait besoin, pour affronter la journée qui se présentait. Pour affronter l'absence de Regulus et les questions qui en découleraient. Elle refusait d'imaginer qu'il ait pu manquer son évasion. Toutes les fois que son esprit tentait de l'amener sur ce terrain-là, son estomac se contractait douloureusement et son cœur se mettait à battre affreusement vite, au bord de la défaillance.
Elle refusait d'imaginer le corps sans vie de Regulus fracassé contre les rochers abruptes de l'île. Elle refusait de se le figurer recroquevillé sur lui-même, privé de son âme par les Détraqueurs.
Après une rapide toilette, elle revêtit la robe qu'elle portait à Azkaban, et elle était prête à partir, lorsque deux Aurors déboulèrent dans son appartement, via la cheminée. Elle les écouta formuler leur demande courtoisement, dans un état second. Elle ne pouvait penser qu'à une chose : Regulus avait dû réussir. S'il était encore à Azkaban, on ne lui demanderait pas de se présenter au Ministère pour répondre à quelques questions.
Mécaniquement, elle suivit les Aurors. A aucun moment, elle ne songea à sa propre situation.
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« Ce
que tu as dit à Regulus… Tu le pensais vraiment ?
-
De quoi ? demanda Rogue, sèchement.
- Que la magie
noire rendait plus mauvais que puissant ?
-
Tu comptes vraiment perdre ton temps avec ce genre de question, Black
? coupa Rogue, froidement.
- Tu m'excuseras, mais ce
genre d'assertions venant de toi, oui, ça me fait
tiquer !
- J'ai dit à Regulus ce qu'il avait
besoin d'entendre, c'est tout.
- Qu'est-ce
qu'il voit ?
- Hein ?
- Qu'est-ce
qu'il voit ? Tu as dit que tu le savais !
- Je n'ai
fait qu'entrevoir, à travers sa propre perception.
-
Arrête de chipoter sur les mots ! Je me fiche que tu ais vu la
même chose que lui ou pas, que tu ais toi-même
expérimenté ces choses-là ou que tu les
ais lues dans un de ces affreux bouquins, dis-moi ce que
Regulus voit ! »
Il avait presque crié, à bout de nerfs. Il avait besoin de faits bruts, pas d'ergotages. Rogue avait toujours été pinailleur. C'était rageant.
« Ce
qu'il a fait l'a rendu plus sensible à la magie. Ses
perceptions ont changé, il est attiré par ce qu'il
voit de force en nous. Notre énergie.
- Et en quoi
c'est dangereux ?
- Il est la porte ouverte à
toutes sortes de choses particulièrement friandes de
ça. Nous sommes comme un phare allumé en pleine nuit.
-
C'est donc nous qui sommes en danger.
- Sauf que
Regulus n'arrivera jamais à conserver son intégrité
physique et mentale, si ces choses décident de l'utiliser !
»
Sirius s'assit. Il avait toujours du mal à comprendre.
« Et
si Regulus ferme son esprit ?
- Il doit se forcer à
rester dans les limites de son corps physique. Arrêter de
voyager d'un plan à l'autre. Il doit refermer la porte.
C'est sa matérialité qui le protègera, son
encrage dans la réalité physique.
- Il y
arrivera ?
- Il a dit qu'il le ferait.
- Et
s'il échoue ? Ou… »
Il hésita à poursuivre. Mais Rogue n'avait pas les mêmes scrupules que lui.
«
…ou s'il nous ment ? poursuivit-il. Tu as tout compris,
Black, même si tu te refuses à le voir ! Effectivement,
il est extrêmement tentant, pour ton frère, de rester
ouvert sur ce plan. De s'affranchir des limites matérielles.
- Il peut nous mentir ?
- Je le verrai. »
Rogue s'assit à son tour. Son air maussade le rendait particulièrement laid, mais curieusement, pour la première fois, Sirius n'arrivait pas à le détester pour ça. Parce que pour une fois, ils partageaient la même inquiétude.
Non, pas tout à fait. Il se souvint brusquement de ce qu'il avait lu dans le journal.
«
Harry, dit-il, de but en blanc. Qu'est-ce qui s'est
passé ? Tu le sais ?
- Malefoy en a après
lui.
- Il l'a capturé ? C'est lui, derrière
tout ça ? demanda Sirius, la bouche sèche.
-
Lupin surveillait la maison. Nous savions que les Mangemorts allaient
tenter quelque chose. Je pense que le gosse est avec Lupin.
-
Qui a tué l'oncle et la tante de Harry ? Le journal dit que
c'est vraisemblablement un loup-garou…
- Oh,
Lupin se serait défoulé, tu crois ? ricana Rogue.
-
Non, certainement pas ! répliqua Sirius.
- Alors
pourquoi cette question ? Si tu es sûr de ton ami !
-
Je veux juste savoir qui Harry a aux trousses ! répliqua
Sirius, piqué au vif.
- Actuellement ? La totalité
du monde Sorcier, je pense ! Les Aurors, les Mangemorts, très
vraisemblablement l'Ordre du Phénix…
- Vous avez
prévenu Dumbledore que Harry était en danger !
-
Non. »
La nouvelle laissa Sirius abasourdi. Comment avaient-ils pu ne pas prévenir Dumbledore et faire l'impasse sur le meilleur allié qu'ils puissent avoir ?!
«
C'est stupide ! s'exclama-t-il. Dumbledore se
serait chargé de protéger Harry, et Remus n'aurait
pas le pays entier à ses trousses !
- Encore
aurait-il fallu pouvoir le joindre facilement, Dumbledore !
contra Rogue, irrité. Nous avons dû parer au plus pressé
! Et nous avons singulièrement manqué de temps, avec la
préparation d'une certaine évasion qui te touche de
près, Black !
- Il faut prévenir Dumbledore !
Il faut retrouver Harry et Remus ! »
Sirius s'était levé, emporté par son élan. C'était là une chose qui était enfin à sa portée, loin des méandres obscurs de la magie noire avec lesquels Regulus se débattait. Là, il pourrait agir.
« Prévenir Dumbledore ? Il faudra y songer sérieusement. Poudlard est sûrement surveillé, au moins par Malefoy et sa clique. Je ne veux pas leur donner la moindre opportunité de pouvoir mettre la main sur Regulus. Quant à Remus… Il a l'adresse de cet endroit, il devrait pouvoir nous retrouver. »
La mine de Rogue s'allongea un peu plus, et Sirius sentit son cœur s'écraser au fond de sa poitrine, pris d'une nouvelle vague d'angoisse.
«
Mais… ? demanda-t-il, alors que Rogue s'obstinait à
garder le silence.
- Il devra faire vite. La pleine lune
est pour cette nuit. »
La dernière chose dont Sirius avait besoin, c'était d'apprendre que le seul ami qui lui restait était désormais aussi dangereux pour son filleul que ses pires ennemis.
Il s'effondra sur sa chaise, à bout de force.
