Je n'ai pas répondu à toutes les reviews, j'en suis désolée ! A Kapuis, notamment : mes deux envois pour répondre à ta question ont avorté, je crois.

Chapitre 4 :

Regulus soupira et s'efforça de faire abstraction du froid qui l'envahissait, ainsi que des flux d'énergie plus ou moins importants qui traversaient la pièce et qui parasitaient sa concentration. Severus avait raison. Il devait absolument se ressaisir, et se protéger des forces qui l'environnaient.

Jamais Regulus n'avait senti autant de puissance se concentrer autour de lui. Comme si tout ce qui vivait dans cette autre « dimension » qu'il avait arpentée avec Sirius convergeait maintenant vers lui. Attiré par lui.

Il les voyait. Pas avec ses yeux physiques, évidemment, ces entités n'avaient pas de matérialité. Mais il percevait parfaitement leur essence, la dynamique qui les animait. Tout comme il avait vu la force vitale de Sirius. Certaines de ces choses étaient presque aussi lumineuses que son frère, l'une d'entre elles, particulièrement, qui ne s'éloignait jamais vraiment de lui. Une présence familière, que Regulus savait là depuis sa plus tendre enfance, même s'il ne l'avait jamais aussi bien distinguée que maintenant.

Son ancêtre, Belvina Black.

Cette présence était rassurante. Elle semblait veiller sur lui. Et tenir à l'écart ces entités qui lui faisaient peur : ces trous glacés avides d'énergie qui gravitaient autour de la moindre parcelle de lumière, et qui enflaient dangereusement à mesure qu'elles absorbaient chaleur et magie.

Il y en avait plusieurs, dans la pièce. Il les avait vu se rassembler autour de Sirius, avides de sa force, mais trop faibles, cependant, pour l'ingérer.

Mais combien de temps faudrait-il, pour que l'une ou l'autre de ces choses se déploie suffisamment pour devenir une menace ?

Et il y avait ces autres créatures, celles qui erraient sans corps, ces esprits inassouvis qui soupiraient après une existence renouvelée, au sein d'un corps matériel.

Si Regulus parvenait à fermer son esprit à ce plan-là, il mettrait à distance ces menaces. Il savait que ces entités ne pouvaient appréhender le monde qui était le sien qu'à travers lui. Il était le médium nécessaire à leur intrusion dans cette réalité-ci. Sans ses yeux, sans sa force vitale, elles continueraient leur errance dans leur propre univers, et Sirius et lui seraient à l'abri.

Il se concentra aussi fort qu'il le put, cherchant à circonscrire sa force magique en son sein, au lieu de la laisser filtrer hors de lui. Pour animer les inferi, il avait dû sortir de lui-même, transporter sa force au-delà de son enveloppe physique et déchirer le tissu énergétique particulièrement dense qui caractérisait le monde physique qui était le sien, pour accéder à l'autre plan, celui de l'esprit.

Il se sentait mal, comme s'il essayait d'entrer dans une boîte trop petite, qui l'obligeait à s'écraser, se réduire. La présence rassurante de Belvina, près de lui, l'encourageait sans mot, et il se raccrocha à elle, alors qu'il perdait la perception de ce qui l'entourait, que ses yeux physiques prenaient finalement le pas sur ses yeux spirituels.

Mais la douleur devenait terrible, comme si une partie de lui-même se révoltait contre sa volonté. Pourtant, il refusait de céder. Il avait promis à Severus qu'il se fermerait à ses perceptions, et à l'inquiétante attraction qu'elles exerçaient sur lui. Il se força à regarder la flamme de la bougie presque entièrement consumée, maintenant, et de la voir dans sa simplicité matérielle.

Il y était presque parvenu lorsque des éclats de voix brisèrent soudainement sa concentration.

Il roula sur le côté et un goût de bile amère lui emplit la bouche. Son estomac se contracta et il vomit encore, le sang martelant douloureusement à ses tempes.

La voix de Sirius était vibrante de colère. Et d'inquiétude aussi. Regulus se redressa, frissonnant et rompu de fatigue. Il n'avait certainement pas besoin de gérer un conflit ouvert entre son frère et Severus ! Même s'il avait toujours su qu'il devrait nécessairement en passer par là. En fait, il était même plutôt surpris que ces deux-là ne se soient pas chamaillés plus tôt…

Péniblement, il se leva du lit, tendant l'oreille aux propos de Sirius.

« Tu t'imagines vraiment que tu peux me retenir ?! criait-il. Que je vais laisser une chose pareille se produire ?!
- Parce qu'il est en ton pouvoir de l'empêcher, Black ? répondit Rogue, d'un ton sec.
- Je peux prendre soin de Harry ! Il le faut ! Ecarte-toi de cette foutue porte ! »

Regulus allongea le pas. Il devait intervenir, avant que les choses ne tournent mal. Il s'accrocha à la poignée de la porte et l'ouvrit. Rogue se tenait devant l'entrée, l'air furieux, et barrait le passage à un Sirius tout aussi en colère. Tous les deux avaient tiré leur baguette.

« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda aussitôt Regulus. Sa voix manquait désagréablement de force.

Sirius jeta un coup d'œil derrière lui et se rembrunit en le voyant. « Retourne te coucher, Regulus ! Tu tiens à peine sur tes jambes !
- Je serais toujours dans mon lit sans vos hurlements ! protesta Regulus. Qu'est-ce qui se passe ?!
- Ton idiot de frère veut rejoindre Lupin ! Là, maintenant, alors qu'il ne sait même pas où il est et que la moitié du pays est à sa recherche !
- Sirius… soupira Regulus.
- Je veux être sûr que Harry est bien avec lui ! s'emporta Sirius. Si ce n'est pas le cas, il faut que je le retrouve ! »

Regulus gagna péniblement la table et se laissa tomber sur une chaise.

« Remus ne devait pas faire le guet devant la maison de Harry ? demanda-t-il, un peu perdu.
- L'oncle et la tante du gosse ont été tués. On ne sait pas où est Harry Potter, mais il est raisonnable de penser qu'il est avec Lupin, expliqua Rogue.
- Il n'a donné aucune nouvelle ?
- Non. C'est bien pour ça que je pense qu'il a récupéré le gosse avant les Mangemorts. Il doit s'être enfui avec lui.
- Même si c'est le cas, Harry est en danger ! » coupa Sirius.

Regulus avait beaucoup de mal à suivre la conversation. Les éclats de voix lui donnaient mal à la tête, et il lui manquait trop d'éléments pour pouvoir penser correctement.

« Est-ce que Lupin sait que nous sommes ici ? demanda-t-il à Severus.
- Il a l'adresse, oui. Alors expliqua à ton frangin qu'il est inutile qu'ils nous exposent tous les trois en allant courir la campagne !
- C'est la pleine lune ! coupa Sirius, haussant encore le ton. Il faut que je retrouve Harry avant ce soir ! S'ils sont en chemin, je les trouverai !
- La pleine lune… ? soupira Regulus. Qu'est-ce que ça vient faire dans l'histoire ? Si Severus dit que Remus connaît l'adresse…
- C'est un loup-garou ! » lâcha Sirius, les doigts crispés sur sa baguette.

Un instant, Regulus crut qu'il avait mal compris.

« Oui, un loup-garou, ricana Rogue. Ton frère sait choisir ses amis !
- Sûr que tu es parfaitement recommandable, toi, sale Mangemort ! » cracha Sirius, levant sa baguette sur lui.

La réaction de Rogue fut immédiate. Aussi pâle que Sirius était écarlate, il braqua sa propre baguette sur son ennemi. « Stupéfix !

- Protego ! »

Le sort de Rogue fut dévié avant d'avoir atteint sa cible, et Sirius s'apprêtait à lancer une contre-attaque, lorsque Regulus se jeta entre eux, tout chancelant qu'il était.

« Arrêtez-ça tout de suite ! cria-t-il. Rangez-moi ces baguettes ! »

Les deux protagonistes restèrent figés, mais aucun des deux ne s'exécuta.

« Rangez-ça ! répéta Regulus, plus fort. A quoi ça rime ?! Est-ce que ça aidera Lupin et Harry, si vous vous entretuez ?!
- Je veux juste sortir d'ici pour retrouver Harry avant que… avant…
- Avant que son cher ami s'en délecte ! compléta Rogue, féroce.
- Severus ! s'exclama Regulus, alors que Sirius levait aussitôt sa baguette. Arrête, Sirius ! Examinons la situation calmement deux minutes !
- Examiner la situation calmement ?! répéta Rogue. Cet idiot est incapable de la moindre réflexion ! Il préfère foncer bêtement dans le tas, quitte à finir à Azkaban ! Tu crois qu'il a compris la leçon ?!

- Arrête, Severus ! ordonna Regulus, attrapant fermement le bras de Sirius pour le contenir. Cesse de le provoquer ! Et toi, baisse ta baguette !
- Je vais sortir chercher Harry ! Et vous ne m'en empêcherez pas !
- C'est hors de question ! contra Rogue. Je me fiche que tu sois assez bête pour courir directement dans les bras de tes ennemis ! Réintègre ta jolie petite cage, ça m'est égal ! Mais pas tant que ton frère et moi sommes dans le coup ! Je ne te laisserai pas nous faire courir le moindre danger parce que tu es trop stupide pour comprendre que te jeter dehors au devant des Aurors et des Mangemorts n'aidera personne ! »

Pour une fois, Sirius ne trouva rien à répondre. Et Regulus sentit son bras flancher, sous sa main.

« Je comprends que tu sois inquiet, Sirius, dit-il calmement. Et je ne t'empêcherais pas de sortir retrouver Harry et Remus s'il y avait vraiment une chance que tu puisses les retrouver. Il faut que tu sois parfaitement sûr de toi, cette fois-ci. Il y va de notre sécurité à tous les trois. Parce que si on nous retrouve… Je ne suis pas sûr du tout de pouvoir me défendre, Sirius… »

Il espérait pouvoir parier sur l'inquiétude de son frère pour lui pour le ramener à la raison. La tactique était bonne, apparemment, puisque Sirius abaissa enfin sa baguette.

« Je suis tellement… murmura-t-il. Il ne faut pas qu'il arrive du mal à Harry… Il ne faut pas que Remus…
- Je sais, Sirius…
- Je ne supporterais pas… de leur faire défaut encore une fois… »

L'angoisse que Regulus lut dans ses yeux lui fit mal au cœur. Mais il avait beau compatir, il ne pouvait pas laisser Sirius les compromettre. Il avait tant à faire, de son côté…

« Mais je suppose que Remus est parfaitement conscient du danger qu'il représente, dit-il, posant une main réconfortante sur son épaule. Et qu'il agira en conséquence pour protéger Harry… Je suis sûr que tu peux compter sur lui ! »

Pour la première fois, Sirius esquissa un sourire.

« Il n'y a pas plus responsable que Remus…
- Fais-lui confiance, Sirius. »

Sirius hésita un instant, avant d'acquiescer d'un signe de tête.

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« Je ne suis pas sûr de bien comprendre votre question, monsieur l'Inspecteur… déclara Andrew, circonspect.
- Elle est pourtant simple ! fit McPherson, s'adossant à sa chaise avec une désinvolture affectée. Pensez-vous que l'état de santé du détenu Finnigan Fox nécessitait vraiment qu'il passe la nuit à l'infirmerie ?!
- Je ne l'ai pas examiné…
- Tiens donc !
- C'est Miss Fudge, notre guérisseuse, qui s'en est chargée…
- Mais votre opinion ? »

Andrew se tortilla sur son siège, ennuyé.

« Je ne pense pas être suffisamment qualifié pour répondre à votre question, Inspecteur… »

McPherson se pencha vers lui et son visage perdit toute sa bienveillance. Andrew se sentit subitement très mal à l'aise sous ce regard sans complaisance.

« Mais vous auriez sûrement remarqué quelque connivence entre Miss Fudge et Fox, non ? Répondez franchement à la question, voulez-vous ?! »

Andrew se mordit les lèvres. Evidemment, qu'il avait trouvé l'empressement d'Isabelle à l'éloigner particulièrement suspect ! Bien sûr, qu'il avait pensé que la jeune femme avait pour le prisonnier un intérêt qui n'était pas purement médical !

McPherson sembla comprendre immédiatement ses hésitations. Il sourit, et Andrew lui trouva un air carnassier qui lui fit vaguement peur.

« Vous ne voudriez pas que l'on vous accuse de complicité, n'est-ce pas ? suggéra-t-il.
- Je n'ai rien fait ! s'exclama l'infirmier.
- Comment pouvons-nous le croire, si vous vous obstinez à nous cacher la vérité ?!
- Je…
- Miss Fudge a-t-elle outrepassé sa fonction, en permettant à Fox de passer la nuit à l'infirmerie ? Pensez-vous qu'il y ait une connivence entre eux ? Qu'ils se sont entendus afin de faciliter l'évasion des Black ?
- Non, certainement pas ! protesta Andrew. Miss Fudge est honnête ! Je ne vois pas pourquoi elle se serait compromise avec un Mangemort… »

En disant ces mots, il rougit malgré lui. Bien sûr que si, il voyait une bonne raison à cela. Miss Fudge s'était entichée du jeune homme… McPherson griffonna une remarque dans son calepin.

« A ce que j'ai entendu dire, Finnigan Fox a passé bien du temps à l'infirmerie… reprit l'inspecteur.
- Oui… Il s'est battu avec d'autres prisonniers… Et il a été empoisonné… Il a bien failli en mourir, d'ailleurs, si Miss Fudge n'avait pas réagi tout de suite…
- Elle lui a sauvé la vie.
- Oui.
- C'est une bonne guérisseuse.
- Très bonne. Je n'aurais jamais pensé à une transfusion… Mais les potions de régénérescence sanguine ne fonctionnaient pas.
- Elle lui a transfusé du sang ?
- Celui de Sirius Black. »

Andrew s'arrêta net, frappé par ce qu'il venait de dire. McPherson eut un hochement de tête satisfait.

« Miss Fudge a donc permis aux frères Black de se voir ! Chose qui aurait dû être totalement impossible, Sirius étant condamné au quartier de Haute Sécurité ! Et je présume qu'elle les a laissés seuls, n'est-ce pas ? »

Andrew rougit davantage. Oui, Isabelle avait sorti Black de sa cellule, et l'avait laissé avec son frère en tête à tête. Et elle s'était inquiétée pour lui, aussi…

Mais il avait toujours du mal à y croire ! Isabelle, de connivence avec ces monstres ?!

« Je ne peux pas y croire… murmura-t-il, profondément troublé.
- Ce ne serait pas la première jeune femme naïve à se fourvoyer pour un homme ! Les Black sont de beaux garçons… »

Andrew eut la pénible impression que McPherson prenait un malin plaisir à appuyer sur les points sensibles.

« Nous sommes tout portés à l'indulgence, vous savez, insista l'Auror. Nous sommes prêts à relativiser la responsabilité de Miss Fudge dans cette histoire !
- Elle l'aime… murmura Andrew, presque malgré lui. Elle est toujours tellement inquiète pour lui… ! Et elle passe tellement de temps à ses côtés…
- Merci de votre coopération, infirmier Andrew. »

Andrew s'affaissa sur sa chaise, comme si ce qu'il venait de dire l'avait vidé de sa substance. McPherson consigna encore quelques mots dans son carnet et fit signe à l'Auror qui tenait la porte qu'il pouvait faire sortir le témoin.

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Dumbledore avait relu l'article trois fois, sans parvenir à y croire.

Sirius Black s'était évadé.

Il savait le jeune homme plein de ressources, mais il avait du mal à se figurer de quelle manière il avait pu réaliser cet exploit. Mais ce n'était pas le plus important pour le moment.

Maintenant, il attendait patiemment à la porte du bureau de Rufus Scrimgeour que celui-ci veuille bien le recevoir et lui apporter quelques informations sur la situation. Mais le chef des Aurors paraissait aussi débordé que le reste du ministère.

Il n'avait pas de temps à perdre. Si Sirius Black était dehors, il risquait fort de se mettre en quête de Harry. Il était primordial qu'il retrouve l'enfant le premier. Il avait beau nourrir encore quelques doutes profonds sur la culpabilité du jeune homme, il ne voulait pas prendre le risque qu'il finisse le travail amorcé par Voldemort, en cette funeste nuit d'Halloween.

Et il devait absolument s'assurer que Remus Lupin ne serait pas en danger.

Comment pouvait-il convaincre les Aurors que Lupin ne pouvait pas être coupable du meurtre des Dursley ? Que s'il était vraiment l'auteur de l'enlèvement de Harry, il ne devait l'avoir fait que pour préserver l'enfant d'un danger mortel ?

Plus Dumbledore y pensait, plus il était persuadé que Remus devait avoir eu vent d'une menace planant sur Harry. Et qu'il avait décidé d'agir en conséquence. L'évasion de Sirius Black ne faisait que renforcer sa théorie. Sans doute Remus avait-il emmené Harry pour le mettre à l'abri de Black… ?

C'était ce qu'il avancerait aux Aurors, dès qu'il aurait eu l'occasion de leur parler. La façon dont la gazette du Sorcier avait dépeint Remus l'inquiétait au plus haut point. Lui laisserait-on une chance de s'expliquer, si on le retrouvait, ou serait-il abattu comme le monstre qu'on supposait qu'il était ?

« Je n'ai pas vraiment le temps, Dumbledore, dit Scrimgeour, ouvrant la porte de son bureau pour le faire entrer.
- Je peux vous apporter une aide précieuse, cependant, répondit le professeur.
- C'est vous, qui vous êtes chargé du Survivant à la mort de ses parents… Ne devait-il pas être en sécurité ? Et maintenant, il est perdu, vraisemblablement entre les mains d'un loup-garou, à la veille de la pleine lune, et avec sans doute Sirius Black et sa clique de Mangemorts aux trousses ! »

Dumbledore se rembrunit. Oui. Il avait choisi de placer Harry chez la sœur de Lily Potter. Pour le protéger de Voldemort et de son retour éventuel – probable. Il n'avait pas pensé que les Mangemorts chercheraient à l'enlever. Comme il n'avait pas imaginé que Sirius Black puisse s'échapper d'Azkaban. Pour s'en prendre à lui.

Il avait toujours du mal à y croire… Sirius semblait tellement attaché à Harry…

« Je connais bien Remus Lupin, reprit Dumbledore. Et je suis prêt à me porter garant pour lui.
- Encore un membre de votre Ordre du Phénix, hein ? Comme Sirius Black, si je ne m'abuse…
- Je suis sûr que si Remus a emmené Harry, c'était pour le protéger.
- Et c'est pour cela aussi qu'il a massacré son oncle et sa tante et dévoré vivant son cousin ?
- Ce n'est pas lui. Je suis sûr que ce n'est pas lui !
- Tout comme vous étiez sûr que Sirius Black n'avait pas trahi James Potter ! Malgré toutes les preuves indiscutables ! »

Dumbledore ne répondit pas. Il n'était pas venu pour entendre la litanie de ses erreurs passées, mais pour avoir des indications sur la façon la plus efficace de retrouver Harry.

« Savez-vous que Lupin s'est introduit sous déguisement à Azkaban pour rendre visite à Black ? Qu'il a aussi rencontré Regulus ? Comment pouvez-vous vous leurrer à ce point ?! Ces hommes sont de mèches depuis le début ! Des Mangemorts et un loup-garou ! Il me semble que vous êtes bien placé pour voir le dégât que ce genre d'association peut causer ?! »

Remus avait vu Black ? Dumbledore ne savait comment prendre l'information. Cela ne cadrait pas avec la façon dont il voyait les choses.

« Depuis sa cellule, poursuivait Scrimgeour, Black a tout manigancé, voilà la vérité ! Il a fait en sorte que son frère le retrouve, et il a prévenu son ami monstrueux du moment opportun pour s'emparer de l'enfant. Juste quelques jours avant sa propre évasion.
- Non… murmura Dumbledore. Ce ne peut pas être cela… »

Avant que Scrimgeour puisse renchérir, la porte de son bureau s'ouvrit brusquement sur le visage exalté de McPherson.

« Ça y est, Monsieur ! s'exclama l'inspecteur. Nous avons identifié le deuxième homme ! Il s'agit de Severus Rogue ! Encore un Mangemort !
- Severus Rogue, hoqueta Dumbledore, stupéfait de voir le nom de son professeur de potions arriver ainsi au milieu de la discussion.
- Tiens donc ! N'est-ce pas cet ancien Mangemort que vous avez fait acquitté, Dumbledore ? fit Scrimgeour, avec un sourire sarcastique.
- Qu'est-ce que Severus Rogue a à voir avec ce qui nous intéresse ?!
- Nous le soupçonnons d'avoir participé à l'évasion des frères Black, répondit McPherson. Il a été identifié de façon formelle par les gardiens d'Azkaban, dans nos fichiers.
- Et vous allez une fois de plus me clamer que Severus Rogue est blanc comme neige, Dumbledore ? Qu'il n'a jamais été réellement un Mangemort ? »

Dumbledore ne savait quoi répondre. Rogue, qui aurait aidé Black à s'évader de prison.. ?!

« Severus Rogue est venu à Azkaban… ? murmura-t-il.
- Avec Remus Lupin, oui, répondit McPherson.
- Etrange, non ? »

Plus qu'étrange, songea Dumbledore, si l'on considérait l'inimité profonde qui avait toujours existé entre Lupin, Black et Rogue. Et que venait faire Regulus Black au milieu de tout ceci ?

Il avait besoin de réfléchir.

« Vous n'avez aucune idée de l'endroit où se trouve Harry, donc… conclut-il.
- Pour le moment, non », reconnut Scrimgeour, alors qu'une étrange lueur s'allumait dans les yeux de McPherson. L'inspecteur devait avoir une petite idée sur la question, Dumbledore était prêt à le parier.

« J'aimerais juste, Scrimgeour, que vous m'assuriez qu'il ne sera fait aucun mal à Lupin, si vous veniez à le retrouver… Et que vous me promettiez de me laisser l'interroger.
- Dans la mesure du possible, Dumbledore, nuança le chef des Aurors. Si Lupin devient dangereux, nous n'attendrons pas votre feu vert pour l'abattre ! »

Dumbledore se leva de la chaise qu'il occupait. Il était plus inquiet encore qu'en arrivant au Ministère, et tout aussi démuni.

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Sirius rongeait son frein. Il avait promis à Regulus qu'il ne sortirait pas à la recherche de Remus – et d'ailleurs, il ne pourrait le faire qu'après en être passé par un duel en règle contre, Rogue, celui-ci ayant décidé de camper près de la seule porte de sortie. Et il essayait de s'accrocher à l'espoir que Remus arriverait bientôt. C'était de plus en plus difficile, à mesure que les heures passaient.

Mais Regulus avait raison, Remus était raisonnable, il ne ferait pas prendre de risque inconsidéré à Harry – n'est-ce pas ?

La chambre dans laquelle il s'était retranché, pour se soustraire à la présence de Rogue, lui paraissait à peine plus grande que sa cellule, tant les murs autour de lui l'oppressaient. Ce n'était pas du tout ainsi qu'il avait imaginé son premier jour de liberté, hors d'Azkaban : condamné à rester cloîtré dans cette maisonnette délabrée, avec pour compagnie son ennemi de toujours, et son frère… Son frère qui avait choisi une voie si divergente de la sienne…

Et Remus qui n'arrivait pas…

Il les avait imaginées tant de fois, ces retrouvailles ! Il avait tellement de choses à lui dire, tant à se faire pardonner ! Remus, son dernier ami. Regulus pensait qu'il s'inquiétait uniquement pour Harry, pour ce qui pourrait arriver, lorsque la lune se lèverait. Il ne savait pas ce que savait Sirius. Que Remus souffrait le martyre à chaque transformation et qu'il pouvait l'aider. La seule idée que Remus allait devoir une nouvelle fois subir cela tout seul, alors que lui, Sirius, était là, enfin libre de ses mouvements, libre de le soutenir dans cette épreuve, lui était incroyablement douloureuse.

Sa place n'était pas là, enfermé à l'abri, mais auprès de son ami et de son filleul.

Mais il avait promis à Regulus. Et Regulus aussi, avait besoin de lui.

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Isabelle était nerveuse. Elle avait vu Andrew quitter le bureau, et sa mine défaite était inquiétante. Pire, il lui avait même semblé qu'il avait délibérément évité son regard. Maintenant, elle attendait le bon vouloir de l'Inspecteur. Les Aurors l'avaient installée dans le bureau à la place de l'infirmier et l'avait laissée là, sans une explication.

Depuis combien de temps était-elle là, à attendre, sans personne pour la renseigner ? Elle ne savait pas au juste. Aussi, ce fut avec un réel soulagement qu'elle vit la porte s'ouvrir sur l'Inspecteur McPherson.

L'homme avait les traits tirés par la fatigue, mais il dégageait une énergie extraordinaire. Anormale, pensa Isabelle, comme si cet homme avait usé de quelque potion illicite vendue sous le manteau par des préparateurs peu scrupuleux. McPherson s'assit face à elle et croisa de longs doigts nerveux sur la table.

« Nous sommes navrés de toute cette attente, Miss Fudge, commença-t-il.
- J'aurais aimé avoir quelques explications…
- Je tenais à vous poser quelques questions au sujet d'un détenu. Finnigan Fox. Vous lui avez permis de passer la nuit à l'infirmerie. Pourquoi ? »

L'entrée en matière était directe. Certainement, l'Inspecteur n'avait pas de temps à perdre et ne s'embarrasserait pas de prendre des chemins détournés.

« Il était malade…
- Et ?
- Il avait été très éprouvé, suite à la révolte des prisonniers. Je pensais préférable qu'il reste à l'écart de Détraqueurs.
- De quoi souffrait-il ? »

Isabelle hésita. Le terrain était effroyablement glissant.

« Pourquoi ? demanda-t-elle. Il est arrivé quelque chose à Mr Fox ?
- Il s'est évadé. »

Isabelle sentit son cœur battre plus vite. Il avait réussi ! Le regard de McPherson ne la lâchait pas, et elle tenta de prendre l'air surpris.

« J'ai beaucoup de mal à y croire, Inspecteur… avança-t-elle.
- C'est pourtant le cas. Miss Fudge… Vous êtes la dernière personne à avoir vu le prisonnier. Je voudrais que vous me disiez absolument tout ce qui s'est passé hier. »

Les mains d'Isabelle se crispèrent malgré elle sur ses genoux, sous la table. Pour la première fois, elle comprit à quel point sa propre situation était difficile. Elle allait devoir faire preuve de beaucoup de prudence, ou la prochaine fois qu'elle prendrait le bac pour Azkaban, ce ne serait plus en tant que Guérisseuse, mais bien en tant que prisonnière…

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Eh non, pas de retrouvailles entre Sirius, Remus et Harry dans ce chapitre, mais ce serait trop long ! Désolée pour tous ceux qui les attendaient (moi-aussi, d'ailleurs !) Mais on va y arriver !