Chapitre 5
Isabelle avait de plus en plus mal à la tête. La nuit blanche qu'elle avait passée pesait maintenant de tout son poids. Elle était épuisée. Il y avait des heures, maintenant, qu'elle répondait aux questions des Aurors, tantôt à McPherson, tantôt à son co-équipier, Smithers. Elle ne savait même plus ce qu'elle avait dit. Si, au début, il lui avait été facile d'écarter de ses réponses tout ce qu'il pouvait y avoir de compromettant, c'était devenu impossible, maintenant.
Avait-elle vraiment dit qu'elle avait vu Regulus Black dans le bâtiment des gardiens, le jour de l'émeute ? Avait-elle avoué connaître les liens de parenté qui unissaient Finnigan Fox à Sirius Black ?
Mais non, elle ne savait rien des moyens employés par les deux frères pour s'enfuir d'Azkaban. Sur ce point précis, au moins, elle ne déviait pas.
« Ne
pourrions nous pas en rester là pour ce soir… ?
tenta-t-elle.
- Vous ne nous avez pas encore
tout dit, Miss Fudge, coupa McPherson.
- Je vous ai dit
tout ce que je savais… » protesta-t-elle
mollement.
Elle se sentait affreusement vide. Encore un peu, et ces hommes finiraient par lui faire dire qu'elle était le cerveau de l'évasion. N'importe quoi, du moment qu'ils la laissaient enfin en paix !
«
Comment une guérisseuse aussi brillante que vous n'a-t-elle
pas vu que le malaise de Fox n'était qu'une simulation ?!
insista McPherson, reprenant la même question qu'une heure
plus tôt.
- Je vous l'ai dit, les symptômes
étaient réels… Demandez au gardien Pills…
-
Nous l'avons fait ! Il nous a aussi fait part de ses soupçons
concernant ce prisonnier en particulier.
- Des soupçons…
?
- Un prisonnier assez spécial, ce Fox ! Mais vous
le savez parfaitement, n'est-ce pas ?!
- Je ne
vois pas…
- Le frère de Sirius Black ! Le
saviez-vous dès le début ? Bien sûr ! Tout
était parfaitement organisé ! Fox se débrouille
pour provoquer Floyd dans un premier temps. De cette façon, il
prend une première fois contact avec vous…
- Non,
c'était avec Cole, la première fois ! protesta
Isabelle, consciente que McPherson déformait délibérément
les faits pour la faire craquer.
- La première fois
qu'il prend contact ?
- Non, qu'il a été
blessé ! Je vous l'ai dit, je ne connaissais pas cet homme,
avant son arrivée à Azkaban ! »
McPherson balaya son objection d'un geste de la main.
«
Ensuite, il démolit Floyd, ce qui permet à celui-ci
d'être transféré à Sainte-Mangouste.
Et de voler la potion.
- Floyd était très
mal en point… Ils n'étaient certainement pas de mèche
!
- Il a envoyé la potion à Fox, qui s'est
empressé de l'ingurgiter », poursuivit McPherson sans
l'écouter.
Cette fois-ci, Isabelle se redressa de sa chaise, choquée. Il était impensable que l'inspecteur puisse croire une chose pareille ! Regulus avait bien failli mourir, cette fois-là ! Mais bien sûr, il n'avait pas croisé son regard désespéré, alors qu'il se vidait de son sang…
« Je
ne l'ai sauvé qu'in extremis ! protesta Isabelle.
-
Mais vous l'avez sauvé ! Avec un bézoard, hein ? Bon
réflexe ! Mais vous saviez ce qui allait se produire et
comment réagir, non ? Puisque tout était prévu…
»
Isabelle pâlit. Le raisonnement de McPherson était implacable. Même s'il avait tort sur toute la ligne, elle ne voyait pas comment elle pourrait le convaincre de sa bonne foi.
«
Ensuite, vous poursuivez le plan : vous faites en sorte de sortir
Sirius Black de sa cellule sous le fallacieux prétexte que
seul son sang pourra soigner Fox. Et ainsi, grâce à
vous, ils mettent au point les derniers détails de leur
évasion !
- Non… murmura Isabelle, complètement
désemparée.
- Si ! »
Isabelle avait l'impression que le monde tournait autour d'elle. Dans son esprit, les portes d'Azkaban se refermaient déjà sur elle, la condamnant à l'horreur qu'elle avait côtoyée quotidiennement, auprès de ces prisonniers voués à la mort.
McPherson la regardait d'un air profondément satisfait, mais elle n'avait plus la force de le contrer. Elle avait perdu.
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Sirius tournait dans la chambre comme un lion en cage, Regulus en avait le tournis. Et il était inquiet. La nuit approchait rapidement. Et si Sirius s'était tenu à peu près tranquille jusqu'à présent, il était visiblement au supplice, maintenant.
Regulus se demanda très sérieusement s'il n'était pas préférable qu'il le stupéfixe lui-même, avant que Sirius fasse une bêtise, ou que Rogue se charge de l'arrêter.
« Si
Remus est en route pour cette maison, il est peut-être
déjà dans les parages, avança Sirius, les
mâchoires crispées par l'inquiétude. Si je sors
sous ma forme animagus, je pourrais peut-être retrouver
sa trace…
- Et dans quelle direction irais-tu,
Sirius ? demanda Regulus simplement. S'il est près d'ici,
attends-le simplement ! »
Sirius se laissa tomber sur le lit, la tête entre les mains.
Il était à bout, Regulus le voyait bien. Il savait qu'il avait passé une bonne partie de la nuit précédente à le veiller, et à s'inquiéter pour lui. Il aurait bien besoin d'un vrai repos. Il n'avait plus que la peau sur les os, comment pourrait-il tenir plus longtemps, sur ses faibles ressources d'énergie ?
Seul son stress lui permettait encore de tenir de bout. Ce stress qui pourtant l'épuisait un peu plus. Lui-aussi, aurait besoin d'une gorgée de potion revigorante…
Regulus se faisait cette réflexion lorsque Rogue entra dans la pièce, faisant sursauter Sirius. Il avait l'air moins fatigué, il avait profité de sa solitude dans l'autre pièce de la maison pour dormir un peu, allongé sur le canapé qu'il avait tiré devant la porte d'entrée – il n'avait définitivement pas confiance en Sirius.
«
Quelqu'un approche, dit-il simplement. Mes alarmes se sont
déclenchées.
- Remus ?! demanda Sirius, se
levant aussi rapidement que s'il avait été éjecté
du lit.
- Il faut l'espérer… » répondit
Rogue.
Sirius se rua dans l'autre pièce, Rogue sur les talons. Plus lentement, Regulus les suivit, sans oublier de s'armer de sa baguette. Au cas où.
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Remus avançait tant bien que mal, malgré les crampes douloureuses de plus en plus nombreuses qui lui nouaient les muscles. Il avait renoncé à porter Harry, et le petit bonhomme trottinait comme il pouvait à ses côtés, sa petite main serrée dans la sienne.
Un enfant courageux. Pas une fois il ne s'était plaint du rythme qu'il lui imposait, et pourtant, il devait être bien fatigué. Remus était incroyablement fier de lui.
Ils étaient presque arrivés à destination. Heureusement. Le jour baissait rapidement, maintenant, et la nuit serait bientôt là. Ce n'était pas le moment de faiblir. Il fallait que Harry soit en sécurité le plus tôt possible.
Pourvu que Sirius soit au bout du voyage… Ou au moins, Rogue. Quelqu'un pour s'occuper de l'enfant. Sinon, Remus devrait l'endormir de sa baguette et l'enfermer le plus soigneusement possible dans la maisonnette, pour le protéger des intrusions. Et lui-même transplanerait loin de là pour être sûr de ne pas lui faire de mal. Dans son état de fatigue, un transplanage était affreusement risqué, mais il n'avait pas le choix. Il ne prendrait pas le risque de laisser le loup-garou se promener à deux pas de l'enfant.
Ils gravirent encore une colline et aperçurent finalement un toit délabré niché au creux des arbres. Remus sourit. Il avait enfin réussi. « Nous y sommes, Harry, dit-il. J'espère que tonton Sirius sera là… » Le fait d'être enfin arrivé à destination lui redonna un coup de fouet et il allongea le pas pour atteindre la maison.
Il en était à quelques pas, lorsqu'il ressentit des picotements caractéristiques. La maison était protégée par des sorts de défense. Evidemment. Il devait signaler leur présence, avant que es occupants, Severus ou Sirius – pourvu que ce soit Sirius ! – ne les considère comme des intrus dangereux. Il était convenu qu'il envoie son patronus au devant de lui.
Il avait à peine sorti sa baguette que la porte d'entrée s'ouvrit à toute volée.
« Black, espèce d'imbécile ! vociféra la voix de Rogue depuis l'intérieur. Referme cette porte tout de suite, il faut attendre le signal ! »
C'était trop tard, de toute façon, songea Remus avec un sourire. Et il était heureux qu'il ne soit pas un ennemi. Sirius, comme à son habitude, se fichait des risques qu'il prenait – et qu'il faisait prendre aux autres par la même occasion. En cela, apparemment, il n'avait pas changé. Derrière Sirius, il vit Rogue, l'air passablement furieux, comme souvent, et aussi Regulus, sa baguette à la main. Lui, au moins, était prudent.
Mais Remus n'eut guère le temps de penser davantage. Sirius était déjà sorti de la maison et l'étreignait maintenant avec tant de force qu'il en eut le souffle coupé.
Mais c'était si bon de le revoir !
« Je
croyais que tu n'arriverais jamais… murmura Sirius d'une voix
curieusement étranglée.
- Mais je suis là,
répondit Remus. Toi aussi… Bon sang, tu as réussi…
! »
Il serra Sirius à son tour dans ses bras. Il était tellement soulagé ! Sirius était là, vivant, libre… Et il pourrait s'occuper de Harry. D'un seul coup, les pensées de Remus revinrent vers l'enfant, qui s'était réfugié derrière ses jambes lorsque la porte s'était ouverte.
«
C'est la pleine lune, reprit Remus, s'écartant légèrement
de Sirius.
- Oui, je sais.
- Il faut que je
parte tout de suite !
- Je vais avec toi, s'exclama
Sirius.
- Hein… ? »
Il fallut quelques secondes à Remus, pour comprendre vraiment ce que Sirius venait de dire. « Tu ne passeras pas cette pleine lune tout seul, je serai avec toi », insistait Sirius, ses mains crispées sur ses bras.
Un court, très court instant, Remus fut presque tenté d'accepter. Il avait tellement souffert de l'absence de ses amis, lors de ses dernières transformations… Il se souvenait encore des longues journées de convalescence à Sainte-Mangouste, du désespoir et de la souffrance qui avait marqué les premières pleines lunes sans les Maraudeurs…
Mais il y avait Harry.
« Non, Sirius. Toi, tu t'occupes de Harry. Il est là, avec moi, il a besoin de toi plus que moi. »
Sirius eut l'air vaguement sonné lorsque Remus s'écarta pour obliger l'enfant à lâcher ses jambes.
« Harry ? C'est Sirius, ton parrain. Le monsieur dont je t'ai parlé », dit Remus, se penchant vers lui et lui désignant l'homme devant eux.
Sirius s'accroupit devant l'enfant, mécaniquement. Son visage reflétait une profonde tristesse, alors qu'il tendait la main pour effleurer le visage de son filleul. Le fils de son meilleur ami. Harry ne fit pas un mouvement, ni pour s'approcher, ni pour s'écarter. Il semblait plutôt dans l'expectative, comme s'il n'avait pas encore décidé s'il devait faire confiance à Sirius ou non. Remus lui entoura les épaules de son bras et le serra légèrement contre lui. « Il faut que je parte pour cette nuit, lui expliqua-t-il doucement. Tu sais, je te l'ai dit. Je ne peux pas rester avec toi pour le moment. Mais je reviendrai demain. Et Sirius s'occupera de toi pendant mon absence. Sois sage, hein ? »
Sirius tendit la main et prit celle de l'enfant. Celui-ci vint docilement à ses côtés, mais son regard restait tourné vers Remus. Accroché à lui.
« Tu
pars… dit Sirius, d'un ton contraint. Où ? Comment ?
-
Je vais transplaner le plus loin possible. Je ne veux pas risquer
d'être une menace pour Harry.
- Tu sais que c'est
dangereux ! Il va bientôt faire nuit, la métamorphose
est trop proche pour ce genre de choses ! Et si tu manques ton coup
?! »
Remus secoua lentement la tête. Il savait bien les risques qu'il prenait. Mais il n'avait pas le choix.
« Je transplane avec toi et je reviens m'occuper de Harry ensuite ! décida Sirius. Je refuse de te laisser faire ça tout seul ! Je ne veux pas te perdre comme j'ai perdu James, non… ! »
Sa voix se cassa sur les derniers mots et Remus sentit son cœur se serrer.
«
Assez, je vais vomir ! coupa Rogue, la voix grinçante. Rentre
dans la maison avec le gosse, Black, je m'occupe de Lupin !
-
Toi ?! s'exclama Sirius, ahuri.
- Il est hors de question
de laisser un monstre se promener autour de cette maison !
-
Je t'interdis… coupa Sirius, très pâle.
-
Et comme tu dois t'occuper de ton frère et de ton filleul…
Je m'occupe du loup-garou ! Rentre ! »
Sirius
hésita. Il n'avait pas confiance en Rogue. Mais Remus trouva
que l'idée était satisfaisante. L'important était
que Sirius reste avec Harry pour le rassurer. Lui s'accommoderait
de la mauvaise humeur de Rogue. Du moment qu'il restait seul au
moment fatidique… « Ça va aller, Sirius, intervint
Remus. Nous allons transplaner loin d'ici, et vous viendrez me
chercher demain.
- Si ce malade te fait du tort…
-
Il ne me fera rien, allons ! Nous ne sommes plus des collégiens,
à nous faire des tours pendables ! Merci, Severus. »
Rogue hocha la tête sèchement et tendit la main pour lui prendre le bras. Du bout des doigts, comme si son contact le répugnait, ce qui était vraisemblablement le cas, d'ailleurs.
« A demain », murmura Remus, avant de disparaître.
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La porte du bureau de McPherson s'ouvrit à toute volée, livrant le passage à un Cornelius Fudge cramoisi et furieux.
« Isabelle, nous partons tout de suite », dit-il à la jeune femme prostrée sur la chaise, ignorant délibérément les deux Aurors qui l'interrogeaient.
Isabelle leva la tête et frissonna. Son mal de tête avait encore empiré, et son estomac vide la tiraillait désagréablement. Mais ce n'était rien, à côté de la terreur que lui inspiraient maintenant McPherson et son adjoint.
Ces deux hommes allaient la faire enfermer. Elle en était persuadée. Même si, visiblement, son père ne l'entendait pas de cette oreille.
« Mr
Fudge, dit McPherson, se levant de son siège. Je ne pense pas
qu'il soit en votre pouvoir d'interrompre ainsi un
interrogatoire…
- Ah oui ?! C'est ma fille ! Vous ne
croyez tout de même pas que je vais vous laisser la harceler
plus longtemps ! Depuis combien de temps la retenez-vous dans
vos locaux, inspecteur McPherson ?!
- Suffisamment
longtemps pour être persuadé qu'elle a joué un
rôle actif dans l'évasion des frères Black ! »
répliqua McPherson.
Un moment, Cornelius ne trouva rien à répondre. Il semblait ne pas croire à ce qu'il avait entendu.
«
Qu'est-ce que vous lui avez fait dire, espèce de
sale…
- Mr Fudge, je vous prierai de sortir avant de
devenir plus incorrect ! Votre fille sera mise en détention
dès ce soir, jusqu'à son procès.
-
Vous ne pouvez pas… ! Ce n'est pas possible ! Isabelle, que leur
as-tu dit ?! »
Isabelle secoua lentement la tête. Ce qu'elle avait dit ? Elle ne savait plus.
«
Cela ne se passera pas comme ça, McPherson ! Je vais alerter
immédiatement Scrimgeour de la façon honteuse dont vous
abuser de votre pouvoir !
- Faites donc ! Mais en
attendant, veuillez sortir de mon bureau ! »
Fudge hésita un instant, mais McPherson s'était levé de son siège et lui faisait face avec défi. Et il tourna les talons.
Isabelle se sentit brusquement perdue. Obscurément, elle avait pensé, en voyant son père débarquer, qu'il lui suffirait d'un mot pour la sortir de ce guêpier. Que, comme lorsqu'elle était enfant, il serait en mesure de la protéger.
Mais elle n'était plus une enfant, son père n'était pas tout puissant. Et les faits dont on l'accusait étaient particulièrement graves.
Et pour la première fois, elle se demanda si elle avait vraiment bien fait, de permettre l'évasion de Regulus Black.
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Remus jeta un rapide regard circulaire sur les arbres qui l'entouraient. On y voyait à peine, maintenant, le soleil avait presque totalement disparu à l'horizon. Bientôt, la lune se lèverait. Et le calvaire commencerait.
Rogue l'avait lâché aussitôt et s'était prudemment reculé de quelques pas. Sage précaution, songea Remus. Mais Rogue savait mieux que personne à quel point il pouvait être dangereux, n'est-ce pas… ?
« Où
m'as-tu emmené ? demanda-t-il.
-
C'est ici que nous avons trouvé la fleur de sommeil. Je veux
être sûr de pouvoir revenir demain. Pour te retrouver.
»
C'était étrange, d'entendre des mots pareils dans la bouche de Rogue. Rogue qui, par ailleurs, le regardait avec une grimace de dégoût sur le visage. Remus se demanda ce qui le motivait pour l'aider, cette fois-ci.
« Tu
as peur que Sirius t'écharpes, si tu n'es pas en mesure de
me ramener ? suggéra-t-il avec un sourire,
conscient que la réponse de Rogue ne pourrait être
qu'une virulente dénégation.
- Mmmff…
C'est surtout que je compte plus sur toi que sur lui pour s'occuper
du gosse ! Il n'a pas deux noises de jugeote, il n'en a jamais eu
! Comment pourrait-il prendre soin du petit ?! »
Il était plus surprenant encore que Rogue se préoccupe ainsi du bien-être de Harry. Remus s'aperçut qu'il comprenait bien mal la façon de fonctionner de ce jeune homme qu'il avait pourtant côtoyé tous les jours pendant sept ans…
« Tu as toujours été le moins stupide des quatre », conclut Rogue, haussant les épaules.
Etrange compliment, de la part d'un type qui le considérait vraiment comme une créature monstrueuse. Mais cela disait bien tout le mal qu'il pensait de Sirius.
Pauvre Sirius, qui devrait composer avec Rogue, tout en prenant soin de Harry… Remus eut un élan de sympathie pour son ami.
Une crampe plus violente le plia en deux, et Rogue sursauta, reculant d'un bon mètre.
« Je
vais partir… marmonna-t-il.
- Oui, c'est
mieux… acquiesça Remus, d'une voix altérée
par la souffrance.
- A demain. »
Et il transplana, alors que Remus tombait à genoux, scié en deux par la douleur.
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«
Fudge était furieux, commenta Scrimgeour laconiquement, en
entrant dans le bureau de McPherson.
- Je me doute,
répondit l'inspecteur.
- Où est sa fille
?
- Nous l'avons enfermée dans l'une des
cellules.
- Est-ce vraiment nécessaire ?
-
Je suis sûr qu'elle couvre les Black. En la poussant un peu,
elle fera des aveux complets.
- Mmmpfff… »
McPherson n'allait pas se laisser démonter facilement. Il était sûr qu'il était bien prêt de la vérité, avec Isabelle. Il était persuadé qu'elle avait gardé Regulus Black à l'infirmerie en toute connaissance de cause, et il allait le prouver. Ce n'était qu'une question de temps, et Fudge ne s'immiscerait pas là-dedans.
«
J'espère que vous êtes vraiment certain de ce que vous
avancez, McPherson, poursuivit Scrimgeour. Je vous rappelle que
Fudge…
- … est un homme influent, oui. Mais j'ai
d'autres sources, qui confirment que l'attitude de Miss Fudge
envers les frères Black n'était pas orthodoxe. Elle a
laissé Regulus dormir plusieurs nuits à l'infirmerie.
Et elle a même sorti Sirius du quartier de Haute Sécurité
à deux reprises, chose qui ne s'était jamais vu à
la prison.
- Et qu'en dit Jorkins ?
- Pas
grand chose. Il aimerait prendre son parti, mais il n'est sûr
de rien, et comme c'est un homme intègre… »
Scrimgeour survola rapidement du regard le compte-rendu de l'interrogatoire d'Isabelle Fudge, que McPherson lui avait tendu.
«
Effectivement, il y a matière à suspicion…
murmura-t-il. Quoi d'autre ? Des pistes ?
-
Nous creusons autour du deuxième homme. Severus Rogue.
-
Ah oui, le Mangemort… Il est venu à Azkaban…
-
Tous les samedi, pour voir Fox. A une occasion, il était
accompagné de Remus Lupin. J'ai demandé à ce
qu'on ressorte son dossier de nos archives. C'est notre piste la
plus sérieuse. J'ai envoyé des hommes à son
domicile, mais il n'y avait personne. Mais nous poursuivons les
recherches. Et je parierais que lorsque nous aurons mis la main sur
lui, nous retrouverons non seulement les frères Black, mais
aussi Remus Lupin et le petit Potter.
- En espérant
qu'il ne soit pas trop tard… murmura Scrimgeour. La nuit vient de
tomber… »
Les deux hommes se regardèrent un moment en silence, l'air tendu.
« Je vais me mettre moi-même à la recherche de Rogue, conclut McPherson. Tout de suite. »
