Chapitre 9 :
Isabelle s'était assise sur le bord de sa couchette, secouée de sanglots. Elle avait craqué à peine la porte de sa cellule refermée sur elle, vaincue par la terreur et l'épuisement.
Elle était en très mauvaise posture. McPherson était persuadé qu'elle avait pris activement part à l'évasion des frères Black. Et si elle n'était pas aussi coupable qu'il voulait bien le croire, elle ne pouvait nier qu'elle avait effectivement permis à Regulus de s'enfuir…
Elle le regrettait presque. Presque, parce que McPherson lui faisait tellement peur… Mais pas tout à fait, parce qu'elle était toujours fermement persuadée que sans son intervention, Regulus aurait été tué par les Mangemorts.
Elle essaya de s'accrocher à cette idée : sans ce qu'elle avait fait, Regulus serait peut-être mort, à l'heure actuelle. Mais c'était difficile. Elle était en plein cauchemar, et elle ne voyait vraiment pas comment elle pourrait s'en sortir. Le plus dur était qu'elle ne savait absolument pas ce qui l'attendait ensuite. McPherson l'avait faite conduire là, dans cette cellule au fond du quartier des Aurors, et personne n'avait pris la peine de lui expliquer ce qu'on ferait d'elle par la suite.
L'enverrait-on à Azkaban ?
Elle avait vu les conditions de vie des détenus, elle en était même venue à ressentir de la pitié pour ces hommes et ces femmes obligés de subir la présence des Détraqueurs nuit après nuit…
Elle avait vu ce qu'ils devenaient, après quelques jours seulement passés en Haute Sécurité…
Risquait-elle un séjour là ? Son crime était-il assez odieux pour la condamner à finir ses jours au milieu des Mangemorts ?
Non. Elle s'était contentée de laisser Regulus dormir dans l'infirmerie. Elle n'avait tué personne !
Elle avait permis l'évasion de Sirius Black. Le monstre Sirius Black.
Ce n'était pas un monstre, il était innocent, il n'était même pas un Mangemort, Regulus le lui avait juré…
Regulus Black, lui, était un Mangemort. Il lisait des livres de Magie noire… Sa mère avait confirmé à quel point son rejeton était impliqué dans la lutte contre les Sangs-Mêlés et Sang-de-bourbe…
Elle sursauta lorsque la porte de sa cellule s'ouvrit. Elle ravala un sanglot, échoua lamentablement à tarir le flot de larmes qui débordait de ses yeux brûlants, et se rencogna un peu plus contre le mur.
Ce n'était pas McPherson, ce n'était même pas un Auror. C'était son père.
Alors que la porte se refermait, il se précipita vers elle pour la serrer contre lui. Et brusquement, elle redevint l'enfant qu'elle avait été, si faible, si dépendante de son assurance à lui, de son appui.
« Mon petit poussin, ne pleure pas, lui murmura-t-il. Je vais faire mon possible pour te sortir de là, tout cela ne peut être qu'une affreuse erreur… »
Il ne comprenait pas. McPherson avait vraiment de quoi l'inculper. Et elle n'était même plus sûre de ne pas mériter le châtiment qu'il requerrait contre elle.
« J'ai aidé Regulus Black à fuir
d'Azkaban… ! avoua-t-elle entre deux sanglots.
-
Allons, Isabelle, ressaisis-toi !
- Je t'assure
que je l'ai fait, Papa ! Ils allaient le tuer, sinon !
-
Qui ? De quoi parles-tu ?
- Les Mangemorts… !
»
Elle se moucha dans le carré de tissu que lui tendit son père. Celui-ci paraissait plutôt perdu.
« Si tu me disais précisément de
quoi il retourne ?
- J'ai entendu ta conversation avec
Malefoy… Il voulait venir à Azkaban !
- Tu as
entendu… Et alors ? En quoi cela te concernait-il ?
-
C'est un Mangemort !
- Malefoy ? Enfin, c'est ridicule
! Qui t'a dit une chose pareille ?!
- Regulus Black…
»
Alors qu'elle prononçait son nom, elle s'aperçut subitement de la légèreté dont elle avait fait preuve, en prenant pour argent comptant toutes les assertions de cet homme.
De l'avis de tous, Regulus Black était un Mangemort. Quelle preuve avait-elle qu'il avait effectivement trahi son camp ? Quelle preuve avait-elle que les Mangemorts voulaient sa mort ? Quelle preuve avait-elle que Sirius Black n'était pas la pourriture que tout le monde pensait ? Elle n'avait que sa parole à lui…
«
Regulus Black t'a dit que Lucius Malefoy était un Mangemort
et qu'il voulait le tuer ? demanda Fudge, les sourcils froncés
sous l'effort de sa concentration.
- Oui…
murmura-t-elle, d'une voix à peine audible.
-
Et tu penses que c'est crédible ? Qui est le plus digne de
confiance : Lucius Malefoy, un membre influent de notre société,
ou Regulus Black, un Mangemort avéré, condamné
pour vol ? »
Isabelle ne répondit pas.
Se pouvait-il qu'elle ait simplement été manipulée depuis le début ? Regulus n'avait-il fait que lui mentir ?
Son cœur se révoltait à cette idée.
Mais c'était tellement vraisemblable…
« Isabelle… reprit Fudge en
soupirant. Lorsque tu m'as posé ces questions sur Sirius
Black, je t'avais prévenue que tu devais absolument te
protéger de lui… Sirius Black est un homme manipulateur et
pervers… Et apparemment, son frère partage ces
caractéristiques avec lui. Que t'a-t-il dit,
pour te pousser à agir dans son intérêt ?
-
Que Sirius était innocent… Qu'il n'avait jamais trahi
les Potter… renifla Isabelle.
- Il a avoué
lui-même l'avoir fait, en plein procès ! Lors
de son arrestation, après la mort de tous ces pauvres gens, sa
seule réaction a été de rire aux éclats !
Cet homme se nourrit de la souffrance et de la mort des autres, c'est
un monstre ! Comment as-tu pu le croire innocent ?!
-
Quand je lui ai parlé… »
Elle ne savait pas trop comment exprimer l'étrange sentiment qu'elle avait eu, en parlant à cet homme. Il lui avait semblé être en complet décalage avec l'image que les autres donnaient de lui… et en même temps, il était tellement effrayant, avec sa lucidité extraordinaire, sa force hors du commun…
« Je vais faire l'impossible pour te sortir de là, Isabelle, conclut Fudge. Tu as été abusée, manipulée… Mais il faut absolument que tu montres des remords pour le rôle qu'on t'a fait jouer malgré toi. Tu comprends ? »
Avait-elle des remords ? Elle ne savait pas. Mais elle acquiesça d'un hochement de tête. Elle ne voulait pas aller en prison, elle voulait juste rentrer chez elle.
Fudge l'embrassa sur le front, lui demanda d'être forte et quitta la cellule.
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Rita Skeeter avait passé la journée entière à battre la semelle dans les couloirs du ministère, passant d'un couloir à l'autre pour être sûre que personne ne la délogerait tant qu'elle n'aurait pas le scoop qu'elle attendait tant.
Elle avait toujours su que son heure finirait par venir, qu'il suffisait de plus d'opiniâtreté. C'était cette volonté de fer qui lui avait permis d'écrire son premier article conséquent, trois mois auparavant. Une histoire de trafic d'objets magiques particulièrement rares et obscurs. Elle avait magnifiquement su retranscrire l'atmosphère glauque des transactions, rendu palpable le danger qu'il y avait à s'immiscer dans ce genre de trafic.
Le directeur de la gazette avait été enchanté par son papier. Il lui avait promis qu'en continuant sur cette lancée, elle ne tarderait pas à se faire un nom dans le milieu du journalisme.
Finis, les concours stupides à couvrir, les potins racoleurs et les manifestations festives de quelque obscure communauté sorcière du fin fond de l'Angleterre ! L'évasion spectaculaire des frères Black lui donnait enfin une occasion de confirmer son talent indéniable dans la traque aux informations décisives !
Lorsque les portes du ministère s'étaient finalement fermées au public, elle avait préféré prendre sa forme animagus, de manière à être parfaitement sûre que personne ne serait en mesure de l'expulser avant qu'elle trouve de quoi écrire son article. Et elle avait ainsi surpris bon nombre de faits croustillants.
D'abord, la fille-même de Fudge avait été arrêtée. D'après ce qu'elle avait pu comprendre, elle travaillait à Azkaban – drôle de choix pour une demoiselle dont le père était aussi influent, soit dit en passant – et avait apparemment aidé les frères Black à s'enfuir. Comment, par contre, Rita l'ignorait encore.
Ensuite, les Aurors étaient sur une piste sérieuse. Elle avait assisté à leur branle bas de combat peu après la fermeture. Scrimgeour lui-même était de la partie.
Tout laissait augurer que le scoop était là, à portée de main. Elle imaginait déjà le titre : arrestation spectaculaire des frères Black. Non, pas assez emphatique. Sirius Black était un monstre qui terrorisait les braves gens à la seule évocation de son nom, elle devrait trouver quelque chose de plus accrocheur. Un monstre mis en échec. Fin de la cavale meurtrière pour les terrifiants frères Black. Certes, il n'y avait eu aucune mention d'assassinat suspect, depuis leur évasion, meurtrière n'était sans doute pas adapté… Mais c'était pourtant un excellent titre…
Alors qu'elle commençait à penser au contenu-même de son futur article, elle entendit une brusque rumeur dans le quartier des Aurors. Sans doute étaient-ils revenus de leur expédition mystère.
Tremblante d'excitation sur ses petites pattes agiles, elle se glissa sous la porte pour ne pas perdre une miette de ce qui se dirait.
La stupeur l'envoya presque sous les talons d'un Auror. Elle se réfugia in extremis contre le mur, sur lequel elle grimpa pour mieux voir l'incroyable spectacle qu'elle avait sous les yeux.
Sirius Black avait été arrêté. Il était là, entre deux Aurors, affreusement pâle et dépenaillé. Ses vêtements étaient maculés de sang, signe qu'il était blessé. Mais Rita fut surtout impressionnée par son regard. A la fois si féroce et si profond.
Il n'avait rien d'une bête traquée. Même ainsi, sale, étroitement encadré et menotté, il gardait de sa prestance.
« Je te promets que tu vas nous dire où vous cachez Harry Potter ! jura Scrimgeour. Même si nous devons y passer la nuit. »
Ainsi, c'était vrai ! Le Survivant était la proie de ces monstres !
«
Vous n'y gagnerez que des cernes sous les yeux, Scrimgeour !
répliqua Black. J'ignore où est Harry. Et le
saurais-je que je ne vous le dirai pas.
- Tu crois
qu'on ne fera pas tout pour le retrouver ?! coupa un Auror,
particulièrement véhément. Qu'on ne te fera
pas payer ce que tu lui as fait ?!
- Oui, à coup de
sortilèges impardonnables, c'est ça, McPherson ?!
cracha Black. Tu dois regretter d'avoir manqué ton coup,
tout à l'heure !
- Oh oui, je le regrette ! Les
monstres comme toi ne méritent même pas la prison !
Prendre un enfant de deux ans en otage…
- Taisez-vous,
McPherson ! coupa Scrimgeour. Conduisez-le en salle
d'interrogatoire tout de suite ! Que personne ne l'approche ! Je
dois informer madame la Ministre de son arrestation avant d'attaquer
les choses sérieuses ! »
Rita hésita. Elle brûlait d'envie de suivre Black et de se glisser à sa suite dans la salle d'interrogatoire. Mais si elle le faisait, elle courait le risque que l'un des Aurors laisse échapper quelques informations auprès des journalistes toujours à l'affût à l'entrée du Ministère. Et elle perdrait le scoop.
Alors, au lieu de suivre son impulsion première, elle choisit de quitter le Ministère.
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Rogue avait mal aux pieds. Et il avait sommeil, aussi, et froid.
Si seulement il avait eu la bonne idée de transplaner plus près de Londres… Bien sûr, il suffirait d'un peu de magie pour que sa situation s'améliore considérablement. Il pourrait raccommoder sa robe déchirée d'un coup de baguette, et l'ensorceler pour qu'elle lui apporte un peu plus de chaleur… Mais ce serait prendre un trop grand risque.
Il avait eu le temps de réfléchir, pendant sa longue marche dans le noir. Il avait repensé à la manière dont les Aurors étaient intervenus, et en était venu à la conclusion que c'était très vraisemblablement lui-même, en lançant le stupéfix sur Sirius, qui leur avait permis de les localiser. En utilisant la magie, il devenait détectable par les Aurors, il en était à peu près certain. Il fallait donc rester très prudent.
Il n'avait donc pas d'autre alternative que de marcher à travers la campagne, trébuchant à chaque pas, et maudissant la terre entière.
Il fut presque soulagé, lorsqu'il aperçu au loin les lumières pâlottes des réverbères de ce qui était, apparemment, une petite ville moldue. Une agglomération assez grande, espérait-il, pour lui permettre de trouver un moyen de transport efficace. Il avait heureusement de l'argent moldu sur lui.
Il atteignit les premières maisons alors que le ciel s'éclaircissait sur l'horizon. Tant mieux. Avec de la chance, il trouverait de quoi se restaurer un peu. Il avait bien besoin d'un café. Mais avant cela, il devait modifier son apparence. Il était certain que les Aurors avaient diffusé son signalement jusque chez les Moldus, à l'instar de Black.
Il plongea la main dans sa robe et en sortit une petite fiole. Il la déboucha avec un sourire. Il avait bien fait de prendre avec lui une bonne réserve de polynectar…
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Remus resta un moment allongé sur le sol, le cœur battant à tout rompre. La douleur lui sciait littéralement les membres, comme si tous ses os avaient été broyés par les horribles mâchoires du loup. Et il était si faible… Comme si son propre corps était un poids trop lourd à porter.
Il ferma les yeux bien fort, pris de vertige. Il savait que lorsqu'il les rouvrirait, la forêt qui l'environnait ne serait plus la même, qu'elle perdrait de sa profondeur, réduite par ses perceptions désormais humaines. Mais cela lui était égal. Tout ce qu'il souhaitait, maintenant, c'était pouvoir dormir longuement.
Il se recroquevilla sur lui-même. Le petit matin était froid et humide, glaçant sa peau nue, et il se mit à trembler.
Il rouvrit les yeux et se força à se redresser. Il ne pouvait pas rester là, perdu en pleine forêt, à grelotter. Il devait revenir à l'endroit où Rogue et lui avaient transplané. Peut-être y retrouverait-il sa baguette…
Il étira péniblement ses membres endoloris et s'appuya sur un arbre pour se mettre debout. La douleur s'intensifia tant qu'il fut pris d'un spasme et se courba en deux, pris de nausée. Il s'accrocha au tronc tant bien que mal.
Voilà pourquoi il préférait s'enfermer pendant les pleines lunes, plutôt que parcourir les forêts. Maintenant, il était perdu, vulnérable.
Et si Rogue ne venait pas le récupérer ? Et s'il ne retrouvait pas sa baguette ?
« Pas de panique, pensa-t-il. Ils viendront. Sirius viendra, il ne permettra pas que Rogue me laisse en plan comme cela… » Il sourit malgré la douleur, en imaginant Sirius contraignant Severus avec toute la force de persuasion dont il était capable, qu'il était dans son intérêt de le retrouver lui, Remus, au plus vite…
Il leva la tête et regarda autour de lui. Sa vision était redevenue totalement humaine, mais il pouvait encore compter sur son nez et ses oreilles. L'acuité de ses sens ne diminuait que progressivement, de la vue à l'odorat, le plus persistant, qui resterait particulièrement développé jusqu'à deux jours après la pleine lune.
Avec de la chance, il retrouverait peut-être sa propre odeur – celle du loup – et parviendrait à revenir sur ses pas.
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McPherson faisait les cent pas devant la salle d'interrogatoire de Black. De temps en temps, un éclat de voix retentissait, derrière la porte, mais c'était de plus en plus rare. Apparemment, Scrimgeour était un peu à court d'arguments. Ou de menaces.
Il brûlait d'entrer là, de se planter devant Black. De le forcer à dire ses horribles petits secrets. Scrimgeour prenait trop de gants, avec lui, ce type ne valait pas qu'on le ménage.
Si seulement il pouvait entrer…
« Alors ? demanda Julius en arrivant dans le
couloir. Il crache le morceau ?
- Pas à ce qu'il
semble, répondit McPherson, laconique.
- Il faut que
je vois Scrimgeour.
- Du nouveau ?
- Le
polynectar de Rogue… Tu sais, celui qu'on a trouvé chez
lui ? »
Brusquement, l'attention de McPherson se détourna de Black. Julius semblait réjoui, c'était plutôt bon signe.
« Il ne permet pas de prendre l'apparence de Bertha Jorkins, poursuivit Julius. Je l'ai testé. »
McPherson sentit la déception s'abattre sur lui. Ainsi, il n'avait plus aucune preuve que Rogue avait permis à Lupin de se substituer à la fille du directeur. Ce n'était pas une bonne nouvelle.
« Pas de quoi être
satisfait… grommela-t-il.
- Attends,
réfléchis deux minutes ! Pourquoi Rogue aurait-il
préparé un plein chaudron de polynectar, juste avant
l'évasion de ses complices ?
- Tu veux dire… »
Il fronça les sourcils. Le visage de Julius se fendit d'un
large sourire.
« Il s'est préparé un camouflage ! Grâce à sa négligence, nous sommes maintenant en mesure de lancer un avis de recherche efficace ! Rogue doit actuellement se promener quelque part sous l'apparence d'un homme blond, rondelet, doté d'une bonne paire de moustaches ! »
McPherson tergiversa moins de deux secondes, avant de décider de lâcher la porte de Black pour lancer l'avis de recherche en question.
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Rarement
Albus Dumbledore s'était senti aussi désarçonné.
Il avait beau faire, il n'arrivait pas à relier entre eux
tous les éléments concernant la disparition de Harry et
l'évasion de Sirius Black.
Lupin avait rendu visite à Black peu avant son évasion.
Severus Rogue l'avait secondé dans sa tâche.
Regulus Black s'était fait enfermer à Azkaban et s'était enfui avec son frère.
Rien n'avait de sens. Lupin haïssait maintenant Black de toute son âme. Il les avait trahis, les Potter et lui. Rogue, de son côté, avait toujours profondément détesté Black. Et Regulus ? Albus connaissait peu le jeune homme, il n'avait pas été un élève qu'on remarquait particulièrement, à la différence de son frère aîné. Mais il connaissait les Black de réputation. Seul Sirius avait semblé sortir de la voie suivie par la famille.
Mais il avait trahi James Potter, n'est-ce pas ? Peut-être s'était-il réconcilié avec les siens… Et l'intervention de Regulus n'était rien d'autre qu'un acte de fidélité de Mangemort à Mangemort. De frère à frère.
Quelques coups frappés au carreau le tirèrent de sa réflexion. Un hibou voletait devant sa fenêtre. Il était un peu tôt, pour le courrier… Il ouvrit au messager et prit la lettre qu'il laissa tomber sur le bureau. Elle portait la mention urgent, ce qui expliquait que le service de réexpédition du courrier par voie moldue l'ait fait aussitôt suivre. Il s'empressa de l'ouvrir.
« Professeur Dumbledore,
Harry est vivant, en bonne santé.
Soyez assuré qu'il n'est nullement dans mes intentions de
lui faire du mal.
Les Mangemorts en ont après lui. Ils ont
envoyé Greyback pour l'enlever. C'est lui, le responsable
de la mort des Dursley. J'ai eu la chance de pouvoir sauver Harry à
temps, je regrette de ne pas avoir pu faire de même pour sa
famille…
Je ne pense pas pouvoir venir jusqu'à
Poudlard, l'école est certainement surveillée par les
Mangemorts. Je vous enverrai des nouvelles dès que je le
pourrai.
Remus J. Lupin »
Dumbledore poussa un soupir de soulagement. Au moins, il avait la certitude que Harry était entre de bonnes mains, sain et sauf.
On frappa à la porte. Il replia la lettre, avant d'inviter son visiteur à entrer. C'était Minerva, légèrement essoufflée, signe qu'elle avait couru.
« Ils ont arrêté Sirius Black ! » lança-t-elle d'emblée.
Elle lui tendit l'édition « ultra-spéciale » de la gazette qu'elle tenait en main.
Le Monstre réintègre sa cage, titrait l'article. Dumbledore le parcourut rapidement, grimaçant sur le ton mélodramatique de l'ensemble et le peu de précautions que prenait l'auteur dans ses assertions.
«
Pas de trace de Harry… souligna McGonagall, d'une voix légèrement
tremblante.
- J'ai reçu cette lettre de Remus
Lupin. Il dit que Harry est avec lui. »
McGonagall lut la lettre, les sourcils froncés.
« Dans
l'article, ils disent que Harry était entre les mains des
frères Black… Se pourrait-il qu'ils l'aient
enlevé à Remus ? demanda-t-elle.
-
Je ne sais pas… Mais Sirius Black me le dira. »
Il se leva, bien décidé à ne laisser personne se mettre entre lui et la vérité.
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Fudge n'avait pas dormi. Il avait passé la nuit à prendre des avis de tous côtés. Il était déterminé à ne pas laisser sa fille moisir en prison. Heureusement, il était suffisamment riche et influent pour pouvoir lui assurer une bonne défense. D'ailleurs, il allait solliciter dès à présent le concours de Lucius Malefoy pour cela.
Malefoy avait bien des ressources. S'il y avait un homme capable de lui venir en aide, c'était bien lui…
L'Elfe de maison qui le reçut ne se montra pas très disposé à interrompre le petit-déjeuner de son maître, et il dut longuement insister, avant d'être finalement conduit jusqu'à la luxueuse salle à manger du manoir des Malefoy. Lucius terminait sa tasse de thé, drapé dans une robe d'intérieur d'une élégance consommée, le nez plongé dans l'édition ultra-spéciale de la Gazette.
«
Cornelius ! s'exclama-t-il. Vous êtes bien
matinal ! Avez-vous lu les dernières nouvelles ? Ce
diable de Sirius Black a finalement été capturé
!
- Euh oui… Non… Je n'ai pas vraiment eu le temps
pour cela. Il faut que je vous parle, Lucius !
- Ah…
Asseyez-vous donc, je vous en prie. Dobby ? Une tasse de thé
pour Mr Fudge !
- Merci… »
Fudge se laissa tomber sur la chaise capitonnée de velours vert et s'épongea le front.
« Il s'agit de ma fille… Elle est guérisseuse à Azkaban… On l'accuse d'avoir participé à l'évasion des Black… »
Malefoy se redressa sur sa chaise, apparemment intéressé.
«
Et ?
- Elle a été abusée par cet
homme, Regulus Black ! Elle n'a que vingt ans !
- Elle
connaît Regulus Black… ? » murmura Malefoy, avec un
étrange sourire. Fudge acquiesça de la tête.
« Je pense pouvoir vous aider, Cornelius. Mais pour cela, il faudra deux choses. D'abord, je veux pouvoir parler à votre fille. Elle devra me dire absolument tout ce qu'elle sait sur les frères Black. Ce n'est que de cette façon que je serai en mesure de la sauver. Ensuite… Ensuite, il vous faudra convaincre la Ministre de la nécessité absolue d'éliminer Sirius Black. »
