Chapitre 12 :

Regulus reposa le dernier numéro de la Gazette sur la table devant lui avec l'horrible impression d'avoir reçu un coup violent sur la tête. Ainsi, Sirius avait été arrêté… La nouvelle ne le surprenait pas vraiment, finalement. Mais où était Severus ? Et pourquoi ne l'avait-il pas rejoint à la destination de son portoloin ? Etait-il blessé ?

Il sentait le regard aigu de sa mère posé sur lui. Il n'était pas totalement sûr d'être parvenu à la convaincre. Surtout lorsqu'il lui avait demandé de cacher à tous son retour Place Grimmaurd, y compris à sa cousine Narcissa… Il ne manquerait plus qu'il voit débouler Lucius Malefoy… Pour le moment, il avait bien d'autres soucis en tête…

Sirius avait été capturé…

Où était-il, maintenant ? Etait-il toujours au Ministère, dans les locaux des Aurors, ou l'avait-on déjà renvoyé à Azkaban ?

« Ils vont l'exécuter, déclara Mrs Black d'une voix plate.
- Non…
- Si. Ils le jugent dangereux, ils ne prendront pas le risque de le voir s'échapper une nouvelle fois. Ils vont simplement l'éliminer. »

Regulus fut frappé malgré lui de l'absence totale d'émotion dans la voix de sa mère. Se rendait-elle compte qu'elle parlait de son fils ?

« On ne peut pas les laisser faire ! s'exclama Regulus. Non, il faut… »

Que pouvait-il faire ? Il lui avait fallu de longs mois pour préparer l'évasion d'Azkaban. Là, le temps jouait contre lui. Si sa mère disait vrai, quel délai avait-il, pour passer à l'action ?

« Lucius pourrait peut-être intervenir, suggéra Walburga. Il a de bons amis, au Ministère, et beaucoup d'influence ! Il pourrait peut-être ajourner une sentence de mort… »

Regulus laissa échapper un soupir. Malefoy, retarder l'exécution de Sirius ?! L'idée l'aurait fait sourire, si la situation n'avait pas été aussi catastrophique.

« Non, il faut absolument laisser Lucius en dehors de ça !
- Mais pourquoi ?
- Parce que… ce serait bien trop suspect, s'il se prononçait en faveur de Sirius ! Il ne manquerait plus qu'on le soupçonne lui-aussi d'être un Mangemort… Non, le Seigneur des Ténèbres n'admettrait pas qu'on use aussi mal à propos de ses ressources…
- Mais si Sirius est aussi important que tu le dis…
- Il l'est ! Mais… Il faut trouver un autre moyen… »

Il savait que rien de ce qu'il disait n'était très convaincant. Il lui fallait absolument museler sa mère, cependant…

Un hoquet étranglé, à ses côtés, le fit sursauter. Harry s'était finalement réveillé, l'air désorienté… Et terrifié. Ses yeux se remplissaient déjà de larmes et Regulus tendit la main vers lui pour tenter de l'apaiser. Malheureusement, son geste eut exactement l'effet inverse et l'enfant se remit à pleurer.

« Oh non, Harry ! supplia Regulus. Ne pleure pas, je t'en prie !
- Remus… » hoqueta l'enfant.

Si seulement Lupin était là… !

« Dès que Severus sera là, il ira chercher Remus. Arrête de pleurer, s'il te plait, Harry ! »

Il s'écarta de l'enfant, dans l'espoir que cela le calmerait. Effectivement, Harry fit un gros effort sur lui-même pour ravaler ses sanglots.

« Kreattur, emmène donc cet enfant à la cuisine, prépare-lui un petit-déjeuner, ordonna Mrs Black. Ses pleurs me tapent sur les nerfs…
- Je ne crois pas… commença Regulus.
- Je veux bien qu'il faille le garder vivant pour le Seigneur Noir… Mais cela ne signifie pas que je doive supporter ses humeurs ! »

Avant que Regulus ait pu ajouter quoi que ce soit, Kreattur saisissait Harry par le bras et transplanait avec lui dans un crac sonore.

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« Je resterai ferme sur ma décision, Albus, décréta Millicent Bagnold. Sirius Black subira son châtiment cet après-midi !
- Mais cela ne me laisse pas le temps de permettre la réouverture de son dossier ! contra Dumbledore.
- Allons, nous savons tous ce que vaut Sirius Black ! A quoi bon une réouverture de procès, si ce n'est à faire perdre du temps et de l'argent au Ministère ! Sans compter les répercussions sur l'opinion publique !
- Quelles répercussions ?!
- Il n'est pas bon de laisser les gens s'attarder sur toutes ces affaires de procès ! Le souvenir de la guerre est bien trop présent, encore ! A agir ainsi, vous risquez simplement d'attirer la vindicte de nos concitoyens ! S'ils s'imaginent que le Ministère est prêt à reconsidérer les dossiers des Mangemorts et à assouplir leurs condamnations…
- Mais il ne s'agit pas de cela ! Je vous dit que Sirius Black est innocent ! »

La ministre haussa les épaules.

« Enfin, Millicent !
- Albus ! Peu importe que Black soit coupable ou non ! Je vous parle de confiance ! Si les Sorciers perdent la confiance qu'ils ont placée en nous, nous allons droit dans le mur ! Notre monde ne se relèvera de la guerre que si les gens ont des certitudes !
- Même si cela doit passer par le sacrifice d'innocents ?!
- Je suis désolée, Albus. »

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Harry regardait avec une curiosité effrayée l'étrange créature qui s'affairait sous ses yeux. Il ne se souvenait pas d'en avoir déjà vu de semblable, et si son aspect était repoussant, le fait qu'elle ne soit pas hostile le rassurait un peu. Cela, et le fumet appétissant qui montait des victuailles qu'elle entassait sur la table devant lui : il avait faim.

« Ma maîtresse veut que tu manges », décréta l'elfe, lui désignant la table.

Après un bref instant d'hésitation, Harry grimpa sur une chaise et commença son repas. La créature ne le quittait pas des yeux. De gros yeux globuleux qui impressionnaient le petit garçon.

Tout en mangeant, Harry inspectait chaque recoin sombre de la cuisine. Cette pièce ne ressemblait pas à la cuisine de sa tante Pétunia. Mais intuitivement, il savait qu'il n'y avait rien d'anormal à cela. Même cette curieuse petite créature réveillait des échos en lui. Des échos très lointain, de sa vie d'avant. Il était revenu dans son monde. Celui qu'il partageait avec ses parents. Il ne s'était jamais vraiment senti à l'aise, chez les Dursley, il avait toujours l'impression d'être décalé par rapport à eux.

Finalement, les hommes qui apparaissaient et disparaissaient instantanément, les éclairs lumineux qui jaillissaient des baguettes de bois brandies… Tout cela était normal, et cela ne l'effrayait pas.

Ce qui l'effrayait, c'était la présence de tous ces inconnus auprès de lui. Il n'avait pas du tout aimé le regard de la vieille dame sur lui. Elle était méchante, certainement. Comme les vieilles sorcières du livre de contes de Dudley. Et puis, il y avait l'autre homme, le frère de son parrain…

Il y avait tant de froideur et de colère, autour de lui… Ne le sentait-il pas ?

L'elfe débarrassait la table rapidement, maintenant. Et Harry craignait de devoir revenir dans le salon. Il préférait encore rester ici, dans la cuisine, en compagnie de la petite créature.

« Comment tu t'appelles ? » demanda-t-il finalement.

L'elfe lui renvoya un regard torve, comme s'il se demandait s'il devait vraiment engager la conversation avec lui.

« Kreattur, répondit-il.
- C'est de la magie ? Papa et Maman faisaient de la magie… »

Il s'en souvenait très nettement, même s'il avait feint de l'oublier, pour ne pas mécontenter son oncle et sa tante.

« Je suis un elfe de maison, et je fais donc de la magie, répondit Kreattur du bout des lèvres. Mais pas la même magie que les Maîtres… Non, les Maîtres sont des Sorciers, eux ! »

Il y avait une curieuse adoration chez l'elfe, en disant ces mots, et Harry se dit qu'il devait très certainement beaucoup aimer la vieille dame. Peut-être était-elle plus gentille qu'elle en avait l'air, finalement… Comme son parrain…

Son parrain. Où était-il ? Pourquoi n'était-il pas avec lui ? Il avait dit qu'il prendrait soin de lui, et il le laissait tout seul dans cette drôle de maison !

« Sirius ? » demanda-t-il.

Kreattur pinça la bouche d'une drôle de façon. « Ma Maîtresse ne m'autorise pas à parler de… de…
- De Sirius ? Pourquoi ?
- C'est interdit, c'est tout. »

Cela, Harry le comprenait. Il y avait plein de choses interdites : jouer avec la télécommande du téléviseur d'Oncle Vernon, entrer dans la maison avec les pieds tout terreux, manger avec les doigts… Cet elfe était comme lui, il devait se contenter d'obéir.

Cela lui rendait Kreattur presque sympathique…

Un brusque coup de sonnette fit sursauter le petit garçon, mais l'Elfe se contenta de lui faire signe de rester assis, avant de disparaître.

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« Est-ce que l'on sait qui a tiré le premier ? »

McPherson fronça les sourcils et dévisagea le jeune Auror d'un air surpris.

« Je ne comprends pas ta question, annonça-t-il.
- Black dit que c'est nous, qui avons tiré les premiers… Et je crois me souvenir qu'il dit vrai. Mais c'est lequel d'entre nous, qui a fait feu ?
- Je ne sais pas… »

McPherson se souvenait parfaitement d'avoir été surpris, à ce moment de la bataille. Scrimgeour avait pourtant donné l'ordre formel de ne pas engager les hostilités…

« Pourquoi cette question ? » demanda-t-il à son interlocuteur.

Il connaissait à peine l'Auror qui lui faisait face. Mais le fait qu'il ait passé quelques instants en la compagnie de Black le poussait à la suspicion. Il savait le Mangemort insidieux, capable de jeter le doute dans l'esprit des gens par la seule force de sa rhétorique. Lui-même avait presque failli se laisser avoir, la première fois… Il lui avait joué admirablement la comédie, lorsqu'ils avaient évoqué la mort des Potter…

« C'est juste que celui qui a fait ça aurait pu blesser le petit, c'était extrêmement risqué !
- Je suis sûr que Scrimgeour va faire sa petite enquête pour punir le responsable comme il se doit.
- Certainement… »

Le jeune homme tourna les talons. Un instant, McPherson pensa le rappeler, pour le mettre en garde. Mais il s'avisa que le mal était peut-être déjà fait, que Black avait peut-être déjà semé le doute chez son collègue. Dans ce cas, il était plus judicieux de le tenir à l'œil…

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Remus retrouva finalement la clairière dans laquelle Rogue et lui avaient transplané, alors que le soleil atteignait le zénith. Il tomba sur les genoux, s'écorchant un peu plus au passage. Mais ses jambes ne le soutenaient simplement plus. Il n'y avait évidemment pas trace de Sirius, ni de Rogue.

Il se traîna jusqu'au tas de ce qui avait été ses vêtements. Ce n'était plus que des loques qu'il lui faudrait repriser, désormais. Avec la bonne formule, il pourrait en faire quelque chose de mettable. Il chercha sa baguette. Heureusement pour lui, celle-ci n'était pas brisée.

Il dut s'y reprendre à deux fois pour prononcer la formule adéquate, sa gorge était trop douloureuse pour lui permettre de laisser passer plus qu'un filet de voix cassée et tremblotante.

Il enfila une à une les pièces de vêtements, mais renonça à se chausser : ses pieds étaient dans un état épouvantable.

Qu'allait-il faire, maintenant ? Dans l'état où il était, il était fortement déconseillé de transplaner. D'ailleurs, où irait-il ? Il n'était pas judicieux de retourner à la maison de Rogue. Il était à peu près certain qu'un ennemi – Mangemort ou Auror – avait découvert leur asile temporaire. Sinon, Sirius l'aurait rejoint.

Il allait attendre. Se reposer. Lorsqu'il serait sûr de pouvoir de nouveau faire appel à la magie pour se déplacer, il réfléchirait à une nouvelle destination. Pour le moment, il avait trop mal à la tête pour penser efficacement.

Il gagna un buisson touffu à deux pas de lui, s'improvisa un lit de feuilles à peu près confortable qu'il améliora d'un coup de baguette et se laissa sombrer dans le sommeil.

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Rogue ne savait absolument pas à quel accueil il devait s'attendre. Mais il avait vraiment hâte que la porte du 12 place Grimmaurd s'ouvre. Il sentait les regards aigus des Aurors sur son dos. Il n'avait pas pu faire autrement que de gravir les marches du perron devant eux. Au moins ne le reconnaîtrait-il pas… Il avait eu une bonne idée, de laisser un fond de polynectar chez lui, pour les lancer sur une fausse piste…

Il eut beau tendre l'oreille, il semblait que rien ne bougeât, là-dedans…

Peut-être s'était-il trompé ? Regulus avait peut-être choisi un autre point de chute, finalement…

Il tendit la main et actionna la sonnette une nouvelle fois.

« Vous êtes un parent de Mrs Black ? » demanda une voix beaucoup trop près de son oreille pour ne pas le faire sursauter.

Une femme se tenait juste derrière lui, dans un accoutrement absolument ridicule. Au moins, Rogue était sûr que ce n'était pas une Auror.

« Je ne vois pas en quoi cela vous regarde ! rétorqua-t-il sèchement.
- Je suis Rita Skeeter, journaliste intérimaire à la Gazette du Sorcier, cela vous ennuierait-il de répondre à quelques-unes de mes questions ? »

Une journaliste ? C'était bien sa veine…

« Oui, cela me dérange ! Ecartez-vous, je vous prie !
- Etes-vous lié à l'un des deux frères Black ? Venez-vous aux nouvelles ? Vous semblez un peu plus âgé que l'aîné, Sirius…
- Croyez-moi quand j'affirme que personne ne déteste davantage Sirius Black que moi sur cette terre ! coupa Rogue vertement. Maintenant, laissez-moi !
- Un instant ! »

Cette intervention-là était autrement plus ennuyeuse que celle de la journaliste. L'un des deux Aurors en civil les avaient rejoint sur le perron, tandis que son comparse avait une main négligemment enfoncée dans son veston… sur sa baguette…

« Vous comptez rendre visite à Mrs Black, dit l'Auror.
- Est-ce interdit ?
- Cela fait de vous un individu particulièrement suspect, monsieur… ?
- Je n'ai rien de suspect ! Je suis simplement ici à la demande de Mrs Black ! Je suis Mr Horatius Cripers, représentant de l'étude Cripers, Cripers et Chambers ! Mrs Black souhaite mettre ses affaires en ordre. Il est hors de question que ses deux renégats de fils touchent quoi que ce soit de la fortune familiale ! Maintenant, si vous voulez bien m'excusez… Je suis déjà en retard, et Mrs Black n'est pas femme à supporter le plus petit manquement à l'étiquette !
- J'aurais quelques questions à vous poser, cependant ! insista l'Auror.
- Dès que j'en aurais terminé avec ma cliente, je répondrais à toutes les questions que vous le souhaiterez.
- Oui, bien sûr ! coupa Skeeter. Et vous vous empresserez de quitter la maison par le réseau de cheminette ! »

Rogue laissa échapper un ricanement.

« Parce que le Ministère ne surveille pas étroitement la cheminée de Mrs Black… ? »

L'Auror ne se donna même pas la peine de le détromper. Alors, Rogue lui tourna carrément le dos et se suspendit une nouvelle fois au cordon de la sonnette. En priant pour que la porte s'ouvre. Il en allait de la crédibilité de son mensonge.

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« Est-ce qu'il a un nez crochu et des cheveux gras ? demanda Regulus à Kreattur, perché sur un tabouret et l'œil collé au judas.
- Non, Maître Regulus. »

Ce n'était pas étonnant, cependant. Rogue ne se serait certainement pas présenté ici sous sa véritable apparence.

« Et que font les Aurors ?
- Il y en a un qui s'approche, Maître.
- Peut-on entendre ce qu'ils disent ? »

L'Elfe claqua des doigts, et aussitôt, l'écho de la discussion qui se tenait sur le palier se trouva amplifié dans le hall.

« Est-ce interdit ? » lança la voix du visiteur impromptu.

Regulus sourit. Il n'y avait que Rogue pour avoir un ton aussi méprisant. Il suivit le reste de l'échange avec attention.

« Kreattur, dit-il à l'Elfe lorsque le nouveau coup de sonnette retentit. Tu vas ouvrir la porte, et tu diras à Mr Cripers que Mrs Black l'attend au salon.
- Mais je ne connais aucun Mr Cripers ! protesta Mrs Black sèchement.
- Ne vous en faites pas, Mère. Il s'agit d'un ami à moi. »

Du moins, l'espérait-il. Il se réfugia dans le salon, sa baguette prête.

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« Mr Cripers ! fit l'Elfe, en ouvrant la porte. Mrs Black vous attend au salon. »

Rogue réprima un soupir de soulagement, tandis que l'Auror reculait de quelques pas, dans son dos. La journaliste, elle, n'avait pas dit son dernier mot. « Mrs Black compte donc rédiger un testament déshéritant ses deux fils ? Qui serait le nouveau bénéficiaire ?
- N'avez-vous jamais entendu parler de secret professionnel ? » lâcha Rogue avant de lui claquer proprement la porte au nez.

Il s'autorisa enfin à respirer. Puis, il se tourna vers l'Elfe qui le dévisageait de ses yeux globuleux.

« Ton maître est-il là ? »

L'Elfe tergiversa un instant de trop, et Rogue comprit qu'il ne s'était pas trompé.

« Ma maîtresse vous attend au salon, répondit Kreattur.
- Allons-y, alors ! »

Regulus faisait face à la porte, baguette brandie.

« Regulus…
- Qui êtes-vous ? demanda le jeune homme.
- Comme si tu l'ignorais ! répliqua Rogue. Je suis l'imbécile qui a risqué sa peau au ministère pour te tirer de l'Arche ! Et qui a désormais les Aurors sur le dos, sans parler d'un fichu sort qui m'empêche d'utiliser ma magie ! »

Regulus abaissa sa baguette et sourit.

« Très flatteuse, ta nouvelle apparence, remarqua-t-il.
- Mmmppfff… »

Regulus s'assit sur le sofa et lui fit signe de l'imiter. « Maintenant, dis-moi ce qui s'est passé. »

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« Faites-lui redire tout ce qu'il m'a confessé, sous veritaserum ! » insistait Dumbledore.

Scrimgeour soupira. Mais McPherson s'empourpra. Visiblement, l'insistance du vieux sorcier l'irritait. « Le veritaserum n'est pas une panacée, vous le savez parfaitement, Professeur Dumbledore ! répliqua-t-il. Et d'ailleurs, il n'a eu aucun effet sur Black, au moment de sa première arrestation !
- Vous lui avez administré du veritaserum ?! s'étonna Dumbledore. Ce n'est pas mentionné dans son rapport… »

Il feuilleta l'épais dossier que lui avait remis Scrimgeour, captant du coin de l'œil l'échange de regards embarrassés des deux Aurors. Et il se demanda ce qu'on avait encore omis de signaler, dans ce fameux compte-rendu…

« Et vous lui avez demandé d'avouer ses crimes… ? reprit-il. Mais s'il est innocent, il est normal qu'il n'ait rien avoué sous veritaserum ! Ce simple fait aurait dû attirer votre attention !
- C'est un menteur ! s'emporta McPherson. Je suis sûr qu'un homme de sa trempe n'a aucun mal à dissimuler la vérité, quel que soit le moyen employé pour lui extorqué : menace, potion…
- Torture ? suggéra Dumbledore froidement.
- Allons, Dumbledore… » intervint Scrimgeour, un peu pâle.

Dumbledore soupira. Il n'y avait plus que le chef des Aurors, pour suspendre la sentence qui menaçait Black. S'il arrivait à lui faire comprendre qu'il était dans l'intérêt de la justice d'ajourner la condamnation… Mais Scrimgeour avait bien d'autres soucis. Il était toujours à la recherche de Harry, et des complices de Sirius. La Salle de réunion, dans laquelle ils se trouvaient à ce moment, était pleine d'Aurors affairés. Certains ne faisaient que passer en coup de vent, d'autres s'attardaient sur l'un ou l'autre des dossiers des recherchés, d'autres, encore, complétaient le grand tableau de synthèse, accroché sur le mur du fond, avec leurs propres annotations, remarques ou comptes-rendus.

Depuis la fin de Voldemort et la vague d'arrestation qui avait suivie, Dumbledore n'avait plus vu pareille effervescence en ces lieux.

Il n'y avait guère qu'un jeune homme, à deux pas d'eux, qui ne partageait pas la frénésie ambiante. Dumbledore le remarqua parce que son air songeur tranchait, dans toute cette agitation. Et il comprit qu'il avait suivi toute la conversation qu'il avait eu avec son supérieur.

« Si Sirius n'est pas le coupable que tout le monde voit en lui, il est urgent de se demander qui est à l'origine de la mort de l'oncle et de la tante de Harry, déclara Dumbledore.
- Mais nous ne laissons aucune piste de côté ! protesta Scrimgeour, piqué au vif. Bien qu'il soit à peu près entendu que ce soit l'œuvre du loup-garou Remus Lupin, j'ai toujours une équipe à Privet Drive qui poursuit l'enquête. Mais tout ce qu'ils ont pu trouver ne fait que conforter notre vision des événements !
- Sirius Black n'a commandité aucun enlèvement ! Il était en Haute Sécurité, voyons ! Comment aurait-il pu s'y prendre ?!
- Il avait des complices. Dans la place, et au-dehors. Bon, ça suffit, maintenant, Dumbledore ! Vous nous faites perdre notre temps à tous ! Et Harry Potter est encore perdu dans la nature, entre les griffes des Mangemorts ! »

Scrimgeour tourna les talons, imité par McPherson.

Dumbledore ne pouvait pas nier que tous les faits allaient contre Sirius et Remus. Si seulement Scrimgeour acceptait de se poser un peu plus de question…

Le jeune Auror qu'il avait remarqué n'avait pas bougé. Alors, il se tourna vers lui.

« Il est du genre borné », lui dit-il.

Le jeune homme sursauta, tiré de ses pensées, et leva un regard interrogateur sur Dumbledore, et celui-ci le reconnut alors. C'était le jeune homme qui était en faction devant sa porte, lorsqu'il lui avait rendu visite.

« Est-ce que Sirius Black est vraiment innocent ? demanda-t-il à voix basse, comme s'il était indécent de l'envisager tout haut.
- Je le crois, oui, répondit Dumbledore. C'est un innocent, qui va être condamné tout à l'heure.
- Mais il a avoué ses crimes…
- Je crois qu'on l'a poussé à le faire. »

Le jeune Auror fronça les sourcils, l'air ennuyé. « Scrimgeour ne fera rien pour réouvrir son dossier… murmura-t-il.
- C'est ce que j'ai compris.
- Mais si Black est innocent… »

Dumbledore sourit d'un air encourageant. Il avait vraiment besoin de toutes les bonnes volontés, dans la circonstance. Et si cet Auror avait l'intelligence de se poser des questions…

« Quel est votre nom, jeune homme ?
- Kingsley Shacklebolt. »