Chapitre 13

Isabelle était complètement perdue. Sa migraine était revenue en force, et le ton employé par Malefoy ne simplifiait pas les choses. Sa voix avait quelque chose de lénifiant, qui endormait ses capacités réflexives. Pas à la façon de McPherson, non. McPherson était agressif, et il la perdait davantage par ses tournures de phrases et sa logique si dangereuse.

« Qu'avez-vous à gagner, à protéger les secrets de cet homme ? insistait Malefoy. Vous risquez la prison pour lui. Et lui ? A-t-il fait le moindre geste pour vous innocenter ? Pensez-vous vraiment qu'il fera pour vous ce qu'il a fait pour son frère ? »

Isabelle ne répondit pas. Elle avait décidé une bonne fois pour toute de ne pas répondre à Malefoy. Celui-ci ne s'en formalisait pas, apparemment, et continuait ce qui s'apparentait à du lavage de cerveau.

« L'ami de Black, le loup-garou, a massacré la famille du petit Harry Potter… Songez donc à ce que fera Black, lorsqu'il aura l'enfant entre les mains ! Et vous protégez ces hommes-là ?! »

Isabelle aurait aimé se boucher les oreilles, mais elle n'osait pas esquisser le moindre geste. Elle ne savait plus où elle en était. Comment imaginer que Regulus puisse faire le moindre mal à un enfant ?! Et Sirius ? Etait-il vraiment ce monstre-là ?

« Confessez votre crime ! plaida Malefoy. Avouez que Regulus Black vous a séduite et manipulée ! Le jury sera plus clément si vous jouez franc jeu !
- McPherson croit que tout était prémédité… murmura-t-elle, la bouche sèche.
- Justement ! Coupez-lui l'herbe sous le pied en avouant avoir simplement cédé à une pression de la part de Regulus ! Et surtout – surtout ! – avouez tout ce que vous savez sur les frères Black ! Comme preuve de votre repentir. »

Elle ne savait rien ! Rien, sinon que Regulus Black n'était pas celui que tout le monde lui dépeignait, sinon que Sirius était innocent… Et que Malefoy, le même Malefoy qui campait dans sa cellule, était un Mangemort !

« Je ne sais absolument rien sur les frères Black, affirma-t-elle.
- Mais vous avez permis à Regulus de rester à l'infirmerie.
- Parce que je pensais… »

Elle avait peur d'en dire trop, de commettre une maladresse.

« Je pensais que c'était le mieux… A cause des Détraqueurs… »

Malefoy hocha la tête, l'air désappointé. Et Isabelle frissonna. Cet homme suait la menace.

« Ecoutez, peut-être que j'ai été imprudente… naïve… reprit-elle, tentant de maîtriser tant bien que mal son appréhension. Finnigan… Regulus… est beau garçon, et il a du charme, c'est vrai… Il a failli mourir, et je n'avais pas le cœur à le revoir dans cet état, c'est tout… Jamais je n'ai voulu laisser des monstres menacer la vie de qui que ce soit ! »

Elle s'en tiendrait là. Qu'il la croit midinette, c'était le moins dangereux pour elle.

« Je vois… »

Il se leva de la chaise et épousseta sa robe d'un geste désinvolte.

« Nous reprendrons cette conversation plus tard. Lorsque j'aurai en ma possession tous les éléments que les Aurors auront pu réunir contre vous. Et nous déciderons alors de la ligne de conduite à tenir lors de votre procès. »

Elle ne voulait pas de lui comme défenseur ! Elle aurait voulu le lui redire, sachant au fond que c'était peine perdue. Mais elle n'osa pas. Elle se contenta de se réjouir de le voir enfin quitter sa cellule. Elle avait besoin d'être seule.

§§§§

Rogue avait été suffisamment évasif pour que Regulus soupçonne qu'il y avait plus à dire, sur l'arrestation de Sirius, qu'il ne le lui avait confié. Mais il était inutile de chercher à en savoir davantage. Severus se fermait comme une huître dès qu'il était question de Sirius.

« Ma mère dit que le Ministère va le condamner… dit Regulus sombrement.
- Evidemment. Imagines-tu qu'ils vont se contenter de le renvoyer dans sa cellule ? Ils vont faire de lui un exemple !
- Il faut le sortir de là.
- Regulus… Tu as eu une chance de damné de t'en sortir vivant, la dernière fois que tu t'es mêlé des affaires de ton frère. Tu imagines pouvoir réitérer l'exploit ?
- Je dois faire quelque chose.
- Quoi ? Ouvrir un nouveau portail ? Tu penses pouvoir réunir cinq cadavres autour de ton frère, au sein-même du Ministère ? Sois réaliste, Regulus ! »

Regulus se leva brusquement du fauteuil. Réaliste ? Il ne voulait pas l'être ! Il n'allait pas laisser Sirius mourir sans réagir !

« Le Ministère n'est pas Azkaban ! Je trouverai bien un moyen de m'y introduire !
- Tout le monde est à ta recherche, les Aurors comme les Mangemorts…
- Je peux changer d'apparence !
- Et tu penses pouvoir approcher de Sirius ?
- Il le faut ! »

Rogue secoua la tête d'un air dépité. L'effet du polynectar s'était maintenant dissipé, et la fatigue creusait des ombres noires sous ses yeux, accentuant sa pâleur maladive.

« Il y a des Aurors qui campent devant la porte, lui rappela-t-il. Tu comptes faire comment ?
- Les Aurors… Je n'en sais rien encore ! Il faut que je réfléchisse… »

Il se rassit dans son fauteuil, la tête entre les mains, sous l'œil torve de Rogue.

Un brusque éclat de voix le tira de ses pensées chaotiques.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda Severus, nerveux.
- Ça, c'est ma mère… marmonna Regulus. Toujours aussi aimable… »

Il se leva cependant. Il n'était pas bon signe qu'elle vocifère de la sorte.

Alors qu'il ouvrait la porte du salon, le petit Harry le percuta de plein fouet. « Hé ! s'exclama Regulus. Harry…
- Je veux pas… sanglota le petit garçon, s'agrippant brusquement à sa jambe. Elle fait peur !
- Qui ? Ma mère ? Qu'est-ce qu'elle te veut ? »

Il se pencha vers l'enfant. Harry sursauta en voyant son visage près du sien, comme si le rapprochement était agressif, mais contrairement à ce que Regulus prévoyait, il ne se recula pas. Apparemment, sa mère l'effrayait plus que lui, et Harry était prêt à quelques concessions dans le choix de ses alliés contre elle.

« Viens ici, petit morveux, graine d'impur ! gronda Mrs Black, curieusement échevelée, suivie d'un Kreattur qui se tordait les mains d'anxiété.
- Ne lui parlez pas ainsi, Mère ! coupa Regulus, un peu choqué. Que se passe-t-il donc ?
- Ce petit sot est d'une saleté repoussante ! lâcha la vieille femme avec une grimace. J'ai juste essayé de le mener à l'étage pour lui donner un bain !
- C'est tout noir, j'ai peur ! protesta Harry.
- Mais tu n'as rien à craindre, Harry, assura Regulus. Ma mère veut simplement te laver. »

Un reniflement méprisant indiqua à Regulus que Severus les avait rejoints. Il tourna la tête vers lui. « Il a juste peur, dit-il, comme s'il devait justifier l'attitude de l'enfant.
- Comme si nous avions du temps à perdre avec de pareilles âneries ! railla Rogue.
- Remus… ? Il est là aussi ? » coupa Harry, d'un ton plein d'espoir qui assécha presque ses larmes.

Il fallut un temps, à Regulus, avant de comprendre ce que voulait dire Harry. « Ah, oui, Remus… murmura-t-il, embarrassé. Severus, il faut aller chercher Remus. »

Le visage de Rogue s'allongea un peu plus, et Regulus se souvint que l'aversion qu'il avait pour Lupin égalait presque celle qu'il avait pour Sirius.

« Nous avons besoin de Lupin, insista-t-il. A moins que tu souhaites te charger de Harry ? Il a peur de moi.
- Certainement pas ! s'exclama Severus, d'un air dégoûté.
- Où est Remus… ?! piaula le petit garçon, se remettant brusquement à pleurer.
- Severus va aller le chercher tout de suite ! certifia Regulus. Le temps que tu prennes ton bain, et il sera là !
- Pas de bain ! contra Harry. Pas elle ! »

Il contourna Regulus pour aller se cacher derrière Severus, qui s'écarta brusquement, comme si l'enfant était porteur de quelque maladie hautement contagieuse.

« Tout ceci est ridicule ! gronda Mrs Black. Comment cette misérable petite créature se permet-elle d'être aussi effrontée ?! Kreattur, attrape cet enfant et emmène-le en haut tout de suite ! »

Harry poussa un cri lorsque Kreattur apparut juste à ses côtés. « Attends, Kreattur ! ordonna Regulus. Harry, Kreattur ne te fera pas de mal. Tu veux bien le laisser faire ?
- Mais il n'a pas à donner son accord ! protesta la vieille femme.
- Il va juste te laver, et tu redescendras après. Et Remus sera là. D'accord ? »

Le petit détailla l'elfe d'un air angoissé, avant d'acquiescer lentement de la tête. Il glissa sa petite main dans la sienne et se laissa mener jusqu'à l'escalier, non sans jeter des regards à Regulus et à sa mère.

Lorsqu'ils eurent disparus en haut des marches, Mrs Black tourna les talons avec un air de dignité blessé assez pitoyable, et Regulus et Severus se retrouvèrent seuls dans le hall.

« Ce gosse est déjà aussi pénible et présomptueux que son père ! remarqua Rogue d'un ton grinçant.
- Arrête, Severus. Il est juste apeuré. Et toi, tu vas aller chercher Lupin tout de suite. S'il te plait. » Rogue laissa échapper un ricanement sec. " Tu t'imagines vraiment que j'aurais fait le trajet jusque chez toi dans ce taxi moldu affreusement lent, si j'avais pu transplaner ? Le sort de traque.
- Ah oui…
- Si je transplane, il y a fort à parier que les Aurors seront sur notre dos, à Lupin et moi, avant même que nous ayons pu sortir nos baguettes !
- C'est vrai.
- Tu sais lever ce genre de sort ? » demanda Severus.

Pour la première fois depuis qu'il était place Grimmaurd, Regulus perçut l'ombre d'une angoisse, chez son compagnon. La peur de se voir privé de ses pouvoirs magiques le rendait plus humain, indubitablement. Ce constat amena un sourire sur les lèvres de Regulus.

« Cela ne prendra que quelques minutes. »

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« Qu'est-ce que tu as dit à Shacklebolt ?! demanda McPherson dès qu'il eut mis un pied dans la pièce.
- Qui ? demanda Sirius avec un soupir désabusé.
- L'Auror qui t'a apporté un plateau repas !
- Ah ! Voyons… Je lui ai fait remarqué qu'il n'était pas obligé d'être aussi stupide et borné que toi, McPherson ! répliqua Sirius.
- Tu lui as fait ton couplet sur l'innocent condamné à tort, c'est ça ?! »

McPherson semblait prêt à mordre. Sirius se dit au fond de lui-même qu'il n'était peut-être pas très judicieux de le pousser à bout. Mais Sirius n'écoutait à peu près jamais ce qui se disait au fond de lui-même…

« De quoi as-tu peur, McPherson ? Qu'il se montre plus finaud que toi, en s'apercevant des lacunes dans mon dossier ?!
- Toujours la même rengaine, Black ! Tu pourrais renouveler tes arguments, il me semble !
- Comment un homme doté d'une bonne dose d'intelligence peut-il se montrer aussi borné et étroit d'esprit que tu l'es, McPherson… ?! »

En faisant cette réflexion, Sirius réalisa qu'il aurait pu tenir le même discours à Rogue. Les deux hommes se ressemblaient, dans le fond. Aussi opiniâtres et obtus l'un que l'autre. Et aussi détestables.

« Tu ne m'auras pas comme ça, Black. Provoque-moi, c'est inutile. Tu sais que tu es condamné ? Il est 14 heures. Dans deux heures, tu recevras la punition que tu mérites. Un gentil baiser de Détraqueur. »

L'Auror eut un sourire affreux, tandis que l'estomac de Sirius se nouait brusquement.

Les Détraqueurs. Leurs longs doigts plus froids que la glace et leur bouche avide, sous le capuchon crasseux. Et les souvenirs affreux, le désespoir qui vous plongeait dans un gouffre sans fond.

Les hurlements de sa mère, alors qu'elle le maudissait pour ce qu'il était. Jamais une mère ne devrait jeter de telles injures à la chair de sa chair, n'est-ce pas ?

Le regard de Remus, trahi. Comme si tous les liens qui les unissaient étaient désormais irrémédiablement brisés.

La tombe de son frère, cernée par ces visages mornes qui ne disaient pas assez leur chagrin.

L'angoisse de Lily, penchée sur un Harry à peine âgé d'un an, si affreuse à voir. Mais qu'il aurait donné cher, dans le fond, pour la voir chez sa propre mère au cœur si froid.

Et le pire. La maison ravagée, le corps de James inerte, ses yeux grands ouverts derrière ses lunettes brisées, et le petit Harry entre les bras massifs d'Hagrid, le front barbouillé de sang. Par sa faute.

Sirius serra les dents et s'efforça d'écarter de sa mémoire ce qui avait fait son quotidien pendant la plus longue année de son existence, à Azkaban. Ainsi, son sort serait scellé l'après-midi même ? Il n'avait plus que deux heures devant lui. Deux heures où il ne jouirait que de la vue des quatre murs gris qui le cernaient, étroitement attaché sur son siège. Sans avoir eu la possibilité de dire à Harry combien il regrettait, ni celle de dire à Remus combien il était désolé pour le tort qu'il lui avait fait. Ni celle de parler avec Regulus, à cœur ouvert. Il avait tellement de choses à dire à son frère…

« Tu es perdu, Black, conclut McPherson. Rien de ce que tu pourras dire ou faire n'y changera quoi que ce soit. C'est fini.
- Je n'ai pas le droit à une dernière volonté ? demanda Sirius d'un ton qu'il essaya de rendre goguenard.
- Tu n'as plus aucun droit.
- Je n'ai pas rédigé mon testament… Il faudrait que je vois Dumbledore… »

Il avait longuement pensé à Regulus et à Harry, après le départ du vieux sorcier. Et s'il était vrai qu'il ignorait où menait le portoloin, il y avait une petite chance pour que son frère soit rentré place Grimmaurd. Pour quelque obscure raison, Regulus semblait tenir à retourner là-bas.

S'il pouvait prévenir Dumbledore…

« Dumbledore… fit McPherson. Tu lui as monté un sacré bateau, il semble presque prêt à te croire innocent !
- Si Dumbledore le croit, peut-être que tu devrais remettre tes certitudes en question, tu ne crois pas ? lança Sirius, agressif.
- Ce n'est pas parce que Dumbledore est un sorcier puissant que cela le met à l'abri de l'erreur !
- Non, il n'y a que toi qui soit infaillible, apparemment !
- Dumbledore a toujours tendance à trop faire confiance aux gens, à mon sens… poursuivit l'Auror sans l'écouter. N'est-il pas allé jusqu'à prendre ce Mangemort dans son école ? Rogue ? »

Sirius ne répondit pas. Rogue était bel et bien un Mangemort, il le savait. Peut-être son repentir était-il sincère – il espérait qu'il le soit ! – mais il n'avait aucun moyen d'en persuader McPherson.

« Garde tes sales secrets pour toi, Black, conclut McPherson. Nous finirons bien par trouver tes complices. Toi, tu pourriras en enfer ! »

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Rogue scruta les arbres qui le cernaient avec suspicion, sa baguette prête. Regulus lui avait assuré que le sort de traque n'était plus sur lui, certes… Mais Rogue ne se fiait jamais qu'à lui-même.

Un mouvement dans les broussailles attira immédiatement son attention.

« Rogue ? »

C'était Lupin. Un Lupin hirsute et débraillé, des brindilles dans les cheveux. Il était pitoyable, vraiment. Il se redressa tant bien que mal sous le regard dégoûté de Rogue.

« Enfin, tu es là… !
- Et ça te met en joie, apparemment ! Tu m'excuseras de ne pas partager ton enthousiasme. Tu es franchement crasseux, Lupin !
- Et comment tu serais, toi, perdu en pleine forêt ?! répliqua Remus, perdant son sourire. Où est Sirius ?
- Dans les ennuis jusqu'au cou, comme à son habitude.
- Explique-moi ! »

Rogue haussa les épaules. Il n'avait pas le temps de discuter avec Lupin. Il voulait revenir au plus vite Place Grimmaurd. Il était sûr que Regulus allait commettre une autre sottise, et il voulait à toute force l'en empêcher. Mais Remus l'avait agrippé par la manche l'air si anxieux qu'il aurait presque pu avoir pitié de lui.

« Les Aurors l'ont repris. »

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McPherson avait l'air d'un halluciné. Scrimgeour l'avait rarement vu aussi fébrile, et cela l'inquiétait. Il n'avait déjà pas apprécié la façon dont l'Auror s'était comporté lors de l'arrestation de Black. Il avait pensé faire retomber son excitation et sa hargne en le tenant à l'écart du prisonnier, mais apparemment, c'était peine perdue.

« Je vous en prie, Monsieur, insista McPherson. Je suis sûr que les complices de Black vont tenter de pénétrer au ministère ! Nous ne pouvons pas prendre ce risque !
- Sirius Black est étroitement surveillé. Personne ne peut l'approcher.
- C'est faux ! Il a déjà reçu la visite de Dumbledore !
- Allons ! Vous n'allez pas suspecter Dumbledore de chercher à faire évader Black ?! C'est ridicule !
- Mais supposez que quelqu'un prenne l'apparence de Dumbledore !
- Polynectar ?
- N'est-ce pas de cette façon que Lupin est parvenu à s'introduire auprès de Black à Azkaban ? Je vous en prie, Monsieur, faites fermer le Ministère ! Faites renvoyer tout le monde chez soi et fermez toutes les issues ! »

Scrimgeour s'efforça de ne pas laisser la méfiance que lui inspirait McPherson obscurcir son jugement. Se pouvait-il vraiment que Black puisse s'évader une nouvelle fois ? Pourquoi pas, puisqu'il était parvenu à sortir d'Azkaban ! Le Ministère n'avait rien d'une place forte, pas avec toutes ces allées et venues.

McPherson avait raison. Le plus sûr était de fermer la place à toute autre personne que les Aurors. Il faudrait poster des hommes sûrs aux endroits stratégiques et renforcer la garde devant la cellule de Black. D'ailleurs…

« Peut-être devrions-nous même laisser un homme auprès de Black, afin de surveiller tous ses faits et gestes… murmura-t-il.
- Non, contra McPherson. Non, il ne faut pas laisser Black parler à qui que ce soit.
- Mais…
- Il est capable de semer le doute dans l'esprit de l'homme le plus sûr ! Moi-même, à un moment… »

McPherson s'arrêta net, comme s'il s'avisait qu'il s'apprêtait à révéler quelque tare particulièrement honteuse.

Mais il n'avait pas tort, Scrimgeour devait bien le reconnaître. Pourtant, il aurait bien aimé avoir quelqu'un qui tienne Black à l'œil. Un instant, il fut tenté de lui assigner la garde rapprochée de Black. Il était sûr que McPherson resterait sourd à tous les arguments du prisonnier, qu'il n'y aurait aucun risque qu'il se laisse convaincre. Mais ce n'était vraiment pas une bonne idée. L'Auror était bien trop nerveux, il ne supporterait pas la proximité de Black deux heures durant. Pas sans lui arracher la langue, en tous cas…

« D'accord, McPherson. Je pense que vous avez raison. Il vaut mieux fermer le Ministère, je vais de ce pas en référer à Madame le Ministre. Il serait préjudiciable que Black s'évade une nouvelle fois. Et nous ferons en sorte que seuls les Aurors puissent circuler entre ces murs. Je m'assurerai également qu'aucun intrus ne puisse rejoindre Black, même gavé de polynectar. Et vous, McPherson, vous rentrez chez vous. »

L'Auror dévisagea son supérieur avec stupeur.

« Pardon ?!
- Vous êtes à bout de nerfs, McPherson. Et il n'y a rien de tel que la fatigue pour pousser le meilleur des Aurors à la faute. Rentrez chez vous, prenez un bon bain, une bonne tasse de thé et au lit.
- Vous plaisantez… ?!
- Absolument pas ! trancha Scrimgeour, catégorique.
- Mais j'aimerais… S'il vous plait, monsieur, je voudrais être sûr…
- Que Black reçoive bien son châtiment ? Il le recevra, soyez sans crainte. En attendant, vous allez faire ce que je vous ordonne. Vous en avez fait plus qu'assez pour votre part, McPherson. »

Et pour bien faire comprendre à l'Auror que sa décision était ferme et définitive, Scrimgeour tourna les talons.

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Regulus se leva brusquement de son fauteuil lorsque Rogue entra dans le salon, accompagné d'un Lupin en fort mauvais état.

« Severus, il te reste du polynectar ? » demanda-t-il aussitôt. Rogue fut aussitôt sur le qui-vive. « Pour quoi faire ?
- Les Aurors, là, dehors, ils voulaient t'interroger…
- Exact. Il va d'ailleurs falloir trouver un moyen pour nous en débarrasser.
- Je vais prendre l'apparence du type qui est entré. Ils ne m'interrogeront pas dans la rue, non ? Il y a fort à parier qu'ils le fassent dans les quartier des Aurors, au Ministère… Là où est Sirius…
- Sirius est au Ministère ? coupa Lupin d'une voix mal assurée. Alors c'est vrai, ils l'ont repris ?
- Tu croyais que j'avais dit ça pour le simple plaisir de te torturer ? grommela Rogue d'un ton peu amène.
- Oui. Oui, c'est vrai, répondit Regulus. Les Aurors ont débarqué, et nous avons été séparés.
- Je me doutais qu'il s'était passé quelque chose… »

Lupin s'accrocha au dossier du canapé, comme si la nouvelle l'avait vidé des quelques forces qui lui restaient encore. Regulus savait que l'amitié qui le liait à son frère était réelle, mais il n'avait jamais vraiment songé à quel point ils comptaient l'un pour l'autre.

« Je vais aller le chercher, certifia-t-il. Je l'ai sorti d'Azkaban. Je l'ai sauvé une fois déjà. Et je recommencerai. »