Chapitre 14
Cet homme était décidément suspect. Rita avait un flair infaillible, pour ces choses-là. Elle était prête à parier que ce monsieur Cripers était un complice des frères Black. Peut-être même Regulus en personne ! Les Aurors n'auraient pas dû le laisser entrer dans cette maison sans vérifier plus avant son identité. En creusant un peu, elle était sûre qu'ils auraient découvert que l'étude Cripers, Cripers et Chambers n'existait pas.
Si seulement elle pouvait entrer dans cette maison… ! Elle était sûre qu'il y avait un scoop à portée de plume. Sauf qu'elle n'avait aucun moyen de forcer la porte.
Forcer, non. Mais…
Mais il lui restait toujours la possibilité de se faufiler là-dedans, non ? Il devait bien y avoir une fissure dans le mur, une bouche d'aération quelconque, qui lui permettrait d'accéder aux ténébreux secrets de la famille Black…
Elle s'éloigna de la maison d'un pas juste assez rapide pour ne pas paraître suspecte aux yeux des Aurors, contourna l'angle de la rue et se métamorphosa, après un rapide coup d'œil autour d'elle pour s'assurer que personne ne la regardait.
Sur ses petites pattes, elle trottina jusqu'au n°12, passa entre les jambes des deux Aurors toujours plantés là et grimpa sur le perron.
A peine eut-elle atteint la porte qu'elle sentit les sorts de protection crépiter. Les Black étaient paranoïaques, apparemment, leur demeure suintait la magie défensive. A moins que ce ne soit là la preuve que Regulus était finalement rentré chez lui.
Elle tenta de se glisser sous la porte. En vain. Elle avait beau s'aplatir au maximum, c'était à peine si elle parvenait à y glisser une antenne. Comme si la porte sentait sa tentative d'intrusion et y réagissait en s'enfonçant dans le sol.
Prévoyants, les Black.
Il ne lui restait plus qu'à escalader la façade, à la recherche d'une quelconque ouverture.
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Remus se laissa tomber sur le canapé. Regulus avait beau se montrer optimiste, il ne pouvait pas s'empêcher d'être inquiet. Il était évident que les Aurors ne se contenteraient pas de le renfermer dans sa cellule. Combien de temps restait-il à Sirius ?
« Tu as un plan ?
demanda-t-il à Regulus.
- Il faut que
j'entre au Ministère.
- C'est stupide ! coupa
Rogue. Tu penses vraiment pouvoir l'enlever au nez et à la
barbe des Aurors ?!
- Il était aussi impossible de
s'évader d'Azkaban, tu te souviens ? trancha Regulus
sèchement.
- A Azkaban, il n'y avait personne pour
vous surveiller la nuit ! répliqua Severus.
- Et
puis ? interrompit Remus. Une fois là-bas ?
-
J'aviserai sur place.
- C'est de la folie ! »
s'emporta Rogue.
Remus aurait bien aimé le contredire, mais il avait raison. Que pouvait espérer Regulus, d'une entreprise aussi risquée ?
« Je prends
ton polynectar, Severus, reprit Regulus, buté. Je suis les
deux Aurors jusqu'à leurs quartiers du ministère. Et
là, je vois comment les choses se présentent.
-
Et c'est tout ? demanda Rogue, suspicieux.
- Je doute
pouvoir faire plus… Mais il faut que j'en sache plus !
»
Remus le comprenait parfaitement. Lui-même bouillait de ne rien savoir.
« J'aimerais venir avec
toi… avoua-t-il.
- Je me doute, Remus. Mais
tu n'es certainement pas en état de sortir. Et puis, il y a
Harry. Ma mère le terrorise, je préfèrerais que
tu t'occupes de lui.
- Il va bien ?
- Oui. Il
a hâte de te retrouver. Notre elfe de maison est en train de le
laver, il ne tardera pas à nous rejoindre, je pense.
-
Ton elfe pourrait laver le loup-garou aussi, ce ne serait pas
du luxe… remarqua Rogue, grinçant.
- Tu as besoin
de soins, Remus, renchérit Regulus, ignorant manifestement ce
que la remarque de son ami pouvait avoir de désobligeant. De
nourriture et de sommeil.
- Comme s'il était
possible que je m'endorme… » murmura Remus.
Si l'épuisement avait eu raison de lui dans la forêt, le repos qu'il y avait pris avait été bénéfique. Et maintenant qu'il savait Sirius vraiment en danger, il se sentait incapable de penser à autre chose. Il était utopique de penser qu'il parviendrait à s'endormir…
« Tu es inquiet pour Sirius, dit Regulus, l'air un peu plus calme et posé. Mais il n'y a rien que tu puisses faire pour lui. S'il y a un moyen, je te jure que je le trouverai. Occupe-toi de son filleul, c'est ce que Sirius voudrait. »
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Harry trépignait sur place, tandis que Kreattur le frictionnait sans ménagement avec une serviette éponge rêche. Mais le petit garçon ne se plaignait pas : Tante Pétunia l'avait habitué à la rudesse. Et surtout – surtout ! – il savait que plus vite il en aurait fini, plus vite il retrouverait Remus. Il était sûr que Remus était déjà là, en bas, à l'attendre. Le frère de son parrain lui avait promis.
Kreattur l'aida ensuite à enfiler une robe comme celle de son maître. Le vêtement aurait dû lui paraître étrange, sans doute. Il ne ressemblait ni de près ni de loin au pyjama bleu ciel qu'il avait en arrivant, ni à aucun des vêtements qui composaient sa garde-robe chez son oncle et sa tante. Mais son père en portait de semblable, il en avait encore le souvenir. Et quoi de plus naturel que de ressembler à son père, n'est-ce pas ?
« Te voilà presque
présentable… grommela l'elfe, après avoir ajusté
le vêtement à sa taille d'un claquement de doigts.
-
Je peux descendre ?
- Je suppose que oui. »
Harry trottina jusqu'à la porte, qui s'ouvrit sous l'impulsion de Kreattur, mais s'arrêta net sur le seuil.
Le corridor, devant lui, était affreusement obscur. Il avait beau avoir très envie de retrouver, Remus, la perspective d'avancer dans ces ténèbres le terrorisait.
«
Qu'est-ce que tu attends ? demanda Kreattur, hargneux.
-
… fait tout noir », murmura le petit garçon.
La montée à l'étage l'avait impressionné, même s'il avait été un peu rassuré par le fait que la méchante vieille dame soit restée en bas des escaliers. Il s'était cramponné à la main de l'elfe, effrayé à l'idée qu'il pourrait se perdre en chemin. Il sentait confusément que la maison était dangereuse.
« Tu veux de la lumière ? » demanda Kreattur. Harry s'empressa de hocher la tête et tendit la main pour s'accrocher à lui. L'elfe grogna bien un peu, mais accepta de l'escorter jusqu'à l'escalier.
Ils parcoururent le couloir ensemble. Harry tentait d'ignorer les craquements et les grincements qui accompagnaient chacun de leurs pas, mais c'était bien difficile. Cette maison lui rappelait un souvenir particulièrement désagréable. Il sentait là quelque chose qui s'insinuait souvent dans son sommeil, et qui le réveillait en pleurs. Il pressa le pas. Il avait vraiment hâte de retrouver Remus.
Il se résolut à lâcher la main de l'elfe devant l'escalier. Le hall, en bas, était encore bien éclairé. Et il était sûr d'avoir entendu la voix de Remus avec celle des autres, dans le salon du rez-de-chaussée. Il dévala les marches aussi vite que le lui permettaient ses petites jambes. Arrivé en bas de l'escalier, il prit un court moment pour s'assurer que la méchante femme n'était pas dans les parages, avant de traverser le hall en courant, droit vers le salon. Lorsqu'il déboula dans la pièce, les trois hommes tournèrent la tête vers lui, surpris, mais Harry n'avait d'yeux que pour lui.
Il avait tenu sa promesse, il était enfin là.
« Harry… » fit Remus. Son regard se troubla tandis qu'il le détaillait de la tête aux pieds, et le petit garçon se sentit brusquement gêné. Qu'est-ce qui n'allait pas ? Avait-il commis une faute, en perturbant la discussion des adultes ? Tante Pétunia détestait quand il faisait cela. Remus allait-il le gronder, ou le punir ?
Instinctivement, il se tassa sur lui-même, tête basse, lorsque Remus s'approcha de lui. Bien sûr, il savait qu'il n'aurait pas dû entrer comme cela dans la pièce… Mais contrairement à ce qu'il avait d'abord pensé, Remus ne fit rien d'autre que de s'agenouiller près de lui, et il avait l'air tellement gentil !
« Si Sirius était là pour te voir… » murmura-t-il.
Sirius ? C'était donc pour cela, que Remus paraissait si triste ? Parce que Sirius n'était pas là ? Son absence était donc inquiétante ? « Il est où, Sirius ? » demanda Harry.
Le visage de Remus s'assombrit un peu plus, confirmant à Harry que c'était son parrain, le nœud du problème. « Sirius… répondit Remus, cherchant soigneusement ses mots. Il y a des gens qui veulent du mal à Sirius. Mais nous allons tout faire pour l'aider, Harry. »
Harry hocha la tête gravement. Il était tout prêt à croire Remus. Remus l'avait lui-même protégé, dans la maison de son oncle, et s'il pouvait faire quelque chose pour Sirius, il le ferait certainement. Du moins l'espérait-il. Il n'était pas particulièrement attaché à son parrain. Il lui faisait toujours un peu peur. Mais il ne voulait pas que Remus soit triste. Et Harry voyait bien qu'il avait de la peine, que son ami ne soit plus là.
«
Harry ? intervint Regulus. Tu veux bien montrer à Remus
où est la salle de bain ? Je suis sûr qu'il aimerait
se laver, lui-aussi.
- Nous, nous le souhaitons
fortement, tout du moins… » remarqua Rogue, avec une
grimace.
Harry regarda Remus avec un peu plus d'attention. Et il remarqua subitement que celui-ci n'allait pas bien du tout. C'était du sang, sur ses vêtements, n'est-ce pas… ?
« Tu as mal ? demanda-t-il d'une
toute petite voix.
- Oh… Ne t'inquiète pas pour
ça, ce n'est rien ! lui assura Remus, lui souriant
gentiment. Mais Regulus a raison, je prendrais bien un bain… Tu me
montres le chemin ? »
Harry hésita un court moment. Il n'avait pas vraiment envie de s'enfoncer de nouveau dans les entrailles de la maison. Mais il ne risquait rien, accompagné de Remus, n'est-ce pas ? Il mit sa main dans la sienne, toute terreuse et un peu froide, mais incroyablement réconfortante, et l'entraîna hors du salon.
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Regulus attendit que Remus et Harry aient monté les escaliers pour refermer soigneusement la porte du salon. Il était plus que temps qu'il passe aux choses sérieuses. Aussi attaqua-t-il Rogue d'emblée.
« Bon, donne-moi le
polynectar, Severus.
- Regulus…
- Non, ça
suffit. J'ai assez perdu de temps comme cela. A ce train-là,
ils auront exécuté Sirius avant mon arrivée au
ministère… »
Sa voix s'étrangla malgré lui sur la fin de sa phrase. Si seulement il savait de combien de temps il disposait… Severus sortit une fiole de sa poche, mais la garda soigneusement serrée dans sa main.
« Tu as
conscience, au moins, que tu ne le sauveras pas ? demanda-t-il
d'un ton si catégorique que cela fit mal à Regulus.
- Comment peux-tu dire ça… ?
protesta-t-il.
- Tu le sais, non ? insista
Rogue.
- Mais il faut… il faut… »
Il était troublé. Il était vrai qu'il n'avait pas la moindre idée de la façon dont il allait procéder. L'évasion d'Azkaban avait été minutieusement organisée. Là, il lui faudrait improviser. Il n'était pas sûr d'y arriver. Pas sûr du tout.
« Tu vas risquer ta vie, Regulus. Que crois-tu
qu'ils te feront, s'ils mettent la main sur toi ? Penses-tu
que tu auras droit à leur indulgence ?! Ils savent déjà
que tu es un mage noir ! Combien de temps faudra-t-il
aux Aurors pour comprendre de quelle façon tu t'es évadé
de la prison la première fois ? Un procédé qui
soulèvera le cœur de tous les sorciers bien pensant du
Ministère ! Si les Mangemorts sont si détestés,
imagine comment ils traiteront un nécromancien de ta trempe
!
- Je ne suis pas…
- Quoi ? coupa Rogue
sèchement. Un nécromancien ? Ce n'est pas parce que
tu n'aimes pas user de ces pouvoirs-là que cela
change ce que tu es, Regulus ! »
Peut-être Rogue avait-il raison. Regulus ne s'était jamais vraiment posé la question de ce qu'il faisait, lorsqu'il avait commencé à étudier cette branche particulièrement obscure de la Magie. Parce qu'il ne faisait alors que répondre à un besoin fondamental pour lui : chercher à comprendre ce qui lui arrivait. Il n'avait pas choisi ces dons-là, à la différence des Mangemorts qui avaient sciemment opté pour le camp de la Magie Noire.
Mais tu as accepté la marque… pensa-t-il. Cela, tu l'as fait au mépris de ce que cela impliquait…Ce n'était pourtant pas le moment pour ce genre d'introspection.
« Sirius
a besoin de moi. Il a besoin de moi maintenant. Tu ne me feras
pas changer d'avis, Severus, alors ne me fais pas perdre mon temps
!
- Réponds d'abord à cette question,
Regulus ! Pourquoi ?! Pourquoi t'obstiner à sauver
ton frère ?! »
La question lui parut tellement aberrante qu'elle le prit complètement au dépourvu.
«
C'est mon frère…
- Ton frère, oui. Un
type qui n'a jamais eu que du mépris pour toi ! Qui n'a
jamais hésité à clamer haut et fort que sa
propre famille ne comptait pour rien à ses yeux ! Qui t'a
rayé de sa vie au profit de James Potter, son seul et unique
frère, ainsi qu'il l'a répété
tant de fois, depuis qu'il a quitté cette maison ! Etait-il
là, lui, lorsque le Seigneur des Ténèbres a
lancé sa sentence de mort contre toi ?! A-t-il
tenté quoi que ce soit, pour te venir en aide à toi,
menacé par ses propres ennemis ?! »
Regulus lui tourna le dos. Il ne voulait pas entendre. Il ne voulait pas laisser ce venin-là s'insinuer dans son cœur.
Il en voulait tellement à Sirius, d'avoir été absent. Absent pour lui.
« Qu'est-ce qui vous
lie l'un à l'autre, si ce n'est un sang que Sirius
honnit de tout son être ?! poursuivait Rogue, implacable. Y
a-t-il jamais eu de l'amour entre vous ?!
Honnêtement, Regulus ! Peux-tu prétendre que vos
liens fraternels aient été autre chose qu'une ligne
vous reliant aux deux mêmes parents sur votre fichu arbre
généalogique ?!
- Tais-toi ! Tu ne
sais rien du tout ! Sirius…
- Sirius ne t'aimera pas
plus parce que tu risques ta vie pour lui ! Et ce n'est que ça,
Regulus, que tu cherches réellement ! Te réhabiliter
aux yeux de ton propre frère ! Mais tu te trompes ! Sirius ne
fera que t'en vouloir davantage !
- Comment peux-tu
prétendre… s'insurgea Regulus.
- Que pense-t-il
de la manière dont tu t'y es pris, pour sortir d'Azkaban
?! A-t-il vraiment apprécié d'être
libéré grâce à la Magie noire ?! Il t'en
veut déjà, Regulus ! Il t'en veut parce que tu l'as
forcé à recourir à des moyens qu'il n'aurait
jamais usé de lui-même ! Des moyens qu'il
abhorre ! »
Regulus se mordit les lèvres, au sang.
« Si tu sais vraiment quelque chose de capital,
pour venir définitivement à bout du Lord Noir, Regulus,
il faut que tu restes en vie ! Tu tiens vraiment à
mettre en balance ton frère avec le reste de la communauté
magique ?! Tu tiens à tout compromettre pour un homme qui
n'est, profondément, rien pour toi ?!
- Je l'aime
! Et je lui en veux, c'est vrai, terriblement ! J'en suis presque
à le détester aussi pour ses manquements ! Pour tout ce
qu'il n'a pas voulu me donner ! Mais tu auras beau dire et faire,
Severus, tu ne changeras rien à ça : j'aime mon frère
! Et si ce n'est pas le cas pour lui, eh bien… eh bien… »
Il haussa les épaules, accablé.
« C'est égal, conclut-il tristement. Je ne veux pas qu'il meure. »
Il tendit la main, paume en l'air, vers Severus.
Alors, celui-ci y déposa la fiole de polynectar sans un mot de plus.
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Rita avait eu beau parcourir des mètres et des mètres sur ses six pattes, visitant avec soin chaque recoin de la façade de la maison, elle n'avait rien trouvé. Pas la moindre fissure, pas le moindre conduit. La maison était hermétiquement close à tout visiteur indésirable.
Si elle voulait entrer, il lui fallait trouver autre chose.
Alors qu'elle redescendait, la porte s'ouvrit brusquement, livrant le passage à ce fameux Mr Cripers qu'elle ne s'attendait certainement pas à revoir. Il fut aussitôt encadré par les deux Aurors.
« Vous vous êtes fait
attendre, remarqua l'un d'eux.
- Mrs Black a tenu à
ce que je partage son déjeuner. Elle manque terriblement de
visiteurs, la pauvre femme… Je suis prêt à répondre
à toutes vos questions, quoi qu'il en soit ! Je n'ai pas
de rendez-vous avant 15h.
- Dans ce cas, je vous
propose de transplaner jusqu'au Ministère. Ce ne sera pas
long. Juste le temps d'effectuer quelques vérifications. La
routine…
- Oui, je comprends parfaitement, acquiesça
Mr Cripers. Avec des criminels aussi dangereux que Sirius et Regulus
Black… Avez-vous des nouvelles du petit Potter ?
-
Aucune.
- C'est tragique, vraiment ! »
L'homme soupira d'un air navré que Rita jugea faux, avec sa perspicacité de journaliste rompue aux mensonges.
Elle finit de dévaler le mur et grimpa dans le revers du pantalon de l'Auror juste avant que celui-ci ne prenne Mr Cripers par le bras pour transplaner.
Si elle ne pouvait pas s'introduire au sein du 12 place Grimmaurd pour obtenir quelques réponses, il lui fallait trouver une nouvelle piste à suivre. Et elle était persuadée que cet homme, Cripers, avait des choses intéressantes à révéler.
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Regulus était calme, confiant. Comme si son affrontement avec Rogue l'avait vidé de toutes les émotions qui auraient pu l'envahir là, maintenant, alors qu'il suivait l'Auror jusqu'au Ministère. Il avait une tâche à accomplir, et il focalisait maintenant toutes les ressources de son esprit sur cet unique but : trouver un moyen de sortir Sirius de sa prison.
Il avait songé à ce qu'il dirait aux Aurors. Broder sur le mensonge de Severus ne serait pas si malaisé que cela. Il savait qu'elle était la réputation de sa propre famille, il allait utiliser ces données-là pour construire une histoire cohérente.
Il était plutôt confiant.
Pourtant, il déchanta dès son arrivée devant le Ministère. Il y avait là bien trop de monde. Apparemment, les Aurors s'étaient entendus avec la police moldue pour boucler le quartier entier.
«
Que se passe-t-il ? demanda-t-il à
l'Auror qui l'escortait.
- Je l'ignore… J'ai
passé la matinée place Grimmaurd… »
L'homme accosta un policeman, lui montra un insigne et lui murmura quelques mots. Celui-ci s'écarta pour les laisser passer.
«
A ce qu'il semble, aucun moldu n'est autorisé dans ce
quartier, remarqua l'Auror à voix haute, tandis qu'ils
remontaient la rue jusqu'à l'entrée des
visiteurs.
- Mais ce policeman nous a laissé passer,
remarqua Regulus.
- Les Aurors passent pour être une
sorte de police secrète. Alors oui, ils nous laissent passer.
Je me demande ce qui peut bien se passer… »
Regulus se posait la même question. Et il était maintenant plus inquiet qu'il ne l'avait été depuis qu'il avait appris l'arrestation de Sirius.
Devant la cabine téléphonique, ils furent interceptés par trois Aurors. Ceux-ci ne s'étaient même pas donnés la peine d'endosser une tenue moldue. Ils arboraient leurs robes d'Auror et une mine stricte qui fit froid dans le dos de Regulus.
« Désolé, mais le ministère
est fermé, déclara l'un d'eux.
- Fermé
?! s'exclama le gardien de Regulus. Mais il faut que j'accède
aux bureaux ! J'ai quelques questions à poser à ce
monsieur ! »
Trois paires d'yeux acérés se posèrent sur Regulus. Celui-ci sourit, affectant une nonchalance qu'il était loin d'avoir.
« On ne
passe pas, c'est tout, répondit l'Auror, catégorique.
-
Pourquoi ? Il s'est passé quelque chose ?
- Non.
Ordre de Scrimgeour. Il a obtenu de Madame le Ministre la fermeture
intégrale du Ministère, jusqu'à l'exécution
de la sentence de Sirius Black. »
Regulus sentit son sourire se faner sur son visage. Subitement, son propre corps lui parut bien trop lourd pour ses jambes et il dut mobiliser toute son énergie pour ne pas flancher. Non. Ce n'était pas le moment.
« Sirius Black va être… ? » commença-t-il. Il ne parvint pas à finir sa phrase. Sa bouche était trop sèche, et les mots refusaient simplement de sortir. « Condamné au baiser du Détraqueur. A 16h. Le temps de remplir la paperasse nécessaire, expliqua l'Auror. Jusque là, Scrimgeour exige une vigilance maximum. Il n'est pas impossible que les complices de Black cherchent à le faire évader une nouvelle fois. »
En disant ses mots, il loucha sur Regulus avec une insistance particulièrement dérangeante.
«
D'accord, reprit l'homme qui conduisait Regulus. Mais qu'est-ce
que je fais, moi, alors ?
- L'audition de ce… témoin
? ne peut-elle pas attendre deux heures ?
- C'est
que je suis attendu ensuite, réussit à balbutier
Regulus.
- Et j'aimerais moi-même en finir
au plus vite ! » renchérit l'Auror, avec un regard si
appuyé en direction de son collègue que Regulus sentit
son malaise s'accroître d'un cran. Comment avait-il
pu oublier qu'il était lui-même suspect ?!
«
Il y a une permanence des Aurors à Scotland Yard, intervint
l'un des trois gardes. Interrogez votre témoin là-bas.
-
Il n'y a vraiment pas moyen de faire autrement ?
-
Absolument pas. Personne ne rentre au Ministère. Albus
Dumbledore lui-même a été raccompagné
à la porte. Il ne reste plus, là-dedans, que les
Aurors qui étaient dans les bureaux au moment de la décision
de la fermeture. Scrimgeour ne veut même pas permettre l'entrée
aux collègues. Trop de risques. Le coup du loup-garou
qui s'est introduit à Azkaban grâce au polynectar nous
aura servi de leçon. Il est impossible d'accéder à
Black. Maintenant, je vous demanderai de circuler. »
Regulus se laissa entraîner à l'écart, complètement anéanti. Il n'avait aucun moyen d'atteindre Sirius. Personne ne le pouvait.
Sirius était condamné.
