Chapitre 15
Scrimgeour était plutôt satisfait des mesures qu'il avait prises. Bien sûr, évacuer le Ministère n'avait pas été une mince affaire, surtout lorsqu'il avait fallu obliger les Langues-de-Plomb à quitter le département des Mystères. Apparemment, ceux-ci étaient grandement passionnés par les recherches concernant l'évasion d'Azkaban. Ils n'avaient toujours pas remis leur rapport officiel à Madame le Ministre, mais il semblait se confirmer que les sorts utilisés faisaient bien appel aux forces les plus obscures qui soient.
Raison de plus pour fermer hermétiquement leurs locaux ! Scrimgeour se défiait de tous les artefacts entassés là-bas. Quelle certitude pouvait-il avoir que Regulus Black n'allait pas utiliser cette magie latente pour percer les défenses érigées autour de Sirius ?
Il avait donc usé de toute ses ressources – de la courtoisie à la menace pure et simple – pour contraindre les Langues-de-plomb à quitter eux-aussi le Ministère. Et cela fait, il avait multiplié les barrières magiques autour des accès au neuvième niveau. Il était tout simplement impossible que quoi que ce soit puisse se faufiler par là.
Oui, Scrimgeour était vraiment satisfait.
Il y avait tant d'Aurors, entre Sirius Black et la sortie, qu'il était impensable que quiconque puisse l'approcher sans se voir aussitôt arrêté et soumis à un interrogatoire aussi complet que possible – histoire de s'assurer que la personne en question était bien qui elle prétendait être, et pas un usurpateur gavé de polynectar. Pas que cela soit possible. Scrimgeour s'était assuré de rendre le Ministère aussi impénétrable que possible, activant les mesures de défense extrêmes mis en place lors de la dernière guerre contre le Seigneur des Ténèbres.
Une fois rassuré sur la situation, Scrimgeour avait rendu une petite visite à Black.
Le jeune homme était tassé sur sa chaise, l'air si misérable que l'Auror aurait presque pu avoir pitié de lui. Il y avait une telle angoisse, dans le regard qu'il lui renvoya alors…
Scrimgeour avait préféré tourner les talons. A quoi bon discuter encore avec lui ? Il était condamné. Mais il s'était assuré que les deux Aurors en faction devant la porte étaient bien sur leurs gardes. Deux hommes irréprochables, dont il connaissait à fond les dossiers. Ni Shacklebolt, ni Graham ne pouvaient être suspectés d'une quelconque sympathie à la cause des Mangemorts.
Scrimgeour était satisfait, mais c'était aussi un homme prudent. Il savait qu'il était dangereux de se laisser bercer par un tel sentiment de sécurité. Il avait donc ordonné des rondes dans le Ministère, et lui-même parcourait les couloirs l'un après l'autre. Autant pour s'occuper que pour s'assurer que tout allait bien, d'ailleurs. Attendre dans de telles conditions était épuisant pour les nerfs.
Il regretta presque d'avoir renvoyé McPherson chez lui : il aurait ressenti un indéniable plaisir à lui démontrer à quel point il savait être efficace. Lui qui avait osé suggérer que Black pouvait encore lui filer entre les doigts !
Il jeta un coup d'œil à sa montre gousset. Plus qu'une heure trente, avant l'exécution de Black…
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La mort dans l'âme, Regulus s'assit sur la chaise que lui désignait l'Auror – un dénommé Williamson – dans le petit bureau que les policemen de Scotland Yard avaient mis à la disposition de leurs étranges collègues de la Section Secrète.
Williamson sortit une feuille de parchemin d'un tiroir et une plume, avec des gestes d'une lenteur catastrophique.
« Je suis attendu ailleurs,
remarqua Regulus, dans l'espoir de gagner un peu de temps.
-
A trois heures, si je ne m'abuse… Et il n'est encore que 14h30.
Ce ne sera pas long, Mr Cripers. Alors… Vos noms et prénoms
? »
Regulus s'exécuta, s'efforçant d'être aussi précis et concis que possible. Non, il ne devait pas penser à Sirius, à l'heure qui tournait inéluctablement, à sa condamnation toujours plus proche. Il devait aussi oublier la quantité ahurissante d'obstacles qu'on avait dressés entre son frère et lui. Et il devait mettre de côté la pensée que le polynectar cesserait bien à un moment de faire effet, et qu'il était cerné par les Aurors et la police moldue… Il devait simplement s'efforcer de paraître aussi sincère que possible. Le fait qu'ils ne soient pas dans les locaux du Ministère lui donnait tout de même un avantage : les Aurors n'avaient pas accès à leurs fichiers, et ils étaient bien en peine, pour le moment, de s'assurer qu'il existait vraiment une étude notariale référencée sous le nom Cripers, Cripers et Chambers.
« Mrs
Black a fait appel à notre office pour la qualité de
ses prestations, prétendit-il, de l'air le plus
professionnel qu'il put prendre. Nous avons une réputation
de sérieux qui n'a jamais failli.
- Pourtant… ça
ne me dit rien…
- Seules les Grandes Familles ont recours
à nos services ! Pensez donc, une firme qui trouve ses racines
à la fin du Moyen-Age !
- Oui, je vois…
marmonna l'Auror, avec un air de grande réticence. Vous avez
beaucoup de Mangemorts, dans vos clients ?
- Nous ne nous
préoccupons pas d'affaires politiques, coupa Regulus avec
suffisance.
- Vous devriez peut-être, non ?
objecta Williamson.
- Assurément non ! La Maison
Cripers, Cripers et Chambers se targue justement de ne pas
s'abaisser à ce genre de considérations ! Ce qui fait
de nous l'office la plus sérieuse qui soit ! »
Regulus jouait serré, et il le savait. Il lui fallait à tout prix inscrire l'hypothétique Mr Cripers dans un cadre vraisemblable, en regard de la réputation des Black. Mais ce faisant, il risquait fort de s'attirer l'animosité de l'Auror.
Et il ne pouvait certainement pas se payer le luxe d'irriter Williamson au point d'étirer l'interrogatoire plus que nécessaire.
« Mrs Black est profondément
affligée par l'attitude de ses deux fils. Elle assure leur
avoir transmis la meilleure des éducations, mais vous savez ce
que c'est…
- Depuis quand êtes-vous en
relation avec la famille Black ? »
Regulus retint un soupir. Plus vite il aurait répondu à toutes ces questions, plus vite il aurait une chance d'intervenir pour sauver son frère.
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Tout repose sur vos épaules, la vie d'un innocent est entre vos mains…
Les mots
de Dumbledore résonnaient encore dans les pensées de
Kingsley. Et ils le perturbaient toujours autant.
Que
devait-il faire ? Faire confiance au vieux sorcier et trahir
ses propres collègues, son chef ? Permettre au condamné
d'échapper à la sentence décidée pour
lui par des personnes plus sages et plus compétentes que
lui-même ?
Il n'agit pas comme un coupable,
peut-être – oui peut-être ! – qu'il y a vraiment
une part de réel, dans tout ceci. Sirius
Black, innocent…
Il jeta un regard machinal à sa montre. Le moment fatidique était tout proche, maintenant. S'il voulait agir, c'était maintenant ou jamais.
Il n'arrivait pas à se décider.
Et si Dumbledore se trompait…
Qu'arriverait-il, s'il laissait fuir Black, celui qu'on
décrivait comme le bras droit de
Celui-dont-on-doit-taire-le-nom
? N'allait-il pas rallier ce qui restait de Mangemorts sous
sa bannière et reprendre la guerre ? Kingsley frissonna malgré
lui. La guerre. Il ne voulait plus en entendre parler.
Sirius
Black est tombé dans un piège, il a été
victime d'une trahison, comme son ami James Potter, lui avait
dit Dumbledore. Et nous, nous tous, nous avons été
aveugle ! Mais j'aurais dû savoir… Ils étaient
tellement proches…
Kingsley
avait été frappé par l'amertume de Dumbledore.
Cela, plus que ses paroles, l'avait presque convaincu de
l'innocence de Black. Un homme de la trempe du vieux sorcier ne se
serait pas laissé abattre ainsi, s'il n'avait l'entière
certitude d'avoir commis une erreur. Erreur tragique, et lourde de
conséquences, en la circonstance, même si objectivement,
on ne pouvait incriminer Dumbledore seul, dans l'épouvantable
erreur judiciaire dont été victime Sirius Black.En
admettant, encore une fois, que ce soit vraiment une erreur.
Si
Sirius reçoit le baiser du Détraqueur maintenant, c'est
la vérité qui disparaîtra avec son âme,
avait argué le vieux Sorcier.
Kingsley croisa
les bras, étouffant un soupir.
« C'est
stressant, non ? fit Graham à son intention.
- Oui
», répondit Kingsley avec un sourire amer. Graham ne
savait pas à quel point !
« Dans une heure, tout sera fini, ajouta l'Auror. Et nous serons définitivement débarrassé de ce monstre. »
Kingsley se tourna vers la porte et jeta un coup d'œil par la petite ouverture vitrée. Black n'avait pas bougé. Son bras était toujours maculé de sang, ses vêtements sales et dépenaillés pendaient lamentablement sur son corps trop maigre. De là où il était, Kingsley ne distinguait pas son visage, mais il revoyait en pensée ses traits émaciés, tirés par l'épuisement. Et ses yeux. Brûlants de colère.
Une colère légitime, non, s'il était effectivement innocent ?
Il devait prendre une décision. Maintenant, ou jamais.
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McPherson était rentré chez lui.
Il avait refermé sa porte d'un claquement rageur, et s'était affalé sur son fauteuil – la seule pièce de mobilier qui soit un tant soit peu confortable, à défaut d'être élégant. Mais McPherson passait fort peu de temps chez lui. Trop peu pour se soucier de décoration, trop peu pour rendre l'endroit douillet.
Il était sur les nerfs. L'adrénaline n'avait pas encore déserté son corps, et il était toujours sous tension, malgré la nuit passé debout au Ministère. Et puis, il y avait Black…
McPherson était persuadé que Black allait s'enfuir. Scrimgeour avait beau prétendre ce qu'il voulait, l'Auror avait la certitude qu'il allait encore leur échapper. Un pressentiment, tenace. Et qui le mettait en rage.
Il se frotta les yeux d'un geste nerveux. Il devait se raisonner à tout prix. Scrimgeour était compétent. Et ses collègues n'étaient pas des imbéciles. Si le Ministère était effectivement fermé, il y avait très peu de chance pour que quiconque parvienne à se frayer un chemin jusqu'à Black et le sorte de sa cellule.
Mais McPherson n'arrivait pas à s'en convaincre. Il restait sur la désagréable impression que quelque chose allait se produire.
Et si les amis Mangemorts de Black se mettaient tous de la partie ? Si elle avait finalement lieu, cette bataille du Ministère que tout le monde avait craint, un peu plus d'un an plus tôt ?
Non. Black n'était pas le Lord Noir. Ce qu'il imaginait n'avait aucun caractère réaliste.
Il devait à tout prix se calmer. Garder la tête froide.
Il allongea la main jusqu'au premier tiroir de son bureau, et en sortit une petite fiole pleine d'un liquide incarnat. Il se mordit les lèvres, pris d'un assaut de remords. Il ne devait pas le faire. Il le savait. Ce n'était pas bien.
Il fit rouler la petite fiole entre ses doigts fébriles.
Rien que cette fois encore. Il en avait tellement besoin. Une goutte, et il retrouverait sa tranquillité d'esprit. Une goutte, et il pourrait envisager la situation avec calme et lucidité. Juste encore une fois.
Il déboucha la fiole et la porta à ses lèvres. La potion lui brûla la langue, avant de se diffuser dans son sang. Immédiatement, son mal de tête s'apaisa, son rythme cardiaque ralentit. Il se sentait enfin bien. Et il sut ce qu'il devait faire.
Peu importaient les directives de Scrimgeour. Tout ce qui comptait, c'était que Sirius Black ne puisse pas s'évader une fois de plus.
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«
Il ne bouge plus… remarqua Shacklebolt, les sourcils froncés.
-
Black ? demanda Graham.
- Il était blessé…
Peut-être a-t-il fait un malaise ?
-
Et quand bien même ? Il ne sera bientôt plus qu'un
légume, de toute façon !
- Ce n'est pas une
raison, protesta Kingsley. Il faudrait peut-être aller
voir ?
- Scrimgeour a dit non. Personne d'autre que lui
n'a le droit d'accéder au prisonnier.
- Je sais,
mais imagine qu'il claque avant l'arrivée du Détraqueur
? »
Graham ne releva pas, mais Kingsley le vit hésiter. C'était le moment ou jamais.
« Viens le voir ! insista-t-il, désignant la petite fenêtre vitrée. Il n'a vraiment pas l'air bien ! »
Avec un soupir, Graham obtempéra. Il fit les quelques pas qui le séparaient encore de la porte, passa devant Kingsley… et s'affala contre le montant de bois, stupéfixé par l'injonction muette de son collègue.
« Désolé, mon vieux… » murmura Kingsley, déjà pris de remords.
Il n'avait que peu de temps pour agir. Il leva sa baguette et supprima les sorts de défense sur la porte, avant d'entrer prestement dans la pièce.
Black leva à
peine le nez de la table sur laquelle son visage reposait. «
C'est l'heure ? demanda-t-il d'une voix lasse.
-
Oui, l'heure. L'heure de partir d'ici… répondit
Shacklebolt, refermant soigneusement derrière lui. Vite.
»
Black releva la tête pour de bon, vaguement surpris.
« Je ne suis pas absolument certain d'avoir raison de faire ce que je fais ! reprit Kingsley, pointant sa baguette sur les mains liées du prisonnier. Mais j'ai confiance en Dumbledore. Et s'il dit que vous êtes innocent… »
Sirius massa ses poignets d'un geste absent. Il
semblait vraiment stupéfait, maintenant. « Dumbledore…
?
- Il a essayé d'intercéder en votre
faveur, mais en vain. Quand il a vu que c'était une cause
perdue, il m'a demandé… enfin… Il m'a demandé
de vous venir en aide. Et de vous donner ceci. »
Il sortit un paquet de la poche intérieure de sa robe, un paquet informe, enveloppé dans du papier kraft, et le posa sur la table devant lui.
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Regulus avait finalement réussi à se débarrasser de Williamson. Celui-ci l'avait laissé repartir, n'ayant, en définitive, rien à lui reprocher, à part sa condescendance pour les sangs-purs.
Il ne lui restait plus que trois quart d'heures, avant l'exécution de la sentence. Trois quart d'heure pour percer les défenses des Aurors, pénétrer dans le Ministère, trouver Sirius, et l'en faire sortir.
Il avait beau refuser l'inévitable, il avait beau prétendre être capable de tout...
C'était perdu.
Le corps tendu par le stress et l'appréhension, il trouva une ruelle déserte pour transplaner au plus près du quartier du Ministère. Il voulait être là-bas, près de Sirius. Même s'il ne pouvait plus faire grand chose pour lui.
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Sirius tendit la main vers le paquet et l'ouvrit. Ce qu'il contenait lui donna un nouveau coup au cœur.
La cape d'invisibilité de James.
Il laissa glisser ses doigts dans le tissu fluide,
la gorge serrée par l'émotion. Il y avait tant et
tant de souvenirs dans cette cape… « Comment… ?
demanda-t-il dans un murmure.
- Le professeur
McGonagall l'a apporté à Dumbledore, à sa
demande… C'est bien ce que je crois ? »
Il y avait une trace d'excitation, dans la voix de l'Auror. Sirius esquissa un sourire. Il avait eu la même réaction, lorsque James l'avait sortie de sa malle, la première fois. Il y avait si longtemps de cela… Il la déplia d'un coup sec et se drapa dedans. Les yeux de l'Auror s'écarquillèrent franchement.
« Dumbledore vous a demandé de me
donner cette cape… ? demanda Sirius.
- Il ne m'a pas
dit ce que contenait le paquet, juste que si j'étais disposé
à vous aider, je devais vous le faire parvenir… Apparemment,
il savait qu'il n'arriverait à rien par la voie légale…
-
J'ai été jugé et déclaré
coupable. Et je n'ai que ma bonne foi pour le prouver… »
L'Auror ne releva pas. Il sortit un petit boîtier de métal de sa poche et le posa sur la table, devant Sirius. « Vous voulez bien reprendre la position que vous aviez tout à l'heure ? lui demanda-t-il. J'ai besoin d'une image. »
Sirius retira la cape et se rassit sur sa chaise.
L'Auror appuya sur le boîtier. Un halo bleuté
enveloppa Sirius, et fixa son image, alors même que le jeune
homme s'écartait. « C'est un projecteur
d'illusions, expliqua l'Auror. Quiconque jettera un coup
d'œil dans la pièce aura la certitude que vous êtes
toujours là. Du moins, tant qu'il ne s'approchera pas.
L'illusion n'est pas parfaite. » Il regarda sa montre une
nouvelle fois. « Vous devriez y aller, maintenant.
-
Et vous ?
- Ne vous en faites pas. Mettez la cape, et
partez. Le Ministère est bouclé, et je suppose qu'il
sera difficile de sortir… Bonne chance. »
Sirius jeta
la cape sur ses épaules. Comment Dumbledore était
parvenu à convaincre ce jeune homme de lui faire confiance,
c'était un mystère. Mais il se sentait éperdu
de reconnaissance envers le vieux Sorcier. Il serra brièvement
le bras de l'Auror. « Merci pour tout… Et votre nom ?
-
Sans doute serait-il mieux que vous l'ignoriez.
Dépêchez-vous ! »
Sirius rabattit la cape sur sa tête et sortit de sa cellule.
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Rita risqua une antenne hors de la poche du dénommé Cripers. Grimper le long de la jambe de l'homme et se glisser dans son manteau n'avait pas été une mince affaire. Bien sûr, même si elle s'était faite remarquer, jamais personne n'aurait pu soupçonner sa véritable nature. Mais elle préférait grandement qu'on l'ignore.
Cripers marchait d'un pas rapide. Tellement rapide qu'il en courait presque. Il lui apparut évident qu'il n'avait aucun rendez-vous professionnel. Elle n'avait pas cru un traître mot de ce qu'il avait raconté aux Aurors. Aussi ne fut-elle pas autrement surprise, lorsqu'elle reconnut le quartier du Ministère.
Voilà qui risquait fort d'être intéressant.
Ils dépassèrent un attroupement de badauds, tous moldus, qui discutaient à grand bruit des événements qui avaient conduit la police à évacuer les maisons alentours. Oh, Scrimgeour n'y allait pas de main morte, il craignait vraiment que Black lui file encore entre les doigts ! Et Rita avait l'intuition que si quelque chose devait se produire, elle serait alors aux premières loges. Elle en était convaincue.
Les rues étaient désertes, au-delà du périmètre cerné par les policemen, mais l'air y était saturé de magie, elle le sentait du bout de ses antennes fébriles. Personne ne pouvait transplaner dans la zone.
« Je ne sais pas, ils
disent que c'est une fuite de gaz... disait un vieil homme à
sa voisine.
- Ils ont évacué tout le quartier
sur quatre pâtés de maison ! renchérit
celle-ci.
- S'il y a explosion, tout saute !
-
Mais ils ne peuvent pas fermer les conduits ? »
Tous les deux étaient appuyés contre les barrières métalliques qui fermaient la rue. Cripers les dépassa, et se pencha vers l'avant.
Il cherche un moyen de passer le barrage, songea Skeeter, tout excitée. Mais il y avait fort à parier qu'il n'y arriverait pas. Tout le monde n'avait pas la chance de pouvoir se faire plus petit qu'une souris !
« Foutu Scrimgeour... » marmonna Cripers, enfilant une autre rue, tout aussi barrée.
Rita en aurait presque voulu elle-même au chef des Aurors, d'avoir été aussi prévoyant...
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Sirius longea le couloir, laissant derrière lui l'Auror stupéfixé par son sauveteur providentiel. Il devait se montrer excessivement prudent. Après tout, Scrimgeour avait peut-être mis en place des sorts de détection à tous les tournants, histoire d'être sûr que personne n'emprunterait un couloir sans qu'il en soit averti... La cape le rendait certes invisible à tous les yeux, mais elle ne le protègerait pas des sorts anti-intrusion...
Il lui fallait trouver une sortie au plus vite. Avant l'arrivée du Détraqueur, qui marquerait certainement la découverte de son évasion.
Un groupe d'Aurors marcha à sa rencontre, et il se rencogna contre le mur, le cœur battant à tout rompre. Ne pas se faire repérer...
«
McPherson doit être vert de rage, d'avoir été
écarté de cette façon ! disait l'un d'eux.
-
Il a carrément pété les plombs, oui... A coup
d'impardonnables, qu'il s'est battu !
- Et Scrimgeour
? Qu'est-ce qu'il a dit ?
- Il n'était
pas content. Pas content du tout.
- Et la petite Fudge ?
McPherson n'y est pas allé de main morte, avec elle !
»
Sirius sursauta. Fudge ? C'était la guérisseuse d'Azkaban, n'est-ce pas ? La jeune femme qui avait pris soin de Regulus...
Sirius revit son joli visage, et se sentit subitement profondément peiné pour elle. Ainsi, les Aurors l'avaient arrêtée… La pensait-il complice ? Que risquait-elle, pour les avoir aidés ?
« Scrimgeour aussi, est persuadé de sa culpabilité. Fudge aura fort à faire, s'il veut éviter un procès. T'imagine déjà le scandale ? Lui qui se voyait déjà Ministre de la Magie… »
Sirius fronça les sourcils. Si les Aurors soupçonnaient la jeune femme de complicité, peut-être risquait-elle d'avoir des ennuis encore plus sérieux qu'un procès… Et si les Mangemorts mettaient la main sur elle ?
Il se glissa le long du mur et poursuivit sa route le long du couloir. Sans parvenir à se sortir la jeune femme de la tête. Elle était là, tout près, sans doute. Enfermée dans une cellule comme lui-même l'avait été quelques minutes auparavant. En danger.
Si seulement il avait plus de temps devant lui… Peut-être pourrait-il la retrouver, lui parler ? Mais ne risquait-il pas de la mettre plus en danger encore, s'il venait à être découvert à ses côtés ? Comment convaincre Scrimgeour de son innocence, dans de telles conditions ?
La mort dans l'âme, il accéléra le pas. Il devait quitter les quartiers des Aurors au plus vite, avant d'être tenté de faire une autre bêtise lourde de conséquence.
Mais il se promit qu'il ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour réparer le préjudice subit par la malheureuse jeune femme, dès qu'il aurait retrouvé une plus grande liberté d'action.
